Archives du mot-clé OTAN

La Turquie poursuit son éloignement de l’Otan

La Turquie poursuit son éloignement de l'Otan

Les tensions entre la Turquie et ses «alliés» de l’Otan restent plus vives que jamais. Après celles entre Ankara et Bruxelles, c’est désormais avec Washington que les choses se corsent. Dans la recomposition géopolitique en cours dans la région, La Turquie et les États-Unis se retrouvent face à face.

Soyons clairs: jamais les USA n’ont été populaires auprès de Turquie. Ces dernières années, cette tendance s’est confirmée, aussi bien dans la majorité que d’une partie de l’opposition, notamment d’obédience républicaine. Et le fait d’encore appartenir à l’alliance Atlantique ne semble plus être en mesure de stopper la rhétorique hostile entre Ankara et Washington. Une chose est néanmoins certaine: le gouvernement turc ne compte pas reculer dans la défense de ses intérêts nationaux.

En effet, les récents propos du Président Erdogan et de plusieurs hauts responsables de son gouvernement à l’encontre des États-Unis soulignent une fois de plus la fracture au sein de l’Alliance nord-atlantique, dans laquelle Ankara représente indéniablement le seul acteur menant une politique indépendante vis-à-vis du chef étasunien.

Depuis le début de son opération militaire «Rameau d’olivier» dans le Nord syrien contre les Kurdes, préalablement coordonnée avec la Russie, le ton du pouvoir turc ne cesse de monter contre les USA, ces derniers étant les alliés déclarés des forces kurdes combattues par la Turquie. Des forces kurdes qui par ailleurs n’ont pas le soutien de Damas, après avoir ouvertement décidé d’être des éléments de déstabilisation étasunienne.

La Turquie est allée jusqu’à avertir les USA du risque de voir ses soldats frappés s’ils ne quittaient pas les zones du Nord syrien, où ils se trouvent en compagnie des YPG kurdes:

«Si les terroristes ne se retirent pas de Manbij en Syrie, nous lancerons une opération militaire dans cette région également [après celle du canton d’Afrine, ndlr]. Dans ce cas, les militaires américains en uniforme de YPG seront eux aussi la cible de notre opération», avait prévenu Bekir Bozdag, vice-Premier ministre turc. Un message réitéré par Mevlüt Çavuşoğlu, le chef de la diplomatie turque.

Puis, ce fut au tour du président Erdogan d’en rajouter, en condamnant ouvertement la présence US en Syrie: «On nous pose la question de savoir quand nous achèverons notre opération en Syrie. Et vous [les États-Unis, ndlr], êtes-vous partis de l’Afghanistan ou de l’Irak? Daech n’existe plus. Alors pourquoi restez-vous? Vous avez donc des projets contre la Turquie, contre l’Iran, ou peut-être, contre la Russie. Mais nous sommes fermes. Tant que le terrorisme menace notre sécurité, nous agirons avec détermination», avait-il dit, en intervenant devant les députés du groupe parlementaire du Parti de la justice et du développement.

La mention de l’Iran et de la Russie, qui selon Erdogan seraient eux aussi visés par les actions hostiles de Washington ne doit rien au hasard: Ankara poursuit son rapprochement géopolitique avec Moscou et Téhéran, en plus de liens économiques déjà intenses. Cela s’est d’ailleurs traduit avec l’organisation du Congrès des peuples de la Syrie à Sotchi, dans lequel la Turquie a apporté une sérieuse contribution, en coordination avec les gouvernements russe, et iranien.
Plus récemment encore, le dirigeant turc a ouvertement accusé Trump d’avoir menti à la Turquie, comme l’avait fait son prédécesseur Obama, faisant référence au large soutien militaire accordé par Washington aux éléments armés kurdes, considérés par Ankara comme étant terroristes.

En conséquence, depuis plusieurs années, les tensions entre la Turquie —deuxième armée de l’Otan en termes d’effectifs- et ses «partenaires» occidentaux, y compris étasuniens, ne font que s’exacerber. Parallèlement à cela, le rapprochement intraeurasien se poursuit. Et c’est d’ailleurs logique. La Turquie comprend aujourd’hui parfaitement qu’elle n’a rien de positif à attendre dans ses relations avec les élites politiques occidentales, qu’elles soient à Washington ou à Bruxelles. Dans cette situation, cette puissance régionale de premier plan sait qu’elle doit construire son avenir avec des partenaires de confiance, sur lesquels elle pourra compter en cas de difficulté. Surtout qu’elle sait parfaitement qu’elle est elle-même dans le collimateur de ceux qui ont initié le chaos dans cette région.

Néanmoins, il y a indéniablement encore des actions à entreprendre pour la Turquie. La première serait d’annoncer officiellement son désir de normaliser ses relations avec les autorités syriennes. En effet, plusieurs politiciens haut placés, aussi bien au sein du gouvernement que de certaines forces de l’opposition, reconnaissent que ce serait la meilleure solution et dans l’intérêt de la Turquie. Et cela porterait un coup certain aux ennemis de la stabilité dans cette région.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201802071035060205-turquie-otan/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Publicités

Esclavage en Libye : que les vrais responsables assument leurs actes !

