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Président d’Afrique du Sud: aux problèmes africains – des solutions africaines

La voix du leadership sud-africain prend de l’ampleur. La grande puissance africaine adopte clairement une position en faveur des pays partisans de l’ordre multipolaire. Au grand désarroi des élites occidentales.

L’une des principales puissances économiques du continent africain, par ailleurs membre des BRICS, la République d’Afrique du Sud active son potentiel politico-diplomatique – une approche démontrant clairement un soutien au monde multipolaire. Cela sans oublier le fait que le pays de Nelson Mandela est actuellement membre non-permanent du Conseil de sécurité de l’ONU et compte bien faire entendre sa voix. D’ailleurs, cela a déjà commencé.

Tout d’abord et après l’assassinat du général iranien Qassem Soleimani, tué dans une frappe étasunienne, le Congrès National Africain (ANC) – le parti historique de Nelson Mandela et parti au pouvoir en Afrique du Sud, avait vivement condamné l’attaque étasunienne et le meurtre du commandant de la Force Al-Qods du corps des Gardiens de la révolution islamique. Plus récemment au niveau du Conseil de sécurité onusien, Pretoria n’a pas soutenu une résolution britannique portant sur la Libye et a au contraire accordé son soutien à la proposition russe du texte.

Et là aussi ce n’est pas tout. Lors de la récente visite d’Angela Merkel en Afrique du Sud, la chancelière allemande avait déclaré que «le problème libyen n’est pas seulement un problème africain». A quoi le président sud-africain Cyril Ramaphosa – par ailleurs qui vient d’être élu président de l’Union africaine – a répondu: «Nous voulons aux problèmes africains des solutions africaines». Une phrase qui en passant a souvent été utilisée dans le passé par le ministre russe des Affaires étrangères Serguei Lavrov lorsqu’il s’agissait de répondre aux divers problématiques en lien avec le continent africain.

S’ajoutent à cela les récentes manœuvres militaires navales tripartites entre l’Afrique du Sud, la Chine et la Russie aux larges des côtes sud-africaines. Une chose est sûre: l’arrivée de l’Afrique du Sud au Conseil de sécurité de l’ONU renforce incontestablement l’alliance russo-chinoise. Surtout connaissant la solidarité entre Pékin et Moscou lors des votes, bien souvent en opposition nette au trio occidental Washington-Londres-Paris.

L’Afrique du Sud fut pour rappel aussi l’un des quelques pays ayant offert l’asile à l’ex-leader libyen Mouammar Kadhafi, avant qu’il ne soit tué par la complicité de l’Otan et de ses alliés salafistes locaux. Tous ces faits confirment la pleine capacité de la République sud-africaine à mener une politique indépendante et souveraine, indépendamment des souhaits occidentaux.

Cette réalité évidemment ne peut que créer le désarroi dans le groupe des puissances occidentales et de leurs acolytes, déjà furieux de l’opposition constante de l’axe Pékin-Moscou, et désormais devant faire face à la voix sud-africaine, une voix d’un leader continental. D’ailleurs, le président Ramaphosa lors de sa prise de fonction à la tête de l’Union africaine (UA) n’a pas manqué de tacler les agissements de certains pays qui se reconnaitront sans problème: «Nous devons faire face à l’action des pays extérieurs sur notre continent qui mènent des guerres par procuration et alimentent les conflits en cours sur notre continent».

Une phrase qui en dit long et qui traduit à elle seule toute la fatigue que représente pour l’Afrique la politique irresponsable de l’establishment occidental – aussi bien sur le continent africain, qu’à d’autres endroits du globe terrestre. D’où l’importance plus que jamais pour les forces partisanes du monde multipolaire de faire bloc uni face aux nostalgiques de l’unipolarité désormais révolue. Et à ce titre, l’Afrique du Sud a sans aucun doute un rôle important à jouer.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Chine-Zimbabwe: unis face à l’unilatéralisme occidental

1-21

Traditionnellement, le ministre des Affaires étrangères de la République populaire de Chine se rend à chaque début d’une nouvelle année en terre africaine, une tradition qui ne change pas depuis les trente dernières années. Mais au-delà de l’aspect traditionnel de telles visites, le chef de la diplomatie chinoise Wang Yi a fait plusieurs déclarations importantes.

Le fait que l’Afrique représente l’une des principales priorités de la politique extérieure de Pékin est un fait connu. Parmi les principaux partenaires de l’Empire du Milieu sur le continent on retrouve évidemment le Zimbabwe. Les relations bilatérales ne datent d’ailleurs pas de l’époque récente, sachant que la Chine avait participé, tout comme en son temps l’URSS, au soutien à la lutte du peuple zimbabwéen contre le néocolonialisme britannique.

