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L’Egypte prête à une intervention militaire directe en Libye

Au moment où la violence en terre libyenne ne faiblit pas, et que cet Etat – tantôt l’un des plus prospères d’Afrique – est devenu une zone d’affrontement entre plusieurs puissances régionales et internationales, rien pour le moment ne semble pouvoir stopper la spirale de cette violence.

La guerre sur le front libyen se poursuit. Récemment, le Gouvernement d’accord national (GAN) – soutenu principalement par la Turquie, le Qatar et l’Italie, a réussi à repousser l’offensive sur Tripoli de l’Armée nationale libyenne (ANL) commandée par Khalifa Haftar et à reprendre plusieurs territoires de l’Ouest libyen – accentuant par la même occasion un peu plus la division entre les territoires sous contrôle du gouvernement tripolitain d’un côté et ceux de l’Est de l’autre.

Le soutien turc au GAN a vraisemblablement permis ces succès, bien que la majorité du territoire libyen reste toujours sous contrôle des forces du maréchal Haftar et de ses alliés.  L’autre fait important à noter dans cet affrontement entre puissances sur le sol libyen n’est autre que les tensions qui s’accentuent entre alliés de l’Otan, notamment entre la France et la Turquie. Poussant par la même occasion le président français à relancer l’idée d’une «mort cérébrale» de l’alliance atlantiste.

Mais face aux récents échecs de l’ANL, ses principaux soutiens internationaux ne prévoient pas de rester les bras croisés. Ainsi, l’Egypte, voisin et justement l’un de ces principaux soutiens, a d’ores et déjà fait comprendre que si la contre-offensive des milices du GAN allaient tenter de prendre la ville de Syrte, Le Caire se garde le droit d’une intervention militaire directe en soutien au gouvernement de l’Est, dont il reconnait la légitimité. Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi l’a d’ailleurs explicitement fait comprendre: «Ce droit est fondé sur la nécessité de protéger les frontières de l’Egypte contre les groupes terroristes, ainsi que d’aider les frères libyens à rétablir la sécurité et la stabilité, à mettre fin aux effusions de sang parmi les Libyens, aussi bien à l’Est qu’à l’Ouest du pays, et également soutenir le cessez-le-feu et le lancement d’un processus politique global sous les auspices de l’ONU».

Entre temps, Aguila Salah Issa, président de la Chambre des représentants, a déclaré que «le peuple libyen demandait officiellement à l’Egypte d’intervenir militairement si cela s’avère nécessaire». Toujours selon lui, ce serait une intervention légitime si les milices soutenues par la Turquie et le GAN franchissaient «la ligne rouge».

En termes de perspectives, certains experts estiment que l’Egypte rentrera dans un bourbier dans le cas d’un tel engagement militaire, surtout au vu des risques d’un affrontement direct ou semi-direct avec la Turquie. Il n’empêche que Le Caire semble déterminé à agir fermement en cas de besoin et à ne pas permettre la présence de milices salafistes près de ses frontières. Et malgré certaines difficultés auxquelles fait face le pays des Pharaons à l’heure actuelle, que ce soit sur le plan économique ou sanitaire lié à la propagation du Covid-19, il n’empêche que l’Egypte possède une force de frappe indéniable, et un certain nombre d’atouts face à la Turquie. Ne serait-ce qu’une proximité géographique directe avec le sol libyen, lui permettant d’avoir un avantage logistique sur l’adversaire turc. D’autre part, les Forces armées égyptiennes ne sont pas à présenter : principale puissance militaire africaine et du monde arabe, et selon le dernier classement pour 2020 du portail américain de référence sur l’analyse et le classement des principales puissances militaires du monde Global Fire Power, l’Egypte serait désormais la 9ème puissance militaire mondiale (12ème en 2019).

Quant à la discussion sur la légitimité ou non d’une telle intervention, il faudrait probablement noter qu’elle ne serait certainement pas moins légitime que celle des autres pays impliqués dans l’interminable conflit libyen, notamment ceux qui soutiennent le GAN. Et surtout probablement plus légitime que l’agression de l’Otan de 2011 – ayant détruit les bases étatiques d’un Etat qui inspirait de nombreux pays africains lors de l’existence de la Jamahiriya de Mouammar Kadhafi.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Prague comme centre d’attaques contre la Russie

S’il est vrai que la pandémie du Covid-19 ait concentré l’attention de l’opinion publique internationale dans sa majorité, le travail des services secrets est quant à lui resté très actif. Et à ce titre, le rôle attribué par les services secrets occidentaux à la Russie en qualité «d’empire du mal» par excellence est resté inchangé. Le tout évidemment en coordination avec les divers instruments à disposition de l’establishment occidental.

A ce titre, la capitale tchèque Prague est devenue probablement l’un des plus grands centres opérationnels de communication des services de renseignement occidentaux. Et ce hub de la Guerre froide 2.0 est notamment activement utilisé pour non seulement mener des attaques informationnelles et accusations en tout genre contre la Russie et ses intérêts, mais également à renforcer dans la conscience collective, du moins occidentale, le stéréotype faisant de la Russie «l’empire des hackers».

Pour cela, les services de renseignement tchèques représentent beaucoup plus les exécutants d’un plan géré et coordonné en premier lieu par le duo USA-Grande-Bretagne (ou plus précisément CIA-MI6), ayant justement fait de Prague l’un de leurs principaux centres opérationnels en Europe continentale.

Le choix de Prague n’est pas un hasard. Notamment en ce qui concerne la relance des accusations visant la Russie dans l’affaire Skripal. C’est en effet dans la capitale tchèque que se trouve le plus grand centre de renseignement d’Europe centrale de la CIA et du MI6. C’est également Prague qui représente le plus grand centre opérationnel des communications du renseignement occidental anglo-saxon. Le tout sans oublier que Sergueï Skripal lui-même avait assez longtemps travaillé dans cette ville, en enseignant au contre-espionnage tchèque et à d’autres services de renseignement les méthodes d’identification des agents de renseignement russes.

