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Christophe Raineteau: visage contemporain du mercenariat français en Afrique

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La France, en tant qu’Etat ayant une longue histoire coloniale et néocoloniale, dont une large partie en Afrique, est aussi connue pour ses tristement célèbres mercenaires, ayant opéré durant de longues années sur le continent africain, notamment dans le cadre du système communément appelé «Françafrique».

Le plus connu d’entre eux est certainement Bob Denard, dont les activités au service du néocolonialisme de son pays s’étendirent à nombre de pays africains: Congo, Nigéria, Bénin, Gabon, Angola ou encore les Comores. Décédé en 2007, sa mort pour de nombreux observateurs signifiait une sorte de fin d’une longue page de mercenariat français en Afrique. Mais ce fut loin d’être le cas. Dans le refus d’accepter le respect de la souveraineté de ses anciennes colonies, Paris a aujourd’hui de nouveaux personnages sur qui il peut miser. L’un de ces mercenaires contemporains n’est autre qu’un certain Christophe Raineteau, surnommé Alpha.

Actif dans plusieurs pays africains, c’est en République centrafricaine que ses activités de déstabilisation feront particulièrement parler de lui, au point que Bangui accusera ledit citoyen français de terrorisme et lancera un mandat d’arrêt à son encontre, ainsi que de son compatriote Bernard Cousin.

Déjà fin mai 2018, le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra, dans un entretien à la chaine de télévision France 24, a fait mention de ces deux citoyens français en qualité de déstabilisateurs de son pays: «ils manipulent certains hommes politiques, des groupes armés et une partie de la société civile en Afrique centrale dans le seul but de déstabiliser le gouvernement démocratique de Bangui» https://youtu.be/jTQF42IIKVA

Les tentatives de déstabilisation françaises contre la Centrafrique, via notamment ces mercenaires, ne sont pas anodines. La RCA, longtemps considérée comme la chasse gardée de Paris, est rentrée depuis les dernières années en alliance avec la Russie, dont les instructeurs participent à la formation des Forces armées centrafricaines (FACA), sans oublier plusieurs projets bilatéraux en cours de développement entre les deux pays, sur une base légale et conformément à la souveraineté des deux nations.

Il n’est donc aucunement surprenant qu’un Raineteau soit utilisé par des cercles obscurs de l’Elysée dans des opérations visant à déstabiliser un Etat africain qui assume de plus en plus sa souveraineté, y compris dans le choix de ses partenaires extérieurs. Et ce malgré le fait que le président centrafricain Touadéra est connu pour être un intellectuel qui s’est fixé le ferme objectif d’apporter la paix et le développement pour son pays, après des années de chaos et d’affrontements, notamment inter-religieux. Et malgré aussi le fait d’avoir été élu dans un cadre démocratique. Mais peu importe la démocratie et la volonté réelle de sortir son pays des années sombres récentes, Paris et ses hommes de main n’ont que faire de la souveraineté de cet Etat.

A noter qu’un mandat d’arrêt a été émis par la RCA à l’encontre de ces deux personnages en décembre dernier, sur la base de dix paragraphes d’accusation, parmi lesquels les actes de terrorisme, les meurtres et la destruction de la sécurité intérieure de l’Etat. Christophe Raineteau se trouvant de passage au Madagascar sera même arrêté par les autorités malgaches en vue d’une extradition vers la Centrafrique pour y être jugé, mais sous pression des autorités françaises fut relâché et a pu regagner la métropole, au grand dam des autorités centrafricaines https://www.nofi.media/2019/03/christophe-raineteau-2/63723

Evidemment, Raineteau nie les accusations qui sont portées à son encontre depuis Bangui. Il se présente lui-même comme un «aventurier humaniste», et dont les activités sont avant tout liées au «consulting de géopolitique africaine» pour des entreprises clientes. Quoi qu’il en soit et malgré la poursuite vraisemblable de ses activités dans nombre de pays africains, il n’est pas prêt à remettre les pieds sur le sol centrafricain.

L’histoire de ce mercenaire français est en réalité bien plus qu’une nouvelle page de mercenariat occidental en Afrique. Elle est surtout l’image d’une politique qui prétend parler au nom des valeurs dites «universelles» et de promotion de la «démocratie», mais avec comme fond un néocolonialisme aujourd’hui pratiquement impossible à voiler. Qu’un chef d’Etat d’un pays souverain soit élu démocratiquement et ayant pour objectif de changer radicalement les choses, d’y apporter la paix, la sécurité et le développement – tout cela préoccupe bien peu l’Elysée, et plus généralement les élites politiques occidentales. Les objectifs de ces derniers restent les mêmes et ne sont pas prêts de changer : maintenir le contrôle des anciennes colonies sous le diktat politique, armé et économique, sans oublier le contrôle des ressources naturelles des pays en question. Et peu importe si pour cela il faille maintenir la souffrance des populations locales, qui à défaut d’être massacrées, n’auront d’autre choix que de prendre la voie de l’immigration. «L’humanisme» libéral-occidental dans toute sa splendeur.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1178

Le mercenariat US en Afrique: une réalité difficile à voiler

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Alors que les pays du continent africain semblent plus que jamais déterminés à prendre en main leur destin et défendre jalousement leur souveraineté, du moins dans une partie notable de ce continent représentant l’avenir, les Etats occidentaux ne l’entendent pas de cette oreille. Critiques ardentes des partenaires chinois et russe, ainsi que des présidents africains menant une politique indépendante et multilatérale, l’Occident et bien évidemment les USA, ne mâchent pas leurs mots. Tout cela, en essayant tant bien que mal de masquer leurs véritables actions au cours des décennies passées et jusqu’à aujourd’hui. Rappel.