S’exprimant en conférence de presse avec son homologue zimbabwéen Sibusiso Moyo http://french.xinhuanet.com/afrique/2020-01/13/c_138701227.htm , le haut représentant chinois au-delà de rappeler la longue histoire de coopération et d’amitié qui lie la Chine à l’Afrique, et notamment au Zimbabwe, n’a en outre pas manqué de faire des déclarations qui ne plairont probablement pas à l’establishment occidental.

A commencer par l’appel de mettre fin aux sanctions occidentales unilatérales visant le Zimbabwe (des sanctions principalement étasuniennes et britanniques), exprimant ainsi sa solidarité avec Harare et les autres pays africains ayant participé à cet appel. «Les sanctions unilatérales imposées au Zimbabwe par certains pays et institutions n’ont aucune base en termes de droit international, et portent atteinte aux droits et aux intérêts de développement légitimes du Zimbabwe», a déclaré M. Wang.

Mais ce ne fut pas tout. Le conseiller d’Etat chinois et ministre des Affaires étrangères Wang Yi s’en est également pris à «l’unilatéralisme, des politiques de pouvoir et à la mentalité de la guerre froide» de certains Etats. Ajoutant qu’il était important de renforcer la communication et la coordination sino-africaines, de démontrer le pouvoir de la solidarité et de générer une voix unique pour préserver les droits légitimes des peuples chinois et africains dans le but de s’opposer à l’ingérence extérieure, de poursuivre l’équité et la justice et d’obtenir une vie meilleure.

Ce qui est intéressant à noter dans ces déclarations du chef de la diplomatie chinoise, c’est que désormais Pékin accentue sa voix non plus seulement sur les questions d’ordre économique le liant fortement avec les Etats africains, mais qu’on y retrouve une voix politico-diplomatique de première envergure, axée sur la défense de la multipolarité, sur le soutien à ses alliés, et une opposition ouverte et officielle aux politiques d’un certain nombre de capitales, qui se reconnaitront sans aucun doute.

Et connaissant tout le poids et la puissance du pays qu’il représente, que ce soit démographiquement, économiquement, politiquement et militairement parlant, il est bien peu probable que ces appels passent inaperçus. Ni du côté des pays occidentaux. Ni du côté des pays africains qui attachent une très grande importance aux déclarations venant de Pékin – devenu depuis déjà plusieurs années le principal partenaire économico-commercial du continent.

Pour revenir maintenant à la question des sanctions, y compris celles qui visent particulièrement le Zimbabwe (mais pas seulement), l’Occident politique – qui adorait depuis la fin de l’URSS à parler de sa capacité à faire isoler les Etats désobéissants – ne court-il pas au final le risque de se retrouver soi-même dans l’isolement?

Rien n’est impossible dans cette nouvelle ère. Représentant pas plus de 10% de la population terrestre, sachant d’autant plus que nombre de citoyens de pays occidentaux sont loin d’être solidaires avec leurs gouvernements respectifs, ayant en face des puissances dites «émergentes» qui dépassent déjà et dans plusieurs secteurs les économies dites «développées», les élites occidentales feraient au contraire bien mieux de sauter dans le dernier wagon du train multipolaire déjà en marche. Surtout face au duo russo-chinois au Conseil de sécurité de l’ONU et à la grande majorité de pays n’appartenant pas au monde occidental. L’Afrique, à elle seule, représente plus d’une cinquantaine de pays-membres de l’ONU, parmi lesquels de nombreux assument aujourd’hui pleinement leur indépendance et leur souveraineté. La minorité sanctionnant donc une majorité risque fortement à terme de se retrouver soi-même sanctionnée et isolée.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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USA-Europe: les divergences s’accentuent. Quelle sera la suite?

Au moment où le monde multipolaire continue de s’imposer à divers endroits de la planète, devenant une réalité qu’il est aujourd’hui plus que difficile de nier, les divergences entre les partisans de l’unipolarité révolue ne font que s’accroitre, en premier lieu entre les USA et les principales puissances européennes.

Alors que les Etats-Unis s’attèlent de toutes leurs forces à maintenir leur domination mondiale, qui pourtant poursuit sa tendance à la baisse, ce désir de dominer s’étend largement à ses «alliés», en premier lieu européens. Au point de menacer par des sanctions non plus seulement ses adversaires géopolitiques et géoéconomiques – reconnus officiellement comme tels, comme la Chine et la Russie – mais également ses propres soutiens politico-diplomatiques-sécuritaires, en voulant frapper leurs intérêts économiques majeurs.

