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Le déclin de la francophonie en Afrique

28.11.2022

Pendant que les réseaux françafricains s’inquiètent de la montée en puissance de la Chine, de la Russie ou encore de la Turquie sur le continent africain, tout en maintenant une posture ouvertement arrogante vis-à-vis des Etats d’Afrique, les amis anglo-américains de Paris la surclassent dans la tranquillité, sans que l’élite hexagonale soit capable d’y faire quoi que ce soit.

Alors que l’Elysée et le Quai d’Orsay s’obstinent à maintenir une ligne d’approche ouvertement arrogante et néocoloniale vis-à-vis des pays africains, Paris continue de se mentir quant aux véritables raisons du rejet de sa politique par les populations africaines, mais également de plus en plus par des gouvernements qui écoutent les aspirations de leurs citoyens.

Le récent exemple en date: l’interdiction par les autorités du Mali avec effet immédiat de toutes les activités des ONG françaises. Le tout après une énième provocation hexagonale, et toujours sur un ton condescendant.

Ce que Paris semble largement oublier, c’est qu’au moment où il tente de sauver son fameux projet de la Francophonie, l’avenir de la langue française se trouve précisément en Afrique. Sachant que plus de la moitié des locuteurs francophones à l’échelle mondiale habitent justement le continent africain et selon une étude de l’Organisation internationale de la Francophonie – l’Afrique représentera vers 2050 environ 85% des francophones du monde.

Il est donc évident que le maintien d’une posture qui provoque un large rejet populaire n’est certainement pas l’approche la plus intelligente, mais tellement caractéristique de l’élite hexagonale contemporaine, axée complètement sur Washington.

En parlant justement de Washington, mais également de Londres, pendant que les pseudo-spécialistes hexagonaux dans la pure arrogance qui les caractérise, tentent à se moquer des projets linguistiques et culturels russes comme chinois sur le continent africain – les «fidèles» alliés anglo-américains poursuivent activement le déclassement du français en Afrique.

Et cela, également dans la pure tradition d’arrogance qui caractérise l’élite politico-médiatique hexagonale qui oublie d’indiquer que la Chine est dans le Top 4 mondial pour le nombre d’étudiants étrangers accueillis sur son territoire, de trois places devant la France. Tandis que la Russie accueille un nombre de-facto similaire d’étudiants étrangers que l’Hexagone…

Dans tous les cas et au lieu de chercher à nouveau les raisons de ses échecs dans la faute des Africains, des Russes, Chinois ou Turcs – l’élite française ferait bien mieux à changer de stratégie et surtout de mentalité. Et peut-être parfois regarder un tant soit peu les actions de ses amis anglo-américains. Peut-être alors que les échecs répétés diminueront, mais ce ne sera certainement pas pour demain.

En attendant et alors que les sentiments hostiles à la politique hexagonale en Afrique aient atteint le summum, l’obstination de Paris à se considérer «supérieurs» aux autres en perdant des positions économiques, culturels et stratégiques à l’échelle internationale n’arrangeront en rien les choses. Et fort probablement beaucoup plus rapidement même que prévu.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=4447

Mali: les attentes et les défis

23.08.2022

Suite au retrait désormais complet de la présence militaire française du Mali, les défis demeurent dans un contexte où l’ancienne métropole coloniale et d’autres régimes occidentaux ne comptent pas relâcher la pression sur le pays, devenu un exemple supplémentaire d’une orientation panafricaniste et pro-multipolaire.

Après neuf ans de présence militaire au Mali, via l’opération Serval puis Barkhane, les derniers militaires français ont quitté le sol malien via la frontière nigérienne. Si beaucoup de Maliens et de nombreux autres citoyens africains ont accueilli très favorablement cette nouvelle, pour autant il est à croire que l’establishment élyséen et occidental ne va lâcher prise et continuera de mettre le maximum de pression sur les autorités maliennes.  

Il faut effectivement rappeler que ce retrait s’est effectué à une période d’une montée sans précédent des sentiments anti-occidentaux sur le continent africain, bien qu’il soit important de rajouter que ce rejet de l’Occident ne se traduit pas, à la différence marquante de certains régimes atlantistes d’Europe de l’Est à l’encontre de leurs voisins – par une quelconque haine vis-à-vis des ressortissants de pays occidentaux. Sagesse malienne et africaine oblige.

Cela se déroule également alors que le Mali a saisi l’ONU et accusé la France de soutenir les terroristes. Le ministre malien des Affaires étrangères Abdoulaye Diop avait notamment indiqué que le Gouvernement du Mali dispose de plusieurs éléments de preuve que les violations flagrantes de l’espace aérien malien ont servi à la France pour collecter des renseignements au profit des groupes terroristes opérant dans le Sahel, ainsi que dans l’objectif de leur larguer des armes et des munitions.  

Dans cette optique, il est fortement à croire que les tentatives de déstabilisation par Paris et d’autres capitales occidentales du Mali ne s’arrêteront pas dans un avenir proche, malgré leur échec flagrant dans la prétendue lutte antiterroriste et dans leurs multiples tentatives de faire tomber un pouvoir légitime, soutenu par une large majorité de citoyens maliens.

En ce sens, le cas de la République centrafricaine devrait simplement nous rappeler qu’avant que le pays retrouve une relative stabilité, en faisant asseoir l’autorité de l’Etat sur l’écrasante partie du territoire national, le pays a dû faire face à d’innombrables défis posés par l’ancien colonisateur, en association avec d’autres régimes occidentaux. Le combat ne fut pas facile, mais il fut remporté par le pouvoir et le peuple de Centrafrique grâce à la détermination conjointe et aux choix stratégiques qui se sont avérés être justes.

