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Les vestiges de l’ère unipolaire: il y a 21 ans l’Otan bombardait la Yougoslavie

Avec la prétendue fin de la guerre froide, l’establishment occidental s’était fixé un objectif clair: démontrer son hégémonie par tous les moyens, y compris les plus agressifs. Les Etats récalcitrants devaient en payer les frais. La République fédérale de Yougoslavie fut l’une des premières victimes de cette politique néocolonialiste occidentale.

L’intervention otanesque contre l’Etat yougoslave, officiellement appelée «L’opération Force alliée» avait débuté le 24 mars 1999 et a duré 78 jours, jusqu’au 10 juin de la même année. Cette agression, en violation totale du droit international – faut dire aussi qu’à cette période le droit international n’existait de facto plus – s’est traduite par 37 465 missions aériennes, 8676 missions offensives avec un largage d’environ 23 000 munitions. Ladite opération d’agression contre un Etat souverain, en soutien à la sulfureuse milice de guerre kosovare Armée de libération du Kosovo (UÇK) a fait plus de 2000 victimes civiles yougoslaves (les sources de Yougoslavie faisaient référence à un chiffre allant jusqu’à 5700 civils), dont pas moins de 400 enfants, ainsi que près d’un millier de militaires yougoslaves. S’ajoutent à cela la destruction de 89 usines, 120 installations énergétiques, 128 autres installations industrielles, 48 hôpitaux, 82 ponts, 25 bureaux de poste, 70 écoles, 18 jardins d’enfants, 35 églises et 29 monastères.

Et là aussi ce ne fut pas tout. Suite au retrait des Forces armées de Yougoslavie du Kosovo, dans la période qui s’en est suivie, plus précisément du 10 juin 1999 au 27 février 2000, les terroristes de l’UÇK ont mené 4354 attaques contre les habitants de la province du Kosovo (dont 4121 contre les habitants serbes et monténégrins, 96 contre les Albanais pro-yougoslaves, 137 contre les Tsiganes et d’autres représentants ethniques). A ce jour, 821 personnes ont été portées disparues, parmi lesquelles 757 Serbes. Le nombre de personnes tuées est de 910 personnes – dont 811 Serbes. 802 autres personnes furent blessées, dont 751 habitants serbes du Kosovo.

Cela sans oublier le trafic d’êtres humains et d’organes organisé par les criminels de l’UÇK – l’allié de l’Occident politique. A ce jour – non seulement les responsables uckistes de ces crimes n’ont pas été inquiétés, mais bien plus que cela, ils continuent d’être reçus avec les «honneurs» à Washington, comme dans d’autres capitales occidentales.

La suite est connue aussi: la proclamation unilatérale «d’indépendance» le 17 février 2008 du Kosovo par les mêmes qui encore hier procédaient aux massacres et aux divers trafics barbares, et la reconnaissance immédiate de cet arrachement du berceau historique, spirituel et civilisationnel de la Serbie par les élites politiques de l’Occident. Face à eux – la Russie, plusieurs pays d’ex-URSS, la Chine, l’Inde, l’Iran, l’Afrique du Sud et plusieurs autres pays africains, la plupart des pays asiatiques et latino-américains – n’ont pas reconnu à ce jour la prétendue «indépendance» de la province serbe du Kosovo. A noter également que plus récemment et suite à la campagne diplomatique serbe lancée en octobre 2017, seize Etats sont revenus sur leurs décisions antérieures de reconnaissance.

Une chose est certaine: le précédent du Kosovo avait clairement démontré ce que représentait véritablement l’establishment occidental, dans toute sa «splendeur». Et aussi sur quel genre de criminels ce même establishment pouvait miser dans le but d’atteindre ses objectifs géopolitiques ou afin de punir les Etats désobéissants.