Dans ce paradigme, il est particulièrement intéressant d’observer les cas de l’Allemagne et de la France, des pays qui sont indiscutablement des leaders économiques au niveau de l’UE continentale. Les leaders de ces nations ont récemment tous les deux assez ouvertement critiqué certaines des politiques étasuniennes, tout en insistant sur la nécessité d’une politique plus souveraine et indépendante européenne.

Ainsi, en novembre 2019 le président français Emmanuel Macron, dans un entretien accordé au magazine britannique The Economist, est allé jusqu’à parler de «mort cérébrale de l’Otan». Les autres points importants soulevés par le chef de la Cinquième République concernaient eux la nécessité pour l’Europe de gagner en autonomie dans le domaine de la sécurité et des questions stratégiques, ainsi que de reprendre le dialogue avec la Russie. Son de cloche semblable en partie dans les déclarations d’Angela Merkel qui parledu besoin de développer le potentiel militaire européen dans le contexte de «l’évolution» des relations avec les Etats-Unis. Toujours selon elle, alors que «l’attention des Etats-Unis sur l’Europe s’affaiblit, les Européens devraient donc assumer davantage de responsabilités». Ceci étant dit, Merkel semble au contraire reconfirmer son ferme attachement à l’Otan, appelant par la même occasion à augmenter les dépenses des pays-membre de l’alliance, gardant ainsi une démarche toujours atlantiste.

Le souci maintenant c’est justement qu’il est tout simplement impossible de pouvoir parler d’une politique indépendante et souveraine de l’Europe, du moment que cela reste sous le parapluie otanesque. Sachant que l’Otan était, est et restera l’instrument par excellence des USA, non seulement dans le cadre des interventions néocoloniales – devenues tout de même plus difficiles à mettre en œuvre ayant en face la réalité multipolaire – mais aussi dans le but de maintenir la domination et le contrôle sur ses prétendus «alliés». A ce titre, il serait erroné de parler d’un manque d’intérêt des Etats-Unis vis-à-vis de l’Europe, sachant que le désir de Washington de garder son pré-carré en terre européenne ne diminue aucunement. Et cela se traduit aussi bien par la présence militaire que la pression économique, sans oublier la volonté d’élargir fortement sa présence énergétique.

A ce titre, les sanctions récentes annoncées par l’establishment étasunien visant les compagnies européennes participant aux travaux du gazoduc Nord Stream 2, reliant la Russie à l’Allemagne, ne font que le confirmer pleinement. La question se devant d’être posée maintenant: les principales puissances européennes auront-elles le courage de dire à un moment stop à l’arrogance du grand frère outre-Atlantique, se permettant sans vergogne de frapper leurs intérêts économiques et énergétiques, sans parler même d’assumer leur souveraineté inexistante et inacceptable pour Washington? Rien n’est moins sûr. Car si la Turquie d’Erdogan, elle aussi membre de l’Otan, a eu le courage de ne pas céder aux pressions US, notamment dans le cadre de l’acquisition du système russe S-400, assumant sa souveraineté et agissant conformément à ses propres intérêts nationaux, et s’affirmant par la même occasion comme une puissance régionale et internationale, rien ne présage encore pour le moment une telle capacité d’indépendance du côté de Berlin et de Paris. Faisant d’eux par la même occasion des sortes de périphéries de la politique internationale.

Les dernières actions en date, notamment vis-à-vis de l’Iran, le confirment pleinement aussi. Le tout au grand dam de leurs propres populations et cercles d’affaires, fatigués de subir le diktat du maitre étasunien, de même que les conséquences en termes de pertes économiques fortement importantes. La question reste la même: les élites ouest-européennes continentales sauront-elles, un jour, être à l’écoute des citoyens qu’elles sont censées représenter? L’avenir nous le dira. Mais en attendant la réalité reste encore bien morose pour la souveraineté européenne.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Moyen-Orient, Afrique du Nord: l’Eurasie s’impose

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A un moment où de nombreux regards sont portés en direction de la région stratégique du Moyen-Orient, sans oublier l’Afrique du Nord et notamment la Libye, il apparait de plus en plus clairement que les puissances eurasiennes deviennent les acteurs clés dans les affaires internationales.

Peu l’auraient cru dans les années 1990, voire même au début des années 2000. Que des pays comme la Russie, la Turquie, l’Iran et bien évidemment la Chine deviendront des puissances de premier plan. Si la première, à la chute de l’URSS, était considérée comme une superpuissance devenue une puissance régionale sans avenir, et que l’Empire du Milieu n’avait pas encore atteint la puissance actuelle, quant à la Turquie et à l’Iran, peu les voyaient capables de jouer un rôle réellement important sur l’arène internationale.

