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Zone industrielle russe en Egypte: percée économique en vue

Caire

La Russie et l’Égypte renforcent leurs relations privilégiées, aussi bien sur le plan économique que militaire ou diplomatique. Le prochain lancement d’une zone industrielle russe en Égypte n’est que la dernière manifestation de ce partenariat stratégique. Diplomatie, tourisme, Défense, commerce… revue de détail d’une relation d’envergure globale.

L’Égypte est le premier partenaire économico-commercial de la Russie en Afrique et dans le monde arabe. Une relation privilégiée qui ne cesse de se renforcer, comme le démontre le lancement annoncé d’une zone industrielle russe en terre égyptienne.

Ce projet de grande envergure sera discuté à partir de ce 23 mai, lors de la 11e réunion de la Commission mixte russo-égyptienne pour la coopération commerciale, économique et scientifico-technique. Outre cet événement central, cette commission intergouvernementale discutera de plusieurs grands projets qui devraient voir le jour prochainement: la construction de la première centrale nucléaire en Égypte par l’Agence fédérale russe de l’énergie atomique (Rosatom), la livraison de 1300 wagons destinés au transport de passagers aux chemins de fer égyptiens, la modernisation de l’usine métallurgique de Helwan, sans oublier la reconstruction et la modernisation des installations destinées au stockage et au traitement du blé. Car faut-il le rappeler, la Russie est désormais le premier exportateur mondial de blé, devant les USA, tandis que l’Égypte représente le deuxième marché pour les exportateurs russes, derrière la Turquie.

Selon les prévisions du ministère russe de l’Industrie et du Commerce, d’ici 2026, les entreprises russes résidentes dans la zone industrielle spécialement créée en Égypte devraient produire des marchandises et services pour l’équivalent de 3,6 milliards de dollars annuels. La zone industrielle se trouvera sur un site de deux mille hectares à l’est de la zone économique spéciale de Port-Saïd. La totalité des investissements dans ce projet devra s’élever à 7 milliards de dollars et 35.000 nouveaux emplois devraient y être créés.

Autre sujet de satisfaction pour les relations russo-égyptienne: le tourisme russe au pays des pharaons. La Russie a en effet récemment réautorisé les vols directs russes à destination d’Égypte, qui avait été gelés après l’attentat contre l’avion transportant des touristes russes au-dessus du Sinaï, le 31 octobre 2015. Depuis, et sous stricte supervision des spécialistes russes, l’Égypte a considérablement amélioré ses mesures de sécurité, notamment dans ses aéroports, permettant aux deux pays d’ouvrir une nouvelle page dans le secteur touristique. Pour mémoire, avant la tragédie en question, les touristes russes étaient de loin les plus nombreux et les plus dépensiers en Égypte, bien devant les Britanniques, les Allemands ou encore les ressortissants du Golfe.

Mais là aussi, ce n’est pas tout. Sous l’impulsion des Présidents Poutine et al-Sissi, les deux nations augmentent considérablement leur coopération dans la sphère militaro-technique, sécuritaire et dans la lutte antiterroriste: les contrats sur la livraison d’armements russes signés en 2014-2015, dont le montant total dépasse les 3,5 milliards de dollars, le confirment pleinement. Ces livraisons comprennent notamment le système antimissile S-300VM («Antey-2500»), 50 chasseurs MiG-29M/M2, 46 hélicoptères d’attaque Ka-52K, vedette du projet 1242.1 équipée d’un système de missile antinavire «Moskit», entre autres.

Sur le plan politico-diplomatique, l’Égypte, le pays le plus peuplé du monde arabe, première puissance militaire arabe et africaine, majoritairement musulman sunnite, n’a pas caché son soutien à l’opération antiterroriste russe en Syrie. Elle a ainsi résisté aux pressions saoudiennes, un autre fort important partenaire économico-commercial de l’Égypte, afin de tenter d’infléchir l’approche égyptienne sur le conflit syrien en sa faveur.
Cette approche responsable du gouvernement égyptien a également largement contribué au renforcement des relations entre la Russie et l’Égypte, y compris au niveau des ministères de la Défense et des Services de sécurité. Une chose est certaine: Moscou et Le Caire continueront à interagir dans le cadre de leurs intérêts respectifs, aussi bien géopolitiques, géoéconomiques que sécuritaires.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201805231036496267-zone-industrielle-russie-egypte/

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Le monde arabe se convertit à la multipolarité

Damas

Alors que la Syrie est en passe d’éradiquer la menace terroriste qui menaçait le pouvoir légal et l’intégrité territoriale du pays depuis plusieurs années, des changements évidents s’opèrent dans la région.