Evidemment et depuis beaucoup de choses ont changé. Le monde n’est plus le même et ne sera plus le même. Les grandes puissances non-occidentales, partisanes du nouvel ordre multipolaire, ont bel et bien pris leurs responsabilités – suivies dans cet élan par leurs alliés aux quatre coins du monde. Cette résistance et cette nouvelle solidarité internationale s’est traduite dans une opposition politico-diplomatique, économique, militaire et sécuritaire face à l’axe politique occidental pro-unipolaire. Et à ce titre, de nombreux Serbes ont aujourd’hui de quoi être fiers. Car malgré les agressions et humiliations subies, il est évident qu’ils ont pu largement contribuer à ce que la nouvelle ère multipolaire voit le jour. Et donc – leurs sacrifices n’ont pas été vains.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Pressions sur les médias chinois aux USA: Pékin riposte

Au moment d’une confrontation politico-idéologique majeure entre les partisans du libéralisme occidental et ceux du monde multipolaire, le ton continue de monter entre Pékin et Washington. Au-delà de la concurrence des visions, sans oublier la géoéconomie, la sphère médiatique ne reste pas épargnée.

La Chine a annoncé des contre-mesures aux mesures restrictives imposées sur les agences médiatiques chinoises aux Etats-Unis. C’est ce que rapporte l’agence de presse Xinhua  Selon un communiqué officiel repris par l’organe de presse chinois, la riposte a été motivée par le fait que «les actions des Etats-Unis ciblant exclusivement les organisations médiatiques chinoises ont été motivées par une mentalité de guerre froide et des préjugés idéologiques. La décision a exposé l’hypocrisie du soi-disant défenseur de la liberté de la presse».

Le communiqué indique également qu’au cours des dernières années, le gouvernement US a imposé des restrictions injustifiées sur les agences médiatiques chinoises et leur personnel aux Etats-Unis, a délibérément mis en difficulté leur travail de reportage normal, et leur a fait subir une discrimination croissante, ainsi qu’une oppression motivée par des considérations politiques.

Maintenant en ce qui concerne la réponse de la Chine à ces actions hostiles, le dudit communiqué a annoncé trois mesures qui prennent effet immédiatement:

– Premièrement, en réponse à la désignation par les Etats-Unis de cinq agences médiatiques chinoises comme «missions étrangères», la Chine exige, dans un esprit de réciprocité, que les branches basées en Chine de Voice of America, du New York Times, du Wall Street Journal, du Washington Post et du Time fassent des déclarations par écrit en faisant mention des informations sur leur personnel, leurs finances, leur fonctionnement et leur immobilier en Chine.

– Deuxièmement, en réponse à la réduction de la taille du personnel des agences médiatiques chinoises aux Etats-Unis, qui est une expulsion en fait, la Chine exige que les journalistes de nationalité américaine travaillant pour le New York Times, le Wall Street Journal et le Washington Post, dont les cartes de presse doivent expirer avant la fin de 2020, informent le département de l’information du ministère des Affaires étrangères dans les quatre jours calendaires à partir de mercredi et remettent leurs cartes de presse dans un délai de 10 jours calendaires. Ils ne seront pas autorisés à continuer de travailler en tant que journalistes en République populaire de Chine, y compris dans ses régions administratives spéciales de Hong Kong et de Macao.

– Troisièmement, en réponse aux restrictions discriminatoires imposées par les Etats-Unis aux journalistes chinois en matière de visa, d’examen administratif et de reportage, la Chine prendra des mesures réciproques contre les journalistes américains.

Pékin indique également que des contre-mesures supplémentaires seront mises en œuvre dans le cas «où les USA décideraient à aller plus loin dans cette mauvaise voie».

Maintenant pour parler perspectives. Cette pression de l’establishment étasunien, et donc par essence occidental, visant des médias alternatifs, est tout sauf nouvelle. A ce titre, nombre de médias iraniens, latino-américains, russes, arabes, africains – en bref, tous ceux dont la ligne éditoriale ne chante pas la «gloire» des politiques US/occidentales, sont constamment visés par des attaques émanant des élites politico-médiatiques de l’ouest. La raison est simple: la popularité des dits médias au niveau international. Le réseau médiatique de la Chine est également monté en puissance à l’international. Et de l’aveu de nombreux spectateurs, un réseau de chaînes de télévision comme CCTV (China Central Television) est vivement apprécié aux quatre coins du monde. Et au vu de la bataille géopolitique et géoéconomique en cours entre Washington et Pékin, il était plus que prévisible qu’à un moment ou un autre, les médias chinois auraient été visés par des restrictions étasuniennes, et éventuellement par certains des suiveurs des prérogatives US.