Enfin, la République tchèque n’a pas seulement été activement utilisée dans la fameuse affaire Skripal, mais également dans les accusations visant la Russie quant aux différentes attaques de hackers, prétendument russes. Les méthodes coordonnées entre les principaux services du renseignement occidental et leurs homologues tchèques pour les attaques contre la Russie n’étaient pas forcément originales, mais utilisaient plutôt un schéma relativement «standard». A savoir la formation d’un motif fictif quant aux raisons de «l’agression russe», la création d’un cas informationnel (comme une prétendue cyberattaque sous false flag), puis diffusion au niveau des médias (notamment mainstream) et de la communauté «d’experts» occidentaux de l’idée sur «la trace russe», et enfin les responsables politiques de l’Occident qui reprennent à leur tour les accusations en question.

Désormais, le moment est de nouveau bien choisi. La provocation avec le démontage à Prague de la statue du maréchal soviétique Ivan Konev – en passant celui qui commandait les troupes de l’Armée rouge ayant libéré la ville des nazis en 1945 et également celui qui lors des combats pour la libération de la ville avait ordonné de ne pas utiliser l’artillerie lourde en vue de préserver les monuments historiques de la capitale tchèque – rentre vraisemblablement dans de nouvelles attaques informationnelles qui visent et viseront la Russie.

Désormais, il sera assez facile pour la coalition des services de renseignement occidentaux, et en premier lieu pour le duo américano-britannique, de mettre sur le dos des services russes toute attaque, réelle ou fictive, dans le cyberespace ou ailleurs – en mettant l’accent sur un acte de «vengeance» de la Russie pour le démontage du monument d’Ivan Konev à Prague. Un peu à la sauce de l’affaire Skripal – qui était décrit lui aussi comme un acte punitif ou de vengeance de la part de la Russie par les forces intéressées à mettre la responsabilité sur Moscou.

Ce qui est d’ailleurs assez paradoxal, c’est que les éléments utilisés bien souvent dans les accusations visant les hackers russes (ou prétendument russes), c’est:

1) les adresses IP russes utilisées lors des «attaques» et

2) «l’origine» russe des virus utilisés lors de ces attaques.

Pour ceux qui maitrisent un peu le sujet, ils sauront que les adresses IP, surtout lorsqu’il s’agit de hackers professionnels de haut niveau, peuvent loin et même très loin correspondre aux adresses IP réelles utilisées lors de telles cyberattaques. Car tout hacker fera en sorte de voiler au maximum toute trace de son activité d’origine. Quant à l’origine prétendument russe des virus, c’est un argument également qui bien souvent ne tient pas – sachant qu’une bonne partie des virus utilisés par les hackers de «haut niveau» ont justement une origine étasunienne, et plus que cela – des services de renseignement US. Et plus que cela encore, ces derniers n’hésitent d’ailleurs tout simplement pas à kidnapper des spécialistes informatiques russes (là aussi prétendument «hackers»), et ce à divers endroits du monde (comme par exemple lors de leurs congés), pour ensuite les ramener de force en terre étasunienne, leur faire du chantage (comme par exemple la prison à perpétuité) et ainsi les obliger à travailler pour les intérêts des services de renseignement étasuniens. Eh oui, aussi simple que cela.

Quant encore une fois au choix de Prague, il n’est lui aussi pas vraiment anodin et pas seulement lié à des raisons technico-pratiques. Grande ville historique d’Europe centrale – où d’une part on peut trouver de nombreux politiciens et responsables hostiles à la Russie, et ce dans pratiquement tous les domaines, et de l’autre où se trouvent un certain nombre de sympathisants vis-à-vis de Moscou, notamment le président tchèque Miloš Zeman. Un endroit donc idéal pour d’une part mener des attaques contre l’adversaire russe et ses intérêts, et de l’autre affaiblir tous ceux qui regardent avec ne serait-ce qu’un peu de sympathie (ou simplement de respect) envers la grande puissance eurasienne. Mais l’avantage du monde contemporain, c’est que justement ces méthodes qui paraissaient tellement voilées jusqu’à encore récemment s’ouvrent désormais au grand jour.

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Libye: l’Otan en soutien à el-Sarraj?

Au moment où le communément appelé Gouvernement d’accord national (GAN) connait des difficultés de plus en plus importantes dans la guerre civile incessante en Libye, son Premier ministre Fayez el-Sarraj semble vouloir appeler à son secours l’Organisation du traité de l’Atlantique nord.

En effet, le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, s’est entretenu au téléphone avec el-Sarraj, et a assuré «que l’alliance est prête à contribuer à la défense et à la reconstruction des établissements de sécurité en Libye». Stoltenberg a également ajouté que «l’Otan agirait en Libye en tenant compte de la situation de sécurité et de défense».

Evidemment, la situation est tout de même assez paradoxale, et ce pour plusieurs raisons. Le représentant otanesque parle de «défense et de reconstruction des établissements de sécurité libyens», en faisant mine d’oublier qui avait justement détruit les établissements de sécurité et la stabilité de façon générale de ce pays. Pour ceux qui l’auraient oublié, un rappel s’impose: cela s’est fait dans le cadre justement de l’intervention de l’Otan, en mars 2011, en violation de la résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations unies, que l’organisation atlantiste était pourtant censée faire appliquer.

Depuis, et cela est connu de tous, le pays qui fut longtemps l’un des plus prospères d’Afrique, et qui pouvait se permettre d’accueillir un large nombre de migrants – aussi bien d’autres pays africains, que d’Europe (Roumanie, Bulgarie, Ukraine, entre autres), est devenu depuis l’intervention otanesque synonyme de chaos, d’extrémisme, de terrorisme, de racisme et l’un des terrains les plus fertiles pour l’immigration clandestine – avec en prime le trafic d’êtres humains et l’esclavage pur et simple.

D’autre part, ce qui est anecdotique, c’est que justement le dirigeant du GAN, qui connait parfaitement l’état de son pays depuis ladite intervention, espère obtenir l’aide de cette même organisation ayant détruit son pays. Mais connaissant les intérêts qui le soutiennent, il serait probablement erroné de s’en étonner. Mais les paradoxes ne s’arrêtent pas là.

Enième question à se poser: le GAN possède-t-il encore une légitimité digne de ce nom dans le cadre libyen? Au moment où il contrôle moins de 20% du territoire national, alors que son adversaire en la qualité de l’Armée nationale libyenne (ANL), dirigée par le maréchal Khalifa Haftar, en contrôle justement plus de 80%. D’autant plus, qu’à la différence de la situation syrienne d’avant septembre 2015, en face du GAN ne se trouve pas des éléments de Daech, d’Al-Qaida ou d’autres nébuleuses extrémistes, mais au contraire un leadership militaire opposé aux divers groupes terroristes qui opèrent aujourd’hui sur le sol libyen, et ce depuis la chute de la Jamahiriya de Kadhafi.

