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Centrafrique: stabilisation russe contre chaos français

Centrafrique

Les relations qu’entretiennent Moscou avec la Centrafrique ne sont pas du goût de tout le monde. Alors que les échanges diplomatiques, politiques économiques, ou militaires s’approfondissent entre Moscou et Bangui, Paris enrage. La France estime en effet que la Centrafrique fait partie de son «pré carré» et fait tout pour le conserver.

Après sa défaite en Syrie, l’Occident politique —et notamment l’Élysée- digère très mal le retour de la Russie sur le continent africain. Un continent que la Russie n’a non seulement jamais colonisé, mais a plus qu’activement soutenu dans ses mouvements de décolonisation et de libération nationale.

En effet, Paris est furieux d’observer la formation d’une alliance Moscou-Bangui, alors que l’Élysée considérait jusqu’à encore très récemment la République centrafricaine comme partie intégrante de son prétendu «pré-carré». Les choses ont évidemment radicalement changé après l’arrivée de la Russie pour équiper, mais surtout former les Forces armées centrafricaines (FACA), permettant aux deux pays de passer à une nouvelle étape de leurs relations bilatérales. Des relations fondées sur une base légitime, la Russie ayant été invitée par les autorités légales du pays… Si certains dressent une parallèle avec l’approche russe en Syrie, ils ont probablement raison.

Mais la Russie ne se limite pas et plus à la livraison d’équipements militaires à Bangui, ni à la formation des forces armées nationales. Les deux nations développent également leur coopération économique, notamment après l’impulsion donnée par le Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF 2018) de mai dernier, auquel avait d’ailleurs assisté le chef d’État centrafricain en qualité d’invité spécial du président Poutine. Par ailleurs, Moscou apporte un soutien humanitaire à Bangui avec la livraison aux populations centrafricaines de plusieurs lots de médicaments et d’hôpitaux mobiles, y compris dans les zones qui jusqu’à encore récemment étaient sous contrôle de groupes armés.

Enfin, la Russie fait un énorme travail de médiation pour permettre une réconciliation nationale et un retour à l’ordre constitutionnel sur toute l’étendue du territoire centrafricain. Chose que la France n’a jamais faite. Et ne fera pas.

Par contre, la France, à l’instar des élites occidentales en général, tente par tous les moyens de mettre des bâtons dans les roues de cette coopération russo-centrafricaine. Et ce, sur plusieurs fronts: en livrant des armes aux groupes armés les plus radicaux, en mettant la pression sur ces mêmes groupes pour qu’ils ne se joignent pas au dialogue proposé par le président Faustin-Archange Touadéra. Et plus généralement comme ce fut le cas depuis les siècles de sa politique coloniale, en tentant de diviser par tous les moyens, pour toujours mieux régner et… piller.
À ce titre, la France coordonne à l’heure actuelle une rencontre à N’Djamena, la capitale tchadienne, entre plusieurs représentants des groupes armés illégaux, pour faire pression sur le gouvernement centrafricain et le forcer à redevenir docile, notamment en imposant un départ à la Russie de la RCA tout en souhaitant limiter le mandat du Président. D’ailleurs, des menaces ouvertes sont proférées par lesdits groupes armés quant à une éventuelle opération armée contre les autorités du pays. Le tout bien évidemment avec la «bénédiction» et la participation active de Paris.

Sauf que le contexte a changé. Au-delà du fait, désormais bien connu, que la Russie ne lâche pas ses alliés, les Centrafricains, à l’instar de millions d’habitants d’autres pays d’Afrique, connaissent désormais parfaitement le jeu mené par l’ex-puissance coloniale: on écoutera à titre d’illustration le micro-trottoir réalisé dans les rues de Bangui par Afrique Média, la grande chaîne panafricaine:

Les Centrafricains interrogés n’y mâchent pas leurs mots et expriment très clairement leur préférence pour la Russie face à la France. Et l’hystérie élyséenne est tout à fait compréhensible, sachant que ces opinions sont loin, très loin, que de se limiter à la Centrafrique. Chaque chose a une fin. La politique néocoloniale française, et occidentale en général, en Afrique aura une fin elle aussi.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201808071037549940-centrafrique-russie-france-relations/

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Russie-Afrique du Sud: d’une pierre, deux coups

Pretoria

Le partenariat entre Moscou et Pretoria a le vent en poupe. Déjà très fort dans les domaines politique, économique, culturel, sans oublier l’agroalimentaire, il est amené à se développer dans un domaine inattendu: Moscou propose en effet une solution à l’épineux problème des fermiers blancs qui doivent laisser leurs terres aux noirs.

