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Les Africains pour un rapprochement Afrique-BRICS

Alors que les Etats occidentaux observent jalousement les interactions en cours ou en préparation entre nombre de pays africains avec les grandes puissances non-occidentales, notamment celles appartenant au groupe des BRICS, en tentant par tous les moyens de saper ces processus, la société civile africaine et la communauté des experts du continent appellent à un renforcement de ces interactions.

Ces appels à une relation encore plus poussée entre l’Afrique et les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) se font entendre pratiquement dans toutes les parties du continent africain. Recevant un écho positif aussi bien dans la partie sud du continent – cela sans oublier que la République sud-africaine est membre actif du groupe depuis bientôt dix ans – que dans les autres parties de l’Afrique. En ce sens l’Afrique francophone n’est pas en reste.

Ainsi, dans une récente interview à l’agence de presse gouvernementale chinoise Xinhua, Souleymane Astou Diagne – économiste sénégalais et maitre de conférence à l’Université Alioune Diop de Bambey (UADB), estime «que les pays en développement doivent se rapprocher et s’inspirer du modèle de développement économique du groupe des BRICS pour résister aux enjeux de la mondialisation dans l’actuel contexte de Covid-19».

En ajoutant que les pays en question, notamment africains, «ont tout intérêt à se rapprocher de ce modèle, parce que nous sommes marginalisés, l’essentiel des décisions qui se prennent au niveau international étant faites sur la base des intérêts des Occidentaux et ne prenant pas suffisamment en compte les besoins réels des économies des pays en développement».

Sachant que cette opinion est partagée par un grand nombre de personnes en Afrique, notamment d’obédience panafricaniste, il serait effectivement bon de rappeler aussi que les forces qui s’opposent par divers moyens et méthodes justement à une pleine et véritable intégration panafricaine, sont justement les puissances occidentales. D’ailleurs l’histoire récente et moins récente nous le rappelle fortement: le sort réservé à Patrice Lumumba, Thomas Sankara, Mouammar Kadhafi, pour ne citer que ces quelques grands noms, en dit long.

Pour autant, l’Occident ne cesse de travestir l’histoire et tente par tous les instruments à sa disposition de stigmatiser le rôle des puissances partisanes de la multipolarité, dans leurs relations avec les pays africains. Si le rôle des médias de l’Hexagone n’est plus à présenter, bien que fortement en perte de vitesse au sein des pays africains, il n’empêche que d’autres porte-voix de l’Occident – britanniques, allemands ou étasuniens ne sont pas en reste dans leur quête de saper les relations non seulement sino-africaines, notamment de part leur ampleur, mais également avec tout autre pays menant une politique indépendante des intérêts occidentaux.

Ainsi, un site web et magazine comme ADF (Africa Defense Forum), affilié au Commandement des Etats-Unis pour l’Afrique (Africom), sans grande surprise tente de convaincre le public africain du danger de l’interaction de l’Afrique avec la Chine et la Russie. Pour le moment sans grand succès puisque de bien nombreux internautes africains ne se laissent pas manipuler et posent en retour des questions – qui le plus souvent restent sans réponse de la part des instigateurs de ces campagnes médiatiques.

Autre fait assez intéressant – le fait par exemple que Twitter n’ait toujours pas homologué les sites en question comme étant affiliés à leurs Etats respectifs – occidentaux. A la différence des médias chinois, russes, iraniens ou autres. Mais c’est justement là que se trouve tout le paradoxe de la politique occidentale qui prétend défendre les «bonnes» valeurs sans être en mesure de fournir de vrais arguments de poids et ainsi convaincre les lecteurs, d’où qu’ils soient.

Ce qui est sûr, c’est que malgré ces tentatives, les populations africaines sont bien loin d’être dupes de la manipulation. Et peut-être même sont aujourd’hui pour beaucoup en avance dans la capacité analytique sur nombre de pays de l’Occident. Les efforts de ce dernier de ternir l’image des puissances non-occidentales ne fait bien souvent qu’apporter l’effet inverse – à savoir une encore plus grande motivation des Africains à voir l’augmentation de l’interaction de leurs pays et de leur continent avec les BRICS.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Les projets d’intégration internationaux face aux défis des adversaires

Les grands projets d’intégration non-occidentaux augmentent en nombre, prennent une ampleur indiscutable, et renforcent la réalité multipolaire du monde. Mais la minorité qui s’y oppose compte bel et bien saper les dits efforts par tous les moyens. D’où l’importance d’une large collaboration internationale.

Les opposants à ces projets sont connus et ne sont que ceux qui, en étant une minorité au niveau mondial évidente, avaient pris l’habitude d’une domination politique et économique sans partage – probablement passé colonial oblige. Mais il est bien difficile pour eux aujourd’hui, malgré des instruments toujours puissants à leur disposition – les structures financières dans lesquelles l’Occident jouent les premiers rôles ou les médias mainstream – de pouvoir stopper et même ralentir les processus alternatifs déjà enclenchés.

Si la capacité de riposte militaire et la puissance coordonnée politico-diplomatique des pays partisans de l’ordre multipolaire constituent incontestablement des orientations qui font extrêmement peur aux élites atlantistes et pro-unipolaires, en raison de la perte d’influence à l’échelle géopolitique pour ces derniers, à l’heure actuelle il faut dire que l’aspect économique, ou plutôt géoéconomique, représente lui aussi une orientation de premier ordre. D’où les permanentes menaces de sanctions économiques, diverses pressions et limitations, lancées en direction des pays pleinement souverains et bien souvent sans aucune base logique ou légale, par ceux qui justement au fil de l’histoire humaine ne se sont toujours pas habitués à une concurrence loyale et honnête.

En ce sens, les grands projets d’intégration régionaux et continentaux, n’appartenant pas au monde occidental – sont aujourd’hui clairement dans le viseur des élites atlantistes de l’Occident. Et d’une certaine façon, connaissant la mentalité néocoloniale qui les caractérise, il est possible de comprendre pourquoi.