Du côté du GAN au contraire, nombre de groupes combattant à ses côtés, sont justement d’obédience extrémiste, et même terroriste. A en croire que l’Otan aurait un faible pour les groupes extrémistes de diverses couleurs. Même si cela depuis la destruction de l’Etat libyen de Mouammar Kadhafi, en passant par la Syrie, n’est autre qu’un secret de polichinelle.

Mais concrètement parlant, l’Otan pourrait-il contribuer d’une quelconque façon positive à la résolution de l’interminable conflit libyen? Pour répondre à cette question, il serait probablement juste d’en répondre à une autre: un pyromane insoignable, pourrait-il sérieusement parlant devenir un pompier professionnel?

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Les vestiges de l’ère unipolaire: il y a 21 ans l’Otan bombardait la Yougoslavie

Avec la prétendue fin de la guerre froide, l’establishment occidental s’était fixé un objectif clair: démontrer son hégémonie par tous les moyens, y compris les plus agressifs. Les Etats récalcitrants devaient en payer les frais. La République fédérale de Yougoslavie fut l’une des premières victimes de cette politique néocolonialiste occidentale.

L’intervention otanesque contre l’Etat yougoslave, officiellement appelée «L’opération Force alliée» avait débuté le 24 mars 1999 et a duré 78 jours, jusqu’au 10 juin de la même année. Cette agression, en violation totale du droit international – faut dire aussi qu’à cette période le droit international n’existait de facto plus – s’est traduite par 37 465 missions aériennes, 8676 missions offensives avec un largage d’environ 23 000 munitions. Ladite opération d’agression contre un Etat souverain, en soutien à la sulfureuse milice de guerre kosovare Armée de libération du Kosovo (UÇK) a fait plus de 2000 victimes civiles yougoslaves (les sources de Yougoslavie faisaient référence à un chiffre allant jusqu’à 5700 civils), dont pas moins de 400 enfants, ainsi que près d’un millier de militaires yougoslaves. S’ajoutent à cela la destruction de 89 usines, 120 installations énergétiques, 128 autres installations industrielles, 48 hôpitaux, 82 ponts, 25 bureaux de poste, 70 écoles, 18 jardins d’enfants, 35 églises et 29 monastères.

Et là aussi ce ne fut pas tout. Suite au retrait des Forces armées de Yougoslavie du Kosovo, dans la période qui s’en est suivie, plus précisément du 10 juin 1999 au 27 février 2000, les terroristes de l’UÇK ont mené 4354 attaques contre les habitants de la province du Kosovo (dont 4121 contre les habitants serbes et monténégrins, 96 contre les Albanais pro-yougoslaves, 137 contre les Tsiganes et d’autres représentants ethniques). A ce jour, 821 personnes ont été portées disparues, parmi lesquelles 757 Serbes. Le nombre de personnes tuées est de 910 personnes – dont 811 Serbes. 802 autres personnes furent blessées, dont 751 habitants serbes du Kosovo.

Cela sans oublier le trafic d’êtres humains et d’organes organisé par les criminels de l’UÇK – l’allié de l’Occident politique. A ce jour – non seulement les responsables uckistes de ces crimes n’ont pas été inquiétés, mais bien plus que cela, ils continuent d’être reçus avec les «honneurs» à Washington, comme dans d’autres capitales occidentales.

La suite est connue aussi: la proclamation unilatérale «d’indépendance» le 17 février 2008 du Kosovo par les mêmes qui encore hier procédaient aux massacres et aux divers trafics barbares, et la reconnaissance immédiate de cet arrachement du berceau historique, spirituel et civilisationnel de la Serbie par les élites politiques de l’Occident. Face à eux – la Russie, plusieurs pays d’ex-URSS, la Chine, l’Inde, l’Iran, l’Afrique du Sud et plusieurs autres pays africains, la plupart des pays asiatiques et latino-américains – n’ont pas reconnu à ce jour la prétendue «indépendance» de la province serbe du Kosovo. A noter également que plus récemment et suite à la campagne diplomatique serbe lancée en octobre 2017, seize Etats sont revenus sur leurs décisions antérieures de reconnaissance.

Une chose est certaine: le précédent du Kosovo avait clairement démontré ce que représentait véritablement l’establishment occidental, dans toute sa «splendeur». Et aussi sur quel genre de criminels ce même establishment pouvait miser dans le but d’atteindre ses objectifs géopolitiques ou afin de punir les Etats désobéissants.

Evidemment et depuis beaucoup de choses ont changé. Le monde n’est plus le même et ne sera plus le même. Les grandes puissances non-occidentales, partisanes du nouvel ordre multipolaire, ont bel et bien pris leurs responsabilités – suivies dans cet élan par leurs alliés aux quatre coins du monde. Cette résistance et cette nouvelle solidarité internationale s’est traduite dans une opposition politico-diplomatique, économique, militaire et sécuritaire face à l’axe politique occidental pro-unipolaire. Et à ce titre, de nombreux Serbes ont aujourd’hui de quoi être fiers. Car malgré les agressions et humiliations subies, il est évident qu’ils ont pu largement contribuer à ce que la nouvelle ère multipolaire voit le jour. Et donc – leurs sacrifices n’ont pas été vains.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Syrie vs Turquie. Et l’Otan?

La politique contemporaine turque est fort complexe. D’un côté ses aspirations souverainistes ne sont pas à démontrer. D’un autre, une vision ouvertement pro-islamiste d’une partie notable de ses élites actuelles, alliée au membership otanesque, constituent ensemble un cocktail de choc, pouvant exploser à tout moment tellement les ingrédients le composant sont infernaux. Les événements en cours dans la Syrie voisine, notamment dans la province d’Idlib, le confirment pleinement.

Si l’islamisme fait bien souvent bon ménage avec l’atlantisme, du moment que cela arrange les intérêts géopolitiques de chacun, le souverainisme eurasien ne peut se joindre aux deux premiers. Telle est, en très bref, la particularité de la Turquie d’Erdogan. En termes de perspectives, ce jeu turc de la double, voire de la triple chaise, ne risque-t-il pas tout simplement d’anéantir les projets ambitieux d’Ankara?