Le Mali doit donc être préparé à un scénario similaire en ce qui le concerne. A savoir poursuivre la lutte antiterroriste de manière efficace et déterminée, maintenir l’orientation panafricaine de sa politique régionale et continentale et renforcer les alliances avec les principaux défenseurs de l’axe multipolaire international, dont le Mali fait désormais intégralement partie.

Il est évident qu’après les échecs de déstabilisation néocoloniale en Syrie, Venezuela, Iran, Cuba, Biélorussie, Kazakhstan, Burundi ou encore en RCA – l’hystérie atlantiste occidentale semble même dépasser le summum du possible. Et connaissant cela, les autorités comme la population du Mali – resteront dans le viseur des nostalgiques de l’ère unipolaire. Et ce jusqu’à la défaite des dits nostalgiques.

Il peut paraître paradoxal, surtout pour les esprits naïfs, que l’Occident rime avec terrorisme, pourtant cela n’est pratiquement plus à démontrer. Les soutiens aux terroristes en Syrie, aux groupes armés en Centrafrique, les actions conjointes avec les éléments salafistes dans la Libye tantôt prospère de Mouammar Kadhafi ou encore l’alliance avec de purs représentants néonazis comme c’est le cas en Ukraine – prouvent parfaitement qu’une bête blessée et vivant l’agonie aura de moins en moins de tabou à montrer son véritable visage.

Les Maliens semblent être prêts à faire face à ces défis. Et avec eux des millions et des millions d’autres peuples africains. Effectivement et après la RCA, le Mali confirme son statut de grande source d’inspiration pour l’Afrique dans son ensemble. Et cela – les fameux «analystes» occidentaux ne l’avaient pas prévu.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=4167

Comment l’axe anglo-saxon arnaque Paris en Afrique

28.06.2022

Pendant que Paris continue d’accuser régulièrement Moscou et Pékin de frapper ses intérêts sur le continent africain, les anglo-saxons n’hésitent pas à commettre de nouveaux croche-pieds à leur allié hexagonal en Afrique. Une réalité qui met parfaitement en exergue la relation vicieuse qu’entretiennent Washington et Londres à l’encontre de la France et des autres prétendus alliés européens.

Comme déjà annoncé précédemment par Observateur Continental, le système françafricain de l’Elysée est désormais non seulement confronté à la résistance panafricaniste, et à l’alliance de celle-ci avec les principales puissances mondiales non-occidentales, mais également à ses propres alliés anglo-saxons, qui n’hésitent plus à frapper ouvertement les intérêts hexagonaux. Le tout sans remords et avec le sourire. Paris devra apprécier.

L’erreur monumentale des élites hexagonales, aussi bien dans le cadre de leur politique en Afrique qu’à l’échelle globalement internationale, est:

1) de ne pas avoir su adapter leur politique en tenant compte des attentes des Africains. Ni d’avoir été en mesure de se conformer aux nouvelles réalités mondiales multipolaires, en maintenant une mentalité, un discours et des actions caractérisés par une extrême arrogance, si habituelle.

2) d’avoir maintenu pour soi-même un rôle de sous-traitant vis-à-vis de l’establishment anglo-saxon, en continuant à fermer les yeux sur tous les sales coups entrepris contre les intérêts français par les alliés washingtonien et londonien à divers endroits du monde.

Et pendant que l’Elysée et le Quai d’Orsay, réfutant les aspirations populaires africaines de masse, et en lançant des accusations incessantes contre Moscou, Pékin, Téhéran ou encore Ankara – dans l’objectif de justifier les échecs subis – Washington et Londres passent désormais presque ouvertement à l’action pour frapper le pauvre et si obéissant «allié» français.

Observateur Continental l’avait déjà soulevé dans des articles analytiques précédents – le principal allié (ou plutôt suzerain) de Paris, en la qualité de l’axe anglo-saxon, a été observé à tenter de surfer sur la vague souverainiste et panafricaniste, y compris s’il fallait à cet effet reprendre les discours critiques à l’encontre de la Françafrique.  

Désormais, les anglo-saxons sont allés encore plus loin: en faisant adhérer le Togo et le Gabon au Commonwealth – de-facto l’équivalent (néo)colonial britannique de la Françafrique. « Alors qu’ils n’ont pas de liens historiques avec le Royaume-Uni, le Togo et le Gabon ont rejoint samedi le Commonwealth, composé majoritairement d’anciennes colonies britanniques » – rapporte  France 24, l’une des principales voix de propagande hexagonale pour l’international.

Cela est d’ailleurs rapporté par les propagandistes hexagonaux avec une amertume à peine voilée, mais qui traduit si bien la relation de dominant à dominer entre l’axe Washington/Londres et Paris. Quel sera notre pronostic pour la suite? A dire vrai et très vraisemblablement l’Elysée et le Quai d’Orsay feront en sorte d’avaler de nouveau ces énièmes amertume et déception. Après tout, si cela sert les intérêts des chefs du bloc des nostalgiques de l’unipolarité – c’est tout de même pour «la bonne cause».

Maintenant et en quittant la discussion sur les relations familiales sadomasochistes occidentales, comment entrevoir ces tout récents développements pour les Africains et leurs principaux alliés non-occidentaux qui défendent et promeuvent l’ordre multipolaire international? Probablement, il faut le prendre de manière positive.

Tout d’abord et le fait que les croche-pieds se multiplient dans l’axe occidental confirme que l’Occident collectif est loin d’être uni, si ce n’est de faire front commun sur le théâtre clownesque de soutien au régime kiévien et dans l’opposition à reconnaitre l’ordre multipolaire, promu par la Russie et la Chine, notamment.