A titre d’exemples, si l’on prend les importants projets d’intégration se déroulant dans le grand espace eurasien et sur le plan international, chiffres à l’appui, la compréhension de la peur d’une extrême minorité devient relativement compréhensible. L’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) – représente à elle seule près de la moitié de la population terrestre, rassemblant par la même occasion le pays le plus peuplé (Chine) et le plus vaste (Russie). Mais ce n’est pas tout: les membres de l’OCS regroupent 20% des ressources mondiales de pétrole, 38% de gaz naturel, 30% de l’uranium et 40% de charbon. Cela sans compter que quatre des membres de l’organisation sont des puissances nucléaires (Russie, Chine, Inde, Pakistan).

Dans le cas de l’Union économique eurasiatique, il est question de 14% de la surface terrestre, un chiffre d’affaires du commerce extérieur avoisinant les 750 milliards d’équivalent de dollars, la cinquième place mondiale pour la production d’acier (65,8 millions de tonnes) et de charbon (557,1 millions de tonnes), la quatrième pour la production d’électricité (1288,1 milliards de kWh), la deuxième place mondiale pour la production de pétrole (653,2 millions de tonnes) et de gaz (795 milliards de mètres cubes). Ou encore la première place au monde en termes de production d’engrais potassiques (16 millions de tonnes en termes de nutriments à 100%).

Dans les cas des BRICS, dont la géographie des pays membres élargit le cadre eurasien, il est également question de près de la moitié de la population mondiale, plus d’un tiers du PIB au niveau global – qui ne cesse de croitre, sans oublier le fait que dans le Top 10 des principales économies du monde en termes de PIB à parité de pouvoir d’achat (PPA) – quatre des cinq pays membres de l’organisation sont représentés (Chine, Inde, Russie, Brésil).

La constatation à faire donc dans l’analyse de ces chiffres et données est qu’au-delà des nombreux aspects d’interaction hors-économiques caractérisant les organisations citées, la puissance économique et énergétique représente incontestablement un défi de poids pour l’establishment occidental, en premier lieu étasunien. Et vu l’incapacité évidente de l’Occident à une concurrence loyale dans les échanges internationaux, la seule arme restante n’étant que les sanctions et menaces de toutes sortes. Le souci pour les initiateurs de ces pressions est qu’au final elles ne font que motiver encore plus les pays visés à aller de l’avant et renforcer l’interaction mutuelle.

D’autant plus qu’à l’instar des grands projets d’intégration eurasiens ou des BRICS, d’autres régions du monde regardent jalousement les acquis des cités. Notamment l’Amérique latine ou l’Afrique. D’ailleurs, il n’est pas surprenant que dans le cas de l’intégration africaine, ou plutôt panafricaine, y compris dans l’élargissement des échanges entre les pays du continent, on retrouvera les mêmes qui tenteront par tous les moyens de mettre des bâtons dans les roues des partisans d’une telle intégration, longtemps souhaitée par feu Mouammar Kadhafi. Mais du moment que les alliances des partisans de la multipolarité continueront de se forger, dans le cadre de la véritable communauté internationale – représentant ensemble la majorité de la population terrestre, il sera encore plus difficile aux nostalgiques de l’unipolarité de réussir à bloquer, et même à ralentir les dits processus.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’Egypte prête à une intervention militaire directe en Libye

Au moment où la violence en terre libyenne ne faiblit pas, et que cet Etat – tantôt l’un des plus prospères d’Afrique – est devenu une zone d’affrontement entre plusieurs puissances régionales et internationales, rien pour le moment ne semble pouvoir stopper la spirale de cette violence.

La guerre sur le front libyen se poursuit. Récemment, le Gouvernement d’accord national (GAN) – soutenu principalement par la Turquie, le Qatar et l’Italie, a réussi à repousser l’offensive sur Tripoli de l’Armée nationale libyenne (ANL) commandée par Khalifa Haftar et à reprendre plusieurs territoires de l’Ouest libyen – accentuant par la même occasion un peu plus la division entre les territoires sous contrôle du gouvernement tripolitain d’un côté et ceux de l’Est de l’autre.

Le soutien turc au GAN a vraisemblablement permis ces succès, bien que la majorité du territoire libyen reste toujours sous contrôle des forces du maréchal Haftar et de ses alliés.  L’autre fait important à noter dans cet affrontement entre puissances sur le sol libyen n’est autre que les tensions qui s’accentuent entre alliés de l’Otan, notamment entre la France et la Turquie. Poussant par la même occasion le président français à relancer l’idée d’une «mort cérébrale» de l’alliance atlantiste.

Mais face aux récents échecs de l’ANL, ses principaux soutiens internationaux ne prévoient pas de rester les bras croisés. Ainsi, l’Egypte, voisin et justement l’un de ces principaux soutiens, a d’ores et déjà fait comprendre que si la contre-offensive des milices du GAN allaient tenter de prendre la ville de Syrte, Le Caire se garde le droit d’une intervention militaire directe en soutien au gouvernement de l’Est, dont il reconnait la légitimité. Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi l’a d’ailleurs explicitement fait comprendre: «Ce droit est fondé sur la nécessité de protéger les frontières de l’Egypte contre les groupes terroristes, ainsi que d’aider les frères libyens à rétablir la sécurité et la stabilité, à mettre fin aux effusions de sang parmi les Libyens, aussi bien à l’Est qu’à l’Ouest du pays, et également soutenir le cessez-le-feu et le lancement d’un processus politique global sous les auspices de l’ONU».

Entre temps, Aguila Salah Issa, président de la Chambre des représentants, a déclaré que «le peuple libyen demandait officiellement à l’Egypte d’intervenir militairement si cela s’avère nécessaire». Toujours selon lui, ce serait une intervention légitime si les milices soutenues par la Turquie et le GAN franchissaient «la ligne rouge».

