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Horizon 2050: déclin économique de l’Occident

Il y a trois ans de cela, la grande multinationale PricewaterhouseCoopers (PwC), spécialisée dans les missions d’audit, d’expertise comptable et de conseil, avait publié un rapport stipulant que dans les 30 prochaines années au sein du Top 10 des principales économies mondiales – seules 3 seront celles appartenant au monde occidental. Ces prévisions restent aujourd’hui fortement d’actualité et les événements en cours le confirment pleinement.

En effet, au-delà d’une perte d’influence géopolitique et sécuritaire grandissante de l’Occident dans la nouvelle ère multipolaire, l’aspect économique ne devrait pas être en reste. Les pays du fameux G7 ne seront plus les maitres économiques mondiaux, au contraire ce sont les pays du E7 (Emerging 7) – terme créé par PwC en 2006 pour désigner les principales puissances économiques émergentes, incluant la Chine, l’Inde, le Brésil, le Mexique, la Russie, l’Indonésie et la Turquie, qui auront la tâche de prendre pleinement la relève.

Pour rappel selon les prévisions du grand cabinet international, le classement à l’horizon 2050 devrait être comme suit: 1-Chine, 2-Inde, 3-Etats-Unis, 4-Indonésie, 5-Brésil, 6-Russie, 7-Mexique, 8-Japan, 9-Allemagne, 10-Royaume-Uni. Ainsi, au-delà du fait de perdre des places dans le Top 10 pour les USA, l’Allemagne et le Royaume-Uni, la France quant à elle devrait tout simplement quitter le classement des dix principales économies mondiales.

Tout en sachant qu’il s’agit de prévisions sur une période de trois décennies, durant laquelle un certain nombre de facteurs peuvent apporter des ajustements à ce classement, et sans rentrer dans les détails des facteurs présentés par PwC dans l’établissement de ces prévisions (détails du rapport ci-haut), il serait probablement intéressant de se pencher sur un autre fait, qui caractérise justement le monde multipolaire devenu réalité.

Si à la chute de l’URSS et la prétendue «fin» de la guerre froide, l’Occident pouvait effectivement se vanter d’avoir le leadership (pour ne pas dire le diktat) dans pratiquement dans toutes les sphères à l’échelle planétaire, aujourd’hui on arrive justement à une réalité dans laquelle une minorité doit assumer son rôle de… minorité.

Pour les grandes puissances mondiales non-occidentales, il n’a jamais été question d’arriver à une discrimination vis-à-vis des nations occidentales. Ce n’est pas le but recherché. Au contraire, les nations partisanes de la réalité multipolaire préfèrent miser sur des échanges sans restrictions, sanctions, intimidations et autres instruments tellement aimés par les élites occidentales. Les puissances non-occidentales misent aussi sur une concurrence loyale, où chacun peut faire prévaloir ses propres atouts.

Le souci, c’est que cette approche, ou plus précisément cette mentalité de faire des affaires, est tout sauf celle de l’establishment occidental. Pourquoi? Car les siècles de colonialisme, suivi par le néocolonialisme, ont tellement influencé les décideurs occidentaux, qu’aujourd’hui ce complexe de «supériorité» les caractérisant est probablement à un niveau génétique. Important tout de même de préciser qu’on parle bien de l’establishment occidental. Car dans le cas d’un citoyen occidental plus ou moins lambda, cette mentalité raciste et néocoloniale n’est pas représentative. Il faut donc bien séparer les deux choses.

Et dans cette optique, la compréhension du monde multipolaire par de nombreux citoyens en Occident contribue justement elle aussi au renforcement de la réalité récente. L’Occident en lui-même ne représente pas plus que 10% de la population terrestre. Et compte tenu de cette prise de conscience en Occident même dans l’acceptation de la multipolarité, on arrive à une conclusion simple: les partisans jusqu’au-boutistes de l’unipolarité révolue représentent une infime minorité à l’échelle planétaire. Et plus les années vont passer, plus cet establishment néocolonial occidental devra accepter la nouvelle place qui lui est réservée. Et peut-être surtout laisser la voie libre aux représentants responsables de l’Occident qui auront très certainement eux aussi des idées intéressantes à apporter dans la nouvelle architecture internationale.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Chine-Burundi: une alliance qui perdure

2-33

Au moment où le continent africain représente dans le cadre du monde multipolaire l’un des terrains géopolitiques majeurs de ce XXIème siècle, Pékin y renforce tout son potentiel – économique, diplomatique, politique, sécuritaire. Le Burundi, partenaire de longue date de l’Empire du Milieu en Afrique en représente un exemple supplémentaire.