Mais les années ont passé, le monde a évolué. Au-delà du développement propre à chacun de ces pays, il y a aujourd’hui des caractéristiques qui les rassemblent. Mis à part le fait d’appartenir à la grande famille eurasienne des peuples, ce sont des nations pleinement souveraines et maitres de leurs destins respectifs. Enfin, et cela est tout aussi important, ces nations soutiennent l’idée que seul un monde multipolaire peut apporter un développement juste à l’humanité. En rejetant le fait qu’un seul pays puisse se proclamer en hégémon mondial, comme ce fut le cas lors de la dislocation de l’Union soviétique, et forcer les autres nations à adopter son agenda sans demander l’avis des pays concernés, au risque de se retrouver devant le feu d’une attaque militaire ou économique dudit hégémon autoproclamé, en la qualité des USA.

Mais comment ces puissances eurasiennes collaborent-elles entre elles à l’heure d’aujourd’hui? Si l’interaction russo-chinoise n’est plus vraiment à présenter, depuis plusieurs années déjà elle couvre pratiquement tous les secteurs possibles : politico-diplomatique, économique, militaire et sécuritaire. Les deux nations étant des membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, leur solidarité à ce niveau a été sans précédent depuis plusieurs années maintenant. Sur pratiquement tous les dossiers internationaux, Moscou et Pékin ont adopté des positions communes, ou très proches: Syrie, Venezuela, Burundi, et bien évidemment l’Iran. Le tout presque toujours en opposition au trio occidental du CS onusien USA-Royaume-Uni-France. Equilibrant ainsi définitivement la balance internationale. Au niveau économico-commercial, le volume annuel des échanges entre les deux pays dépasse 100 milliards de dollars, tout en sachant que les présidents chinois et russe ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin. S’ajoutent à cela les très réguliers exercices militaires conjoints entre les deux nations.

Dans le cas de l’Iran, Pékin comme Moscou partagent avec la puissance perse des relations étroites et privilégiées. Que ce soit sur le plan économique: à l’heure des nombreuses sanctions économiques étasuniennes, y compris sur les exportations pétrolières iraniennes, des sanctions suivies et appliquées par les alliés de Washington, y compris européens, la Russie et la Chine au contraire continuent d’augmenter leur interaction respective avec Téhéran. Sur le plan militaro-sécuritaire, les trois nations ont mené récemment des exercices militaires conjoints à grande échelle – des exercices qui, sans surprise, n’ont pas trouvé appréciation auprès des élites étasuniennes et otanesques. Et ce n’est pas tout: lors des tensions actuelles entre l’Iran et les Etats-Unis, Moscou comme Pékin n’ont pas manqué d’afficher leur solidarité avec l’allié iranien, notamment en bloquant le texte occidental à l’ONU – qui visait à condamner la prétendue attaque contre l’ambassade US dans la capitale irakienne Baghdad, sans faire aucune mention de la violation flagrante du droit international lors du lâche assassinat du général iranien Qassem Soleimani dans une frappe étasunienne. Cela sans oublier l’alliance stratégique anti-terroriste entre la Russie et l’Iran en Syrie, une alliance militaire, aux côtés de l’armée gouvernementale syrienne, ayant été décisive dans la défaite des terroristes de Daech et d’Al-Qaida dans ce pays-civilisation.

