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Soudan: Washington tente de reprendre la main

L’establishment étasunien ne lésine pas sur les moyens afin de saper l’interaction de Khartoum avec Pékin et Moscou. Le même establishment qui, il y a encore récemment, considérait ce pays africain comme sponsor du terrorisme. Retour sur la question.

Depuis l’annonce en novembre dernier de la création d’une base navale russe près de Port-Soudan – principal port du pays situé sur la mer Rouge, Washington tente au maximum de nuire à ce projet. Pour cela, l’establishment étasunien mise sur plusieurs orientations: diplomatique, économique, sécuritaire, sans oublier le lobbying de ses proxys arabes et africains.

De façon plus générale, les Etats-Unis en tentant par tous les moyens de s’implanter au Soudan, ne visent pas seulement la Russie, mais également un autre des principaux adversaires officiels de Washington – la Chine, fortement présente sur le plan économique dans le pays. Sans oublier l’Iran.

Pour rappel, un navire de guerre US avait accosté en mars dernier au Port-Soudan – un jour seulement après l’arrivée au même endroit de la frégate russe de classe Amiral Grigorovitch.Un peu plus tôt, en décembre dernier, les Etats-Unis avaient retiré le Soudan de leur liste des pays soutenant le terrorisme. Une liste dans lequel Khartoum se trouvait depuis 1993…

Ce n’est pas tout: Washington a mis à contribution le Fonds monétaire international (FMI). Après tout, tous les moyens sont bons pour tenter à contrer l’influence grandissante de Pékin et Moscou.

L’offensive washingtonienne et de ses supplétifs ne se limitera aux secteurs mentionnés, mais touchera même aux médias. Peu surprenant d’ailleurs lorsqu’on connait la complicité existante entre l’establishment politique occidental et la presse mainstream, sans oublier les affiliés. En ce sens, plusieurs médias arabes avaient annoncé la prétendue suspension par le Soudan de l’accord avec la Russie pour l’établissement de la base navale. Parmi eux Al-Arabiya et Sky News Arabia.

Une information rapidement démentie par l’ambassade russe à Khartoum, qui avait répondu que «les plans technico-militaires entre les deux pays sont toujours d’actualité». Tout en ajoutant que les déclarations contraires sont loin de la réalité. Les informations diffusées par les médias arabes cités n’ont reçu d’ailleurs aucune confirmation du côté des responsables soudanais.

Une chose demeure pour autant certaine. L’establishment US continuera de déployer tous les moyens à sa disposition pour tenter à faire saboter l’interaction de Khartoum dans ses projets stratégiques avec Moscou et Pékin. Le tout au moment où l’influence de l’axe des partisans de la multipolarité, devenue une réalité mondiale, ne cesse de monter en puissance, tout en affaiblissant les rêves des nostalgiques du retour à l’ordre unipolaire dépassé.

Il reste à ne pas oublier que la Russie, comme la Chine, disposent également de nombre d’instruments leur permettant d’aller jusqu’au bout de leurs projets. Géopolitiques, géoéconomiques comme sécuritaires. Le tout au moment même que dans la région concernée, Washington continue de perdre des positions, notamment en Ethiopie, où l’influence sino-russe bat son plein.

En conclusion il faudrait peut-être rappeler que sur le moyen-long terme, la stratégie propre à un jeu d’échecs aura toujours le dessus sur celle du poker qui quant à elle ne peut être que sur le court terme. En ce sens, l’axe non seulement des partisans de la multipolarité, mais également de grandes civilisations mondiales, fera fort probablement la différence. Au grand désarroi de Washington et de ses suiveurs jusqu’au-boutistes.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Haut gradé US: Russie, Chine, Iran peuvent combler le vide au Moyen-Orient

Le chef du Commandement central des Etats-Unis reconnait la perte de la domination des USA sur le Moyen-Orient. Il insiste également sur le rôle croissant de Moscou, Pékin et Téhéran.

Comme souvent, ce que les politiciens n’oseront dire, les militaires l’exposent ouvertement. C’était il y a quelques jours le cas pour Frank McKenzie, l’un des principaux hauts gradés de l’armée étasunienne, et chef du Commandement central des USA (Centcom) – la structure du département de la Défense US responsable des opérations militaires des Etats-Unis au Moyen-Orient, en Asie centrale et en Asie du Sud, qui a exprimé sa position auprès de la Commission des forces armées de la Chambre des représentants des Etats-Unis.

Plusieurs points méritant intérêt ont été soulevés dans ces déclarations, notamment du point de vue du rôle croissant des grandes puissances partisanes de la multipolarité – Chine, Russie, Iran, qui ont été bien évidemment citées. En ce qui concerne Pékin et Moscou, McKenzie affirme que les deux pays pourraient remplir le vide dans la région stratégique du Moyen-Orient. Evidemment dans une constatation amère de la réalité pour les USA: «Les deux pays tirent parti de leur proximité avec la région, de leurs relations historiques et d’un déclin perçu des Etats-Unis, afin d’établir et renforcer des relations opportunistes».

Tout en précisant que selon lui la Russie «joue le rôle de spoiler pour les Etats-Unis, en utilisant des moyens militaires, des opérations d’influence et des activités de la zone grise pour saper et perturber l’influence américaine». La Chine, en revanche, «utilise principalement des moyens économiques pour établir des routes régionales, dans le but à long terme d’étendre sa présence militaire et ainsi sécuriser les routes vitales de l’énergie et du commerce».

Pour le général américain «le Moyen-Orient est, et a toujours été, un carrefour d’intérêts mondiaux et une arène historiquement privilégiée pour les puissances étrangères afin de rivaliser pour leur influence, leurs ressources et leur accès».

L’Iran n’a pas été lui aussi oublié. En effet, la République islamique représente sans le moindre doute, au même titre que Pékin et Moscou, un défi de taille pour Washington dans la région. McKenzie affirme que «l’Iran représente une menace quotidienne pour les Etats-Unis et leurs alliés au Moyen-Orient (on peut deviner – en premier lieu pour Israël et l’Arabie saoudite) alors que la supériorité militaire américaine dans la région diminue».

