Archives du mot-clé RCA

Centrafrique: lorsque Paris cherche un bouc émissaire pour ses échecs

La République centrafricaine a émis des accusations à l’endroit de la France, faisant suite aux déclarations hostiles du ministre hexagonal des Affaires étrangères. Une fois de plus et au lieu de s’adapter à la réalité multipolaire, l’Elysée et le Quai d’Orsay refusent de reconnaitre que leurs échecs ne sont l’œuvre que de leurs propres actions.

Lors d’une interview récente à la chaine de télévision France 5, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian avait dénoncé l’action en Centrafrique des prétendus mercenaires russes, en adoptant un ton, comme à son habitude, dans le pur style néocolonial et condescendant à l’égard d’un Etat souverain. Cette sortie n’a pas manqué de faire réagir la cheffe de la diplomatie centrafricaine Sylvie Baïpo-Temon qui a déclaré que les propos de son homologue français sont inacceptables car mensongers et qu’il y a une volonté de sa part d’infantiliser la République centrafricaine.

La rhétorique hostile de Paris vis-à-vis de Bangui, qui n’a pas manqué de susciter la réponse de la ministre des Affaires étrangères de la RCA, démontre une fois de plus l’incapacité quasi-totale de l’establishment élyséen à pouvoir regarder de façon rationnelle non seulement l’avenir de ses partenaires, mais peut-être et surtout son propre avenir. Cette incapacité hexagonale non seulement à respecter la souveraineté de ses partenaires extérieurs et de mettre un terme une bonne fois pour toute à des manières comportementales d’une autre époque, fort heureusement révolue, révèle aussi la volonté de toujours chercher les coupables de ses propres échecs – ailleurs – au lieu de se regarder, un tant soit peu, dans le miroir.

Paradoxale d’ailleurs cette approche qui dit que lorsque les «alliés» anglo-saxons humilient la France, l’establishment atlantiste hexagonal actuel fait tout le possible pour calmer l’affaire, mais lorsque ces mêmes élites élyséennes observent la chute évidente de leur influence en Afrique – pour des raisons tout à fait logiques et attendues d’ailleurs – il faut toujours chercher des boucs émissaires pour tenter de justifier ces échecs. En infantilisant justement, comme le rappelle la cheffe de la diplomatie centrafricaine. Comme si les Africains n’étaient pas capables de choisir eux-mêmes leurs partenaires et alliés, et de ne pas être en mesure de réaliser leurs propres analyses géopolitiques et stratégiques.

Au final et comme attendu, tout semble aller effectivement dans la poursuite des échecs des responsables hexagonaux à l’échelle internationale. Si d’ailleurs ils pensent que dans le cadre du continent africain ces échecs se limiteront à la Centrafrique et au Mali – il s’agira très certainement d’une énième erreur prévisionnelle.

En janvier dernier, la ministre des Affaires étrangères de la République centrafricaine avait accordé un entretien à Observateur Continental.Lors de cet entretien, Sylvie Baïpo-Temon avait clairement indiqué que «la RCA avait besoin de la synergie de tous les partenaires, de la solidarité de tous les partenaires pour la seule cause qui est le retour à la paix et à la stabilité en Centrafrique».

Au-delà du fait que Paris n’a aucunement contribué au retour justement de la paix sur le sol centrafricain au cours des dernières années, si ce n’est pas dire le contraire, à la très grande différence des alliés sincères de la RCA, il est à penser que le fait de maintenir également une mentalité d’arrogance extrême dans le cadre d’une relation bilatérale entre deux Etats souverains – pourrait tout simplement voir la porte d’un quelconque partenariat digne de ce nom fermée.

En parlant d’ailleurs de souveraineté et compte tenu du niveau d’asservissement des élites élyséennes vis-à-vis de Washington depuis déjà un bon moment – il serait certainement juste de dire que la République centrafricaine, malgré des années de crise dont elle sort progressivement – est un Etat souverain. Quant à la République française dans sa version actuelle – rien n’est moins sûr.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=3235

https://t.me/axe_afrique_russie/266

RCA: le sale jeu de Washington et de Paris

Les Etats-Unis et la France ne ménagent aucun effort pour tenter à faire réduire la popularité de l’interaction avec la Russie au sein de l’opinion publique africaine. La Centrafrique en représente l’un des principaux exemples courants. Le souci pour l’establishment occidental c’est que devant faire face aux succès de l’implication russe aux côtés des alliés africains, le message propagé par les Occidentaux ne convainc pas les peuples de l’Afrique.

Les élites étasuniennes et françaises, de plus en plus devant faire à une perte évidente d’influence à divers endroits du monde, y compris sur le continent africain, tentent aujourd’hui par tous les moyens de s’accrocher de ce qu’il reste du schéma qu’elles avaient établi dans le cadre du concept unipolaire – dépassé et révolu. En oubliant bien souvent que la décision finale reviendra désormais aux peuples concernés, et non pas aux bonhommes prétendant vivre encore à une autre époque.

Plus particulièrement en République centrafricaine, Paris comme Washington activent des campagnes coordonnées, aussi bien au niveau politique, diplomatique, médiatique que militaire dans le but à essayer de stopper la contagion. Après tout, le cas de la RCA – d’un exemple d’un Etat caractérisé par le chaos durant de longues années – devient aujourd’hui positif et fort inspirant pour bien d’autres nations africaines. Bien que les dites campagnes prouvent très clairement aujourd’hui plusieurs aspects des concernés: un état hystérique, une arrogance comme toujours au summum et l’absence d’un minimum de honte et de dignité.

Après les récentes campagnes médiatiques du mainstream occidental, notamment de la part de RFI et CNN, visant à dénigrer les succès de l’interaction russo-centrafricaine, c’est désormais au tour de certains personnages appartenant à l’establishment politique et militaire de rentrer dans la danse.

A cet effet, Hervé Bléjean, citoyen français, vice-amiral d’escadre et l’actuel directeur général de l’état-major de l’Union européenne, intervenant depuis Washington lors d’un forum a déclaré avoir tenté à convaincre le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra de mettre fin à l’interaction avec les instructeurs russes. Dans le but, également déclaré, de les remplacer par des «partenaires onusiens, de l’UE, américains et africains».

Tout d’abord ce qu’il faut voir dans cette déclaration, c’est la mention des partenaires proposés au remplacement des Russes: les Occidentaux bien évidemment, comment peut-on se passer d’eux? Un peu plus surprenant de parler de l’ONU sachant qu’elle y est déjà à travers la Minusca. Quant aux partenaires africains, le responsable hexagonal doit certainement faire référence aux pays se trouvant sous la coupe occidentale et qui sont bien connus.

D’une certaine façon, le militaire français en question a le droit de proposer à un Etat souverain des alternatives sécuritaires, pour tenter à réduire l’influence grandissante des adversaires géopolitiques, dont fait partie indéniablement la Russie. Ceci étant dit, on peut se demander s’il le fait en qualité de représentant bruxellois de l’UE ou celui de Paris? En effet, il aurait été très peu probable que le chef précédent de l’état-major de l’Union européenne, le général finlandais Esa Pulkkinen, puisse faire des déclarations similaires.

