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OCS-Afrique: un modèle de coopération d’avenir?

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L’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) représente de plus en plus un modèle d’interaction prometteur pour les pays du continent africain. Composée de poids lourds internationaux comme la Chine, la Russie ou encore l’Inde, la grande alliance eurasienne peut incontestablement représenter un partenaire d’importance majeure, en premier lieu pour les nations africaines assumant pleinement leur souveraineté. 

Conçue au départ pour faire face aux défis sécuritaires régionaux par le leadership chinois, russe et des pays ex-soviétiques d’Asie centrale, le cadre d’action de l’OCS dépasse aujourd’hui largement celui de 2001 – l’année de création, et touche désormais aussi bien aux questions de défense, de la lutte antiterroriste, économiques, politiques et diplomatiques.

Depuis, le nombre des membres composant l’organisation s’est également élargi, avec l’intégration en 2017 de grandes puissances comme l’Inde et le Pakistan – ajoutant par la même occasion un poids démographique, économique et militaire supplémentaire à l’alliance. En effet et à l’heure d’aujourd’hui, l’OCS compte quatre puissances nucléaires et deux membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, ayant le droit de véto. Cela sans oublier le fait qu’un pays comme l’Iran – aujourd’hui membre-observateur, devrait dans un avenir assez proche devenir lui aussi membre à part entière de l’organisation. L’OCS c’est tout simplement aussi près de la moitié de la population mondiale.

En parlant de l’interaction à construire avec l’Afrique, que peut réellement offrir l’OCS aux Etats du continent africain? La réponse serait multiple. Tout d’abord, il serait juste de rappeler que des pays comme la Chine, l’Inde ou la Russie sont des partenaires traditionnels forts des pays africains et comptent un large réseau d’amis au sein de l’establishment de nombre de pays du continent. Des alliés occupant par ailleurs de hauts postes politiques, économiques, diplomatiques ou universitaires dans diverses capitales africaines. Dans le cas chinois, il s’agit ni plus ni moins que du principal partenaire économico-commercial de l’Afrique. L’Inde est également fortement implantée, quant à la Russie son retour est aujourd’hui indéniable, et ce dans plusieurs domaines.

Cela sans oublier le fait que Pékin et Moscou sont également des membres-fondateurs d’une autre alliance – en l’occurrence les BRICS, qui compte par ailleurs en son sein une puissance africaine en la qualité de la République d’Afrique du Sud. En passant, Pretoria soutient de très nombreuses initiatives diplomatiques sino-russes, y compris actuellement au niveau du Conseil de sécurité onusien en qualité de membre non-permanent. Justement en parlant de cet aspect, il est évident que si une coopération majeure devait voir le jour entre l’Organisation de coopération de Shanghai et les Etats africains, il est pratiquement certain que cela concernera en premier lieu les pays du continent possédant une marge de manœuvres importante dans leur capacité à prendre des décisions ou en d’autres termes ayant une pleine souveraineté.

Evidemment, un certain nombre de pays du continent ne peuvent encore se vanter d’une telle capacité, mais il n’empêche qu’une part importante d’Etats africains assument aujourd’hui pleinement leur droit à une politique indépendante et souveraine, en s’opposant aux tentatives principalement occidentales d’interférence, d’autres encore prévoient d’y arriver. Donc au-delà d’une interaction économique de premier plan entre deux grands espaces géographiques et démographiques, il y a nombre d’autres domaines où l’expertise de l’OCS peut être très utile aux Etats africains. Parmi ces domaines on retrouve incontestablement la coopération militaro-technique, mais également le soutien dans la lutte antiterroriste, à l’heure où de nombreux pays du continent font face à la montée de l’extrémisme et du terrorisme, notamment dans la région du Sahel.