Plusieurs choses sont pour autant certaines. Premièrement, les contre-mesures chinoises confirment parfaitement que Pékin ne se laissera pas faire. Et ce malgré la campagne de désinformation occidentale qui vise encore l’Empire du Milieu, notamment en lien avec la propagation du fameux coronavirus, et pas seulement. Deuxièmement, le fait qu’aujourd’hui on observe une collaboration plus étroite entre les différents médias alternatifs du monde, constitue également une réponse efficace à la mobilisation hostile des élites politico-médiatiques de l’Occident. Enfin, et cela est probablement tout aussi important, le fait que les médias alternatifs internationaux continuent de monter en puissance – tout en ayant des budgets incomparablement plus réduits que ceux du mainstream – en parallèle de la perte de confiance massive vis-à-vis de ce dernier, y compris dans les pays d’appartenance de ce mainstream, constitue la meilleure preuve qui soit que les partisans de la multipolarité prendront le dessus sur les nostalgiques d’une unipolarité et d’un libéralisme révolus.

 Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’Organisation de coopération de Shanghai se prépare aux exercices antiterroristes conjoints

En août prochain se tiendront les exercices antiterroristes conjoints « Mission de paix 2020 » des pays membres de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Pour certains des pays participants, une telle expérience sera la première.

Les dits exercices se dérouleront dans l’oblast de Kemerovo, en Russie. Plus de dix mille militaires appartenant à huit pays prendront part aux manouvres. En l’occurrence les représentants des forces armées de la Russie, de la Chine, du Kazakhstan, de l’Ouzbékistan, du Kirghizistan, du Tadjikistan, de l’Inde et du Pakistan.

«Nous visons à renforcer les liens d’amitié entre les pays participants dans la lutte contre le mal commun – le terrorisme international. C’est notre tâche principale et nous visons à acquérir de l’expérience», a notamment déclaré le colonel de la Force aérienne indienne, Samir Darkhan, commentant les préparations en cours au niveau des pays membres de l’OCS.

Au-delà des dix mille militaires qui participeront à ces exercices, un millier et demi d’unités d’équipement militaire terrestre et près d’une centaine d’unités aériennes seront de la partie.

«Les exercices seront organisés simultanément dans plusieurs localités. Dans l’une, ce seront les actions conjointes des troupes terrestres qui seront présentées, dans l’autre le franchissement de barrières d’eau, notamment…», a annoncé quant à lui le chef d’état-major adjoint du district militaire central russe Roustam Minnekaev.

La principale caractéristique de ces manouvres sera non seulement le développement d’actions conjointes afin de repousser une menace commune, mais également l’interaction entre les représentants militaires de huit pays différents.

En termes de perspectives, il s’agit effectivement d’un renforcement notable de la collaboration au sein de l’Organisation de coopération de Shanghai, qui – bien loin de se limiter à l’interaction politique et économique, renforce désormais de façon plus que notable le partenariat dans le domaine militaro-sécuritaire, et notamment antiterroriste.

De façon sérieuse, et malgré les maintes critiques d’antan des « experts » pro-atlantistes quant aux «difficultés» pour l’OCS de bâtir une alternative digne de ce nom à l’Otan, il s’avère qu’il n’en est rien. Car l’alternative est bel et bien là. Debout et avançant sans se soucier des «doutes» des prétendus spécialistes occidentaux. La grande alliance eurasienne, regroupant en son sein le pays le plus vaste du monde d’un côté et le plus peuplé de l’autre, c’est aussi avec ses huit pays membres et quatre Etats observateurs tout simplement plus de 60% du territoire de l’Eurasie et 43% de la population… mondiale. L’OCS – c’est aussi 20% des ressources mondiales pétrolières, près de 40% du gaz naturel, 30% de l’aluminium et 40% du charbon.