Alors que l’islamisme politique et le soutien aux divers groupes extrémistes, y compris salafistes, contredit effectivement l’héritage laïc d’Atatürk, les rapports qu’entretient Erdogan avec l’Otan sont eux aussi, pour le moins… très particuliers. Lorsqu’il s’agit de s’adonner à des aventures militaires en Syrie ou en Libye, Ankara ne coordonne pas vraiment ses actions avec ses alliés otanesques. Et ne fait qu’agir selon ce qu’elle considère ses propres intérêts. Mais du moment qu’elle se retrouve face à des forces capables de la stopper, comme c’est le cas aujourd’hui en Syrie – elle active immédiatement le bouton «Help» auprès de ses partenaires de l’Otan. Tel un adolescent jouant au dur devant ses camarades, pour après les appeler au secours car ayant reçu une riposte digne de ce nom. Une virilité alliée à l’anti-virilité absolue en un seul package.

Donc ce que fait en réalité la Turquie, c’est d’entamer des actions sans concertation avec ses alliés de l’Otan dans un premier temps, mais au moindre souci crier quant à la nécessité pour eux de la faire protéger. Un jour contre la Syrie du président Assad, un autre contre la Russie de Poutine, demain ce sera peut-être quelqu’un autre. Peut-être même la Chine où la Turquie tente d’instrumentaliser depuis un bon moment le prétendu problème ouighour.

En d’autres termes: je suis fort, je n’ai besoin de personne. Et puis tout à coup: venez me protéger! Le souci pour Ankara c’est qu’en continuant à jouer à ce jeu, elle risque, au final, de perdre toute la mise. La Turquie, faisant qu’on le veuille ou non, partie de la grande famille eurasienne, pouvait profiter des opportunités qui lui étaient offertes par les puissances mondiales et régionales indépendantes, que ce soit la Russie, l’Iran ou la Chine. Elle avait aussi une occasion unique d’aller dans le sens de la normalisation des relations avec la République arabe syrienne – et un premier pas avait été fait en ce sens en janvier dernier lorsque les chefs des services de renseignement syriens et turcs s’étaient rencontrés à Moscou, formalisant ainsi leur premier contact depuis le début de la guerre qui fut imposée à la Syrie. Désormais et au vu des événements en cours à Idlib, notamment l’engagement turc en faveur des terroristes déclarés, y compris ceux d’Al-Qaida, c’est gâché.

C’est d’ailleurs l’idée partagée par le parti politique turc Vatan, selon lequel si la Turquie lance une guerre contre la Syrie, elle peut tomber dans un piège préparé par les Etats-Unis et Israël et perdre des alliés comme la Russie, la Chine, l’Iran et l’Irak – une annonce qui a été faite le 26 février dernier.

Effectivement, le temps est venu pour que la Turquie d’Erdogan fasse un choix. Et non plus un choix situationnel, mais bel et bien sur du moyen-long terme. A défaut de quoi, elle risque de perdre tout.

Aussi, et plus particulièrement dans la situation en cours en Syrie, il serait difficile de ne pas aborder l’approche hypocrite et ouvertement malhonnête de l’establishment occidental – étasunien en tête, européiste en bon suiveur. A savoir que lorsqu’Ankara avait lancé son offensive contre les forces kurdes – alliées des USA, ce même establishment criait au scandale, menaçant même la Turquie de sanctions. Désormais, ces mêmes silhouettes jurent leur solidarité avec Ankara à Idlib (et donc approuvent aussi les actions des terroristes) contre les forces gouvernementales syriennes. Un monde de fous direz-vous? Et ce ne serait pas loin de la vérité.

Quoiqu’il en soit, ni l’Otan, ni l’Occident en général ne sauveront pas la Turquie. C’est un fait. L’histoire retiendra tout de même que la Turquie d’Erdogan, lorsque cela l’arrange, adore appeler au secours ses alliés otanesques, y compris si pour cela il faut les mettre en péril. Concernant la partie islamiste de la question, l’histoire retiendra aussi que la Turquie d’Erdogan a choisi de défendre des extrémistes de la pire espèce, y compris affiliés à Al-Qaida, contre une armée légitime en train de libérer son territoire national. Quant à l’intégration eurasienne, ni la Russie, ni la Chine, ni l’Iran, n’ont besoin d’alliés – amis des salafistes. Partenaires de circonstances – peut-être. Pour aller plus loin – non merci. La rencontre Poutine-Erdogan dans les prochains jours sera certainement décisive. A condition encore d’avoir lieu – si le président turc commet une quelconque erreur comparable à celle de novembre 2015, elle risquerait tout simplement de ne pas avoir lieu, avec en prime des conséquences fortement sérieuses. Il est encore temps de revenir à la raison. L’avenir nous situera.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Entre l’atlantisme et l’Eurasie, la Turquie doit faire un choix

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La Turquie du président Erdogan se trouve aujourd’hui devant un choix stratégique. Membre de l’Otan, Ankara s’est pourtant beaucoup rapprochée de Moscou et Téhéran au cours de ces dernières années, confirmant à cette occasion l’existence d’une orientation eurasienne dans sa politique.

Mais les récents événements dans la province syrienne d’Idlib ont de nouveau ravivé les tensions existantes entre ces deux orientations, confirmant la pleine nécessité de devoir, à un moment ou un autre, faire un choix.

Lorsque fin 2015 les relations turco-russes étaient tombées au plus bas, toujours en rapport avec les événements en Syrie, la Turquie avait en l’espace de seulement une demi-année ressenti les conséquences d’une telle politique. Fort heureusement cette page difficile des relations bilatérales entre Ankara et Moscou a pu être surmontée. Plus que cela, les deux pays ont réussi en peu de temps à revenir au partenariat stratégique qui régissait leurs rapports. Et d’arriver même à un partenariat «très» stratégique, au grand désarroi de ceux qui veulent maintenir à tout prix la Turquie dans la «famille» atlantiste, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.