Depuis la chute du régime raciste d’apartheid, les relations entre la République sud-africaine et la Fédération de Russie ont toujours été cordiales. Rien d’étonnant, sachant que l’ANC, le parti au pouvoir depuis la fin de la dictature néocoloniale, a été activement soutenu en son temps par l’Union soviétique. D’ailleurs, plusieurs des représentants de l’élite sud-africaine post-apartheid ont été formés dans des universités russes.

Le nouveau président sud-africain, Cyril Ramaphosa, est en ce sens dans la lignée de ses prédécesseurs, à savoir un partisan d’une relation forte avec Moscou, d’autant plus que les deux nations sont toutes deux membres de l’alliance BRICS. Illustration de ce partenariat privilégié, les deux pays ont lancé l’année dernière un régime sans visas pour leurs citoyens respectifs, pour des séjours jusqu’à 90 jours, donnant une impulsion supplémentaire à la promotion des investissements et du tourisme.

Par ailleurs, l’agence fédérale russe de l’énergie atomique (Rosatom) devrait construire une centrale nucléaire en terre sud-africaine, même si cela déplaît énormément aux concurrents occidentaux du projet et à leurs amis héritiers de l’apartheid, se trouvant aujourd’hui dans l’opposition. Secteur des mines, bourses d’études, manifestations culturelles conjointes,… Russie et RSA ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin: récemment, un nouveau volet est venu s’ajouter à cette longue liste de domaines de coopération… Assez inattendu.

Le leader sud-africain a en effet récemment annoncé qu’il comptait revenir à la question sensible qui tracasse depuis de longues années la société du pays: celle de la transmission des terres agricoles aux mains des représentants de la majorité noire. Car faut-il le rappeler, les meilleures terres agricoles de la nation arc-en-ciel restent détenues par des représentants de la minorité blanche. À la différence du Zimbabwe, de Nelson Mandela à Jacob Zumba, en passant par Thabo Mbeki, le leadership sud-africain a été vraiment très —certains diront trop- patient à ce sujet.

Si cela devait arriver, il serait bon de dire que cette décision serait amplement justifiée, sachant que nombre d’agronomes qualifiés noirs ont été formés depuis la chute de l’apartheid. Que d’autre part, il est effectivement illogique qu’une minorité issue du colonialisme puisse continuer à profiter d’un système né durant une époque d’injustice et de discrimination. Et qu’enfin, la République sud-africaine est un pays souverain, ayant droit d’adopter les mesures jugées nécessaires par ses représentants élus démocratiquement.

Mais que faire de ces fermiers blancs, pour la plupart descendant des Afrikaners néerlandophones, et hautement qualifiés dans le domaine qui les concerne? Eh bien, la Russie, qui offre depuis déjà plusieurs années des conditions inespérées dans le domaine agroalimentaire, notamment après l’établissement des sanctions occidentales à son endroit et les contre-mesures russes visant grand nombre de produits occidentaux, a ouvert la porte aux nombreux fermiers afrikaners afin de leur permettre de venir s’installer en terre russe. Un message vraisemblablement bien accueilli, puisque déjà 15.000 fermiers sud-africains sont arrivés dans le sud de la Russie et comptent se lancer dans un business qu’ils maîtrisent si bien. La terre russe, surtout celle du sud, leur offre d’une part un climat et des conditions de travail propices, sans oublier d’autres avantages fournis par le gouvernement local. Côté sud-africain, ces fermiers se disent prêts à investir chacun pas moins de 100.000 euros pour pouvoir lancer leur production. Faites le compte: 15.000 fermiers x 100.000 euros, cela fait déjà 1,5 milliard d’euros que le budget russe pourra recevoir, ajouté à cela l’énorme savoir-faire des fermiers en question.

Moscou fait d’une pierre, deux coups: d’une part, elle maintient de très bons rapports avec le gouvernement sud-africain, élargit au maximum le portefeuille de projets conjoints, tout en contribuant d’une certaine façon au règlement d’un problème né durant une phase sombre de l’histoire d’Afrique du Sud.