Le mois dernier, le conseiller d’Etat chinois et ministre des Affaires étrangères Wang Yi avait rencontré le chef de la diplomatie burundaise Ezechiel Nibigira http://french.xinhuanet.com/afrique/2020-01/12/c_138698259.htm . Le diplomate chinois N°1 avait alors déclaré que le Burundi est «un ami de tous les temps» de la Chine en Afrique, tout en soulignant que la confiance mutuelle politique à haut niveau constitue un caractère essentiel des relations bilatérales, marquées aussi par un fort soutien mutuel.

Cette référence au soutien mutuel est effectivement très correcte. En effet, Bujumbura accorde un soutien ouvert et déclaré à la politique chinoise – en Afrique et plus généralement à l’international. Côté chinois, Pékin a plusieurs fois apporté son soutien avec son allié russe à la défense de la souveraineté burundaise, au moment où le pays se trouvait sous vive pression occidentale. Depuis cette solidarité mutuelle exprimée, l’interaction entre les deux pays ne fait que s’accentuer.

D’ailleurs c’est aussi cela qu’avait rappelé Wang Yi lors de la rencontre de janvier avec son homologue du Burundi: «La Chine remercie le pays africain pour son soutien sur les questions concernant les intérêts fondamentaux et les préoccupations majeures de la Chine, et est disposée à aider le Burundi à défendre sa souveraineté, son indépendance et ses droits légitimes».

Le Burundi, dont la superficie est inférieure à 28 000 km2 et avec une population d’environ 11 millions de personnes, se trouve dans la région stratégique des Grands Lacs, possédant un grand rivage sur le Lac Tanganyika. Le pays est entouré par la République démocratique du Congo à l’ouest, le Rwanda au nord et la Tanzanie au sud et à l’est. Etant une ancienne colonie belge, l’ex-métropole coloniale n’a cessé jusqu’à aujourd’hui à tenter de maintenir son influence sur le pays. Mais dans les pressions occidentales récentes sur Bujumbura, Bruxelles était loin d’être seul – Washington et Paris y «contribuaient» largement aussi. Et c’est justement à cette période que le soutien de l’axe sino-russe au Conseil de sécurité de l’ONU a été sur beaucoup de points crucial dans la préservation de la souveraineté burundaise. Sans oublier évidemment aussi l’importante mobilisation nationale à l’intérieur ayant permis de faire face efficacement aux interférences mentionnées.

Depuis, le leadership du Burundi s’est beaucoup rapproché de Pékin comme de Moscou – devenus ensemble des partenaires privilégiés de ce pays d’Afrique de l’Est. Dans le cas de la Chine, ce qui est particulièrement intéressant de noter dans ses actions récentes en direction de l’Afrique est qu’on assiste non plus seulement à la promotion des énormes intérêts économiques conjoints (y compris dans le cadre du grand projet de l’Initiative la Ceinture et la Route), mais aussi à une diplomatie efficace qui permet à Pékin et à ses alliés d’avoir des voix de soutien sur l’arène internationale, et notamment dans le cadre onusien.

L’Afrique qui compte plus d’une cinquantaine d’Etats a incontestablement son mot à dire dans le nouveau monde multipolaire. Et bien qu’un certain nombre de pays africains soient encore sous l’emprise occidentale, l’axe sino-africain s’affirme de plus en plus fortement à l’heure actuelle. Et c’est probablement la meilleure réponse possible au groupe de pays au passé colonial et présent néocolonial qui pensent toujours être en mesure de pouvoir « isoler » des Etats menant une politique indépendante et souveraine. Fort heureusement, les instruments de riposte efficaces et intelligents ne manquent pas dans la réalité d’aujourd’hui. Et ce au grand désarroi de ceux qui restent incapables, encore, de le comprendre.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Entre l’atlantisme et l’Eurasie, la Turquie doit faire un choix

12-35

La Turquie du président Erdogan se trouve aujourd’hui devant un choix stratégique. Membre de l’Otan, Ankara s’est pourtant beaucoup rapprochée de Moscou et Téhéran au cours de ces dernières années, confirmant à cette occasion l’existence d’une orientation eurasienne dans sa politique.