A l’heure où les partenaires «traditionnels» de certains pays africains n’ont pas été en mesure d’apporter des solutions efficaces – tout en souhaitant pour autant à maintenir leur capacité d’interférence dans les affaires internes de ces pays et ce pratiquement à tous les niveaux – de la politique à la défense, en allant jusqu’à la monnaie, il est évident que l’Afrique dans sa large majorité souhaite passer à autre chose. Et ce aussi bien au niveau de l’élite intellectuelle africaine https://www.youtube.com/watch?v=Kp7lf78ILpQ qui ne cache pas son soutien à la donne multipolaire du monde, qu’au niveau de la société civile dans laquelle la voix de la jeunesse continue de monter.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1535

L’Union économique eurasiatique: actions conjointes contre les effets du coronavirus en vue

Les pays membres de l’Union économique eurasiatique (UEEA) se pencheront sur les mesures conjointes de lutte contre la propagation et les effets négatifs du coronavirus (Covid-19), en marge d’une discussion des Premiers-ministres de l’union, prévue le 10 avril.

La discussion aura lieu sous forme de vidéoconférence. Au-delà des mesures conjointes rentrant dans le cadre de la lutte contre le coronavirus, les chefs des gouvernements de l’UEEA se pencheront également sur des décisions visant à assurer la stabilité économique, ainsi que la poursuite du développement du commerce mutuel et avec l’extérieur.

A titre de rappel, l’Union économique eurasiatique est composée de la Russie, du Kazakhstan, de la Biélorussie, de l’Arménie et du Kirghizistan. La Moldavie y est membre-observateur depuis mai 2018. L’UEEA a par ailleurs plusieurs accords de libre-échange: avec le Vietnam (accord signé en mai 2015), l’Iran (mai 2018), le Singapour et la Serbie (tous deux octobre 2019). Des pourparlers sont également en cours avec plusieurs autres Etats, dont la Chine, Cuba, l’Egypte, la Mongolie, l’Inde, notamment.

Au total, près d’une cinquantaine de pays du monde avaient déjà annoncé leur volonté de collaborer avec l’UEEA. A noter que plusieurs des pays membres de ladite organisation composent également des structures comme l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) et l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC). En passant, l’intégration en cours au sein de ces organisations n’a jamais été appréciée au niveau des élites atlantistes, en premier lieu étasuniennes, inquiètes de voir « renaitre une autre URSS » et surtout de voir l’Eurasie devenir l’un des principaux fers de lance du monde multipolaire auquel l’establishment occidental est si opposé.

D’ailleurs, en parlant de la gestion de la crise du coronavirus, puisque c’est toujours le sujet d’actualité phare du moment, il est intéressant de se pencher justement sur la situation qui prévaut au niveau des pays de l’UEEA face à la propagation de cette pandémie, surtout lorsqu’on connait la proximité géographique et économique des dits pays avec la Chine et l’Iran – ayant subi de plein fouet les premiers les effets du Covid-19.

La Russie compte à ce jour un peu plus de 10 100 cas de contaminations, dont 76 décès (l’un des taux de mortalité liée au nombre de contaminations au coronavirus les plus bas au monde) et 698 guérisons. Le Kazakhstan comptabilise 764 cas de contaminations, 7 décès et 55 guéris pour le moment. 1486 cas de contaminations pour la Biélorussie, 16 décès, 139 guérisons. Pour ce qui est de l’Arménie, à ce jour le pays compte 921 contaminations, 10 décès et 138 guérisons. Enfin, le Kirghizistan comptabilise 280 cas de contaminations, 4 décès et 30 personnes guéries.

Des chiffres, faudrait bien le dire qui sont loin des statistiques observées dans l’Union européenne ou aux Etats-Unis. Et ce encore une fois malgré la proximité géographique immédiate avec les nations ayant été frappées en premier par l’apparition du virus. Evidemment, ce n’est aucunement une raison pour baisser la garde et se relâcher car les effets de la pandémie sont évidents aussi bien sur la situation sanitaire internationale que sur l’économie mondiale. Une économie qui tourne depuis au ralenti dans bien de secteurs, avec tout ce que cela implique. Donc au-delà des mesures de prévention et de soins médicaux à maintenir au niveau de l’Union économique eurasiatique, il est aujourd’hui également important à coordonner des actions efficaces pour une reprise économique aussi rapide que possible, et ce aussi bien dans le cadre eurasien que mondial.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1519

L’Organisation de coopération de Shanghai se prépare aux exercices antiterroristes conjoints

En août prochain se tiendront les exercices antiterroristes conjoints « Mission de paix 2020 » des pays membres de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Pour certains des pays participants, une telle expérience sera la première.

