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Direction Moscou, le revirement confirmé de la Moldavie

Igor Dodon

C’est un virage à 180 ° pour la Moldavie. Dirigé pendant sept ans par une équipe résolument pro-européenne et pro-Otan, le pays se tourne désormais vers la Russie. La visite d’Igor Dodon, le président moldave à Moscou, concrétise ce changement stratégique.

La première visite officielle à l’étranger d’Igor Dodon, le président moldave récemment élu, vient de se clore. Son agenda fut assez chargé. Durant sa visite, le chef d’État moldave a rencontré plusieurs responsables russes de haut niveau, dont Valentina Matvienko — l’actuelle présidente du conseil de la Fédération ( la chambre haute du Parlement russe ) puis Sergei Lavrov, le chef de la diplomatie. Enfin, en soirée Igor Dodon a rencontré Vladimir Poutine. Les deux chefs D’État ont abordé plusieurs sujets.

Dans le domaine énergétique, ils ont ainsi confirmé leur désir d’avancer sur plusieurs dossiers sensibles, notamment ceux en rapport avec la dette de l’État moldave pour le gaz russe, y compris celui livré en Transnistrie (PMR), qui avait fait sécession avec la Moldavie en 1990. Pour rappel, ce pays dépend à 100 % des livraisons de gaz russe.

L’autre point important concernait l’élargissement des entreprises moldaves pouvant exporter en Russie leur production, notamment agroalimentaire. En effet et depuis les sept dernières années du pouvoir de la coalition pro-occidentale, puis de la signature de l’accord d’association avec l’UE, la Moldavie n’a cessé de perdre ses parts sur le marché russe. Un marché qui n’a jamais pu être remplacé ailleurs, au vu de ses capacités.

Les deux hommes ont également abordé la question des migrants moldaves travaillant en Russie, autre source importante de revenus pour le budget du pays. C’est un point que la presse mainstream oublie souvent de mentionner lorsqu’elle aborde le sujet, puisqu’à en croire certains médias, la grande majorité des Moldaves travailleraient dans l’UE, principalement en Italie, où ils sont effectivement environ 150 000. Mais ce sont plus d’un demi-million de Moldaves qui vivent et travaillent en Russie, sur une population totale du pays de 3,5 millions d’habitants.

La discussion s’est aussi axée sur le dialogue lancé par Igor Dodon avec Tiraspol, la capitale de la PMR. Un éventuel accord de fédéralisation ne serait pas à exclure, bien que l’on en soit encore loin. Néanmoins, le dialogue positif engagé entre Chisinau et Tiraspol est un signe positif. Enfin, le président moldave a réitéré son engagement d’annuler l’accord d’association avec l’Union européenne, signé en juin 2014, et dans lequel la Moldavie n’a, selon Dodon, rien gagné, tout au contraire. Mieux que cela, le leader moldave a demandé à ce que son pays puisse rejoindre l’Union économique eurasiatique, ne serait-ce qu’à titre d’État observateur dans un premier temps.

Une approche qui a suscité la réaction des milieux pro-occidentaux à Chisinau, alors que Dodon se trouvait encore à Moscou. Selon leur déclaration officielle, ils ont affirmé « être prêts à tout pour bloquer toute éventuelle annulation de l’accord d’association avec l’UE et tout processus d’intégration en direction de l’Union économique eurasiatique ».

En effet, le combat s’annonce sérieux puisque le président moldave aura besoin du soutien de son parlement pour mettre en œuvre ses ambitieux projets. Néanmoins, et au vu des sentiments régnant au sein d’une large part de la société moldave, ses chances sont assez importantes. Il convient de rappeler que depuis quelques années, les sentiments pro-UE ont baissé d’une façon aussi drastique qu’augmentaient les sympathies prorusses au sein de la population. Une situation qui a d’ailleurs permis de mettre fin à sept années de pouvoir de la coalition pro-occidentale et de voir arriver la victoire d’Igor Dodon, le chef du Parti des socialistes de Moldavie, en novembre dernier.