L’autre citation très révélatrice, toujours en rapport avec Téhéran, est la suivante: «L’utilisation généralisée par l’Iran de drones de petite et moyenne taille pour la surveillance et les attaques signifie que pour la première fois depuis la guerre de Corée (1950-1953, ndlr), nous opérons sans supériorité aérienne totale». Une constatation de la réalité qui peut sonner comme un véritable son de cloche des plus alarmants.

En termes d’analyses de ces propos du haut responsable militaire étasunien et de perspectives, il faut reconnaitre à McKenzie, malgré une hostilité non-voilée vis-à-vis des principaux adversaires sur l’arène internationale de Washington, que ses propos traduisent une réalité qu’une large partie des représentants de l’establishment politique US comme occidental de façon générale n’ose pas aborder. Ces derniers, préférant lancer constamment des accusations, le plus souvent sans présenter la moindre preuve tangible, s’obstinent par la même occasion à poursuivre la mission impossible de promotion du concept unipolaire terminé. Et ce aussi bien du côté des élites politiques que médiatiques de l’Occident.

La réalité est pourtant telle qu’elle est. Le concept multipolaire ne fera pas marche arrière pour faire plaisir aux nostalgiques d’une époque où une extrême minorité, bien souvent n’ayant même pas la légitimité de représenter ses propres peuples, dominait l’écrasante majorité planétaire. Il faudra donc accepter la libre concurrence, mais aussi les règles qui en ressortent.

Peut-être qu’à cet effet l’establishment politico-médiatique occidental devrait en effet être un peu plus à l’écoute des analyses de ses représentants militaires qui, pour certains d’entre eux, ont au moins le mérite de comprendre, et de facto – de reconnaitre, le basculement du monde contemporain. Evidemment sans en être des amis ou des partisans, mais c’est déjà mieux ainsi. Une constatation franche de la réalité dans l’adversité reste meilleure que les déclarations sans fin quant au prétendu rôle exceptionnel des USA et de ses acolytes – un discours dans lequel non seulement ne se retrouve pas la large majorité des peuples du monde, mais également une part importante des populations de pays occidentaux. Quant à la Chine, la Russie et l’Iran – les relations du triumvirat ne sont que propres au processus naturel pour trois grandes civilisations mondiales. Et cela – avec ou sans Washington sur leur chemin.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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RCA: Faustin-Archange Touadéra investi président

Le président de la République centrafricaine vient d’être réinvesti à la tête de son pays, pour son deuxième mandat. Cette investiture renforce indéniablement le cadre de la volonté populaire du peuple de la Centrafrique, de même que la souveraineté du pays – longtemps martyrisé, et ce au désarroi de toutes les forces ayant de nouveau misé sur la déstabilisation.

Faustin-Archange Touadéra, arrivé au pouvoir en 2016 pour son premier mandat présidentiel dans un cadre démocratique, et ayant de nouveau remporté le scrutin en décembre dernier, a donc prêté serment en qualité de chef d’Etat de la RCA. Si effectivement sa réélection a suscité un enthousiasme évident d’une large part de la population centrafricaine, mais également de la société civile de nombre d’autres pays africains, il n’en demeure pas moins qu’elle n’a pas fait que des heureux.

En l’occurrence les groupes armés qui avaient tenté de nuire au bon déroulement du récent scrutin présidentiel et qui n’avaient certainement pas prévu de subir une déroute sans précédent face à la détermination du leadership centrafricain et des alliés bilatéraux du pays, en premier lieu la Russie et le Rwanda.

En ce sens, il est aujourd’hui pratiquement incontestable que l’autorité du président Touadéra n’en a été que renforcée. Ayant toujours été un homme de paix, privilégiant le dialogue, dont le premier mandat peut d’ailleurs être caractérisé par une stabilisation assez évidente de la situation intérieure, il n’a pas manqué dernièrement à faire de preuve cette fois-ci de fermeté à l’égard des violateurs de l’accord de paix de Khartoum.

C’est d’ailleurs probablement un exemple aujourd’hui évident pour nombre d’autres nations africaines: cadre démocratique, souveraineté nationale, panafricanisme, promotion de la paix tout en la défendant par la force en cas de nécessité, et, libre choix des partenaires extérieurs. A ce titre, c’est un secret de polichinelle que de savoir par exemple que l’ex-métropole coloniale française, ou plus particulièrement les réseaux «françafricains» étaient depuis toutes ces années fort mécontents de la large diversification des relations extérieures opérée par le président Touadéra et son administration, notamment au niveau diplomatique.

Une chose est sûre, les Forces armées centrafricaines (FACA), formées au cours des dernières années par la Russie, sont actuellement beaucoup plus aguerries, en comparaison à 2016. Et s’il y a encore récemment, les médias occidentaux, y compris hexagonaux, se donnaient un malin plaisir à rappeler qu’une large partie du territoire de la RCA était sous contrôle des groupes armés – depuis le bouleversement de la situation et la contre-offensive récente des forces gouvernementales avec le soutien russe et rwandais, ayant permis de libérer la large partie du sol centrafricain, l’enthousiasme de ces mêmes médias est devenu beaucoup moins évident. Avec comme résultat soit le silence sur les succès des troupes gouvernementales centrafricaines et de leurs alliés, soit une reconnaissance amère de cette réalité. On pourrait en ce sens faire le parallèle encore une fois avec le traitement de l’information sur la Syrie, mais restons en RCA.

Le secrétaire d’Etat français aux Affaires étrangères, Jean-Baptiste Lemoyne, cité par RFIparle «de l’engagement de la France dans le pays» et appelle à une solution politique. En parlant du premier point, on pourrait se demander à quel engagement fait référence le représentant hexagonal, sachant que dans toute la campagne de sécurisation récente du territoire centrafricain opérée contre les groupes armés qui menaçaient de nouveau la stabilité du pays et la population, l’Elysée n’était pas seulement absent, mais au contraire représentait l’une des principales sources du problème. Sans même rentrer dans les coulisses de la déstabilisation ayant tenté de faire tomber le gouvernement légitime de la Centrafrique, et des rapports pour le moins ambigus qu’entretient l’Elysée avec nombre d’acteurs locaux des tentatives de déstabilisation, rien que l’opposition de Paris, au même titre que Washington et Londres, au Conseil de sécurité onusien quant à la levée de l’embargo sur les armes à destination de la RCA, en dit très long. Une levée demandée à maintes reprises par le gouvernement de la Centrafrique pour accroitre les capacités défensives de ses forces armées.

