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Les perspectives d’intégration du Maroc dans la CEDEAO

Maroc

La Maroc va-t-il intégrer la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest? C’est l’un des enjeux du «Forum du Sud», qui se tient à Tanger. Et la candidature de Rabat semble être en bonne voie, tant ses avantages politiques, économiques et stratégiques sont mis en avant par les participants.

Le Maroc a sa place dans la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). C’est ce qui ressort de l’avis de la majorité des participants au «Forum du Sud» MEDays 2018, qui a entamé ses travaux dans la ville marocaine de Tanger.

Comme chaque année, cet événement se consacre aux principales questions géostratégiques, politiques, économiques et sociales des pays du Sud, notamment africains. Il est organisé par l’Institut Amadeus, le principal think-tank marocain et l’un des principaux en Afrique. «À l’ère de la disruption: bâtir de nouveaux paradigmes», tel est l’objectif annoncé cette année.

Durant cette édition 2018, un large éventail de sujets sera discuté en marge du forum, axés aussi bien sur les relations intra-africaines que sino-africaines, au moment où Pékin est devenu le principal partenaire économico-commercial du continent. Un atelier sera ainsi consacré à l’initiative d’affaires Chine-Afrique, avec la participation de hautes personnalités aussi bien africaines que chinoises.

Mais le thème majeur de cette édition 2018 concerne l’intégration marocaine dans la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), un sujet d’importance stratégique pour le Royaume et largement discuté au sein de cette structure, chargée de coordonner les actions des pays d’Afrique de l’Ouest ainsi que de promouvoir la coopération économique et monétaire ouest-africaine.

C’était d’ailleurs le sujet auquel a été consacrée la première discussion du forum: l’initiative marocaine dans la CEDEAO. Le mot d’ouverture a été accordé à Brahim Fassi Fihri, le président de l’Institut Amadeus, qui a fermement rappelé l’appartenance du Maroc au continent africain malgré les séquelles laissées par la colonisation. Il a également insisté sur les avantages pour les deux parties qu’aurait l’intégration du Maroc dans la CEDEAO.

Ont également pris part à la discussion l’ex-Président béninois Thomas Boni Yayi, le président du parlement de la CEDEAO Moustapha Cissé Lo, le ministre des Affaires étrangères du Cap-Vert Luis Filipe Lopes Tavares, le ministre de l’Économie et des Finances du Mali Boubou Cissé, l’ex Premier-ministre malien Moussa Mara, le conseiller spécial du président sénégalais et ex-ministre des Affaires étrangères du Sénégal Mankeur Ndiaye, le vice-président de la Confédération générale des entrepreneurs marocains Faiçal Mekouar, le directeur de l’Institut royal des études stratégiques (IRES) Mohamed Tawfik Mouline et encore la directrice du département des marchés internationaux à l’Agence marocaine pour les investissements et le développement de l’export (AMDIE) Sanae Lahlou, entre autres. Le modérateur de la discussion n’était autre qu’Amine Laghidi, le vice-président du Conseil africain des mines et de l’énergie.

Bien que plusieurs intervenants aient rappelé les profonds liens politiques, religieux et culturels qui unissent le Maroc avec les pays composant la CEDEAO, un accent particulier a néanmoins été mis sur les avantages économiques réciproques qu’aurait l’entrée du Maroc dans la communauté. En effet une telle intégration, selon l’avis des experts économiques participant à la discussion, permettrait sans tarder à la communauté réunie de devenir la 15ème puissance économique mondiale. Et d’ici l’horizon 2030 de faire partie des 10 principales économies du monde.
À ce titre, les participants ont aussi souligné que le Maroc est aujourd’hui classé premier en termes d’investissements directs en Afrique de l’Ouest. Les entreprises marocains prospèrent dans la région dans divers domaine: services bancaires, assurance, industrie pharmaceutique, pour ne citer que ceux-là. Le Royaume participe également activement à la formation des étudiants en provenance d’Afrique de l’ouest. D’ailleurs, pour beaucoup de ces jeunes Africains, le Maroc a non seulement été le pays de leurs études, mais est également devenu celui de leur carrière professionnelle.