D’autre part, sachant que la Russie est devenue un nouvel eldorado pour les projets dans le secteur agroalimentaire, avec l’arrivée de ces milliers de spécialistes sud-africains hautement qualifiés, elle porte un coup supplémentaire aux intérêts occidentaux. C’est désormais certain: tout retour éventuel des produits agroalimentaires européens sur le marché russe sera extrêmement difficile.

Certains sceptiques nous annonçaient de grandes difficultés pour la Russie. Une fois encore, le pays ne fait qu’en sortir renforcé.
Il y a toujours des alternatives. L’essentiel est de les saisir.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201807171037246580-russie-afrique/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Zone industrielle russe en Egypte: percée économique en vue

Caire

La Russie et l’Égypte renforcent leurs relations privilégiées, aussi bien sur le plan économique que militaire ou diplomatique. Le prochain lancement d’une zone industrielle russe en Égypte n’est que la dernière manifestation de ce partenariat stratégique. Diplomatie, tourisme, Défense, commerce… revue de détail d’une relation d’envergure globale.

L’Égypte est le premier partenaire économico-commercial de la Russie en Afrique et dans le monde arabe. Une relation privilégiée qui ne cesse de se renforcer, comme le démontre le lancement annoncé d’une zone industrielle russe en terre égyptienne.

Ce projet de grande envergure sera discuté à partir de ce 23 mai, lors de la 11e réunion de la Commission mixte russo-égyptienne pour la coopération commerciale, économique et scientifico-technique. Outre cet événement central, cette commission intergouvernementale discutera de plusieurs grands projets qui devraient voir le jour prochainement: la construction de la première centrale nucléaire en Égypte par l’Agence fédérale russe de l’énergie atomique (Rosatom), la livraison de 1300 wagons destinés au transport de passagers aux chemins de fer égyptiens, la modernisation de l’usine métallurgique de Helwan, sans oublier la reconstruction et la modernisation des installations destinées au stockage et au traitement du blé. Car faut-il le rappeler, la Russie est désormais le premier exportateur mondial de blé, devant les USA, tandis que l’Égypte représente le deuxième marché pour les exportateurs russes, derrière la Turquie.

Selon les prévisions du ministère russe de l’Industrie et du Commerce, d’ici 2026, les entreprises russes résidentes dans la zone industrielle spécialement créée en Égypte devraient produire des marchandises et services pour l’équivalent de 3,6 milliards de dollars annuels. La zone industrielle se trouvera sur un site de deux mille hectares à l’est de la zone économique spéciale de Port-Saïd. La totalité des investissements dans ce projet devra s’élever à 7 milliards de dollars et 35.000 nouveaux emplois devraient y être créés.

Autre sujet de satisfaction pour les relations russo-égyptienne: le tourisme russe au pays des pharaons. La Russie a en effet récemment réautorisé les vols directs russes à destination d’Égypte, qui avait été gelés après l’attentat contre l’avion transportant des touristes russes au-dessus du Sinaï, le 31 octobre 2015. Depuis, et sous stricte supervision des spécialistes russes, l’Égypte a considérablement amélioré ses mesures de sécurité, notamment dans ses aéroports, permettant aux deux pays d’ouvrir une nouvelle page dans le secteur touristique. Pour mémoire, avant la tragédie en question, les touristes russes étaient de loin les plus nombreux et les plus dépensiers en Égypte, bien devant les Britanniques, les Allemands ou encore les ressortissants du Golfe.

Mais là aussi, ce n’est pas tout. Sous l’impulsion des Présidents Poutine et al-Sissi, les deux nations augmentent considérablement leur coopération dans la sphère militaro-technique, sécuritaire et dans la lutte antiterroriste: les contrats sur la livraison d’armements russes signés en 2014-2015, dont le montant total dépasse les 3,5 milliards de dollars, le confirment pleinement. Ces livraisons comprennent notamment le système antimissile S-300VM («Antey-2500»), 50 chasseurs MiG-29M/M2, 46 hélicoptères d’attaque Ka-52K, vedette du projet 1242.1 équipée d’un système de missile antinavire «Moskit», entre autres.