Mais ce n’est pas le point principal, car le principal justement en parlant d’absence de minimum de notions de honte et de dignité, c’est que ledit personnage semble complètement faire abstraction du rôle néfaste joué par son pays de citoyenneté en RCA. En effet, la France était omniprésente durant de longues années en Centrafrique, à l’instar d’autres pays faisant partie de ses anciennes colonies. Des milliers de militaires français se trouvaient en mission sur le sol centrafricain, le tout pour quel résultat? Eh bien de-facto aucun, et même pire encore. Les violences n’avaient non seulement pas pu être stoppées mais avaient atteint à une période un tel niveau que les médias hexagonaux semblaient vouloir donner l’impression que la violence dans ce pays est chronique, et que les tensions communautaires et confessionnelles, notamment entre chrétiens et musulmans, seraient prétendument insurmontables. Cela sans oublier les viols avérés de la part de ces militaires, venus normalement dans un but de stabilisation, vis-à-vis de mineurs centrafricains.

Evidemment Bléjean, en bon représentant du réseau françafricain, n’est pas une exception. Les diplomates US, y compris au niveau de l’ONU, s’activent pour tenter, de façon assez similaire que lors de l’opération antiterroriste russe en République arabe syrienne, à y mettre aussi du sien. Notamment, là aussi – comme en son temps en Syrie – à faire référence à des prétendus experts «indépendants» (financés par les Occidentaux), les médias mainstream et à des témoignages selon de nombreuses sources locales arrachés en échange d’une compensation financière.

Pour conclure, il serait juste de faire mention de quelques points essentiels en rapport avec le sale jeu en question mené vis-à-vis non seulement de la Russie, mais aussi de ses alliés africains, par Washington (en chef de projet) et Paris (en bon sous-traitant). Tout d’abord, cette campagne hostile visant l’interaction russo-centrafricaine, est fort justement due aux succès évidents de ladite interaction. Après des années de chaos et d’absence de contrôle de la part des autorités nationales sur la large partie du territoire centrafricain, désormais la situation est à l’inverse – la grande partie du territoire du pays est sous contrôle gouvernemental.

D’autre part, ce qu’il faut mentionner – c’est le timing et l’effectif. Quelques centaines d’instructeurs russes ont réussi à largement réformer les Forces armées centrafricaines (FACA) pour les rendre aptes à mener des combats contre les groupes rebelles et ainsi pouvoir défendre la souveraineté et l’intégrité territoriale de la nation. Puis, les récents succès des forces armées et de sécurité centrafricaines, ainsi que des alliés, face à ces groupes rebelles ont été obtenus en l’espace seulement de quelques mois. Plus exactement – depuis l’échec des groupes rebelles ayant voulu empêcher par la voie armée le bon déroulement des élections présidentielles de fin décembre dernier, en violation par ailleurs de l’accord de paix de Khartoum.

Question logique: comment se fait-il que les troupes françaises, qui fut présentes dans le passé en nombre plus conséquent que les instructeurs russes, n’aient pas pu arriver à un résultat ne serait-ce qu’un tout petit peu semblable? Réponse probable: certainement en raison de l’absence de volonté de contribuer à la stabilisation de la RCA de la part de l’establishment politico-militaire hexagonal. Quant à la force onusienne de la Minusca, présente depuis 2014 en Centrafrique, avec un effectif d’environ 15 000 hommes – elle n’a également pas été en mesure de pouvoir apporter une quelconque stabilisation digne de ce nom, mis à part les efforts et sacrifices qu’il faut reconnaitre de certains pays africains ayant dépêché des hommes dans le cadre de cette mission multidimensionnelle, notamment du Burundi.

Dernier point. Ce que les représentants washingtoniens comme parisiens semblent oublier, c’est qu’au final les meilleurs juges ne sont que les populations concernées. Et c’est d’ailleurs également la raison évidente de l’hystérie observée côté occidental. Aujourd’hui, ces personnages occidentaux observent avec une très vive inquiétude non seulement la perte de leur influence géopolitique et stratégique, mais également l’opposition de plus en plus ferme de l’opinion publique centrafricaine, et plus généralement africaine, quant à leur présence. Les élites occidentales, étant dans l’incapacité la plus totale de s’adapter au monde contemporain multipolaire, risquent à terme de devoir faire face à des évacuations humiliantes de leurs troupes et mercenaires – en Afrique, comme à d’autres endroits du monde – avec en prime l’obligation d’observer la joie des populations des pays concernés qui les accompagneront jusqu’à la piste de décollage.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=2879

https://t.me/observateur_continental/1308

https://web.facebook.com/mikhail.egorov.5/posts/10224072024721718

RCA, Tchad, Mali: Paris dans l’embarras

L’establishment français se retrouve désormais dans une situation délicate sur le continent africain. A l’heure des bouleversements stratégiques en cours et d’une mobilisation de la société civile en Afrique pour la reprise d’une souveraineté véritable, le risque observé réside dans la volonté de l’Elysée d’utiliser des méthodes de déstabilisation pouvant être considérées comme clairement extrémistes.

Parmi ces méthodes, on peut faire mention d’une activation des cellules appartenant au réseau françafricain, pouvant commettre des attaques ciblées contre les leaders africains s’étant libérés ou en phase de le faire vis-à-vis de l’ancienne métropole coloniale, et plus généralement vis-à-vis des forces néocoloniales. L’autre schéma pouvant être promu par ledit réseau réside dans le fait de créer des tensions intra-africaines, comme la tentative actuelle qui vise la Centrafrique et le Tchad.  

En effet, après l’arrestation récente d’un mercenaire français dans la capitale centrafricaine Bangui, en possession d’un fort important arsenal d’armes et de munition, et de la reprise sous contrôle gouvernemental de pratiquement tout le territoire national de la RCA, le tout après des années d’instabilité, Paris semble vouloir jouer le tout pour le tout. Des attaques médiatiques hexagonales visant les pays ayant choisi la souveraineté nationale et le panafricanisme comme bases de leur développement, jusqu’à la création de nouveaux défis sécuritaires pour les pays concernés, comme la promotion de tensions entre pays voisins.

Les tout récents exemples sont là: tout d’abord une explosion dans le nord-ouest de la RCA qui tue deux policiers centrafricains et trois instructeurs russes, puis cette tentative de semer la discorde entre Bangui et N’Djamena.

Si effectivement le Tchad reste un allié officiel à ce jour pour Paris, un très grand nombre de citoyens tchadiens refusent catégoriquement d’être entrainés dans un conflit avec le voisin centrafricain, le tout via une pure instrumentalisation française. Le leadership de la République centrafricaine a en ce sens entrepris également toutes les démarches nécessaires afin que la situation avec le voisin tchadien reste sous contrôle, comme l’indique d’ailleurs le communiqué conjoint signé par la cheffe de la diplomatie centrafricaine Sylvie Baipo-Temon et son homologue tchadien.