Des réfugiés, le port de Benghazi, Libye. Photo d'archive

L’Occident se rend à l’évidence: le chaos qu’il a créé en Libye par son intervention militaire de 2011 a les pires conséquences: trafic d’esclaves et développement de l’islamisme radical. Si l’on constate un début de prise de conscience, elle restera insuffisante tant que les vrais responsables de cette tragédie ne répondront pas de leurs actes.

Le cas de la Libye est désormais un cas d’école —d’école néocoloniale, faut-il le préciser?— . Il s’agit d’un échec occidental considérable.

En mars 2011, l’Otan lance une intervention militaire contre la Jamahiriya libyenne de Mouammar Kadhafi. Un viol de la souveraineté d’un pays, outrepassant le mandat onusien accordé sous prétexte «d’intervention humanitaire» qui aboutira à l’assassinat sauvage de Kadhafi, de milliers de Libyens et d’autres Africains. Ce pays était l’un des plus prospères sur le continent africain: il accueillait un grand nombre de migrants d’Afrique et même de l’UE et pratiquait une politique sociale assez unique.

Tout cela est du passé.

Il est maintenant détruit et connaît l’une des pires formes de «somalisation» qui puissent être. La Libye actuelle, si on peut encore parler de Libye, est devenue une plaque tournante de trafics en tout genre, notamment d’êtres humains. Et l’un des hauts lieux du terrorisme salafiste international. Un pays que chaos, racisme et extrémisme caractérisent, comme le démontrent les dernières révélations des médias mainstream.

Tout récemment, ce qui se disait déjà depuis longtemps dans les médias alternatifs a été confirmé par la chaîne étasunienne CNN, probablement car l’évidence était devenue impossible à cacher: l’existence d’un sinistre système de marchés d’esclaves sur le territoire libyen. En effet, des ressortissants d’Afrique subsaharienne transitant par la Libye pour tenter d’arriver en Europe et y trouver une vie meilleure, venant le plus souvent de pays se trouvant toujours sous mandat occidental, car vous n’y trouverez pas de Sud-Africains, d’Angolais ou de Namibiens (ceux que l’URSS avait soutenus en son temps), sont vendus quelques centaines de dollars par des extrémistes salafistes —les mêmes sur lesquels l’Otan s’est appuyés pour éliminer Kadhafi.

C’est une honte. Pour ne pas revenir sur des sujets précédemment traités, à savoir que la Russie et certains autres pays responsables ne permettront certainement plus au Far-West d’agir impunément, parlons justement de responsabilité.

Un millier de personnes est descendu dans les rues de Paris pour manifester; notamment devant l’ambassade de Libye. C’est bien, mais est-ce suffisant? Probablement pas. Car tous les responsables de la tragédie libyenne doivent rendre des comptes et notamment l’ex-président Nicolas Sarkozy ou encore le «philosophe» de guerre Henri-Levy, alias BHL (persona non grata en Russie), tous deux de grands «artisans» de la guerre contre la Libye.

Car même si ces fameux représentants de l’establishment occidental pensent encore être intouchables, ils doivent bien garder une chose en tête: dans ce Nouveau Monde et le système qui l’accompagne, il n’y a plus «d’élus». Ce qui signifie que d’une façon ou d’une autre, il va falloir rendre des comptes. D’autant plus que ces élites occidentales refusent de faire leur mea culpa. Et lorsqu’ils le feront, il sera déjà trop tard, sans aucune possibilité de pardon.

Et ce n’est pas à La Haye qu’ils seront jugés, mais bien dans l’un de ces pays ayant souffert de cette arrogance occidentale. Ils ne manquent pas, tant il est vrai que l’histoire de l’Occident se répète ad nauseam: possédant peu de ressources naturelles, l’objectif a toujours été de les chercher et de les trouver ailleurs, même si pour cela il fallait massacrer les populations locales.

Et même aujourd’hui, en ce XXIe siècle, l’Occident arrogant ne souhaite toujours pas accepter une autre réalité: celle d’une concurrence loyale où chacun pourrait présenter au mieux ses atouts, dans une optique gagnant-gagnant. Cette logique ne rentre évidemment aucunement dans la mentalité des élites occidentales, pour qui seule la force paie.

Quant à la Libye, personne ne peut aujourd’hui dire quand est-ce qu’elle pourra retrouver ne serait-ce qu’une partie de sa stabilité d’antan. Personne. De plus en plus de Libyens regardent de nouveau en direction de Moscou, mais aussi de Pékin pour tenter de sauver la situation de leur pays. Rien n’est à exclure.

Mais pour commencer, il faudra déjà éliminer les intérêts occidentaux responsables de ce chaos et les extrémistes salafistes, alliés par excellence de cet Occident politico-médiatique irresponsable.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201711201033961981-libye-esclavage/

Mikhail Gamandiy-Egorov

La Turquie bascule à l’Est, l’Ouest s’alarme

La Turquie bascule à l’Est, l’Ouest s’alarme

Jamais les tensions n’ont été aussi vives entre la Turquie et ses alliés de l’Otan. Tant l’Europe que les États-Unis s’inquiètent du tournant qu’opère Ankara en direction de la Russie. Une stratégie qui renforce le camp de la multipolarité et qui déplace les équilibres géostratégiques vers l’Est, ce que l’Ouest ne peut tolérer.

