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Un vent venu de Russie souffle sur la Moldavie et la Bulgarie

Les élections présidentielles en Moldavie

Beaucoup sont toujours dans l’enthousiasme, d’autres dans « l’incertitude », d’autres encore dans la vive inquiétude, depuis l’élection que le mainstream occidental n’attendait pas, à savoir de Donald Trump à la tête des USA. Mais ce n’est qu’une partie du processus désormais global. Les grands changements ne font que commencer.

Pour fermer le chapitre des élections présidentielles US, il a été certainement le mieux résumé par le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, à savoir que la Russie attend des améliorations dans ses relations avec les Etats-Unis et que nous jugerons selon les actions du président élu et non pas sur les paroles. Revenons à l’Europe. Le deuxième tour des élections présidentielles vient de prendre fin en Bulgarie, membre de l’Union européenne, ainsi qu’en Moldavie, ex-république soviétique ayant signé, à l’instar de l’Ukraine, le fameux accord d’association avec l’UE. C’était en juin 2014. Que dire d’autre que les résultats obtenus dans les deux pays rentrent parfaitement dans le cours multipolaire du monde actuel et par un rejet évident de l’Occident politique.

En Moldavie, la victoire a été obtenue par le charismatique Igor Dodon. En passant, il s’agissait de la première élection présidentielle au suffrage universel direct depuis 1997. Le candidat prorusse du Parti des socialistes de Moldavie l’emporte sur la rivale de la coalition pro-occidentale Maia Sandu (coalition au pouvoir depuis 2009) avec environ 53 % des voix contre près de 47 %. Le taux de participation au second tour a été plus élevé qu’au premier (53,27 % contre 49,18 %). Les médias occidentaux reconnaissaient que le candidat prorusse était favori mais « espérait » que la diaspora moldave vivant en Europe pourrait éventuellement faire la différence, notamment via la diaspora vivant en Italie (pays accueillant la plus importante diaspora moldave en Europe occidentale) et qui représente plus ou moins 150 000 personnes. Mais les mêmes médias ont oublié d’indiquer que la plus importante diaspora moldave à l’étranger se trouve en Russie: sur une population totale du pays de 3,5 millions d’habitants, plus de 500 000 citoyens de Moldavie vivent et travaillent sur le territoire russe et ont largement soutenu la candidature d’Igor Dodon.

Son programme était clair et net: renégocier (au moins) l’accord d’association avec l’UE qui selon le nouveau président moldave a plombé l’économie du pays, revenir au partenariat stratégique avec la Russie, négocier la réouverture du marché russe aux produits moldaves et à terme pouvoir rejoindre l’Union économique eurasiatique dont font partie la Russie, le Kazakhstan, la Biélorussie, l’Arménie, le Kirghizistan et bientôt le Tadjikistan (et d’éventuels autres pays de l’ex-URSS). A l’inverse de sa rivale qui tout en souhaitant avoir « des relations normales et non-conflictuelles » avec la Russie, souhaitait poursuivre le cours pro-UE et plus généralement pro-occidental. La phase donc du pouvoir pro-atlantiste en Moldavie est actuellement close. Au moins pour les quatre prochaines années. A noter que le président élu Dodon a également su être le candidat de tous les Moldaves (roumanophones comme russophones) et soutenu également par l’autonomie gagaouze (turcophone et pro-russe). Il s’est ouvertement opposé aux rêves des nationalistes roumains de voir la Moldavie intégrer l’Etat roumain et a même promis de pénaliser de tels appels en cas d’élection — c’est désormais chose faite.

En Bulgarie, le second tour des élections présidentielles a été remporté par Roumen Radev, candidat indépendant soutenu par le Parti socialiste bulgare et général des forces armées aériennes, lui aussi haut la main: près de 60 % des voix sur sa rivale Tsetka Tsatcheva (environ 36 %), issue du parti au pouvoir orienté sur les intérêts atlantistes. Enfin près de 4 % des votants ont voté contre tous. Le président élu Radev, que les uns appellent comme étant pro-russe, d’autres comme étant un sympathisant du rapprochement avec la Russie, estime en effet que la politique des sanctions antirusses doit cesser. Il est partisan également du renforcement des liens économico-commerciaux avec la Russie, forts dans le passé et beaucoup moins aujourd’hui, ce qui selon lui pénalise l’économie bulgare. Une approche soutenue par un large nombre de ses compatriotes. Fort de ce soutien qui traduit aussi la déception d’une partie importante des citoyens bulgares de leur membership au sein de l’Europe bruxelloise. Sur un autre sujet, le nouveau président bulgare estime également que la « Crimée est de fait russe ». Position au minimum logique mais ayant choqué nombre de « bien-pensants » atlantistes.