Plus généralement parlant, il est aujourd’hui clair que l’exemple de l’interaction du Maroc avec l’Afrique subsaharienne confirme le bien-fondé d’une interaction Sud-Sud, sans interventionnisme extérieur. Et vu l’ouverture de plus en plus évidente de Rabat envers les puissances non-occidentales, notamment celles des BRICS, il paraît aujourd’hui évident que le Maroc peut confirmer sa position de carrefour stratégique, aussi bien sur le plan géoéconomique que géostratégique.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201811071038806127-perspectives-integration-maroc-cedeao/

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Quand la Russie dame le pion à l’Occident dans le Maghreb

Quand la Russie dame le pion à l’Occident dans le Maghreb

Personne n’est irremplaçable. Y compris ceux qui pensaient l’être des décennies et même des siècles durant. Le train avance, et beaucoup le voient filer.

Coopération renforcée avec Alger, multiplication des conventions avec Rabat, dont un spectaculaire accord de libre-échange entre la Russie et le Maroc, la tournée de Medvedev en Afrique du Nord se solde par un succès. Une fois encore, Moscou et les tenants de la multipolarité bousculent les positions de l’Occident.

Dmitri Medvedev revient di Maghreb les mains pleines. Le Premier ministre russe a en effet marqué des points importants au Maroc, qui était vu jusqu’à présent comme un allié occidental solide. En Algérie, moins de surprises, puisque l’alliance stratégique entre Moscou et Alger date de plusieurs dizaines d’années. Elle sort néanmoins renforcée de la visite de Medvedev, avec des promesses de diversification des secteurs d’interaction.

Le monde change, la réalité géoéconomique et géopolitique aussi. Alger comme Rabat font partie des principaux partenaires de la Russie en Afrique et dans le monde arabe. Si avec la première, cette relation s’est forgée durant la lutte d’indépendance et dans les premières années de son obtention, dans le cas du Maroc le partenariat stratégique a commencé son chemin à partir du début des années 2000.

L’Algérie fait partie du Top 3 des principaux partenaires de la Russie dans le secteur de la Défense, derrière l’Inde et la Chine. Pour la seule année 2016, Alger a commandé à Moscou pour 924 millions de dollars d’armements contre 1,2 milliard pour New Delhi et 959 millions de la part de Pékin. Mais l’interaction ne s’arrête pas là. Les deux pays partagent grand nombre de visions communes ou similaires au niveau politique et de l’actualité internationale.

Leurs intérêts communs concernent également le secteur énergétique, les deux pays étant de grands producteurs de pétrole et de gaz. Plusieurs projets dans l’industrie agroalimentaire sont en cours de négociation, l’Algérie s’ouvrant potentiellement le marché russe. Une chose est certaine: l’Algérie était, reste et restera un partenaire privilégié de la Russie, et ce à plusieurs niveaux.

Dans le cas du Maroc, les échanges avec la Russie sont également à un niveau stratégique. Rabat est un important fournisseur de produits agroalimentaires sur le marché russe. Ainsi, la Russie est-elle le principal débouché des agrumes marocains avec 45% de la production destinée à l’export, contre 30% pour l’UE et 20% pour l’Amérique du Nord. Une part de marché qui pourrait encore croître, la Russie s’étant dernièrement déclarée prête à augmenter ses achats d’agrumes en provenance du Maroc. «La part actuelle du Maroc sur le marché russe au niveau des agrumes est de 26%, nous sommes prêts à ce qu’elle atteigne 50%», a fait savoir le ministre russe de l’Agriculture Alexandre Tkatchev.

Dans le domaine de l’énergie, la Russie est prête à participer à la construction au Maroc de centrales électriques à gaz. En outre, la pêche, l’industrie et le tourisme représentent quant à eux des secteurs appelés à connaître également une hausse conséquente.

Toutes ces annonces sont toutefois éclipsées par celle de la création d’une zone de libre-échange entre la Russie et le Maroc d’ici un an au maximum.