En opposition encore une fois à Moscou et Pékin ayant quant à eux exprimé leur solidarité face au plaidoyer de la diplomatie centrafricaine. Quant au dialogue politique auquel fait référence Jean-Baptiste Lemoyne, voudrait-il pousser un gouvernement légitime au dialogue avec des bandits de grand chemin – d’autant plus vaincus sur le terrain? Ou serait-ce un message sur des tentatives de déstabilisation ultérieures? La suite nous le montrera.

Une chose est sûre – la RCA revient de loin et peut aujourd’hui se vanter de devenir un exemple, désormais positif, pour d’autres Etats africains. Quant aux blocages occidentaux du renforcement encore plus important de ses capacités défensives, Bangui pourra certainement continuer à compter sur les partenariats bilatéraux, dans un cadre souverain.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Moscou-Pékin: le diktat washingtonien est terminé

La tentative évidente de l’establishment washingtonien de forcer un retour à l’ordre unipolaire des affaires internationales ramène ce dernier à la triste réalité – pour lui-même – à savoir qu’il n’y aura tout simplement pas d’un tel retour.

La mentalité relative à un comportement de cowboy, propre faut bien le dire, à chaque administration US, ne compte pas changer. Cela est devenu aujourd’hui totalement évident. Les récentes attaques verbales des élites étasuniennes à l’encontre de la Russie et de la Chine ne font que le confirmer. Ceci étant dit ces élites atlantistes doivent effectivement se rendre à l’évidence que la tentative de réimposer de nouveau une domination étasunienne et occidentale dans les relations internationales est pleinement vouée à l’échec.

Dans le cas de la Russie et de son leadership, la récente sortie verbale de Joe Biden, ne représente ni plus ni moins qu’une approche réellement primitive et surtout indigne pour un chef d’Etat – d’autant plus d’un pays qui continue à prétendre représenter l’une des principales forces mondiales. En ce sens, la réponse du président russe a été d’un niveau inatteignable pour les représentants étasuniens, dans leur ensemble.

Mais si certains pensaient que les hostilités verbales washingtoniennes se limiteraient surtout à la Russie, leur pronostic vient d’en être, une fois de plus, complètement mis à mal. Les tout récents échanges de haut niveau entre les représentants US et chinois ont au contraire mis en évidence la haine portée par Washington vis-à-vis de Pékin, et que nombre d’analystes pensaient uniquement propre à la précédente administration étasunienne, mais aussi et surtout la détermination du leadership chinois à répondre, de manière ferme, à ces attaques visant la Chine. Et ce désormais même de l’aveu des médias mainstream proches de l’establishment politique occidental.

Pour The Guardian, «tout espoir que la réunion à Anchorage (Alaska), aurait pu réinitialiser les relations bilatérales (sino-étasuniennes, ndlr), après des années de tensions dans le volet commercial, les droits de l’homme et la cybersécurité durant la présidence de Donald Trump, s’est évaporé lorsque le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, et le conseiller à la sécurité nationale, Jake Sullivan, ont ouvert leur rencontre avec le haut diplomate chinois Yang Jiechi (ex-ministre des Affaires étrangères, aujourd’hui directeur du Bureau de la Commission centrale des Affaires étrangères, ndlr) et le conseiller d’Etat Wang Yi (par ailleurs l’actuel ministre des Affaires étrangères de Chine, ndlr)».

Le ton accusatoire et condescendant des représentants étasuniens lors de cette rencontre a poussé immédiatement la partie chinoise à la riposte. Pour l’anecdote, et c’est ce qui confirme pleinement la nostalgie et le révisionnisme des élites étasuniennes, c’est la référence faite par les représentants US à «l’ordre international et aux lois qui en ressortent». Mais également que la compétition avec la Chine se poursuivra dans les domaines où cela sera nécessaire, et que la collaboration aura lieu également là où ce sera nécessaire. Mettant ainsi en exergue que le partenariat se fera là où Washington le jugera utile – et sur la base de conditions étasuniennes. Cette tentative évidente à tenter de réimposer l’ordre unipolaire a trouvé une réponse ferme des hauts représentants chinois.

«En ce qui concerne le sujet des cyber-attaques, en termes aussi bien de la capacité d’en lancer ou des technologies qui peuvent être déployées, les USA sont le champion en la matière», a déclaré Yang Jiechi. En ajoutant «que nous espérons qu’en parlant de valeurs universelles ou d’opinion publique internationale de la part des Etats-Unis, la partie américaine se demandera si elle se sent rassurée en disant ces choses, parce que les Etats-Unis ne représentent pas le monde, mais ne représentent que le gouvernement des Etats-Unis».

Les réponses des hauts diplomates chinois aux attaques verbales étasuniennes, rejoignent justement à ce titre la réponse donnée par le président russe Vladimir Poutine – considérée d’ailleurs comme étant «splendide» par son homologue turc Recep Tayyip Erdogan ayant fermement condamné les déclarations de Biden – dont l’un des points principaux a été de dire que nous allons trouver des terrains de collaboration – dans les domaines qui ont un intérêt pour la Russie, et sur la base de conditions qui correspondent aux intérêts russes. Et non pas l’inverse.

Au-delà donc du primitivisme assez évident de l’establishment étasunien dans sa manière de parler à ses homologues, et d’une mentalité propre aux films anciens sur le Far West n’ayant rien à avoir avec le monde contemporain, l’essentiel a été effectivement dit – aussi bien par le leadership russe, que chinois, en réponse à la nostalgie pro-unipolaire et au révisionnisme étasunien. Le message est clair: descendez de votre petit monde, car le monde dans sa globalité ne vous appartient pas. Vous n’en êtes ni ses porte-paroles, ni le gendarme, et n’avez aucune légitimité à parler au nom de la communauté internationale.