Principal constat donc: les atlantistes perdent sur beaucoup de fronts. Les partisans de la multipolarité, eux, poursuivent leur avancée victorieuse. Un processus qui sera vraisemblablement poursuivi pour plusieurs raisons: les promesses bruxelloises d’un « avenir radieux » dans le domaine économique n’aboutissent pas et la situation s’empire, les belles « valeurs européennes » à la sauce de Bruxelles séduisent de moins en moins compte tenu des contradictions énormes des annonces faites et de la réalité obtenue. Des « valeurs » dans lesquelles les citoyens même des pays occidentaux croient de moins en moins. Enfin la rhétorique du « danger russe » émises tellement de fois par les élites occidentales, politiques comme médiatiques, ne passe simplement plus auprès des populations concernées.

Evidemment ces victoires en Moldavie et en Bulgarie sont avant tout celles du bon sens. Et aussi des leaders souhaitant défendre en premier lieu les intérêts de leurs peuples. Des peuples revendiquant plus de justice, aussi bien chez eux qu’au niveau global, au moment où certaines forces souhaitaient ardemment faire monter les tensions existantes en flèche, en soutenant des extrémistes en tout genre, en faisant la propagande de guerre et en poursuivant la pratique d’une politique purement néocoloniale.

Quant aux « incertitudes » et aux peurs de certains représentants de cette même élite occidentale et comme dit précédemment: qu’ils s’y habituent. Le grand changement multipolaire désiré par la grande majorité de l’humanité se poursuivra, qu’ils l’acceptent ou non.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201611141028677230-presidentielles-moldavie-bulgarie/

https://fr.sputniknews.com/authors/mikhail_gamandiy_egorov/

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Présidentielle en Guinée équatoriale & pression de l’Occident

Présidentielle en Guinée équatoriale

Amusant de lire une fois encore les attaques visant la Guinée équatoriale et notamment son président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo par la presse occidentale. Comme quoi, les médias occidentaux ne comptent pas rapidement changer à l’instar de leurs élites politiques.

« Parodie électorale », « présidentielle sans enjeu », voici les titres des principaux médias de presse française, notamment chez le Monde, en commentant la présidentielle en cours en Guinée équatoriale, ce petit pays d’Afrique centrale. 

Amusant car une fois encore on y retrouve la même rhétorique propre aux « bien-pensants » pseudo-démocratiques donneurs de leçons au monde entier. Pseudo-démocratiques car ne sachant pas ce que représente véritablement la démocratie et l’expression de la volonté populaire. Et pourtant adorant exporter leur vision de la « démocratie universelle ».

Nous avons vu récemment l’expression démocratique version occidentale. Lorsque plus de 2/3 des Néerlandais (citoyens d’un pays considéré d’ailleurs comme parmi les plus libéraux d’Europe, et ce à différents niveaux) ont dit non à l’accord d’association avec l’Ukraine. Pourtant cette expression populaire a de grandes chances de rester simplement un avis de sondage sans aucun résultat pour la suite (nous la suivrons cette suite). Pourquoi? Car le grand maître washingtonien a d’ores et déjà décidé que la vieille Europe se devait simplement d’appliquer ses consignes. Et les élites ouest-européennes le font, même si parfois quelques cris de désaccord se font entendre.

Tout le monde le sait parfaitement. Si un référendum paneuropéen (ne serait-ce qu’au sein de l’Europe bruxelloise) était organisé aujourd’hui pour savoir si oui ou non l’UE devrait signer l’accord d’association avec l’Ukraine, la majorité dira clairement non. D’ailleurs aussi bien dans la « vieille Europe » qu’au sein même des pays qui appliquent « au mieux » la politique US sur le continent européen: Roumanie, Bulgarie, pays baltes, Pologne,…. Pourquoi? Car les citoyens de ces pays d’Europe de l’Est, dont nombreux sont aujourd’hui immigrés en Europe occidentale, ne souhaitent pas eux aussi l’arrivée massive de ceux qui sont prêts à travailler pour encore moins cher qu’eux, souvent même beaucoup moins cher, à savoir les très nombreux citoyens ukrainiens. 