Aujourd’hui, les relations géoéconomiques et hautement stratégiques entre la Russie et la Turquie peuvent être réellement caractérisées comme un partenariat gagnant-gagnant, avec un volume des échanges commerciaux constamment en hausse (plus de 20 milliards de dollars en 2019 avec un objectif fixé d’atteindre dans les prochaines années les 100 milliards). Et compte tenu des millions de touristes russes visitant la Turquie chaque année et les nombreuses entreprises turques du BTP travaillant sur le marché russe (ce dernier représentant pas moins de 20% du volume total des commandes dans le domaine de la construction auprès des structures turques à l’étranger), on arrive à une balance commerciale bien équilibrée – sachant que le flux touristique russe vers la Turquie et les marchés du BTP turc en Russie ne rentrent pas dans le calcul du volume des échanges. Sans oublier que le volume des investissements russes en Turquie et turcs en Russie, dans le cadre des projets d’investissement mis en œuvre entre les deux pays, est d’environ 10 milliards de dollars chacun. Une autre nation eurasienne – l’Iran – fait également partie des principaux partenaires économico-commerciaux de la Turquie.

S’ajoutent à cela la coopération dans la sphère énergétique avec le gazoduc Turkish Stream, dans le nucléaire civil avec la centrale d’Akkuyu, sans oublier l’acquisition du système anti-missile russe des S-400 – une première dans la relation d’un pays-membre de l’Otan avec la Russie. Mais malgré tout cet impressionnant partenariat, il est encore prématuré de parler d’une véritable alliance entre la Turquie d’une part, et la Russie avec l’Iran de l’autre. Car au-delà des divergences existantes sur certains dossiers internationaux, dont bien évidemment la Syrie, le fait d’appartenir justement à l’Otan – organisme qui continue de considérer la Russie comme son principal adversaire et ennemi, ne peut permettre de prétendre à une véritable alliance.

Quant à la République arabe syrienne, elle est bel et bien une alliée aussi bien pour Moscou que Téhéran. Dans le cas avec la Russie, cette alliance ne date ni d’aujourd’hui, ni de 2015 – année d’intervention de Moscou dans la lutte antiterroriste dans ce pays, mais bien de plusieurs dizaines d’années. Et au-delà d’une alliance géopolitique, ni la Russie, ni l’Iran ne peuvent permettre à ce qu’un autre pays-civilisation, en l’occurrence la Syrie, puisse subir la présence de hordes barbares et terroristes sur son sol. Il en va non seulement de leur propre sécurité, mais aussi de leurs valeurs.

C’est pourquoi, et malgré les récentes menaces proférées par le leadership turc à l’encontre de Damas, les deux principaux alliés de la Syrie ne permettront certainement pas à ce que la situation dégénère. Compte tenu du rapport stratégique avec la Turquie, les deux puissances eurasiennes privilégient le dialogue et font en sorte d’apporter leur pleine médiation pour éviter une plus grande détérioration de la situation.

La Syrie, quant à elle, est en plein droit à poursuivre l’opération de libération de son territoire national. Conformément à sa souveraineté. Les hordes terroristes salafistes n’ont pas de place en terre syrienne. Il s’agit là aussi d’une question primordiale pour le leadership, l’armée et la population du pays. D’autant plus que ce dernier fief terroriste en terre syrienne – principalement affilié à Al-Qaida – continue de représenter un danger majeur pour la sécurité nationale. D’où l’extrême nécessité d’en finir une bonne fois pour toute.

En ce qui concerne la Turquie, elle se retrouve effectivement devant un choix stratégique. Bien sûr, il faut savoir que la pression sur le leadership turc n’est pas seulement extérieure – surtout de la part de ses pseudo-alliés otanesques. La pression est également intérieure. C’est un secret de polichinelle qu’une partie de l’élite politique turque – aussi bien issue du parti au pouvoir que de l’opposition – reste profondément pro-occidentale et pro-atlantiste. Et donc, à l’instar de leurs mentors n’approuvent guère le rapprochement sans précédent observé entre les grandes nations eurasiennes au cours de ces dernières années. Et aussi en faisant mine d’oublier par la même occasion la tentative de putsch pro-occidental de 2016 – une tentative pour rappel condamnée aussi bien par Moscou que Téhéran. D’autre part, la politique des deux chaises ne pourra pas elle aussi durer éternellement. Et ce choix devra se faire, à un moment ou un autre.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Elargissement de l’Otan via l’ex-URSS, avec l’argent européen

Alors que les Etats-Unis maintiennent leur projet d’élargissement de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord, notamment en vue d’y intégrer deux anciennes républiques soviétiques en la qualité de la Géorgie et de l’Ukraine, c’est vraisemblablement les pays européens qui devront mettre la main à la poche.

Si le sujet qu’à l’éventuelle admission de ces deux nouveaux membres potentiels a été de nouveau confirmé le mois dernier, et ce par le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg, sans pour autant fixer un timing définitif, la question qui est elle aussi d’actualité aujourd’hui concerne elle les subventions accordées à Tbilissi et Kiev pour leur réarmement conformément aux normes de l’Otan.

Une situation «intéressante» s’impose, mais tellement propre au système préétabli. D’un côté, le principal intéressé dans cet élargissement n’est autre que Washington, qui prépare cette réalité depuis un bon moment déjà. Pour cela, il peut compter au sein de la famille otanesque sur ses sous-traitants infaillibles en la qualité d’Etats comme la Pologne, la Roumanie ou les pays baltes. La vieille Europe suit, en se posant de temps à autre les questions quant à l’intérêt stratégique d’un tel élargissement, mais continue d’appliquer. Maintenant, de l’autre côté s’impose la partie financière de la question. Et là Washington souhaite également s’en sortir grand gagnant, le tout aux moindres frais.

Sachant que l’élite étasunienne a maintes fois déclaré qu’il revient aux pays européens d’augmenter les charges dans le cadre otanesque, il devient donc assez évident que les subventions mentionnées ci-haut reviennent sans doute à la charge des portefeuilles européens. Lesquels plus particulièrement? Evidemment ceux des pays de la «vieille Europe», sachant que les membres de l’Est ne possèdent tout simplement pas les capacités financières dignes de ce nom.

Dans cette configuration, que gagne réellement l’Europe? Si ce n’est une augmentation des tensions déjà palpables avec la Russie, pas grand-chose. Le tout à l’heure où les pays clés de l’UE, comme la France ou encore l’Italie, appellent à revoir le relationnel avec la Russie – non pas par amour, mais par simples intérêts économico-pragmatiques. Et que la première économie de l’UE, en l’occurrence l’Allemagne – dont l’élite actuelle est elle aussi loin d’être une amie de Moscou, mais dont d’importantes entreprises nationales se retrouvent sous menaces de sanctions US, notamment en raison du projet du gazoduc Nord Stream 2 – un projet qui rentre parfaitement dans les intérêts économiques et énergétiques allemands.

