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L’agression de l’Otan en Libye: dix ans après

Dix années après l’intervention otanesque en Libye, qu’est-il advenu du pays longtemps considéré comme l’un des plus prospères d’Afrique? Cette intervention qui a non seulement créé le chaos sécuritaire en terre libyenne, mais également dans nombre de pays de la région, a par ailleurs tout simplement détruit les fondements étatiques de base. Pour autant, les responsables de cette agression ne se sentent pas coupables jusqu’à aujourd’hui.

Fait assez symbolique – cette période commémore aussi bien les dix années depuis l’intervention de l’Otan contre la Jamahiriya libyenne de Mouammar Kadhafi, que le 22ème anniversaire des bombardements de la même structure contre la Yougoslavie.

S’il est difficile de dire que les responsables de ces agressions répondront un jour pour les crimes commis – aussi bien à l’encontre des civils et militaires des pays concernés, mais également pour les destructions en masse des infrastructures, le fait est qu’à l’heure d’aujourd’hui il est clairement devenu beaucoup plus difficile pour les cerveaux de ces opérations de mener le même type de campagnes sans avoir à en rendre des comptes. Contrepoids des puissances non-occidentales et réalité multipolaire obligent.

Néanmoins et pour revenir à la Libye, mars 2011 peut effectivement être considéré comme le début de la fin de l’Etat libyen en tant que tel. Depuis, d’un Etat qui pouvait se permettre d’accueillir non seulement des migrants issus de pays régionaux et continentaux, mais même un nombre considérable de citoyens issus de l’UE, on est passé à un pays divisé, devenu un large émetteur de migrants – aussi bien locaux qui fuient l’insécurité et l’absence d’opportunités, qu’étrangers utilisant le sol libyen comme terrain de transit.

Ces derniers se retrouvent d’ailleurs bien souvent en situation terrible, allant jusqu’à l’esclavage pur et simple – dans nombre de cas d’ailleurs pratiqué par les anciens alliés locaux de l’Otan dans l’opération de la chute de Mouammar Kadhafi, parmi lesquels des bandits et des terroristes. La traite d’êtres humains étant devenue monnaie courante dans la nouvelle Libye post-Kadhafi. Une chose est sûre – la Libye d’aujourd’hui n’a plus grand-chose à avoir avec la Jamahiriya.

Un rappel, et non des moindres, s’impose également. A savoir que l’opération otanesque de 2011 affirmait vouloir « protéger les civils ». Pour autant, Foreign Policy affirme que nombre de civils ont justement été tués lors de l’opération militaire de l’Otan et qu’il est temps de faire face aux responsabilités.

Un autre auteur de Foreign Policy, souligne quant à lui que «l’intervention en Libye de 2011 a plongé la région dans une décennie de chaos et a sapé la confiance des Etats-Unis quant au bien-fondé d’utiliser la force militaire pour sauver des vies». Ceci étant dit, il serait sans aucun doute fort naïf que de croire que l’intervention de l’Otan contre la Jamahiriya libyenne était destinée à sauver des vies. Quant au manque actuel de confiance des USA à pouvoir intervenir à divers endroits du monde sans impunité – cette époque est effectivement terminée, comme rappelé ci-haut, et cela est très principalement dû au contrepoids désormais existant sur l’arène internationale.

Pour revenir à mars 2011, l’objectif était clair dès le début: se débarrasser d’un Etat souverain et prospère pour s’accaparer autant que possible de ses ressources naturelles et prendre d’autres «opportunités d’affaires», ainsi que d’éliminer un leader africain et arabe révolutionnaire, dont non seulement les idées, mais également les actions avaient beaucoup contribué à aider nombre d’autres pays africains. Cela sans même parler des énormes projets que Mouammar Kadhafi comptait réaliser pour le bienfait non seulement de son pays, mais aussi pour tout le continent africain. Désormais, cela ne représente plus que des rêves non-réalisés.

Mais l’autre chose marquante et qui est toujours si propre à la mentalité des élites atlantistes, c’est l’arrogance permanente qui les caractérise. Tout comme, encore une fois, l’hypocrisie extrême. A ce titre, l’appel d’Emmanuel Macron afin «que les forces turques et russes quittent le sol libyen au plus vite», est pour le moins ridicule – lorsqu’on sait quelle énorme responsabilité porte justement son pays dans la crise et le chaos qui perdurent en Libye depuis l’intervention de l’Otan de 2011. Une intervention dans laquelle la France de Sarkozy a joué d’ailleurs un rôle de premier plan.

Et que si l’Elysée souhaite réellement avoir un quelconque rôle positif dans le dossier libyen – qui malgré la mise en place d’un gouvernement de transition – est encore loin d’être réglé, peut-être qu’il faudrait commencer par faire un sincère mea-culpa pour la situation qui perdure dans ce pays depuis les conséquences de l’intervention otanesque.

Ces excuses doivent aller aussi bien à l’encontre du peuple libyen, mais également tous les autres peuples d’Afrique dont les pays ont connu une vive recrudescence de terrorisme – notamment dans la région du Sahel, dont l’une des principales raisons est justement le «résultat» de l’intervention en Libye. Notamment au Mali – où la présence militaire française date depuis déjà de longues années, au motif de «lutter contre le terrorisme», sans y obtenir de résultats réellement convaincants. La société civile malienne en sait quelque chose. D’où sa vive opposition à cette présence.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’océan Indien pour trois: la Russie, la Chine et l’Iran mèneront des exercices navals conjoints

La Chine, la Russie et l’Iran se préparent à de nouveaux exercices conjoints – dans le Nord de l’océan Indien. Le triumvirat semble plus que jamais déterminé à montrer son unité aussi bien dans le cadre trilatéral que du grand espace eurasien dans son ensemble – devenu un fer de lance évident du concept multipolaire. Et vraisemblablement aussi de la véritable communauté internationale.

Après les exercices navals conjoints de décembre 2019 entre les trois pays, qui s’étaient déroulés dans l’océan Indien et le golfe d’Oman, les forces armées chinoises, russes et iraniennes se rencontreront désormais à nouveau dans le cadre d’un exercice naval dans le Nord de l’océan Indien.

Si les trois puissances ne cachent pas leur proximité dans la sphère géopolitique, géoéconomique et sécuritaire internationale, il n’empêche qu’à chaque nouvelle action du triumvirat, l’establishment politico-médiatique occidental s’active dans ses commentaires. Cette nouvelle fois n’a pas fait l’exception.