La vive inquiétude et la radicalisation des actions de l’Elysée peuvent être vues non seulement dans le contexte de la perte d’influence en RCA – mais également à d’autres endroits dans ce qu’il continue de considérer comme son «pré-carré». Notamment au Mali où la société civile continue de se mobiliser pour demander, entre autres, le départ des troupes françaises.

En termes de perspectives, si la meilleure réponse aux nouvelles tentatives de déstabilisation via un réseau obscur et d’un autre temps – reste sans aucun doute la pleine conscience du leadership et de la société civile d’Afrique, il faut néanmoins prendre ces défis avec le plus grand sérieux. Faut-il le rappeler: l’establishment occidental a déjà démontré à plus d’une fois être capable d’instrumentaliser des éléments extrémistes, et mêmes ouvertement terroristes, notamment comme ce fut le cas en Syrie, dans le but d’atteindre des objectifs géopolitiques. Cette éventualité est d’autant plus plausible lorsque ce même establishment voit ses intérêts datant de dizaines d’années ouvertement menacés.

Une chose est sûre. L’éveil des consciences au sein du continent africain vit une période sans précédent. La réponse médiatique panafricaine, l’analyse personnelle et non dictée depuis l’Occident au sein des populations de l’Afrique, la mobilisation populaire – représentent des éléments indéniables pour une résistance à succès face au schéma qui vise à toujours diviser pour maintenir, ne serait-ce que pour quelque temps, un règne unipolaire totalement dépassé.

Les Africains dans leur large majorité ont soif de la souveraineté véritable pour leur continent. Et s’inspirent aujourd’hui des grands noms du panafricanisme. L’Afrique a aujourd’hui une chance unique de s’affirmer pleinement – dans l’optique de devenir à terme un bloc puissant du monde multipolaire, devenu réalité depuis ces dernières années. Même si cela déplait fortement aux nostalgiques d’un ordre international dépassé par les événements en cours.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=2796

https://t.me/observateur_continental/1225

Macron au Rwanda pour tenter à tourner la page des tensions

Le président français a reconnu la responsabilité de Paris dans le génocide rwandais, sans toutefois reconnaitre les accusations de complicité. Cette reconnaissance permettra-t-elle d’ouvrir une nouvelle page relationnelle entre les deux pays ? Retour sur la question.

Vingt-sept ans après le génocide rwandais, le président français Emmanuel Macron, a prononcé une allocution solennelle dans la capitale rwandaise Kigali. Dans ce discours très attendu au Mémorial du génocide rwandais, il a lancé «Je viens reconnaitre nos responsabilités».

Selon lui, «c’est aux hommes qu’il appartient de briser le silence. Et c’est au nom de la vie que nous devons dire, nommer, reconnaitre». En ajoutant «que la France a un rôle, une histoire, une responsabilité politique au Rwanda. Elle a un devoir: celui de regarder l’Histoire en face et de reconnaitre la part de souffrance qu’elle a infligée au peuple rwandais en faisant trop longtemps prévaloir le silence sur l’examen de vérité».

Cette démarche pourrait officialiser la normalisation des relations entre Kigali et Paris, surtout après un renforcement de la coopération économique entre les deux pays depuis les deux dernières années. En effet, le volet économique ne serait pas étranger dans la démarche de l’Elysée, comme le confirme d’ailleurs l’un des principaux porte-voix médiatiques des intérêts français le journal Le Monde.

A noter qu’Emmanuel Macron est accompagné à Kigali d’une dizaine d’entreprises françaises, ainsi que par le directeur général de l’Agence française de développement (AFD). Il faut d’ailleurs à ce titre faire remarquer que dans le classement Doing Business 2020 (édité par la Banque mondiale), le Rwanda est classé deuxième en Afrique et 38ème au niveau mondial dans ce rapport qui établit un classement des pays selon leur environnement des affaires. Confirmant ainsi l’intérêt évident pour le marché rwandais.

Mais au-delà de la sphère économique, le Rwanda a également renforcé son influence sur la scène régionale et continentale, en devenant un acteur avec lequel il faut compter. Que ce soit en matière de gestion post-conflit que dans le domaine sécuritaire. Concernant justement ce dernier point, il faut rappeler que Kigali avait récemment accordé un soutien militaire à la République centrafricaine, dont les troupes – aux côtés de celles des Forces armées centrafricaines (FACA) et des instructeurs russes – ont participé à la stabilisation du territoire centrafricain face aux groupes rebelles.

Une contribution ayant joué son rôle, puisque désormais les groupes rebelles en RCA ont connu une déroute totale face à l’armée gouvernementale et ses alliés. Le tout au moment même d’une chute d’influence sans précédent de Paris non seulement en Centrafrique, mais de plus en plus à d’autres endroits du continent africain.

En ce qui concerne les démarches de l’Elysée, notamment en direction du Rwanda, plusieurs questions méritent d’être posées. Serait-ce une compréhension réelle et sincère que si la France souhaite maintenir un certain nombre de ses intérêts en Afrique, elle devra reconnaitre les pages obscures de son interaction avec le continent? Rien n’est moins sûr, surtout au vu des événements récents en République centrafricaine, où les tentatives de déstabilisation via le réseau françafricain persistent – bien que sans résultat.

Serait-ce simplement une reconnaissance pragmatique du fait que pour sauver la face dans le monde contemporain, il faudra s’adapter à la réalité multipolaire, tout en respectant la souveraineté des Etats? Sur ce point également, rien ne permet pour l’instant de le penser sincèrement.

Ou peut-être tout simplement que Paris cherche à reprendre pied là – où son influence serait justement en chute libre? Quoiqu’il en soit, sans un changement réel d’attitude et de mentalité, traduit dans les actes et pas seulement dans les paroles, la capacité de conserver ses positions sur le continent africain continuera à être revue à la baisse.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=2773

https://t.me/observateur_continental/1199

RCA: le mercenariat français continue de miser sur la déstabilisation

Un ressortissant français a été récemment arrêté à Bangui, la capitale centrafricaine, en possession d’un fort important arsenal d’armes et de munitions. Cette arrestation intervient au moment même d’une stabilisation à succès en cours dans ce pays malgré des tentatives extérieures évidentes à maintenir la déstabilisation.

Un certain Juan Rémy Quignolot, citoyen français, a été arrêté, le 10 mai dernier, dans la capitale centrafricaine avec une impressionnante quantité d’armes, ainsi que de munitions. L’arrestation en question a suscité un vif intérêt au sein de l’opinion publique aussi bien centrafricaine, que plus généralement au niveau du continent africain. De nombreux experts s’interrogent sur les motivations possibles pour un citoyen étranger, se trouvant dans un pays souverain et n’ayant aucune autorisation à disposer d’un tel arsenal d’armements.

Pour beaucoup d’Africains, un véritable sentiment de colère se faisait clairement ressentir, à l’heure où certains puissances au passé colonial ont toujours du mal à accepter la pleine souveraineté de leurs anciennes colonies et le fait que ces dernières souhaiteraient choisir librement leur politique de développement dans des secteurs divers, ainsi que leurs partenaires extérieurs.