Sur le plan politico-diplomatique, l’Égypte, le pays le plus peuplé du monde arabe, première puissance militaire arabe et africaine, majoritairement musulman sunnite, n’a pas caché son soutien à l’opération antiterroriste russe en Syrie. Elle a ainsi résisté aux pressions saoudiennes, un autre fort important partenaire économico-commercial de l’Égypte, afin de tenter d’infléchir l’approche égyptienne sur le conflit syrien en sa faveur.
Cette approche responsable du gouvernement égyptien a également largement contribué au renforcement des relations entre la Russie et l’Égypte, y compris au niveau des ministères de la Défense et des Services de sécurité. Une chose est certaine: Moscou et Le Caire continueront à interagir dans le cadre de leurs intérêts respectifs, aussi bien géopolitiques, géoéconomiques que sécuritaires.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201805231036496267-zone-industrielle-russie-egypte/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Tournée africaine de Sergueï Lavrov: ce n’est qu’un début

Sergueï Lavrov

Alors que la Russie réaffirme et développe ses positions en Afrique, l’heure est au renforcement des liens avec les partenaires historiques de Moscou sur ce continent. Décryptage des réalités politico-historiques et des perspectives dans les relations russo-africaines.

Des paroles aux actes: voilà comment se traduit la relation entre la Russie et les pays du continent africain. Alors que l’Afrique redevient une priorité de la politique extérieure russe, Sergueï Lavrov, le chef de la diplomatie russe, a commencé sa tournée africaine, lors de laquelle il visitera cinq pays: l’Angola, la Namibie, le Mozambique, le Zimbabwe et l’Éthiopie.

Un choix qui ne doit rien au hasard, histoire oblige: ces cinq pays ont tous ont été des alliés de l’URSS en Afrique durant la Guerre froide.

Ainsi, le parti au pouvoir en Angola, le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), a-t-il été activement soutenu en son temps par Cuba et l’URSS. Grâce à ce soutien, ce pays lusophone a non seulement pu se libérer du colonisateur portugais, mais aussi vaincre l’interventionnisme sud-africain du régime d’apartheid allié à la CIA, qui soutenait à l’époque l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (UNITA) de Jonas Savimbi, un mouvement qui luttait contre cet allié de l’Union soviétique en Afrique. Au prix d’innombrables victimes et de longues années de guerre, le MPLA a eu le dessus sur l’UNITA. Aujourd’hui, l’Angola est un pays pleinement souverain, dont les citoyens n’immigrent pas ou peu, et qui se permet même d’accueillir un grand nombre de migrants occidentaux, dont pas moins de 200.000 Portugais qualifiés, venus chercher une vie meilleure. Cela sans oublier d’importants investissements angolais dans l’économie de Lisbonne: quelle meilleure revanche sur l’ancienne métropole coloniale?

Il en est de même pour la Namibie, où le parti au pouvoir, l’Organisation du peuple du Sud-Ouest africain (SWAPO), était, comme le MPLA angolais et le Congrès national africain (ANC) sud-africain, soutenu par Moscou et La Havane. Et après des années d’occupation par l’armée sud-africaine, le pays accéda à l’indépendance en 1990. Depuis, son gouvernement n’a cessé de rappeler le rôle de la Russie et de Cuba dans l’obtention de sa liberté. Par ailleurs, la Namibie est aussi un pays dont les citoyens n’immigrent pas ou peu, surtout en comparaison avec les pays sous «tutelle» occidentale, pourtant «disposant» eux aussi d’importantes ressources naturelles.

Le Mozambique était à l’époque lui aussi un partenaire privilégié de l’URSS. D’ailleurs, le drapeau et les armoiries du pays sont là pour le rappeler:

Drapeau du Mozambique et armoiries du Mozambique

En ce qui concerne la symbolique, côté russe, une des rues de Moscou proche de l’Université russe de l’Amitié des Peuples (RUDN) —au passage, l’une des plus internationales au monde- porte le nom de Samora Machel, le père de l’indépendance mozambicaine.

Au Zimbabwe, plusieurs membres du parti au pouvoir, à savoir l’Union nationale africaine du Zimbabwe —Front patriotique (ZANU-PF), sont historiquement liés pour certains à Pékin, pour d’autres à Moscou, et ce depuis la lutte pour l’indépendance.

Enfin et en ce qui concerne l’Éthiopie, au-delà d’avoir été l’un des principaux alliés africains de l’URSS au temps de la Guerre froide, ce pays partage des relations historiques et spirituelles avec la Russie, et ce depuis l’époque des Tsars.

Cela s’est notamment traduit par le soutien accordé par l’Empire russe à l’Éthiopie durant la Première Guerre italo-éthiopienne (1895-1896), qui a permis à cette dernière de rester le seul pays africain à n’avoir jamais été colonisé.