En termes de perspectives, certains experts estiment que l’Egypte rentrera dans un bourbier dans le cas d’un tel engagement militaire, surtout au vu des risques d’un affrontement direct ou semi-direct avec la Turquie. Il n’empêche que Le Caire semble déterminé à agir fermement en cas de besoin et à ne pas permettre la présence de milices salafistes près de ses frontières. Et malgré certaines difficultés auxquelles fait face le pays des Pharaons à l’heure actuelle, que ce soit sur le plan économique ou sanitaire lié à la propagation du Covid-19, il n’empêche que l’Egypte possède une force de frappe indéniable, et un certain nombre d’atouts face à la Turquie. Ne serait-ce qu’une proximité géographique directe avec le sol libyen, lui permettant d’avoir un avantage logistique sur l’adversaire turc. D’autre part, les Forces armées égyptiennes ne sont pas à présenter : principale puissance militaire africaine et du monde arabe, et selon le dernier classement pour 2020 du portail américain de référence sur l’analyse et le classement des principales puissances militaires du monde Global Fire Power, l’Egypte serait désormais la 9ème puissance militaire mondiale (12ème en 2019).

Quant à la discussion sur la légitimité ou non d’une telle intervention, il faudrait probablement noter qu’elle ne serait certainement pas moins légitime que celle des autres pays impliqués dans l’interminable conflit libyen, notamment ceux qui soutiennent le GAN. Et surtout probablement plus légitime que l’agression de l’Otan de 2011 – ayant détruit les bases étatiques d’un Etat qui inspirait de nombreux pays africains lors de l’existence de la Jamahiriya de Mouammar Kadhafi.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Libye: l’Otan en soutien à el-Sarraj?

Au moment où le communément appelé Gouvernement d’accord national (GAN) connait des difficultés de plus en plus importantes dans la guerre civile incessante en Libye, son Premier ministre Fayez el-Sarraj semble vouloir appeler à son secours l’Organisation du traité de l’Atlantique nord.

En effet, le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, s’est entretenu au téléphone avec el-Sarraj, et a assuré «que l’alliance est prête à contribuer à la défense et à la reconstruction des établissements de sécurité en Libye». Stoltenberg a également ajouté que «l’Otan agirait en Libye en tenant compte de la situation de sécurité et de défense».

Evidemment, la situation est tout de même assez paradoxale, et ce pour plusieurs raisons. Le représentant otanesque parle de «défense et de reconstruction des établissements de sécurité libyens», en faisant mine d’oublier qui avait justement détruit les établissements de sécurité et la stabilité de façon générale de ce pays. Pour ceux qui l’auraient oublié, un rappel s’impose: cela s’est fait dans le cadre justement de l’intervention de l’Otan, en mars 2011, en violation de la résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations unies, que l’organisation atlantiste était pourtant censée faire appliquer.

Depuis, et cela est connu de tous, le pays qui fut longtemps l’un des plus prospères d’Afrique, et qui pouvait se permettre d’accueillir un large nombre de migrants – aussi bien d’autres pays africains, que d’Europe (Roumanie, Bulgarie, Ukraine, entre autres), est devenu depuis l’intervention otanesque synonyme de chaos, d’extrémisme, de terrorisme, de racisme et l’un des terrains les plus fertiles pour l’immigration clandestine – avec en prime le trafic d’êtres humains et l’esclavage pur et simple.

D’autre part, ce qui est anecdotique, c’est que justement le dirigeant du GAN, qui connait parfaitement l’état de son pays depuis ladite intervention, espère obtenir l’aide de cette même organisation ayant détruit son pays. Mais connaissant les intérêts qui le soutiennent, il serait probablement erroné de s’en étonner. Mais les paradoxes ne s’arrêtent pas là.

Enième question à se poser: le GAN possède-t-il encore une légitimité digne de ce nom dans le cadre libyen? Au moment où il contrôle moins de 20% du territoire national, alors que son adversaire en la qualité de l’Armée nationale libyenne (ANL), dirigée par le maréchal Khalifa Haftar, en contrôle justement plus de 80%. D’autant plus, qu’à la différence de la situation syrienne d’avant septembre 2015, en face du GAN ne se trouve pas des éléments de Daech, d’Al-Qaida ou d’autres nébuleuses extrémistes, mais au contraire un leadership militaire opposé aux divers groupes terroristes qui opèrent aujourd’hui sur le sol libyen, et ce depuis la chute de la Jamahiriya de Kadhafi.

Du côté du GAN au contraire, nombre de groupes combattant à ses côtés, sont justement d’obédience extrémiste, et même terroriste. A en croire que l’Otan aurait un faible pour les groupes extrémistes de diverses couleurs. Même si cela depuis la destruction de l’Etat libyen de Mouammar Kadhafi, en passant par la Syrie, n’est autre qu’un secret de polichinelle.

Mais concrètement parlant, l’Otan pourrait-il contribuer d’une quelconque façon positive à la résolution de l’interminable conflit libyen? Pour répondre à cette question, il serait probablement juste d’en répondre à une autre: un pyromane insoignable, pourrait-il sérieusement parlant devenir un pompier professionnel?

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Chaos libyen: quel avenir?

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Au moment où la Syrie retrouve progressivement la paix et que le noyau dur du terrorisme y a été anéanti, la Libye post-Kadhafi continue, elle, à se maintenir dans le chaos. Le tout sans perspectives d’avenir vraiment radieuses. Après l’intervention militaire de l’Otan de 2011 contre la Jamahiriya libyenne – en son temps l’un des pays les plus prospères et stables d’Afrique, les choses continuent de se détériorer. Dans cette réalité chaotique, qui en portera responsabilité et quelles perspectives d’avenir attendent la Libye?