Dernier point, au moment où l’Otan cherche de nouveau à attiser les tensions aux frontières de la Russie, le président moldave n’a pas caché son intention de s’éloigner du dialogue engagé par la précédente administration avec l’organisation nord-atlantique. D’ailleurs, le choix même de Moscou comme première visite officielle à l’étranger conserve toute sa symbolique : ce fut Bruxelles qui était la priorité tout au long des années précédentes de Chisinau. Une page vraisemblablement tournée, du moins pour le moment.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201701191029674983-igor-dodon-direction-moscou/

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Un vent venu de Russie souffle sur la Moldavie et la Bulgarie

Les élections présidentielles en Moldavie

Beaucoup sont toujours dans l’enthousiasme, d’autres dans « l’incertitude », d’autres encore dans la vive inquiétude, depuis l’élection que le mainstream occidental n’attendait pas, à savoir de Donald Trump à la tête des USA. Mais ce n’est qu’une partie du processus désormais global. Les grands changements ne font que commencer.

Pour fermer le chapitre des élections présidentielles US, il a été certainement le mieux résumé par le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, à savoir que la Russie attend des améliorations dans ses relations avec les Etats-Unis et que nous jugerons selon les actions du président élu et non pas sur les paroles. Revenons à l’Europe. Le deuxième tour des élections présidentielles vient de prendre fin en Bulgarie, membre de l’Union européenne, ainsi qu’en Moldavie, ex-république soviétique ayant signé, à l’instar de l’Ukraine, le fameux accord d’association avec l’UE. C’était en juin 2014. Que dire d’autre que les résultats obtenus dans les deux pays rentrent parfaitement dans le cours multipolaire du monde actuel et par un rejet évident de l’Occident politique.

En Moldavie, la victoire a été obtenue par le charismatique Igor Dodon. En passant, il s’agissait de la première élection présidentielle au suffrage universel direct depuis 1997. Le candidat prorusse du Parti des socialistes de Moldavie l’emporte sur la rivale de la coalition pro-occidentale Maia Sandu (coalition au pouvoir depuis 2009) avec environ 53 % des voix contre près de 47 %. Le taux de participation au second tour a été plus élevé qu’au premier (53,27 % contre 49,18 %). Les médias occidentaux reconnaissaient que le candidat prorusse était favori mais « espérait » que la diaspora moldave vivant en Europe pourrait éventuellement faire la différence, notamment via la diaspora vivant en Italie (pays accueillant la plus importante diaspora moldave en Europe occidentale) et qui représente plus ou moins 150 000 personnes. Mais les mêmes médias ont oublié d’indiquer que la plus importante diaspora moldave à l’étranger se trouve en Russie: sur une population totale du pays de 3,5 millions d’habitants, plus de 500 000 citoyens de Moldavie vivent et travaillent sur le territoire russe et ont largement soutenu la candidature d’Igor Dodon.

Son programme était clair et net: renégocier (au moins) l’accord d’association avec l’UE qui selon le nouveau président moldave a plombé l’économie du pays, revenir au partenariat stratégique avec la Russie, négocier la réouverture du marché russe aux produits moldaves et à terme pouvoir rejoindre l’Union économique eurasiatique dont font partie la Russie, le Kazakhstan, la Biélorussie, l’Arménie, le Kirghizistan et bientôt le Tadjikistan (et d’éventuels autres pays de l’ex-URSS). A l’inverse de sa rivale qui tout en souhaitant avoir « des relations normales et non-conflictuelles » avec la Russie, souhaitait poursuivre le cours pro-UE et plus généralement pro-occidental. La phase donc du pouvoir pro-atlantiste en Moldavie est actuellement close. Au moins pour les quatre prochaines années. A noter que le président élu Dodon a également su être le candidat de tous les Moldaves (roumanophones comme russophones) et soutenu également par l’autonomie gagaouze (turcophone et pro-russe). Il s’est ouvertement opposé aux rêves des nationalistes roumains de voir la Moldavie intégrer l’Etat roumain et a même promis de pénaliser de tels appels en cas d’élection — c’est désormais chose faite.

