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USA: les républicains pour le durcissement des sanctions contre les principaux adversaires géopolitiques

Gestion catastrophique de la pandémie du Covid-19, tensions inter-ethniques, raciales, violence policière et vandalisme des casseurs à l’intérieur, refus d’accepter l’ordre unipolaire révolu par la grande majorité des pays du monde à l’extérieur, mais rien n’y fait – les représentants de l’establishment US prévoient de s’accrocher jusqu’au bout. Y compris à travers de nouvelles menaces qu’ils souhaitent mettre à exécution. 

Les républicains à la Chambre des représentants du Congrès étasunien ont publié mercredi un rapport sur la stratégie de la sécurité nationale, appelé à «renforcer le rôle des Etats-Unis et à contrer les menaces mondiales». Dans ledit rapport, il est notamment proposé d’imposer «les sanctions les plus dures jamais imposées auparavant» contre la Russie, l’Iran, et le Parti communiste chinois. A noter que le groupe de travail en question fait partie de la plus grande association de la faction républicaine à la Chambre des représentants US.

Ainsi, les auteurs du rapport proposent d’inclure la Russie sur la liste «des pays parrainant le terrorisme» – une liste que rédige l’administration présidentielle étasunienne. Ni plus, ni moins. Les raisons pour de telles accusations serait le soutien de Moscou aux corps des Gardiens de la révolution islamique iranien, le Hezbollah libanais, ou encore aux Talibans afghans. L’autre raison invoquée serait le fait qu’au cours de la dernière décennie, la Russie a affirmé son rôle de puissance mondiale, avec «une intention claire de saper l’ordre mondial sous la direction des USA». Ce serait peut-être d’ailleurs et surtout la principale raison.

L’autre orientation vis-à-vis de la Russie concerne, là aussi sans grande surprise, le secteur énergétique. Ainsi, le Congrès est invité à imposer une seconde couche de sanctions aux entreprises soutenant les projets pétroliers et gaziers russes. Ce n’est pas tout: selon les dits auteurs, il faut également imposer des restrictions à l’acquisition de la nouvelle dette souveraine russe, tout en poursuivant des sanctions personnelles vis-à-vis de responsables russes, et… des structures pro-russes dans d’autres pays. La liste n’est pas terminée, puisque les «érudits » étasuniens appellent aussi à exclure la Russie du système interbancaire SWIFT.

Dans le cas de Pékin, le rapport propose d’imposer «des sanctions contre le Front uni du Comité central du Parti communiste chinois», ainsi qu’à l’encontre d’un certain nombre de hauts fonctionnaires, y compris des membres du Politburo. Ceci, «dans le cadre de leurs activités concernant la population ouïghoure de Chine, ainsi que dans celui de la situation à Hong Kong». Les auteurs du rapport pensent également qu’en ce qui concerne la Chine, il est plus raisonnable d’utiliser des «sanctions ciblées», qui selon eux «fonctionneraient plus efficacement que les mesures tarifaires à grande échelle, qui affecteront à large échelle les USA eux-mêmes». Enfin, ils font également mention de la nécessité de bloquer la propagande chinoise, ainsi que de prendre les «mesures pour empêcher les technologies américaines critiques d’arriver dans ce pays».

En ce qui concerne la lutte contre l’Iran, le rapport propose d’imposer de nouvelles sanctions vis-à-vis d’un certain nombre de secteurs de l’économie iranienne. En parallèle des mesures visant les structures régionales affiliées à la République islamique, en particulier les milices pro-iraniennes en Syrie, Irak, Liban et Yémen. Reste tout de même à espérer que les initiateurs de ce rapport maitrisent également la localisation géographique des pays dont ils font mention.

Maintenant, pour parler perspectives. Evidemment, toutes ces mesures proposées par les politiciens étasuniens, peu importe d’ailleurs qu’ils soient républicains ou démocrates – car la haine de la Chine, de la Russie et de l’Iran les rassemble fortement – sont de nature consultatives et ne sont pas (en tout cas pour le moment) un projet de loi soumis au Congrès. Il n’empêche que cette action est tout de même très révélatrice des intentions de l’establishment étasunien dans son ensemble – y compris dans le camp de Donald Trump – à savoir se battre jusqu’au bout pour un retour à une gestion unipolaire du monde, même si le navire en question continue de couler.