En effet, la République arabe syrienne a non seulement survécu en tant qu’Etat, alors que nombre d’observateurs, principalement occidentaux, lui prédisaient la fin pure et simple. Il est vrai que les raisons de le penser étaient plausibles : devant une force internationale terroriste composée de ressortissants de plusieurs dizaines d’Etats, le tout avec un «généreux» financement extérieur, la Syrie se trouvait dans une situation extrêmement critique. Néanmoins, la colonne vertébrale du terrorisme a été cassée de plein fouet, surtout après l’intervention de la Russie de septembre 2015 à la demande officielle du gouvernement légitime syrien. Plus que cela, ce grand pays civilisationnel, a aujourd’hui toutes les chances de redevenir au fil du temps une importante puissance régionale, avec le soutien de ses alliés. Le tout au grand dam de ceux qui voulaient justement anéantir cette civilisation multiethnique et multiconfessionnelle.

Dans le cas libyen, le processus suit un cours vraisemblablement inverse. Beaucoup avaient d’ailleurs parlé de la «somalisation» de la Libye. Mais au-delà de cette somalisation, les conséquences eux risquent de s’avérer peut-être même pires qu’en son temps en Somalie. Et ce pour plusieurs raisons. De un, la Libye est une puissance pétrolière et ses ressources naturelles ne manquent pas de susciter l’appétit des puissances extérieures. De deux, sa situation géographique, entre l’Afrique du Nord et le Sud de l’Europe, sans oublier les frontières communes avec les pays du Sahel, en fait une place stratégique pour divers intérêts géopolitiques. De trois, toujours cette proximité avec l’Europe, en fait un pont pour les nombreux migrants africains fuyant guerres et misère. Et compte tenu du chaos régnant aujourd’hui en Libye et du fait que de nombreux commandants de guerre (soutenus d’ailleurs en leur temps par l’Otan dans le but d’éliminer Mouammar Kadhafi) en ont fait un business très lucratif, le flux de migrants à destination des pays européens se poursuit sans cesse.

En parlant d’ailleurs de migration, il serait important de noter qu’à l’époque de la Jamahiriya de Kadhafi, la Libye pouvait non seulement se permettre d’accueillir un large nombre de migrants issus d’autres pays africains, mais également d’autres contrées, y compris européennes : de nombreux Roumains, Bulgares et d’autres représentants de cette partie d’Europe travaillaient avec joie dans ce pays. Les Libyens, eux, n’immigraient pas ou peu. A l’inverse d’aujourd’hui, où de nombreux citoyens du pays se voient pratiquement obligés de quitter leur terre, non seulement en raison de problèmes financiers et du manque d’opportunités (à moins de rejoindre les divers groupes armés qui sévissent dans le pays), mais aussi et surtout par manque pure et simple de sécurité. Et si à l’époque de Kadhafi, les autorités du pays réussissaient à gérer le flux migratoire en offrant aux migrants des opportunités de travail sur place, aujourd’hui le pays est devenu tout simplement une plaque tournante pour les migrants de différentes contrées à destination d’Europe. Beaucoup d’ailleurs ne réussissent pas la traversée : nombreux sont ceux qui décèdent en mer Méditerranée, d’autres tombent dans l’esclavage sur le sol libyen au profit de groupes armés, souvent d’obédience extrémiste, d’autres meurent tout simplement dans des conditions inhumaines avant même d’avoir eu l’occasion de tenter la traversée.

Maintenant, parlons un peu de responsabilité. Si dans le passé, au-delà d’avoir détruit l’Etat libyen et de l’avoir plongé dans le chaos, y compris terroriste – car faut-il le rappeler aussi la «Libye» actuelle devient un terrain privilégié d’implantation de sympathisants de Daech, surtout après leur défaite en Syrie, les Etats concernés ont non seulement rien fait pour ne serait-ce que tenter d’apporter une quelconque stabilisation dans ce pays, mais au contraire le chaos persistant rentre parfaitement dans l’agenda de certains d’entre eux.

Et dans la confrontation actuelle entre le Gouvernement d’union nationale, basé à Tripoli, et soutenu principalement par la Turquie et le Qatar – d’un côté. Et de l’autre la Chambre des représentants basée à Benghazi, dont est associée l’Armée nationale libyenne sous le commandement du maréchal Khalifa Haftar – soutenue principalement par les Emirats arabes unis et l’Egypte, rien ne présage une résolution rapide de la crise libyenne et d’un retour digne de ce nom à une vie normale pour la population du pays. Cela sans même parler des conséquences néfastes pour les pays de la région. Bien que l’Armée nationale libyenne contrôle une large partie du territoire libyen, la tentative de prendre la capitale nationale Tripoli n’a pas donné de résultat pratique jusqu’à maintenant. Le tout au moment où les groupes terroristes takfiristes s’activent et comme dit plus haut misent entre autres sur le territoire libyen pour leur implantation ultérieure.

Compte tenu de la multitude d’acteurs intérieurs comme extérieurs, ces derniers dépassant la liste des pays cités ci-haut, de l’implantation d’un nombre important d’éléments terroristes liés à Al-Qaida et Daech sur le sol libyen – un processus accéléré après leur débâcle en Syrie, sans oublier le fait que le gouvernement tripolitain est lié lui-même à plusieurs groupes armés d’obédience salafiste, l’optimisme sur l’avenir de la Libye est loin d’être au rendez-vous. Dans cette situation, beaucoup parlent de la nécessité d’un rôle accru de la Russie, surtout après le succès de son opération militaire, mais aussi politico-diplomatique sur le front syrien. Plusieurs experts parlent d’un soutien russe au maréchal Haftar, notamment grâce à l’efficacité de son armée contre les éléments terroristes. Mais du côté de la position officielle de Moscou, l’objectif est surtout de permettre à la Libye d’en finir avec la guerre civile et d’éliminer les groupes terroristes présents sur son sol – conditions inévitables pour que la Libye puisse un jour sortir du chaos dans lequel elle a été plongée depuis 2011, suite à l’intervention otanesque. D’autant plus que selon nombre d’experts, Haftar aura du mal à représenter les intérêts de l’ensemble des Libyens.