Les tensions entre alliés de l’Otan semblent passer au stade supérieur. En effet, après la vive opposition entre Ankara et plusieurs capitales de l’UE, le ton se dégrade aussi entre la Turquie et Washington, au point que certains politiciens et experts étasuniens appellent ouvertement à sanctionner la République turque.

En effet, si les derniers mois ont été caractérisés par une rhétorique ouvertement hostile entre Ankara et Bruxelles, Washington avait préféré garder un ton plus ou moins «neutre», qui n’est plus de mise. L’hostilité de Washington envers son «allié» turc est patente et comme par hasard la Russie y est encore pour quelque chose, mais pas seulement.

À lire et entendre les représentants de l’élite politico-médiatique occidentale, la Turquie s’engagerait dans une très «mauvaise voie». «Autoritarisme, islamisme, trahison des valeurs otaniennes, cap à l’Est», etc. telles sont les nombreuses accusations qui fusent depuis quelque temps à l’encontre de la Turquie. Essayons d’y voir plus clair.

Il est exact que les idées du néo-ottomanisme sont de plus en plus populaires depuis que le parti de Recep Tayyip Erdogan, l’AKP, est arrivé au pouvoir en Turquie. La religion joue également un rôle plus important pour une partie de la société turque, bien que la Turquie reste officiellement un État laïc. Une partie du leadership turc s’était à un moment radicalisé, au point de vouloir transformer ses rêves en actes. Cela s’est notamment traduit par une action fortement néfaste dans les premières années de conflit en Syrie et une détérioration évidente des relations stratégiques turco-russes, surtout au moment de la crise entre les deux pays en novembre-décembre 2015, gelant par la même occasion ces relations pour près de six mois.

Mais ces actions étaient alors vivement saluées par les alliés otaniens de la Turquie, à partir du moment où cela pouvait servir à faire tomber le président Bachar al-Assad en Syrie (un échec) ou à frapper les intérêts russes. Objectivement, à partir de quand les relations Turquie/Occident ont-elles commencé à se détériorer? Réponse: précisément à partir du début de la normalisation des relations turco-russes, lorsque le président Erdogan s’est décidé à présenter des excuses officielles à la Russie pour l’avion abattu dans le ciel syrien fin novembre 2015. Pour les élites occidentales, il est alors devenu clair que cette normalisation allait complètement à l’encontre de leurs intérêts et de leur politique du chaos, aussi bien en Syrie qu’ailleurs dans la région.

Que se passe-t-il par la suite? La tentative de coup d’État en Turquie. Le timing est important: Ankara présente ses excuses à Moscou fin juin 2016, la tentative de putsch est déclenchée les 15 et 16 juillet 2016. Vraisemblablement, les élites occidentales et leurs agents sur place ont préféré ne pas perdre de temps et reprendre rapidement l’initiative. Le souci pour leurs projets, c’est que les citoyens turcs dans leur majorité ne se sont pas laissés faire. Partisans d’Erdogan ou non, ils sont descendus en masse dans les rues de plusieurs villes en vue de défendre la démocratie et la souveraineté de leur pays. La suite est connue: une nette détérioration des relations avec l’Occident, le retour au partenariat stratégique avec la Russie et plus généralement avec le grand espace eurasiatique, dont la Turquie fait partie intégrante.

Bien sûr, les très importants intérêts économico-commerciaux qui lient la Turquie à la Russie ne sont pas étrangers au désir de reprendre ledit partenariat stratégique, mais ce n’est pas tout. Le soutien officiel accordé par Moscou à la Turquie au moment de la tentative de putsch a montré définitivement aux dirigeants et à beaucoup de citoyens turcs sur qui ils pouvaient compter dans les moments difficiles, et qui n’était pas fiable, même si ces derniers sont encore considérés comme des «alliés» officiels.

Cette séquence a eu plusieurs conséquences directes, à commencer par une nette diminution de la rhétorique anti-Assad du côté du gouvernement turc et une participation active aux côtés de la Russie et de l’Iran au processus d’Astana. Celui-ci a permis, depuis fin décembre, de lancer les premières bases d’une solution pacifique dans la crise syrienne et d’intensifier la lutte contre le terrorisme, qui est actuellement en phase finale. Nous avons même assisté à des frappes conjointes russo-turques contre Daech dans le nord syrien, une première dans les relations entre la Russie et un pays membre de l’Otan.

Cerise sur le gâteau, Ankara a confirmé l’achat du système antimissile russe S-400, provoquant la colère aussi bien de Washington que de Bruxelles, qui depuis ne cessent d’exiger des comptes sur les motivations de la Turquie, notamment sur son avenir au sein de l’alliance nord-atlantique.

Ajoutez à cela les projets à grande valeur ajoutée que sont le gazoduc Turkish Stream et la centrale nucléaire d’Akkuyu ou les innombrables rencontres Poutine/Erdogan depuis la confirmation de la normalisation et vous comprendrez l’inquiétude des élites occidentales, alors que la Russie déjà a forgé une alliance stratégique avec la Chine, un autre concurrent affirmé des partisans de l’unipolarité.