D’autre part, le fait que l’axe anglo-saxon tente de reprendre la main en marchant sur les intérêts hexagonaux en Afrique confirme que l’establishment occidental comprend parfaitement les difficultés auxquels il fait face sur le continent, et plus généralement à l’échelle internationale. Y compris dans le refus, malgré d’énormes pressions, des pays africains à suivre l’Occident dans la haine et l’hystérie russophobe.

Enfin, et cela est particulièrement rassurant: si certains représentants africains pro-occidentaux changent de cap, passant de Paris à Washington-Londres, cela est fort loin de concerner la société civile africaine qui pour une large partie d’entre elle voit tout l’Occident collectif comme une menace, voire la principale menace, pour l’émancipation totale et le développement de leurs pays respectifs et de l’Afrique dans son ensemble.

Et de la même manière que la Françafrique a subi de plein fouet la colère de millions d’Africains, le Commonwealth, ou autre arnaque occidentale – subira fort vraisemblablement le même sort. Personne ne sera désormais dupe pour ne pas s’apercevoir que l’establishment occidental, aussi rusé soit-il dans le cas anglo-saxon en particulier, est bel et bien la cible à éliminer.

Mikhail Gamandiy-Egorov

Nouvelles interférences étasuniennes sur le continent africain

03.06.2022

Les USA examinent une loi visant à contrecarrer la présence russe en Afrique, mais également à punir les gouvernements et acteurs africains qui seraient favorables à cette présence. Cette éventuelle démarche met en exergue une fois de plus la mentalité purement néocoloniale si propre à l’establishment étasunien, et occidentalo-atlantiste de manière générale.

Les Etats-Unis préparent une loi pour sanctionner les «amis» de Poutine en Afrique, écrivait récemment l’agence d’information économique africaine L’Agence Ecofin. Comme rappelé, le Sénat US vient d’entamer l’examen du projet de loi relatif à la lutte contre les activités «malveillantes» de la Russie en Afrique, un texte adopté par la Chambre des représentants le 27 avril dernier et qui définit ces activités comme étant celles qui «sapent les objectifs et les intérêts des Etats-Unis».

Rien qu’à lire ces lignes, il est assez facile de comprendre une fois de plus une approche ouvertement extraterritoriale étasunienne vis-à-vis d’Etats souverains, en l’occurrence ici africains, avec d’autant plus une mentalité propre à l’ère unipolaire à laquelle Washington continue de faire référence, faisant le pur négationnisme de la réalité multipolaire qui pourtant s’est bel et bien imposée depuis les dernières années.

D’autre part, ce qui est intéressant à noter est que si ledit projet de loi sera finalement appliqué – il ne visera pas seulement la Russie, ainsi que d’éventuels citoyens ou entreprises russes travaillant dans les pays africains, mais également nombre de dirigeants d’Afrique eux-mêmes, et très certainement aussi tous les acteurs panafricanistes qui soutiennent et approuvent le développement de l’interaction russo-africaine.

A cet effet, ce qu’il faudrait rappeler aux cowboys washingtoniens, c’est qu’au-delà du fait que l’Afrique ne leur appartient pas, cette mesure à terme risque de créer d’énormes défis pour les Etasuniens eux-mêmes. Car l’application d’une telle loi pourra très rapidement non seulement attaquer les chefs d’Etat et de gouvernement africains, mais aussi les principaux représentants de la société civile, et avec cela des milliers et des millions de citoyens africains. Des citoyens africains déjà pour très nombreux d’entre eux hostiles à la politique occidentale vis-à-vis de leurs pays et de leur continent, et plus généralement sur la scène internationale.

Dans cette situation, deux orientations semblent assez évidentes dans les motivations étasuniennes. Car au-delà de vouloir tenter de limiter la contagion des développements des relations entre la Russie et l’Afrique, et la montée en puissance évidente des sentiments pro-russes, Washington veut aussi tout simplement punir les Etats du continent pour leur non-obéissance dans les événements récents. Y compris, comme le pensent les experts du continent – pour punir les nombreux Etats africains qui ne se sont pas joints à la coalition antirusse tellement souhaitée et promue par Washington et ses sous-traitants dans le cadre du conflit en Ukraine.

Après visiblement l’échec de tenter à surfer efficacement sur la vague panafricaniste hostile à la Françafrique, confirmant une fois de plus qui est le suzerain et qui le vassal dans la relation Washington-Paris, l’establishment étasunien pense désormais que seules de nouvelles menaces, pressions, sanctions et intimidations peuvent éventuellement l’aider à limiter les dégâts face à une Afrique de plus en plus décomplexée vis-à-vis de l’Occident collectif, et désireuse de devenir un bloc puissant dans le cadre du système multipolaire contemporain. Avec d’autant plus une perspective fort probable d’un monde multipolaire post-occidental.

Encore une fois – les élites occidentales jouent avec le feu. Un feu d’ailleurs qui les brûle déjà activement et douloureusement. Incapables de se défaire d’une mentalité extrêmement arrogante d’un autre âge, et de s’excuser pour les innombrables crimes commis à l’encontre des Africains, dans les cas des USA et de leurs sbires – de la traite esclavagiste jusqu’aux assassinats barbares de grands leaders africains comme Patrice Lumumba ou Mouammar Kadhafi – les Occidentaux ne font que se signer soi-même la peine de mort.

D’un autre côté, pourquoi effectivement empêcher un organisme à l’agonie accélérer sa propre chute? Ce qui est sûr c’est qu’après le nombre innombrable de drapeaux français brûlés à divers endroits de l’Afrique, le drapeau étasunien risque rapidement de rattraper ce nombre. Et pourquoi pas le dépasser?

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=3917

Tchad: la population se mobilise contre la Françafrique

16.05.2022

Comme prévu, les processus de rejet de la politique occidentale se renforcent dans les pays du continent africain. Y compris dans les Etats sur lesquels l’establishment occidental continue de miser.