Autre point important, Addis-Abeba, la capitale éthiopienne, accueille le siège de l’Union africaine (UA), avec laquelle la Russie souhaite développer ses relations. Ainsi, Sergueï Lavrov a-t-il programmé plusieurs rencontres avec de hauts diplomates de l’UA durant sa tournée

Mais les liens entre la Russie et ces cinq pays ne sont pas uniquement historiques et politiques. De nombreuses entreprises russes opèrent sur place, notamment dans le secteur minier en Angola, en Namibie et au Zimbabwe.

Des projets dans les domaines de l’énergie sont tout à fait possibles au Mozambique. Par ailleurs, le Zimbabwe et l’Éthiopie présentent un intérêt particulier pour les entreprises russes spécialisées dans la production et l’exportation d’engrais, à un moment où la Russie renforce ses partenariats directs avec ses clients sur place, au détriment des intermédiaires, bien souvent ni Russes ni Africains. L’Angola, lui, fait partie des principaux partenaires africains de la Russie dans le domaine de la Défense. Une interaction appelée à croître avec les quatre autres pays cités. Ainsi, la Banque russe pour le commerce extérieur (VTB), deuxième banque de Russie, dispose-t-elle d’un bureau de représentation à Luanda. Tout est donc là pour faciliter les échanges entre la Russie et ces pays.

L’un des grands atouts dont dispose indéniablement la Russie pour la suite de cette collaboration est qu’une large partie des élites politico-économiques de ces pays sont prorusses, notamment pour les raisons mentionnées plus haut.
S’ajoute à cela la poursuite de la formation dans les universités russes d’un grand nombre d’étudiants africains issus de ces pays, une jeunesse appelée à prendre le flambeau des relations russo-africaines.

Le choix des pays de cette tournée de Lavrov en Afrique est donc tout à fait pertinent, mais la Russie ne compte pas s’arrêter en si bon chemin et interagira activement avec tout pays du continent qui le souhaitera. C’est probablement le message principal de Moscou à destination de l’Afrique: l’alternative russe est bien lancée et ne compte pas reculer.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201803061035404676-serguei-lavrov-relation-russo-africaine/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Contre vents et marées, la Russie diversifie ses relations extérieures

Le drapeau de la Russie

L’une des principales erreurs de la Russie postsoviétique a été de trop faire confiance à l’Occident, mais depuis, Moscou a corrigé le tir. Les bouleversements mondiaux de ces dernières années ont permis à Moscou de tisser de nouveaux liens et de s’éloigner de ces rapports souvent injustes et hypocrites.

Évidemment à la chute de l’URSS, les élites occidentales souhaitaient avant tout maintenir la Russie sous leur influence, sans pour autant la considérer comme membre à part entière de la «famille». Les élites libérales russes des années 1990 y ont trouvé leur compte: enrichissement massif et privatisation des secteurs clés de l’économie russe avec l’assistance de conseilleurs étasuniens: telle était la triste réalité de cette époque, aujourd’hui dépassée.

Concomitamment à ce «rapprochement» sans précédent avec l’Occident, la Russie connaissait un appauvrissement d’une très large partie de sa population et perdait de nombreuses positions en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Les élites pro-occidentales de l’époque avaient bien sûr favorisé dans la mesure de leurs moyens ce processus.

Suite à cette période de marasme, la Russie s’est redressée et a commencé à renouer avec les alliés de l’époque soviétique, ainsi qu’avec de nouveaux partenaires. L’erreur de la Russie est sans aucun doute de ne pas avoir, à l’instar de la Chine, accéléré la diversification de ses relations extérieures plus tôt, sans attendre l’arrivée du summum des tensions géopolitiques avec l’Occident politique. Il faut dire que «l’héritage» laissé par les élites de la période chaotique des années 1990 n’a pas non plus facilité la tâche.