Evidemment, dans le cas d’une imposition de telles sanctions, la guerre pourrait être totale, aussi bien sur le plan économique, qu’au niveau de la confrontation militaro-stratégique (sans forcément de guerre directe, mais avec une implosion d’affrontements locaux et régionaux). Et au vu des capacités contemporaines de Pékin, Moscou, et Téhéran, sans y inclure les alliés respectifs, Washington ne sortira pas gagnant d’une telle confrontation. Et ne ferait qu’accélérer sa chute. Mais connaissant la mentalité des élites atlantistes, beaucoup plus joueurs de pokers que d’échecs, ils pensent que miser le tout serait la solution. Rien n’est moins sûr. Ajoutez à cela les innombrables problèmes irrésolus de l’intérieur, et le tour est joué. Sauf que le Deep State n’a que peu à faire non seulement des vies humaines au-delà des frontières US, mais également sur le front intérieur, et effectivement l’époque actuelle multipolaire n’avait jamais autant remis en question leur pouvoir autoproclamé et inacceptable pour l’écrasante partie de l’humanité. 

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’Iran brise le blocus étasunien du Venezuela

Malgré les sanctions étasuniennes visant la République islamique d’Iran et la République bolivarienne du Venezuela, les dernières actions des deux pays démontrent la détermination d’outrepasser ces pressions, et ce malgré les menaces de Washington.

Le premier des cinq pétroliers iraniens est arrivé au Venezuela, transportant des carburants nécessaires pour la nation latino-américaine. L’information est confirmée par Tareck El Aissami, le ministre vénézuélien du Pétrole. Il a également indiqué que le navire a été escorté par les forces armées à son entrée dans les eaux territoriales du pays.

A cet effet, l’ambassade iranienne à Caracas a également publié un communiqué et a remercié les militaires vénézuéliens: «Le premier pétrolier iranien a atteint les côtes vénézuéliennes. Nous sommes reconnaissants aux Forces armées bolivariennes pour l’avoir escorté». La télévision pan-latino-américaine Telesur a en outres diffusé les images correspondantes.

L’arrivée des quatre autres navires est prévue dans les prochains jours. Au total, 1,5 million de barils de carburant font partie des livraisons en cours. Le tout à un moment où les pénuries de carburant en République bolivarienne se sont aggravées avec la propagation du Covid-19. Pour rappel, les USA ont imposé des sanctions visant les exportations de brut de l’Iran et du Venezuela. Tout en proférant des menaces de recours armé. C’est ce que d’ailleurs n’a pas manqué de rappeler le représentant permanant du Venezuela à l’ONU, en déclarant que les pétroliers iraniens transportant le carburant à destination de son pays font l’objet d’une «menace d’un usage imminent de la force militaire par les Etats-Unis». Le représentant vénézuélien parle également de «crime d’extermination», puisque ces actions visent à priver le peuple du Venezuela d’un moyen vital de subsistance.

Ceci étant dit, les deux pays ne comptent pas reculer. Et se disent, en cas de nécessité, à être prêts d’utiliser leurs capacités défensives. C’est ce que d’ailleurs n’a pas manqué d’affirmer le président iranien Hassan Rouhani, lors d’une conversation téléphonique avec l’émir du Qatar samedi, cité par l’agence Mehr, en avertissant que la République islamique d’Iran répondrait à toute éventuelle agression étasunienne contre les pétroliers iraniens dans la mer des Caraïbes ou tout autre point du monde.

Si les deux pays se montrent prêts à s’entraider sur le plan énergétique, économique et militaire, il serait également important de rappeler que malgré l’hostilité de Washington et de ses alliés occidentaux, Caracas peut aussi compter, entre autres, sur le soutien de la Russie, de la Chine, de Cuba, de la Turquie ou encore du Mexique – dans le cas des deux premiers y compris au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU. Cela sans oublier plusieurs secteurs d’importance stratégique qui lient Moscou et Pékin aux autorités vénézuéliennes, parmi lesquels on retrouve également les projets de partenariat économico-énergétique, sans oublier la coopération militaro-technique.