L’Elysée et le Quai d’Orsay se rendent à l’évidence que la dynamique engagée à de nombreux endroits de l’Afrique, qu’ils avaient espéré ralentir, ne fait au contraire que monter en intensité. La récente mobilisation au Tchad ne fait que le confirmer avec des appels de la population ouvertement hostiles contre Paris et ses intérêts.

En effet, toutes les campagnes que le système néocolonial françafricain a tenté de mener, et continue d’ailleurs, en cherchant à déstabiliser les Etats qui inspirent aujourd’hui nombre d’autres, notamment la Centrafrique et le Mali – ne semblent pas apporter les résultats escomptés.

Les tentatives de séduire une partie de la jeunesse africaine ou les informations récentes faisant part d’actions visant à soudoyer des blogueurs africains ne font au contraire qu’exacerber la volonté de résistance à ces pratiques néocoloniales occidentales de la part d’une large partie de la société civile panafricaine.

Mais ce n’est pas tout. On peut remarquer aujourd’hui de plus en plus de tentatives visant à essayer de surfer sur la vague panafricaniste, y compris sur les sentiments hostiles à la Françafrique, de la part du principal allié (ou suzerain) de Paris, à savoir Washington. Ainsi, certains influenceurs africains sont mis à contribution pour tenter à se joindre au discours souverainiste dans un cadre panafricain, en reprenant une partie des discours hostiles au régime hexagonal, mais par la même occasion en essayant de dénigrer le partenariat avec la Russie ou la Chine, tout en promouvant les intérêts étasuniens.

Fait marquant et au-delà de l’aspect propre aux anglo-saxons qui n’hésitent pas à poignarder dans le dos leurs propres prétendus alliés, le fait est que cette stratégie n’apporte pas elle aussi, à l’instar de celle de Paris, de résultats rassurants pour ses instigateurs. Washington a beau vouloir se distancer dans ce schéma des échecs hexagonaux – peu de gens en Afrique lui font confiance.

Tout cela confirme que le rejet actuel du système de la Françafrique dépasse largement le cadre des sentiments hostiles au régime hexagonal, mais s’étend beaucoup plus largement à tout l’Occident, du moins plus particulièrement à l’establishment occidental, aussi bien politique que médiatique. Et cela malgré encore de grands moyens à sa disposition – allant de médias propagandistes, francophones comme anglophones, jusqu’aux financements via les réseaux à la sauce Soros & Co.

Pour revenir au Tchad, le défi particulier pour Paris et plus généralement l’establishment atlantiste, est que ce pays fait justement partie des Etats africains sur lesquels le régime hexagonal comptait le plus, avec également la Côte d’Ivoire et le Niger, pour tenter à minimiser les pertes suite aux revers subis en RCA et au Mali.

Il faut également se rendre à l’évidence qu’en ce qui concerne le cas tchadien, l’élite occidentale fera de son maximum pour empêcher la réalisation des aspirations de la société civile du pays. Y compris avec des moyens de répression, largement disponibles de part une présence militaire hexagonale sur place.

Cependant, le processus de résistance panafricaniste et pro-multipolaire est déjà largement enclenché. Et se basant sur cela – il sera extrêmement difficile désormais pour les forces néocoloniales occidentales et leurs supplétifs locaux de pouvoir faire taire la voix de millions d’Africains qui souhaitent prendre complètement leur destin en main. Et par la même occasion rappeler, une fois de plus, que ce qui a permis la prospérité, pendant longtemps, de l’espace occidental – ce sont les ressources du monde non-occidental, et non pas le prétendu contraire.

Oui, la chute sera très dure pour l’Occident. Son extrême arrogance, ainsi que l’incapacité la plus totale à s’adapter aux règles récentes issues de la multipolarité, sans oublier les innombrables crimes et pillages commis – en sont parmi les principales raisons. Aujourd’hui, il faudra assumer.

Mikhail Gamandiy-Egorov

Bamako acte le divorce avec Paris

09.05.2022

Les relations entre la République du Mali et le régime hexagonal semblent plus que jamais au bord de la rupture. Une rupture que les autorités maliennes, ainsi que la large partie de la société civile du pays, semblent parfaitement assumer. A la différence de l’establishment élyséen et de son réseau françafricain.

Les relations entre les deux pays ne cessent de se détériorer depuis un an. La dénonciation par les autorités maliennes des accords de défense avec la France est un épisode décisif d’un processus de divorce émaillé de rebondissements, écrit Maliweb.

Pour le média malien, ce n’est peut-être qu’un épisode de la crise diplomatique entretenue par l’Hexagone pour affaiblir les autorités de la Transition, mais la décision de celles-ci de dénoncer les accords de défense avec Paris et ses partenaires européens constitue une étape inédite. Elle consacre une rupture quasi-totale, l’apogée d’une situation conflictuelle qui dure depuis mai 2021.

En effet, il faut rappeler que la décision du gouvernement du Mali de dénoncer les accords de défense avec l’establishment élyséen – intervient après la suspension, désormais définitive, des médias de propagande hexagonaux que sont France 24 et RFI d’émettre dans le pays. Une décision qu’a contestée avec «force» France Médias Monde – la maison-mère des deux relais propagandistes élyséens.

On ne se rappelle d’ailleurs pas d’une quelconque contestation similaire de ladite maison lorsque des médias alternatifs se sont vus interdire de diffuser sur le sol de l’UE. Mais en cela, c’est toute l’hypocrisie occidentale des concernés qui n’a fait que se dévoiler une fois de plus. En parlant d’ailleurs toujours de l’establishment politico-médiatique hexagonal et occidental – ce dernier continue de nommer les autorités maliennes comme étant une «junte», en oubliant que s’il y a bien une junte c’est très certainement le régime ukrainien post-Maïdan à qui cette caractéristique s’applique le mieux, et dont les régimes occidentaux, y compris hexagonal, en sont les principaux parrains.