Dans cette situation Berlin, Paris et Rome sont-ils en mesure de faire quoi que ce soit? Pour répondre à cette question, il faut surtout bien comprendre dans quelle tourmente se retrouvent les leaderships des capitales citées. D’un côté, l’appartenance pro-atlantiste d’une très large partie des élites politiques de ces pays ne sont pas à démontrer. D’un autre, ces mêmes élites se retrouvent sous pression de la part de leurs propres populations. Des populations qui bien souvent ne partagent aucunement leur solidarité dans les mouvances russophobes et qui souhaitent au contraire un renforcement des liens avec Moscou. S’ajoutent à cela les représentants des cercles d’affaires des dits pays qui ont soit possèdent déjà des projets importants en territoire russe, ou conjointement avec la Russie, soit prévoient d’en avoir dans un avenir proche. Ces cercles d’affaires, comme la société civile de la vieille Europe, en large partie n’approuvent donc pas l’application en terre européenne des prérogatives de Washington, surtout du moment que cela représente tout simplement des pertes financières fortement importantes. Et à ce titre, les Européens savent compter.

Les élites de la vieille Europe, quant à elles, connaissent parfaitement les sentiments régnants cités ci-haut, d’où des déclarations récentes remettant en cause certains projets en cours, décidés en terre étasunienne mais devant être appliqués en terre européenne. Comprenant parfaitement le cercle vicieux dans lequel elles se trouvent, du moins les pays et populations qu’elles sont censées représenter, elles se veulent de faire démonstration de pouvoir parler en voix indépendante, tout en étant incapables de passer sérieusement aux actes.

Quelles perspectives ressortent donc de cette situation, compte tenu des divergences et contradictions qui ne cessent de monter en puissance au sein de la famille européenne et otanesque? Tout dépendra de la capacité des élites européennes d’être à l’écoute de leurs propres populations et des cercles d’affaires – les deux étant au final les principaux contribuables des ambitions en sol européen d’une puissance outre-Atlantique ayant pris l’habitude d’imposer ses innombrables volontés à ses «alliés». S’il est peu probable que les élites ouest-européennes auront le courage dans un avenir proche de donner un non catégorique à ces ambitions washingtoniennes, il n’empêche qu’ils pourront certainement faire retarder des décisions qui n’apporteront aucunement la sécurité à l’Europe, mais au contraire continueront à imposer des murs inutiles, le tout avec des apports financiers qui peuvent incontestablement être utilisés à de meilleurs fins.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Macron accusé par la Pologne d’être le «cheval de Troie» de la Russie

Quoiqu’on en dise, les relations entre alliés de l’Otan sont désormais loin d’être au beau fixe. Si depuis déjà un certain temps, c’est la Turquie du président Erdogan qui est pointé du doigt par les ultra-atlantistes d’être un cheval de Troie dans l’Organisation du traité de l’Atlantique nord, désormais certains pays vont jusqu’à en accuser la France de Macron. Que se passe-t-il vraiment au sein de la famille atlantiste?

Lors du dernier Sommet de l’Otan à Londres, les débats houleux n’ont pas manqué. Si les innombrables pressions visant la Turquie ont été maintes fois abordées, notamment celles venant des USA, pour qu’Ankara mette fin à son contrat avec la Russie dans le cadre de la livraison des systèmes S-400 – pressions auxquelles la Turquie a répondu par un non catégorique, désormais la dispute «familiale» s’élargit, y compris là où l’on s’attendait le moins. Ainsi, le ministre polonais des Affaires étrangères, Jacek Czaputowicz, a déclaré que la France actuelle est le «cheval de Troie» de la Russie https://www.nytimes.com/2019/12/04/world/europe/nato-future-trump-macron.html. Ni plus, ni moins.

Essayons maintenant de comprendre qu’est-ce qui a pu pousser à ce que la famille otanesque, qui paraissait tellement unie et infaillible à la chute de l’URSS, en arrive là. Et pourquoi Emmanuel Macron, celui qui était jusqu’à alors récemment chouchouté par les principaux médias mainstream, et notamment anglo-saxons, soit aujourd’hui sujet à critiques de la part de ces mêmes médias, notamment Financial Times ou encore Bloomberg.

Plusieurs raisons peuvent probablement être mentionnées. Si au départ, l’actuel chef de l’Elysée paraissait un partisan déclaré et assumé de l’establishment occidental général, avec à sa tête les USA, aujourd’hui plusieurs faits lui sont reprochés par les mêmes qui lui applaudissaient encore hier. Tout d’abord, sa volonté de remplir le manque de leadership à l’échelle européenne, ce que lui a valu d’être plusieurs fois comparé à Napoléon par les analystes anglo-saxons. Et connaissant le manque d’amour de ces mêmes Anglo-Saxons, surtout des Britanniques, pour ce personnage historique important de l’histoire française et européenne, le parallèle ne peut donc être considéré comme étant un compliment. D’autre part, ses appels à stopper pour le moment l’élargissement de l’Union européenne à de nouveaux membres, ne peut aucunement plaire à Washington. Sachant que c’est justement ce dernier qui tire profit d’un tel élargissement. De même qu’il a déjà tiré un large profit de l’élargissement de l’UE aux membres de « l’Est », que ce soit la Pologne, la Roumanie, ou encore les pays baltes – représentant tous les promoteurs par excellence des intérêts étasuniens au sein de la famille européenne. Et ce aussi bien sur le plan sécuritaire, énergétique ou économique.

Enfin, et il faut le reconnaitre à Macron – il fut pour le moment l’un des rares, sinon le seul, membre des élites occidentales à avoir reconnu de facto la fin du monde unipolaire. Evidemment, cela est quelque chose que nous avons annoncé il y a de cela plusieurs années, mais vaut mieux tard que jamais pour la reconnaitre cette réalité. Cette reconnaissance de fait évidemment ne peut que déplaire aux partisans jusqu’au-boutistes de l’ordre unipolaire. Ceci étant dit, cette déclaration du président français n’a jamais été une déclaration d’amour pour la nouvelle réalité multipolaire. Cela fut simplement une reconnaissance pragmatique de ce que le monde est devenu. Ceci étant dit aussi, Macron avait par la même occasion déclaré que dans le cadre de cette nouvelle réalité l’Europe doit être un acteur, et non pas un simple observateur. Une autre déclaration qui évidemment ne peut que déplaire aux élites washingtoniennes, pour qui toute volonté d’émancipation, aussi réduite soit-elle, de l’Europe vis-à-vis des Etats-Unis représente toujours un danger de premier degré. Ajoutez à cela les appels au renforcement de la coopération militaire intra-européenne, autre domaine auquel Washington accorde une attention particulière, et le tour est joué. Sachant que jusqu’à aujourd’hui la présence de troupes étasuniennes sur le sol européen est justifiée par la nécessité «de protéger ses alliés», une présence qui d’ailleurs permet largement aux USA de maintenir jusqu’à ce jour un contrôle sur la politique européenne dans son ensemble et dans divers secteurs.