Du côté des autorités françaises, on déplore «une instrumentalisation». Interrogé sur cette prétendue instrumentalisation, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement centrafricain, Ange-Maxime Kazagui n’a pas manqué de réagir: «Nous prenons bonne note de cette publication, je ne l’ai pas lu d’ailleurs. Maintenant, instrumentalisation pour instrumentalisation, je pense qu’au moment où nous parlons, les faits d’armes, ou les faits qui sont évoqués concernant nos forces de sécurité sont bien souvent instrumentalisés, je vous l’accorde, non pas par les autorités françaises, mais par beaucoup de médias occidentaux. Deuxièmement, pour ce qui concerne ce monsieur [Juan Rémy Quignolot], nous n’avons rien instrumentalisé, nous avons publié le fait qu’une personne a été arrêtée de telle manière, et dans tel contexte».

Le représentant des autorités centrafricaines a en effet insisté que les soupçons d’instrumentalisation sont surtout une interprétation des médias français: «Vous parlez d’instrumentalisation. Alors, est-ce que nous allons lancer un débat? Qu’est-ce qui vous fait penser que cela est instrumentalisé? Cette personne existe-t-elle ou bien est-elle virtuelle? Oui, elle existe. Est-ce qu’elle a été arrêtée avec des équipements de guerre? Oui! Cela a été le cas. Est-il un citoyen français? Oui, c’est le cas. Que faisait-elle avec des armes? Alors, en quoi cela peut-il être instrumentalisé? Voilà, vous comprenez donc pourquoi je pense qu’il faut laisser à la justice l’opportunité de faire son travail et ensuite nous verrons bien».

Maintenant et pour parler plus précisément du détenu français dont il est question. Le procureur général auprès de la Cour d’appel de Bangui, Eric Didier Tambo, a affirmé qu’il n’y a aucun doute que ce ressortissant français soit impliqué dans la déstabilisation de la Centrafrique: «Ce monsieur est à Bangui depuis 2013. C’est un militaire français qui serait à la retraite. Il faisait partie du groupe de Bernard Cousin et Christophe Raineteau (voir notre article d’octobre 2019 sur le sujet) et en 2013, c’était lui qui était chargé de former les rebelles de la Seleka (groupe rebelle ayant opéré en RCA, ndlr) pour le compte du groupe Raineteau. En 2019, c’était ce Raineteau qui activait les extrémistes du Km5 (un quartier à Bangui). Nous sommes en train de mener des investigations en respectant ses droits». En ajoutant que «le détenu Quignolot se présente comme consultant et journaliste mais après tous les effets que nous avons trouvé chez lui, nous n’avons rien trouvé en lien avec la presse».

La description donnée en dit long sur le passé de Juan Rémy Quignolot, caractérisé par de nombreux observateurs comme un véritable mercenaire et barbouze. Mais l’autre question très importante à se poser c’est de connaitre les motivations dudit personnage, ainsi que des éventuels commanditaires, notamment en lien avec l’arsenal d’armes trouvé dans sa villa de la capitale centrafricaine. A cet effet plusieurs thèses sont possibles.

Parmi ces thèses – celle d’une utilisation de cet armement pour des cellules dormantes appartenant aux groupes rebelles et terroristes. Le tout au moment où la situation sécuritaire a été récemment largement inversée en faveur des autorités centrafricaines et de leurs alliés. Une réalité accueillie avec grand enthousiasme par la large partie des citoyens de la RCA mais vraisemblablement alarmante pour les représentants des bandits de grand chemin, ainsi que pour leurs parrains.

L’autre thèse – d’ailleurs pas moins révoltante – serait celle d’une préparation d’assassinats ciblés de responsables centrafricains. Une option qui peut d’ailleurs être qualifiée non seulement d’ouvertement criminelle, mais dont l’objectif serait certainement à tenter de semer de nouveau le chaos dans ce pays africain stratégique. Ou comme une punition des représentants étatiques centrafricains d’avoir misé sur la pleine souveraineté pour leur pays, le panafricanisme et le libre choix des partenaires extérieurs.

Quoiqu’il en soit: le pire a été jusqu’à maintenant évité. Au-delà de la sécurisation du territoire national, les services de sécurité de la RCA auront démontré toute leur compétence dans la gestion des risques terroristes et de déstabilisation émanant de ressortissants dont la présence sur le sol centrafricain aurait pu paraitre innocente. Quant à la question que posent certains représentants de l’establishment politique et médiatique occidental – à savoir que cet événement serait une nouvelle page d’une confrontation entre la France et la Russie en République centrafricaine – il aurait été certainement plus juste de reformuler ladite question. Il serait en effet plus légitime de parler d’une vive opposition entre les patriotes, souverainistes africains, ayant misé sur les valeurs du panafricanisme, face aux prédateurs souhaitant voler des droits légitimes aux peuples d’Afrique.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=2731

https://t.me/observateur_continental/1156

RCA: Faustin-Archange Touadéra investi président

Le président de la République centrafricaine vient d’être réinvesti à la tête de son pays, pour son deuxième mandat. Cette investiture renforce indéniablement le cadre de la volonté populaire du peuple de la Centrafrique, de même que la souveraineté du pays – longtemps martyrisé, et ce au désarroi de toutes les forces ayant de nouveau misé sur la déstabilisation.

Faustin-Archange Touadéra, arrivé au pouvoir en 2016 pour son premier mandat présidentiel dans un cadre démocratique, et ayant de nouveau remporté le scrutin en décembre dernier, a donc prêté serment en qualité de chef d’Etat de la RCA. Si effectivement sa réélection a suscité un enthousiasme évident d’une large part de la population centrafricaine, mais également de la société civile de nombre d’autres pays africains, il n’en demeure pas moins qu’elle n’a pas fait que des heureux.

En l’occurrence les groupes armés qui avaient tenté de nuire au bon déroulement du récent scrutin présidentiel et qui n’avaient certainement pas prévu de subir une déroute sans précédent face à la détermination du leadership centrafricain et des alliés bilatéraux du pays, en premier lieu la Russie et le Rwanda.

En ce sens, il est aujourd’hui pratiquement incontestable que l’autorité du président Touadéra n’en a été que renforcée. Ayant toujours été un homme de paix, privilégiant le dialogue, dont le premier mandat peut d’ailleurs être caractérisé par une stabilisation assez évidente de la situation intérieure, il n’a pas manqué dernièrement à faire de preuve cette fois-ci de fermeté à l’égard des violateurs de l’accord de paix de Khartoum.

C’est d’ailleurs probablement un exemple aujourd’hui évident pour nombre d’autres nations africaines: cadre démocratique, souveraineté nationale, panafricanisme, promotion de la paix tout en la défendant par la force en cas de nécessité, et, libre choix des partenaires extérieurs. A ce titre, c’est un secret de polichinelle que de savoir par exemple que l’ex-métropole coloniale française, ou plus particulièrement les réseaux «françafricains» étaient depuis toutes ces années fort mécontents de la large diversification des relations extérieures opérée par le président Touadéra et son administration, notamment au niveau diplomatique.