Au-delà de l’aspect purement hypocrite, ce manque flagrant d’un minimum de dignité du côté occidental ne nécessite en principe même pas de commentaire supplémentaire. Lorsque des millions de citoyens ukrainiens (pour beaucoup désormais ex-ukrainiens faut bien le préciser) refusaient de reconnaitre le résultat du coup d’Etat pro-occidental de 2014 à Kiev – les régimes occidentaux, eux, parlaient de légitimité et d’un gouvernement «parfaitement» légal. En oubliant par la même occasion tous leurs propres engagements pris vis-à-vis du gouvernement ukrainien reconnu par la communauté internationale qu’était celui de Viktor Ianoukovitch.

Quant au Mali – où les autorités nationales disposent d’un énorme soutien populaire – les prétendants à l’exceptionnalisme planétaire parlent jusqu’à maintenant de «junte». Au même temps, il est vrai que les caractéristiques données par les régimes occidentaux et leurs relais propagandistes à l’encontre de leur pays n’ont très peu, voire pas du tout, d’influence sur les motivations des citoyens maliens, il n’empêche que cela résume de manière supplémentaire toute la philosophie occidentale, ou plus particulièrement celle de l’establishment atlantiste.

Une chose est sûre. La dénonciation par Bamako des accords de défense avec Paris est une étape cruciale pour la suite des événements. Et pas seulement en terre malienne, mais à beaucoup d’autres endroits de la région concernée et du continent africain dans son ensemble. Depuis des années, ce type d’accords fait l’objet d’innombrables condamnations de la société civile panafricaine, qui n’y voit qu’un des principaux instruments de la domination occidentale sur leurs pays respectifs et leur continent.

Aujourd’hui et après des résistances efficaces de pays comme le Burundi, la RCA, l’Ethiopie face à cette politique de prédateurs occidentaux, le Mali représente indéniablement l’un des nouveaux porte-flambeaux du panafricanisme, jouant un rôle de première importante pour l’Afrique dans le cadre de l’ère multipolaire internationale.

Et si longtemps l’Occident avait fait croire que l’Afrique ne peut pas survivre sans sa participation, les événements en cours actuellement démontrent au contraire que c’est bel et bien cet Occident arrogant, disposant certes encore d’instruments visant à déstabiliser les nations souveraines pour maintenir l’hégémonie d’une extrême minorité planétaire – qui a besoin du monde non-occidental pour survivre et maintenir une relative stabilité.

Comme Observateur Continental le disait précédemment: un pays comme la République centrafricaine – d’un exemple caractérisé par le chaos durant de longues années – est devenu une source d’inspiration pour beaucoup d’autres nations africaines. Le Mali, d’ailleurs, ne fait que le confirmer en devenant à son tour un exemple inspirant pour d’autres Etats du continent visant à tourner définitivement la page de l’instabilité et des schémas néocolonialistes.

Et comme également annoncé précédemment: les élites occidentales, ayant été dans l’incapacité la plus totale à s’adapter au monde contemporain multipolaire, risquaient à terme de devoir faire face à des évacuations humiliantes de leurs troupes et mercenaires – en Afrique, comme à d’autres endroits du monde – avec en prime l’obligation d’observer la joie des populations des pays concernés qui les accompagneront jusqu’à la piste de décollage. Désormais cette constatation n’est plus une perspective. C’est bel et bien un fait admis.

Mikhail Gamandiy-Egorov

La richesse de l’Europe – c’est l’Afrique. Et non pas le contraire.

05.05.2022

Au moment où l’Occident et notamment l’Union européenne apprend à vivre selon de nouvelles règles dans les relations économiques les liant à la Russie, le temps est certainement venu pour que ce même Occident s’adapte également aux nouvelles règles qui vont s’imposer dans sa relation avec le continent africain.

L’arrogance propre à l’establishment occidental ne peut pas faire disparaître ses énormes besoins en ressources naturelles – aussi bien pour son industrie, que dans le cadre de la consommation quotidienne de ses citoyens. Dans le monde multipolaire post-occidental – ces ressources naturelles représenteront indéniablement la clé du nouveau système international.

Si face à la Russie, l’un des principaux adversaires de l’Occident sur l’arène internationale, ce dernier apprend, progressivement, à travailler ne serait-ce que sur le plan des échanges économico-commerciaux sur de nouvelles bases (qui ne lui plaisent évidemment pas), le temps viendra et les nostalgiques de l’unipolarité devront en faire de même avec l’Afrique et les Africains.

Il est aujourd’hui définitivement clair le pourquoi de l’hystérie au summum des élites occidentales en ce qui concerne les bouleversements observés sur le continent africain, notamment dans le cadre de l’adhésion africaine de plus en plus évidente au système de l’ère multipolaire promu activement par la Chine, la Russie et nombre d’autres pays, du rejet de la politique atlantiste occidentale, et de la large diversification des partenariats observée sur le continent.

En effet et bien que durant de longues années, l’arrogance de l’establishment occidental voulait créer une image d’une Afrique qui ne peut survivre sans l’Europe et l’Occident, la réalité actuelle démontre fermement que c’est l’Europe et l’Occident qui ne sauront se passer de l’Afrique, comme le confirme d’ailleurs la crise ayant atteint son plus haut niveau dans l’histoire contemporaine entre la Russie et l’axe atlantiste.

Le plus grand danger pour l’establishment bruxellois, et notamment hexagonal – c’est de continuer à perdre des positions en Afrique, comme cela était le cas et continue de l’être – depuis maintenant plusieurs années. Les menaces, pressions, sanctions, intimidations, déstabilisations – n’impressionnent plus les leaderships patriotes et panafricanistes, ainsi que les millions de citoyens de pays africains.