Pour France Info, les trois nations présentent désormais un front uni face à leurs rivaux occidentaux. En parlant justement de rivalité, il serait tout de même important de rappeler que c’est précisément Moscou, Pékin et Téhéran qui sont considérés comme étant les principaux adversaires de Washington, et ce au niveau officiel de ce dernier. Et par la même occasion du bloc occidentalo-atlantiste dans son ensemble.

Mais une fois de plus ce qu’oublient de dire les médias mainstream sur le sujet, c’est que l’alliance sino-russo-iranienne n’est pas à sa base principale une alliance destinée contre un bloc particulier. Il s’agit avant tout d’une union entre trois grandes civilisations mondiales, menant des politiques indépendantes et souveraines – conformément à leurs intérêts nationaux respectifs. Les trois nations appartiennent par ailleurs au grand espace eurasien, dans lequel leurs visions convergent sur nombre de dossiers. Des convergences que l’on retrouve également sur de nombreux dossiers internationaux, qui dépassent le cadre strictement eurasien.

Aussi, la Russie, la Chine et l’Iran sont des fervents partisans du concept multipolaire du monde – devenu réalité. Et partagent également des positions similaires ou proches sur des défis majeurs comme la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme. Et c’est peut-être seulement après que l’opposition à l’unilatéralisme occidental commence à prendre également forme – et ce pour des raisons tout à fait logiques et légitimes.

Après tout, l’Occident politique, qui représente une infime partie de l’humanité, mais continue de s’autoproclamer porte-parole de la communauté prétendument internationale, se doit progressivement d’apprendre que la véritable notion de communauté internationale a pris forme en Eurasie. Faudrait-il encore le rappeler qu’une grande structure eurasienne et internationale comme l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) représente à elle seule près de la moitié de la population mondiale, des ressources naturelles stratégiques en grande quantité (20% des ressources mondiales pétrolières et près de 40% des ressources gazières pour ne citer que cela), mais aussi et cela ne doit pas être oublié – des routes commerciales stratégiques – appelées à monter encore plus en puissance dans les années à venir.

Et au-delà de l’aspect des divergences géopolitiques évidentes entre l’Occident nostalgique de l’unipolarité et les partisans affirmés du monde multipolaire actuel, la géoéconomie effectivement n’est pas en reste. L’Occident – ayant si longtemps promu le concept d’une libre concurrence internationale – se retrouve aujourd’hui dans toutes ses propres contradictions du moment que la concurrence géoéconomique entre les nations occidentales et non-occidentales ait atteint un niveau important dans le monde contemporain. Et réfute de plus en plus activement les notions dont il a tellement fait la promotion. Une promotion faite évidemment à une époque où il était pratiquement l’unique bénéficiaire.

Et au lieu de mettre en avant ses éventuels atouts pour assumer pleinement cette concurrence internationale, l’establishment occidental préfère miser sur les pressions multiples, allant de sanctions jusqu’au non-respect de ses propres engagements. Peu de domaines y échappent – de la sphère énergétique jusqu’aux nouvelles technologies. Pratiquement tous les atouts de ses adversaires géopolitiques et géoéconomiques sont non seulement dénigrés mais se retrouvent constamment dans le viseur des élites occidentales.

Le problème de l’approche occidentale est large et multiple. Tout d’abord, l’Occident apprend désormais à faire face au principe de la réciprocité. Que ce soit dans le domaine économique où les contre-sanctions efficaces face aux sanctions occidentales ont fait leurs preuves. Ou même dans la sphère médiatique, avec comme dernier exemple en date – l’interdiction de diffusion de la BBC en Chine après que la licence de diffusion au Royaume-Uni ait été retirée à la chaine de télévision internationale chinoise CGTN. Le domaine militaro-sécuritaire n’est pas en reste. Tout comme le contrepoids politico-diplomatique, y compris au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU où le bloc sino-russe arrive à stopper des initiatives occidentales d’un autre temps.

L’autre atout qui joue en faveur des partisans de la multipolarité est le soutien de plus en plus affiché des nations non-occidentales aux grandes puissances comme la Chine, la Russie et l’Iran. Notamment en Afrique, au Moyen-Orient ou encore en Amérique latine. Sans oublier une part notable de la société civile y compris même dans les pays occidentaux. Renforçant un peu plus le bloc pro-multipolaire et les intérêts réciproques.

En ce sens l’axe Chine-Russie-Iran joue effectivement un rôle de premier plan. Les actions conjointes du triumvirat, notamment la coordination militaro-sécuritaire, politique et économique renforcent un peu plus ce concept d’une communauté internationale au sens véritable et large du terme. Quant aux nouveaux exercices militaires conjoints – ils ne font que confirmer une fois de plus la confiance existante entre Pékin, Moscou et Téhéran. Aussi bien dans le cadre trilatéral qu’international. 

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Donnant-donnant: la Russie se retire du traité Ciel ouvert

Après le retrait unilatéral des Etats-Unis du traité international Ciel ouvert, la Russie a à son tour annoncé le 15 janvier dernier sa décision de se retirer dudit accord. Une réaction attendue et comprise par les alliés de Moscou. Une chose est néanmoins certaine – le niveau de confiance entre la Russie et l’Occident est au point mort.

Les Etats-Unis ont officiellement quitté le traité international Ciel ouvert le 22 novembre 2020, sous l’administration Trump. Ledit traité, signé par 35 Etats et entré en vigueur en janvier 2002, avait mis en place un programme de vols de surveillance non armés sur la totalité du territoire des Etats signataires – visant ainsi à renforcer la compréhension et la confiance mutuelle entre ses participants, notamment dans le cadre de la collecte d’informations au sujet des forces militaires et des activités qui y sont liées.

Signé initialement dans la capitale finlandaise Helsinki le 24 mars 1992 – à une époque où nombreux se trouvaient encore dans l’euphorie d’une prétendue fin de la guerre froide et d’autres avaient l’espoir d’une nouvelle page relationnelle entre l’Occident et la Russie. Cet optimisme fut évidemment rapidement dissipé lorsqu’en lieu et place d’un dialogue honnête, l’Occident politique – USA à sa tête – avait commencé les atrocités liées au concept unipolaire du nouvel ordre mondial. Plusieurs pays souverains en paieront les frais. Parmi les premières fut la Yougoslavie.

L’Otan quant à elle, ayant pourtant donné des promesses non-réalisées au dernier président soviétique Mikhaïl Gorbatchev, notamment de ne pas aller à l’élargissement vers l’Est – fera tout le contraire – pour se retrouver un jour tout simplement aux portes des frontières russes. Evidemment et tant qu’en Russie se trouvait en place un pouvoir libéral pro-occidental, cela paraissait «bon enfant». Après tout pourquoi y voir un quelconque danger? Mais il a suffi que la Russie reprenne sa place au sein du concert des nations pour que cette présence devienne la source de multiples provocations. Et que l’implantation otanesque le long des frontières russes prenne une forme bien moins «amicale».