Les dits exercices se dérouleront dans l’oblast de Kemerovo, en Russie. Plus de dix mille militaires appartenant à huit pays prendront part aux manouvres. En l’occurrence les représentants des forces armées de la Russie, de la Chine, du Kazakhstan, de l’Ouzbékistan, du Kirghizistan, du Tadjikistan, de l’Inde et du Pakistan.

«Nous visons à renforcer les liens d’amitié entre les pays participants dans la lutte contre le mal commun – le terrorisme international. C’est notre tâche principale et nous visons à acquérir de l’expérience», a notamment déclaré le colonel de la Force aérienne indienne, Samir Darkhan, commentant les préparations en cours au niveau des pays membres de l’OCS.

Au-delà des dix mille militaires qui participeront à ces exercices, un millier et demi d’unités d’équipement militaire terrestre et près d’une centaine d’unités aériennes seront de la partie.

«Les exercices seront organisés simultanément dans plusieurs localités. Dans l’une, ce seront les actions conjointes des troupes terrestres qui seront présentées, dans l’autre le franchissement de barrières d’eau, notamment…», a annoncé quant à lui le chef d’état-major adjoint du district militaire central russe Roustam Minnekaev.

La principale caractéristique de ces manouvres sera non seulement le développement d’actions conjointes afin de repousser une menace commune, mais également l’interaction entre les représentants militaires de huit pays différents.

En termes de perspectives, il s’agit effectivement d’un renforcement notable de la collaboration au sein de l’Organisation de coopération de Shanghai, qui – bien loin de se limiter à l’interaction politique et économique, renforce désormais de façon plus que notable le partenariat dans le domaine militaro-sécuritaire, et notamment antiterroriste.

De façon sérieuse, et malgré les maintes critiques d’antan des « experts » pro-atlantistes quant aux «difficultés» pour l’OCS de bâtir une alternative digne de ce nom à l’Otan, il s’avère qu’il n’en est rien. Car l’alternative est bel et bien là. Debout et avançant sans se soucier des «doutes» des prétendus spécialistes occidentaux. La grande alliance eurasienne, regroupant en son sein le pays le plus vaste du monde d’un côté et le plus peuplé de l’autre, c’est aussi avec ses huit pays membres et quatre Etats observateurs tout simplement plus de 60% du territoire de l’Eurasie et 43% de la population… mondiale. L’OCS – c’est aussi 20% des ressources mondiales pétrolières, près de 40% du gaz naturel, 30% de l’aluminium et 40% du charbon.

Sur le plan de la puissance militaire, probablement elle n’est pas à présenter. Avec le potentiel défensive russe, chinois, des pays ex-soviétiques d’Asie centrale (qui en passant n’avaient dans l’écrasante majorité jamais souhaité l’éclatement de l’URSS), ainsi qu’indien et pakistanais, la présentation serait tout simplement de trop. A noter tout de même que quatre puissances nucléaires font partie de l’alliance.

Tout cela pour dire, que les gesticulations et négations occidentales pourront se poursuivre autant que cela sera souhaitable au niveau des décideurs politiques concernés. Le monde lui, et surtout la grande partie de l’humanité, a d’ores et déjà compris où se trouve l’avenir. Et que du point de vue ne serait-ce que logique, il sera impossible pour une minorité évidente de continuer à prétendre représenter la «communauté internationale» et à s’autoproclamer porte-paroles de ladite communauté. La période post éclatement soviétique est bien terminée.