Sur le plan de la puissance militaire, probablement elle n’est pas à présenter. Avec le potentiel défensive russe, chinois, des pays ex-soviétiques d’Asie centrale (qui en passant n’avaient dans l’écrasante majorité jamais souhaité l’éclatement de l’URSS), ainsi qu’indien et pakistanais, la présentation serait tout simplement de trop. A noter tout de même que quatre puissances nucléaires font partie de l’alliance.

Tout cela pour dire, que les gesticulations et négations occidentales pourront se poursuivre autant que cela sera souhaitable au niveau des décideurs politiques concernés. Le monde lui, et surtout la grande partie de l’humanité, a d’ores et déjà compris où se trouve l’avenir. Et que du point de vue ne serait-ce que logique, il sera impossible pour une minorité évidente de continuer à prétendre représenter la «communauté internationale» et à s’autoproclamer porte-paroles de ladite communauté. La période post éclatement soviétique est bien terminée.

Quant à la lutte antiterroriste – l’Occident a déjà démontré toute son impuissance. Créer les chaos et déstabilisations d’un côté et lutter contre le fléau commun que représente le terrorisme – sont des choses inconcevables. Et c’est également en ce sens que l’OCS a un bel avenir devant soi.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Syrie vs Turquie. Et l’Otan?

La politique contemporaine turque est fort complexe. D’un côté ses aspirations souverainistes ne sont pas à démontrer. D’un autre, une vision ouvertement pro-islamiste d’une partie notable de ses élites actuelles, alliée au membership otanesque, constituent ensemble un cocktail de choc, pouvant exploser à tout moment tellement les ingrédients le composant sont infernaux. Les événements en cours dans la Syrie voisine, notamment dans la province d’Idlib, le confirment pleinement.

Si l’islamisme fait bien souvent bon ménage avec l’atlantisme, du moment que cela arrange les intérêts géopolitiques de chacun, le souverainisme eurasien ne peut se joindre aux deux premiers. Telle est, en très bref, la particularité de la Turquie d’Erdogan. En termes de perspectives, ce jeu turc de la double, voire de la triple chaise, ne risque-t-il pas tout simplement d’anéantir les projets ambitieux d’Ankara?

Alors que l’islamisme politique et le soutien aux divers groupes extrémistes, y compris salafistes, contredit effectivement l’héritage laïc d’Atatürk, les rapports qu’entretient Erdogan avec l’Otan sont eux aussi, pour le moins… très particuliers. Lorsqu’il s’agit de s’adonner à des aventures militaires en Syrie ou en Libye, Ankara ne coordonne pas vraiment ses actions avec ses alliés otanesques. Et ne fait qu’agir selon ce qu’elle considère ses propres intérêts. Mais du moment qu’elle se retrouve face à des forces capables de la stopper, comme c’est le cas aujourd’hui en Syrie – elle active immédiatement le bouton «Help» auprès de ses partenaires de l’Otan. Tel un adolescent jouant au dur devant ses camarades, pour après les appeler au secours car ayant reçu une riposte digne de ce nom. Une virilité alliée à l’anti-virilité absolue en un seul package.

Donc ce que fait en réalité la Turquie, c’est d’entamer des actions sans concertation avec ses alliés de l’Otan dans un premier temps, mais au moindre souci crier quant à la nécessité pour eux de la faire protéger. Un jour contre la Syrie du président Assad, un autre contre la Russie de Poutine, demain ce sera peut-être quelqu’un autre. Peut-être même la Chine où la Turquie tente d’instrumentaliser depuis un bon moment le prétendu problème ouighour.

En d’autres termes: je suis fort, je n’ai besoin de personne. Et puis tout à coup: venez me protéger! Le souci pour Ankara c’est qu’en continuant à jouer à ce jeu, elle risque, au final, de perdre toute la mise. La Turquie, faisant qu’on le veuille ou non, partie de la grande famille eurasienne, pouvait profiter des opportunités qui lui étaient offertes par les puissances mondiales et régionales indépendantes, que ce soit la Russie, l’Iran ou la Chine. Elle avait aussi une occasion unique d’aller dans le sens de la normalisation des relations avec la République arabe syrienne – et un premier pas avait été fait en ce sens en janvier dernier lorsque les chefs des services de renseignement syriens et turcs s’étaient rencontrés à Moscou, formalisant ainsi leur premier contact depuis le début de la guerre qui fut imposée à la Syrie. Désormais et au vu des événements en cours à Idlib, notamment l’engagement turc en faveur des terroristes déclarés, y compris ceux d’Al-Qaida, c’est gâché.