Enfin et dans le cas de la Turquie, le pays a fait un long chemin lui aussi depuis les années 1990. D’un pays considéré par beaucoup comme «périphérique», devenu aujourd’hui une puissance régionale incontestable, politique comme économique, et ayant son mot à dire sur de bien nombreux dossiers internationaux. Bien que restant pour le moment membre de l’Otan, le leadership turc a choisi la voie d’une véritable indépendance et souveraineté, aussi bien dans ses prises de décisions politiques, que dans le cadre de son interaction avec les partenaires étrangers. La Turquie s’étant beaucoup rapprochée de la Russie, au point que les deux pays aujourd’hui sont indiscutablement des partenaires stratégiques, que ce soit sur les plans économique, énergétique, et plus incroyable encore militaro-technique. A ce titre l’acquisition par Ankara du système antimissile russe S-400 a semé le désarroi au sein de ses partenaires otanesques, USA en tête. Et malgré toute la pression qui fut exercée sur la Turquie pour mettre un terme à ce contrat, le leadership turc n’a pas fléchi. Sur le plan des dossiers internationaux, la Turquie partage la position de la Russie, de la Chine et de l’Iran en soutenant le gouvernement légitime du Venezuela, en opposition avec les Occidentaux. Si dans le dossier syrien et plus récemment libyen, Ankara avait des intérêts parfois divergents, le dialogue de confiance et pratiquement permanent qui existe entre la Russie et la Turquie laisse présager que les deux pays continueront à trouver des solutions, y compris là où personne ne s’y attendait. Dans le cas de la Libye – pays détruit suite à l’intervention occidentale de 2011 et plongé depuis dans le chaos – les deux nations semblent avancer vers une solution qui puisse permettre à terme à ce pays nord-africain de sortir de la violence permanente. Faisant par la même occasion de Moscou et d’Ankara une fois encore des acteurs clés dans cet autre dossier international. Le tout au moment du lancement du gazoduc Turkish Stream, au grand dam des USA. Et de la déclaration conjointe adoptée par les deux présidents à Istanbul, juste avant la cérémonie de lancement du gazoduc, qui condamne l’assassinat étasunien du général Qassem Soleimani.

Une chose est certaine. La puissance de l’Eurasie n’a pas encore atteint son apogée. Mais représente d’ores et déjà très vraisemblablement la solution aux différentes crises internationales, bien souvent lancées et entretenues par l’Occident politique.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Le Pentagone préoccupé quant à l’augmentation des sentiments pro-russes au sein des militaires US

12-19

Selon une enquête récente, 46% des militaires étasuniens et membres de leurs familles interrogés considèrent la Russie en tant qu’alliée des USA. Ce qui évidemment ne peut ne pas susciter une vive inquiétude au sein de l’establishment militaire et politique washingtonien.

C’est le titre du moment de plusieurs médias US, dont Voice of America (VOA) – propriété de l’Etat américain, ayant joué un rôle actif de propagande notamment durant la Guerre froide. Aujourd’hui, ce même média s’alarme en compagnie des hauts cadres militaires et politiques US de la montée sans précédent des sympathies des militaires américains et de leurs proches vis-à-vis de la Russie. Evidemment, cette nouvelle réalité a une explication selon le média mainstream.

«Les tentatives russes d’affaiblir l’Occident à l’aide d’une campagne informationnelle sans fin ont peut-être commencé à porter leurs fruits. Cette fois-ci se sont retrouvés sous le coup les militaires américains. Bien que la plupart des citoyens US considèrent toujours Moscou comme l’un des principaux adversaires des Etats-Unis, les résultats d’un nouveau sondage d’opinion suggèrent que ce point de vue a commencé à changer, en particulier parmi les troupes américaines et leurs familles», s’insurge Voice of America.

Les résultats de l’enquête d’opinion ressortent de la deuxième étude annuelle Reagan sur la défense nationale, achevée en octobre, à l’issue de laquelle près de la moitié des militaires interrogés et des membres de leurs familles – en l’occurrence 46% – ont déclaré qu’ils considéraient la Russie comme un allié. L’article de VOA note par la même occasion que c’est un chiffre plus élevé qu’au niveau de la moyenne globale étasunienne – où de tels sentiments sont partagés par 28% des citoyens US. Ceci étant dit – nouvelle alerte: c’est un chiffre également en augmentation par rapport à l’année dernière, lorsque seulement 19% des citoyens américains avaient exprimé une telle opinion.

Evidemment selon les hauts responsables de l’establishment militaire et politique étasunien, cités par VOA, les deux principales raisons à un tel changement d’attitude sont les suivantes: la «désinformation russe» et les déclarations prétendument «positives» du président Donald Trump à l’encontre de la Russie.

«Du côté de la Russie, des tentatives sont faites pour inonder les médias de désinformation afin de semer le doute et la confusion», a déclaré la porte-parole du département de la Défense étasunien Carla Gleason. «C’est dangereux» – déclare de son côté Jorge Benitez, chercheur senior chez Atlantic Council et spécialiste de la sécurité nationale et des relations avec la Russie.

Sans reprendre toutes les déclarations hautement «alarmantes» des élites étasuniennes quant à ce résultat, cités dans l’article de VOA – pour ceux qui le souhaitent peuvent le lire intégralement https://www.voanews.com/usa/pentagon-concerned-russia-cultivating-sympathy-among-us-troops , essayons maintenant de comprendre ces résultats et surtout les raisons.