Passons. Revenons à l’Afrique et plus particulièrement à la Guinée équatoriale. Les « journalistes » occidentaux couvrant les élections présidentielles dans ce pays se sont-ils intéressés à l’opinion de ceux qui sont les principaux intéressés? A savoir les citoyens équato-guinéens? Vraisemblablement non. Nous, nous l’avons fait. Et d’après ce que j’ai pu entendre, les citoyens de ce pays soutiennent en majorité la réélection d’Obiang Nguema Mbasogo. Pourquoi direz-vous? Car ils l’associent au boom économique qu’a connu leur pays depuis plusieurs années et aux idées panafricanistes qu’il incarne, surtout depuis la tuerie sauvage de Mouammar Kadhafi en Libye et la destruction pure et simple de ce pays par l’OTAN. Un pays dont il ne reste aujourd’hui que le nom.

Ellen Johnson-Sirleaf
© AFP 2016 TONY KARUMBA

Les élites médiatiques occidentales ont beau aussi à parler de « pauvreté » et de « grande disparités sociales » en Guinée équatoriale, il reste néanmoins le pays avec le plus haut niveau de vie sur le continent africain, notamment en termes de salaires moyens. Y compris aujourd’hui, après la baisse des prix du pétrole, l’une des principales sources de revenus de ce pays. Et là, ce n’est pas moi qui le dit, mais bien la Banque mondiale (vous ne l’accuserez tout de même pas d’être pro-russe ou pro-Kremlin…): http://major-prepa.com/classements/salaires-moyens-du-monde/

Plus que cela, le leadership équato-guinéen s’est engagé depuis plusieurs années à investir dans le domaine social, notamment dans la construction de logements de qualité destinés aux plus défavorisés. Des réalisations qui d’ailleurs ont fait pas mal de jaloux au sein des pays voisins. D’ailleurs assez amusant aussi d’observer jusqu’à ce jour les commentaires positifs de ces mêmes journalistes du mainstream lorsqu’ils parlent d’élections dans d’autres pays africains, sous contrôle encore néocolonial, et où le niveau de vie est de plusieurs fois inférieur qu’en Guinée équatoriale.

La Guinée équatoriale investit aussi dans le domaine de la santé et ce n’est pas pour rien que nombre de citoyens d’autres pays de la région viennent se soigner à Malabo, la capitale du pays. C’est ce que d’ailleurs m’ont fait savoir plusieurs amis de pays d’Afrique centrale. Pourquoi donc ce pays la Guinée équatoriale, dont le revenu moyen par habitant dépasse celui de nombre de pays européens, dont ceux de l’UE, et qui investit beaucoup dans le social, pose-t-il tellement problème aux élites occidentales?

Pour une raison bien simple: car ayant assumé pleinement sa souveraineté, y compris sur ses ressources naturelles. Oui, les investisseurs étrangers, dont occidentaux, viennent massivement faire affaire dans ce pays. Mais dans les conditions du pays d’accueil et non pas de celles imposées depuis Washington, Paris, Londres ou Bruxelles. Plus encore, le pays se veut être porte-flambeau du panafricanisme renaissant et qui relève la tête, même si certains l’ont cru définitivement mort après la destruction de la Jamahiriya libyenne. 

Le grand souci donc pour ces « élites » occidentales que l’on connait si bien et leurs supplétifs, c’est que de moins en moins de personnes sont dupes de leurs manipulations, y compris au sein même de leurs propres sociétés (prenez une fois encore l’exemple néerlandais). Quant à la Guinée équatoriale, nous respecterons de toutes les manières le choix souverain de son peuple car à lui seul revient la décision du choix de son avenir. Comme d’ailleurs de tout autre peuple: africain ou autre.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201604251024507660-guinee-equatoriale-presidentielle-occident/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Présidentielle au Bénin: coup porté au système néocolonial?