C’est d’ailleurs l’idée partagée par le parti politique turc Vatan, selon lequel si la Turquie lance une guerre contre la Syrie, elle peut tomber dans un piège préparé par les Etats-Unis et Israël et perdre des alliés comme la Russie, la Chine, l’Iran et l’Irak – une annonce qui a été faite le 26 février dernier.

Effectivement, le temps est venu pour que la Turquie d’Erdogan fasse un choix. Et non plus un choix situationnel, mais bel et bien sur du moyen-long terme. A défaut de quoi, elle risque de perdre tout.

Aussi, et plus particulièrement dans la situation en cours en Syrie, il serait difficile de ne pas aborder l’approche hypocrite et ouvertement malhonnête de l’establishment occidental – étasunien en tête, européiste en bon suiveur. A savoir que lorsqu’Ankara avait lancé son offensive contre les forces kurdes – alliées des USA, ce même establishment criait au scandale, menaçant même la Turquie de sanctions. Désormais, ces mêmes silhouettes jurent leur solidarité avec Ankara à Idlib (et donc approuvent aussi les actions des terroristes) contre les forces gouvernementales syriennes. Un monde de fous direz-vous? Et ce ne serait pas loin de la vérité.

Quoiqu’il en soit, ni l’Otan, ni l’Occident en général ne sauveront pas la Turquie. C’est un fait. L’histoire retiendra tout de même que la Turquie d’Erdogan, lorsque cela l’arrange, adore appeler au secours ses alliés otanesques, y compris si pour cela il faut les mettre en péril. Concernant la partie islamiste de la question, l’histoire retiendra aussi que la Turquie d’Erdogan a choisi de défendre des extrémistes de la pire espèce, y compris affiliés à Al-Qaida, contre une armée légitime en train de libérer son territoire national. Quant à l’intégration eurasienne, ni la Russie, ni la Chine, ni l’Iran, n’ont besoin d’alliés – amis des salafistes. Partenaires de circonstances – peut-être. Pour aller plus loin – non merci. La rencontre Poutine-Erdogan dans les prochains jours sera certainement décisive. A condition encore d’avoir lieu – si le président turc commet une quelconque erreur comparable à celle de novembre 2015, elle risquerait tout simplement de ne pas avoir lieu, avec en prime des conséquences fortement sérieuses. Il est encore temps de revenir à la raison. L’avenir nous situera.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Après l’Afrique du Sud, Pompeo s’attaque à la Chine

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Suite aux récentes déclarations visant l’Afrique du Sud http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1406 , ayant provoqué un tollé au sein de la population de la puissance africaine et membre des BRICS, le secrétaire d’Etat étasunien Mike Pompeo est passé à de nouvelles accusations, cette fois-ci contre la Chine. Pékin n’a pas manqué d’y réagir vivement.

Ainsi, la Chine a exprimé, mercredi, son fort mécontentement et sa ferme opposition face aux accusations infondées du secrétaire d’Etat US, Mike Pompeo, à l’encontre du travail de prévention et de contrôle de la Chine face au nouveau coronavirus (COVID-19) et a exhorté la partie américaine à abandonner son biais idéologique et à cesser de saper la confiance et la coopération mutuelle, annonce l’agence de presse nationale chinoise Xinhua.

Pompeo est allé à proférer des accusations à l’encontre de Pékin suite à l’expulsion du territoire chinois des journalistes de Wall Street Journal (WSJ). Une expulsion qui selon lui «exposait les problèmes dans la réponse de la Chine au COVID-19» et que «si la Chine permettait à ses propres journalistes et aux journalistes étrangers de parler librement, la Chine et les autres pays seraient beaucoup mieux préparés pour relever ce défi».