Une chose est sûre, les Forces armées centrafricaines (FACA), formées au cours des dernières années par la Russie, sont actuellement beaucoup plus aguerries, en comparaison à 2016. Et s’il y a encore récemment, les médias occidentaux, y compris hexagonaux, se donnaient un malin plaisir à rappeler qu’une large partie du territoire de la RCA était sous contrôle des groupes armés – depuis le bouleversement de la situation et la contre-offensive récente des forces gouvernementales avec le soutien russe et rwandais, ayant permis de libérer la large partie du sol centrafricain, l’enthousiasme de ces mêmes médias est devenu beaucoup moins évident. Avec comme résultat soit le silence sur les succès des troupes gouvernementales centrafricaines et de leurs alliés, soit une reconnaissance amère de cette réalité. On pourrait en ce sens faire le parallèle encore une fois avec le traitement de l’information sur la Syrie, mais restons en RCA.

Le secrétaire d’Etat français aux Affaires étrangères, Jean-Baptiste Lemoyne, cité par RFIparle «de l’engagement de la France dans le pays» et appelle à une solution politique. En parlant du premier point, on pourrait se demander à quel engagement fait référence le représentant hexagonal, sachant que dans toute la campagne de sécurisation récente du territoire centrafricain opérée contre les groupes armés qui menaçaient de nouveau la stabilité du pays et la population, l’Elysée n’était pas seulement absent, mais au contraire représentait l’une des principales sources du problème. Sans même rentrer dans les coulisses de la déstabilisation ayant tenté de faire tomber le gouvernement légitime de la Centrafrique, et des rapports pour le moins ambigus qu’entretient l’Elysée avec nombre d’acteurs locaux des tentatives de déstabilisation, rien que l’opposition de Paris, au même titre que Washington et Londres, au Conseil de sécurité onusien quant à la levée de l’embargo sur les armes à destination de la RCA, en dit très long. Une levée demandée à maintes reprises par le gouvernement de la Centrafrique pour accroitre les capacités défensives de ses forces armées.

En opposition encore une fois à Moscou et Pékin ayant quant à eux exprimé leur solidarité face au plaidoyer de la diplomatie centrafricaine. Quant au dialogue politique auquel fait référence Jean-Baptiste Lemoyne, voudrait-il pousser un gouvernement légitime au dialogue avec des bandits de grand chemin – d’autant plus vaincus sur le terrain? Ou serait-ce un message sur des tentatives de déstabilisation ultérieures? La suite nous le montrera.

Une chose est sûre – la RCA revient de loin et peut aujourd’hui se vanter de devenir un exemple, désormais positif, pour d’autres Etats africains. Quant aux blocages occidentaux du renforcement encore plus important de ses capacités défensives, Bangui pourra certainement continuer à compter sur les partenariats bilatéraux, dans un cadre souverain.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=2587

https://t.me/observateur_continental/1006

Centrafrique: fin de partie pour les groupes armés?

Les Forces armées centrafricaines avec le soutien des alliés de la RCA semblent avoir repris les choses en main face aux groupes armés qui il y a encore récemment menaçaient de nouveau la stabilité du pays. L’intérêt est également de se pencher sur le traitement de l’information visant la Centrafrique de la part des médias mainstream.

Le 15 décembre dernier, à quelques jours des élections présidentielles en République centrafricaine, plusieurs groupes armés avaient dénoncé l’Accord de Khartoum dont ils étaient signataires, et avaient émis une série d’ultimatums vis-à-vis du gouvernement du pays. Les élections avaient tout de même eu lieu à la date prévue, avec comme résultat une réélection dès le premier tour du président Faustin-Archange Touadéra.

Bien que n’ayant pas réussi à prendre la capitale Bangui, ni à saper le déroulement des élections, les dits groupes armés avaient néanmoins continué à déstabiliser la situation intérieure, notamment en bloquant l’axe routier qui relie la Centrafrique au Cameroun – représentant par la même occasion le principal axe commercial du pays. Fait intéressant: les médias occidentaux, notamment français, relayaient en grande pompe ces informations, bien souvent en se référant sur des «sources» bien informées sur place. Des sources se trouvant dans la plupart des cas dans le camp des groupes armés.

Mais il a suffi que le gouvernement de la RCA reprenne la situation en main, pour que ces mêmes médias deviennent pour certains pratiquement muets, pour d’autres relayant un minimum d’information, le tout avec peu d’enthousiasme. En effet, ce mois de février peut être considéré comme celui d’une contre-offensive majeure des Forces armées centrafricaines (FACA) en vue d’en finir avec les groupes armés sur toute l’étendue du territoire national.

Déjà le communiqué du gouvernement centrafricain du 11 février dernier, annonçant notamment la libération de nombre de villes du pays, n’avait pas eu droit au même niveau de diffusion du côté des médias mainstream, notamment français, que lors des attaques rebelles.

Evoquant ce dimanche 21 février la révocation par le président centrafricain des responsables gouvernementaux qui pour nombre d’entre eux étaient liés aux groupes armés, RFI a eu tout de même enfin le mérite de noter que «les autorités sont en pleine offensive armée sur le territoire, appuyées par leurs alliés russes et rwandais».

En ajoutant même que les forces gouvernementales ont repris position dans de nombreuses localités, dont Bambari. Et qu’enfin, se référant au Premier ministre centrafricain (Firmin Ngrebada, ndlr), l’armée nationale serait aux portes de Bossangoa, fief de François Bozizé, ex-chef d’Etat s’étant mis à la tête de la récente rébellion, ce dernier accusé par ailleurs de crimes contre l’humanité.

Par ailleurs et selon nombre de sources, Francis Bozizé – le fils de l’ex-président centrafricain serait actuellement à Moundou, dans le sud du Tchad en compagnie de Mahamat al-Khatim, leader du groupe MPC, ainsi qu’avec des émissaires des anti-balaka pour une «réunion». Le tout vraisemblablement en raison de la gravité de leur situation dans le cadre des défaites subies face aux forces gouvernementales.

Tout cela permettant aujourd’hui d’entrevoir une plausible fin de partie pour les groupes armés. A ce titre, le traitement de l’information de la part des médias mainstream permet certainement de faire un certain parallèle entre la RCA et un pays non-africain – en l’occurrence la Syrie. On se rappelle bien comment les médias occidentaux se donnaient la peine de relayer les avancées des groupes terroristes sur les positions gouvernementales. Pour certains avec un enthousiasme peu voilé. Un enthousiasme qui volera en éclat après la reconquête du territoire national par l’armée gouvernementale syrienne, soutenue par les forces alliées. Et même lors la libération de la cité de Palmyre – patrimoine mondial de l’UNESCO des mains des salafistes de Daech – les médias mainstream avaient été forcés de relayer ladite information, mais là aussi et le plus souvent plutôt avec amertume qu’autre chose.