Longtemps l’Afrique était pour les Occidentaux ce que la Sibérie est pour la Russie, à la seule différence que la Sibérie appartient à la Russie, tandis que l’Occident n’a aucun droit légitime sur l’Afrique et ses ressources. On comprend d’ailleurs parfaitement pourquoi certains Etats européens, notamment l’Italie, font actuellement les mains et les pieds sur le sol des différents pays africains en vue de pouvoir faire diminuer la dépendance européiste aux ressources naturelles, notamment énergétiques, russes. Sans grand succès, mais tout le monde aura compris les objectifs.

C’est d’ailleurs l’une des raisons supplémentaires aux mobilisations africaines qui restent aux aguets et qui ne faiblissent pas face à une prédation occidentale qui retranchée et en grande difficulté – risque tout simplement de lancer de nouvelles tentatives d’agressions et de pillages des nations africaines.

Et au vu du sentiment anti-occidental (anti-establishment occidental faut bien le préciser) qui non seulement ne diminue pas, mais au contraire ne cesse de s’activer – Paris, Londres comme Washington connaissent parfaitement les énormes défis auxquels ils auront à faire face, car les anciens schémas d’interventions néocoloniales auront de plus en plus de mal à aboutir face à des populations déterminées et mobilisées.

A titre d’exemple – faudrait-il rappeler que le principal fournisseur d’uranium de l’UE n’est autre qu’un pays comme le Niger (devant la Russie et le Kazakhstan). Une ressource naturelle stratégique qui ne nécessite pas de présentation supplémentaire. Un Niger qui tout en étant un fournisseur majeur d’une matière aussi importante – n’a que 30-35% de sa population qui a accès à l’électricité. Et cela selon les chiffres les plus optimistes.

On comprend maintenant mieux pourquoi l’Elysée et le Quai d’Orsay mettent autant de pression sur le Mali voisin, pays également fort riche en ressources naturelles, mais aussi la raison du pourquoi l’establishment hexagonal et plus généralement européiste soutient autant le régime actuel du Niger – complètement soumis aux intérêts occidentaux, mais tellement impopulaire auprès de la population du pays.

Une fois de plus, il est aujourd’hui évident que les échecs de Paris, Bruxelles, Washington, Londres, comme Berlin – ne s’arrêteront pas en RCA et au Mali. L’effet domino dû à l’arrogance et à la surexploitation de l’Afrique par l’Occident, les règles multipolaires récentes et l’absence désormais de la peur auprès d’une large partie de l’humanité face aux pillards et criminels maquillés en démocrates – ne fera que se poursuivre sans pouvoir s’arrêter.

Et dans ces conditions, l’Occident comprendra définitivement que ce n’est pas lui qui produit de la richesse, mais que c’est le monde non-occidental, représentant l’écrasante majorité de l’humanité – qui lui a longtemps permis de prétendre à le faire. Désormais, qu’il se rende à l’évidence que c’est bientôt la fin.

Mikhail Gamandiy-Egorov

L’élection présidentielle française vue d’Afrique

15.04.2022

Si les divers scrutins présidentiels hexagonaux ont longtemps suscité un vif intérêt auprès des populations africaines francophones, notamment en raison de l’emprise du système françafricain sur les affaires intérieures des pays concernés, désormais en dehors de la diaspora africaine qui souvent malgré elle se retrouve à devoir suivre les développements électoraux en France, en Afrique nombreux sont ceux qui n’y voient aucun intérêt.

L’époque où les élections françaises étaient largement suivies dans les anciennes colonies de Paris semble s’éloigner. A l’heure d’une montée en puissance sans précédent des idées souverainistes, panafricanistes, ainsi que dans le cadre du processus de diversification des partenariats extérieurs.

Afrique Média, la télévision panafricaine, avait d’ailleurs consacré une émission d’intérêt sur l’impact de la présidentielle en France dans les relations entre Paris et le continent africain. Les principales positions retenues par les panélistes étant qu’aucun des candidats au poste présidentiel hexagonal n’apportera un changement positif aux relations avec l’Afrique, notamment pour mettre fin au système néocolonial françafricain, notant également l’emprise des intérêts étasuniens sur la vie politique en France.

Ce dernier point est d’ailleurs particulièrement intéressant – à l’heure où une grande partie de la société civile africaine mise sur la pleine souveraineté dans un cadre panafricain. Des appels de plus en plus écoutés par le leadership politique ou militaire de nombre de pays du continent – les cas de la Centrafrique, de l’Ethiopie et du Mali ne font d’ailleurs que le confirmer. Et en ce sens, au-delà du rejet complètement naturel de toute base néocolonialiste occidentale de la part des populations africaines, ce désir souverainiste s’étend également à vouloir traiter avec des nations qui respectent la souveraineté du partenaire, mais également sa propre souveraineté intérieure.

Et en ce sens la France dans son état actuel des choses, bien que cela ait commencé plus particulièrement depuis la présidence de Nicolas Sarkozy, ne peut pas se vanter d’être, à l’instar de beaucoup d’autres pays de l’UE, un Etat souverain digne de ce nom. Et cela non seulement en raison de l’emprise bruxelloise sur les affaires françaises, mais bel et bien – de l’emprise washingtonienne, atlantiste, et de tous les réseaux correspondants.

D’ailleurs dans un article d’octobre dernier, Observateur Continental avait soulevé cet aspect. A savoir qu’un pays comme la République centrafricaine, malgré des années de crise dont elle a commencé à sortir depuis un certain temps – est un Etat souverain. Quant à la République française dans sa version actuelle – rien n’est moins sûr.