La réponse du porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Zhao Lijian ne s’est pas fait attendre. En voici les points essentiels:

«Au moment où le peuple chinois met tout en œuvre pour lutter contre l’épidémie, M. Pompeo profère encore une fois des accusations infondées contre la Chine. Cela est odieux, et nous nous y opposons fermement»;

«Quant à l’article du WSJ avec son titre insultant, il ne s’agit pas d’une question de liberté d’expression et de la presse. Toutes les personnes, tant qu’elles ont une conscience et une ligne rouge, doivent rejeter et résister à ces paroles et actions racistes et injustifiées»;

«Même le WSJ a admis son erreur et a appris quelques leçons. Comment se fait-il que M. Pompeo, au mépris total de l’opinion publique de la communauté internationale, ait une nouvelle fois tenté de soutenir le WSJ en dénigrant la Chine ? On est en droit de se demander si le WSJ est une agence du département d’État américain»;

«Nous exhortons M. Pompeo à renoncer à son biais idéologique contre la Chine, à rejeter la mentalité de la Guerre froide et l’état d’esprit du jeu à somme nulle, à agir d’une manière qui convient à son statut, à cesser de saper la confiance mutuelle et la coopération entre la Chine et les Etats-Unis et à ne plus tenter de semer la discorde entre le Parti, le gouvernement chinois et le peuple chinois».

Maintenant pour parler perspectives, au-delà du fait qu’il est effectivement intéressant de se pencher sur la complicité entre les élites politiques et médiatiques étasuniennes, et plus généralement occidentales, notamment lorsqu’il s’agit d’attaquer les principaux adversaires géopolitiques et géoéconomiques de l’establishment US, bien que cela ne soit qu’un secret de polichinelle – la pseudo liberté d’expression dans les médias mainstream n’existe que pour ceux qui veulent encore y croire, ou font semblant d’y croire. Le fait est que du moment que l’establishment politique de l’Occident s’attaque aux intérêts de ses adversaires admis et déclarés, les médias mainstream ne manquent jamais l’occasion de le suivre au pays.

Maintenant et en ce qui concerne plus concrètement les récentes déclarations de Pompeo en tant que telles, rien de surprenant, ni de véritablement nouveau à l’horizon. S’attendre à une solidarité de la part d’un pays, qui souhaite se voir toujours comme le maître planétaire, vis-à-vis d’une grande nation qui fait de son mieux dans la gestion du fléau sanitaire actuel, ne relève tout simplement pas du sens réaliste. Au contraire, chaque défi qui concerne les nations indépendantes de la planète, y compris lorsque cela concerne un grand nombre de vies humaines, ne représente pour les élites occidentales, étasuniennes en tête, qu’une «opportunité» supplémentaire à pouvoir mettre de la pression sur les dites nations. Pour l’establishment US il y a quelques temps ce fut la Russie et la Chine – les deux principaux adversaires officiels et déclarés comme tels par Washington, puis ce fut le tour à l’Iran, la Syrie, plus récemment l’Afrique du Sud, et là nouvelle offensive contre Pékin. En effet, rien de nouveau à l’horizon.

Enfin et sans vouloir rentrer dans des thèses complotistes, néanmoins il est tout de même assez surprenant pourquoi à l’heure actuelle c’est la Chine et l’Iran qui subissent de plein fouet les conséquences du COVID-19, alors que l’obscurité continue de planer sur l’origine dudit virus, surtout lorsqu’on connait le haut niveau des médecines respectives de ces pays. Avouez tout de même qu’il y a de quoi se poser quelques questions. D’autant plus, que les seuls pays ayant exprimé véritablement leur solidarité avec la Chine dans cette situation ne sont autres que ses alliés: Russie, Iran, Cuba et nombre d’autres pays d’Amérique latine, ainsi que plusieurs pays africains. On arrive presque à croire que les malheurs humains en terre chinoise enchantent les élites occidentales. Peut-être même que si le virus ne se propageait pas au-delà des frontières chinoises, y compris maintenant en terre européenne, l’inquiétude sur leurs visages serait totalement inexistante.