Quant à la lutte antiterroriste – l’Occident a déjà démontré toute son impuissance. Créer les chaos et déstabilisations d’un côté et lutter contre le fléau commun que représente le terrorisme – sont des choses inconcevables. Et c’est également en ce sens que l’OCS a un bel avenir devant soi.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1440

Contre vents et marées, la Russie diversifie ses relations extérieures

Le drapeau de la Russie

L’une des principales erreurs de la Russie postsoviétique a été de trop faire confiance à l’Occident, mais depuis, Moscou a corrigé le tir. Les bouleversements mondiaux de ces dernières années ont permis à Moscou de tisser de nouveaux liens et de s’éloigner de ces rapports souvent injustes et hypocrites.

Évidemment à la chute de l’URSS, les élites occidentales souhaitaient avant tout maintenir la Russie sous leur influence, sans pour autant la considérer comme membre à part entière de la «famille». Les élites libérales russes des années 1990 y ont trouvé leur compte: enrichissement massif et privatisation des secteurs clés de l’économie russe avec l’assistance de conseilleurs étasuniens: telle était la triste réalité de cette époque, aujourd’hui dépassée.

Concomitamment à ce «rapprochement» sans précédent avec l’Occident, la Russie connaissait un appauvrissement d’une très large partie de sa population et perdait de nombreuses positions en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Les élites pro-occidentales de l’époque avaient bien sûr favorisé dans la mesure de leurs moyens ce processus.

Suite à cette période de marasme, la Russie s’est redressée et a commencé à renouer avec les alliés de l’époque soviétique, ainsi qu’avec de nouveaux partenaires. L’erreur de la Russie est sans aucun doute de ne pas avoir, à l’instar de la Chine, accéléré la diversification de ses relations extérieures plus tôt, sans attendre l’arrivée du summum des tensions géopolitiques avec l’Occident politique. Il faut dire que «l’héritage» laissé par les élites de la période chaotique des années 1990 n’a pas non plus facilité la tâche.

Quoi qu’il en soit, la Russie a maintenant largement récupéré sa place de puissance mondiale. Une position de premier plan qui se traduit par des intérêts aux quatre coins de la planète. En Eurasie, un véritable axe autour de Moscou et Pékin se forme, comme l’illustre l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). De plus, l’Union économique eurasiatique se renforce de jour en jour dans l’espace ex-soviétique. Quant aux BRICS, union dont la Russie fait également partie, au-delà de représenter près de la moitié de la population mondiale (loin des 10% représentés par le monde occidental), lesdits pays représentent également près de 40% du PIB mondial et sont en bon chemin pour en représenter la moitié, à eux seuls…

La Russie est devenue également l’un des principaux partenaires de nombre de pays d’Asie et d’Amérique latine, tant sur les plans politiques, économiques, que dans le domaine stratégique de la Défense. Quant à l’Afrique et après y avoir perdu nombreuses de ses positions, l’heure est au grand retour: au cours des deux dernières années, l’Algérie est passée à la troisième place des principaux clients de l’armement russe, en frôlant la deuxième, pour le moment occupée par la Chine. Le Maroc et l’Union économique eurasiatique prévoient de lancer une zone de libre-échange cette année. Les échanges se renforcent avec l’Afrique du Sud, l’Égypte (notamment dans le nucléaire civil), l’Angola, la Namibie, le Zimbabwe, le Burundi et d’autres nations africaines.

Tout cela démontre à ceux qui croyaient que la Russie ne pourrait se passer de l’Occident qu’ils se sont radicalement trompés. Pour d’évidentes raisons, l’État russe reste ouvert à des relations honnêtes et mutuellement bénéfiques avec les pays occidentaux, en premier lieu européens. Mais la Russie a compris que seules des interactions majeures avec le reste de l’humanité lui permettront d’obtenir encore plus de succès et de garantir plus de stabilité mondiale: c’est tout simplement l’approche multipolaire des relations internationales que défend la Russie.

Certains jaloux ont beau dire que la Russie ne peut s’éloigner de l’Europe —géographiquement il est peu probable que cela arrive un jour- elle doit néanmoins continuer tenter d’ouvrir des portes que l’Occident a toujours gardées fermées, bien que Moscou ait souvent idéalisé ses partenaires de l’Ouest. Des illusions heureusement aujourd’hui révolues.