Il est évidemment plus qu’improbable que cette mentalité de cowboys ambulants puisse être surmontée et traitée rapidement – le traitement nécessaire doit être vraisemblablement radical. Le fait est que les partisans du monde multipolaire devenu réalité ne comptent pas baisser la garde, ni diminuer les efforts, notamment conjoints, pour montrer justement aux admirateurs du Far West leur véritable place dans le concert des nations du monde.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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La Chine appelle les USA à assumer leurs problèmes intérieurs

Pékin exhorte les Etats-Unis à améliorer leur propre situation en matière de droits de l’homme. Le tout au moment où Washington continue d’interférer dans les affaires intérieures d’Etats souverains.

Les Etats-Unis doivent faire face à leurs problèmes intérieurs profondément enracinés, dont la discrimination raciale et l’application violente de la loi, et prendre des mesures concrètes pour améliorer leur situation en matière de droits de l’homme. C’est ce qu’a déclaré Wang Wenbin, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, cité par l’agence de presse Xinhua.

Ces remarques ont été faites lors d’un point de presse en réponse à une question selon laquelle la présidente de la Chambre US des représentants Nancy Pelosi, connue pour ses attaques contre la Chine, la Russie et nombre d’autres pays qui ne se trouvent pas dans l’orbite washingtonienne, a récemment rejoint les soi-disant «défenseurs des droits des Ouïghours», représentant une énième tentative d’interférer dans les affaires intérieures chinoises, notamment dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang.

«Nous nous opposons fermement à l’attaque des Etats-Unis sur la politique chinoise concernant le Xinjiang et à leur ingérence dans les affaires intérieures de la Chine sous le prétexte de la question des droits de l’homme, et au mépris des énormes efforts de la partie chinoise pour protéger les droits de l’homme et promouvoir l’emploi des habitants du Xinjiang», a également déclaré le représentant diplomatique chinois.

En parlant de perspectives, y compris dans le cas plus particulier des relations sino-étasuniennes, pour le moment rien ne laisse donc entrevoir une amélioration digne de ce nom dans la relation Pékin-Washington. Si la Chine renvoie à juste titre les USA vers leurs propres et énormes problèmes intérieurs, à l’heure d’ailleurs d’une division sans précédent de la société étasunienne, il faudrait sans doute rappeler aussi que la présence US à divers endroits du monde continue d’être la source de problèmes de première importance.

C’est le cas notamment en Syrie, où la présence militaire étasunienne – en toute illégalité internationale, continue d’être une source de certains problèmes sécuritaires, y compris avec la recrudescence des éléments restants de Daech, dans une zone où se trouve justement une base US illégale. Cela sans oublier l’exploitation – elle aussi complètement illégale – de ressources naturelles syriennes par des compagnies US dans le nord-est du pays, en complicité avec certains éléments kurdes.

La présence étasunienne est également une source de sérieux problèmes chez le voisin de la Syrie – l’Irak. Pour rappel, le Parlement irakien avait voté en majorité le départ de toutes les troupes US de son sol suite à l’assassinat du général iranien Qassem Soleimani et de son compagnon irakien Abou Mehdi al-Mouhandis. Cette décision date de janvier 2020. Les troupes US, elles, sont toujours en Irak.

Cette réalité de la politique étasunienne qui n’est vraisemblablement pas prête de changer, peu importe l’administration en place, contraste avec les toutes récentes déclarations du secrétaire d’Etat US Antony Blinken, qui a affirmé que les Etats-Unis «ne favoriseront pas la démocratie par des interventions militaires coûteuses ou en tentant de renverser des régimes autoritaires par la force». En ajoutant que les USA «ont essayé ces tactiques dans le passé et qu’aussi bien intentionnées soient-elles, elles n’ont pas fonctionné».

Le chef actuel de la diplomatie US n’a pourtant pas précisé si l’establishment de son pays allait cesser à utiliser les instruments des révolutions de couleur. Ceci étant dit et même s’il l’aurait affirmé, le croire serait pour le moins naïf. D’ailleurs, la reconnaissance même des échecs des interventions armées à divers endroits du monde n’a pas été faite dans le cadre d’un mea-culpa, mais plutôt d’une réalité amère pour l’élite étasunienne. Lorsque dans le cadre du monde multipolaire, nombre d’acteurs internationaux ont pris les choses en main dans le but de bloquer les interminables interférences, déstabilisations et agressions des USA vis-à-vis de nations souveraines.

En ce sens, le rappel à l’ordre des Etats-Unis par la Chine est sans aucun doute à saluer. Si la Chine, comme la Russie, l’Iran et d’autres grandes puissances indépendantes n’ont toujours pas fermé la porte à un dialogue honnête sur les principales questions internationales avec Washington, il n’empêche que si un tel dialogue éventuellement se maintiendra – ce ne sera pas sur la base de conditions unilatérales étasuniennes. Epoque et réalité contemporaines obligent.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’océan Indien pour trois: la Russie, la Chine et l’Iran mèneront des exercices navals conjoints

La Chine, la Russie et l’Iran se préparent à de nouveaux exercices conjoints – dans le Nord de l’océan Indien. Le triumvirat semble plus que jamais déterminé à montrer son unité aussi bien dans le cadre trilatéral que du grand espace eurasien dans son ensemble – devenu un fer de lance évident du concept multipolaire. Et vraisemblablement aussi de la véritable communauté internationale.

Après les exercices navals conjoints de décembre 2019 entre les trois pays, qui s’étaient déroulés dans l’océan Indien et le golfe d’Oman, les forces armées chinoises, russes et iraniennes se rencontreront désormais à nouveau dans le cadre d’un exercice naval dans le Nord de l’océan Indien.

Si les trois puissances ne cachent pas leur proximité dans la sphère géopolitique, géoéconomique et sécuritaire internationale, il n’empêche qu’à chaque nouvelle action du triumvirat, l’establishment politico-médiatique occidental s’active dans ses commentaires. Cette nouvelle fois n’a pas fait l’exception.