Une chose est certaine. Le refus de suivre les prérogatives de Washington et des capitales occidentales, aussi bien de la part de Téhéran que de Caracas, conforte l’idée que la réalité multipolaire mondiale est bel et bien une réalité admise, et non pas un projet en cours de construction. Malgré cela, et au moment d’énormes défis dont font face à l’heure actuelle les USA, l’establishment de ces derniers n’est toujours pas en mesure, et probablement ne le sera pas, à reconnaitre cette réalité. Quoiqu’il en soit, ce refus égocentré d’un nombre limité de pays de la planète ne pourra vraisemblablement stopper le processus naturel des choses en cours. Les seuls perdants de la réalité présente n’étant que ceux qui la refusent.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Nouvel accord OPEP+ : ni Riyad, ni Washington, en vainqueurs

C’est fait, le nouvel accord entre l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et les pays producteurs non-membres de ladite organisation, destiné à réguler le marché du pétrole en période de crise mondiale, a été bel et bien coordonné. Et ce malgré les actions récentes de l’Arabie saoudite d’une part et la politique US qui visait à dominer le marché énergétique mondial, de l’autre.

Au final, ni le royaume wahhabite, ni l’establishment US n’ont obtenu gain de cause. Les premiers sont revenus à la table des négociations en vue de trouver la solution qui puisse convenir à toutes les parties impliquées. Les USA, eux, se voient quant à eux obligés de s’adapter désormais à la dynamique des prix mondiaux sur le pétrole et surtout à comprendre que leur volonté de domination sur ce marché stratégique ne pourra se réaliser.

Dans le cas plus particulier de l’Arabie saoudite et de la Russie – chefs de file respectifs des groupes OPEP et non-OPEP, les deux pays vont baisser la production jusqu’à 23%, pour atteindre une production réciproque de 8,5 millions de barils par jour, représentant une baisse de 2,5 millions de barils par jour pour chacun – 11 millions de barils de production journalière ayant été pris comme la référence à partir de laquelle la baisse aura lieu.

Ceci étant dit, l’engagement à baisser la production pétrolière est de facto plus importante côté saoudien: ayant récemment augmenté la production journalière à hauteur de 12,3 millions de barils, suite au refus du mois de mars de la Russie et nombre de ses alliés de signer l’accord dans sa forme de l’époque, la baisse côté saoudien est donc plutôt de 3,8 millions de barils par jour, depuis le tout récent accord. Quant à la Russie, dont la production journalière récente était de 11,3 millions de barils par jour (chiffres de mars, sans augmentation en avril), la baisse suite au nouvel accord OPEP+ est de facto de 2,8 millions de barils, soit une baisse d’un million de moins que du côté saoudien.

La mission saoudienne donc de tenter de prendre des parts de marché à l’international à la Russie… n’a simplement pas abouti. Quant aux USA, bien qu’ayant souhaité jusqu’au bout montré leur indépendance vis-à-vis du groupe OPEP+, la réalité a fait qu’ils ont été obligés de suivre la nouvelle marche énergétique et accepter, malgré eux, de baisser leur production. Avec un coût de production du pétrole de schiste – ayant permis dans un passé proche de devenir le premier producteur mondial et de prendre des parts de vente sur le marché pétrolier international – bien supérieur aux coûts russe et saoudien, les USA entrevoient désormais une baisse, qu’ils appellent «technique», à hauteur de 2-3 millions de barils par jour. C’est d’ailleurs ce qu’a déclaré Aleksandre Novak, ministre russe de l’Energie, ayant joué un rôle majeur dans les négociations de l’accord:

«Les Américains eux-mêmes soutiennent désormais activement l’accord et se disent prêts à contribuer à la réduction de la production: on a entendu des chiffres allant de 2 à 3 millions de barils par jour. Les Américains sont très intéressés, car pour eux il s’agirait sinon (si l’accord n’était pas conclu) d’énormes pertes d’emplois».

Plus que cela, les Etats-Unis ont par ailleurs accepté de prendre sur leur propre responsabilité une partie de la baisse de production dédiée au Mexique. En effet, les représentants du pays latino-américain étaient opposés jusqu’au dernier moment à accepter le quota de réduction à hauteur de 350 000 barils journaliers. Et c’est là que les USA ont dû accepter d’intervenir, en acceptant de prendre à leur charge 250 000 barils supplémentaires en termes de réduction, permettant au Mexique de ne limiter sa production qu’à hauteur de 100 000 barils par jour.