D’ailleurs, il suffit d’observer les mutations récentes pour comprendre qui représente ou non un partenariat gagnant-gagnant pour la Russie. L’Occident qui a tellement besoin du très vaste marché russe pour écouler ses produits transformés et acheter en retour du gaz —en absence d’alternative fiable- tout en fermant ses portes aux entreprises de Russie? Ou plusieurs pays non-occidentaux, qui multiplient aujourd’hui les achats de technologies russes de pointe, et grâce auxquels plusieurs secteurs industriels reprennent un nouveau souffle? Cela donne à réfléchir.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201802151035163717-russie-occident-relations-afrique/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Russie-Chine, nouvel axe majeur du monde multipolaire en 2018

Tandem russo-chinois

Économie, diplomatie, géopolitique, mais aussi culture ou médias: 2017 aura été l’année du grand rapprochement entre la Chine et la Russie et du renforcement de leurs positions respectives dans les affaires mondiales. Une tendance qui devrait se poursuivre en 2018, au plus grand bénéfice de la multipolarité.

L’année 2018 sera sans aucun doute celle de la poursuite des relations d’alliance russo-chinoises. Une perspective qui ne devrait que ravir les partisans du monde multipolaire, concept dans lequel les deux nations jouent un rôle-clé.

Plus généralement, il est aujourd’hui admis aussi bien à Moscou que Pékin que les relations russo-chinoises sont stratégiques pour les deux nations. Et ce tout d’abord dans la sphère économico-commerciale, avec un volume d’échanges entre les deux puissances qui ne cessent d’augmenter. Il représente l’équivalent de plus de 66 milliards de dollars en 2016, tandis que pour les seuls quatre premiers mois de 2017 il avait déjà atteint l’équivalent de 24,5 milliards de dollars, soit une augmentation de 37% par rapport à la même période de l’année précédente. L’objectif des deux pays est d’atteindre le niveau de 200 milliards de dollars d’échanges commerciaux d’ici 2020, en privilégiant d’ailleurs activement les échanges en monnaies nationales.

Les deux nations convergent également beaucoup aussi dans le domaine énergétique, sachant que la Chine et la Russie figurent respectivement parmi les plus importants consommateurs et fournisseurs. En outre, la Russie appuie fermement le projet chinois de la Nouvelle route de la soie, qui rejoint pleinement l’initiative de Moscou sur le grand espace eurasien. Ajoutez à cela le fonds commun de placement créé l’été dernier entre le Fonds russe d’investissements directs et la Banque de développement de Chine, les projets conjoints qui verront le jour grâce à la Nouvelle banque de développement des BRICS dont le siège est à Shanghai, et vous comprendrez pourquoi l’Occident n’a plus le monopole sur les affaires mondiales, y compris économiques. Surtout lorsqu’on sait que les cinq pays des BRICS représentant à eux seuls plus de 35% du PIB mondial, un chiffre appelé à augmenter dans les prochaines années, sans même compter les nombreux pays du monde qui convergent dans cette approche multilatérale.

Passons maintenant aux affaires politiques et géopolitiques. La Chine n’a cessé d’appuyer la position russe sur la Syrie. Une alliance au sein du Conseil de sécurité de l’ONU qui s’opposait nettement au trio occidental USA —Royaume-Uni- France —qui représentent au passage démographiquement parlant moins d’un tiers de la population des deux premiers.

Mais l’accord entre Pékin et Moscou ne s’arrête pas à la Syrie. L’unité russo-chinoise au sein du Conseil de sécurité de l’ONU s’est concrétisée également dans le soutien à la souveraineté du Burundi, ce pays d’Afrique de l’Est, lui aussi dans le viseur des puissances occidentales et plus récemment encore sur les manifestations en Iran, où les USA, comme sur la question de Jérusalem, se sont clairement retrouvés isolés, au point que même France 24 a parlé d’isolation des USA au Conseil de sécurité onusien.