Un fonctionnaire de la Commission électorale nationale (CENA)

L’élection présidentielle au Bénin vient de s’achever. Le second tour a été remporté par Patrice Talon, important homme d’affaires, avec 65,39% des voix. En seconde position arrive son principal concurrent, Lionel Zinsou, avec 34,61% des suffrages exprimés.

Patrice Talon, le nouveau président du Bénin est en outre le « roi du coton », importante filière du pays qu’il contrôle. Il est également l’homme le plus riche du Bénin et 15ème plus riche personnalité d’Afrique francophone subsaharienne (données de 2015 du magazine Forbes Afrique). Sa fortune est estimée à 400 millions de dollars.

Son adversaire Lionel Zinsou, actuel Premier ministre (nommé en juin 2015 par l’actuel président sortant Boni Yayi), est quant à lui un économiste de père béninois et de mère française, ayant passé la plus grande partie de sa vie en France et fait carrière comme banquier d’affaires. Il était en outre un proche de Laurent Fabius, dont il était rédacteur des discours. Il est également animateur du club Fraternité, cercle de réflexion du même Fabius. Lionel Zinsou a aussi travaillé au sein de la banque d’affaires Rothschild & Cie en qualité d’associé-gérant. 

Un homme d’affaires donc formé au Sénégal et ayant fait fortune au pays natal contre un économiste franco-béninois, né à Paris et considéré par beaucoup plus Français que Béninois. Mais la question principale n’est même pas là. Ce qui a en effet choqué nombre de citoyens du Bénin et plus généralement d’Africains, c’est la découverte d’une vidéo d’un discours de Lionel Zinsou en marge d’un séminaire en France de l’Union pour un mouvement populaire (« Les valeurs et la mondialisation », daté du 21 mai 2011):

Discours où il affirme clairement que « l’Afrique appartient à l’Europe » et pas d’une voix critique comme on pourrait le penser mais au contraire présentant cela comme un « atout énorme » pour l’Europe.

Plus que cela il rajoute que « les présidents français ont un don: celui de donner à penser aux Africains » et à son avis il faut continuer « que la France est toujours le porte-parole et le défenseur de l’Afrique »… Fin de la citation. Evidemment il est à penser que ce genre d’interventions est inacceptable, surtout pour quelqu’un qui ne prétendrai pas être un agent du néocolonialisme occidental mais bien un candidat à la présidentielle d’un Etat africain (indépendant et souverain, ne serait-ce qu’officiellement).

Pour dire vrai je n’ai véritablement découvert ce personnage qu’après avoir entendu les commentaires de révoltes de nombre d’amis Béninois et plus généralement Africains, à Moscou comme ailleurs. Et d’après ce que j’ai pu entendre, je dirai ceci (bien que je le savais déjà): non l’Afrique n’est pas raciste. La grande majorité des Africains sont ouverts et tolérants. Et ne se seraient jamais opposé à ce qu’un candidat de mère blanche puisse devenir président de leur pays. Mais lorsque ce candidat défend clairement et ouvertement les intérêts non pas du pays dont il vise la présidence, mais bien de l’ex-puissance coloniale, et des intérêts néocolonialistes occidentaux en général, il ne peut évidemment pas prétendre à en être le chef d’Etat (encore faut-il le rappeler qu’il est l’actuel Premier ministre).

De toute façon l’avenir de l’Afrique appartient aux Africains. Oui, il y a des partenaires. Certains opteront pour l’option des anciens et nouveaux colons (les mêmes) ou s’orienteront vers les BRICS, comme c’est déjà en train d’être le cas dans nombreux pays africains. Mais là encore la question n’est pas là. La véritable question c’est est-ce que les Africains, notamment de certains pays d’Afrique francophone, vont accepter qu’ils soient dirigés par des émissaires de procuration extra-africaine? Il est à penser que non. L’avenir nous le dira.