En passant, les producteurs européens peuvent «remercier» une fois de plus leurs dirigeants: au moment où la Russie est arrivée à une autosuffisance complète sur plusieurs secteurs de l’industrie agroalimentaire, en augmentant au passage ses exportations, ne serait-ce qu’au niveau du blé, des pays non occidentaux renforcent sans complexe leurs positions sur ce grand marché qu’est la Russie.

Cela confirme une fois de plus ce que nous avons déjà annoncé à plusieurs reprises: les produits agroalimentaires de l’UE, actuellement bannis de Russie en raison des contre-sanctions, auront les plus grandes difficultés à revenir sur ce marché, si jamais ils y parviennent un jour.

N’est-ce pas l’Occident politique et médiatique qui annonçait en grande pompe de grands problèmes à venir pour l’économie russe après l’adoption de sanctions occidentales? Et qui est perdant au final? Les producteurs de l’UE n’ont jamais réussi à compenser leurs pertes se chiffrant en dizaines de milliards d’euros et en dizaines de milliers d’emplois perdus, ni même à trouver des marchés de remplacement.

La Russie, de son côté, a réussi non seulement à donner une chance unique à ses producteurs, mais aussi à diversifier très largement ses relations extérieures. Moscou aurait certainement dû lancer ce processus bien avant, comme l’a fait la Chine, et ne pas attendre les tensions avec l’Occident, mais mieux vaut tard que jamais.

Le processus suit son cours et il n’y aura certainement pas de retour en arrière. Aux élites européennes de réfléchir un minimum pour ne pas perdre leurs positions économiques encore existantes en Russie, leur rapportant des sommes plus que considérables, au risque de voir les pertes se multiplier de plusieurs fois. En ce qui concerne les pays africains, les exemples de pays comme l’Algérie, le Maroc, l’Afrique du Sud, l’Angola et certains autres encore démontrent qu’assumer sa souveraineté est tout à fait possible: non, il n’y a pas de peuples «élus» et «moins élus». Tous égaux. C’est cela la multipolarité.

Aux pays sous emprise encore des partisans de l’unipolarité d’en tirer les conclusions qui s’imposent.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201710131033444094-russie-occident-maghreb/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Le roi du Maroc Mohamed VI est arrivé en Russie où il a rencontré le président russe Vladimir Poutine.

Cette visite est mentionnée comme historique car elle vise à renforcer le partenariat stratégique lancé entre les deux pays.

Au menu des discussions : relations économiques et commerciales, le Maroc étant le principal fournisseur d’agrumes en Russie et renforce sa position sur d’autres produits, notamment les tomates. Le Maroc souhaite également s’ouvrir au partenariat gazier avec la Russie, notamment avec le géant russe Gazprom. Le tourisme a lui aussi une place de choix, le Maroc souhaitant attirer un nombre beaucoup plus large de touristes russes que c’est le cas actuellement. Mis à part l’aspect des relations bilatérales économiques, on assiste aussi au dialogue politique. Un échange d’opinions a eu lieu sur la situation au Proche-Orient. Le roi du Maroc est accompagné par une large délégation de ministres et d’hommes d’affaires marocains.

Ce qui est sûr c’est que le Maroc souhaite passer activement à la diversification de ses relations extérieures. Ce qui est indéniablement une bonne chose, pour les deux pays.

Maroc-Russie : nouvelle étape dans les relations

La visite au Maroc d’une délégation de journalistes russes représentants les principaux médias de Russie vient d’être achevée.

Une visite de presque une semaine à l’invitation de l’Office National Marocain du Tourisme et du ministère du Tourisme du Royaume du Maroc qui avait pour objectif de familiariser les professionnels des médias russes sur ce que représente le Maroc, ses points forts et atouts.

L’accueil réservé était on peut dire royal. La délégation journalistique russe a d’abord été reçue à Agadir, la principale station balnéaire du pays sur la côte atlantique, une destination de plus en plus populaire auprès des touristes russes. Puis ce fut la ville de Marrakech, la capitale touristique du pays possédant une atmosphère propre à elle, un véritable conte oriental. La ville rouge comme elle est surnommée est également considérée comme étant « l’Ibiza orientale » pour le grand nombre de ses discothèques et une excellente vie nocturne. C’est d’ailleurs aussi la particularité de cette ville comme du pays en général: rallier parfaitement les traditions ancestrales avec la vie moderne. 