Pour France Info, les trois nations présentent désormais un front uni face à leurs rivaux occidentaux. En parlant justement de rivalité, il serait tout de même important de rappeler que c’est précisément Moscou, Pékin et Téhéran qui sont considérés comme étant les principaux adversaires de Washington, et ce au niveau officiel de ce dernier. Et par la même occasion du bloc occidentalo-atlantiste dans son ensemble.

Mais une fois de plus ce qu’oublient de dire les médias mainstream sur le sujet, c’est que l’alliance sino-russo-iranienne n’est pas à sa base principale une alliance destinée contre un bloc particulier. Il s’agit avant tout d’une union entre trois grandes civilisations mondiales, menant des politiques indépendantes et souveraines – conformément à leurs intérêts nationaux respectifs. Les trois nations appartiennent par ailleurs au grand espace eurasien, dans lequel leurs visions convergent sur nombre de dossiers. Des convergences que l’on retrouve également sur de nombreux dossiers internationaux, qui dépassent le cadre strictement eurasien.

Aussi, la Russie, la Chine et l’Iran sont des fervents partisans du concept multipolaire du monde – devenu réalité. Et partagent également des positions similaires ou proches sur des défis majeurs comme la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme. Et c’est peut-être seulement après que l’opposition à l’unilatéralisme occidental commence à prendre également forme – et ce pour des raisons tout à fait logiques et légitimes.

Après tout, l’Occident politique, qui représente une infime partie de l’humanité, mais continue de s’autoproclamer porte-parole de la communauté prétendument internationale, se doit progressivement d’apprendre que la véritable notion de communauté internationale a pris forme en Eurasie. Faudrait-il encore le rappeler qu’une grande structure eurasienne et internationale comme l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) représente à elle seule près de la moitié de la population mondiale, des ressources naturelles stratégiques en grande quantité (20% des ressources mondiales pétrolières et près de 40% des ressources gazières pour ne citer que cela), mais aussi et cela ne doit pas être oublié – des routes commerciales stratégiques – appelées à monter encore plus en puissance dans les années à venir.

Et au-delà de l’aspect des divergences géopolitiques évidentes entre l’Occident nostalgique de l’unipolarité et les partisans affirmés du monde multipolaire actuel, la géoéconomie effectivement n’est pas en reste. L’Occident – ayant si longtemps promu le concept d’une libre concurrence internationale – se retrouve aujourd’hui dans toutes ses propres contradictions du moment que la concurrence géoéconomique entre les nations occidentales et non-occidentales ait atteint un niveau important dans le monde contemporain. Et réfute de plus en plus activement les notions dont il a tellement fait la promotion. Une promotion faite évidemment à une époque où il était pratiquement l’unique bénéficiaire.

Et au lieu de mettre en avant ses éventuels atouts pour assumer pleinement cette concurrence internationale, l’establishment occidental préfère miser sur les pressions multiples, allant de sanctions jusqu’au non-respect de ses propres engagements. Peu de domaines y échappent – de la sphère énergétique jusqu’aux nouvelles technologies. Pratiquement tous les atouts de ses adversaires géopolitiques et géoéconomiques sont non seulement dénigrés mais se retrouvent constamment dans le viseur des élites occidentales.

Le problème de l’approche occidentale est large et multiple. Tout d’abord, l’Occident apprend désormais à faire face au principe de la réciprocité. Que ce soit dans le domaine économique où les contre-sanctions efficaces face aux sanctions occidentales ont fait leurs preuves. Ou même dans la sphère médiatique, avec comme dernier exemple en date – l’interdiction de diffusion de la BBC en Chine après que la licence de diffusion au Royaume-Uni ait été retirée à la chaine de télévision internationale chinoise CGTN. Le domaine militaro-sécuritaire n’est pas en reste. Tout comme le contrepoids politico-diplomatique, y compris au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU où le bloc sino-russe arrive à stopper des initiatives occidentales d’un autre temps.

L’autre atout qui joue en faveur des partisans de la multipolarité est le soutien de plus en plus affiché des nations non-occidentales aux grandes puissances comme la Chine, la Russie et l’Iran. Notamment en Afrique, au Moyen-Orient ou encore en Amérique latine. Sans oublier une part notable de la société civile y compris même dans les pays occidentaux. Renforçant un peu plus le bloc pro-multipolaire et les intérêts réciproques.

En ce sens l’axe Chine-Russie-Iran joue effectivement un rôle de premier plan. Les actions conjointes du triumvirat, notamment la coordination militaro-sécuritaire, politique et économique renforcent un peu plus ce concept d’une communauté internationale au sens véritable et large du terme. Quant aux nouveaux exercices militaires conjoints – ils ne font que confirmer une fois de plus la confiance existante entre Pékin, Moscou et Téhéran. Aussi bien dans le cadre trilatéral qu’international. 

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’accord de Vienne: Téhéran pointe du doigt les responsabilités de Washington

L’Iran se dit prêt à respecter l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien – à condition que les Etats-Unis réintègrent ledit accord sans condition préalable et lèvent les sanctions visant la République islamique. En cela, Téhéran peut compter sur le soutien de Moscou et de Pékin.

Après la sortie unilatérale de l’accord sur le nucléaire iranien, appelé également plan d’action conjoint, opérée par les USA sous l’administration Trump, la responsabilité incombe logiquement à ces derniers quant à la pleine réintégration, et ce sans conditions préalables. C’est la position de l’Iran.

En visite à Moscou, le président du Parlement iranien Mohammad Baqer Qalibaf l’a d’ailleurs rappelé sans équivoque. Lors de cette visite du haut responsable de l’Iran en Russie, dont le but annoncé était l’élévation des relations bilatérales à un niveau encore plus stratégique entre les deux pays, Mohammad Baqer Qalibaf n’a pas manqué également de pointer du doigt la responsabilité étasunienne, notamment dans le cadre du mentionné ci-haut accord de Vienne.