Tout d’abord, il serait bon de rappeler qu’au sein de la population US, ceux qui sont le plus enclins à subir la propagande russophobe de leurs élites, c’est justement les militaires étasuniens – à qui jour et nuit sont rappelés qui sont les principaux adversaires des Etats-Unis au niveau mondial. Et cela est connu et officiel: Russie et Chine. Donc si subitement ces mêmes militaires se retrouveraient sous le coup de la prétendue «propagande russe», on est en droit de se poser deux questions qui en ressortent logiquement. La première: l’information alternative venant de Russie, comme des autres pays partisans de l’ordre mondial multipolaire, serait-elle donc à ce point plus efficace que la puissance des médias mainstream? Tout en sachant que le rapport de force en termes de nombre des médias concernés et des finances à disposition est très clairement en faveur des seconds. Deuxième question: si les prétendues campagnes de « désinformation » seraient si puissantes, comme le prétendent les hauts représentants de l’establishment étasunien, les citoyens US seraient-ils donc si facilement manipulables? A moins de douter fortement des capacités intellectuelles de leurs propres citoyens, il est difficile de donner une autre réponse à cette question.

Mais peut-être que tout simplement l’explication est bien ailleurs? Peut-être que nombreux de ces militaires US, ont un peu de mal à voir l’ennemi juré de leur pays en un Etat qui a largement prouvé son efficacité dans la lutte antiterroriste? Et notamment dans la région du Proche et du Moyen-Orient, abritant tellement de militaires américains, qu’il est un peu difficile de ne pas s’en apercevoir. Peut-être aussi, que nombreux de ces militaires US comprennent les erreurs de masse et actions criminelles de leur propre pays à divers endroits du globe, dont au Moyen-Orient, dans le cadre des nombreuses interventions néocoloniales violant la souveraineté des Etats ayant subi ces interventions?

Une chose est néanmoins sûre. A travers ce changement radical d’opinions, et comme déjà dit maintes fois précédemment, les partisans de la multipolarité ne se trouvent pas seulement dans les nations non-occidentales – bien que représentant l’écrasante majorité de l’humanité. Ils sont également nombreux dans les pays occidentaux, y compris aux USA, même si une large partie de leurs élites s’obstine aveuglement à refuser de reconnaitre la nouvelle réalité mondiale. Une réalité multipolaire et point.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Trois membres des BRICS organisent des exercices militaires conjoints

Si les exercices bilatéraux entre membres des BRICS s’organisent de manière régulière, pour la première fois on assiste à une opération trilatérale entre membres de cette organisation, dans la partie sud du continent africain.

En effet, il s’agit d’une première. Les forces navales chinoises, russes et sud-africaines organisent en ce moment même des exercices conjoints dans la région du cap de Bonne-Espérance, dans le sud de l’océan Atlantique. Les manœuvres se dérouleront jusqu’au 30 novembre. Prennent part à l’exercice trilatéral le croiseur russe antimissile Marshal Ustinov, la frégate chinoise Weifang et l’Amatola sud-africaine. Des navires de soutien de la marine russe et sud-africaine participent également à l’opération.

Selon le communiqué de la marine du pays de Nelson Mandela, cité par l’agence de presse chinoise Xinhua, cet exercice vise aussi à démontrer une «volonté multinationale d’assurer la paix, la sécurité et la stabilité maritimes régionales». Les trois premiers jours de l’exercice porteront sur la finalisation de la planification d’un programme maritime ainsi que sur des activités sociales et culturelles militaires. Ils seront suivis d’un programme en mer qui concentrera sur des exercices de tir en surface, des appontages croisés d’hélicoptères, des opérations d’arraisonnement ainsi que des exercices de prévention des catastrophes http://french.xinhuanet.com/afrique/2019-11/26/c_138582941.htm

Comme mentionné ci-haut, des exercices bilatéraux entre membres des BRICS ont lieu régulièrement, à titre d’exemple les nombreuses manœuvres des diverses composantes des forces armées Chine-Russie, ou encore Russie-Inde. Mais jusqu’ici aucune manœuvre trilatérale n’avait eu lieu. Désormais, c’est chose faite. Le tout après le récent 11ème Sommet des BRICS qui s’est déroulé au Brésil, ce mois-ci.

En termes de perspectives, que cela représente-t-il ? Eh bien plusieurs choses. Tout d’abord, qu’un nouveau paradigme militaro-technique se forme dans le monde contemporain et multipolaire. Et ce paradigme n’est pas celui voulu par l’Otan et consorts. D’autre part, cela confirme, une fois encore, que les BRICS représentent beaucoup plus qu’un «simple club de rencontres», souvent illustré comme tel dans les médias mainstream. C’est également plus qu’une union géoéconomique – et cela se traduit aussi bien dans le cadre politico-diplomatique, avec le duo sino-russe au Conseil de sécurité de l’ONU, partageant une vision commune ou très proche sur la plupart des dossiers internationaux, cela sans oublier la solidarité de la diplomatie sud-africaine, accordée au duo Pékin-Moscou sur nombre de dossiers, dont celui du Venezuela. Ainsi que dans le cadre désormais de plus en plus affiché de la coopération militaro-technique.