Mais les récents événements dans la province syrienne d’Idlib ont de nouveau ravivé les tensions existantes entre ces deux orientations, confirmant la pleine nécessité de devoir, à un moment ou un autre, faire un choix.

Lorsque fin 2015 les relations turco-russes étaient tombées au plus bas, toujours en rapport avec les événements en Syrie, la Turquie avait en l’espace de seulement une demi-année ressenti les conséquences d’une telle politique. Fort heureusement cette page difficile des relations bilatérales entre Ankara et Moscou a pu être surmontée. Plus que cela, les deux pays ont réussi en peu de temps à revenir au partenariat stratégique qui régissait leurs rapports. Et d’arriver même à un partenariat «très» stratégique, au grand désarroi de ceux qui veulent maintenir à tout prix la Turquie dans la «famille» atlantiste, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.

Aujourd’hui, les relations géoéconomiques et hautement stratégiques entre la Russie et la Turquie peuvent être réellement caractérisées comme un partenariat gagnant-gagnant, avec un volume des échanges commerciaux constamment en hausse (plus de 20 milliards de dollars en 2019 avec un objectif fixé d’atteindre dans les prochaines années les 100 milliards). Et compte tenu des millions de touristes russes visitant la Turquie chaque année et les nombreuses entreprises turques du BTP travaillant sur le marché russe (ce dernier représentant pas moins de 20% du volume total des commandes dans le domaine de la construction auprès des structures turques à l’étranger), on arrive à une balance commerciale bien équilibrée – sachant que le flux touristique russe vers la Turquie et les marchés du BTP turc en Russie ne rentrent pas dans le calcul du volume des échanges. Sans oublier que le volume des investissements russes en Turquie et turcs en Russie, dans le cadre des projets d’investissement mis en œuvre entre les deux pays, est d’environ 10 milliards de dollars chacun. Une autre nation eurasienne – l’Iran – fait également partie des principaux partenaires économico-commerciaux de la Turquie.

S’ajoutent à cela la coopération dans la sphère énergétique avec le gazoduc Turkish Stream, dans le nucléaire civil avec la centrale d’Akkuyu, sans oublier l’acquisition du système anti-missile russe des S-400 – une première dans la relation d’un pays-membre de l’Otan avec la Russie. Mais malgré tout cet impressionnant partenariat, il est encore prématuré de parler d’une véritable alliance entre la Turquie d’une part, et la Russie avec l’Iran de l’autre. Car au-delà des divergences existantes sur certains dossiers internationaux, dont bien évidemment la Syrie, le fait d’appartenir justement à l’Otan – organisme qui continue de considérer la Russie comme son principal adversaire et ennemi, ne peut permettre de prétendre à une véritable alliance.

Quant à la République arabe syrienne, elle est bel et bien une alliée aussi bien pour Moscou que Téhéran. Dans le cas avec la Russie, cette alliance ne date ni d’aujourd’hui, ni de 2015 – année d’intervention de Moscou dans la lutte antiterroriste dans ce pays, mais bien de plusieurs dizaines d’années. Et au-delà d’une alliance géopolitique, ni la Russie, ni l’Iran ne peuvent permettre à ce qu’un autre pays-civilisation, en l’occurrence la Syrie, puisse subir la présence de hordes barbares et terroristes sur son sol. Il en va non seulement de leur propre sécurité, mais aussi de leurs valeurs.

C’est pourquoi, et malgré les récentes menaces proférées par le leadership turc à l’encontre de Damas, les deux principaux alliés de la Syrie ne permettront certainement pas à ce que la situation dégénère. Compte tenu du rapport stratégique avec la Turquie, les deux puissances eurasiennes privilégient le dialogue et font en sorte d’apporter leur pleine médiation pour éviter une plus grande détérioration de la situation.