Les événements observés au cours des vingt dernières années ont confirmé une réalité simple : le monde avait indéniablement besoin de contrepoids. Dans le but de pouvoir bloquer lorsque cela est nécessaire les appétits néocoloniaux d’une minorité à l’échelle planétaire. Avec comme résultat une animosité sans précédent à l’heure actuelle, entre les Etats partisans du concept multipolaire du monde – devenu réalité, d’un côté, et les nostalgiques de l’unipolarité révolue de l’autre.

Mais malgré la nouvelle phase des tensions sans précédent entre l’Occident politique et la Russie, que nombre d’analystes appellent la Guerre froide 2.0, Moscou continuait à maintenir ses engagements dans le cadre des accords signés. Notamment celui du traité Ciel ouvert.

Plus que cela, après le retrait unilatéral de Washington du traité, ce dernier espérant faire de Moscou le dindon de la farce, les autorités russes avaient maintenu un dialogue sur le sujet avec les partenaires européens, également signataires et alliés des USA dans le cadre otanesque. Espérant obtenir des garanties sur la non-transmission des informations de la part des élites européennes – en vain. Pour autant, il serait fortement naïf que de croire que les Européens n’auraient pas partagé les informations recueillies sur la Russie avec leur maitre étasunien, d’autant plus que selon nombre de sources Washington aurait déjà mis en place un mécanisme lui permettant de collecter les informations sur la Russie, à travers des vols de reconnaissance effectués par les pays européens signataires du traité et alliés des Etats-Unis.

La Russie a donc pris ses responsabilités relatives à sa sécurité en annonçant à son tour les procédures de retrait du traité Ciel ouvert. C’est d’ailleurs ce qu’a rappelé le 27 janvier dernier le porte-parole du président russe Dmitri Peskov: «Le président Poutine avait souligné qu’après la décision de retrait des Etats-Unis du traité Ciel ouvert, la Russie continuait à chercher des moyens, une opportunité pour rester dans cet accord. Cependant, ces recherches n’ont donné aucun résultat et les négociations avec les Européens n’ont apporté aucun résultat positif. A partir de cela, la Russie a pris sa décision».

En d’autres termes – la Russie ne pourra plus réaliser de vols de surveillance coordonnés dans le cadre dudit traité au-dessus des USA, ni des pays européens signataires. Le fait est que ni Washington, ni ses alliés européens, ne pourront faire de même vis-à-vis de la Russie. Logique simple et réponse adéquate. Si certains pensaient que mettant à profit des sous-traitants, le résultat espéré pouvait être maintenu, ils se sont vraisemblablement trompés de calculs.

Du côté de la Chine, la décision russe a été soutenue. Ainsi, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hua Chunying, a noté que le retrait de la Russie du traité Ciel ouvert était inévitable en raison de la position étasunienne sur cette question.

En conclusion, Washington, une fois de plus dans un style de poker raté n’a pas eu gain de cause. Mais en parlant du dindon de la farce, ne serait-ce pas la caractéristique, une fois de plus, des élites européistes? A force de vouloir appliquer les prérogatives washingtoniennes, dans un pur rôle de sous-traitants, il est logique de se retrouver en qualité de perdants d’une stratégie qu’ils ne maitrisent simplement pas. Et sur laquelle ils n’ont aucune influence, si ce n’est que d’en faire l’application.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Le ridicule au summum des USA à l’encontre de Cuba

L’administration sortante étasunienne a placé Cuba sur sa liste noire des «Etats soutenant le terrorisme». Une décision dénouée de sens connaissant l’essence même de la politique internationale menée par La Havane, depuis des dizaines d’années et à ce jour.

Selon l’administration de Donald Trump, dont le mandat à la tête des Etats-Unis, vient de s’achever, cette décision datant d’il y a un peu plus d’une semaine, aurait été justifiée pour la raison que Cuba «ait apporté son soutien de manière répétée à des actes de terrorisme international et en donnant refuge à des terroristes». C’est ce qui a été annoncé par le chef de la diplomatie de l’administration étasunienne sortante Mike Pompeo.

La Havane avait réagi à travers son ministre des Affaires étrangères Bruno Rodriguez, en dénonçant l’opportunisme politique de l’administration Trump, reconnu par tous ceux qui se soucient avec honnêteté du fléau du terrorisme et de ses victimes. Mais le plus ridicule dans toute cette énième attaque washingtonienne contre Cuba, c’est que l’establishment US pense encore et toujours que l’opinion publique internationale est incapable de dissocier le vrai du faux. En l’occurrence ici – le faux total. Ou fake tout simplement pour reprendre le mot si apprécié au sein des élites atlantistes.

En parlant justement de terrorisme, quelques questions légitimes s’imposent. Est-ce Cuba qui avait, en toute illégalité internationale, détruit un pays comme l’Irak, pour y laisser se propager le virus du terrorisme, dont on voit aujourd’hui les résultats non seulement dans la région du Moyen-Orient mais également à d’autres endroits du monde? Est-ce Cuba qui a détruit un pays africain tantôt prospère, en l’occurrence la Libye de Mouammar Kadhafi, afin que le chaos et le terrorisme deviennent parties intégrantes du quotidien des Libyens depuis l’intervention de l’Otan – là aussi en violant le mandat onusien concerné?  

Ou encore en Syrie – est-ce La Havane qui en tentant à faire tomber un gouvernement d’un Etat souverain, y a laissé prospérer le pire du terrorisme international, sans en prendre aucune mesure digne de ce nom, si ce n’est quelques gestes symboliques lors de la fin de vie des nébuleuses terroristes dans ce pays? Des commentaires supplémentaires seraient probablement inutiles.

Par contre ce que Cuba a effectivement fait, et c’est là peut-être aussi l’une des sources du problème, c’est qu’au-delà d’avoir apporté un large soutien médical à ses alliés progressistes d’Amérique latine et de d’autres régions du monde, notamment durant la propagation du Covid-19, elle a apporté son aide y compris à nombre de pays occidentaux – sans rien attendre en retour. A l’image de sa politique traditionnelle humaniste.

Si cette décision de l’administration Trump ne peut effectivement qu’être considérée comme étant complètement insensée et ridicule, elle a au moins le mérite de remettre à l’ordre du jour ce que Washington a toujours souhaité vis-à-vis de La Havane. A savoir avoir un Etat soumis, corrompu jusqu’aux os, et dont l’écrasante majorité de la population ne pourrait avoir accès ni à l’éducation, ni aux soins médicaux dignes de ce nom. Tout l’inverse de ce qu’a apporté la révolution cubaine.