Tout récemment, l’ex-chancelier allemand Gerhard Schröder a estimé qu’il était «vital pour l’UE d’empêcher la Russie et la Turquie de se détourner de l’Europe au profit de l’Asie», et notamment en direction de la Chine. Bien que Schröder soit certainement l’une des rares voix sages de l’Europe bruxelloise, il semble que son conseil arrive bien tard. Les trois pays ont leur avenir dans l’espace eurasiatique, dans lequel l’UE n’a aucune place tant qu’elle n’aura pas retrouvé une souveraineté digne de ce nom.

Pour le reste, les relations Chine-Russie ou Russie-Turquie correspondent parfaitement aux intérêts nationaux de chacune de ces nations, et les tensions géopolitiques avec l’Occident n’ont fait que leur donner qu’un coup de pouce supplémentaire. Concernant l’avenir de la Turquie, la Russie, comme d’ailleurs la Chine, considère que c’est uniquement aux citoyens turcs de décider de leur avenir et c’est là toute la différence avec l’Occident politico-médiatique. C’est pourquoi les Turcs, à l’instar de beaucoup d’autres peuples du monde, continueront à regarder de moins en moins à l’Ouest et à opter pour le Nord-Est.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201710191033527137-turquie-otan/

Mikhail Gamandiy-Egorov

À terme une base russe au Venezuela?

Le président vénézuélien Nicolas Maduro est arrivé en visite officielle en Russie

Alors que les États-Unis et son bras droit l’Otan possèdent des dizaines de bases militaires à l’étranger, le temps approche vraisemblablement pour mettre un peu d’ordre dans le secteur.

Le président vénézuélien Nicolas Maduro est arrivé en visite officielle en Russie. D’une part pour rencontrer de nouveau le leader russe et de l’autre pour prendre part à la Semaine énergétique de Russie 2017. Si l’accent de la rencontre a été mis sur l’amitié qui unit les deux pays et les nombreux domaines d’intérêts réciproques, notamment dans le secteur énergétique, il n’en demeure pas moins que la sphère de la Défense reste elle aussi une orientation prioritaire dans les relations russo-vénézuéliennes, de même qu’avec d’autres pays latino-américains.

Juste avant son départ pour Moscou, le leader du Venezuela avait déclaré: «Je vais avoir une réunion de travail très importante avec le président Vladimir Poutine. Très importante pour l’avenir de la coopération financière, technologique, agricole et militaire entre la Russie et le Venezuela». À noter que la visite de Maduro à Moscou est la première étape d’une tournée dans trois pays: Russie, Biélorussie, Turquie. Les médias occidentaux n’ont évidemment pas pu manquer l’occasion de dire que c’était une «tentative du Venezuela de sortir de l’isolement imposé par la communauté internationale»… À ce niveau rien de nouveau côté mainstream occidental. De la même manière depuis 3 ans ces mêmes médias s’acharnaient à parler de la prétendue «isolation» de la Russie et restent maintenant bouche bée en observant les leaders des quatre coins du monde faire pratiquement la queue pour atterrir dans la capitale russe, y compris les alliés encore déclarés du camp atlantiste. À ce titre le tout récent reportage de BFM TV sur la venue du roi saoudien en Russie (la première visite officielle d’un monarque saoudien en terre russe), qui a suivi l’arrivée du président Maduro, avec une délégation de près de 1000 personnes a fait bien sourire, surtout les mots de la fin:

http://bfmbusiness.bfmtv.com/mediaplayer/video/benaouda-abdeddaim-moscou-va-accueillir-le-roi-slamane-d-arabie-saoudite-0310-987509.html

Dans le cas du Venezuela, il est aussi ridicule de parler d’un quelconque isolement, sachant que plusieurs pays d’Amérique latine n’ont pas manqué d’afficher leur soutien à Caracas face aux pressions occidentales. Ajoutez à cela le soutien officiel de Moscou, Pékin et Téhéran et il devient réellement absurde qu’une communauté représentant moins de 10% de la population terrestre puisse encore s’autoproclamer «communauté internationale»… Passons.

Au-delà de la rencontre très constructive Poutine-Maduro et du renforcement de l’alliance qui caractérise les deux pays, l’heure est effectivement à l’intensification du partenaire bilatéral. Ainsi, Rosneft et Gazprom se voient offrir de nouvelles opportunités d’affaires sur le sol de la République bolivarienne (le premier y étant déjà très actif). Pour rappel aussi: la Russie et le Venezuela font partie du comité chargé par l’OPEP d’assurer le suivi de l’accord passé entre les pays membres du cartel pétrolier pour réduire l’offre et stabiliser les prix du brut.

Mais en supplément des accords économiques et énergétiques qui caractérisent les relations entre les deux nations, l’interaction dans le secteur de la Défense est effectivement appelée elle aussi à croître, surtout au moment où la rhétorique agressive émanant de Washington en direction de Caracas et d’autres capitales de cette région du monde ne fait que s’intensifier.