Cette contradictoire, mais désormais plus vraiment surprenante, approche dans le traitement de l’information du côté des médias mainstream, y compris hexagonaux, a néanmoins plusieurs mérites indéniables. Tout d’abord, elle permet d’ouvrir un peu plus les yeux à ceux qui encore pouvaient avoir des doutes quant au manque d’objectivité des dits médias. Et surtout de renforcer encore plus les positions de médias panafricains qui relayaient au cours des derniers mois et des dernières semaines des informations détaillées sur la situation en Centrafrique, avec en prime une mise en perspectives de la part d’experts d’Afrique et d’ailleurs. C’est notamment le cas de la chaine de télévision panafricaine Afrique Média dont la popularité au niveau continental n’est plus à présenter.

Le constat final est pourtant simple: l’objectivité est de moins en moins présente dans les médias dits libres de l’Occident. Et les derniers événements en matière de traitement de l’information ne font que renforcer cette thèse. Surtout lorsque les événements en cours vont à l’encontre des intérêts géopolitiques des pays et cercles d’intérêt auxquels ces médias sont liés. Et ce qui rassure aussi, c’est que le manque d’enthousiasme actuel de la part de ces médias quant aux succès des forces gouvernementales centrafricaines face aux bandits de grand chemin manipulés depuis l’extérieur, confirme justement une situation fort difficile pour ces derniers. Au grand mécontentement de leurs parrains – mais pour le bonheur de l’écrasante majorité du peuple de la Centrafrique.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=2469

https://t.me/observateur_continental/883

C’est une formidable leçon de démocratie, selon la ministre des Affaires étrangères de la RCA

La Centrafrique qui retrouve progressivement la stabilité après des années de conflit a vu le déroulement des élections présidentielles et législatives le 27 décembre dernier. Cet entretien exclusif pour Observateur Continental avec Sylvie Baïpo-Temon, ministre des Affaires étrangères de la République centrafricaine, est consacré aux défis que le pays continue de relever, ainsi qu’à l’interaction avec la communauté internationale.

Madame la Ministre, vous êtes en poste en qualité de cheffe de la diplomatie centrafricaine depuis maintenant un peu plus de deux ans. Depuis vous avez mené une activité intense en matière de relations internationales pour le compte de votre pays. Quelles sont aujourd’hui pour vous les principales orientations de la politique extérieure de votre nation?

Sylvie Baïpo-Temon: La République centrafricaine du fait de ces trop nombreuses crises, a longtemps été mise en marge sur la scène internationale. Davantage connue pour ces troubles à répétition, l’orientation du Président de la République a été de travailler à faire revenir la République centrafricaine dans le concert des Nations. D’adapter la diplomatie centrafricaine aux enjeux du monde, qui aujourd’hui sont sécuritaires et économiques.

La RCA s’est ainsi ouverte au monde, tant au niveau bilatéral en raffermissant et renforçant ses relations de coopération bilatérale, qu’au niveau multilatéral en contribuant par son expérience aux défis communs de la Sécurité, la Paix durable et la croissance économique menacées par les groupes armés, le terrorisme, l’extrémisme violent.

La politique extérieure de la RCA s’est principalement concentrée sur une ouverture de la République centrafricaine au monde afin de puiser de l’expertise des autres et partager aussi de la sienne.

L’une des caractéristiques de la politique internationale du président Faustin-Archange Touadéra a été la diversification des partenariats extérieurs de la RCA. Cette approche, logique pour un pays souverain, a connu nombre de critiques de la part des partenaires «traditionnels» de la Centrafrique. Pensez-vous que ces critiques étaient justifiées?

– Il est important de ne pas tomber dans le piège des incompréhensions, interprétations et rumeurs qui font des frasques actuellement en mettant en avant une tension entre deux partenaires de la République centrafricaine que sont la France et la Fédération de Russie.

La RCA est un pays qui s’évertue à chercher de sortir de cycles de violences et crises qui ont mis à mal le tissu économique et social. Pourquoi s’obstiner à vouloir la placer au milieu de deux grandes puissances qui d’ailleurs entretiennent une excellente relation de coopération entre elles.

La République centrafricaine pour sortir de la grosse crise de 2012, a fait appel à tous ces partenaires et cela de manière totalement transparente avec d’ailleurs une démarche naturelle en premier lieu vers le partenaire traditionnel.

La RCA a besoin de la synergie de tous ces partenaires, de la solidarité de tous ces partenaires pour la seule cause qui est le retour à la paix et à la stabilité en RCA.

Dans toutes relations, il y a des divergences et si divergences il y a entre deux de nos partenaires et pays amis, je voudrais dire que ces divergences ne concernent pas la RCA qui a des préoccupations à des années lumières de celles des grandes puissances.

Je déplore tout ce cocktail journalistique qui s’entête à parler de rapprochement entre la RCA et la Russie, alors que ces deux pays ont établi des relations diplomatiques et de coopérations depuis 1960. Tout ceci ne concoure pas à instaurer et à pérenniser un climat d’apaisement dans un pays qui pourtant, en a le plus besoin

Pratiquement à la veille des élections, certains groupes armés ont violé leurs engagements dans le cadre de l’Accord de Khartoum et avaient menacé d’empêcher le déroulement des élections. Pourtant les élections se sont déroulées à la date prévue, dans un climat globalement calme et avec une mobilisation active des citoyens centrafricains. Considérez-vous le déroulement de ces élections comme une réussite?

– Je ne considère pas ces élections comme une réussite, ces élections sont une réussite. Il s’agit avant tout d’une formidable leçon de démocratie exprimée par une population lassée des violences et perpétuels recours à la force pour accéder au pouvoir.

Le message adressé par le peuple centrafricain à la classe politique centrafricaine est, pour moi, sans appel. Ce peuple ne souhaite plus être pris en otage de calcul fallacieux et malicieux.

L’audace et le courage de la population centrafricaine est à féliciter, à encourager et à vulgariser.

Vous savez dans certaines localités dans l’arrière-pays, la population et les femmes en particulier se sont tenues debout face aux groupes armés pour revendiquer leur droit au vote. Elles sont sorties unies pour aller voter. Le déroulement et calendrier des différents pactes et alliances pour mettre en place la Coalition des patriotes pour le Changement met en évidence que les attaques et menaces perpétrées étaient relatives à la peur d’une sanction sévère des urnes.

Vous savez, ce processus électoral traduit une belle citation de Nelson Mandela, qui disait à juste titre: «Il est difficile d’expliquer à quelqu’un qui a les idées étroites qu’être ‘éduqué’ ne signifie pas seulement savoir lire et écrire et avoir une licence, mais qu’un illettré peut être un électeur bien plus ‘éduqué’ que quelqu’un qui possède des diplômes».

Compte tenu de la violation des engagements de la part de ces groupes armés, doit-on s’attendre selon vous à une autre phase d’instabilité, dont la République centrafricaine a globalement tourné la page au cours des dernières années? Ou au contraire peut-on espérer une sécurisation et une plus grande stabilisation à venir? 