Last but not least, trois pays membres de l’OPEP – en l’occurrence l’Iran, la Libye et le Venezuela – sont quant à eux exemptés des réductions de production de pétrole en raison de «problèmes politiques», le premier et le dernier étant surtout sous le coup des sanctions washingtoniennes. Et lorsqu’on sait que par exemple le Venezuela commercialise activement son pétrole via l’allié russe, pour Moscou il s’agit évidemment d’un atout supplémentaire. A noter d’ailleurs que les actifs pétroliers russes en République bolivarienne appartiennent désormais non plus à la compagnie Rosneft, mais directement… à l’Etat russe. Le tout après une transmission récente des parts.

Et donc dans toute cette situation, où tellement d’analyses et d’opinions avaient surgi à la suite du désaccord du mois dernier entre la Russie et l’Arabie saoudite, et de la guerre des prix qui s’en est suivi, la victoire n’est certainement pas du côté de Riyad, ni de Washington. Le temps où ce duo pouvait avec un simple claquement de doigts déstabiliser l’économie de pays entiers est vraisemblablement révolu. Le Far-West saoudo-étasunien doit désormais s’habituer à une autre réalité et de nouvelles règles.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Vol du pétrole syrien par les USA: un voleur reste un voleur

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Se sachant vaincus et ne pouvant plus influer d’une quelconque façon sur le départ tellement souhaité du président Bachar al-Assad, les Etats-Unis continuent néanmoins de faire ce qu’ils savent le mieux: voler les ressources des autres nations.

Bien que l’annonce du départ des troupes US de Syrie faite par Donald Trump ait été non pas un geste de «bonne» volonté étasunienne, mais surtout due à la compréhension de ne plus pouvoir y rester éternellement, sachant que le terrorisme que les Occidentaux ont eux-mêmes fait prospéré en terre syrienne dans le but de faire tomber le gouvernement légitime a été vaincu par la Syrie et ses alliés, il fallait néanmoins s’y attendre: même en partant les Américains poursuivent leur rôle néfaste.

Les administrations étasuniennes changent, la réalité elle reste la même. Celle d’un pays néocolonialiste à l’extrême, pilleur des ressources naturelles de pays à divers endroits du monde. Pétrole en Irak, facilitation de production et exportation de drogue à partir d’Afghanistan, diamants, coltan, cobalt et autres ressources stratégiques en République démocratique du Congo, les exemples ne manquent guère. Bien que le cas syrien soit tout de même différent.

En effet, le scénario voulu au départ par Washington n’a pu être mené à bien. Le leader syrien, stigmatisé en Occident par ses élites politico-médiatiques, est toujours debout. Plus que cela, il a repris la grande partie de son territoire, sur lequel vivent les ¾ de citoyens syriens, en éliminant avec l’aide des pays alliés la menace terroriste qui paraissait invincible il y a encore quelques années, au vu du nombre de terroristes étrangers ayant fait le déplacement dans ce pays et des moyens qu’ils se procuraient aussi bien de la part de leurs mentors extérieurs, que des ressources qu’ils s’accaparaient sur place.

Désormais les Etasuniens partent. Car vaincus et incapables de faire chavirer radicalement la situation. Avec eux, leurs autres «amis  occidentaux, notamment français. Et en laissant tomber par la même occasion leurs «alliés» kurdes des FDS qui se sont retrouvés face à la puissance de guerre turque, déterminée à en finir avec des éléments hostiles à ses frontières, obligeant ces derniers à reprendre le dialogue avec Damas et accepter les conditions du pouvoir légitime. Ceci étant dit, Trump est évidemment sous pression aussi. En premier lieu par l’Etat-profond étasunien. Sans oublier de toute manière que ce même Trump et son administration font eux-mêmes, qu’on le veuille ou non, partie du système mafieux US. Avec les méthodes connues et reconnues.