Quoi qu’il en soit, la Russie a maintenant largement récupéré sa place de puissance mondiale. Une position de premier plan qui se traduit par des intérêts aux quatre coins de la planète. En Eurasie, un véritable axe autour de Moscou et Pékin se forme, comme l’illustre l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). De plus, l’Union économique eurasiatique se renforce de jour en jour dans l’espace ex-soviétique. Quant aux BRICS, union dont la Russie fait également partie, au-delà de représenter près de la moitié de la population mondiale (loin des 10% représentés par le monde occidental), lesdits pays représentent également près de 40% du PIB mondial et sont en bon chemin pour en représenter la moitié, à eux seuls…

La Russie est devenue également l’un des principaux partenaires de nombre de pays d’Asie et d’Amérique latine, tant sur les plans politiques, économiques, que dans le domaine stratégique de la Défense. Quant à l’Afrique et après y avoir perdu nombreuses de ses positions, l’heure est au grand retour: au cours des deux dernières années, l’Algérie est passée à la troisième place des principaux clients de l’armement russe, en frôlant la deuxième, pour le moment occupée par la Chine. Le Maroc et l’Union économique eurasiatique prévoient de lancer une zone de libre-échange cette année. Les échanges se renforcent avec l’Afrique du Sud, l’Égypte (notamment dans le nucléaire civil), l’Angola, la Namibie, le Zimbabwe, le Burundi et d’autres nations africaines.

Tout cela démontre à ceux qui croyaient que la Russie ne pourrait se passer de l’Occident qu’ils se sont radicalement trompés. Pour d’évidentes raisons, l’État russe reste ouvert à des relations honnêtes et mutuellement bénéfiques avec les pays occidentaux, en premier lieu européens. Mais la Russie a compris que seules des interactions majeures avec le reste de l’humanité lui permettront d’obtenir encore plus de succès et de garantir plus de stabilité mondiale: c’est tout simplement l’approche multipolaire des relations internationales que défend la Russie.

Certains jaloux ont beau dire que la Russie ne peut s’éloigner de l’Europe —géographiquement il est peu probable que cela arrive un jour- elle doit néanmoins continuer tenter d’ouvrir des portes que l’Occident a toujours gardées fermées, bien que Moscou ait souvent idéalisé ses partenaires de l’Ouest. Des illusions heureusement aujourd’hui révolues.

D’ailleurs, il suffit d’observer les mutations récentes pour comprendre qui représente ou non un partenariat gagnant-gagnant pour la Russie. L’Occident qui a tellement besoin du très vaste marché russe pour écouler ses produits transformés et acheter en retour du gaz —en absence d’alternative fiable- tout en fermant ses portes aux entreprises de Russie? Ou plusieurs pays non-occidentaux, qui multiplient aujourd’hui les achats de technologies russes de pointe, et grâce auxquels plusieurs secteurs industriels reprennent un nouveau souffle? Cela donne à réfléchir.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201802151035163717-russie-occident-relations-afrique/

Mikhail Gamandiy-Egorov

L’histoire méconnue des relations russo-africaines

La bataille d'Adoua. Peinture éthiopienne

Alors que la Russie se fait plus présente en Afrique au plan diplomatique et économique et que les relations russo-africaines retrouvent petit à petit leur lustre d’antan, quelques rappels historiques s’imposent. Petite collection de faits que vous aurez peu de chances de trouver dans les manuels d’histoire occidentaux.

Si pour vous les relations russo-africaines remontent à la Guerre froide, au soutien stratégique et bien souvent décisif de l’URSS dans la lutte pour la libération nationale des peuples d’Afrique contre le colonialisme et le néocolonialisme occidental, révisez vos préjugés. Elles ont en réalité commencé bien avant.

Citons tout d’abord cette formidable histoire du prince africain Abram Hannibal, devenu aristocrate russe et l’un des plus proches amis et conseillers de l’Empereur Pierre Ier, dit le Grand. Abram Hannibal qui n’est autre que l’arrière-grand-père du grand poète russe Alexandre Pouchkine, l’un des principaux symboles de la culture et de la civilisation russe. En Russie d’ailleurs on dit: «Pouchkine —nashe vsio» («Pouchkine est notre tout»). Le tout à une époque où les clichés racistes étaient omniprésents en Occident, à tous les niveaux, à simple titre de comparaison.

Autre histoire largement méconnue, celle du soutien stratégique de l’Empire russe à l’Éthiopie, le seul pays africain à n’avoir jamais été colonisé, notamment durant la Première Guerre italo-éthiopienne (1895-1896). On le voit, l’alliance entre l’URSS et l’Éthiopie socialiste a donc des racines profondes. En effet, l’Empereur russe Nicolas II, par solidarité religieuse et spirituelle —les Éthiopiens étant comme les Russes majoritairement chrétiens orthodoxes-, a accordé un soutien sans faille et décisif afin de stopper le colonialisme italien en terre éthiopienne.