Pour rappel, plusieurs hauts cadres du ministère russe de la Défense, y compris le ministre Choïgou, avaient déclaré à maintes reprises que la Russie avait entamé une série de négociations en vue de retrouver des bases militaires à l’étranger, utilisées dans le passé par l’URSS, voire en créer de nouvelles. En Asie, c’est le Vietnam qui a été mentionné. En Amérique latine: Cuba, le Nicaragua et le Venezuela, notamment.

À noter qu’actuellement la présence militaire russe en dehors des frontières nationales se trouve principalement chez les alliés de l’étranger dit «proche» d’ex-URSS: Biélorussie, Arménie, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Abkhazie, Ossétie du Sud, République moldave du Dniestr. La Syrie, bien qu’alliée de longue date mais considérée comme faisait partie de l’étranger «lointain» est un peu l’exception à la règle. Mais soyons honnêtes: même si cette présence devait s’élargir aux pays d’Asie du Sud-Est et d’Amérique latine mentionnés (voire à d’autres), elle resterait inférieure en terme de nombre par rapport aux bases militaires américaines et plus généralement occidentales de par le monde. C’est un fait. Et c’est pourquoi la rhétorique d’une Russie «agressive», venant de la part de ceux qui ne négocient même pas mais imposent leur présence à différents endroits de la planète, fait sourire.

En ce qui concerne le cas particulier du Venezuela, il faut savoir qu’il est plus que probable que l’opposition locale (libéraux + extrême-droite) soutenue depuis Washington et plusieurs capitales occidentales fera de son mieux pour bloquer tout accord russo-vénézuélien en la matière. Mais plus les atteintes à la souveraineté vénézuélienne se poursuivront de la part de ceux qui se sont un peu trop habitués à dicter leur volonté, plus Caracas aura la détermination de la protéger par un renforcement des alliances existantes. Et probablement, il ne sera pas le seul. Le reste à suivre.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201710061033353868-venezuela-russie-maduro-poutine/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Le fossé se creuse entre Ankara et Washington

Ankara

La Turquie et les États-Unis font partie d’un bloc militaire commun, mais dans lequel les USA s’estiment être le chef absolu. Aussi, quand Ankara assume de plus en plus sa souveraineté, les divergences se concrétisent rapidement: Syrie, Qatar, sanctions antirusses, les pommes de discorde s’accumulent.

Officiellement, les États-Unis et la Turquie demeurent alliés dans le cadre de l’OTAN. Pourtant, la Turquie confirme une fois de plus qu’elle est à ce jour probablement le seul pays membre de l’alliance nord-atlantique à mener une politique globalement indépendante. Du moins certainement plus que tous les pays Ouest et Est-européens.

Quelques rappels s’imposent: tout d’abord, la Turquie a été le seul pays membre de l’OTAN à ne pas s’être joint aux sanctions contre la Russie voulues par Washington et largement suivies par les capitales de l’Europe bruxelloise. Un manque de «solidarité» clairement mal vu par le bloc occidental. Et malgré une crise majeure dans ses relations avec Moscou, qui a duré de novembre 2015 à juin 2016, Ankara a fait le premier pas vers la réconciliation et un retour à son partenariat stratégique avec la Russie. Mais ce n’est pas tout. Parallèlement au renforcement de ses liens avec la Russie, la Turquie a connu une vive détérioration de ses relations avec plusieurs pays de l’UE, notamment l’Allemagne.

Mieux encore, la Russie et la Turquie, en coordination avec l’Iran, ont joué un rôle clé dans le cessez-le-feu observé en Syrie depuis fin décembre 2016 et qui reste globalement respecté à ce jour. D’ailleurs, plusieurs groupes armés soutenus par la Turquie continuent à se joindre audit cessez-le-feu, ce qui permet à l’armée gouvernementale syrienne de poursuivre son offensive dans le désert de Syrie en vue d’anéantir une bonne fois pour toutes la secte Daech sur le sol syrien.

Par ailleurs et selon les informations toutes récentes émanant de hauts responsables syriens, plusieurs groupes dits de «l’opposition» syrienne, soutenue par la Turquie, se disent prêts à combattre l’autre secte takfiriste —Al-Qaida- en coordination avec Damas et Moscou. En d’autres termes, ils ont compris qu’ils ne pourront pas réaliser leur projet initial, à savoir faire tomber Bachar al-Assad et que la meilleure solution pour eux est donc d’initier un réel dialogue avec le pouvoir légitime syrien afin de pouvoir prétendre à son amnistie.

Revenons aux tensions de plus en plus évidentes de la Turquie avec les pays occidentaux. Elles ne se limitent désormais plus aux seuls pays ouest-européens et aux échanges de critiques virulentes, entorses aux droits de l’homme contre ingérence dans la politique intérieure turque. C’est désormais avec Washington que les relations se dégradent franchement. En effet, et depuis l’important soutien annoncé par les États-Unis aux groupes kurdes notamment les FDS opérant en Syrie, Ankara ne cache pas son inquiétude, voire son énervement. En effet et tout récemment, l’agence Anadolu —l’une des deux principales agences de presses turques- a publié les informations sur la localisation des forces spéciales américaines et françaises en Syrie. Washington s’est dit inquiet sur ces fuites qui selon lui «peuvent menacer les forces américaines». Fait qui confirme les désaccords de plus en plus évidents entre les deux pays, membres-clés de l’OTAN.