Et à ce titre, l’annonce faite par l’administration washingtonienne quant au fait de garder une certaine présence sur les champs pétroliers syriens de l’est, confirme plusieurs choses. Les USA, savent parfaitement que leur rôle au Moyen-Orient a sérieusement diminué – on est loin des années 2001-2006. L’Irak, voisin de la Syrie et jadis occupé par les troupes américaines, affirme ne plus vouloir ces troupes chez lui. Au moment même où l’influence de l’Iran en Irak comme dans d’autres pays est clairement à la hausse. Les alliés arabes traditionnels de Washington commencent de plus en plus à porter leur regard en direction d’autres partenaires, notamment Pékin et Moscou. Certes, sans mouvement brusque. Mais le processus est bien là. Quant au principal allié des USA dans la région, en l’occurrence Israël, il ne cache pas sa déception sur le fait que le garant de sa sécurité, perd sérieusement en puissance et en notoriété. Surtout que Tel-Aviv comprend parfaitement aussi que malgré les années de guerre, de souffrances et de destructions, la République arabe syrienne récupère peu à peu son statut de puissance régionale, avec là aussi le soutien de ses alliés. Notamment sur le plan militaire. Sans oublier la puissance iranienne qui lui donne toujours un peu plus d’insomnie. Tous ces éléments ne peuvent être ignorés par l’administration de Washington.

D’autre part et il ne faut pas l’oublier aussi: un voleur reste un voleur. Au vu des informations relayées par diverses sources bien informées, les services secrets et les sociétés militaires privées US «gagnent» plus de 30 millions de dollars par mois via le vol des ressources pétrolières syriennes. Soyons franc : qu’attendre d’un Etat dont l’histoire de base se résume par le vol de territoires et de ressources aux autochtones par des migrants européens majoritairement anglo-saxons, bien souvent au passé criminel et marginal ? Aussi, ce «business» permet en quelque sorte de se laver des accusations d’avoir lâché ses alliés kurdes dans le nord syrien, sachant que lesdites zones pétrolières sont contrôlées par les Etasuniens en compagnie des FDS.

Maintenant parlons justement des FDS. Si les éléments kurdes en question n’ont pas attendu longtemps et ont fait appel à Damas en vue de venir les protéger contre la puissance militaire turque, ces éléments doivent comprendre une bonne fois pour toute aussi que la poursuite d’un double-jeu de traitres, ne leur apportera au final rien de positif. Evidemment, se sentir protégés d’une part par les unités régulières de l’armée gouvernementale syrienne dans les zones frontalières avec la Turquie, et de l’autre la poursuite du sale jeu qui les caractérise en coordination avec Washington, Paris et Tel-Aviv, ne sera tolérée.

En attendant, le travail continue. Damas a repris sous son contrôle des territoires supplémentaires du nord syrien, ainsi qu’une large zone frontalière avec la Turquie. Et vraisemblablement, rien ne saura stopper la détermination de la République arabe dans la reprise de la totalité de ses territoires. Pour cela, il peut compter sur le soutien de ses principaux alliés, russe et iranien en l’occurrence. La Turquie, elle, a déjà vraisemblablement accepté l’idée d’un maintien d’Assad à la tête du pays. Quant à la présence étasunienne et de ses proxys kurdes dans une zone majoritairement arabe, cela ne saurait durer trop longtemps. D’ailleurs, plusieurs manifestations de la population syrienne contre l’occupation illégale des USA/FDS ont déjà été observées dans la zone concernée. Un peu de patience donc encore. Les Etasuniens seront forcés de partir. Quant aux pseudo-FDS, soit ils auront compris la leçon récente, soit devront assumer les conséquences méritées.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Russie-Turquie: nouvelle réalité & perspectives

La tragédie qui s'en est suivi avec la mort d'un des deux pilotes de l'avion, le colonel Oleg Pechkov et la marine Alexandre Pozynitch, a choqué grand nombre de personnes

Avant-hier, la Turquie a abattu dans le ciel syrien le bombardier russe Su-24 qui devait revenir à la base militaire de Hmeimim d’une énième mission antiterroriste.

La tragédie qui s’en est suivi avec la mort d’un des deux pilotes de l’avion, le colonel Oleg Pechkov, tué après éjection de l’avion depuis le sol par les terroristes opérant en Syrie, a choqué grand nombre de personnes, aussi bien en Russie que dans beaucoup de pays du monde. 