Dans ces conditions, le retour à l’ère kadhafiste serait peut-être la solution. En effet, le fils de Mouammar Kadhafi – Saïf al-Islam, a annoncé ses ambitions de prendre le pouvoir dans le pays dans le cadre d’élections présidentielles qui devraient avoir lieu prochainement, bien qu’il soit très difficile de parler d’élections dans un pays déchiré et se trouvant en guerre civile. Néanmoins, grand nombre de Libyens regrettent en effet aujourd’hui avec nostalgie le temps de la Jamahiriya. Et au vu des sondages d’opinion menés en Libye, Saïf al-Islam fait figure de personnalité politique favorite aux yeux d’un large nombre de citoyens libyens.

Au vu de la réalité actuelle, il est très difficile de pouvoir faire des prévisions sur l’avenir libyen. Tout dépendra de la suite des événements, au moins des prochains mois. Une chose reste néanmoins sûre : les responsables du chaos libyen devraient un jour répondre au vu de leur responsabilité directe dans ce chaos.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Esclavage en Libye : que les vrais responsables assument leurs actes !

Des réfugiés, le port de Benghazi, Libye. Photo d'archive

L’Occident se rend à l’évidence: le chaos qu’il a créé en Libye par son intervention militaire de 2011 a les pires conséquences: trafic d’esclaves et développement de l’islamisme radical. Si l’on constate un début de prise de conscience, elle restera insuffisante tant que les vrais responsables de cette tragédie ne répondront pas de leurs actes.

Le cas de la Libye est désormais un cas d’école —d’école néocoloniale, faut-il le préciser?— . Il s’agit d’un échec occidental considérable.

En mars 2011, l’Otan lance une intervention militaire contre la Jamahiriya libyenne de Mouammar Kadhafi. Un viol de la souveraineté d’un pays, outrepassant le mandat onusien accordé sous prétexte «d’intervention humanitaire» qui aboutira à l’assassinat sauvage de Kadhafi, de milliers de Libyens et d’autres Africains. Ce pays était l’un des plus prospères sur le continent africain: il accueillait un grand nombre de migrants d’Afrique et même de l’UE et pratiquait une politique sociale assez unique.

Tout cela est du passé.

Il est maintenant détruit et connaît l’une des pires formes de «somalisation» qui puissent être. La Libye actuelle, si on peut encore parler de Libye, est devenue une plaque tournante de trafics en tout genre, notamment d’êtres humains. Et l’un des hauts lieux du terrorisme salafiste international. Un pays que chaos, racisme et extrémisme caractérisent, comme le démontrent les dernières révélations des médias mainstream.

Tout récemment, ce qui se disait déjà depuis longtemps dans les médias alternatifs a été confirmé par la chaîne étasunienne CNN, probablement car l’évidence était devenue impossible à cacher: l’existence d’un sinistre système de marchés d’esclaves sur le territoire libyen. En effet, des ressortissants d’Afrique subsaharienne transitant par la Libye pour tenter d’arriver en Europe et y trouver une vie meilleure, venant le plus souvent de pays se trouvant toujours sous mandat occidental, car vous n’y trouverez pas de Sud-Africains, d’Angolais ou de Namibiens (ceux que l’URSS avait soutenus en son temps), sont vendus quelques centaines de dollars par des extrémistes salafistes —les mêmes sur lesquels l’Otan s’est appuyés pour éliminer Kadhafi.

C’est une honte. Pour ne pas revenir sur des sujets précédemment traités, à savoir que la Russie et certains autres pays responsables ne permettront certainement plus au Far-West d’agir impunément, parlons justement de responsabilité.

Un millier de personnes est descendu dans les rues de Paris pour manifester; notamment devant l’ambassade de Libye. C’est bien, mais est-ce suffisant? Probablement pas. Car tous les responsables de la tragédie libyenne doivent rendre des comptes et notamment l’ex-président Nicolas Sarkozy ou encore le «philosophe» de guerre Henri-Levy, alias BHL (persona non grata en Russie), tous deux de grands «artisans» de la guerre contre la Libye.

Car même si ces fameux représentants de l’establishment occidental pensent encore être intouchables, ils doivent bien garder une chose en tête: dans ce Nouveau Monde et le système qui l’accompagne, il n’y a plus «d’élus». Ce qui signifie que d’une façon ou d’une autre, il va falloir rendre des comptes. D’autant plus que ces élites occidentales refusent de faire leur mea culpa. Et lorsqu’ils le feront, il sera déjà trop tard, sans aucune possibilité de pardon.

Et ce n’est pas à La Haye qu’ils seront jugés, mais bien dans l’un de ces pays ayant souffert de cette arrogance occidentale. Ils ne manquent pas, tant il est vrai que l’histoire de l’Occident se répète ad nauseam: possédant peu de ressources naturelles, l’objectif a toujours été de les chercher et de les trouver ailleurs, même si pour cela il fallait massacrer les populations locales.

Et même aujourd’hui, en ce XXIe siècle, l’Occident arrogant ne souhaite toujours pas accepter une autre réalité: celle d’une concurrence loyale où chacun pourrait présenter au mieux ses atouts, dans une optique gagnant-gagnant. Cette logique ne rentre évidemment aucunement dans la mentalité des élites occidentales, pour qui seule la force paie.

Quant à la Libye, personne ne peut aujourd’hui dire quand est-ce qu’elle pourra retrouver ne serait-ce qu’une partie de sa stabilité d’antan. Personne. De plus en plus de Libyens regardent de nouveau en direction de Moscou, mais aussi de Pékin pour tenter de sauver la situation de leur pays. Rien n’est à exclure.

Mais pour commencer, il faudra déjà éliminer les intérêts occidentaux responsables de ce chaos et les extrémistes salafistes, alliés par excellence de cet Occident politico-médiatique irresponsable.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201711201033961981-libye-esclavage/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Bachar al-Assad, la seule option possible

Portrait de président syrien Bashar al-Assad, Damas, Syrie

A l’heure où la Syrie est de nouveau au premier plan, non sans la crise des migrants comme l’une des raisons à cela, et au moment des nombreuses discussions occidentales sur la présence militaire russe en Syrie, il serait juste une fois encore de remettre plusieurs points sur les « i ».