En Bulgarie, le second tour des élections présidentielles a été remporté par Roumen Radev, candidat indépendant soutenu par le Parti socialiste bulgare et général des forces armées aériennes, lui aussi haut la main: près de 60 % des voix sur sa rivale Tsetka Tsatcheva (environ 36 %), issue du parti au pouvoir orienté sur les intérêts atlantistes. Enfin près de 4 % des votants ont voté contre tous. Le président élu Radev, que les uns appellent comme étant pro-russe, d’autres comme étant un sympathisant du rapprochement avec la Russie, estime en effet que la politique des sanctions antirusses doit cesser. Il est partisan également du renforcement des liens économico-commerciaux avec la Russie, forts dans le passé et beaucoup moins aujourd’hui, ce qui selon lui pénalise l’économie bulgare. Une approche soutenue par un large nombre de ses compatriotes. Fort de ce soutien qui traduit aussi la déception d’une partie importante des citoyens bulgares de leur membership au sein de l’Europe bruxelloise. Sur un autre sujet, le nouveau président bulgare estime également que la « Crimée est de fait russe ». Position au minimum logique mais ayant choqué nombre de « bien-pensants » atlantistes.

Principal constat donc: les atlantistes perdent sur beaucoup de fronts. Les partisans de la multipolarité, eux, poursuivent leur avancée victorieuse. Un processus qui sera vraisemblablement poursuivi pour plusieurs raisons: les promesses bruxelloises d’un « avenir radieux » dans le domaine économique n’aboutissent pas et la situation s’empire, les belles « valeurs européennes » à la sauce de Bruxelles séduisent de moins en moins compte tenu des contradictions énormes des annonces faites et de la réalité obtenue. Des « valeurs » dans lesquelles les citoyens même des pays occidentaux croient de moins en moins. Enfin la rhétorique du « danger russe » émises tellement de fois par les élites occidentales, politiques comme médiatiques, ne passe simplement plus auprès des populations concernées.

Evidemment ces victoires en Moldavie et en Bulgarie sont avant tout celles du bon sens. Et aussi des leaders souhaitant défendre en premier lieu les intérêts de leurs peuples. Des peuples revendiquant plus de justice, aussi bien chez eux qu’au niveau global, au moment où certaines forces souhaitaient ardemment faire monter les tensions existantes en flèche, en soutenant des extrémistes en tout genre, en faisant la propagande de guerre et en poursuivant la pratique d’une politique purement néocoloniale.

Quant aux « incertitudes » et aux peurs de certains représentants de cette même élite occidentale et comme dit précédemment: qu’ils s’y habituent. Le grand changement multipolaire désiré par la grande majorité de l’humanité se poursuivra, qu’ils l’acceptent ou non.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201611141028677230-presidentielles-moldavie-bulgarie/

https://fr.sputniknews.com/authors/mikhail_gamandiy_egorov/

Elections en Gagaouzie : la région à majorité turcophone choisit de nouveau la Russie et s’éloigne largement de l’UE

Gagaouzie

Une nouvelle que les médias du mainstream ont vraisemblablement encore préféré éviter. En effet, très peu de médias occidentaux ont abordé les toutes récentes élections de gouverneur (« Başcan ») en Gagaouzie, région autonome au sein de la République de Moldavie.

Et pour cause, encore une gifle porté aux intérêts bruxellois (et donc à ceux de Washington) et de nouveau un vouloir-vivre ensemble avec la Russie simplement évident.L’élection a été remportée par Irina Vlakh, candidate pro-russe, avec 51,01% des voix. Une victoire dès le premier tour. A noter aussi que mis à part Irina Vlakh, grand nombre d’autres candidats ayant participé à l’élection, étaient eux-aussi ouvertement pour l’intégration économique avec la Russie. Le candidat soutenu par l’alliance pro-UE de Kichinev (la capitale moldave), Nikolay Dudoglo, n’a obtenu que 19,05% des voix, même si ce dernier insistait que lui aussi est « un ami de la Russie »…

Irina Vlakh sera par ailleurs la première femme à diriger la région. Ses priorités sont le renforcement des liens économiques et politiques avec la Fédération de Russie. Une notion que la très grande majorité des Gagaouzes partagent. Peuple turcophone très majoritairement chrétien, les Gagaouzes étaient très largement opposés à l’éclatement de l’URSS, mais à cette époque la voix des populations comptaient malheureusement peu. Depuis les Gagaouzes ont maintes fois exprimé leur désir de se rapprocher de la Russie. En février de l’année dernière, la population locale état invité à participer au référendum pour répondre à deux questions: la première: « Désirez-vous que la Gagaouzie rejoigne l’Union douanière Russie-Biélorussie-Kazakhstan? ». La seconde: « Etes-vous pour l’autodétermination de la Gagaouzie dans le cas où la Moldavie perdrait son indépendance? » (En cas d’un scénario de réunification avec la Roumanie, un projet de longue date des nationalistes roumains et de leurs mentors de l’OTAN).