D’ailleurs Trump n’avait jamais caché son animosité vis-à-vis de Cuba, et ce dès les premiers jours de sa prise de pouvoir. Au même titre que vis-à-vis d’autres pays d’Amérique latine, menant une politique souverainiste et progressiste et d’autres nations considérées comme des adversaires à la politique US. Cette politique a mis d’ailleurs à mal le rôle d’anti-système que certains auraient voulu accorder à Trump.

Pour autant faut-il s’attendre à une amélioration des relations sous l’administration Biden? Bien que les méthodes puissent changer, la réponse est très certainement non. Cuba restera dans le viseur de Washington comme la référence et la source d’inspiration non seulement pour de nombreux Etats d’Amérique latine, mais également à d’autres endroits du monde. D’ailleurs et à Cuba – personne ne s’en fait d’illusions.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Sanctions US contre la Turquie: uniquement pour les S-400?

Les Etats-Unis ont mis leurs menaces visant la Turquie à exécution. Cette annonce de sanctions visant Ankara pour l’acquisition du système russe de défense antimissile S-400 est-elle cependant la seule raison pour cette étape ultime de pression sur la Turquie? Rien n’est moins sûr.

Washington a effectivement annoncé des sanctions contre la Turquie pour son acquisition du système de défense aérienne russe S-400, interdisant tout nouveau permis d’exportation d’armes à l’agence gouvernementale turque en charge des achats d’armement. 

Du point de vue pratique, cela signifie que les USA interdisent désormais l’attribution de tout nouveau permis d’exportation d’armes à l’agence gouvernementale turque en charge des achats d’armement (SSB), et interdisent l’entrée sur le territoire étasunien à ses dirigeants, dont le chef du SSB – Ismail Demir. C’est ce qui a été annoncé par l’actuel chef de la diplomatie US Mike Pompeo.

«Les mesures prises signalent clairement que les Etats-Unis ne tolèreront pas de transactions significatives avec les secteurs russes de la défense et du renseignement», a précisé le secrétaire d’Etat étasunien.

Du point de vue des perspectives, il s’agit évidemment d’une première dans la relation entre alliés de l’Otan. Plus exactement – entre la première et la deuxième force en termes d’effectifs de l’organisation atlantiste.

La Turquie n’a de son côté pas manqué de réagir. Et une fois de plus – ne compte vraisemblablement pas reculer sur ledit dossier. A ce titre, Ismail Demir, visé par ces sanctions, a déclaré que son pays est déterminé à parvenir à une industrie de la défense totalement indépendante sous la direction du président Recep Tayyip Erdogan. 

«Aucune décision prise à l’étranger envers moi-même ou notre institution ne changera ma position ou celle de mon équipe», a déclaré Ismail Demir dans un tweet. En ajoutant que «les sanctions ne pourront en aucun cas entraver l’industrie de la défense turque».

Un son de cloche similaire du côté d’autres hauts responsables de la Turquie, que ce soit de la présidence, de sa diplomatie ou encore de ses parlementaires – issus aussi bien du parti au pouvoir, que de l’opposition. En d’autres termes – la souveraineté turque, et ce malgré l’appartenance otanesque, reste non-négociable pour son élite. Plusieurs de ses membres ont même appelé à l’accélération d’une pleine utilisation des S-400 par la Turquie.

Pour le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov – les sanctions étasuniennes visant la Turquie sur les S-400 n’ont pas été une surprise, il s’agit d’une énième manifestation d’une attitude arrogante envers le droit international, ainsi que des mesures tout simplement illégales. Une solidarité partagée par le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Djavad Zarif, qui a fermement condamné de son côté les sanctions US imposées à la Turquie, évoquant un «mépris du droit international». 

«Nous condamnons fermement les récentes sanctions américaines contre la Turquie et nous nous tenons aux côtés de son peuple et de son gouvernement», a publié dans un tweet le chef de la diplomatie iranienne.

Pour nombre d’experts, les actions étasuniennes à l’encontre d’Ankara ne feront certainement pas fléchir cette dernière. Néanmoins, il s’agit très certainement d’un signal pour d’autres clients potentiels de l’armement russe. Si des pays comme la Chine, l’Inde, l’Algérie, l’Iran, la Turquie, ainsi qu’un certain nombre de nations eurasiennes et latino-américaines, n’ont pas été impressionnés jusqu’à maintenant par la menace des dites sanctions, il n’empêche que des Etats entretenant des relations fortes avec Washington pourraient abandonner leur intérêt pour les systèmes russes sous la pression washingtonienne. Difficile pour les Etats-Unis d’assumer une concurrence loyale et digne face à une production compétitive, sophistiquée et avec un bien meilleur rapport qualité/prix. Ceci étant dit, cela ne pourra nuire de façon considérable aux intérêts de Moscou sur le marché international de l’armement.

Mais concernant la Turquie plus particulièrement, les actions hostiles des USA sont-elles dues uniquement au dossier des S-400? Rien n’est moins sûr. En effet, plusieurs raisons peuvent également avoir largement contribué à cette énième attaque à sanctions des Etats-Unis contre un pays souverain. Tout d’abord, l’establishment US n’aime pas avoir des partenaires qu’il doit traiter en égal. A ce titre, il préfère bien plus la relation de dictant à sous-traitant.

D’autre part, les actions turques des dernières années ont confirmé l’indépendance de sa politique extérieure aussi bien vis-à-vis de Washington, que du siège otanesque Bruxelles. Par ailleurs, l’hypocrisie occidentale est caractérisée également par une autre forte contradiction: Washington et nombre d’autres capitales occidentales parlent «d’actions déstabilisantes» de la Turquie dans divers régions du monde. Bizarre, ces condamnations étaient totalement absentes du langage des élites atlantistes lorsque la Turquie participait à la déstabilisation de la République arabe syrienne et de son gouvernement, de concert avec les Occidentaux. Notamment durant la première phase du conflit syrien.

Et là aussi ce n’est pas tout. La capacité d’Ankara de trouver des accords et des compromis dans des dossiers régionaux et internationaux, notamment avec Moscou et Téhéran, y compris en ayant des intérêts parfois divergents – le tout sans y inclure les puissances occidentales, et surtout les USA, semble confirmer la colère de l’élite US, et atlantiste de façon générale.

Si en Syrie, cela a été atteint avec le processus d’Astana, le dossier récent du Haut-Karabakh – où l’accord de paix a été négocié sans la participation de Washington et de Paris qui souhaitaient vivement être impliqués, peut avoir été la goutte de trop.