Les élites occidentales s’enfoncent une fois de plus dans la contradiction pure et simple. Et même les spécialistes occidentaux, loin d’être pro-russes ou pro-syriens, commencent par l’avouer. D’un côté, les leaders occidentaux affirment leur volonté à combattre l’Etat islamique, de l’autre continuent encore de réclamer le départ du président syrien Assad.

Mais ce n’est de loin pas la seule contradiction observée. Tout d’abord, souvenons-nous de l’invasion US et consorts en Irak, en 2003 (à une époque d’ailleurs lorsque un pays comme la France ne faisait pas automatiquement le suiveur de la politique étasunienne). Il a fallu bien peu de temps aux forces de cette coalition pour arriver à leur fin, à savoir faire chuter l’Irak Baathiste et son leader Saddam Hussein. Certains diront à juste titre que c’était une opération terrestre et c’est vrai. Mais on a eu aussi il y a quelques années la Libye. L’OTAN, qui menait les opérations de bombardement du territoire libyen en visant les forces de l’armée régulière, n’a eu en outre aucun mal à détecter et viser le cortège où se trouvait feu colonel Mouammar Kadhafi. On connait la suite.

Et en Syrie malgré toutes les déclarations déclarées de mener la guerre à l’EI en bombardant ses positions, on a vraiment dû mal jusqu’à maintenant (pourtant ce n’est pas la volonté qui manque) à voir un quelconque résultat notable. Certains diront même que ces bombardements nuisent plus aux forces gouvernementales de l’Armée arabe syrienne, sans oublier les civils, qu’aux terroristes. Il y a donc de quoi à se poser des questions: quelle est la véritable cible de la coalition occidentalo-golfiste? Les barbares de l’EI ou les militaires syriens avec Bachar al-Assad? Sans oublier l’implication d’Israël qui a maintes fois bombardé les positions de l’armée syrienne, sans jamais toucher aux terroristes. Etonnant?

Autre question tout aussi importante. Les élites de l’Occident jouant aux aveugles affirment jusqu’à maintenant que la Syrie n’aura pas d’avenir avec Assad. Le problème c’est que jusqu’à maintenant ils n’ont aucune alternative à proposer. Absolument aucune. Tous les groupes soi-disant non liés à l’Etat islamique et combattant également l’armée régulière de Syrie, les Occidentaux les appellent eux-mêmes être « des islamistes modérés ». Assez incroyable comme notion. C’est vrai qu’en terme de barbarie et de cruauté, difficile de concurrencer l’EI (même Al-Qaida est devenue un peu ringarde), mais en suivant cette « logique », on arrive à croire qu’il devient presque possible de classer les terroristes en plusieurs groupes, selon leur niveau de radicalité ou de « modération »: terroristes modérés, semi-modérés, plutôt modérés, pas vraiment modérés, pas du tout modérés, radicaux, ultra-radicaux et ainsi de suite. Cela peut même paraitre drôle pour certains, si derrière cette pseudo-logique il n’y avait pas des centaines de milliers de vies en jeu. Mais l’Occident vraisemblablement ne peut plus faire marche arrière, de peur de se retrouver une fois de plus dans le ridicule. Même si parfois il est bien mieux de reconnaitre ses erreurs, ne serait-ce que pour sauver tellement de vies humaines.

Maintenant pourquoi le président al-Assad reste la seule option possible? Pour plusieurs raisons. Tout d’abord car il reste le leader légitime de son pays. Un pays pour rappel indépendant et souverain. D’autre part, car il est bien soutenu par la grande majorité de la population, aussi bien en Syrie qu’au sein de la diaspora syrienne. Qui le dit? Le rapport datant de 2013 (alors que la Syrie était déjà en pleine guerre) de la CIA (!) repris entre autres par Wikileaks et un certain nombre de médias, qui confirme que le président Assad aurait au moins 75% de soutien de la part de ses concitoyens. Alors après, les « bienpensants démocratiques » devraient nous répondre à une question: de quel droit un leader ayant le soutien avéré des ¾ de son peuple peut être considéré « illégitime » (terme employé par plusieurs chefs d’Etat occidentaux)?
Un autre exemple confirmant lui aussi la légitimité d’Assad et lié à l’aspect ethnico-religieux. On sait qu’il appartient à la minorité religieuse alaouite, qui représente à peu près 20% de la population de Syrie. L’Occident tente par tous les moyens de faire croire que c’est cette minorité qui dirige, les autres représentants ethniques et religieux seraient soi-disant tous ou presque opposés à elle. Pourtant, la grande majorité des Syriens (environ 75%) sont eux musulmans sunnites, 10% sont chrétiens. Alors en analysant ne serait-ce qu’avec un minimum de logique, les 20% d’alaouites et les 10% de chrétiens ne pourraient jamais assurer à Assad une si longue résistance si la grande majorité des musulmans sunnites syriens n’étaient pas eux aussi majoritairement derrière leur président. Cela est tout simplement impossible. L’Armée arabe syrienne est également fort représentative de ce puzzle multiethnique et multiconfessionnel de la Syrie. La grande majorité des militaires syriens sont eux aussi musulmans sunnites. Et il serait tout simplement illusoire de croire que si ces militaires sunnites ne soutenaient pas eux aussi Assad et avec une telle ardeur, jamais il n’aurait pu tenir ne serait-ce que quelques mois.
Donc la propagande occidentale s’écroule comme un château de cartes, notamment sur le fait que la Syrie serait dominé par un « dictateur » (un dictateur ayant tout de même 75% au moins de soutien, y compris au sein de la diaspora, y compris celle vivant en Occident) et que c’est une minorité religieuse qui impose sa volonté aux autres. Tout cela est faux. La Syrie, en plus d’être l’un des berceaux de l’humanité, c’est aussi un pays multiculturel, multiethnique et multiconfessionnel. Mais c’est aussi fort malheureusement un pays martyrisé depuis plusieurs années maintenant par la volonté unipolaire du néocolonialisme occidental et le salafisme importé du Golfe et de quelques autres pays. Et dans ce pays de la diversité, un homme continue de représenter l’unité de tous les Syriens, peu importe leur appartenance ethnique ou religieuse et qu’ils soient musulmans sunnites, alaouites, chiites, chrétiens ou yézidis. C’est bien Bachar al-Assad. Les dirigeants occidentaux devront donc bien à un moment ou un autre reconnaitre cette réalité que beaucoup de Syriens tentent de leur faire entendre. Et une réalité qu’ils devront accepter. Entre temps, il faut se débarrasser des terroristes égorgeurs. Et pour cela, aux côtés de l’armée syrienne et du peuple de Syrie, ce sera vraisemblablement une autre coalition.