Les succès des alliés de la Syrie, notamment de la Russie, replacent celle-ci au centre du jeu moyen-oriental, au plus grand bénéfice de la multipolarité.

L’armée gouvernementale syrienne, appuyée par la Russie, poursuit à rythme élevé son offensive contre la secte Daech, toujours plus à l’est du territoire national, avec l’objectif clairement annoncé: libérer complètement la ville de Deir ez-Zor et la province éponyme. Conséquence de ces offensives: la Syrie retrouve progressivement la paix et la stabilité. Le travail n’est pas encore terminé, comme l’a récemment rappelé le président al-Assad, s’exprimant devant les cadres diplomatiques syriens. Même vaincu, le terrorisme compte poursuivre ses actes à travers des cellules dormantes. C’est un défi global auquel il faut être prêt et prendre les mesures nécessaires, en coordination avec les pays alliés. Une chose est néanmoins certaine: la Syrie n’est pas tombée et ne tombera pas. C’est le résultat direct de la résistance du peuple syrien aussi bien face au terrorisme qu’au néocolonialisme qui voulait abattre la souveraineté de cette ancienne nation.

Les alliés de la Syrie ont évidemment joué aussi un rôle de premier plan dans cette reconquête du territoire national face au terrorisme international. Ces alliés sont connus: Russie, Iran, Hezbollah libanais. Chose surprenante et passée sous silence par les médias mainstream: c’est seulement en deux ans d’intervention de la Russie en Syrie, à la demande du gouvernement syrien, que Daech a commencé à très sérieusement reculer, au point d’être aujourd’hui tout simplement acculé de tous côtés.

Alors comment se fait-il que durant la campagne de la large «coalition» US, qui agit depuis 2014 sans le consentement du gouvernement syrien, Daech n’ait fait qu’avancer et jamais reculer? Comment se fait-il qu’en ayant un nombre de matériels (notamment d’avions de combat) beaucoup plus important que la Russie, que la prétendue coalition ait réalisé plusieurs fois moins de frappes contre les terroristes de Daech que les forces aérospatiales russes?

Les médias occidentaux et consorts se gardent bien de poser ces questions embarrassantes, encore moins d’y répondre. Chacun a déjà ou se fera sa propre opinion. D’ailleurs, leur relatif silence en ce qui concerne les tout derniers succès de l’armée syrienne et de ses alliés face à Daech sont eux aussi fort révélateurs. Observez simplement le fil d’actualité sur la Syrie sur Google pour vous en convaincre, même si certains médias centraux préfèrent avouer malgré eux la vérité, au risque de se ridiculiser.

En tout cas, cette réalité pousse déjà plusieurs pays de la région à réévaluer leur positionnement en matière de politique internationale. Ainsi, la Russie, «isolée» selon les termes pas si lointains de l’administration Obama, accueille pratiquement toutes les semaines des représentants d’un grand nombre de pays venant chercher le soutien, ou du moins le renforcement de ses relations avec Moscou.

Après le maréchal libyen Khalifa Haftar, venu chercher le soutien militaire de la Russie, les représentants d’autres pays arabes, y compris «traditionnellement» plus proches de l’Occident, s’activent pour se rapprocher de Moscou, notamment dans le domaine de la Défense. À ce titre, le Qatar projette d’acheter des technologies russes de systèmes de DCA, les Émirats arabes unis mènent des négociations en vue d’acquérir sous peu plusieurs dizaines de chasseurs russes Su-35 dernier cri. Enfin, le ministre libanais de la Défense, en visite récente à Moscou, n’a pas mâché ses mots en affirmant que «le Liban compte sur l’aide de la Russie dans la lutte antiterroriste».