La visite s’en est poursuivie avec la capitale du Maroc Rabat, par ailleurs l’une des villes impériales du pays, connue pour le Mausolée Mohammed V ou encore la Kasbah des Oudayas datant du XII siècle, sans oublier sa Médina et un cadre de vie agréable. Ainsi que de Skhirat, importante station balnéaire située stratégiquement entre la capitale administrative Rabat et la capitale économique Casablanca. En plus des vues imprenables sur l’océan Atlantique, une gastronomie de haut niveau, les représentants des médias de Russie ont également pu visiter le Palais des Congrès de Skhirat (se trouvant juste à côté de l’hôtel fort prisé Amphitrite Palace), capable d’accueillir des événements internationaux majeurs, ayant notamment déjà accueilli d’importants pourparlers dans le cadre de l’ONU.

Les forces de sécurité marocaines
© AFP 2016 FADEL SENNA FADEL SENNA
La dernière étape fut la capitale économique Casablanca. Une ville extrêmement moderne, important centre des affaires sur le continent africain et au niveau international en général. La ville est également connue pour sa somptueuse mosquée, la Mosquée Hassan II, faisant partie du TOP 5 des plus grandes mosquées du monde et possédant le minaret le plus haut du monde. Construite en partie sur la mer principalement dans le style arabo-andalou. Casablanca c’est aussi Morocco Mall, le plus grand centre commercial d’Afrique et cinquième du monde. 

Bref, le Maroc c’est pour tous les goûts. Se ressourcer dans le calme absolu, découvrir une culture unique et qui a su garder ses traditions ancestrales, découvrir l’artisanat marocain si prisé y compris même par les designers les plus mondialement connus, savourer une gastronomie de haut niveau qu’elle soit marocaine traditionnelle ou avec une touche européenne, ou encore découvrir les endroits de la vie nocturne n’ayant rien à envier aux principales capitales mondiales du domaine, tout cela c’est le Maroc.
Et encore, la liste est bien loin d’être exhaustive. Le Maroc c’est aussi Fès, la capitale culturelle du pays ou encore Meknès, également ville impériale et l’un des centres de la culture marocaine. Tanger, « la Perle du détroit » ou « la Porte de l’Atlantique ». Sans oublier Ouarzazate et ses environs, connus pour les nombreux blockbusters qui y ont été tournés. Ainsi qu’Essaouira, Dakhla, Ifrane et tellement d’autres.

Pour conclure, les journalistes russes dont la majorité découvrait le Maroc pour la première fois ont été pleinement séduits. « Superbe », « unique », « un pays absolument à visiter » étaient les déclarations de nombreux de mes confrères. Quant aux autres régions non encore visitées, ce sera certainement pour la prochaine fois. En tout cas, le tourisme russe dans ce beau pays est effectivement appelé à décoller, tout comme les relations bilatérales en général, l’ambassadeur de Russie au Maroc Valeri Vorobiev, grand amoureux du Royaume chérifien lui aussi, y contribue grandement. Le tout en marge de la visite du roi Mohamed VI en Russie. Merci le Maroc et à bientôt!

 

http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20160220/1021950266/maroc-russie-relations.html

Mikhail Gamandiy-Egorov

Sanctions russes contre la Turquie, une aubaine pour le Maroc? Analyse.

Sanctions russes contre la Turquie, une aubaine pour le Maroc ?

Après l’attaque de la Turquie contre le bombardier russe Su-24 dans le ciel syrien, ayant résulté en la mort de deux militaires russes, le colonel Oleg Pechkov et le fantassin de la marine Alexandre Pozynitch, la Russie avait promis de réagir. La réponse ne s’est pas fait attendre longtemps.