Il a à ce titre déclaré que la nouvelle administration US n’est pas en mesure de prendre de décisions sur les questions majeures: «Nous avons reçu des signaux différents de la part des positions officielles de l’administration Biden, quoique nous n’ayons vu aucune nouvelle stratégie de leur part. Il semble que cette administration ne soit pas capable d’adopter de grandes décisions».

En ajoutant «que la nouvelle administration américaine a évoqué une condition préalable pour tenir ses engagements, mais elle n’a pas le droit de poser de condition préalable pour remplir des obligations qui n’ont pas été remplies (de la part des Etats-Unis, ndlr) depuis plusieurs années. Ce sont les Américains qui ont quitté l’accord sur le nucléaire et ont porté atteinte à l’économie iranienne. Par conséquent, ils doivent d’abord tenir leurs engagements sans aucune condition préalable, et nous devons voir les résultats de la levée des sanctions de manière tangible, et ce sera ensuite à notre tour de tenir nos engagements».

La position de l’Iran demeure donc jusqu’à maintenant inchangée, à savoir que c’est effectivement aux USA de revenir à leurs propres engagements avant de pouvoir demander quoi que ce soit à la partie iranienne. Maintenant et pour parler des perspectives, il faut certainement faire mention de nombre de points.

Tout d’abord, Téhéran aura une fois de plus démontré appartenir aux Etats qui ne fléchissent pas face aux agressions et pressions extérieures, conformément à la défense de la souveraineté et des intérêts nationaux. On peut se rappeler à ce titre des multiples déclarations de l’élite étasunienne quant au fait que l’économie iranienne sera détruite et que les Iraniens seront «forcés» à revenir aux pourparlers avec les USA sur la base des conditions étasuniennes. Il n’en fut rien. Non seulement, l’Iran a tenu face aux sanctions économiques et aux diverses pressions politico-sécuritaires qui visaient à affaiblir et à déstabiliser le pays, mais plus que cela – a réussi à maintenir son influence sur la scène régionale intacte, tout en l’élargissant sur la scène internationale. Notamment en Amérique latine. Confirmant d’ailleurs la thèse que l’Iran n’a probablement jamais été aussi influent internationalement parlant dans son histoire contemporaine.

D’autre part, l’Iran a également fait démonstration de sa capacité non seulement de résister aux pressions et agressions multiples, mais d’être capable de passer à l’offensive – que ce soit sur le plan sécuritaire, économique ou énergétique. Notamment lors des livraisons de carburant au Venezuela ou encore dans le cadre de «l’accord du siècle» avec Pékin ouvrant la voie à de forts importants investissements chinois en Iran, le tout sur du long-terme.

Washington de son côté se retrouve dans une situation délicate. S’il revient sans condition préalable dans l’accord de Vienne – ce sera considéré pour certains comme une défaite de l’administration Biden et pourra être exploité par les opposants à l’actuel pouvoir américain, favorisant un peu plus les divisions étasuniennes internes déjà fortement visibles. Quant au fait de réclamer à l’Iran de faire le premier pas – étant effectivement une demande complètement illogique compte tenu de l’historique et des actions engagées par les USA dans le cadre de cet accord, Téhéran a une nouvelle fois réaffirmé ne pas être prêt à une telle démarche.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Chine-USA: l’arrogance étasunienne ne diminue pas

Les tensions sino-étasuniennes, revues sérieusement à la hausse sous l’administration Trump, laissaient présager pour certains analystes une amélioration à venir sous la présidence Biden. Rien n’est moins sûr – le ton washingtonien vis-à-vis de Pékin, propre à une époque désormais révolue, ne présage pas de nettes améliorations dans ces relations.

La conversation téléphonique récente entre le nouveau secrétaire d’Etat US Antony Blinken avec le haut diplomate chinois Yang Jiechi était vue comme une occasion d’aller dans le sens d’une diminution de tensions courantes entre Washington et Pékin. Pour autant et au vu du communiqué qui s’en est suivi du côté du département d’Etat étasunien – tout laisse à supposer que les USA maintiendront une vision radicalement unipolaire et arrogante vis-à-vis de la première puissance économique mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat.

Ainsi, comme le rapporte l’agence Reuters, le secrétaire d’Etat US Antony Blinken a déclaré vendredi lors de l’appel téléphonique avec le haut diplomate chinois Yang Jiechi «que les Etats-Unis continueront à défendre les droits de l’homme et les valeurs démocratiques au Xinjiang, Tibet et à Hong-Kong». Blinken a également exhorté la Chine «à condamner le coup d’Etat militaire au Myanmar, et a réaffirmé que Washington continuera de travailler avec ses alliés pour tenir la Chine responsable des efforts visant à menacer la stabilité dans l’Indo-Pacifique», toujours selon le communiqué du département d’Etat étasunien.

Du côté chinois, parallèlement à l’appel de développer des relations bilatérales stables et constructives, Pékin n’a pas manqué de faire quelques rappels méritant l’attention envers l’homologue US. Notamment de sa ferme position sur la question de Taiwan, et aussi que les questions liées à Hong-Kong, Xinjiang et le Tibet, constituant des affaires intérieures de la Chine – dans lesquelles les forces extérieures n’ont pas à interférer, comme cela est rappelé dans l’article de Hu Xijin – rédacteur en chef du quotidien Global Times.

L’auteur rajoute d’ailleurs qu’objectivement parlant, la stratégie étasunienne de contenir la Chine a montré une tendance vers un sérieux échec. Et qu’il est évident pour le monde que le développement de la RPC est imparable. Tout en rappelant que peu importe ce que les responsables US diront au peuple américain, la Chine espère que les actions réelles pourront ramener la politique chinoise des Etats-Unis du « nuage de la fantaisie à un terrain pragmatique ».

Dans un autre éditorial de Global Times, «la performance réelle des Etats-Unis est médiocre et le pays ne maintient le haut niveau que dans la prédication idéologique, tandis que la Chine a quant à elle assumé les responsabilités d’une grande puissance sur de nombreuses questions». En ajoutant «que la tromperie étasunienne ne peut pas durer longtemps et les faits parlent finalement plus que les mot ».