La Syrie, quant à elle, est en plein droit à poursuivre l’opération de libération de son territoire national. Conformément à sa souveraineté. Les hordes terroristes salafistes n’ont pas de place en terre syrienne. Il s’agit là aussi d’une question primordiale pour le leadership, l’armée et la population du pays. D’autant plus que ce dernier fief terroriste en terre syrienne – principalement affilié à Al-Qaida – continue de représenter un danger majeur pour la sécurité nationale. D’où l’extrême nécessité d’en finir une bonne fois pour toute.

En ce qui concerne la Turquie, elle se retrouve effectivement devant un choix stratégique. Bien sûr, il faut savoir que la pression sur le leadership turc n’est pas seulement extérieure – surtout de la part de ses pseudo-alliés otanesques. La pression est également intérieure. C’est un secret de polichinelle qu’une partie de l’élite politique turque – aussi bien issue du parti au pouvoir que de l’opposition – reste profondément pro-occidentale et pro-atlantiste. Et donc, à l’instar de leurs mentors n’approuvent guère le rapprochement sans précédent observé entre les grandes nations eurasiennes au cours de ces dernières années. Et aussi en faisant mine d’oublier par la même occasion la tentative de putsch pro-occidental de 2016 – une tentative pour rappel condamnée aussi bien par Moscou que Téhéran. D’autre part, la politique des deux chaises ne pourra pas elle aussi durer éternellement. Et ce choix devra se faire, à un moment ou un autre.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Idlib: nécessité cruciale de libérer la province syrienne

2-10

Alors que l’armée gouvernementale syrienne poursuit son offensive dans la province d’Idlib – dernier bastion des djihadistes, principalement liés à Al-Qaida, l’establishment occidental crie de nouveau au scandale. En espérant par la même occasion brouiller l’entente russo-turque. Mais les acteurs non-occidentaux ne l’entendent pas de cette oreille.

Damas ne l’a jamais caché – son objectif étant de libérer tout le territoire national. Si à l’heure actuelle, le gouvernement contrôle près des ¾ du pays, où vit plus de 90% de la population, ce n’est pas pour autant qu’il compte s’arrêter en si bon chemin. Et vu la concentration plus que massive d’extrémistes salafistes dans la province d’Idlib, il n’a jamais été un secret de la nécessité d’en finir avec cette présence. Et ce aussi bien dans le cadre visant à restaurer l’autorité légitime sur tout le territoire national, que de mettre un terme à la présence terroriste sur le sol syrien de façon générale.

Et bien qu’Idlib soit devenu le dernier centre de retranchement de ces éléments extrémistes, il est évident que ce retranchement devait finir à un moment ou un autre. Cela sans oublier le simple fait que les terroristes d’Al-Qaida toujours présents dans cette province de Syrie continuent de représenter un danger majeur pour la population civile syrienne. Ajoutez à cela les innombrables attaques et provocations de ces éléments visant les Forces armées syriennes, il est donc devenu urgent de reprendre l’offensive.

Les derniers jours, l’armée gouvernementale syrienne a enchainé les victoires sur le terrain. Dernier succès en date: la reprise de la ville stratégique de Saraqeb. Plus tôt, les forces syriennes avaient repris le contrôle de la localité de Maarat al-Numan, dans le sud d’Idlib, représentant une étape importante dans la sécurisation de l’axe routier Damas-Alep.

Sur le plan international, cette nouvelle offensive à succès de Damas n’a pas fait seulement les malheurs des élites occidentales, mais a également provoqué le mécontentement de la Turquie, qui soutient plusieurs factions rebelles pro-turques, se trouvant elles aussi dans ladite province. Au point pour le mainstream de parler d’un risque d’affrontement direct entre les forces syriennes et turques, et même d’annoncer que ladite situation peut frapper l’interaction turco-russe, devenue très importante depuis les dernières années.

Pourtant et malgré le fait que Moscou et Ankara continuent d’avoir un regard différent sur leur rapport avec Damas – allié de la première, adversaire de la seconde, il n’empêche qu’il est peu probable que cela puisse nuire aux nombreux projets conjoints engagés par les deux puissances eurasiennes. Et malgré les désaccords existants, il est d’ores et déjà assez clair que la Russie et la Turquie continueront à collaborer au plus haut niveau. C’est d’ailleurs un avis partagé par plusieurs experts et analystes turques, comme russes.