Evidemment, le fait de considérer la France de Macron comme un «cheval de Troie» de la Russie est pour le moins assez ridicule. Car même si l’on puisse reconnaitre les quelques déclarations logiques et pragmatiques du leader français, cela ne fait aucunement de lui pour le moment un allié du monde multipolaire. D’ailleurs, ses nombreuses autres déclarations visant la Russie et d’autres nations indépendantes pro-multipolaires, ainsi que des intérêts clairement divergents à divers endroits du monde, d’Amérique latine en Afrique, en passant par le monde arabe, le confirment pleinement. Tout comme ses critiques de la Turquie, toujours lors du dernier sommet otanesque, pour avoir «osé» acheter des systèmes antimissiles russes.

Le fait donc d’entendre cette accusation visant la France de la part d’un pays comme la Pologne – cheval de Troie déclaré et assumé des USA en Europe, fait sérieusement sourire et démontre une sorte de division en groupes en termes d’assujettissement à Washington au sein de la famille otanesque. D’un côté la Turquie qui mène aujourd’hui une politique indépendante et souveraine dans le cadre de ses propres intérêts, tout en maintenant son « membership » au sein de l’Otan, la France et certains autres pays de la « vieille Europe » qui tout en étant sous large influence US se cherchent dans un monde en pleine ébullition, et enfin les marionnettes pleinement assumées des Etats-Unis dans ce cercle en la personne des Pologne, Roumanie et autres pays baltes. Des divisions en groupes en termes de russophobie par la même occasion.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’Otan: où mèneront les tensions turco-étasuniennes?

Alors que les pays-membres influents de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan) commencent à tirer la sonnette d’alarme quant à l’avenir de cette organisation, portant à ce jour l’héritage de la Guerre froide, les dissensions entre la Turquie et les autres membres de cette structure ne font que s’accentuer, notamment avec les USA.

Au cours des dernières années, les points de discorde entre le leadership turc et les représentants des autres pays-membres de l’Otan ont monté en flèche. Quoiqu’en puissent dire les divers experts traitant de cette question sur les raisons de cette discorde: politique «autoritaire» du président Erdogan, «violations» prétendues des droits de l’homme, coopération militaire avec la Russie – inimaginable pour un membre de l’Otan selon les responsables de Washington et Bruxelles -, et la liste n’est pas exhaustive, le fait est que les attaques à l’intérieur de la famille otanesque à l’encontre de la Turquie ne sont dues qu’au simple fait qu’Ankara assume pleinement sa politique indépendante et souveraine, conformément à ses intérêts nationaux.

Lors du récent Sommet de l’Otan à Londres, et malgré l’air «d’unité» affichée, les échanges houleux n’ont pas manqué. Cela fut évident lorsque le président français Macron demandera au chef d’Etat de la Turquie d’expliquer comment un pays-membre de l’Otan puisse se «permettre» d’acheter un système russe, comme les S-400. La réponse du président turc ne s’est pas fait attendre: «C’est à toi que je dois demander quoi acheter et à qui?»…

Le fait est que justement sur le fameux sujet de l’acquisition des S-400 russes par la Turquie, le leadership turc n’a pas failli à ses responsabilités engagées dans le cadre contractuel, et ce malgré l’énorme pression auquel il a dû faire face. Une chose est également certaine: bien que la Turquie et la Russie partagent parfois des approches plus ou moins différentes sur un certain nombre de dossiers internationaux, notamment en Syrie et plus récemment en Libye, néanmoins Ankara assume et tient à son partenariat stratégique avec Moscou. Et ce aussi bien sur le plan économique, politique, énergétique et désormais même sécuritaire.

Evidemment les élites étasuniennes, surtout la frange la plus radicale de l’establishment US, ne peut tolérer une telle «indépendance» d’un membre d’une organisation où tous sont censés appliquer à la lettre les prérogatives washingtoniennes. Le spectre donc des sanctions étasuniennes à l’encontre de la Turquie est aujourd’hui d’actualité plus que jamais. Mais le leadership turc a d’ores et déjà confirmé que la puissance eurasienne ne restera pas observatrice et adoptera si nécessaire des mesures de rétorsion. Et ces mesures éventuelles de rétorsion sont tout à fait sérieuses: Ankara ayant brandi la possibilité de fermer les bases militaires d’Incirlik et de Kurecik, se trouvant sur le territoire turc et utilisées par les USA.

Il serait bon de rappeler aussi que la Turquie n’est pas un simple figurant parmi les membres de l’Otan. Il s’agit tout simplement de la deuxième armée de l’Otan en termes d’effectifs, et qui représente historiquement le partenaire essentiel du flanc sud de l’organisation otanesque. Et il n’est nullement dans l’intérêt des élites atlantistes de perdre un tel membre. Le leadership turc le comprend parfaitement et fait en sorte d’agrandir encore plus son indépendance, notamment dans le cadre de ses relations avec la Russie ou encore l’Iran, et plus généralement l’espace eurasiatique auquel appartient le pays, dans le cadre de ses intérêts géoéconomiques comme géopolitiques, confortant ainsi la thèse d’être une importante puissance régionale souveraine. Le tout en ne fermant pas la porte au dialogue ni avec les Etats-Unis, ni avec les autres membres de l’Otan.

Néanmoins la question qui prévaut est la suivante: est-ce que les éléments radicaux de l’élite politique et militaire étasunienne soient capables de reconnaitre cette réalité d’indépendance de la part des pays revendiquant leur souveraineté, d’autant plus lorsque ceux-là font partie d’une structure où Washington se positionne en maître absolu? Bien peu probable.