Justement, lors de leur dernière rencontre en été 2017, le leader chinois Xi Jinping avait déclaré à Poutine: «En mars 2013, juste après mon élection au poste de Président de la République populaire de Chine, la Russie a été le premier pays étranger que j’ai visité […]. Depuis lors, nous nous sommes rencontrés 22 fois, selon mes calculs. Ainsi, la Russie est-elle devenue le pays que j’ai visité le plus souvent et parmi les dirigeants étrangers, c’est avec vous, M. Poutine, que je maintiens les contacts et les relations les plus étroits».

Après cela, certains sont-ils encore surpris de cette convergence Russie-Chine, qui permet au monde entier de retrouver une dynamique de stabilité et d’équité face à un diktat unipolaire appartenant désormais au passé? Et c’est aussi grâce à cette convergence d’approche appelant au dialogue et au respect mutuel, promue tellement de fois par Moscou et Pékin, que l’on observe l’espoir d’un dialogue direct entre Pyongyang et Séoul, après des mois de crise —où le leadership étasunien ne cessait de mettre de l’huile sur le feu.

Les relations entre les deux pays sont donc de premier ordre dans le domaine politique et géopolitique, y compris grâce à des organisations telles que les BRICS ou l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Mais elles sont également très poussées sur le plan militaire, la Chine étant le second principal acheteur de l’armement russe au niveau mondial et les deux pays organisant régulièrement des exercices conjoints, médiatique —les deux nations ayant signé l’été dernier un accord sur l’interaction dans la sphère médiatique, mais aussi culturelle: la Russie est en effet devenue l’une des principales destinations pour les touristes chinois et les Russes comptent parmi les principaux visiteurs de l’Empire du Milieu.

Et malgré tout cela, le plein potentiel des relations russo-chinoises est encore loin d’être atteint, le meilleur reste à venir. Les partisans de la multipolarité s’en félicitent.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201801091034674386-russie-chine-monde-multipolaire/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Organisation de coopération de Shanghai: élargissement confirmé

Le Sommet des chefs d'États de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS)

La multipolarité est un processus complexe. Complexe, ne serait-ce que pour la raison d’une vive opposition à la nouvelle réalité de la part des nostalgiques du système unipolaire des relations internationales, ayant suivi la chute de l’URSS. Néanmoins, rien ne semble pouvoir arrêter ce train multipolaire.

Astana, qui reçoit déjà les négociations sur la Syrie, accueille en ce moment le Sommet des chefs d’États de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Fait majeur de ce sommet de deux jours: l’entrée officielle de deux nouveaux membres, à savoir l’Inde et le Pakistan en tant que membres désormais à part entière de l’organisation. Pour rappel, l’OCS a été lancée en 2001 par six pays: la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Tadjikistan, le Kirghizistan et l’Ouzbékistan (cinq pays d’ex-URSS et l’Empire du Milieu).

En outre, l’organisation compte quatre membres-observateurs: l’Iran, la Biélorussie, l’Afghanistan et la Mongolie. Et six États partenaires de discussion: l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Turquie, le Cambodge, le Népal et le Sri Lanka.

Et depuis que deux nouveaux poids lourds que sont l’Inde et le Pakistan se sont joints aux six pays-fondateurs, l’OCS représentera désormais une union de plus de trois milliards de personnes, soit près de la moitié de la population mondiale. Par ailleurs, les États-membres de l’OCS s’étendent sur près de 23% des terres immergées et produisent environ un quart du PIB mondial.

Un accent important est mis sur la sécurité collective et la lutte antiterroriste dans l’agenda de travail des pays-membres. En ce sens, un autre fait majeur devrait avoir lieu dans un avenir proche: l’Iran devrait passer du statut d’observateur à membre de plein droit. Une initiative largement soutenue par la Russie. En effet et depuis les récents attentats terroristes ayant visé la capitale iranienne Téhéran, il va de soi qu’une interaction encore plus importante dans le domaine sécuritaire doit avoir lieu. D’autant plus que certains pays ne cachent pas leur haine ouverte envers l’État iranien, notamment les États-Unis, l’Arabie saoudite et bien sûr Israël.