Quant aux rapports turco-syriens, en premier lieu il est plus que souhaitable que le leadership turc puisse accepter une chose simple : laisser le pouvoir syrien rétablir pleinement la légitimité sur son territoire national, conformément à son droit souverain. Il est vrai qu’à la grande différence des Etats du Golfe, ayant eux-aussi en coordination avec les Occidentaux, largement contribué au chaos dans le pays-civilisation qu’est la Syrie, la Turquie ait accueilli un très large nombre de réfugiés syriens fuyant la guerre. C’est un fait.

Mais si Ankara souhaite réellement contribuer à ce que ces personnes puissent rentrer chez eux, elle devrait au contraire changer définitivement de cap et cesser de mettre les bâtons dans les roues de Damas. Le constat est pourtant simple, malgré toute la propagande des médias occidentaux des dernières années, qui criaient haut et fort que les réfugiés syriens fuyaient aussi bien les terroristes que le «régime», la gifle de la réalité fut elle sans équivoque : de bien nombreux réfugiés ont commencé à rentrer au pays, du Liban, de la Jordanie, de la Turquie et d’ailleurs dans les localités justement libérées par l’armée gouvernementale. Et par la même occasion songer sérieusement, à terme, à aller dans le sens de la normalisation de ses relations avec Damas. Pour cela, Moscou s’est déjà dit prête à faciliter une telle normalisation. Une option qui pourrait tout simplement être considérée comme une victoire totale pour les forces eurasiennes. On n’en est pas encore là, mais le temps fait bien les choses. En attendant, la province d’Idlib se doit d’être libérée par le gouvernement syrien. C’est un droit, un devoir et une nécessité.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’UE souhaite interférer dans la crise libyenne. Pompier pyromane en action?

1-26

A en croire certaines fuites publiées dans les médias occidentaux, les fonctionnaires bruxellois entrevoient la possibilité d’une nouvelle intervention militaire en Libye. Le tout à un moment où vraisemblablement l’Union européenne observe avec vive inquiétude la réalité dans laquelle les nouvelles forces géopolitiques majeures parviennent à faire basculer les choses, sans que les Occidentaux soient «consultés».

Ainsi, l’agence de presse étasunienne Bloomberg, selon ses sources au sein de «responsables de l’UE» qu’elle ne nomme pas, affirme que des plans d’action militaire sont en cours de discussion à Bruxelles:

«L’Union européenne pourrait déployer une mission militaire pour contribuer à faire respecter l’embargo sur les armes et un possible cessez-le-feu en Libye, alors que le bloc (l’UE) tente de contenir le conflit dans lequel sont impliquées la Russie et la Turquie et qui menace de déstabiliser la Méditerranée». Toujours selon ces sources, bien qu’aucune décision n’ait été prise à ce sujet, deux responsables présents lors de la discussion ont déclaré qu’un consensus s’est dégagé sur le fait qu’il fallait commencer la préparation de l’expansion de la mission de patrouille navale et aérienne.

Maintenant analysons les perspectives d’une telle éventualité. Tout d’abord il serait bon de rappeler une fois de plus que vraisemblablement les erreurs du passé n’ont rien appris aux têtes chaudes européistes. A savoir que tout le chaos observé à ce jour et depuis la chute de la Jamahiriya de Kadhafi est en majorité écrasante la responsabilité des preneurs de décision bruxellois, et plus généralement occidentaux. De l’autre, et c’est quelque chose de flagrant aussi, les responsables bruxellois n’avaient jusqu’à encore récemment que faire des souffrances du peuple libyen et de ce pays jadis prospère devenu plaque tournante pour nombre de groupes extrémistes, sans oublier la violence, l’instabilité constante et le trafic d’êtres humains. Mais il a suffi que des acteurs non-occidentaux s’activent pour tenter d’apporter des solutions concrètes à ce pays martyrisé, notamment Moscou et Ankara, pour que les bureaucrates bruxellois se prennent pour des acteurs ayant eux aussi à dire leur mot, oubliant par la même occasion toute leur action extrêmement néfaste du passé récent.