Le souci pour les élites étasuniennes, et plus généralement occidentalo-atlantistes, c’est que ces mécanismes du concept multipolaire du monde semblent désormais en phase active. Quant aux sanctions, elles ne pourront pas stopper la chute confirmée de l’unilatéralisme occidental. Mais tel un patient inguérissable – l’establishment occidental semble rejeter tous les traitements – par la même occasion accélérant sa propre chute.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Non, l’Afrique n’a pas besoin de tutelle extérieure

La rhétorique qui émane de nombre de représentants de l’élite politique occidentale reste profondément ancrée dans une volonté de maintenir le continent africain, du moins une large partie, sous sa tutelle personnelle. En omettant bien souvent le fait que l’avenir de chaque nation se décide par le peuple souverain.

Les récentes accusations du président français Emmanuel Macron quant à la prétendue participation de la Russie et de la Turquie dans une campagne antifrançaise en Afrique ont eu au moins le mérite de remettre au grand jour cette vision propre aux élites élyséennes, et plus généralement occidentales, vis-à-vis de l’Afrique. A savoir une vision paternaliste, ni plus ni moins.

En effet, et au-delà d’émettre les dites accusations contre Moscou et Ankara, le dirigeant français s’en prend également à certains chefs d’Etat africains, qui selon lui participent à cette stratégie. Par cette seule déclaration, il devient assez clair que le «mal» selon Paris et donc beaucoup plus profond que les prétendues interférences russes et turques. Evidemment et en ce qui concerne les dirigeants africains visés par ces déclarations du chef d’Etat français, on peut certainement conclure qu’il s’agit de tous les leaders de pays africains menant une politique souveraine et indépendante – aussi bien vis-à-vis de Paris, que de façon générale. Ou en tout cas en cours de mener une telle politique – d’ailleurs tout à fait logique pour n’importe quel pays souverain.

Mais plus que cela encore, toute l’erreur du leadership élyséen et atlantiste de façon générale, c’est qu’ils prétendent ne pas voir et admettre que si aujourd’hui l’opinion publique africaine dans sa large partie est hostile à la politique extérieure française et occidentale, ce n’est certainement pas en raison de la montée en force des puissances non-occidentales sur le continent, comme c’est le cas pour la Chine, la Russie, l’Inde, la Turquie ou l’Iran, entres autres, mais bel et bien en raison d’un ras-le-bol devenu évident au sein des populations africaines vis-à-vis de la vision unipolaire de l’establishment occidental, y compris français.

D’ailleurs, c’est ce qui ressort massivement dans les commentaires de nombreux analystes africains, tout comme des populations concernées, à savoir jusqu’à quand Paris et d’autres capitales occidentales vont prétendre avoir un droit de tutelle sur certains pays africains? Les belles paroles sur les liens « privilégiés » avec l’Afrique n’y changent rien: les Africains sont aujourd’hui jaloux de leur souveraineté et de leur pleine capacité à forger des partenariats, voire des alliances, avec qui bon leur semble.

Pour le reste et au-delà de cette vision purement néocoloniale dont l’Occident politico-médiatique ne peut se défaire, ce dernier se contredit sur un autre point notable. N’est-ce pas ce même Occident qui durant l’ère unipolaire désormais révolue, prétendait que la libre concurrence dans le monde est un processus naturel et logique? Désormais ce ne serait donc plus le cas, puisque les puissances non-occidentales sont allées trop loin en osant démettre de son piédestal les principaux pays occidentaux – les principales ex-puissances coloniales par la même occasion?

Le constat est donc relativement simple. Les élites occidentales n’ont vraisemblablement aucune honte pour leur passé colonial qu’elles assument volontiers en voulant l’adapter à la réalité actuelle – en maintenant plus ou moins les mêmes mécanismes en termes des rapports avec les pays anciennement colonisés, mais cette fois-ci avec le sourire. Certes, un sourire un peu nerveux.

D’autre part, ces mêmes élites, et les récentes déclarations macroniennes ne font que le confirmer, refusent de reconnaitre le droit à la souveraineté des peuples africains. En maintenant la même approche: soit vous êtes dans notre camp et vous serez relativement «bien» traités. Si vous refusez ce schéma: vous allez subir toutes sortes de pressions, sanctions, déstabilisations, menaces et intimidations.

Enfin, toutes les actions récentes occidentales ont bel et bien confirmé que la notion de libre concurrence n’est valable que lorsque ce même Occident politique pouvait en garder les leviers, et en tirer le profit maximal. Mais depuis les succès sur les plans géopolitique, géoéconomique et sécuritaire des puissances non-occidentales – partisanes du concept multipolaire du monde devenu réalité, toutes les belles paroles sur cette fameuse liberté ne sont devenues que poussière.

Une chose reste néanmoins certaine – le temps de la tutelle sur l’Afrique approche sa fin. Cette notion, ouvertement raciste, n’a plus aucune place dans la réalité mondiale qui s’est formée. Et qui continuera à s’imposer.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Le néo-ottomanisme jusqu’au-boutiste d’Erdogan

La Turquie élargit ses fronts d’action à de plus en plus de régions du monde. Cette politique du président Erdogan, qui n’hésite pas à se brouiller avec même ses alliés de l’Otan, est indissociablement liée à ses ambitions personnelles et au rôle auquel il veut être associé dans l’histoire contemporaine turque. Mais ces actions sont bien souvent à double tranchant.

Il est aujourd’hui admis que la Turquie de Recep Tayyip Erdogan a considérablement augmenté son influence au-delà de ses frontières. 13ème puissance économique mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat (PPA), importante puissance régionale eurasienne, avec des ambitions qui dépassent de plus en plus le cadre strictement régional. Les avancées réalisées par la Turquie contemporaine sont dues à plusieurs facteurs. Au-delà de l’aspect erdoganiste, c’est un peuple travailleur et ambitieux qui a beaucoup contribué aux succès du pays, notamment sur le plan économico-commercial.

Mais il faut reconnaitre aussi que la personnalité d’Erdogan est fermement liée à la page historique de cette Turquie contemporaine. Tacticien et stratège brillant, avec une capacité d’adaptation plutôt unique. Menant une politique souveraine, avec une dépendance qui se réduit à vue d’œil de l’Otan – dont la Turquie fut longtemps considérée comme le pilier sud. Provoquant des tensions internes sans fin au sein de la famille otanesque. Et à chaque fois que les relations allaient dans le sens de la détérioration avec l’Occident, Ankara ne manquait pas l’occasion d’un rapprochement avec les grandes puissances non-occidentales, dont la Russie, l’Iran et parfois la Chine.