Nikolay Leontiev (en photos ci-dessous), talentueux conseiller militaire russe, jouera un rôle clé dans la formation des soldats éthiopiens pour le compte de l’Empereur d’Éthiopie Menelik II et dans la victoire des forces éthiopiennes face aux forces coloniales italiennes. Il prendra d’ailleurs part, avec plusieurs autres volontaires russes, à la bataille décisive d’Adoua, qui scella le sort de la guerre.

Leontiev à l'Éthiopie

L’Éthiopie garde donc à ce jour le titre de seul pays africain qui a toujours su résister efficacement à la pénétration coloniale occidentale. Et malgré la distance géographique qui sépare les deux nations, la Russie n’a jamais été vraiment loin de l’Éthiopie, que ce soit à l’époque de la Russie tsariste ou soviétique. À la lumière de ces quelques rappels historiques, et en se souvenant aussi des relations URSS-Afrique, il n’est pas étonnant que l’interaction russo-africaine soit appelée à renaître et à retrouver leur niveau d’antan, voire aller plus loin encore. Les peuples africains le souhaitent, la Russie aussi. Aucune raison donc de ne pas passer à la prochaine étape, et ce ne sont pas les forces radicalement opposées à ce plein retour de la Russie sur le continent africain qui y pourront faire quoi que ce soit: le monde n’est plus celui de 1992!

À titre personnel, j’ai eu la chance durant mon enfance et mon adolescence de suivre deux programmes d’études scolaires: français et russe. Et en analysant depuis cette période et à ce jour les différentes interprétations historiques, on arrive à se forger sa propre opinion. Une chose est certaine: plus on étudie l’histoire et plus on découvre le pourquoi du comment de l’actualité. Et notamment les explications des différences d’approche de tels ou tels pays, car au fond peu de choses changent.

Analysez donc l’histoire et forgez-vous votre propre opinion!

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201712111034267876-russie-afrique-relations/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Edouard Bizimana: «Je salue la Russie qui s’est dressée contre ce comportement voyou occidental»

le Dr Edouard Bizimana, l’ambassadeur du Burundi et Vladimir Poutine

Dans la suite de notre entretien avec Edouard Bizimana, l’ambassadeur du Burundi en Russie évoque la situation de son pays, et plus largement des pays africains, sur l’échiquier mondial. Pour Edouard Bizimana, le constat est clair: le développement de l’Afrique passe par la multipolarité.

 

Sputnik: On a l’impression que depuis l’échec de la tentative de faire tomber le gouvernement légitime de Syrie, les gouvernements de plusieurs pays occidentaux souhaitent malgré tout poursuivre dans la voie de la déstabilisation d’autres nations. Le Venezuela a été récemment visé. Mais vraisemblablement le Burundi l’est également. Qu’en pensez-vous?

Edouard Bizimana: J’ai l’impression qu’il y a des pays occidentaux qui veulent se (re) construire sur les décombres des autres. Il est devenu clair que tous les prétextes sont bons pour ces pays pour faire tomber tel ou tel régime afin de mettre la main sur les richesses du pays. Les conséquences des guerres provoquées ne les émeuvent pas, car ce qui importe pour eux ce sont ces richesses.

Quand on voit actuellement les milliers d’Africains mourir en Méditerranée, des milliers et des milliers de Syriens, d’Irakiens et d’Afghans prendre le chemin de l’exil et l’hypocrisie de certains pays occidentaux prétendant vouloir aider ces réfugiés, alors que ce sont ces mêmes pays qui sont à l’origine du chaos dans les pays d’origine des réfugiés, je me demande pourquoi le monde ne se lève pas pour dire non.

Je salue ici le courage de la Fédération de Russie qui a eu le courage de se dresser contre ce comportement voyou de certains pays occidentaux, qui créent de l’instabilité et du chaos dans le monde. N’eût été l’intervention de la Russie, la Syrie serait déjà tombée aux mains des terroristes. C’est cette agressivité et l’ingérence illimitée dans les affaires intérieures des États qui poussent certains d’entre eux à se lancer dans une course aux armements pour se protéger contre cet impérialisme d’un autre âge. Le cas de la Corée du Nord est là pour rappeler la triste réalité.