En effet, la coordination russo-turque dépasse maintenant le cadre syrien. Et même si les deux pays partagent parfois des intérêts qui peuvent diverger, il n’empêche que cette interaction est incomparablement plus efficace que toute la cuisine européiste réunie. Evidemment et au-delà des intérêts géopolitiques, Bruxelles cherche à ne pas perdre ses intérêts géoéconomiques, que ce soit par rapport aux importantes ressources naturelles libyennes, surtout pétrolières, que dans le cadre des contrats de reconstruction que les élites occidentales adorent également. Avec à la clé toujours le même principe : détruisons, puis reconstruisons en obtenant des milliards de bénéfices, et une image de bons «samaritains» humanistes. Si en Syrie, les élites occidentales, y compris européistes, savent déjà qu’elles ne seront pas les bienvenues pour toute participation à la reconstruction, elles espèrent néanmoins arracher encore leur morceau en terre libyenne.

Le souci dans ce paradigme est pourtant simple. Si les responsables bruxellois possèdent, à l’instar de leurs alliés outre-Atlantique, une fort grande expérience dans la déstabilisation d’Etats souverains, il n’en est rien dans le schéma visant à apporter la paix, la stabilité et le développement. D’autre part et cela est très important, si les élites européistes se décideront en effet à prendre part à une action militaire en territoire libyen ou à ses abords, elles devront obtenir pour cela l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU. Et dans cette optique, le véto russo-chinois va très certainement calmer leurs ardeurs, sachant que les deux membres permanents non-occidentaux du CS onusien ne permettront pas la répétition du scénario de 2011. Suite auquel le leader d’un pays souverain a été sauvagement assassiné et que le pays qui pouvait à l’époque se permettre même d’accueillir des migrants de diverses contrées sur son sol, y compris des ressortissants de pays-membres de l’UE, est devenu une plateforme d’exportation de migrants, étrangers comme nationaux, et un territoire où la violence n’a cessé depuis ce jour.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Syrie: les USA et l’Europe poursuivent leurs accusations contre la Russie

Alors que l’armée gouvernementale syrienne continue d’étendre le contrôle sur le territoire national, les élites occidentales reviennent aux accusations traditionnelles à l’encontre de la Russie et de la Syrie quant aux frappes que ces dernières mènent à l’encontre des positions terroristes, notamment dans la province d’Idlib.

Bien que ces mêmes élites occidentales savent parfaitement qu’ils ont perdu la guerre qu’ils avaient imposé à la République arabe syrienne, il n’empêche que les attaques et pressions se poursuivent à ce jour, aussi bien sur le plan politique qu’informationnel. Les dernières accusations en date concernent des frappes aériennes syriennes et russes prétendument menées à l’encontre de quartiers-généraux d’organisations humanitaires, en vue de nuire à leur activité.

Pour autant, une question ressurgit assez logiquement dans toute cette situation. Sachant que de facto la dernière province syrienne qui échappe encore en partie au contrôle de l’armée syrienne – celle d’Idlib – est en large partie contrôlée par les éléments terroristes affiliés à Al-Qaida, comment se fait-il alors que ces organisations dites «humanitaires» se trouvent côte à côte de ces terroristes, et plus que cela qu’elles y entretiennent des relations tout à fait cordiales avec ces éléments? Aucun média mainstream occidental ou autre ne donne de réponse à cette question.

Sachant d’autant plus que bien souvent les données accusatoires vis-à-vis de Damas, comme de Moscou, ne sont reprises que via l’organisation obscure des Casques blancs, dont plusieurs membres sont soit ouvertement affiliés aux groupes salafistes, dont Al-Qaida, soit en sont des sympathisants semi-déclarés. Il est vrai que la Syrie fait aujourd’hui moins la une de l’actualité des médias mainstream, il n’empêche que les attaques informationnelles resurgissent à chaque fois que les restes terroristes en terre syrienne que l’Occident politique continue de soutenir se retrouvent en difficulté, comme c’est le cas actuellement.