– Je pense et plaide pour que cette énième violation, de la part des groupes armés de leurs engagements, soit fermement sanctionnée.

Cette recrudescence de violences, contre la population et le territoire centrafricain marquée par d’énormes violations des droits internationaux, est une menace pour la paix dans le monde car elle met en danger les idéaux de nos organisations multilatérales.

Il nous faut, non pas espérer une sécurisation et stabilité mais répondre à cette agression par une solidarité unanime pour asseoir la sécurité et la stabilité.

Le peuple de Centrafrique observe.

Depuis que la RCA soit entrée dans la phase d’un développement plus stable et sécurisé, de nombreux Etats et acteurs privés étrangers s’intéressent à des projets économiques en Centrafrique. Aussi bien africains qu’extracontinentaux. Selon vous, comment les intéressés doivent s’y prendre pour le lancement de projets en République centrafricaine dans un cadre gagnant-gagnant, notamment pour que ces projets puissent contribuer au bien-être de la population du pays?

– La RCA a besoin de relancer son économie et se développer tant économiquement que socialement. Les investisseurs sont invités à présenter des projets prometteurs à fort potentiel de développement. Après tant d’années de guerre, il nous faut reconstruire le pays avec des partenaires engagés et dans un esprit gagnant-gagnant.

Le gouvernement a travaillé justement à améliorer le climat des affaires afin d’inciter à l’investissement.

La porte d’entrée de la RCA étant le Ministère des Affaires étrangères, les investisseurs sont encouragés à prendre contact avec mes services afin d’être orientés vers les départements compétents.

Comme tout Etat indépendant et souverain, une question de première importance concerne la capacité défensive des forces armées du pays. On sait que depuis la diversification des relations extérieures opérée par le Président Touadéra, un grand travail a été réalisé en ce sens. Quelles sont les choses qui doivent encore être réalisées pour que les Forces armées centrafricaines (FACA) puissent atteindre le niveau si souhaité par la population centrafricaine et le leadership du pays? Y compris en termes de soutien des alliés internationaux de la RCA.

– La RCA a entamé un programme de reconstruction de ses forces de défense et de sécurité.

Avec l’appui de nos partenaires et pays amis, les éléments ont bénéficié de formations au pays ou à l’extérieur et continuent d’en bénéficier. En effet, la diversification de nos partenariats est d’une importance non négligeable dans cette phase de reconstruction.

Il reste à poursuivre les efforts nécessaires pour mettre sur pied une armée digne de ce nom avec tout l’encadrement, dispositif et équipement appropriés.

Un soutien au plaidoyer de la RCA pour la levée de l’embargo car il devient insoutenable devant l’opinion nationale et internationale de condamner les agissements de groupes armés tout en leur offrant, par un embargo sur un Etat légitime, les moyens de s’armer de manière complaisante.

https://t.me/observateur_continental/750

Centrafrique: les responsabilités de chacun

Le 27 décembre doivent avoir lieu les élections présidentielles en République centrafricaine. Un enjeu de taille pour un pays qui a commencé à sortir du chaos et des violences sans fin. Face aux nouvelles tentatives de déstabilisation visant le pays, il est aujourd’hui important de faire quelques rappels.

Six groupes armés (MPC, 3R, FPRC, UPC, anti-balaka aile Mokom, anti-balaka aile Ndomaté) ont signé le 15 décembre une déclaration commune dénonçant l’accord de paix en vigueur, à savoir l’Accord de Khartoum, négocié dans la capitale soudanaise et signé à Bangui le 6 février 2019 entre le gouvernement centrafricain et quatorze groupes armés. Ils réclament des «concertations» avec le président en exercice Faustin-Archange Touadéra, et ce «avant les élections présidentielles». A défaut de quoi, ils menacent de reprendre à grande échelle les combats. Des mouvements de ces groupes ont d’ailleurs été observés à certains endroits du pays, au moment où la situation dans la capitale Bangui reste calme.

Selon le gouvernement de la RCA, l’ex-président François Bozizé, soutenu par Paris, auteur du coup d’Etat en 2003, ayant été par ailleurs visé par un mandat d’arrêt international pour crimes contre l’humanité et incitation au génocide, est à la tête de ce mouvement anti-gouvernemental impliquant les groupes armés. Bien que dans le camp de Bozizé cette information n’a pas été encore confirmée, le fait est que selon nombre de sources sur le terrain c’est effectivement ce dernier qui participe à la déstabilisation de son propre pays.

Maintenant en parlant de perspectives, il est important de remettre à l’ordre du jour plusieurs points, ainsi que les responsabilités de chacun. Tout d’abord, le timing. Comme par hasard, c’est pratiquement à la veille des élections que le pays qui ait réussi à retrouver une stabilité relative et une paix assez globale sur son territoire – voit l’annonce de ces nouvelles menaces de groupes armés. Peut-être que justement les initiateurs de ces menaces et leurs parrains doutent fortement des capacités à convaincre les Centrafricains par le programme électoral et les idées de ceux que ces initiateurs et parrains soutiennent?

L’autre point qui mérite également une attention particulière concerne quant à lui l’immobilisme de la Minusca (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique). Ayant sur place plus de 10 000 soldats impliqués, la structure onusienne se limite à émettre des déclarations et des communiqués appelant à faire cesser les violences, sans pour autant prendre d’actions vraiment concrètes sur le terrain.

En ce qui concerne la capacité défensive des Forces armées centrafricaines (FACA), bien que cette capacité ait sérieusement augmenté au cours des dernières années, notamment à travers des livraisons d’armes de la part de la Russie et des formations en faveur des forces de défense assurées par des instructeurs russes, le problème de l’embargo sur les armes à destination de la RCA empêche toujours un plein renforcement des forces armées nationales. Les quelques allègements de l’embargo au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU ont permis, notamment à travers l’implication de la Russie, d’augmenter considérablement les capacités défensives des FACA, mais seule une levée totale dudit embargo permettrait aux forces gouvernementales d’atteindre le niveau nécessaire en matière de défense d’un pays souverain. Chose à laquelle reste opposée la France et ses autres alliés occidentaux.

Justement, en parlant maintenant de la France et de son implication dans la situation en RCA – un point qui soulève de nombreuses questions est comment se fait-il que plusieurs pays voisins de la Centrafrique soient surarmés tout en n’étant aucunement des producteurs d’armes? Autre fait majeur: nombre de ces pays sont proches de l’élite élyséenne. Enfin ces armes finissent dans les mains des groupes armés présents en RCA. Qui menacent la sécurité des civils et de l’autorité de l’Etat.

Un autre aspect et non des moindres concerne quant à lui la trahison de certains fonctionnaires étatiques, y compris sur le plan sécuritaire. Manque de patriotisme, manipulation par les instigateurs de la nouvelle phase de déstabilisation – la nuisance pour la sécurité intérieure demeure évidente.