Vladimir Poutine a signé les mesures de rétorsion contre la Turquie:

— Suspension à partir du 1er janvier 2016 du régime sans visas pratiqué actuellement entre la Russie et la Turquie
— Suspension des ventes de voyages et produits touristiques en Russie à destination de la République turque
— Les vols charters entre la Russie et la Turquie interdits
— Interdiction aux employeurs russes d’embaucher des citoyens turcs, également à partir du 1er janvier 2016 (selon plusieurs sources entre 150 et 200 mille citoyens turcs vivent et travaillent actuellement en Russie)
— Interdiction et limitation de l’activité des organisations turques en Russie
— Interdiction et limitation sur une série de produits en provenance de Turquie

Erdogan a quant à lui affirmé qu’il fera tout pour « normaliser les relations entre les deux pays » et qu’il espérait « une normalisation rapide des relations ».

Selon lui, « la Turquie a besoin de la Russie comme la Russie a besoin de la Turquie. Nous ne pouvons pas ne plus être en contact ». Il a également ajouté qu’il « espérait qu’il n’y aura plus d’incidents comme celui des derniers jours: « Cet incident nous a beaucoup chagriné. J’espère que cela ne se reproduira pas ». Ce qu’il oublie de dire c’est que ce n’est pas un « incident », c’est un acte criminel et une agression contre la Russie. Et ce qui est certain, c’est qu’à travers son soutien aux intérêts terroristes, il a mis les intérêts de son pays et de son peuple grandement en danger… Aujourd’hui, en raison de ces agissements criminels, les citoyens de Turquie en paient les frais. A suivre désormais ce qu’il en sera. 

Pendant ce temps, de nouvelles opportunités s’ouvrent à d’autres pays, notamment le Royaume du Maroc. Un reportage entier a été consacré tout récemment à ce pays par la chaine d’information russe en continu Rossiya 24, chaine très populaire auprès des cercles politiques et d’affaires de Russie. Le reportage se focalisait sur les opportunités existantes entre les deux Etats, surtout au niveau de l’exportation des produits agricoles marocains vers la Russie, ainsi que sur le Maroc en tant que destination touristique. Il a aussi mentionné les liens culturels forts entre les deux pays, depuis l’immigration russe qui a suivi la révolution bolchévique, jusqu’à aujourd’hui en passant par les liens datant de l’Union soviétique (nombre de cadres et spécialistes marocains ont été formés en URSS et en Russie, et continuent de l’être).

En effet faut-il le rappeler, le Maroc est le deuxième partenaire économique et commercial de la Russie en Afrique et dans le monde arabe, derrière l’Egypte. Les deux pays sont également signataires de la Déclaration sur le partenariat stratégique, signée à Moscou en octobre 2002. Le Maroc est de loin le premier fournisseur d’agrumes sur le marché russe: plus de 60% de sa production exportée va vers la Russie, le reste principalement dans l’Union européenne. Aujourd’hui, compte tenu de la limitation décidée par la Russie envers toute une série de produits turcs, y compris agricoles, le Maroc peut accroitre encore plus cette position dominante. Le Maroc avait aussi depuis déjà un certain temps commencé à exporter ses tomates sur le marché russe, une position qu’elle a renforcée notamment depuis la riposte russe aux sanctions occidentales, et l’interdiction d’importer une série de produits alimentaires et agricoles en Russie en provenance des pays concernés. A noter tout de même que jusqu’ici, c’est la Turquie qui dominait largement la part des légumes importés: pratiquement 80% du marché des tomates et 20% du total des importations russes de légumes. Maintenant et avec la réalité du moment, la part marocaine peut largement s’élargir. Tout comme sur d’autres produits alimentaires et agricoles. 

Le tourisme russe à destination du Maroc peut également commencer à croitre sérieusement. Jusqu’ici, les parts de lion étaient aux mains de la Turquie (4,5 millions de touristes russes pour la seule année dernière, des touristes d’autant plus les plus dépensiers) et l’Egypte (plus de 2,5 millions).