Damas n’a jamais caché son intention de reprendre sous son contrôle l’intégralité du territoire du pays. Avec le soutien de ses alliés, la colonne vertébrale des terroristes a été cassée, la légitimité a pris le dessus. Et sachant que le gouvernement légitime contrôle désormais la grande partie du territoire national, sur lequel vivent plus des ¾ de la population syrienne, le leadership du pays est plus que jamais motivé à en finir avec les restes extrémistes se trouvant encore sur son sol, principalement à Idlib. Une réalité évidemment qui est loin d’être voulue par les capitales occidentales et dans une moindre mesure golfistes – ces dernières activant de plus en plus les contacts avec Damas en vue de la réalité sur le terrain. La Turquie fait également obstruction dans une certaine mesure aux processus en cours, et ce pour une raison simple: plusieurs factions armées pro-Ankara se trouvent elles aussi dans la province d’Idlib. Ceci étant dit et grâce au dialogue tripartite qui existe entre la Russie, la Turquie et l’Iran, Ankara sait parfaitement que la reprise totale par les forces gouvernementales syriennes des quelques territoires qui lui échappent encore n’est uniquement qu’une question de temps.

Quant aux organisations dites humanitaires, occidentales ou autres, il serait peut-être grand temps pour elles déjà de reconnaitre qu’un grand nombre de réfugiés syriens installés à l’étranger retournent sur leur terre, et plus spécifiquement dans les zones sous contrôle gouvernemental. Et qu’au lieu de lancer des accusations ridicules et sans fin en direction de Damas, Moscou ou Téhéran, elles feraient bien mieux de demander aux gouvernements des pays de leur appartenance de cesser de martyriser le peuple syrien, comme ce fut le cas depuis de longues années. Surtout lorsqu’on sait qu’au-delà d’avoir financé les groupes terroristes et d’avoir favorisé l’arrivée d’extrémistes de diverses contrées du monde sur le sol syrien, les régimes occidentaux ont également imposé des sanctions à l’encontre de la Syrie, des sanctions qui frappent justement la population civile du pays. Une population civile que ces mêmes régimes disent vouloir «aider».

La Syrie n’attend pas l’aide à la reconstruction de la part des régimes occidentaux et consorts. Pour cela elle peut compter sur ses alliés. D’autant plus qu’il est question tout simplement de dignité nationale: les destructeurs d’hier ne pourront jamais être les constructeurs de demain. Donc la moindre des choses que ces régimes pourraient faire, c’est soit d’accueillir sur leur propre sol les éléments terroristes en fin de vie en Syrie – une option bien peu probable, soit de ne plus mettre les bâtons dans les roues dans les processus du retour de la paix en terre syrienne. Sachant que de toutes les manières, la Syrie a gagné. Et que les régimes en question ont perdu. Point.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’Otan: où mèneront les tensions turco-étasuniennes?

Alors que les pays-membres influents de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan) commencent à tirer la sonnette d’alarme quant à l’avenir de cette organisation, portant à ce jour l’héritage de la Guerre froide, les dissensions entre la Turquie et les autres membres de cette structure ne font que s’accentuer, notamment avec les USA.

Au cours des dernières années, les points de discorde entre le leadership turc et les représentants des autres pays-membres de l’Otan ont monté en flèche. Quoiqu’en puissent dire les divers experts traitant de cette question sur les raisons de cette discorde: politique «autoritaire» du président Erdogan, «violations» prétendues des droits de l’homme, coopération militaire avec la Russie – inimaginable pour un membre de l’Otan selon les responsables de Washington et Bruxelles -, et la liste n’est pas exhaustive, le fait est que les attaques à l’intérieur de la famille otanesque à l’encontre de la Turquie ne sont dues qu’au simple fait qu’Ankara assume pleinement sa politique indépendante et souveraine, conformément à ses intérêts nationaux.