Quant aux partenaires traditionnels de la Russie, comme l’Algérie, dont le partenariat date de plusieurs dizaines d’années, le niveau des relations est non seulement maintenu, mais prend de plus en plus d’ampleur. Les relations russo-égyptiennes s’intensifient également dans différents domaines. Quant au Maroc, qui diversifie actuellement largement ses relations extérieures, il ne cache pas que la Russie figure parmi ses principales priorités. Le gouvernement palestinien, quant à lui, souhaite une participation beaucoup plus importante de la Russie dans la résolution du conflit israélo-palestinien, aux dépens du «rôle» étasunien.

On voit que la campagne militaire russe en Syrie a confirmé plusieurs choses. La Russie en ce XXIe siècle n’a absolument plus rien à avoir avec celle ayant succédé dans la dizaine d’années de la chute de l’URSS. Absolument rien.

L’armement et les spécialistes russes ont démontré toute leur efficacité, y compris dans des conditions extrêmes, ce que mettaient en doute depuis tellement d’années les «experts» occidentaux autoproclamés.

Mais la Russie a aussi prouvé que lorsqu’elle combat le terrorisme, elle le fait sans arrière-pensée, à l’inverse de certains pays qui prétendent combattre ce même terrorisme tout en le promouvant de par leurs interventions purement néocoloniales et en l’utilisant lorsque cela arrange leurs objectifs géopolitiques et géoéconomiques.

Enfin, la Russie a confirmé une fois de plus son respect de la souveraineté des États et du droit international. Et même certains pays, qui au départ jouaient le jeu des terroristes en cherchant la chute du gouvernement légitime de Syrie, sont arrivés progressivement à la conclusion qu’il était préférable de travailler avec des partenaires qui respectaient leur souveraineté, qu’avec ceux qui les feraient chuter lorsque cela serait «nécessaire» à leurs intérêts ou à leurs appétits.

Il en est ainsi du Moyen-Orient, devenu pratiquement l’arrière-cour des USA après les interventions du début des années 2000 de l’administration Bush Jr.: la révolution non seulement arrive à grands pas, mais a déjà commencé. Une grande partie du monde arabe voit en la Russie et dans le concept multipolaire la solution à de nombreux problèmes auxquels elle fait face, qu’ils soient liés aux questions sécuritaires ou au problème d’interférence d’acteurs extrarégionaux dans les affaires intérieures. Toutes ces raisons font que le monde arabe et la Russie retrouvent un niveau de relations tout aussi important qu’à l’époque soviétique, voire le dépassant sur certains aspects.

Et si en plus du monde arabe, on garde en tête que des pays comme l’Iran ou la Turquie, acteurs de premier plan du monde musulman, se trouvent eux-aussi dans un partenariat stratégique avec la Russie, on comprend à quel point la multipolarité prend de l’ampleur.
Un concept dont le succès s’opère aux dépens de ceux qui s’obstinent à promouvoir le concept unipolaire, définitivement révolu- qu’ils le veuillent ou non.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201708301032846891-monde-arabe-multipolarite/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Sommet de Kazan, prochain point d’orgue des relations Russie-Monde musulman

Kazan

La Russie entretient des liens privilégiés avec le monde musulman, une situation due aussi bien aux relations harmonieuses entre chrétiens et musulmans dans le pays qu’aux rapports équilibrés que Moscou entretient avec nombre de pays à majorité musulmane.

Un état de fait qui devrait se traduire lors du prochain sommet Russie-Monde musulman de Kazan.

La superbe ville de Kazan, capitale de la République du Tatarstan et troisième capitale officielle de Russie (après Moscou et Saint-Pétersbourg), accueillera du 18 au 21 mai prochain un important sommet économique international: « Russie-Monde musulman ». Plus de 2 000 visiteurs venant de 50 pays y sont attendus.

Le sommet est organisé avec le soutien du Conseil de la Fédération de Russie (chambre haute du Parlement russe) et des autorités de la République du Tatarstan. Le but dudit sommet est de renforcer les liens économico-commerciaux, scientifico-techniques et culturels entre la Russie et les pays membres de l’Organisation de la coopération islamique (OCI). Plus de 1 500 personnes ont participé au sommet de 2016: des représentants de l’élite politique, économique, diplomatique, scientifique de 51 pays du monde musulman.

Cette année, plusieurs représentants gouvernementaux ont confirmé leur participation, notamment de Turquie, de Tunisie ou encore des Émirats arabes unis. La classe politique russe sera également bien représentée à ce sommet. Qu’est-ce qui les attire tous à ce sommet?