Les éditorialistes chinois vont plus loin encore en mettant l’accent sur la responsabilité des élites politiques occidentales: «Les différences de valeurs entre la Chine et l’Occident ne sont pas si sérieuses de ce qui pourrait être pensé en Occident. Ce sont les Etats-Unis et leurs principaux alliés qui radicalisent la question. La mentalité chinoise de l’harmonie dans la diversité est plus conforme aux valeurs communes de la plupart des gens dans le monde». Des lignes fortement révélatrices qui d’une part soulignent la différence entre les peuples des pays occidentaux et leurs élites. De l’autre le concept multipolaire promu entre autres par la Chine. Et enfin que de nombreuses personnes y compris même en Occident se retrouvent dans cette vision multipolaire. Difficile en effet de mieux résumer la chose.

Quoiqu’il en soit, cet échange d’opinions démontre plusieurs choses. La première est que les USA, quelle que soit l’administration en place, sont incapables d’engager un dialogue honnête, respectueux et qui tient compte des intérêts réciproques – bien que l’establishment étasunien en place ait rappelé être prêt à dialoguer avec Pékin et Moscou sur des questions ayant un intérêt pour Washington. Le souci de cette philosophie est que les deux premiers cités feront tout simplement de même vis-à-vis des USA. Comme cela a été d’ailleurs dit récemment par plusieurs hauts responsables chinois et russes.

La deuxième chose à noter, est que Pékin continuera à défendre ses intérêts nationaux et à promouvoir la réalité multipolaire mondiale – sans se soucier de ce qu’en pensent les représentants de l’establishment étasunien, et occidental de façon générale.

Et qu’enfin – rien pour le moment ne peut annoncer une amélioration digne de ce nom dans les relations entre les USA – fervents nostalgiques de l’unipolarité dépassée et les partisans de la multipolarité devenue réalité. Et ce malgré toute la rhétorique hostile des élites occidentales visant aussi bien Pékin, que Moscou et les autres centres majeurs de la véritable communauté internationale.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Médias chinois: La Russie restera stable malgré l’opposition de l’Occident

Au moment des nouvelles tensions entre Moscou et l’establishment politique occidental, la Chine a d’ores et déjà donné de la voix. De la condamnation par la diplomatie chinoise de l’interférence occidentale dans les affaires intérieures russes – jusqu’aux tribunes des principaux médias de Chine. Retour sur la question.

Depuis les récentes condamnations par les élites politiques occidentales, aussi bien washingtoniennes que de plusieurs capitales de l’UE, de la Russie dans la gestion de manifestations antigouvernementales – ayant réuni des milliers de participants sur une population de près de 147 millions d’habitants, Moscou n’a pas manqué de réagir en rappelant aux donneurs de leçons quant à la nécessité de s’occuper pour eux… de leurs propres problèmes internes. D’autant plus que malgré toute la rhétorique hostile visant, une fois de plus, l’Etat russe – les forces de l’ordre du pays restent si loin de la pratique des violences subies par les manifestants aux USA… Ou encore en France.

Dans cette nouvelle phase évidente de tensions entre la Russie et l’Occident, il serait intéressant d’analyser la position de la Chine – entre autres la première économie mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat, troisième puissance militaire mondiale, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU au sein duquel Pékin converge sur pratiquement tous les dossiers internationaux avec son allié russe.

Le ton fut déjà donné par la diplomatie chinoise. Ainsi, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Zhao Lijian, le 25 janvier, en répondant à la question sur ledit sujet, avait rappelé que la Chine s’oppose systématiquement à l’ingérence extérieure dans les affaires intérieures d’un pays souverain.

Mais la réaction chinoise ne se limita pas au positionnement de ses hauts représentants diplomatiques. Ainsi, plusieurs des plus importants médias de Chine avaient affiché une solidarité claire avec la Russie sur ladite question. A ce titre, un article fort intéressant a été publié par le quotidien Global Times. 

Selon ladite publication, la Russie préservera sa stabilité, et ce malgré les efforts occidentaux encourageant les sentiments de protestation. Le média chinois remet de façon claire les Occidentaux devant leurs propres contradictions dans leur manière de jouer aux moralisateurs. En premier lieu les Etats-Unis. Global Times rappelle également la cohésion de la majorité sociétale russe – ayant tiré les bonnes conclusions des années chaotiques et pro-occidentales de l’ère Eltsine.

Le quotidien remet également en doute la notion d’autoritarisme, dont est taxée la Russie par ses adversaires occidentaux – rappelant l’existence en Russie d’un système multipartite dans lequel le parti au pouvoir pouvait subir de façon démocratique des situations défavorables lors des élections passées. Les journalistes chinois rappellent par ailleurs toute l’importance de la Russie – aussi bien de part sa taille géographique, que de sa capacité de dissuasion nucléaire. Pour Global Times – ni les Etats-Unis, ni l’Occident de façon générale ne peuvent accepter l’existence d’une Russie dans sa stature de puissance indépendante. Et c’est pourquoi Washington comme Bruxelles s’en tiennent à la considération stratégique visant l’affaiblissement de la Russie.

Mais la conclusion des analystes chinois est très révélatrice de la vision du leadership et du peuple de Chine vis-à-vis de la Russie, constituant par la même occasion un élément de réponse à ceux qui doutent quant au long-terme de l’alliance sino-russe, y compris en Occident: «Nous ne pensons pas que la Russie puisse être vaincue par les Etats-Unis et l’Occident. La Russie a une résilience et une endurance que les Occidentaux ne peuvent même pas imaginer. Ce pays est sophistiqué en diplomatie et dans la compétition». En ajoutant: «Depuis l’épidémie du Covid-19, la Russie n’a pas connu des difficultés plus importantes que le monde occidental. Et si les Etats-Unis et l’Occident cherchent à lancer maintenant des troubles politiques, le temps et la chance ne seront pas de leur côté».