Sur le Qatar aussi, les positions semblent diverger. Si Washington semble privilégier son allié saoudien, Ankara (et Téhéran…) a pris fait et cause pour Doha dans la crise qui oppose cette dernière à plusieurs pays arabes, principalement l’Arabie Saoudite. Au point d’augmenter considérablement le contingent militaire turc présent au Qatar, le faisant passer de 150 à près de 3.000 soldats aux toutes dernières nouvelles.

Cela ne signifie pas pour autant que la Turquie quittera le navire de l’OTAN du jour au lendemain. Le pouvoir turc joue sur les contradictions entre ses partenaires pour servir ses intérêts nationaux. Une chose est sûre: vu le nombre de projets en cours et à venir avec la Russie, dans le domaine économico-commercial et même militaire, Ankara ne semble plus vouloir de tensions avec Moscou. Si au départ de la crise syrienne, la Turquie voulait absolument la chute du gouvernement syrien, depuis la normalisation des relations russo-turques et le retour au partenariat stratégique entre les deux pays, Ankara a beaucoup modéré sa position envers Damas, tout en coordonnant de plus en plus ses intérêts avec la Russie et l’Iran. Fait d’ailleurs reconnu avec inquiétude par plusieurs médias centraux.

Par ailleurs, la Turquie ne se fait pratiquement plus d’illusions quant à un éventuel avenir au sein de l’Union européenne, dans lequel d’ailleurs elle aurait certainement plus à perdre qu’à gagner. Enfin, ses relations avec «l’allié» étasunien deviennent de plus en plus compliquées. Reste évidemment la carte eurasiatique, de plus en plus soutenue par les citoyens de Turquie. Au pouvoir turc de bien l’utiliser. Pour quel résultat? Seul le temps nous le dira.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201707211032312993-usa-turquie/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Turquie–Otan, bientôt la fin d’une alliance?

Otan

Dans le monde contemporain, l’unipolarité cède sans cesse du terrain et les mutations se poursuivent à un rythme toujours plus soutenu. Pilier Sud de l’Otan et candidat de longue date à l’adhésion à l’UE, la Turquie semble désormais regarder vers de nouveaux horizons. Un processus que les tenants de l’unipolarité auront du mal à enrayer.

La Turquie a rejoint l’Otan en 1952, en pleine guerre froide, cédant ainsi aux pressions américaines quant à une « éventuelle agression soviétique ». C’est à partir de cette période que la Turquie fera partie intégrante de la « famille atlantiste » et c’est aussi à partir de ce moment que les relations entre la République de Turquie et l’URSS deviendront plutôt tendues. À noter qu’avant cet événement, les relations étaient ouvertement amicales entre les deux pays.

Pour l’Otan et en premier lieu les USA, la Turquie sera longtemps considérée comme un allié de choix aux frontières sud de l’Union soviétique. Mais le temps passe et les réalités changent. Dans certains cas plus rapidement, dans d’autres moins. Dans le cas précis de l’Otan, une nette fracture se forme. Essayons d’y voir plus clair.

À l’heure actuelle, alors que le monde observe l’opposition désormais presque officielle entre les partisans de la multipolarité et ceux désireux à tout prix de garder le diktat unipolaire, plusieurs pays du monde se trouvent face à un choix stratégique. Dans le cas des rapports entre Ankara et l’OTAN, il ressort assez clairement que la Turquie est probablement le seul pays membre de l’alliance nord-atlantique à mener une politique globalement indépendante et souveraine.

Comment cela se traduit-il? La Turquie a été le seul pays-membre de l’Otan à ne pas s’être joint aux sanctions occidentales lancées contre la Russie, malgré la pression émanant aussi bien de Washington, que de Bruxelles. Rien n’y a fait, la Turquie n’a pas cédé.
Évidemment, ce sont ici de très importants intérêts économiques et commerciaux qui lient la Turquie à la Russie qui ont joué un rôle décisif. Pour autant, ce n’est pas le seul pays membre de l’alliance atlantiste à partager avec la Russie une relation économique privilégiée, loin de là. Mais à l’inverse des pays de l’Europe bruxelloise, Ankara a préféré renforcer ses liens avec la Russie.

Malheureusement, en novembre 2015, un fait fort désagréable viendra nuire à ce rapprochement: un chasseur turc abat dans le ciel syrien un bombardier russe Su-24. Jusqu’à aujourd’hui, plusieurs théories tentent d’expliquer ce grave incident. Certains affirment que le pouvoir turc avait au moment des faits trop joué au « néo-ottomanisme ». N’oublions en effet pas que la Turquie a joué un rôle clairement néfaste en Syrie durant les premières années du conflit. D’autres parlent d’un complot « güleniste, avec la participation des services secrets occidentaux », peu satisfaits d’observer ce rapprochement russo-turc. Quoi qu’il en soit, les relations bilatérales seront gelées durant près de sept mois et la Russie adoptera des mesures de restrictions économiques vis-à-vis de la Turquie.