Quoiqu’il en soit, la réponse du haut diplomate chinois Zhao Lijian à Pompeo est digne d’une grande puissance qui se respecte. Pour le reste, il est à croire que la Chine saura gérer de la meilleure manière qui soit le défi sanitaire du moment, avec l’assistance de ses véritables amis.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’interférence étasunienne dans les affaires sud-africaines

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Lors de sa récente tournée africaine, le secrétaire d’Etat US Mike Pompeo s’est permis à donner des leçons à l’Afrique du Sud. Notamment sur la question de l’expropriation foncière sans compensation.

C’est ce que rapporte l’agence de presse étasunienne Bloomberg

Selon lui, « l’expropriation foncière sans compensation envisagée par le gouvernement serait catastrophique pour l’économie et plus encore pour le peuple sud-africain », provoquant une vague de colère au sein de la population de la puissance africaine. Sans rentrer dans ce débat – qui concerne une question interne de la République d’Afrique du Sud, Pompeo a vraisemblablement oublié quelques vérités.

S’il est vrai que la question de répartition des terres agraires reste un problème sérieux en Afrique du Sud, c’est au leadership et aux citoyens du pays concerné d’en décider, et certainement pas à Washington. D’autant plus qu’en termes de démocratie, Pretoria aurait bien plus à apprendre aux USA, que le contraire. Il faudrait aussi savoir que les problèmes existants en Afrique du Sud, notamment le taux de criminalité assez élevé, concernent les citoyens sud-africains de façon générale, et non pas un groupe ethnique en particulier. C’est le premier point. Et là aussi lorsqu’on connait l’énorme taux de criminalité en terre étasunienne, le cowboy ambulant ferait bien mieux à commencer de balayer devant sa porte.

Quant à la question pratique de la redistribution des terres – un sujet qui fait polémiquer la nation arc-en-ciel depuis de longues années, il serait probablement bon de rappeler un chiffre : 72% des fermes et exploitations agricoles en Afrique du Sud sont détenues par des fermiers blancs. Pour rappel, les Blancs d’Afrique du Sud représentant 9-10% de la population. Connaissant le haut professionnalisme de ces personnes dans le domaine qui les concerne, mais connaissant aussi de quelle façon ces terres ont été bien souvent obtenues, il est tout à fait normal que le leadership sud-africain cherche une solution qui pourrait satisfaire une majorité de citoyens. En démocratie réelle, c’est la majorité qui décide. Et dans un pays souverain, c’est à l’intérieur que sont prises les décisions, et non pas dans les capitales occidentales.

Mais de façon honnête, est-ce réellement le sort des fermiers blancs et la situation économique sud-africaine (par ailleurs loin d’être morose) qui inquiètent tellement l’establishment étasunien ? Il est à croire que non. Mais bel et bien la politique indépendante, souveraine et pro-multipolaire de Pretoria. Et ce sur de bien nombreux dossiers internationaux. A commencer par les critiques sud-africaines visant Washington d’interférer dans les affaires intérieures d’Etats souverains, y compris dans le cadre d’interventions militaires. Ajoutez à cela le soutien constant à la Palestine, la condamnation de l’assassinat par les USA du général iranien Qassem Soleimani, le soutien ferme au Venezuela et à son gouvernement légitime, l’appartenance et un rôle actif au sein des BRICS, coordination politico-diplomatique importante avec Pékin et Moscou – notamment au niveau onusien, et enfin une coordination militaire et sécuritaire de plus en plus poussée avec les deux derniers.

Le problème est donc avant tout géopolitique. Connaissant le poids de l’Afrique du Sud sur le continent africain, aussi bien sur le plan économique que politique – au moment même où le leader du pays Cyril Ramaphosa ait été élu président de l’Union africaine (UA), il est évident que la puissance africaine et souveraine, assumant pleinement son soutien au monde multipolaire, déplait fortement aux élites washingtoniennes.

Et en passant, lorsqu’on connait aussi le long soutien obscur des USA, et notamment des structures telles que la CIA au régime d’apartheid, la meilleure chose que Pompeo & Co. devrait faire, c’est de se taire. Et se focaliser sur les problèmes intérieurs US – qui ne manquent guère. Le monde ne se porterait que bien mieux.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Horizon 2050: déclin économique de l’Occident

Il y a trois ans de cela, la grande multinationale PricewaterhouseCoopers (PwC), spécialisée dans les missions d’audit, d’expertise comptable et de conseil, avait publié un rapport stipulant que dans les 30 prochaines années au sein du Top 10 des principales économies mondiales – seules 3 seront celles appartenant au monde occidental. Ces prévisions restent aujourd’hui fortement d’actualité et les événements en cours le confirment pleinement.