Mais cette volonté d’indépendance reste aussi fortement liée à la vision néo-ottomane du président turc – s’étant fixé un objectif de devenir une sorte de nouveau calife du monde musulman. Oubliant par la même occasion que nombre de peuples concernés sont loin de partager cette vision. La Syrie en est un exemple. Justement, l’échec sur le front syrien – à savoir la volonté de faire tomber le président Bachar al-Assad et de prendre la main sur ce grand pays du monde arabe, semble jusqu’à aujourd’hui tourmenter Erdogan, notamment dans ses relations avec la Russie et l’Iran. Deux pays dont la Turquie dépend fortement économiquement, mais qui enragent le leadership turc pour ne pas lui avoir laissé réaliser son rêve sur le sol syrien.

Il faut être clair – sans la réalisation des visées néo-ottomanes en Syrie, mais également en Libye, ce fameux rêve restera qu’un concept sans sa finalité. D’où aujourd’hui les tentatives agressives d’Erdogan de tenter à prendre une sorte de revanche dans le Haut-Karabakh. Et ce au moment même où l’espace eurasien – auquel faudrait le rappeler la Turquie appartient aussi – connait nombre de tentatives de déstabilisations extérieures. Comme notamment en Biélorussie.

Et c’est justement là que l’on arrive au double, voire au triple tranchant, de la chose. Au-delà du fait qu’il sera compliqué à la Turquie d’arriver pleinement à ses fins dans le Haut-Karabakh, et ce pour plusieurs raisons, politiques comme militaires, avec comme finalité des négociations dont Ankara ne sortira pas grande gagnante. Plus que cela, l’agressivité de la politique extérieure turque en Transcaucasie poussera les alliés de la Syrie à activer la phase finale de la libération du reste de la province d’Idlib – qui abrite encore nombre d’éléments terroristes, y compris affiliés à Ankara, avec comme résultat leur anéantissement. Sans oublier la Libye, où Ankara a certes sauvé ses alliés tripolitains de la défaite totale, sans pour autant pouvoir leur assurer une victoire digne de ce nom, alors qu’ils continuent de contrôler moins de la moitié du territoire national. Et ce sans perspectives proches à pouvoir espérer plus.

Et plus que cela encore, le risque principal que court la Turquie d’Erdogan, c’est tout simplement de perdre les liens stratégiques avec ses partenaires russes comme iraniens, pour se retrouver en pleine face du mécontentement de ses alliés otanesques, dont la colère de la politique erdoganiste ne cesse d’augmenter. Et si cela arrivera, il lui sera alors beaucoup plus compliqué à pouvoir continuer à mener cette politique d’indépendance tellement souhaitée par Ankara.

D’autant plus qu’une autre grande puissance internationale comme la Chine n’apprécie guère elle aussi les tentatives turques à jouer de façon fort malhonnête sur le prétendu problème ouighour. Restera évidemment toujours la possibilité pour Ankara de compter sur les finances et l’appui qatari – bien qu’il faille se rendre à l’évidence – ce soutien ne permettra jamais à la Turquie de pouvoir jouer un rôle majeur et responsable dans le monde multipolaire. Au leadership turc d’en méditer.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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France vs Turquie: Macron a-t-il les moyens de ses ambitions?

Alors que le ton est récemment une nouvelle fois monté entre le leadership français et turc, la France qui essaie de continuer à se positionner comme une puissance internationale est-elle vraiment à l’heure des changements mondiaux ? Rien n’est moins sûr.

La vérité dans toute cette situation intra-otanesque, puisqu’il s’agit bel et bien de deux pays membres de l’Otan, concerne à dire vrai plusieurs volets, et non des moindres. Ambitions personnelles de ses dirigeants, notamment sur l’arène géopolitique mondiale, niveau de souveraineté, attrayance internationale, puissance militaire et économique – tous ces points constituent des orientations clés pour comprendre le conflit opposant de plus en plus ouvertement Paris et Ankara.

Tout d’abord, il serait juste de rappeler qu’en termes de niveau de souveraineté, la France est aujourd’hui certainement bien derrière la Turquie. Si cette dernière reste toujours membre de l’Otan, ce n’est pas pour autant qu’elle applique à la lettre les prérogatives voulues par la force se considérant maitre absolu à bord – en la qualité des USA. Beaucoup pensent évidemment au dossier de l’acquisition par la Turquie des S-400 russes, à la grande colère non seulement de Washington, mais également de ses satellites européens, dont la France.

Mais ce n’est pas le seul dossier dans lequel Ankara se désolidarise de ses alliés otanesques. En effet, la Turquie entretient d’assez bons rapports avec l’Iran – l’un des principaux adversaires géopolitiques des USA – et ce aussi bien sur le plan économique que politique. Ankara soutient le gouvernement vénézuélien en la personne du président Nicolas Maduro. En Biélorussie, le leadership turc fut parmi les premiers à féliciter Aleksandre Loukachenko lors de sa récente réélection à la tête du pays – là aussi en étant sur la même ligne que les pays partisans de la multipolarité. Le tout à la grande différence de Paris qui continue d’appliquer la même mentalité libérale, pro-atlantiste et donneuse de leçons vis-à-vis des nations non-occidentales.

En parlant de l’Otan, si la Turquie ne déclare pas, du moins pour le moment et trop ouvertement, sa volonté à quitter cette organisation, représentant les vestiges de la guerre froide, c’est uniquement dans le cadre des intérêts qui lui sont propres. Ankara comprend parfaitement la peur des élites étasuniennes, et plus généralement occidentales, de la voir quitter le navire otanesque. Sachant qu’elle représente non seulement le pilier sud de l’Otan, mais également et tout simplement sa deuxième force armée en termes d’effectifs. Cela sans oublier un autre point fortement important: un départ éventuel de la Turquie donnerait un coup à l’organisation atlantiste, dont il sera très difficile de se relever. Et c’est là alors que les mots du président français Macron, sur la mort cérébrale de l’Otan, seraient, il faut le reconnaitre, plus que jamais d’actualité.

C’est d’ailleurs là que se trouve tout le paradoxe relationnel entre la Turquie et les autres membres de l’Organisation de l’Atlantique nord. La plupart de ces derniers la voit désormais comme un cheval de Troie au sein de l’alliance, mais n’osent pas dépasser certaines limites – qui pousseront Ankara à riposter.