Rappelons tout d’abord que la Russie, bien qu’étant un pays majoritairement chrétien, est aussi le pays d’un grand nombre de musulmans — des citoyens russes à part entière. Sur une population totale d’un peu plus de 146 millions d’habitants, 14,5 millions se revendiquent de l’islam, soit 10 % de la population totale. Soulignons que nous parlons bien de citoyens russes musulmans et non de migrants en provenance de pays à majorité musulmane, lesquels sont par ailleurs nombreux, notamment en provenance des anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale.

L’expérience russe est effectivement unique en ce sens, car chrétiens et musulmans russes vivent en harmonie depuis de longs siècles. Et malgré les défis liés au terrorisme et à l’extrémisme religieux que traverse aujourd’hui le monde — Russie y compris —, c’est un fait reconnu qu’en Russie il n’y a pas de tensions majeures entre les représentants des différentes confessions religieuses. Au contraire, l’écrasante majorité des musulmans de Russie, qu’ils soient Tatars, Tchétchènes, Ingouches, Bachkirs ou autres, revendiquent haut et fort leur appartenance à l’État russe, et leurs sentiments patriotiques n’ont rien à envier à ceux des autres citoyens du pays.

Une expérience caractéristique de la Russie et de certains pays d’ex-URSS, notamment d’Asie centrale à majorité musulmane, qui a perduré depuis la période impériale jusqu’à ce jour. Elle a également permis de bâtir une relation de confiance avec plusieurs États musulmans non issus de l’Empire russe ou de l’ex-URSS, qu’il s’agisse de l’Iran, de la Turquie ou de plusieurs États dans le monde arabe.

Si les relations russo-iraniennes datent de plusieurs siècles, évoquons l’alliance avec la Syrie, vieille de plusieurs décennies ou les relations avec l’Égypte, le principal partenaire économico-commercial de la Russie dans le monde arabe. Moscou entretient par ailleurs des relations suivies avec les pays du Maghreb — Algérie, Maroc et Tunisie — et cultive un partenariat stratégique avec la Turquie, dont la population fait majoritairement plus confiance à la Russie qu’à « l’allié » étasunien, à en croire un récent sondage Gallup. Une confiance qui fait fi des nombreuses guerres russo-turques dans l’histoire et de l’appartenance d’Ankara à l’OTAN, une organisation à priori anti-russe, ou encore malgré plusieurs désaccords évidents, toujours d’actualité, notamment sur la situation en Syrie.

Et c’est loin d’être une exception. Une chose saute aux yeux: les populations musulmanes, notamment arabes, font généralement bien plus confiance à la Russie qu’à l’Occident, ce qui n’est pas forcément le cas de leurs élites politiques. Et d’après certains de mes collègues, russes et étrangers, vivant et travaillant dans certains pays arabes dont les leaders sont des alliés déclarés des États-Unis et du bloc occidental, les sentiments de la population sont bien souvent à l’opposé. C’est un signe avant-coureur.

Est-ce si étonnant? Pas tant que cela. Car malgré toute la propagande russophobe propagée par le mainstream, les populations en question ont maintes fois pu analyser qui avaient le plus de respect envers leurs souverainetés nationales, mais aussi envers la souveraineté sur leurs ressources. Et dans ces deux cas, pas besoin d’être un expert en géopolitique ou en géoéconomie pour y voir clair.

Une chose est certaine. La présence américaine, et plus globalement occidentale, est de plus en plus contestée dans le monde musulman, notamment au Proche et au Moyen-Orient. La vive inquiétude et même l’hystérie qui caractérisent aujourd’hui les élites politiques, financières et médiatiques occidentales sont entre autres dues à cela. Elles savent que plus le temps passe et plus de pays, y compris leurs proches « alliés », leur montreront la porte. C’est une question de temps. D’ici là, la Russie ne se presse pas. Elle attend. Tout en défendant avec ardeur ses alliés et ses partenaires stratégiques, de même que ses intérêts — chaque pays en possède. Le tout dans un cadre une fois encore multipolaire.

Et c’est pourquoi le Sommet Russie-Monde musulman 2017 de Kazan sera sans aucun doute un succès, peut-être sans précédent.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201704181030958268-kazan-sommet-relations/

Mikhail Gamandiy-Egorov