Les Etats-Unis d’Amérique, plus que jamais inquiets dans l’observation de plus en plus évidente de perte de leur leadership mondial sur les plans géopolitique comme géoéconomique, le tout dans un monde multipolaire en ébullition, ne cessent d’hystériser quant aux succès des grandes puissances civilisationnelles et indépendantes, en premier lieu de la Russie et de la Chine, ainsi qu’en ce qui concerne la prise de conscience des peuples à différents endroits du monde. L’Afrique ne fait pas exception.

Ces attaques politico-diplomatico-médiatiques occidentales visent aussi bien l’interaction sino-africaine, devenue aujourd’hui incontournable, que celle de l’Afrique avec la Russie, cette dernière étant aujourd’hui de retour et de plus en plus présente sur le continent africain. Si dans le cas de la Chine, les dites accusations visent principalement l’économie, le mainstream politique et médiatique de l’Ouest insistant sur le «piège» de Pékin au niveau économique et financier prétendument tendu aux Etats africains, dans le cas de la Russie les attaques concernent elles l’interaction grandissante sur le plan sécuritaire et politique, même si l’économie est elle aussi présente, certes de façon encore bien moins importante que dans le cas de la Chine.

Plus que cela, les médias occidentaux ne cessent de trouver des «mercenaires» russes à divers endroits d’Afrique. En omettant souvent de rappeler que la présence russe sur le continent se fait en conformité des accords conclus de façon souveraine entre les pays africains concernés et la Russie. Et puis en parlant de mercenariat, l’Occident n’oublie-t-il pas les pages obscures qui le concernent à ce sujet et les crimes qui en ressortent?

De l’assassinat de Patrice Lumumba au Congo avec la participation directe d’agents étasuniens en passant par le Zimbabwe ou encore l’Angola, les intervenants US ont attenté à maintes reprises à la souveraineté et à la dignité africaine. Le tout dans un esprit purement néocolonial. Si l’on sait aujourd’hui que l’assassinat barbare du grand leader congolais Lumumba a été décidé et validé au plus haut de l’Etat étasunien, avec la participation directe de la CIA et des services secrets belges, on sait aussi que Washington a utilisé plusieurs de ses mercenaires dans des opérations contre les mouvements progressistes africains. Parmi les mouvements visés l’ANC sud-africain, le MPLA angolais, la SWAPO namibienne ou encore le FRELIMO mozambicain. En passant presque toujours en coordination directe avec le régime raciste sud-africain de l’apartheid de l’époque.

Si les noms des mercenaires US tels que George Bacon, Thomas W. Chittum ou encore Robert C. MacKenzie, pour beaucoup ne disent pas grand-chose, il faut savoir que pour les pays africains où ces personnages ont agi, ils sont bien connus. Ou encore le groupe «The Crippled Eagles» – nom informel «d’expatriés» US ayant participé à la Guerre du Bush de Rhodésie du Sud aux côtés des forces néocoloniales de la République de Rhodésie du Sud de l’époque face aux guérilleros de la ZIPRA et de la ZANLA.

Cela sans oublier la guerre d’Angola, à l’issue de laquelle plusieurs mercenaires occidentaux, dont étasuniens, seront condamnés par l’Etat angolais à des peines allant de 16 ans d’emprisonnement à la peine de mort, pour leurs actions contre le pays.

Evidemment, certains seraient tentés de dire que ces actions occidentales de mercenariat et de déstabilisation se faisaient dans le cadre d’une certaine époque, communément appelée «Guerre froide». Le seul souci c’est que l’esprit néocolonial occidental de l’époque et celui d’aujourd’hui n’a pas vraiment évolué. A ce titre la concurrence entre les Etats-Unis et la Russie dans le volet sécuritaire en Afrique entre aujourd’hui dans une phase de plus en plus active. C’est dans ce contexte qu’il faut vraisemblablement voir les attaques récentes de l’establishment politique comme médiatique de l’Ouest visant aussi bien les intérêts russes et chinois, que ceux des souverainistes africains.

On a beau à posséder la puissance militaire, économique, géopolitique et médiatique, le fait est que la vérité est têtue et difficile de pouvoir l’effacer. Dans cette optique, le mieux que l’Occident aurait aujourd’hui à faire serait de changer de politique vis-à-vis des nations indépendantes non-occidentales. Mais bien que le monde multipolaire ait prouvé toute sa viabilité, les élites occidentales elles ne sont toujours pas prêtes à accepter la nouvelle réalité et surtout être en mesure de se regarder objectivement dans le miroir. Compte tenu de cela, les déstabilisations étasuniennes, et occidentales en général, en Afrique comme ailleurs, se poursuivront incontestablement.

 Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1169