C’est en ce sens qu’il faut voir les actions et déclarations hostiles à la Turquie, et personnellement au président Recep Tayyip Erdogan, de la part d’Emmanuel Macron ayant pris une initiative dans cette direction – lui qui tente par tous les moyens de redorer le blason tricolore et faire repositionner la France comme une puissance internationale majeure. Mais en-est-il capable? Pour répondre à cette question, il serait juste de rappeler plusieurs points.

Pour qu’un pays soit reconnu comme une véritable puissance internationale, il se doit d’être réellement souverain dans ses décisions. Ce n’est pas le cas de la France depuis un bon moment. L’attachement à l’atlantisme et aux intérêts outre-Atlantique de la large partie de ses élites n’est aujourd’hui pas à démontrer. La perte de prestige au niveau international représente un autre point de première importance. En effet, si dans ses anciennes colonies africaines, Paris continue d’entretenir des relations privilégiées avec certaines élites en place via le réseau obscur de la Françafrique, ce n’est certainement plus le cas au niveau de la majorité évidente de la société civile des pays africains francophones. Plus que cela, les panafricanistes et souverainistes africains considèrent la France, du moins ses élites, comme étant les principaux responsables des problèmes de leurs pays respectifs – allant de la question de la souveraineté monétaire jusqu’aux défis sécuritaires.

Le prestige de la France dans la géopolitique internationale est donc bel et bien en chute libre. D’ailleurs et dans le bras de fer qui l’oppose à la Turquie, si certains analystes de l’Hexagone continuent de promouvoir l’idée que leur pays reste une puissance de premier plan et la Turquie de deuxième, cet avis est très loin d’être partagé par les observateurs internationaux non-occidentaux, et ce aux quatre coins du monde. Ce n’est d’ailleurs pas le président turc qui dira le contraire, pour qui Emmanuel Macron est un «ambitieux incapable». 

Last but not least – concerne l’aspect économique. Si la France est aujourd’hui classée, en tant que dixième puissance économique mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat (PPA), tandis que la Turquie est treizième dans le même classement, de nombreux économistes (y compris occidentaux) prévoient que dans les 5-10 prochaines années (et peut-être même avant) la France quittera le Top 10 mondial. Tandis que la Turquie l’intégrera – augmentant ainsi la part majoritaire des puissances non-occidentales au sein des dix principales puissances économiques du monde.

Tout cela pour dire que si la France de Macron avait misé sur l’éventualité de gagner des points sur l’arène internationale multipolaire en défiant la Turquie de Recep Erdogan, la mise semble vraisemblablement perdante.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Les pays baltes: une sous-traitance qui risque de coûter cher

Depuis la chute de l’URSS, certains pays ayant fait partie de l’union, se sont engagés sur une voie radicalement russophobe et pro-atlantiste. Les conséquences d’une telle politique restent extrêmement mitigées.

En effet, il suffit de prendre l’exemple des trois pays baltes – qui furent pour ceux qui ne le savent pas en période soviétique parmi les plus subventionnés par Moscou, mais à la fin de l’Union soviétique le cap était clairement donné vers l’intégration au sein de l’Otan et le fait d’accepter un véritable rôle de sous-traitants vis-à-vis de Washington, en parallèle d’une montée en flèche de positions clairement russophobes.

Dans cette politique, où d’ailleurs les trois pays baltes ne font pas figure d’exception, car des pays de l’ex-bloc socialiste comme la Pologne ou la Roumanie, se sont également engagés sur la même voie, les résultats restent très fortement discutables. Si les élites de ces pays trouvent leur compte dans leurs rapports privilégiés avec Washington et Bruxelles, le développement économique tant attendu n’est toujours pas arrivé. Si ce n’est la possibilité pour un large nombre de Polonais, Roumains, Lituaniens, Lettons, Estoniens d’aller faire une vie meilleure au Royaume-Uni, Allemagne et d’autres pays économiquement plus développés.

Le souci pour les pays baltes en l’occurrence, c’est que la dépendance économique vis-à-vis des voisins dont les élites des pays en question partagent une haine non-voilée, est restée forte. Les trois membres de l’UE – 86ème, 102ème et 112ème respectivement pour Vilnius, Riga et Tallinn dans le classement mondial en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat (PPA), restent fortement dépendants économiquement de pays comme la Russie et la Biélorussie. Justement et dans le cas du dernier, les récentes interférences baltes en coordination avec l’Otan et Washington dans les affaires post-électorales biélorusses, ont rappelé que Minsk dispose de bien d’instruments pouvant frapper les intérêts des pro-atlantistes radicaux. En premier lieu ceux de la Lituanie.

En effet, le président biélorusse Aleksandr Loukachenko a récemment menacé de réorienter les exportations biélorusses transitant par les ports lituaniens, notamment celui de Klaipėda, ainsi que d’interdire le transit des exportations européennes destinées à la Russie. Et dans le cas du premier point, les choses semblent déjà avoir commencé.

Pour information, les marchandises en provenance de Biélorussie représentent tout simplement près du tiers du trafic ferroviaire et portuaire de Lituanie. Un trafic qui rapporte gros au budget lituanien. Et selon le président biélorusse son pays « assure un tiers des revenus budgétaires » du voisin hostile. Certains responsables à Vilnius avaient pris au départ ces déclarations comme étant du « populisme » et avaient déclaré que ces actions frapperaient également la Biélorussie, en faisant notamment référence au fait que la réorientation pour le transit des produits biélorusses en faveur des ports russes couterait plus cher que le canal existant avec la Lituanie, tout en poursuivant les actions hostiles envers Minsk adoubées par Washington. Mais les récentes négociations entre Minsk et Moscou, composant ensemble l’Etat-Union et faisant partie de structures comme la CEI et l’Union économique eurasiatique, confirment que la Biélorussie semble déterminée à suivre la voie annoncée. D’autant plus que la Russie pourra certainement offrir des tarifs préférentiels à Minsk pour l’utilisation de ses ports, entre autres celui d’Oust-Louga, compte tenu des liens politiques et sécuritaires étroits entre les deux nations, et aussi du point de vue économique compte tenu des volumes importants de marchandises concernées par ledit transit.

Tout cela pour dire plusieurs faits. Tout d’abord que l’Union économique eurasiatique, un marché de près de 200 millions de personnes, représente un espace de grandes opportunités économiques pour ses membres et les pays ayant déjà des accords de libre-échange avec ladite union. D’autre part, les pays membres de l’Union européenne réalisant de façon radicale la sous-traitance politique et sécuritaire pour le compte de Washington, dont bien sûr les trois pays baltes, devront probablement désormais espérer l’obtention de plus de subventions venant de Washington et/ou de Bruxelles, pour compenser les pertes économiques dues aux actions hostiles qu’ils réalisent vis-à-vis des pays dont ils possèdent une dépendance économique. Notamment la Lituanie dans sa relation avec la Biélorussie. Après tout, ce n’est jamais bon de cracher dans la soupe.

