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Nouvelles interférences étasuniennes sur le continent africain

03.06.2022

Les USA examinent une loi visant à contrecarrer la présence russe en Afrique, mais également à punir les gouvernements et acteurs africains qui seraient favorables à cette présence. Cette éventuelle démarche met en exergue une fois de plus la mentalité purement néocoloniale si propre à l’establishment étasunien, et occidentalo-atlantiste de manière générale.

Les Etats-Unis préparent une loi pour sanctionner les «amis» de Poutine en Afrique, écrivait récemment l’agence d’information économique africaine L’Agence Ecofin. Comme rappelé, le Sénat US vient d’entamer l’examen du projet de loi relatif à la lutte contre les activités «malveillantes» de la Russie en Afrique, un texte adopté par la Chambre des représentants le 27 avril dernier et qui définit ces activités comme étant celles qui «sapent les objectifs et les intérêts des Etats-Unis».

Rien qu’à lire ces lignes, il est assez facile de comprendre une fois de plus une approche ouvertement extraterritoriale étasunienne vis-à-vis d’Etats souverains, en l’occurrence ici africains, avec d’autant plus une mentalité propre à l’ère unipolaire à laquelle Washington continue de faire référence, faisant le pur négationnisme de la réalité multipolaire qui pourtant s’est bel et bien imposée depuis les dernières années.

D’autre part, ce qui est intéressant à noter est que si ledit projet de loi sera finalement appliqué – il ne visera pas seulement la Russie, ainsi que d’éventuels citoyens ou entreprises russes travaillant dans les pays africains, mais également nombre de dirigeants d’Afrique eux-mêmes, et très certainement aussi tous les acteurs panafricanistes qui soutiennent et approuvent le développement de l’interaction russo-africaine.

A cet effet, ce qu’il faudrait rappeler aux cowboys washingtoniens, c’est qu’au-delà du fait que l’Afrique ne leur appartient pas, cette mesure à terme risque de créer d’énormes défis pour les Etasuniens eux-mêmes. Car l’application d’une telle loi pourra très rapidement non seulement attaquer les chefs d’Etat et de gouvernement africains, mais aussi les principaux représentants de la société civile, et avec cela des milliers et des millions de citoyens africains. Des citoyens africains déjà pour très nombreux d’entre eux hostiles à la politique occidentale vis-à-vis de leurs pays et de leur continent, et plus généralement sur la scène internationale.

Dans cette situation, deux orientations semblent assez évidentes dans les motivations étasuniennes. Car au-delà de vouloir tenter de limiter la contagion des développements des relations entre la Russie et l’Afrique, et la montée en puissance évidente des sentiments pro-russes, Washington veut aussi tout simplement punir les Etats du continent pour leur non-obéissance dans les événements récents. Y compris, comme le pensent les experts du continent – pour punir les nombreux Etats africains qui ne se sont pas joints à la coalition antirusse tellement souhaitée et promue par Washington et ses sous-traitants dans le cadre du conflit en Ukraine.

Après visiblement l’échec de tenter à surfer efficacement sur la vague panafricaniste hostile à la Françafrique, confirmant une fois de plus qui est le suzerain et qui le vassal dans la relation Washington-Paris, l’establishment étasunien pense désormais que seules de nouvelles menaces, pressions, sanctions et intimidations peuvent éventuellement l’aider à limiter les dégâts face à une Afrique de plus en plus décomplexée vis-à-vis de l’Occident collectif, et désireuse de devenir un bloc puissant dans le cadre du système multipolaire contemporain. Avec d’autant plus une perspective fort probable d’un monde multipolaire post-occidental.

Encore une fois – les élites occidentales jouent avec le feu. Un feu d’ailleurs qui les brûle déjà activement et douloureusement. Incapables de se défaire d’une mentalité extrêmement arrogante d’un autre âge, et de s’excuser pour les innombrables crimes commis à l’encontre des Africains, dans les cas des USA et de leurs sbires – de la traite esclavagiste jusqu’aux assassinats barbares de grands leaders africains comme Patrice Lumumba ou Mouammar Kadhafi – les Occidentaux ne font que se signer soi-même la peine de mort.

D’un autre côté, pourquoi effectivement empêcher un organisme à l’agonie accélérer sa propre chute? Ce qui est sûr c’est qu’après le nombre innombrable de drapeaux français brûlés à divers endroits de l’Afrique, le drapeau étasunien risque rapidement de rattraper ce nombre. Et pourquoi pas le dépasser?

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=3917

Xi Jinping: Renforcer le respect mutuel et l’ordre multipolaire

Le président chinois Xi Jinping a prononcé mardi un discours lors du débat général de la 76ème session de l’Assemblée générale des Nations unies, mettant l’accent sur plusieurs points essentiels pour l’avenir du monde.