http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20150917/1018226891.html

Mikhail Gamandiy-Egorov

Terrorisme en Tunisie: conséquence de l’intervention de l’OTAN en Libye

Après l'attentat de Sousse

La belle Tunisie a été de nouveau frappée par la vermine terroriste. Cette fois-ci, l’attaque a visé le site touristique Marhaba Beach Hotel à Sousse, ayant fait près de 40 victimes décédées et autant de blessés, de différentes nationalités.

Une touriste russe faisait également partie des victimes n’ayant pas survécu. Le tout après l’attentat contre le musée du Bardo à Tunis, en mars de cette année, qui a fait 22 morts.

Une fois encore donc la Tunisie a été visée par les terroristes salafistes et a dû payer le prix fort. Un coup dur pour ce pays, d’abord sur le plan humain car toute perte humaine est une rude épreuve. D’autant plus que cela touche l’un des secteurs les plus importants de l’économie tunisienne, en l’occurrence celui du tourisme.

La gangrène extrémiste s’exporte donc à différents endroits du globe. Et la Tunisie, pays connu et reconnu pour son accueil chaleureux, doit aujourd’hui réagir d’une manière radicale. C’est le désir de la grande majorité des Tunisiens, sortis massivement pour exprimer leur colère et leur ferme opposition au terrorisme et à tous ceux qui ternissent leur pays.

Mais ce qu’il faut chercher aussi dans toute cette situation tragique, aussi bien pour la Tunisie que globalement l’Afrique du Nord, ce sont les raisons de l’expansion du terrorisme. Et ce depuis le soi-disant « printemps arabe » jusqu’à aujourd’hui avec la montée en puissance des différentes sectes pseudo-religieuses, y compris l’Etat islamique, le plus « coté » en ce moment parmi elles.

L’une des principales raisons du chaos créé dans la région et ailleurs, ainsi que le renforcement des mouvements terroristes, réside sans aucun doute dans l’intervention de l’OTAN contre la Jamahiriya de Mouammar Kadhafi. Aujourd’hui, plus aucun « intellectuel » terroriste occidental ne devrait avoir le droit de s’exprimer publiquement après tous les mensonges qu’ils avaient lancé contre ce pays pour justifier l’intervention impérialiste. Un pays pour rappel qui avait véritablement du succès dans tellement de domaines. Rien à avoir avec ce qu’il est devenu aujourd’hui: un pays ouvertement raciste et terroriste. Et l’une des nouvelles bases de l’Etat islamique. Les Libyens rencontrés à Moscou et partageant comme feu Kadhafi les valeurs panafricaines regrettent énormément la perte de leur leader et la destruction de leur pays par les prédateurs néocolonialistes alliés avec les salafistes.

Plus encore, même certains journalistes du mainstream occidental aujourd’hui finissent par reconnaître la responsabilité de leurs gouvernements dans le chaos en Libye. Ainsi que dans l’expansion du terrorisme, aussi bien en Afrique du Nord qu’au Moyen-Orient, et au-delà. Fini donc les « cris de joie » célébrant la mort honteuse du leader libyen. Fini les belles « promesses » d’un avenir « radieux » pour la Libye et la région. Aujourd’hui, comprenant parfaitement que le terrorisme qui a déjà frappé l’Europe et notamment la France risque de monter encore plus en puissance avec toutes les conséquences qui en découlent, on commence à voir un début de bon sens, ne serait-ce que minime, chez certains. Bienvenue maintenant dans la réalité.

Pourquoi les pays occidentaux ne se pressent-ils pas d’en finir avec l’Etat islamique aussi bien en Syrie/Irak qu’en Libye? Ont-ils encore besoin de ces terroristes comme ce fut le cas en Libye contre Mouammar Kadhafi et en Syrie contre Bachar al-Assad (qui fort heureusement résiste toujours et malgré tout)? Il est à croire que la réponse est évidente. Pourtant le cynisme est une fois de plus au summum. S’étant pressé pour détruire la Jamahiriya libyenne, le tout dans des justifications habituelles d’une intervention humanitaire, pour soi-disant protéger les civils, alors qu’en réalité dans le pur objectif de prendre contrôle des ressources du pays et éliminer un leader dont les idées très révolutionnaires ne pouvaient en aucun cas être acceptées par ces élites occidentales. Aujourd’hui? Des civils sont tués et torturés quotidiennement. Et rien. Tant que les puits du pétrole restent sous contrôle, pas de raison d’intervenir.

Pendant ce temps, les vrais intéressés pour en finir avec la vermine terroriste continuent le combat. A ce titre, le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Mouallem, était en visite à Moscou où il a rencontré son homologue russe Sergueï Lavrov, ainsi que le président Vladimir Poutine. Le thème principal lors de la discussion avec le président russe a justement concerné les efforts communs pour éliminer la secte du pseudo Etat islamique. Il est pratiquement certain que des résultats concerts, même si cela risque de prendre du temps, viendront de l’axe Moscou-Damas-Téhéran-Pékin, mais certainement pas des « exceptionnels » USA et des suiveurs bruxellois.