Autre fait intéressant et dont il faut tenir compte: l’OCS, à l’instar de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC, formée par la Russie, l’Arménie, le Kazakhstan, la Biélorussie, le Kirghizistan et le Tadjikistan) est clairement vu comme un adversaire de l’Otan du point de vue des capacités militaires et des visions stratégiques. En effet et au-delà de l’aspect militaire, il y a aussi autre chose qui les sépare. L’OCS est partisan d’un système multipolaire du monde, tandis que l’Otan continue de défendre corps et âme l’unipolarité bâtie à la chute de l’URSS, aujourd’hui révolue.

Et si dans l’Otan les États-Unis jouent clairement le rôle du premier violon (et du chef d’orchestre par la même occasion), au niveau de l’OCS on observe une structure beaucoup plus égalitaire, même si la Russie et la Chine se démarquent par leurs puissances par rapport aux autres membres. Last but not least, si dans l’Otan les divergences des pays membres s’accentuent clairement à l’heure actuelle, notamment entre la Turquie et les pays occidentaux, l’OCS peut au contraire être vue comme une plateforme à succès des consensus. Les divergences existantes entre l’Inde et le Pakistan ne les ont pas empêchés de rejoindre simultanément l’organisation et avant cela dans une moindre mesure les quelques désaccords sino-indiens n’ont aucunement stoppé l’intégration de l’Inde. C’est d’ailleurs aussi ce qui caractérise cette idée même du concept multipolaire: chercher et trouver des consensus. À condition évidemment de le souhaiter vraiment. Dans le cas de l’Otan, lorsque le schéma était dès le départ bâti sur d’autres « valeurs », c’est logiquement beaucoup plus compliqué. Et donc, à un moment ou à un autre, il faut s’attendre à ce qu’un pays désireux de prendre en main sa souveraineté et ses intérêts nationaux finisse par claquer la porte.

Une chose est sûre. L’OCS a de beaux jours devant elle. Et maintenant que l’Inde et le Pakistan font eux aussi partie intégrante de l’organisation, le travail peut commencer pour une intégration de plein droit de l’Iran. L’OCS n’en sortira que renforcée et avec elle tous les partisans de la multipolarité.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201706091031767341-ocs-elargissement/

Mikhail Gamandiy-Egorov

La nouvelle Route de la soie, la multipolarité économique en marche

Caravane sur la Route de la soie

Plus le temps passe et plus la multipolarité gagne du terrain. Au-delà des changements de grande envergure qui s’opèrent au niveau de la politique internationale, le volet économique n’est pas en reste, comme le démontre le projet de nouvelle Route de la soie.

L’OCS, les BRICS, l’Union économique eurasiatique, tous ces projets ont déjà confirmé leur solvabilité. Les puissances que les Occidentaux avaient tendance à appeler émergentes, pèsent de plus en plus sur l’économie internationale. Selon plusieurs cabinets et centres d’analyse occidentaux importants, à l’horizon 2040-2050, 6 des 10 principales économies mondiales seront celles de pays non-occidentaux (Chine, Inde, Russie, Brésil, Indonésie, Mexique), à condition que l’on mette le Japon dans le « camp occidental », car membre du G7.

Mais plusieurs projets en cours ont pour objectif d’accélérer encore plus les choses. Il s’agit évidemment de la nouvelle Route de la soie, nommée aussi « Ceinture », « La Route » ou encore « Le pont terrestre eurasiatique ». Il s’agit d’un plan de très grande envergure voulu par la Chine et à portée ouvertement eurasienne, puisque c’est bel et bien l’Eurasie qui y jouera un rôle clé, comme dans un passé lointain.