Lors du récent Sommet de l’Otan à Londres, et malgré l’air «d’unité» affichée, les échanges houleux n’ont pas manqué. Cela fut évident lorsque le président français Macron demandera au chef d’Etat de la Turquie d’expliquer comment un pays-membre de l’Otan puisse se «permettre» d’acheter un système russe, comme les S-400. La réponse du président turc ne s’est pas fait attendre: «C’est à toi que je dois demander quoi acheter et à qui?»…

Le fait est que justement sur le fameux sujet de l’acquisition des S-400 russes par la Turquie, le leadership turc n’a pas failli à ses responsabilités engagées dans le cadre contractuel, et ce malgré l’énorme pression auquel il a dû faire face. Une chose est également certaine: bien que la Turquie et la Russie partagent parfois des approches plus ou moins différentes sur un certain nombre de dossiers internationaux, notamment en Syrie et plus récemment en Libye, néanmoins Ankara assume et tient à son partenariat stratégique avec Moscou. Et ce aussi bien sur le plan économique, politique, énergétique et désormais même sécuritaire.

Evidemment les élites étasuniennes, surtout la frange la plus radicale de l’establishment US, ne peut tolérer une telle «indépendance» d’un membre d’une organisation où tous sont censés appliquer à la lettre les prérogatives washingtoniennes. Le spectre donc des sanctions étasuniennes à l’encontre de la Turquie est aujourd’hui d’actualité plus que jamais. Mais le leadership turc a d’ores et déjà confirmé que la puissance eurasienne ne restera pas observatrice et adoptera si nécessaire des mesures de rétorsion. Et ces mesures éventuelles de rétorsion sont tout à fait sérieuses: Ankara ayant brandi la possibilité de fermer les bases militaires d’Incirlik et de Kurecik, se trouvant sur le territoire turc et utilisées par les USA.

Il serait bon de rappeler aussi que la Turquie n’est pas un simple figurant parmi les membres de l’Otan. Il s’agit tout simplement de la deuxième armée de l’Otan en termes d’effectifs, et qui représente historiquement le partenaire essentiel du flanc sud de l’organisation otanesque. Et il n’est nullement dans l’intérêt des élites atlantistes de perdre un tel membre. Le leadership turc le comprend parfaitement et fait en sorte d’agrandir encore plus son indépendance, notamment dans le cadre de ses relations avec la Russie ou encore l’Iran, et plus généralement l’espace eurasiatique auquel appartient le pays, dans le cadre de ses intérêts géoéconomiques comme géopolitiques, confortant ainsi la thèse d’être une importante puissance régionale souveraine. Le tout en ne fermant pas la porte au dialogue ni avec les Etats-Unis, ni avec les autres membres de l’Otan.

Néanmoins la question qui prévaut est la suivante: est-ce que les éléments radicaux de l’élite politique et militaire étasunienne soient capables de reconnaitre cette réalité d’indépendance de la part des pays revendiquant leur souveraineté, d’autant plus lorsque ceux-là font partie d’une structure où Washington se positionne en maître absolu? Bien peu probable.

Les déclarations émanant de la Turquie quant aux représailles éventuelles dans le cas des sanctions à son encontre ont un peu calmé les ardeurs étasuniennes: le Pentagone ayant déclaré faire des «efforts» afin de maintenir ses relations avec la Turquie et promouvoir un dialogue pour régler les différends. Confirmant ainsi la crainte américaine de devoir perdre la Turquie au sein de l’Otan. Un scénario tout de même et pour le moment peu imaginable – le coup serait trop dur pour la structure nord-atlantique. Ainsi, la Turquie y restera probablement encore membre un certain temps. Tout en poursuivant vraisemblablement sa politique actuelle d’indépendance, conformément à ses propres intérêts.

Plus que cela, l’exemple turc pourrait à terme devenir viral pour d’autres pays, notamment d’Europe occidentale – dont les élites au cours des dernières années ont parfois pris l’habitude de se fouetter soi-même, ou plutôt de frapper les intérêts de leurs propres pays et peuples. Surtout dans les cas où les prérogatives de Washington données à ses «alliés» européens représentaient tout simplement des pertes économiques de grande envergure, sans aucune compensation. La Turquie, à travers une approche bien différente, a montré la voie. Les leaders européens sauront-ils être à la hauteur des attentes de leurs populations, la question reste en suspens. Quant à l’Otan, il continuera d’exister encore un certain temps, mais de plus en plus sous perfusion artificielle – étant un organe qui devait tout simplement disparaitre au même moment que le Pacte de Varsovie.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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