Les déclarations émanant de la Turquie quant aux représailles éventuelles dans le cas des sanctions à son encontre ont un peu calmé les ardeurs étasuniennes: le Pentagone ayant déclaré faire des «efforts» afin de maintenir ses relations avec la Turquie et promouvoir un dialogue pour régler les différends. Confirmant ainsi la crainte américaine de devoir perdre la Turquie au sein de l’Otan. Un scénario tout de même et pour le moment peu imaginable – le coup serait trop dur pour la structure nord-atlantique. Ainsi, la Turquie y restera probablement encore membre un certain temps. Tout en poursuivant vraisemblablement sa politique actuelle d’indépendance, conformément à ses propres intérêts.

Plus que cela, l’exemple turc pourrait à terme devenir viral pour d’autres pays, notamment d’Europe occidentale – dont les élites au cours des dernières années ont parfois pris l’habitude de se fouetter soi-même, ou plutôt de frapper les intérêts de leurs propres pays et peuples. Surtout dans les cas où les prérogatives de Washington données à ses «alliés» européens représentaient tout simplement des pertes économiques de grande envergure, sans aucune compensation. La Turquie, à travers une approche bien différente, a montré la voie. Les leaders européens sauront-ils être à la hauteur des attentes de leurs populations, la question reste en suspens. Quant à l’Otan, il continuera d’exister encore un certain temps, mais de plus en plus sous perfusion artificielle – étant un organe qui devait tout simplement disparaitre au même moment que le Pacte de Varsovie.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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La Turquie poursuit son éloignement de l’Otan

La Turquie poursuit son éloignement de l'Otan

Les tensions entre la Turquie et ses «alliés» de l’Otan restent plus vives que jamais. Après celles entre Ankara et Bruxelles, c’est désormais avec Washington que les choses se corsent. Dans la recomposition géopolitique en cours dans la région, La Turquie et les États-Unis se retrouvent face à face.

Soyons clairs: jamais les USA n’ont été populaires auprès de Turquie. Ces dernières années, cette tendance s’est confirmée, aussi bien dans la majorité que d’une partie de l’opposition, notamment d’obédience républicaine. Et le fait d’encore appartenir à l’alliance Atlantique ne semble plus être en mesure de stopper la rhétorique hostile entre Ankara et Washington. Une chose est néanmoins certaine: le gouvernement turc ne compte pas reculer dans la défense de ses intérêts nationaux.

En effet, les récents propos du Président Erdogan et de plusieurs hauts responsables de son gouvernement à l’encontre des États-Unis soulignent une fois de plus la fracture au sein de l’Alliance nord-atlantique, dans laquelle Ankara représente indéniablement le seul acteur menant une politique indépendante vis-à-vis du chef étasunien.

Depuis le début de son opération militaire «Rameau d’olivier» dans le Nord syrien contre les Kurdes, préalablement coordonnée avec la Russie, le ton du pouvoir turc ne cesse de monter contre les USA, ces derniers étant les alliés déclarés des forces kurdes combattues par la Turquie. Des forces kurdes qui par ailleurs n’ont pas le soutien de Damas, après avoir ouvertement décidé d’être des éléments de déstabilisation étasunienne.

La Turquie est allée jusqu’à avertir les USA du risque de voir ses soldats frappés s’ils ne quittaient pas les zones du Nord syrien, où ils se trouvent en compagnie des YPG kurdes:

«Si les terroristes ne se retirent pas de Manbij en Syrie, nous lancerons une opération militaire dans cette région également [après celle du canton d’Afrine, ndlr]. Dans ce cas, les militaires américains en uniforme de YPG seront eux aussi la cible de notre opération», avait prévenu Bekir Bozdag, vice-Premier ministre turc. Un message réitéré par Mevlüt Çavuşoğlu, le chef de la diplomatie turque.

Puis, ce fut au tour du président Erdogan d’en rajouter, en condamnant ouvertement la présence US en Syrie: «On nous pose la question de savoir quand nous achèverons notre opération en Syrie. Et vous [les États-Unis, ndlr], êtes-vous partis de l’Afghanistan ou de l’Irak? Daech n’existe plus. Alors pourquoi restez-vous? Vous avez donc des projets contre la Turquie, contre l’Iran, ou peut-être, contre la Russie. Mais nous sommes fermes. Tant que le terrorisme menace notre sécurité, nous agirons avec détermination», avait-il dit, en intervenant devant les députés du groupe parlementaire du Parti de la justice et du développement.

La mention de l’Iran et de la Russie, qui selon Erdogan seraient eux aussi visés par les actions hostiles de Washington ne doit rien au hasard: Ankara poursuit son rapprochement géopolitique avec Moscou et Téhéran, en plus de liens économiques déjà intenses. Cela s’est d’ailleurs traduit avec l’organisation du Congrès des peuples de la Syrie à Sotchi, dans lequel la Turquie a apporté une sérieuse contribution, en coordination avec les gouvernements russe, et iranien.
Plus récemment encore, le dirigeant turc a ouvertement accusé Trump d’avoir menti à la Turquie, comme l’avait fait son prédécesseur Obama, faisant référence au large soutien militaire accordé par Washington aux éléments armés kurdes, considérés par Ankara comme étant terroristes.

En conséquence, depuis plusieurs années, les tensions entre la Turquie —deuxième armée de l’Otan en termes d’effectifs- et ses «partenaires» occidentaux, y compris étasuniens, ne font que s’exacerber. Parallèlement à cela, le rapprochement intraeurasien se poursuit. Et c’est d’ailleurs logique. La Turquie comprend aujourd’hui parfaitement qu’elle n’a rien de positif à attendre dans ses relations avec les élites politiques occidentales, qu’elles soient à Washington ou à Bruxelles. Dans cette situation, cette puissance régionale de premier plan sait qu’elle doit construire son avenir avec des partenaires de confiance, sur lesquels elle pourra compter en cas de difficulté. Surtout qu’elle sait parfaitement qu’elle est elle-même dans le collimateur de ceux qui ont initié le chaos dans cette région.

Néanmoins, il y a indéniablement encore des actions à entreprendre pour la Turquie. La première serait d’annoncer officiellement son désir de normaliser ses relations avec les autorités syriennes. En effet, plusieurs politiciens haut placés, aussi bien au sein du gouvernement que de certaines forces de l’opposition, reconnaissent que ce serait la meilleure solution et dans l’intérêt de la Turquie. Et cela porterait un coup certain aux ennemis de la stabilité dans cette région.

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Mikhail Gamandiy-Egorov