Une France d’ailleurs qui n’hésite pas à interférer d’une manière totalement malsaine dans les affaires intérieures d’Etats africains, en faisant mine de prétendre à être encore une grande puissance internationale. Une prétendue puissance assujettie aux intérêts outre-Atlantique. Il est donc assez évident que dans cette réalité, les nations africaines ayant pleinement assumé leur souveraineté, ou qui sont en voie de le faire, rejettent et rejetteront sans la moindre hésitation toute manière paternaliste ou condescendante de la part de l’ex-puissance coloniale, mais d’autant plus venant d’un pays qui ne peut soi-même assumer sa souveraineté.

Effectivement, la posture extrêmement arrogante et irrespectueuse de l’administration élyséenne actuelle, les problèmes sécuritaires non seulement irrésolus par la présence militaire française – mais au contraire qui n’ont fait que largement s’empirer, l’incapacité des autres candidats du scrutin en question à prendre une position ferme – notamment contre le système françafricain, et le rejet devenu évident de la politique hexagonale et plus généralement occidentale par des millions d’Africains – fait que la présidentielle française, n’a probablement jamais été aussi peu suivie par les habitants de l’Afrique.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=3787

Mali: fin de Barkhane et de Takuba ou la victoire de la mobilisation populaire

La fin des opérations Barkhane et Takuba en République du Mali permet aujourd’hui de mettre en perspective les raisons de l’échec de la présence occidentale non seulement au Mali, mais plus généralement sur le continent africain. Aussi, il faut surtout s’intéresser désormais aux volontés populaires souverainistes africaines, couplées aux récentes réalités géopolitiques internationales.

Bien que ce fût attendu, c’est désormais officiel – les opérations militaires française et occidentale Barkhane et Takuba en terre malienne – c’est terminé. Si du côté hexagonal, aussi bien politique que médiatique, les critiques vont fortement à l’encontre du pouvoir malien qui est qualifié de «junte» malgré un énorme soutien de la population malienne à l’endroit des autorités, ainsi que vis-à-vis de la présence d’instructeurs russes, la réalité est que l’establishment élyséen et plus généralement occidental devrait commencer sérieusement à regarder objectivement les processus en cours à travers les aspirations des Maliens, et des Africains dans leur ensemble.

Le refus à mettre un terme définitif à l’arrogance qui caractérise l’establishment occidental, ainsi que son incapacité totale à faire preuve au moins d’un minimum d’adaptation aux règles issues de la multipolarité confirmée du système international – font partie très certainement des raisons principales de la série des échecs qui se poursuivent pour l’Occident à divers endroits du monde, y compris en Afrique.

Observateur Continental enavait d’ailleurs parlé dans un article de juillet dernier, consacré à la République centrafricaine. A savoir que s’il y a bien un élément que les représentants washingtoniens comme parisiens semblaient oublier, c’est qu’au final les meilleurs juges ne sont que les populations concernées. Et que les élites occidentales, étant dans l’incapacité la plus totale de s’adapter au monde contemporain multipolaire, risquent à terme de devoir faire face à des évacuations humiliantes de leurs troupes et mercenaires – en Afrique, comme à d’autres endroits du monde – avec en prime l’obligation d’observer la joie des populations des pays concernés qui les accompagneront jusqu’à la piste de décollage.

L’exemple malien ne fait aujourd’hui que largement confirmer cette thèse. Et cela d’autant plus que bien que Paris et l’Occident dans son ensemble tentent aujourd’hui de limiter les dégâts en faisant appel à leurs fidèles supplétifs, rien ne semble actuellement indiquer que la chute d’influence sans précédent pour l’establishment occidental en Afrique s’arrêtera avec le Mali, bien au contraire. Et ce au vu des mobilisations populaires qui ne baissent pas en intensité dans bien d’autres terres africaines, au-delà du Mali.

Après tout, il faut se rendre à l’évidence. Si la montée en force sur l’arène internationale des principales puissances non-occidentales contribuent effectivement et largement à mettre fin à des schémas purement néocolonialistes issus de la période unipolaire totalement dépassée, il ne saurait aujourd’hui être possible de justifier les si nombreux échecs de l’Occident politico-médiatique uniquement à travers cet angle.

Et si Washington, Londres, comme Paris ne peuvent plus aujourd’hui agir en toute impunité sur la scène internationale – ce n’est évidemment pas parce que l’envie manque. Au contraire, les raisons des multiples hystéries des responsables occidentaux sont justement le résultat de ne pas pouvoir faire ce que bon leur semble à divers endroits du monde, comme c’était le cas dans un passé pas encore lointain. Comme bombarder des palais présidentiels d’Etats souverains ou encore détruire des Etats prospères et stables, comme le fut jadis la Libye (entre autres), afin de les transformer en zones de chaos.

Le tout avec évidemment toujours la même posture, à savoir – aucun mea-culpa digne de ce nom, ni de compte à rendre, tout en lançant des campagnes pour tenter au maximum à voiler leurs propres responsabilités dans ce chaos propagé. Et qui d’ailleurs dans le cas du Mali et plus généralement du Sahel n’est que le résultat en très large partie de la destruction otanesque de la Jamahiriya libyenne de Mouammar Kadhafi.

Soyons réalistes. L’Occident politico-médiatique n’est pas prêt à changer, ni à évoluer avec les processus de la multipolarité. Cette réalité évidemment n’est aucunement à mettre sur le dos des peuples de pays occidentaux, qui, pour nombreux d’entre eux, comprennent au contraire ces processus et soutiennent à divers degrés l’ordre international multipolaire.

Mais l’essentiel, encore une fois, à retenir dans toute cette situation, et plus particulièrement dans le cas de la fin des opérations Barkhane et Takuba au Mali – c’est que cet énième échec de l’Occident est bel et bien le résultat d’une mobilisation populaire de masse de la société malienne, dans son large ensemble. Tout comme l’a d’ailleurs également montré la résistance populaire récente d’un autre Etat africain, celui-ci à l’Est de l’Afrique – l’Ethiopie.