Le Maroc en est encore loin: aux alentours de 50 000 touristes russes annuels (statistiques de 2013) est un chiffre bien loin du potentiel véritable. Raisons à cela: prix plus élevés que sur l’Egypte et la Turquie, pas suffisamment de vols charters, le système « ALL INCLUSIVE » largement utilisé par les Turcs et les Egyptiens pas encore au point. Il faut quand même se rappeler que le Maroc n’a véritablement commencé à se concentrer sérieusement sur le marché touristique émetteur russe que depuis quelques années, tandis que la Turquie et l’Egypte en avaient fait leur priorité depuis plus longtemps. Mais le potentiel est bien là, donc à observer, connaissant surtout les énormes atouts du Maroc dans ce domaine, aussi bien au niveau du balnéaire, que du culturel. En tout cas les objectifs annoncés par les services compétents du Maroc et les professionnels du secteur sont claires: multiplier de plusieurs fois le flux touristique en provenance de la Russie vers le Maroc. A suivre donc. 

En 2014, les échanges entre la Fédération de Russie et le Royaume du Maroc se chiffraient à un peu plus de 1,5 milliards de dollars (bien loin encore des plus de 30 milliards d’échanges turco-russes). Néanmoins, la nouvelle réalité du moment, les objectifs déclarés et la visite annoncée dans les prochaines semaines du roi du Maroc Mohamed VI en Russie peuvent donner un nouvel élan au partenariat bilatéral. Le Maroc après avoir intelligemment su utiliser les contre-sanctions russes contre certains produits européens à son avantage, lui donne aujourd’hui l’occasion d’en faire de même compte tenu du sérieux refroidissement des relations entre la Russie et la Turquie.

 

http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20151130/1019923692/sanctions-russie-turquie.html

Mikhail Gamandiy-Egorov

Le grand festival du Maroc à Moscou, une opération séduction efficace

Le grand festival du Maroc à Moscou, une opération séduction efficace

Le grand festival du Maroc à Moscou s’est ouvert le 6 novembre dernier et va se clôturer le 20 novembre. Un événement haut en couleurs au centre de Moscou durant lequel les habitants de la capitale russe ont eu l’occasion de découvrir toute la richesse de la gastronomie marocaine.

Ledit festival a été organisé par le Centre marocain de promotion des exportations (Maroc Export). Le but principal de cette manifestation est de faire découvrir plus largement les produits du Maroc aux consommateurs russes. 26 entreprises marocaines y ont pris part, l’objectif étant de séduire encore plus la clientèle russe, qui commence déjà à se familiariser avec les produits « Made in Morocco ».

En effet et pour rappel, le Maroc est déjà de loin le premier fournisseur d’agrumes sur le marché russe, tandis que la Russie est le principal acheteur du Royaume chérifien (plus de 60% de sa production exportée va en Russie). Les tomates marocaines sont également de plus en plus visibles dans les supermarchés russes, de même que les jus et les huiles, notamment l’huile d’argan dont les titres de noblesse ne sont plus à présenter et dont la demande ne cesse de croître sur le marché russe, aussi bien au niveau des consommateurs individuels que des entreprises cosmétiques. A ce titre, le grand festival du Maroc à Moscou a ciblé trois segments principaux : le très haut de gamme, le haut de gamme et l’industrie « halal premium », compte tenu de la très importante communauté musulmane de Russie.

Le ministre délégué chargé du Commerce extérieur du Royaume du Maroc, M. Mohamed Abbou, a participé à la cérémonie d’ouverture de l’événement et nous a confié ses principales observations. Selon le ministre, « les relations entre la Russie et le Maroc sont excellentes et les perspectives dans le domaine du commerce des deux pays sont fort prometteuses ». Il n’a d’ailleurs pas caché son fort optimisme. A notre question de savoir si cette toute récente opération séduction du Maroc en Russie est liée aux sanctions russes qui visent les produits occidentaux et notamment européens, désormais interdits d’accès sur le territoire de la  Fédération de Russie, M. Abbou a déclaré « qu’il n’y a pas de rapport direct entre la situation géopolitique et les liens commerciaux entre nos deux pays. » Il a notamment souligné que les produits marocains étaient déjà connus et appréciés des consommateurs russes, bien avant la situation géopolitique actuelle, et que le festival du Maroc à Moscou n’était qu’un moyen supplémentaire de faire découvrir encore plus la diversité des produits gastronomiques marocains à la clientèle russe.