Quant à la Tunisie, une fois de plus, condoléances au pays et aux familles de toutes les victimes, quelles que soient les nationalités. A souhaiter également que les autorités tunisiennes fassent les efforts nécessaires pour empêcher que de telles tragédies se répètent. Et que ce beau pays qu’est la Tunisie puisse continuer à recevoir les touristes du monde entier sous son attrayant soleil. Les extrémistes eux doivent être anéantis.

http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20150630/1016776473.html

Mikhail Gamandiy-Egorov

Guinée équatoriale : le bon exemple pour l’Afrique ?

Guinée équatoriale : le bon exemple pour l’Afrique ?

La Guinée équatoriale, ce petit pays d’un peu plus de 28 000 km2, situé au centre-ouest du continent africain, avec une population d’environ 800 000 habitants, attise les intérêts de toute part. Aussi bien au niveau continental que largement au-delà.

Ancienne colonie espagnole (d’où l’ancien nom de Guinée espagnole), le pays s’est libéré du colonialisme le 12 octobre 1968. Depuis, le pays a poursuivi sa grande marche en avant. Aujourd’hui, la Guinée équatoriale fait partie des pays les plus prospères du continent africain, notamment avec l’un des plus importants revenus par habitant. D’ailleurs, le pays est classé tout simplement premier en Afrique au niveau du PIB nominal par habitant. Il est également l’un des plus grands receveurs d’investissements étrangers sur le continent.

Certains diront que le succès de ce petit Etat est dû au pétrole et au gaz. Il est vrai que l’aspect énergétique ne joue pas le dernier rôle dans le développement de la Guinée équatoriale (le pays est le troisième producteur de pétrole en Afrique subsaharienne, cinquième au niveau de tout le continent africain). Mais est-ce tout ? Après tout, on sait tous que la plupart des pays d’Afrique regorgent de ressources naturelles, mais très souvent cela profite peu (voire très peu) aux populations des pays concernés. D’ailleurs, cela est particulièrement visible dans les pays qui sont encore sous l’occupation néocoloniale, où très souvent les « élites » des pays en question « travaillent en étroite collaboration » avec les élites occidentales, économiques comme politiques. Le cas de la Françafrique est un exemple net et criant.

Qu’est ce qui rend donc la Guinée équatoriale si différente ? Probablement une approche panafricaine, une défense ardue de son indépendance et de sa souveraineté, à l’opposé d’un bon nombre de ses voisins. Ne serait-ce d’ailleurs pas la raison pour laquelle le chef de l’Etat, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, est ardemment et constamment critiqué par les élites occidentales, politiques comme médiatiques ? Le président du pays est en effet un panafricaniste et il ne s’en cache pas. Il était par ailleurs un ami très proche du leader libyen, le colonel Mouammar Kadhafi, assassiné en octobre 2011 par l’OTAN, et a ouvertement condamné avec quelques autres rares leaders africains (dont Jacob Zuma, le président sud-africain) cet acte barbare de l’interventionnisme impérialiste et néocolonial occidental. Il avait notamment déclaré : « Nous regrettons la disparition du colonel Mouammar Kadhafi. Prendre le relais de son combat panafricain est difficile ». En tout cas et effectivement, la Guinée équatoriale entend aujourd’hui reprendre le flambeau de la lutte panafricaine, malgré tous les défis que cela suscite.

Le succès du pays est également dû à une politique sociale adaptée, notamment via la construction d’un grand nombre de logements sociaux de qualité, destinés aux couches les moins favorisées de la population. Un grand accent est mis également sur l’éducation et l’enseignement, particulièrement chez les jeunes, censés devenir rapidement les nouvelles élites de leur pays et de leur continent. Les revenus issus du pétrole sont utilisés pour le financement de projets importants, que ce soit dans l’agriculture, l’éducation ou les nouvelles technologies.

Luc Michel, spécialiste de la géopolitique et notamment fin connaisseur de la Libye, estime que la Guinée équatoriale représente effectivement aujourd’hui un nouveau modèle de développement pour l’Afrique. En outre, il croit en les capacités du pays à reprendre le flambeau du panafricanisme, après la chute de la Jamahiriya libyenne.

Mais reste un problème majeur auquel la Guinée équatoriale fait déjà face. Celui de l’interventionnisme occidental, si bien connu en Afrique. Tout leader patriote et panafricain représente toujours une cible de choix pour les élites politiques et financières occidentales. Les exemples de la Côte d’Ivoire et de la Libye n’en sont que des preuves supplémentaires. Les leaders équato-guinéens le savent parfaitement et avouent que plusieurs tentatives de coups d’Etats, instigués de l’extérieur, ont été avortées durant les dernières années. Financement et formation de mercenaires, tentatives de déstabilisation : les pays changent, les techniques restent les mêmes. Mis à part l’aspect panafricaniste qui est très important, pourquoi encore les Occidentaux (pas les peuples mais bien les élites), veulent autant en finir avec cet Etat ?

Pour la simple et bonne raison que « certains » trouvent encore « anormal », y compris aujourd’hui au XXIème siècle, qu’un Etat africain disposant de ressources colossales puisse se « permettre » de les gérer lui-même et d’en faire profiter sa population, et non des populations étrangères extracontinentales. Reste à croire en la clairvoyance des leaders de la Guinée équatoriale, notamment via l’adoption de mesures efficaces, y compris en tissant des liens beaucoup plus solides (le processus est déjà en cours) avec les pays des BRICS et d’Amérique latine. La Guinée équatoriale pourra alors inspirer d’autres pays du formidable continent africain, encore sous le joug, afin qu’ils puissent se libérer pleinement, aller de l’avant et montrer au monde la capacité réelle de l’Afrique !

http://french.ruvr.ru/2014_05_19/Guinee-equatoriale-le-bon-exemple-pour-l-Afrique-9343/

Mikhail Gamandiy-Egorov