Tout change fin juin 2016, lorsqu’Erdogan présente officiellement ses excuses à la Russie. En outre, le gouvernement turc ayant fait face à une tentative de putsch affirmera que les forces ayant tenté de prendre le pouvoir par la force sont les mêmes que celles qui avaient nui aux relations russo-turques.

Presque un an a passé depuis. Cinq rencontres Poutine-Erdogan se seront déroulées pendant cette courte période, dont trois en Russie. Moscou a désormais levé la quasi-totalité des mesures de restriction visant les intérêts turcs. Les deux dirigeants utilisent de nouveau la notion de « partenariat stratégique » pour caractériser leurs relations bilatérales.

Plus important encore, les deux pays jouent actuellement un rôle clé dans le cadre du processus d’Astana sur la Syrie, avec la participation de l’Iran. Et jusqu’à maintenant, cette plateforme qui n’a été lancée que fin décembre 2016 s’est montrée beaucoup plus efficace que toutes les autres, qui existent pourtant depuis plusieurs années. Enfin, la Turquie a été le seul pays membre de l’Otan à avoir mené des opérations militaires conjointes avec la Russie, en l’occurrence les frappes aériennes contre les terroristes de Daech dans le nord syrien mené il y a de cela quelques mois. Une première dans la relation Russie/pays membre de l’Otan.

Parallèlement à cela, les rapports entre la Turquie et plusieurs pays membres de l’Otan ne cessent de se dégrader. Plusieurs médias occidentaux ont noté qu’au cours de la période qui a suivi la tentative de coup d’État en Turquie et les purges, qui l’ont suivi, y compris dans l’armée, Ankara n’a cessé de remplacer les attachés militaires turcs pro-occidentaux par des représentants que lesdits médias affirment être « prorusses, voire pro-iraniens ».

D’autre part, les tensions augmentent fortement entre la Turquie et plusieurs pays ouest-européens, en premier lieu l’Allemagne ou encore les Pays-Bas. La Turquie comprend aujourd’hui que la porte de l’Union européenne lui est fermée et regarde ouvertement vers d’autres cieux.

Le paradoxe dans tout cela est le suivant: d’une part, les pays de l’UE, assujettis aux intérêts de Washington, ne souhaitent pourtant pas voir la Turquie rejoindre la « famille bruxelloise ». D’un autre côté, personne au sein de cette « famille » ne souhaite voir la Turquie quitter le navire nommé Otan, sachant que la Turquie est la deuxième armée de l’alliance en termes d’effectifs et que d’autre part si cela devait arriver, Ankara passera certainement d’une relation stratégique avec la Russie au niveau supérieur: celui d’une alliance pure et simple.
Évidemment, cette optique est inimaginable côté Washington, qui fait tout pour garder la Turquie à bord. Le souci, c’est que les relations turco-étasuniennes se dégradent elles aussi, surtout depuis l’annonce et maintenant la confirmation de la livraison d’armes par les États-Unis aux soi-disant Forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition principalement kurde que les Américains soutiennent en Syrie, au grand dam du pouvoir turc.

Quelles sont donc les perspectives? La première et la plus probable, c’est que la Turquie finira par retirer sa candidature à l’entrée dans l’UE. Une hypothèse d’autant plus probable qu’en dehors des tensions politico-culturelles avec les pays européens, économiquement la Turquie aurait plus à y perdre qu’à y gagner, sachant que l’économie turque actuelle n’a rien à avoir avec celle de 1987, année à laquelle ladite candidature a été déposée. Et au vu des problèmes auxquels fait face l’Union européenne à l’heure actuelle, de plus en plus de voix s’élèvent à l’intérieur de la Turquie pour privilégier l’intégration eurasiatique avec la Russie et d’autres pays issus de cet espace, notamment d’Asie centrale, qui correspond de plus à son espace géopolitique naturel.
C’est donc la première chose.

Du point de vue de l’Otan et au regard des intérêts en jeu, il ne faut probablement pas prévoir une sortie de la Turquie de cette organisation dans un avenir proche. D’autant plus que les élites occidentales, malgré leur désamour de plus en plus évident pour la Turquie, feront le maximum pour tenter de la garder au sein de l’alliance aussi longtemps que possible. Mais sur le moyen-long terme, rien n’est impossible. D’ailleurs, dernière information en date: la proposition d’organiser le prochain sommet de l’Otan en Turquie a été rejetée par plusieurs pays membres de l’alliance, notamment l’Allemagne, la France, ainsi que les Pays-Bas, le Danemark et le Canada.

Une chose est sûre. La Turquie peut tirer son épingle du jeu en jouant sur les contradictions au sein de l’Otan, tout en continuant à renforcer ses relations avec la Russie dans différents domaines. Et après cela, il lui sera beaucoup plus facile de claquer la porte. Chaque chose en son temps.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201705311031627308-turquie-otan-alliance/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Pourquoi Erdogan est-il à nouveau en Russie?

Erdogan

Trois rencontres Poutine-Erdogan en neuf mois, le dialogue Moscou-Ankara s’intensifie. En effet, au-delà des convergences économiques et des divergences sur la Syrie, les deux pays partagent de vrais intérêts stratégiques. La Turquie ira-t-elle au bout de cette logique de dialogue ? Éléments de réponse.