Pour revenir au cas concret du Bénin et pour nous en tant qu’observateurs, le choix du second tour est probablement à saluer. Les Béninois ont dit non à celui qui symbolise le néocolonialisme non-voilé. L’Afrique doit tourner la page des agents néocoloniaux, les mêmes ayant assassiné Patrice Lumumba au Congo, Thomas Sankara au Burkina Faso ou qui ont activement collaboré avec le régime raciste d’apartheid en Afrique du Sud, en tuant (toujours par procuration) leurs propres frères pour le compte des occupants. Il ne faut pas pour autant croire que le Bénin soit désormais à l’abri de ce néocolonialisme, notamment du système de la Françafrique. Malheureusement loin de là.En tout cas, le pire a été probablement évité et la Françafrique a peut-être pris un coup dans ce qu’elle continue de considérer comme son « pré-carré ». Mais la bataille contre le néocolonialisme est encore loin d’être gagnée. Pour le Bénin comme pour beaucoup de pays encore de ce beau continent qu’est l’Afrique.

« En Afrique, on salue avec satisfaction la politique actuelle de la Russie »

Simplice Zokohi Zadi est un historien, spécialiste des relations internationales et militant politique ivoirien. Partisan du Front populaire ivoirien (FPI), parti historique de Laurent Gbagbo. Il est aujourd’hui exilé au Maroc. On parlera de l’actualité ivoirienne, africaine et plus globalement internationale.

Sputnik : La Côte d’Ivoire a connu il y a peu des élections présidentielles. Alassane Ouattara, soutenu par les Occidentaux, garde le pouvoir. Une forte abstention était l’une des principales caractéristiques de ces élections. Votre avis?

Simplice Zokohi Zadi: Merci de l’opportunité que vous me donnez de m’exprimer sur l’actualité brûlante de la Côte d’ivoire, mon pays, en ce qui est convenu d’appeler élection présidentielle du 25 octobre 2015. Au vu de la réalité du terrain et des différents protagonistes, nous ne sommes pas surpris des résultats. Celui qui devrait être proclamé vainqueur, à savoir Alassane Ouattara, le protégé de la communauté occidentale, s’est taillé la part du lion avec 83,66% des suffrages exprimés contre 16,44% pour les autres candidats qu’il a lui-même choisi pour l’accompagner. Pour nous autres qui n’étions pas partie prenante à cette « élection » nous ne sommes guère surpris des résultats. Pour notre part, nous tirons une grande satisfaction parce que l’enjeu était le taux de participation et de ce côté-là record absolu jamais enregistré pour une élection de cette envergure, ni dans ce pays, ni dans d’autres pays d’Afrique: 80% de taux d’abstention. Oui sur ce plan ma satisfaction est grande. Je fais partie de ceux qui ont appelé au boycott massif du scrutin. Cet objectif est donc largement atteint.

Sputnik : Vous qui surveillez la politique ivoirienne et plus généralement africaine, comment était vue cette élection à l’intérieur, ainsi que dans d’autres pays africains, notamment voisins?

Simplice Zokohi Zadi: Sur le plan local cette élection n’était pas du goût des Ivoiriens. La preuve, le fort taux d’abstention. Si nous analysons cela, il y a beaucoup de leçons à tirer. Mais pour répondre à votre question, il faut noter que sur le plan interne, les Ivoiriens avaient d’autres priorités que cette soi-disant élection car ils ont besoin de paix et de réconciliation. Sur le plan sous régional, certains pays de la CEDEAO voulaient que Ouattara qu’ils ont contribué à installer dans la violence en 2011, se maintienne au pouvoir pour faire de la Côte d’ivoire un territoire conquis. Donc pour eux en envoyant des observateurs, ils approuvaient cette élection que les Ivoiriens dans leur ensemble ont rejetée.

Sputnik : Beaucoup admettent, y compris en Occident, qu’il n’y a pas en Côte d’Ivoire de réconciliation nationale, après la crise de 2010-avril 2011. D’autres rappellent qu’Alassane Ouattara a été tout simplement installé à la tête du pays par les armes d’une puissance étrangère occidentale, en violant la souveraineté nationale d’un pays souverain. Comment voyez-vous l’avenir de votre pays?