Enfin, et lorsqu’on voit de quelle façon un pays comme les USA adopte des sanctions non seulement contre ses principaux adversaires géopolitiques et géoéconomiques, mais également contre tout Etat qui refuse de se mettre à genoux, il y a de quoi réfléchir. La Syrie, le Venezuela, l’Iran, ou encore Cuba (plus d’un demi-siècle d’embargo agressif étasunien pour ce dernier) en savent quelque chose. Pourquoi donc des pays possédant des instruments économiques évidents se priveraient-ils de riposter eux aussi vis-à-vis d’Etats ayant non seulement des positions hostiles vis-à-vis des premiers, mais aussi qui participent aux différentes déstabilisations et provocations visant des pays dont ces initiateurs dépendent fortement économiquement? Restera après aux concernés d’assumer les conséquences. Peut-être en envoyant encore plus de migrants vers les pays plus développés, pour le compte desquels cette sous-traitance est appliquée.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’Axe Pékin-Moscou-Téhéran plus que jamais renforcé?

Au vu des événements en cours sur l’arène géopolitique mondiale, avec notamment des pressions de plus en plus poussées de la part du camp atlantiste vis-à-vis des partisans de l’ordre multipolaire, et malgré cela la poursuite du renforcement indéniable de ces derniers, le plein établissement de l’axe des pays partisans de la souveraineté et de la multipolarité semble instoppable.

Effectivement et alors que Moscou, Pékin et Téhéran sont clairement reconnus comme étant les principaux adversaires géopolitiques de Washington, avec des pressions politico-diplomatiques, économiques, sécuritaires constamment grandissantes, les trois nations ne font que renforcer de plus en plus leur interaction – aussi bien dans le cadre bilatéral, que trilatéral.

Entre la Chine et la Russie, les relations bilatérales n’ont probablement jamais été à un tel niveau de confiance mutuelle dans l’histoire contemporaine. Les deux géants se soutiennent mutuellement, et pratiquement de façon permanente, au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU, dont ils sont tous deux des membres permanents. Les échanges économico-commerciaux ne cessent de grandir et ont déjà atteint un niveau stratégique: plus de 110 milliards d’équivalent de dollars en 2019, avec un objectif annoncé d’atteindre et dépasser le plus rapidement possible le cap de 200 milliards d’échanges. Pour Moscou, Pékin est désormais le principal partenaire économico-commercial, contrastant clairement avec les années post-soviétiques lorsque la Russie regardait du côté occidental, et plus particulièrement européen. L’interaction militaro-sécuritaire sino-russe ne nécessite pas non plus de présentation supplémentaire – les deux pays menant régulièrement des exercices militaires conjoints (aussi bien terrestres que navals) – et ce sur le plan bilatéral, que dans le cadre d’organisations internationales comme les BRICS ou l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS).

De façon générale et malgré les tentatives voilées et non-voilées de la part du camp occidental, étasunien comme européen, de saper l’alliance sino-russe, rien jusqu’à maintenant ne semble permettre d’atteindre, ne serait-ce qu’en partie, ce but.

En ce qui concerne l’interaction sino-iranienne, elle semble désormais elle aussi prendre la tournure d’une véritable alliance stratégique. Surtout au regard des développements récents. L’accord de coopération stratégique, qui devra être conclu prochainement entre les deux pays en représente une preuve supplémentaire. Surtout au vu des secteurs stratégiques que cet accord vise: l’économie et les 400 milliards d’équivalent de dollars d’investissements chinois en Iran sur une période de 25 ans, ainsi que la coopération militaro-sécuritaire, notamment dans l’organisation d’exercices militaires conjoints, des recherches conjointes, la mise au point d’armes et le partage de renseignements. Cela est d’autant plus particulièrement important que cette interaction casserait définitivement les tentatives US de vouloir faire isoler l’Iran et d’asphyxier son économie. Tout en renforçant le concept d’intégration dans le grand espace eurasien et le cadre multipolaire.

Quant à l’alliance Moscou-Téhéran, elle poursuit également son renforcement, et ce à plusieurs niveaux. Les deux pays ont activement interagi dans le cadre de la lutte antiterroriste en République arabe syrienne – étant d’ailleurs les deux seuls Etats se trouvant en Syrie sur une base légale. Cette interaction, en soutien à l’armée gouvernementale syrienne, a permis d’écraser les terroristes de Daech et d’Al-Qaida en terre syrienne et de permettre au gouvernement national de reprendre la grande partie de son territoire, sur lequel vit plus de 90% de la population syrienne.

Cela sans oublier les efforts diplomatiques conjoints, notamment dans le cadre du processus d’Astana sur la Syrie. De façon générale sur le plan politico-diplomatique, les deux pays partagent également une vision souvent similaire ou proche sur nombre de dossiers internationaux. Par ailleurs, Moscou comme d’ailleurs Pékin, est opposé au prolongement de l’embargo sur les armes à l’Iran, tellement voulu et promu par l’establishment étasunien. Une levée de l’embargo qui permettra incontestablement de renforcer encore plus l’interaction militaro-technique russo-iranienne.

Quant au triumvirat Pékin-Moscou-Téhéran, aussi bien dans le cadre d’actions conjointes au niveau de l’arène géopolitique mondiale, y compris dans le grand espace eurasien devenu fer de lance du renforcement de la multipolarité qu’au-delà de l’Eurasie (notamment en Amérique latine où les trois pays soutiennent activement le Venezuela face aux attaques US et plus généralement occidentales), que d’une alliance militaire qui fait tellement peur aux forces atlantistes. Déjà récemment, s’en alarmait le site Atlantico, justement sur l’établissement d’un triumvirat militaire sino-russo-iranien, avec «des implications sur l’équilibre des forces en présence au Moyen-Orient».

Ce qui est certain dans tous ces processus de renforcement de ladite alliance, c’est que ni Pékin, ni Moscou, ni Téhéran, ne prévoient d’en demander des autorisations auprès de pays qui pensent encore posséder l’exclusivité dans le déroulement des processus internationaux. La peur des élites occidentales et atlantistes est compréhensible dans le sens qu’une telle alliance, qui s’élargirait aux alliés respectifs des trois puissances, fermerait définitivement le débat sur la véritable notion de communauté internationale. Et ferait comprendre une bonne fois pour toute aux nostalgiques de l’unipolarité qu’il n’y a pas d’alternative au monde multipolaire devenu réalité.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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