Son principal axe? Une liaison de fret ferroviaire qui part de la Chine, passe par le Kazakhstan, la Russie et la Biélorussie (les trois pays membres-fondateurs de l’Union économique eurasiatique) pour arriver en Europe centrale et occidentale (les consommateurs finaux). Les trois pays cités jouent ainsi un rôle de hub commercial majeur. La route s’inscrit aussi dans l’objectif de sécuriser les approvisionnements de gaz russe en direction de la Chine, dont la consommation ne cesse de croître.

D’autres voies additionnelles devraient s’y ajouter, notamment le réseau routier, qui devrait permettre à d’autres pays de l’espace eurasien de contribuer au projet, à savoir le Kirghizistan, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan, le Turkménistan, ainsi que l’Iran et la Turquie. Sans surprise, les pays cités y voient de grandes opportunités économico-commerciales.

Qu’en est-il des autres, notamment des pays occidentaux?

Washington y voit une façon pour Pékin d’augmenter considérablement un poids sur l’économie mondiale déjà très important, ce qui évidemment ne peut la ravir. D’autre part via ce projet, la Chine diminuera non seulement ses coûts de transport, mais en plus réduira considérablement les risques liés à d’éventuelles tensions en mer avec les USA, qui pourraient évidemment affecter ses approvisionnements.

Quant à Bruxelles, elle n’est pas ravie d’être réduite au rôle d’observateur ou de consommateur final. Et selon la dernière information relayée par RFI, les six pays de l’UE qui participent en ce moment même au Sommet international sur les nouvelles routes de la soie à Pékin (Allemagne, France, Grèce, Portugal, Royaume-Uni et Estonie) n’ont pas souhaité signer le communiqué commun sur le commerce. Elles prétendent que Pékin « ne prend pas en compte ce que l’Union européenne réclame depuis longtemps, à savoir que la Chine accorde un accès plus libre à son propre marché ».

Il est pour autant peu probable que l’Europe bruxelloise puisse faire quoi que ce soit contre le grand projet eurasiatique face à une Chine, deuxième puissance économique mondiale, extrêmement déterminée et ouvertement soutenue par des pays partisans de l’ordre multipolaire. Et ce d’autant moins que les pays de l’UE ont eux aussi clairement besoin du marché chinois pour écouler de leurs produits et services. Pour rappel, le coût total du projet s’élèverait à plusieurs trillions de dollars et, selon CNN, englobera à terme 68 pays, représentant 4,4 milliards d’habitants et 62 % du PIB mondial, justifiant une fois de plus la détermination chinoise et eurasienne.

Le cas intéressant est celui de l’Ukraine, qui se retrouve de plus en plus isolée. En effet, de l’aveu même des élites ukrainiennes issues du coup d’État de février 2014, le gazoduc Turkish Stream fermera la page qui avait fait de ce pays un important hub gazier entre la Russie et l’Union européenne. Mais Kiev semble aussi être hors-jeu dans le projet de nouvelle Route de la soie, puisqu’après le Kazakhstan et la Russie, c’est la Biélorussie qui sera vraisemblablement privilégiée.

Tout cela pour dire que les énormes problèmes économiques actuels de la « new Ukraine » ne sont pas prêts d’être résolus. Restera alors pour Kiev à compter sur une aide économique que l’Occident est de plus en plus réticent à fournir, ainsi que tenter de profiter du régime sans-visa qui a été validé le 11 mai dernier par l’UE, régime qui ne donne pour autant pas droit de résider, ni de travailler dans l’Europe de Bruxelles. Mais cela est une autre histoire et il sera difficile aux élites de Bruxelles d’expliquer aux millions de citoyens ukrainiens du Centre et de l’Ouest du pays, ayant soutenu le Maidan, que ce qu’ils avaient espéré n’est pas exactement ce qu’ils auront obtenu, avec les conséquences migratoires qui en découlent.

Après tout, la meilleure analyse se fait après expérience personnelle. Un peu comme dans la Moldavie voisine, où après sept années de pouvoir pro-occidental, un président résolument prorusse a pris le pouvoir via des élections démocratiques, sans coup d’État. Chaque chose en son temps.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201705161031400522-route-de-la-soie/

Mikhail Gamandiy-Egorov