Il est bien vrai et étant quelqu’un qui connait bien la production marocaine puisque ce pays ne m’est nullement étranger, que le Maroc possède un grand nombre d’atouts, notamment en ce qui concerne la qualité de ses produits agricoles ou halieutiques. Les agrumes marocains sont très appréciés des Russes et plus globalement les produits du Maroc ont toute leur place sur notre marché. Par ailleurs, ledit festival est effectivement une très bonne initiative afin de renforcer les positions des produits marocains en Russie, à l’heure où grand nombre de fournisseurs étrangers cherchent à séduire la clientèle russe, qu’ils soient issus d’Amérique latine, d’Asie ou d’Afrique.

Quant aux produits européens sanctionnés en réponse aux sanctions occidentales contre notre pays, ils auront en effet beaucoup de mal à récupérer leurs positions d’antan, comme l’a d’ailleurs récemment bien rappelé le Premier ministre russe Dmitri Medvedev. Pour bon nombre de fournisseurs européens, vraisemblablement il n’y aura pas de véritable retour sur le marché russe, pour certains autres ce sera peut-être différent, à condition encore d’être en mesure de concurrencer les nouveaux principaux fournisseurs du pays, locaux comme étrangers. D’autre part, plus longtemps l’Occident politique continuera à penser qu’il peut mettre à genoux la Russie, à travers ses sanctions stupides qui ne font que largement cimenter la nation multiethnique russe, plus difficile sera un éventuel retour pour les producteurs de l’Europe. Ce qui est bien évidemment fort dommage pour eux mais la Russie se doit et continuera de se défendre lorsque des forces externes essaient par tous les moyens de nous faire revenir à l’ère unipolaire…Que ce soit bien clair, ils n’y arriveront pas ! Quant aux citoyens et aux entrepreneurs occidentaux, en premier lieu européens, à eux de faire entendre plus largement leurs voix dans leurs propres pays.

http://french.ruvr.ru/2014_11_20/Le-grand-festival-du-Maroc-a-Moscou-une-operation-seduction-efficace-3816/

Mikhail Gamandiy-Egorov

 

L’Afrique, nouvel eldorado pour les travailleurs européens ?

Африка карта

Incroyable mais vrai. Bien que trop souvent, l’accent soit mis sur l’immigration africaine en Europe, les langues se délient de plus en plus aujourd’hui et bon nombre de médias occidentaux abordent ce thème, pas très plaisant pour certains. Une Europe en crise et une Afrique en pleine croissance : retour sur un processus migratoire qui commence à changer la donne.

Ce processus fait pas mal de bruit en ce moment, et pourtant est-ce tellement surprenant ? Le départ de jeunes et moins jeunes spécialistes d’Europe de l’Ouest vers des contrées lointaines ne date pas d’hier. Avec la crise économique et le chômage qui frappent de plein fouet le continent européen, cela n’a fait que s’accentuer. Parmi les destinations, on retrouve du tout : Canada, Chine, Australie, USA, Emirats arabes unis et autres pays du Golfe, Russie/CEI, Brésil et d’autres pays d’Amérique latine, Inde, etc…. Pourtant l’Afrique était très peu citée, remportant constamment le « titre » de continent émetteur de migrants. Mais qu’en est-il en réalité et surtout depuis les dernières années ?

Et bien, la réalité est que l’Afrique devient effectivement, et de plus en plus, une terre d’accueil pour bon nombre de gens venus chercher des opportunités de réussir, dont bon nombre d’Européens. Et là, nous ne parlons pas d’expats, une « caste » spéciale, qui a toujours été activement présente sur le continent africain, mais bel et bien de gens, dont beaucoup de jeunes, qui prennent individuellement le départ en quête d’une nouvelle vie et ayant pour but de réussir par tous les moyens. Un phénomène que plusieurs médias occidentaux et autres ne manquent plus d’aborder (Courrier International, Jeune Afrique, Al Qarra TV,…), voire, comme Radio RMC, d’aller encore plus loin et de poser carrément la question de savoir si l’Europe ne deviendra pas à terme la nouvelle main d’oeuvre de l’Afrique… Compte tenu de la situation de plus en plus précaire dans certains pays de l’UE et des taux de croissance du PIB des pays africains approchant, voire dépassant les 10% comme c’est le cas du Ghana, champion d’Afrique en la matière, dont le taux de croissance réelle du PIB approche les 14% (source : CIA World Factbook), il n’y a pas forcément de quoi s’étonner.