En effet, au-delà d’une perte d’influence géopolitique et sécuritaire grandissante de l’Occident dans la nouvelle ère multipolaire, l’aspect économique ne devrait pas être en reste. Les pays du fameux G7 ne seront plus les maitres économiques mondiaux, au contraire ce sont les pays du E7 (Emerging 7) – terme créé par PwC en 2006 pour désigner les principales puissances économiques émergentes, incluant la Chine, l’Inde, le Brésil, le Mexique, la Russie, l’Indonésie et la Turquie, qui auront la tâche de prendre pleinement la relève.

Pour rappel selon les prévisions du grand cabinet international, le classement à l’horizon 2050 devrait être comme suit: 1-Chine, 2-Inde, 3-Etats-Unis, 4-Indonésie, 5-Brésil, 6-Russie, 7-Mexique, 8-Japan, 9-Allemagne, 10-Royaume-Uni. Ainsi, au-delà du fait de perdre des places dans le Top 10 pour les USA, l’Allemagne et le Royaume-Uni, la France quant à elle devrait tout simplement quitter le classement des dix principales économies mondiales.

Tout en sachant qu’il s’agit de prévisions sur une période de trois décennies, durant laquelle un certain nombre de facteurs peuvent apporter des ajustements à ce classement, et sans rentrer dans les détails des facteurs présentés par PwC dans l’établissement de ces prévisions (détails du rapport ci-haut), il serait probablement intéressant de se pencher sur un autre fait, qui caractérise justement le monde multipolaire devenu réalité.

Si à la chute de l’URSS et la prétendue «fin» de la guerre froide, l’Occident pouvait effectivement se vanter d’avoir le leadership (pour ne pas dire le diktat) dans pratiquement dans toutes les sphères à l’échelle planétaire, aujourd’hui on arrive justement à une réalité dans laquelle une minorité doit assumer son rôle de… minorité.

Pour les grandes puissances mondiales non-occidentales, il n’a jamais été question d’arriver à une discrimination vis-à-vis des nations occidentales. Ce n’est pas le but recherché. Au contraire, les nations partisanes de la réalité multipolaire préfèrent miser sur des échanges sans restrictions, sanctions, intimidations et autres instruments tellement aimés par les élites occidentales. Les puissances non-occidentales misent aussi sur une concurrence loyale, où chacun peut faire prévaloir ses propres atouts.

Le souci, c’est que cette approche, ou plus précisément cette mentalité de faire des affaires, est tout sauf celle de l’establishment occidental. Pourquoi? Car les siècles de colonialisme, suivi par le néocolonialisme, ont tellement influencé les décideurs occidentaux, qu’aujourd’hui ce complexe de «supériorité» les caractérisant est probablement à un niveau génétique. Important tout de même de préciser qu’on parle bien de l’establishment occidental. Car dans le cas d’un citoyen occidental plus ou moins lambda, cette mentalité raciste et néocoloniale n’est pas représentative. Il faut donc bien séparer les deux choses.

Et dans cette optique, la compréhension du monde multipolaire par de nombreux citoyens en Occident contribue justement elle aussi au renforcement de la réalité récente. L’Occident en lui-même ne représente pas plus que 10% de la population terrestre. Et compte tenu de cette prise de conscience en Occident même dans l’acceptation de la multipolarité, on arrive à une conclusion simple: les partisans jusqu’au-boutistes de l’unipolarité révolue représentent une infime minorité à l’échelle planétaire. Et plus les années vont passer, plus cet establishment néocolonial occidental devra accepter la nouvelle place qui lui est réservée. Et peut-être surtout laisser la voie libre aux représentants responsables de l’Occident qui auront très certainement eux aussi des idées intéressantes à apporter dans la nouvelle architecture internationale.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1400