En conclusion – les peuples souverains auront le dernier mot. Les alliances géopolitiques pro-multipolaires qui se forment contribuent indéniablement aussi à la mise en place de conditions qui devront mettre un terme définitif aux pratiques du néocolonialisme occidental. Mais les véritables mobilisations populaires de masse resteront la condition clé pour l’atteinte de tous les objectifs propres à l’ère multipolaire. Et face à cela – ni les instruments des révolutions colorées à la sauce Soros qui misent sur des minorités agressives entraînées pour les déstabilisations d’Etats souverains, ni les budgets militaires gonflés de l’axe atlantiste – n’y pourront rien.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Mali-France: vers la rupture?

Alors que les relations s’enveniment entre Bamako et Paris, ce qui parait aujourd’hui évident – c’est le fait que l’establishment élyséen, et plus généralement occidental, soit toujours dans la totale incapacité à faire preuve d’un minimum d’adaptation aux règles du monde multipolaire. S’ajoutent à cela une vision purement néocoloniale de refuser aux peuples africains de pouvoir choisir librement leur voie, ainsi qu’une arrogance toujours extrême.

Les choses s’accélèrent dans les tensions entre le Mali et la France. Dernier fait majeur: l’ambassadeur français en poste à Bamako a été sommé par les autorités maliennes de quitter le pays sous 72 heures. Dans son communiqué, le gouvernement malien indique que cette mesure fait suite aux propos hostiles et outrageux tenus récemment par le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian.

Si aujourd’hui, nombreuses sont les voix en France qui s’indignent de cette décision prise par les autorités d’un Etat souverain qu’est le Mali, ces mêmes personnages, quelle que soit leur couleur politique devraient peut-être surtout s’intéresser au ton extrêmement arrogant et irrespectueux qui a été adopté à l’encontre du gouvernement malien par les représentants de l’establishment hexagonal, en premier lieu sieur Le Drian ou encore frau Parly – ministre française des Armées.

D’autre part et ce qui est flagrant, c’est que si le chef de la diplomatie française, connu pour un être un personnage de premier poids du système néocolonial françafricain et un ferme nostalgique de l’ère unipolaire, parle d’une «junte illégitime», en faisant référence aux autorités du Mali, ce personnage devrait peut-être surtout s’intéresser à une véritable junte qui a pris le pouvoir par la violence de groupes extrémistes, bien souvent d’obédience néo-nazie, dans un pays appelé l’Ukraine.

Et que dans cette même Ukraine, un régime issu d’un coup d’Etat a été placé avec l’intervention occidentale, sur la simple base qu’une minorité violente, mais bien entrainée aux techniques des révolutions de couleur à la sauce Soros, ait destitué un président légitime et reconnu par la communauté internationale, en l’occurrence Viktor Ianoukovitch. Au Mali, à l’énorme différence du régime kiévien, le pouvoir en place dispose d’un énorme soutien populaire national. Et cela – même les observateurs occidentaux sont forcés d’avouer.

D’un autre côté, tout cela était prévisible. Et nous l’avons plusieurs fois abordé à Observateur Continental, y compris en lien direct avec le Mali et dans le cadre africain de façon générale. Le souci, c’est que les élites atlantistes semblent effectivement être totalement incapables à faire preuve d’un minimum de bon sens dans le cadre du monde multipolaire actuel. Confirmant une fois de plus, que leur vision purement néocoloniale des affaires internationales est peut-être effectivement un problème génétique. Dans tous les cas, le cas clinique en question semble définitivement intraitable.

L’autre aspect qui accélère inévitablement la chute pas seulement de la Françafrique, mais plus globalement la vision occidentale du monde en Afrique, c’est ce comportement non seulement des politicards, mais également des prétendus journalistes occidentaux qui souhaitent donner une image de populations africaines incapables de faire les bons choix géopolitiques.

En qualité d’observateur de l’Afrique depuis de bien longues années, et ayant un lien direct avec le continent ne serait-ce que du point de vue biographique, je peux dire sans la moindre hésitation que les dits personnages occidentaux devraient surtout se rendre à l’évidence que les peuples africains n’ont absolument rien à envier en termes de capacités analytiques aux petits chouchous issus des principales écoles de formations occidentales. Des écoles qui ont vraisemblablement oublié de leur apprendre à voir le monde d’un point de vue beaucoup plus large que de leur petit salon parisien, londonien ou new-yorkais.

Plus que cela – dans le monde d’aujourd’hui les Africains ont pris une avance considérable dans la compréhension des perspectives planétaires sur les Occidentaux, bien qu’il soit nécessaire d’indiquer que l’éveil des consciences est un processus qui touche également de très nombreux citoyens des pays de l’Occident. Et ces personnes par ailleurs comprennent parfaitement que la réalité multipolaire est un processus qu’il ne sera pas possible d’arrêter.

Pour finir et en ce qui concerne le risque d’une plus grande rupture encore entre l’Etat malien et l’establishment élyséen, il faudrait surtout faire remarquer que tout cela n’est que le résultat de l’incompétence au niveau international des élus français. Evidemment, ce sera aux citoyens de France d’en faire le jugement, le tout dans un cadre souverain. Tout comme ils devront apprendre à respecter la souveraineté du Mali et de nombreuses autres nations africaines.

Tout dernier point : si certains pensent qu’il sera possible de stopper la chute pour l’establishment occidental après les événements en cours au Mali – c’est qu’une fois de plus ils se trompent très certainement. L’effet domino se poursuivra fort vraisemblablement à d’autres endroits du continent africain, comme à d’autres endroits du monde.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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