Maintenant en ce qui concerne le rôle particulier de l’ex-président François Bozizé dans cette énième tentative de déstabilisation de la Centrafrique. Au-delà d’un manque également évident de patriotisme de la part de ce dernier, dénigrant les changements positifs en termes de paix, de sécurité et de développement observés durant la présidence de Faustin-Archange Touadéra – arrivé au pouvoir dans un cadre démocratique, ayant misé dès sa prise de fonction à chercher la paix pour son peuple et à diversifier les partenariats extérieurs – cela confirme deux choses relativement simples. La première étant que ses ambitions personnelles sont placées largement au-dessus des intérêts et des aspirations du peuple centrafricain. Un peuple dont il prétend défendre les attentes. La deuxième est que ces ambitions égoïstes servent clairement les intérêts de ses soutiens extérieurs, notamment extra-africains.

Il en va de même de l’opposition dans son ensemble, notamment celle qui forme une coalition avec Bozizé, en fermant les yeux sur les accusations de crimes de guerre auxquelles il est lié. Préférant former une alliance dans un but purement opportuniste, là aussi en coordination probable avec des puissances occidentales pour qui la paix en RCA est tout sauf une priorité.

Mais malgré cette nouvelle tentative de déstabiliser un pays qui sort progressivement d’une longue crise de violences, et qui commence à retrouver une paix globale et un début de réel développement dans un cadre souverain et panafricaniste, une grande partie des citoyens restent mobilisés pour la défense de la démocratie et de la souveraineté nationale.

Pour Sylvie Baïpo-Temon, la ministre centrafricaine des Affaires étrangères, contactée par Observateur Continental, l’heure est à l’unité. Elle demande en ce sens aux citoyens centrafricains à ne pas se laisser manipuler, à prendre part massivement au vote lors des élections et à faire entendre leur voix dans un cadre démocratique. Elle appelle également la communauté internationale à prendre ses responsabilités pour apporter une contribution réelle et sincère afin que la République centrafricaine retrouve définitivement la paix qu’elle a déjà commencé à retrouver au cours de ces quelques dernières années.

Mikhail Gamandiy-Egorov

https://t.me/observateur_continental/693

Côte d’Ivoire, Guinée, RCA: le double standard de Paris

La réélection d’Alpha Condé à la tête de l’Etat guinéen a jeté un froid dans les relations entre Conakry et Paris. La différence d’approche de l’Elysée par rapport à d’autres pays africains, notamment la Côte d’Ivoire, démontre un positionnement orienté sur les intérêts géopolitiques français, dans ce qu’il continue à considérer comme étant son «pré-carré».

Nombre d’analystes africains n’ont pas manqué de remarquer une approche clairement différente dans le traitement des élections présidentielles de certains pays africains francophones, et des situations intérieures respectives. Si en Côte d’Ivoire, le gouvernement en place – allié de Paris mais contesté par nombre de citoyens ivoiriens, peut compter sur de chaleureuses félicitations émanant du leadership français, c’est bien loin d’être le cas en ce qui concerne les élections présidentielles récentes en République de Guinée, ou à venir – comme en République centrafricaine.

Comme le note le média Financial Afrik en lien avec les félicitations froides et tardives d’Emmanuel Macron destinées à Alpha Condé pour sa réélection en tant que président guinéen, «la déclaration du président Macron intervient dix jours après de vertes critiques envers Alpha Condé qu’il reprochait d’avoir modifié la constitution pour se représenter. Ces félicitations tardives et réservées ôtent en tout cas la France dans une intenable position contradictoire entre l’ivoirien Alassane Ouattara, chaleureusement félicité et son homologue guinéen réélu (…)».

Evidemment, Paris pourra toujours se référer au fait que les élections guinéennes ont eu lieu dans «un climat de contestations» et d’accusations de fraudes par l’opposition. Il n’empêche que lorsqu’on connait la contestation que connait le chef d’Etat ivoirien dans son pays, et les diverses manœuvres ayant écarté de la course à la présidentielle nombre de ses concurrents, dont l’ex-président Laurent Gbagbo, sans oublier les pressions exercées sur les activistes panafricains dans le pays, la position élyséenne en ressort non seulement contradictoire – mais surtout fortement hypocrite.

Ce qui est sûr – c’est qu’une telle différence d’approche est sans aucun doute géopolitique et géoéconomique. Dans une mentalité purement néocoloniale. En Guinée, la diversification des partenariats extérieurs, y compris dans le secteur économique, ne profite pas pleinement à Paris – à la grande différence de la Côte d’Ivoire. Plus que cela, le chef d’Etat guinéen n’a pas manqué de remettre les points sur les «i» face aux représentants des médias français, dans une interview de septembre 2018, ayant fait beaucoup de bruit à l’époque. Notamment en lien avec le comportement des journalistes français participant à ladite interview, coupant régulièrement la parole au chef d’Etat guinéen.

Avant cela, dans un autre entretien daté d’avril 2017, accordé à la chaine Euronews, Alpha Condé avait rappelé que la France doit considérer les pays africains comme souverains. Une prise de position que l’Elysée est loin d’apprécier dans sa relation avec les pays africains anciennement colonisés par l’Etat français.

Mais cette politique élyséenne du deux poids, deux mesures, en Afrique ne se limite pas à la Guinée. L’autre exemple actuel est évidemment la République centrafricaine – elle aussi une ancienne colonie française. Là aussi, Paris au lieu de vanter les mérites du président Faustin-Archange Touadéra, un intellectuel arrivé au pouvoir dans un cadre démocratique, ayant apporté une paix globale et bien plus de stabilité à un pays qui fut meurtri par un long cycle de violences internes, préfère critiquer les choix, notamment en termes de politique extérieure de Bangui.

Plus que cela, l’establishment français en a fait une affaire personnelle de première importance : par tous les moyens déstabiliser (ou peut-être redéstabiliser) la RCA. Le tout pour une raison simple et connue – la large diversification des relations extérieures du pays au cours de la présidence de M. Touadéra, notamment en direction de la Russie et de la Chine. D’ailleurs cela se traduit par d’innombrables campagnes de lobbying opérées par la diplomatie française. Notamment via son ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian.

Le souci dans tout cela pour l’élite politico-médiatique hexagonale, c’est qu’au final une telle approche n’augmente qu’un peu plus les sentiments de ras-le-bol observés pratiquement dans toute l’Afrique francophone vis-à-vis de la politique française sur le continent. Plus que cela, Paris semble ne pas se rendre compte, dans une arrogance néocoloniale extrême, que si un chef d’Etat africain s’intéresserait aux affaires intérieures françaises d’une façon ne serait-ce que semblable à celle que pratique depuis un long moment l’Elysée, il est bien peu probable que cela soit toléré par l’establishment français. Cela a d’ailleurs souvent été rappelé par les panélistes de la grande chaine de télévision panafricaine Afrique Média TV.

Mais étant dans l’incapacité réelle de pouvoir changer un comportement datant de dizaines d’années, si ce n’est pas dire plus, les élites françaises doivent tout simplement se rendre à l’évidence que leur perte d’influence en Afrique se poursuivra de façon claire, rapide et confirmée.

Mikhail Gamandiy-Egorov

https://t.me/observateur_continental/633