Le second tué n’est autre que le fantassin de la marine Alexandre Pozynitch, ayant perdu la vie lors de l’opération de sauvetage qui s’en est suivi. Quant au co-pilote du Su-24, le capitaine Konstantin Mourakhtine, dont on n’avait pas de nouvelles officielles durant plusieurs heures et que certains avaient annoncé également tué, il a été finalement récupéré par les forces spéciales syriennes et russes (chapeau pour leur travail). Il est sain et sauf, prêt sous peu à reprendre le travail antiterroriste qu’il mène courageusement en Syrie. Il a été décoré par décision du président russe de l’Ordre du Courage.

Nous avons donc deux héros tombés dans la lutte contre le terrorisme. Le président russe a remis à titre posthume le titre de Héros de Russie au commandant du Su-24, le colonel Oleg Pechkov. Le fantassin de la marine russe, Alexandre Pozynitch, a été décoré de l’Ordre du Courage, également à titre posthume. Paix à leurs âmes. Le plus terrible dans cette tragédie est qu’elle a été provoquée par l’action d’un pays qui était considéré comme un membre de l’alliance antiterroriste. Plus que cela, considéré comme étant un pays ami, compte tenu des relations de bon voisinage observées depuis plusieurs années, ainsi que des relations économico-commerciales intenses développées entre les deux pays, sans oublier les nombreux projets communs en cours. 

Maintenant justement pour revenir aux relations russo-turques qui risquent de connaitre un revers sérieux, ne serait-ce que sur le court-moyen terme. La thèse avancée par Ankara comme quoi l’avion russe aurait violé l’espace aérien turc ne tient pas. D’abord, parce que tout a été enregistré et le ministère russe de la Défense est formel: il n’y a pas eu de violation de l’espace aérien de la Turquie, preuves à l’appui. D’autre part, imaginons même que si l’avion russe aurait été (certaines sources étrangères parlent de moins d’une minute) dans l’espace aérien turc, comment se fait-il alors que l’avion est tombé à 4-5 kilomètres de la frontière, sur le territoire syrien? Franchement, ne pensez-vous que les pilotes russes, de grands professionnels, sachant qu’ils ont été abattus en territoire turc, n’allaient pas s’éjecter en ce même territoire turc, pour la simple raison qu’il y aurait bien plus de chances qu’ils restent en vie, au lieu de se retrouver dans une zone en Syrie remplie de terroristes? Et troisième point.

Depuis le début de l’intervention antiterroriste russe en Syrie, un avion russe avait à un moment effectivement survolé par accident l’espace aérien turc (des raisons météorologiques ont été avancées). Le ministère russe de la Défense avait alors immédiatement confirmé les faits et présenté ses excuses à la Turquie. En ajoutant qu’afin d’éviter dans le futur de tels incidents, une ligne directe sera mise en place entre les états-majors des deux pays. Pourquoi ne pas avoir utilisé cette option si Erdogan affirme que nous avions tort? Donc une fois de plus, il faut cesser les mensonges. Surtout que, et cela est confirmé par plusieurs haut-cadres turcs, dont l’ex-chef du bureau de renseignement à l’état-major général de Turquie, Ismail Hakki Pekin, qui avait indiqué dans un entretien à l’agence Sputnik « qu’abattre un avion engagé dans une opération contre les éléments terroristes était une grossière erreur ». Et d’ajouter que « le Su-24 russe ne constituait aucune menace pour la Turquie et n’affichait pas de comportement hostile ». 

Quelles sont donc les raisons qui auraient pu pousser le leadership turc (ou en tout cas une partie) à cette folie? Certains analystes avancent le fait que depuis l’intervention antiterroriste russe en Syrie aux côtés de l’armée syrienne, les groupes armés recevant le soutien d’Ankara (Front al-Nosra d’Al-Qaida est notamment mentionné) se retrouvent de plus en plus en difficultés. Vraisemblablement donc, le projet tant voulu par Erdogan de faire tomber le président syrien Assad et le remplacer par un régime loyal à Ankara tombe à l’eau. Le but de l’attaque était donc de montrer sa vive opposition au scénario que l’on observe actuellement, à savoir la progression sur différents fronts de l’armée syrienne, avec le soutien de l’aviation militaire russe, ainsi que des Iraniens et des combattants du Hezbollah au sol. Fort possible mais est-ce la seule raison? Selon moi, il est à penser que non.