Raffermir la confiance et affronter ensemble les épreuves pour bâtir un monde meilleur – c’est sur cela qu’a particulièrement insisté le leader de la République populaire de Chine. Le discours du président chinois était axé sur quatre grandes orientations: la nécessité de vaincre la pandémie du Covid-19, de relancer l’économie et de promouvoir un développement mondial plus fort, de mettre en pratique le concept des relations internationales marquées par le respect mutuel et la coopération gagnant-gagnant, et d’améliorer la gouvernance mondiale en pratiquant le véritable multilatéralisme.

Si tous les axes abordés par Xi Jinping méritent une grande attention, nous nous focaliserons surtout sur le troisième et le quatrième – qui rentrent parfaitement dans la conjoncture géopolitique actuelle. Pour le leader chinois, «un monde de paix et de développement, c’est un monde où coexistent des civilisations aux formes variées et des voies différentes vers la modernisation». Et que «la démocratie n’est pas la propriété exclusive d’un pays quelconque, mais un droit de tous les peuples»… Tout en ajoutant que «l’évolution récente de la situation internationale prouve une fois de plus que l’intervention militaire extérieure et la prétendue transformation démocratique ne conduisent qu’à des conséquences désastreuses».

Ces points sont très importants et méritent d’être analysés. En effet, la diversité et la beauté du monde se trouvent justement dans la diversité des peuples, de leurs traditions et cultures respectives, et chaque peuple doit avoir le libre choix du modèle de son développement. A l’inverse donc des prétendues «valeurs universelles», si promues par l’establishment étasunien et plus généralement occidental, mais qui n’ont en réalité rien d’universelles.

Plus que cela et bien souvent – sont tout simplement rejetées par l’écrasante majorité des peuples du monde. Donc au contraire d’un Joe Biden qui consacre, comme à son habitude, tout un chapitre aux intérêts du lobby LGBT, Xi Jinping insiste sur la seule et véritable diversité planétaire: celle des peuples et des civilisations. Pourtant et selon le leader chinois, l’humanité possède bel et bien des valeurs communes, que sont la paix, le développement, l’équité, la justice, la démocratie et la liberté.Xi Jinping fait un autre rappel important par la même occasion: c’est que la notion même de démocratie n’est pas une propriété exclusive occidentale. Et que chaque tentative d’exporter cette manière occidentale de voir le monde n’apporte que chaos et désolation. D’autant plus lorsqu’on sait que ce modèle  prétendument «démocratique» promu par l’Occident en représente une forme totalement déformée des véritables valeurs démocratiques – servant bien souvent à justifier l’interventionnisme néocolonial dans les affaires souveraines d’Etats non-occidentaux, et à promouvoir les intérêts d’une partie infime de l’humanité.

En parlant d’ailleurs de modernité, tout dépend aussi quel sens nous donnons à cette notion. La notion occidentale de promouvoir justement des valeurs contraires pour l’écrasante majorité des peuples terrestres, ou un modèle de développement qui améliore radicalement la vie de millions de personnes? En ce sens, peut-être que certaines personnes en Occident pensent de façon tout à fait innocente (voire surtout inconsciente) que des pays comme les Pays-Bas ou la Suède sont plus modernes que ne l’est la Chine. Mais ce n’est certainement pas l’avis des citoyens chinois et de toutes les personnes à différents endroits de la terre qui connaissent la Chine et l’envol que ce pays a pris au cours des dernières décennies jusqu’à ce jour.

Le quatrième et dernier axe du discours de Xi Jinping insistait sur l’amélioration nécessaire de la gouvernance mondiale, ainsi que sur la pratique du véritable multilatéralisme. Tout en faisant référence aux règles fondamentales régissant les relations internationales basées sur les buts et les principes de la Charte des Nations unies, le parallèle peut être fait quant au fait qu’un certain nombre de pays, représentant justement une minorité planétaire évidente, ne se considèrent pas obligés à appliquer ces règles. De un – car ayant toujours une mentalité néocoloniale d’un autre âge. Et de deux – pensant toujours, à grand tort, pouvoir faire référence à l’injustice internationale apparue à la chute de l’URSS. Lorsque l’Occident s’est proclamé être le décideur de la vie ou de la mort des peuples sur toute la planète.

En ce sens, le discours du leader chinois peut être vu comme un énième appel afin que tous, y compris l’évidente minorité concernée qui s’obstine dans ses caprices, puissent prendre une posture responsable. Et dans le cas plus précis de ladite minorité – non seulement vis-à-vis de l’humanité, mais même vis-à-vis des peuples dont cette minorité est à la tête, et qui partagent pour nombre d’entre eux les valeurs propres à l’ordre multipolaire actuel.

A défaut de quoi, la véritable communauté internationale, celle qui inclut le grand espace eurasiatique et les alliés dudit bloc à tous les endroits du monde, continuera à suivre sa marche en avant, sans se soucier des retardataires en la qualité des nostalgiques de l’ordre unipolaire. L’harmonie dans les relations internationales aurait été possible, mais de façon réaliste – certainement pas avec les cadres occidentaux du moment.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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