Certes, dans cette approche multilatérale qui s’élargit au volet militaire, on ne peut pour le moment y joindre le Brésil – pas seulement en raison du leadership actuel qui tout en étant ouvert à l’interaction avec les BRICS, reste proche des intérêts de Washington, mais également dû au fait qu’une partie importante de l’élite militaire brésilienne soit liée aux intérêts étasuniens. Ceci étant dit, il faut garder à l’esprit que tout peut évoluer rapidement dans les prochaines années. Mais mis à part cette puissance sud-américaine, le fait est que les quatre autres pays de l’alliance poursuivent le renforcement et l’approfondissement de leur interaction. L’Inde et la Chine étant par ailleurs parmi les principaux clients de l’armement russe. L’Afrique du Sud, elle, dont l’élite actuelle a été activement soutenue durant la lutte contre l’apartheid par Cuba et l’URSS, n’a pas la mémoire courte. Evidemment, cela déplait fortement aux représentants de l’élite occidentale, qui tout en ayant chanté de façon purement hypocrite leurs «louanges» au leader sud-africain Nelson Mandela (les mêmes qui le taxaient à une autre époque de «terroriste»), aujourd’hui observent avec vive inquiétude le rapprochement sans précédent de Pretoria avec Pékin et Moscou.

Quoiqu’il en soit, cela n’est qu’une confirmation de plus que le monde imposé à la chute de l’Union soviétique, n’est plus. Une bonne partie de l’establishment occidental a beau prétendre ne pas se rendre compte des changements sans précédent opérés depuis les dernières années sur l’arène mondiale, cela n’empêchera guère à la nouvelle réalité de poursuivre sa marche en avant. Les exercices conjoints sino-russo-sud-africains, entre autres, le confirment pleinement.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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La Chine appelle les pays BRICS à s’unir en faveur du multilatéralisme

Alors que le 11ème Sommet des BRICS qui aura lieu dans les prochains jours dans la capitale brésilienne approche, la République populaire de Chine fait une fois de plus mention de l’importance de la promotion d’un cadre multipolaire du développement international.

La ville de Brasilia accueillera donc, les 13 et 14 novembre prochains, la nouvelle rencontre des grandes puissances dites «émergentes» (émergentes du moins selon les termes des médias occidentaux). En effet, les chefs d’Etats des pays concernés (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), accompagnés d’importantes délégations nationales, se pencheront sur nombre de questions d’importance stratégique. Au moment où le Brésil assure la présidence tournante du bloc cette année, l’heure est plus que jamais au renforcement des relations aussi bien bilatérales des pays de l’alliance, que dans le cadre des actions communes.

A ce titre, les hauts représentants chinois n’ont pas manqué de faire plusieurs importantes déclarations, confirmant ainsi un agenda de travail très loin de la banalité. Ainsi, Yang Jiechi, directeur du Bureau de la Commission des affaires étrangères du Comité central du Parti communiste chinois (PCC) a déclaré à l’approche du sommet que «les cinq pays du groupe des BRICS doivent renforcer leur unité et leur coopération afin de soutenir le multilatéralisme et de promouvoir un développement de l’ordre international allant dans une direction plus juste et rationnelle» http://french.xinhuanet.com/2019-10/19/c_138485940.htm

Il a également ajouté que les pays des BRICS «devraient concrétiser pleinement les consensus auxquels sont parvenus leurs dirigeants lors des précédentes réunions et consolider leur coopération en matière de sécurité politique, d’économie, de commerce, de finances et d’échanges entre les peuples. Les pays membres de ce bloc devraient se soutenir, renforcer leurs capacités à résister aux risques, à répondre aux situations complexes et s’opposer conjointement à toute ingérence extérieure». Toujours d’après lui, «les cinq pays se doivent d’adhérer au concept de coopération ouverte et inclusive, de promouvoir le modèle de coopération «BRICS Plus» et de tisser un réseau de partenariats ouvert et diversifié».