Simplice Zokohi Zadi: Merci pour cette question capitale. L’histoire de la Côte d’ivoire depuis ces vingt dernières années est douloureuse.En effet ce pays, jadis, vitrine de la sous-région ouest africaine est meurtri par une crise politique, militaire et sociale depuis 1993, l’année de la mort du premier président Félix Houphouet-Boigny qui avait réussi, par le parti unique à imposer un semblant de stabilité et de paix relatives. Malheureusement, l’Occident, surtout la France dont il était l’agent n’avait pas intérêt à ce que notre pays s’émancipe après son décès. Elle avait vu en son successeur, en l’occurrence Konan Bédié, un digne continuateur de la politique de défense et de monopole des intérêts français dans la région. Mais ce dernier ne se montra pas apte pour a mission à lui confiée comme agent de l’impérialisme français. Ainsi, ils ont choisi, Ouattara Alassane, agent aussi des intérêts américains. La France et Ouattara organisèrent un coup d’Etat militaire en décembre 1999, pour évincer, l’inapte et incompétent Bédié. Malheureusement, le général Guéi choisi pour faire écran et cacher le jeu des Français, se montra patriote et sous la surveillance, la vigilance du peuple et des partis démocratiques comme le FPI de Laurent Gbagbo, amena le pays à une élection démocratique après une transition de 10 mois. Et c’est Laurent Gbagbo, qui incarnait au mieux les aspirations du peuple, qui sortira vainqueur de la présidentielle en octobre 2000.

Dès son élection et jusqu’en 2011, son pouvoir ne connut véritablement de répit, attaqué constamment et permanemment par une rébellion conçue par Ouattara, parrainée par la France et des intérêts néocolonialistes.

Pour arriver à la paix, Laurent Gbagbo, accepta de dépecer son pouvoir par les accords de Marcoussis (signés en 2003 entre la rébellion et le pouvoir) en faisant de Ouattara, inéligible de par la constitution en son article 35, un candidat pour la seule élection de 2010. Les Ivoiriens choisirent Laurent Gbagbo, comme président. Ouattara, sûr de ses soutiens françafricains, étasuniens et européens créa alors une violente et grave crise post-électorale en se déclarant vainqueur parallèlement au Conseil Constitutionnel. La France qui attendait en embuscade, saisit l’occasion pour faire la guerre à la Côte d’Ivoire ouvertement en bombardant le palais présidentiel. La suite on la connait. Ouattara fut installé au pouvoir.

Commença une période d’acier pour le pays où beaucoup d’Ivoiriens moins chanceux ont trouvé la mort, d’autres ont été contraints à l’exil, quand plus de 500 dont des personnalités politiques du FPI, notamment Simone Gbagbo, l’épouse du président renversé, croupissent dans les prisons. En outre, et c’est également important pour les Ivoiriens, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé (ex-ministre de la Jeunesse, ndlr) sont détenus injustement à La Haye où ils attendent un procès le 10 novembre prochain.

Comme on le voit l’avenir du pays est sombre. Les Ivoiriens ne connaissent pas de liberté individuelle et collective du fait d’une dictature. Ils espéraient que Ouattara ayant atteint ses objectifs de prendre le pouvoir allait réaliser la réconciliation nationale. Aussi espéraient ils que cette communauté occidentale qui l’a installé par la violence au palais d’Abidjan allait jouer le jeu pour l’amener à réconcilier les Ivoiriens. Là encore la déception fut grande. Et avec cette parodie d’élection qui donne un semblant de légitimité démocratique à Ouattara l’avenir du pays ne peut qu’être sombre. Mais attendons les jours à venir pour nous prononcer. Pour l’instant, nous ne sommes pas optimistes car nous ne faisons pas confiance au détenteur du pouvoir actuel.

Sputnik : A l’heure actuelle, le monde observe avec grande attention la Syrie, où deux coalitions, voire deux visions s’affrontent, surtout depuis le début des frappes russes contre les terroristes dans ce pays. Votre commentaire?

Simplice Zokohi Zadi : Merci beaucoup pour l’occasion donnée d’exprimer ma position sur ce qui se passe en Syrie.En Afrique, on salue avec beaucoup de satisfaction la politique actuelle ouverte de la Russie en Syrie. Parce qu’en 2011, la Russie n’a pas bien joué son rôle de contrepoids à la politique impérialiste des Occidentaux, ce qui a fait que Kadhafi a été tué par l’OTAN en Libye. C’est parce que la Russie a été attentiste que la France s’est arrogée le droit d’intervenir abusivement en Côte d’Ivoire.