Le président turc Erdogan sera de nouveau en Russie le 3 mai prochain. Il s’agit tout de même de la troisième visite officielle du président turc en Russie en seulement neuf mois. Après la rencontre d’août 2016 à Saint-Pétersbourg qui a officialisé la normalisation des relations entre les deux pays, puis celle de Moscou en mars dernier dans le cadre de la réunion du Conseil de coopération de haut niveau Russie-Turquie, c’est désormais à Sotchi qu’aura lieu cette nouvelle rencontre Poutine-Erdogan.

Les deux présidents ont un ordre du jour chargé, à commencer par la poursuite de la levée des sanctions commerciales russes décidées après la crise de novembre-décembre 2015. Les projets stratégiques et commerciaux sont aussi nombreux: Turkish Stream, centrale nucléaire d’Akkuyu, achat par la Turquie des systèmes russes S-400. Si sur la plupart de ces points, les chances de succès sont plutôt importantes, la Syrie reste, elle, une pierre d’achoppement entre les deux États.

En effet, la Russie reste ferme sur sa position qui stipule que seul le peuple syrien peut décider de son avenir, ce qui passe au préalable par l’éradication du terrorisme en Syrie. La Turquie, elle, campe sur ses positions anti-Assad. Néanmoins et malgré ce désaccord évident, les deux pays continuent de collaborer dans le cadre du processus d’Astana, en coordination également avec l’Iran.

Plus généralement, Erdogan doit se faire à l’idée que la Russie ne changera pas son approche vis-à-vis de la Syrie. Et tenant compte de cette réalité, il devrait en effet surtout se focaliser sur la poursuite du développement des relations bilatérales, aussi bien dans les sphères économique, que politique et culturelle. Les intérêts réciproques sont flagrants. Beaucoup d’entreprises turques attendent avec impatience la levée totale des restrictions pour pouvoir revenir à leur chiffre d’affaires avec la Russie d’avant les sanctions, voire de le développer plus encore: les 100 milliards de dollars d’échange à l’horizon 2020-2023 restent l’objectif déclaré des deux côtés.

Certains se demandent à juste titre si la Russie peut faire confiance à la Turquie, notamment en raison du jeu trouble qu’elle mène depuis plusieurs années en Syrie, l’allié de la Russie, sans oublier aussi le coup de poignard dans le dos de novembre 2015. Certes, il y a des choses qui ne s’oublient pas facilement et seul le temps pourra rétablir une confiance totale entre les deux pays. Néanmoins, les dirigeants des deux pays savent que les deux peuples sont liés l’un à l’autre et qu’il faut en tenir compte.

Gardons aussi à l’esprit que la Turquie a été le seul pays membre de l’OTAN à ne pas s’être joint aux sanctions occidentales contre la Russie. Dans un intérêt purement commercial direz-vous. Certes, mais le fait est là: le leadership turc n’a pas suivi aveuglement les élites occidentales, notamment bruxelloises, qui ont préféré sacrifier les intérêts de leurs producteurs en suivant aveuglement les prérogatives de Washington.
Il faut reconnaître aussi à l’AKP d’Erdogan que c’est bien sous sa direction que les relations russo-turques avaient augmenté considérablement, pour atteindre un niveau sans précédent avant la crise de fin 2015. La Turquie reste également le seul pays membre de l’OTAN qui s’est « permis » une collaboration militaire, certes limitée, avec la Russie. Les frappes conjointes contre Daech dans le Nord syrien, de même que les exercices entre marines militaires des deux pays ont prouvé qu’il y a une perspective réelle, à condition de ne pas mettre de l’huile sur le feu là où il faut éviter d’en mettre: la Syrie.

Enfin, le tout dernier référendum national donnant désormais à Erdogan encore plus de pouvoir ne semble pas changer sa politique en direction de la Russie, tout au contraire. En témoigne une nouvelle visite prévue pour le 3 mai. En passant et en lisant la presse mainstream, on constate que les relations russo-turques font souffler un vent d’inquiétude évident au sein des élites occidentales. Cela est évidemment leur problème, mais c’est très révélateur.

Pour récapituler, Ankara doit se faire définitivement à l’idée que Moscou ne lâchera pas son allié syrien. Ankara doit également admettre qu’Assad représente la seule option fiable pour l’avenir de la Syrie. Ankara doit ensuite contribuer plus efficacement à faire pression sur les groupes armés, notamment ceux participant au processus d’Astana, pour qu’ils se joignent une bonne fois pour toutes à la réconciliation nationale lancée par Damas. Enfin, la Turquie doit commencer à respecter pleinement la souveraineté de son voisin syrien, sachant que plus vite la Syrie retrouvera la paix et la stabilité, mieux ce sera pour la Turquie, qui doit aussi faire face aujourd’hui à la menace terroriste et au séparatisme.

La Turquie ne peut pas manquer de s’apercevoir que la Russie est probablement son seul partenaire important, qui respecte réellement sa souveraineté, malgré les divergences entre les deux pays. Le temps de prendre une décision stratégique pour le futur de l’État turc s’approche. Le leadership turc le fera-t-il? C’est une autre question.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201705021031187849-erdogan-russie/

Mikhail Gamandiy-Egorov