Du côté de l’ambassadeur de Chine au Brésil, Yang Wanming, il a été remarqué que «les BRICS ont servi de mécanisme clé de coopération, en rassemblant les dirigeants pour forger un consensus sur des questions importantes. En particulier sur certaines affaires internationales majeures, les pays des BRICS sont en mesure de présenter une position commune et de discuter collectivement avec la communauté internationale tout en préservant les intérêts communs des pays en développement, en particulier les marchés émergents. Les BRICS ont unanimement montré au monde leur position commune en faveur du multilatéralisme et de l’autorité de l’ONU, facilitant le libre-échange ainsi que l’investissement, et stimulant la construction d’une économie mondiale ouverte, innovante et partagée». L’ambassadeur chinois a enfin estimé que le prochain sommet des BRICS marquerait le début d’une nouvelle «décennie dorée» de coopération, et que les pays membres parleraient d’une même voix en appelant au multilatéralisme et à une économie mondiale ouverte». Fin de citation.

Maintenant parlons perspectives. Si dans les déclarations officielles des hauts responsables chinois on retrouve effectivement un soutien ouvert et assumé au multilatéralisme (à la multipolarité en d’autres termes), on y voit aussi un clin d’œil non-voilé à certains Etats qui d’un côté réalisent la propagande à tous les niveaux du libéralisme économique, mais d’un autre ont extrêmement peur d’une concurrence digne de ce nom face aux puissances non-occidentales. Bien sûr, les Etats-Unis en premier lieu – cela est évident. Mais de façon plus globale, c’est un diagnostic général des élites occidentales – adorant pavaner avec les belles paroles habituelles de «libre-marché» et de «libre-concurrence», mais étant souvent incapables d’assumer dans les faits les paroles prononcées et largement diffusées.

Comme exemple, il suffit à cet effet de prendre l’Afrique, où du moment que les puissances émergentes, dont les BRICS (sans oublier qu’un Etat africain en fait partie), s’imposent dans de nombreux secteurs sur ce continent, pour que les élites occidentales, en perte d’influence économique et politique, passent dans un état de quasi-hystérie. Et ce aussi bien au niveau politico-diplomatique que médiatique.

L’autre point très important soulevé par les représentants chinois fait justement référence à une approche conjointe, ou en tout cas très proche, dans la gestion des principales questions internationales. Evidemment et en premier lieu cela concerne l’interaction russo-chinoise au Conseil de sécurité de l’ONU – dont les deux pays sont membres permanents. Qu’il s’agisse de la Syrie, de l’Iran, du Venezuela, du Burundi ou d’un certain nombre d’autres pays sous pression occidentale, Pékin comme Moscou n’ont pas manqué d’afficher leur unité, y compris lorsque cela était nécessaire par des vétos, face au bloc occidental Washington-Londres-Paris.

Et ce n’est pas tout. En parlant justement de communauté internationale, dont les élites occidentales adorent s’autoproclamer être des porte-paroles, il est à rappeler que des structures telles que les BRICS, représentant à eux cinq près de la moitié de la population mondiale, un quart de la surface terrestre ou encore environ 35% du PIB mondial (appelé à croitre). Ajoutez à cela l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) ou encore l’Union économique eurasiatique, et il serait juste de se demander qui aurait plus de légitimité à parler au nom de la communauté internationale. Ceci étant dit, les pays partisans de la multipolarité se gardent bien de tomber dans le piège d’une vision suprémaciste et néocoloniale de certains, et préfèrent une coopération réellement inclusive. Bien que, ceci étant dit aussi, et dans une optique purement de statistiques, il serait juste de rappeler que l’Occident en tant que tel ne représente pas plus que 10% de la population terrestre (d’ailleurs une population occidentale qui remet massivement en question elle-même l’unilatéralisme de ses élites). Et que dans un classement comme celui des pays par PIB à parité du pouvoir d’achat (PPA) – données du FMI pour l’année 2018 – sur les dix premiers pays du classement quatre sont occidentaux (Etats-Unis – 2ème, Allemagne – 5ème, Royaume-Uni – 9ème, France – 10ème), les six autres étant des pays non occidentaux : Chine – 1ère, Inde – 3ème, Japon – 4ème, Russie – 6ème, Indonésie – 7ème, Brésil – 8ème). A noter par ailleurs que quatre des cinq pays membres des BRICS font partie de ce classement.

Last but not least, le scénario des forces hostiles aux BRICS ne s’est malheureusement pas (pour eux) concrétisé. Notamment après le départ forcé du pouvoir au Brésil de son ex-présidente Dilma Rousseff et de l’emprisonnement de Luiz Inacio Lula da Silva – tous les deux de grands partisans des BRICS. Malgré cela, le Brésil a continué depuis à remplir son rôle constructif au sein du groupe. A bon entendeur.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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