Pour Global Times: «les USA et les pays occidentaux poursuivront leurs interférences». Et c’est pourquoi selon le média chinois il est très important pour les pays non-occidentaux de ne pas leur laisser de telles possibilités. Et de conclure: laissons le temps passer. Et on verra alors qui aura plus à faire au chaos – les principales puissances en développement, ou les Etats-Unis et l’Occident.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Russie-Turquie ou le cauchemar d’Emmanuel Macron

Les récentes accusations du président français à destination de Moscou et Ankara quant à leur prétendue campagne antifrançaise en Afrique ont non seulement clairement démontré la mentalité entretenue par l’establishment élyséen vis-à-vis du continent africain, mais confirment également la peur que suscite la montée en force des puissances non-occidentales sur l’arène internationale.

Si ces récentes déclarations d’Emmanuel Macron ont effectivement eu le mérite de remettre au grand jour les véritables intentions de Paris vis-à-vis de l’Afrique et plus particulièrement de ses anciennes colonies africaines, bien que maquillées en belles paroles d’intentions positives, beaucoup d’observateurs se sont posés la question pourquoi le chef d’Etat français ait particulièrement insisté dans ses accusations sur certains dirigeants africains, ainsi que sur la Russie et la Turquie.

En ce qui concerne les chefs d’Etat africains visés par les déclarations macroniennes, la réponse peut déjà être donnée. Il s’agit très vraisemblablement de tous les leaders africains ayant choisi la voie de la souveraineté et du panafricanisme – deux modèles de développement pour l’Afrique qui déplaisent fortement à Paris, comme d’ailleurs à nombre d’autres capitales occidentales.

Mais dans le cas du «tandem» russo-turc, il faut analyser les événements des dernières années, ainsi que les récents, pour comprendre cet acharnement macronien contre Moscou et Ankara. Un acharnement qui s’est également traduit par d’autres paroles récentes – également attribuées à Macron – à savoir «qu’il faut trouver des mécanismes de contournement pour encercler la Russie et la Turquie». 

La réalité, c’est qu’aux yeux de l’élite occidentale atlantiste, le problème vraisemblablement majeur – c’est la capacité des leaderships russe et turc de pouvoir trouver des compromis conjoints, y compris dans des dossiers qui les opposent, et ce sans y inclure les puissances occidentales. En effet et pour rappel – le processus d’Astana sur la Syrie a eu le mérite sur la plateforme de la puissance eurasienne kazakhe de réunir les représentants du gouvernement syrien et de l’opposition plus ou moins modérée ayant un poids sur le terrain, le tout grâce aux efforts de trois pays: la Russie, l’Iran et la Turquie. Ce format avait provoqué la colère des Occidentaux pour deux raisons principales: la première étant le fait que ladite plateforme s’est avérée être la plus efficace dans le dossier syrien, la deuxième étant celle que les élites occidentales n’y avaient aucun rôle à jouer, si ce n’est d’observateurs.

Mais ce qui a certainement dû faire grandir la colère des forces pro-unipolaires et atlantistes, c’est le dossier tout récent du Haut-Karabakh. Washington, comme Paris, souhaitaient vraisemblablement deux choses. La première – pouvoir s’impliquer directement dans ce dossier et y jouer un rôle de premier plan, sans pour autant avoir de liens historiques et civilisationnels avec cette région. Tout en réduisant évidemment l’influence de Moscou et Ankara. La deuxième – contribuer aux tensions supplémentaires entre la Russie et la Turquie, afin de stopper l’interaction existante entre les deux nations eurasiennes.

Au final – ni l’une, ni l’autre, n’a pu aboutir. Confirmant ainsi la thèse que dans le monde contemporain – l’Occident politique ne représente plus et aucunement l’hégémon et le porte-parole de la communauté internationale qu’il prétend encore être. Et que des puissances internationales ou régionales comme la Chine, la Russie, la Turquie, l’Iran, l’Inde, l’Afrique du Sud, l’Algérie et d’autres – poursuivront une politique souveraine, conformément aux intérêts nationaux respectifs. Sans en demander l’avis aux capitales occidentales.

Mais ce qui est assez ridicule dans la rhétorique du président français, c’est qu’elle laisse à supposer qu’il puisse exister une coordination entre Moscou et Ankara dans la perte d’influence devenue évidente de la France en Afrique, plus particulièrement dans les pays francophones anciennement colonisés par Paris – au sein des autres l’influence est d’autant plus au point mort. Alors qu’en réalité, la Russie – comme la Turquie – mènent des politiques propres à eux-mêmes, conformément à leurs intérêts individuels et à ceux de leurs partenaires sur le continent africain. Par ailleurs, les désaccords russo-turcs sur nombre de dossiers n’ont pas disparu, mais la capacité réciproque à trouver des accords à mi-chemin des intérêts de chacun effectivement persiste, comme le rappelle d’ailleurs le quotidien allemand Der Tagesspiegel

Quant au fait même que Pékin, Moscou ou Ankara puissent avoir des intérêts en Afrique – à la grande colère des élites occidentales, dont élyséennes – il faudrait certainement leur rappeler que les relations internationales se basent sur un échange d’intérêts entre Etats souverains. Et que ces échanges, qu’ils soient d’ordre économique, sécuritaire ou politique – sont aussi ce que l’on appelle la concurrence, pure et simple. Après tout, Washington, Paris, Londres ou Berlin n’ont aucun mal à penser qu’ils ont leur mot à dire en direction de régions ne souhaitant par leur implication. Pourquoi se mettre donc en colère lorsque les puissances non-occidentales développent leur présence respective là où elle est désirée et accueillie positivement?

Quant à la prétendue interaction russo-turque en Afrique, il ne reste plus qu’à imaginer quel en serait le résultat si c’était effectivement le cas… A méditer. En ce qui concerne le cas du président français – après avoir récemment mis fortement en colère une très large partie du monde musulman, désormais il devra répondre aux innombrables questions d’Africains qui après ses récentes déclarations posent une question simple : quand est-ce que Paris commencera réellement par respecter l’Afrique et les Africains? Notamment leur souveraineté, leur capacité analytique et le choix de leurs partenaires internationaux.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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