En effet quand il y avait le pacte de Varsovie et que l’équilibre de la terreur était assuré, les Occidentaux faisaient attention. Mais depuis la fin de l’URSS, l’OTAN s’était érigée en gendarme du monde. On peut trouver des circonstances atténuantes à la Russie car depuis 1991 le pays se devait de se reconstruire. Elle était en phase de reconstruction et de stabilisation. Aujourd’hui elle joue pleinement son rôle de grande puissance mondiale à même d’équilibrer la terreur des forces occidentales dans le monde.

Pour la Syrie, au départ les Occidentaux voulaient être toujours maîtres en sortant leur jeu favori: le mensonge distillé par les élites occidentales. Mais la diplomatie russe a pris le dessus en montant au créneau pour faire échec à une intervention de l’OTAN contre le président Assad agressé.

Les Occidentaux voulaient encore prendre prétexte de combattre l’Etat islamique dans la région pour porter l’estocade à Damas en se dissimulant. Mais encore leur jeu a été découvert. Ainsi l’intervention de l’aviation russe a complétement mis en déroute les plans de l’OTAN. C’est une victoire à la fois militaire, politique et diplomatique qui ramène Moscou au premier plan des relations internationales. Aussi c’est une revanche que la Russie prend en renforçant sa position dans une région stratégique.

Sputnik: Vous avez mentionné la Libye. On sait que l’Afrique et beaucoup de gens dans le monde gardent en tête l’intervention de l’OTAN dans ce pays avec les conséquences que l’on connait. Le continent africain peut-il tolérer encore cette optique pour l’avenir?

Simplice Zokohi Zadi: Comme je l’ai dit précédemment, l’intervention de l’OTAN en Libye ayant occasionné la mort de Mouammar Kadhafi a été mal ressentie par tout Africain digne. Comme je l’ai également dit précédemment, nous regrettons que la Russie et la Chine n’aient pas été aussi actives qu’elles le sont aujourd’hui. Mais heureusement, tout change. Il appartient aux Africains de traiter ouvertement avec la Russie car en relations internationales, on signe ce qu’on appelle des accords. Dès lors qu’il existe des accords bilatéraux entre deux pays, ceux-là jouent automatiquement en cas de besoin. Nous ne pouvons plus rêver en nous basant sur le passé où du temps des guerres de décolonisation et de libération, lorsque l’ex-URSS intervenait automatiquement en Afrique. Non, les données ont changé et la Fédération de Russie traite désormais officiellement avec les gouvernements formellement constitués et légaux. Il appartient donc aux gouvernements africains de sortir de leur esclavage occidental pour regarder aussi du côté de Moscou. Il y aussi de bonnes chose à prendre à Saint Pétersbourg, Rostov, Krasnodar, Sotchi, Vladivostok, Kazan…Yalta, en terme de coopération universitaire, scientifique, militaire, économique et culturelle. Il faut diversifier la coopération si nous ne voulons pas que l’OTAN ou la France nous fasse ce qui s’est passé en Lybie et en Côte d’ivoire en 2011.

Sputnik: Beaucoup de gens dans le monde, et l’Afrique ne fait pas exception, regardent avec espoir en direction de la Russie et des BRICS. Partagez-vous cette vision? Si oui, pourquoi?

Simplice Zokohi Zadi: Oui, je suis de ceux qui ont salué la naissance des BRICS. En effet depuis longtemps, le monde est dominé par les élites occidentales qui ont mis les Etats sous l’éteignoir au nom de leurs intérêts impérialistes. Les Occidentaux font la guerre aux pays moins nantis militairement et économiquement mais plus riches en matières premières énergétiques, agricoles et minières. Pour ces richesses, ces pays sont déstabilisés. La naissance des BRICS peut être une chance en ce sens qu’ils peuvent équilibrer économiquement le monde par la mise en place de nouveaux mécanismes de marchés. Il faut de nouvelles politiques de mise à marchés des produits des pays en développement, ainsi qu’une juste répartition et rémunération de ces produits. Les BRICS sont une chance car leur existence permettra à coup sûr de diversifier la coopération commerciale et économique du monde.

http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20151031/1019209524/afrique-cote-d-ivoire-ouattara-elections.html

Mikhail Gamandiy-Egorov