Les Gagaouzes avaient alors dans l’écrasante majorité (plus de 95%) voté pour l’Union douanière (et donc contre l’Union européenne), ainsi qu’en faveur de l’autodétermination en cas de radicalisation du nationalisme roumain. Une chose donc devient très claire. Le projet nommé « UE » n’attire pas aujourd’hui. Les contes romantiques de l’Europe bruxelloise ne peuvent plus cacher la triste réalité. Celle d’une partie de l’Europe (celle de Bruxelles) complètement vassalisée aux USA.Dans le cas de la Moldavie, il s’agit d’un cas très sérieux, et les élites occidentales le savent parfaitement. Tout d’abord il y a déjà depuis plus de 24 ans une autre Moldavie qui vit parallèlement: la République moldave du Dniestr (PMR) ayant fait sécession de Kichinev durant la période d’éclatement de l’Union soviétique et qui est depuis un Etat indépendant de fait. Sa capitale est Tiraspol. Malgré toutes les tentatives de Kichinev et des élites occidentales d’isoler la PMR, notamment par des mesures économiques (les sanctions on connait), cet Etat vit mieux économiquement parlant que la Moldavie de Kichinev.

D’autre part et il ne faut pas l’oublier, à Kichinev même, un bien grand nombre de voix s’élèvent contre l’intégration atlantiste et en faveur de l’intégration eurasiatique, avec la Russie. Les médias occidentaux ont là aussi essayé de ne pas trop se focaliser sur le sujet des dernières élections législatives moldaves, qui se sont déroulés en novembre dernier. La raison est simple. Le parti qui est arrivé en tête de ces législatives n’est autre que le Parti socialiste de Moldavie, ouvertement pro-russe. Sa priorité est l’intégration avec la Russie et l’Union économique eurasiatique et l’annulation de l’accord d’association avec l’UE. A noter qu’un autre parti favorable à la Russie, le Parti communiste moldave, est arrivé lui troisième de ces élections législatives.Pour conclure donc, Bruxelles (et Washington aussi puisque c’est de lui qu’il s’agit en premier lieu), doivent se rendre à l’évidence que leurs « projets » n’attirent pas. Dans le cas moldave, cela est évident. La République moldave du Dniestr sécessionniste en 1991 vit mieux que la Moldavie version Kichinev, et ce malgré l’embargo et les sanctions la visant. La Gagaouzie turcophone a fait son choix elle aussi: celui de la Russie et de l’Union eurasiatique. Et à Kichinev même, la coalition pro-occidentale est très fragile et perd chaque jour qui passe le soutien des citoyens moldaves. Dans cette situation et surtout au vu des événements dans l’Ukraine voisine, la Moldavie devra trouver la voie qui lui convient. Et cette voie, ce n’est certainement pas Bruxelles.

A noter d’ailleurs, que la Turquie a salué tout comme la Russie l’élection d’Irina Vlakh. Evidemment Ankara entend jouer de son influence au sein d’une entité turcophone mais c’est aussi un nouvel exemple de la politique turque qui défend avant tout ses intérêts et non pas ceux de Washington et de l’OTAN. A la très grande différence des élites politiques bruxelloises.Quant à l’espace eurasiatique, j’avais déjà dit précédemment que personne ne pourra stopper le processus des retrouvailles observées dans ce qu’on appelle l’ex-URSS. Depuis l’éclatement du projet soviétique et après l’échec des expériences libérales pro-occidentales, les peuples cherchent à se rapprocher de nouveau afin de créer une union capable de défendre leurs intérêts légitimes. L’Union économique eurasiatique et bientôt l’Union eurasiatique tout court représentent cette aspiration. Avec la Russie, le Kazakhstan, la Biélorussie, l’Arménie, le Kirghizistan, le Tadjikistan, on est vraisemblablement qu’au début du processus. Peu importe, que Mme Clinton & Co. n’apprécient pas.

http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20150325/1015336624.html#ixzz3VQyrQALz

Mikhail Gamandiy-Egorov