Parmi les principaux pays européens émetteurs de migrants à destination d’Afrique, on citera l’Espagne et le Portugal, tous deux traversant une très sérieuse crise économique et un chômage galopant (surtout chez les jeunes). On compterait ainsi à l’heure actuel plusieurs dizaines de milliers de travailleurs espagnols (permanents ou temporaires) au Maroc (quatre fois plus nombreux sur le territoire marocain que cinq ans auparavant). Bien que les Espagnols soient les premiers cités, le Royaume chérifien compte également aujourd’hui de plus en plus de Français, Italiens, Allemands, Roumains,… et dont bon nombre d’entre eux sont bien loin d’être des expats. En ce qui concerne les Portugais, leur destination de prédilection en Afrique est l’Angola, ancienne colonie portugaise et l’un des cinq pays lusophones du continent africain.

Le Portugal, avec son taux de chômage certes moins important que celui de l’Espagne, mais atteignant tout de même le chiffre très alarmant de 15%, se voit de moins en moins offrir d’opportunités intéressantes à ses jeunes diplômés qui s’envolent massivement vers de nombreuses destinations, dont l’Angola (croissance du PIB supérieure à 12,5% en 2012) et dont la capitale Luanda est devenue l’une des villes les plus chères du monde. Ils seraient près de 30 000 Portugais chaque année à demander un visa pour leur ancienne colonie et seraient déjà plus de 150 000 à s’y être installés, dont la plupart des diplômés de haut niveau. C’est sans oublier le fait que le Portugal dépend aujourd’hui de plus en plus de capitaux d’entreprises angolaises (atteignant les 120 millions d’euros), faisant du Portugal le pays européen dont l’économie n’aura jamais autant dépendu d’une de ses anciennes colonies.

A part l’exemple du Maroc et de l’Angola, on peut citer également l’Afrique du Sud, la Namibie, l’Algérie, le Sénégal ou la Côte d’Ivoire, ainsi que d’autres pays du continent accueillant (notamment selon les liens historiques) bon nombre de Néerlandais, d’Allemands, de Britanniques, et bien entendu de Français. D’ailleurs, qui dit flux migratoire massif, et aujourd’hui on peut véritablement parler de flux migratoire et non « d’exceptions », dit aussi immigration illégale. Ils seraient ainsi des centaines d’Espagnols et de Portugais à être reconduits à la frontière chaque année au Maroc et en Angola, pour ne citer qu’eux.

Autre point important, si l’Angola avec sa capitale en plein boom de construction d’infrastructures emploie massivement les ingénieurs portugais, cela concerne également et de plus en plus des emplois destinés aux ouvriers sans qualification. De même au Maroc, les nombreux migrants espagnols travaillent aujourd’hui dans le royaume à des postes ne nécessitant pas de qualification spéciale (ouvriers divers, serveurs,…), surtout dans le nord du pays, une région qui entretient des liens étroits avec l’Espagne.

Monde à l’envers pour certains ? Conséquences de la mondialisation pour d’autres ? Ou simplement petite revanche d’un continent très riche, représentant l’avenir et pourtant caractérisé par des clichés ancrés par les médias occidentaux et pas seulement (pauvreté, guerres, famines, immigration, etc)… ? Cela porte à croire qu’il s’agit surtout d’une preuve supplémentaire que lorsque le continent africain, ou du moins sa bonne partie, se libérera pleinement de ceux qui exploitent ses ressources depuis bien trop longtemps, ainsi que de leurs pantins locaux, et pourra ainsi profiter pleinement des richesses qui lui appartiennent de droit, les clichés négatifs habituels sur l’Afrique ne deviendront alors probablement que de vieux souvenirs.