L’autre raison serait purement économique. Il est connu que la Turquie est devenue le principal marché de vente du pétrole volé en Syrie et Irak par les groupes terroristes. Un pétrole vendu par ces mêmes groupes terroristes à un prix dérisoire aux cercles impliqués dans ce trafic illicite, pour ensuite être revendu bien plus cher et faire de gros bénéfices. Un business qui permet d’une part un financement massif des groupes terroristes, dont Daech, mais qui apporte aussi d’énormes gains aux groupes criminels impliqués dans ce trafic et qui sont principalement turcs. Selon plusieurs sources, des membres de l’élite politique et économique de la Turquie, participent activement à ce sale processus. Mais depuis que l’aviation russe vise et détruit depuis le ciel syrien, en plus des cibles terroristes, un grand nombre de citernes contenant des dizaines de milliers de tonnes de pétrole transportés par ces groupes terroristes à destination de la Turquie, des profits colossaux partent en fumée, aussi bien côté Daech & autres groupes salafistes, que côté ceux qui commercent avec eux. On parle même de certains proches du président turc Erdogan qui seraient partie active dans ce commerce criminel. Donc l’attaque contre le bombardier russe peut aussi être vue dans cette optique. Le problème, c’est que vraisemblablement les instigateurs de cette tragédie n’ont pas pensé que ces intérêts « économiques » malsains peuvent avoir d’énormes répercussions pour les intérêts économiques globales de la Turquie, compte tenu des relations intenses en ce sens avec la Russie. Au vu de ce qui s’est passé, la Russie sera bien forcée de riposter.

Maintenant, parlons de la riposte. Personnellement, je suis opposé à des sanctions qui vont frapper de simples citoyens, de part et d’autre, surtout connaissant les liens intenses qui nous unissent, ainsi que les nombreux liens d’amitié. Les deux économies sont très interdépendantes. La coopération bilatérale se fait dans nombre de secteurs: énergie (60% de la demande turque assurée par la Russie), commerce, tourisme, banques,…. D’autre part, les sentiments pro-russes en Turquie sont importants, aussi bien au sein des entrepreneurs, hommes d’affaires, représentants politiques qu’au sein de simples citoyens. Il serait trop dommage de détruire cela ou en tout cas d’y porter un sérieux coup. Limiter le flux touristique à destination de la Turquie? Oui, peut-être. D’ailleurs cela commence déjà à être le cas. En ce sens, l’Agence fédérale russe du tourisme (Rostourism) a déjà recommandé aux tour-opérateurs et agences de voyages basées en Russie, de ne plus vendre de voyages à destination de la Turquie. Une proposition déjà très largement suivie. A noter que pour la seule année dernière, près de 4,5 millions de touristes russes ont visité la Turquie, faisant de la Russie le second principal marché émetteur de touristes pour la Turquie (derrière l’Allemagne). Mais de loin le plus dépensier (les touristes russes ont dépensé au total 2 fois plus que les touristes allemands, près de 1,5 fois plus que les touristes US et 1,2 fois de plus que les Britanniques. Un coup effectivement très sérieux pour cette industrie touristique, stratégique pour la Turquie et qui assure deux millions d’emplois directs et indirects. Une mesure radicale mais qui malheureusement peut frapper justement ceux qui généralement ont de la sympathie pour la Russie. Sans oublier aussi que mis à part les très nombreux touristes en provenance de Russie, il y a aussi une diaspora russe assez importante en Turquie, notamment au niveau des familles mixtes. Et les 150-200 000 citoyens turcs vivant et travaillant en Russie d’une façon permanente ou saisonnière? Je ne pense pas qu’il faut d’une quelconque façon les punir pour les crimes de ceux qui appuient les terroristes et qui sont loin de représenter toute la Turquie. Surtout après les condamnations et les critiques exprimées par plusieurs responsables politiques turcs, journalistes, experts civils et militaires, ainsi que des représentants de la société civile, qui comprennent d’autant plus le danger actuel de l’attaque contre l’avion russe pour la suite des relations bilatérales.

 

http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20151126/1019835710/russe-turquie-su-24.html

Mikhail Gamandiy-Egorov