Ce qui se passe au Venezuela est loin d’être une affaire interne, comme certains aiment le répéter pour distraire l’opinion. La volonté de certaines puissances occidentales de changer le régime en place au Venezuela n’est qu’un secret de Polichinelle caché dans un tiroir. Le Burundi en a fait l’expérience et ce sont toujours les pyromanes qui se transforment en sapeurs-pompiers sous la casquette de bienfaiteurs, de défenseurs des droits de l’homme et de donneurs de leçons.

Sputnik: Depuis votre nomination au poste d’ambassadeur en Russie (après avoir occupé ce poste en Allemagne), on observe une dynamisation des relations russo-burundaises, et ce dans différents domaines: commerce, investissements, formation des cadres, Défense, entre autres. On a suivi la participation de plusieurs hauts cadres burundais à différents grands événements tenus en Russie. Peut-on aujourd’hui parler d’une alliance de votre pays avec la Russie? Ou est-ce encore en cours d’élaboration?

Edouard Bizimana: Depuis un certain temps, les relations entre le Burundi et la Fédération de Russie connaissent un élan extraordinaire, même si elles ont été toujours très bonnes. Depuis mon arrivée à Moscou, j’ai bénéficié d’un soutien accru des autorités russes et cela m’a permis d’entamer de nouveaux chantiers. Des efforts particuliers sont en train d’être faits pour rendre plus dynamiques les relations économiques entre le Burundi et la Fédération de Russie. La coopération avec les régions est un autre aspect qui bénéficie de beaucoup d’attention. En outre, la promotion des relations culturelles entre nos deux pays reste l’une de mes priorités.

Le nombre d’accords de partenariat ou de coopération déjà signés en l’espace d’une année, les visites de haut niveau qui ont eu lieu et à venir, le nombre de sociétés et d’investisseurs russes qui ont déjà commencé leurs activités au Burundi montrent bien qu’il y a un nouveau chapitre des relations russo-burundaises qui s’ouvre. Il faut noter que tout cela est rendu possible par une convergence d’intérêts, de valeurs et de vision du monde entre le Burundi et la Fédération de Russie sur pas mal de questions de portée internationale. Il y a donc une relation stratégique gagnant-gagnant qui se construit entre les deux pays et qui ne serait possible que grâce à cette convergence.

Sputnik: Le Burundi, bien qu’étant un petit pays, a vraisemblablement misé sur la défense de sa souveraineté jusqu’au bout et le soutien au système multipolaire du monde. Aujourd’hui, d’autres pays africains se trouvent face à un choix: garder le système existant de domination par des puissances étrangères (occidentales) ou prendre une autre voie. On voit aussi qu’au niveau de la société civile de plusieurs pays africains, la mobilisation pour justement choisir cette autre voie se renforce de jour en jour. On a notamment suivi récemment les manifestations au Mali contre la présence militaire française et pour une alliance avec la Russie. Que vous inspirent ces processus et quel est votre pronostic pour la suite?

Edouard Bizimana: Eu égard au principe de l’égalité juridique des États, il n’y a pas de petits ou de grands États. On pourrait néanmoins dire qu’il y a des États de dimensions géographiques réduites, le Burundi en fait partie. C’est, à mon avis, cette nuance que beaucoup ne parviennent pas encore à comprendre et la conséquence de cela est l’unilatéralisme observé dans la conduite des affaires du monde. Le Burundi a déjà compris cela et fait valoir le statut que lui confère le fait d’être membre à part entière de la communauté internationale en tant qu’État souverain. Il n’y a donc personne, aucun État aussi puissant soit-il, ne peut et ne doit imposer aux autres la marche du monde. Certains États tentent de le faire en bafouant le droit international qui doit régir les relations entre acteurs de la scène internationale et le résultat, on le voit: le chaos partout, Syrie, Irak, Afghanistan, Libye, Yémen, terrorisme, guerres, déplacements forcés des populations, catastrophes humanitaires, etc.

Constatons que certains pays, africains surtout, se trouvent face à un dilemme: suivre la marche du monde, qui tend plus vers la multipolarité, ou garder le statu quo sous peine de se voir détruits par les puissances occidentales qui les exploitent sans scrupule et les gardent dans un état de dépendance permanent. Évidemment, toute tentative d’émancipation est punie de la peine capitale: le cas de Gbagbo, de Kadhafi, de Sankara, etc. sont plus qu’éloquents.

L’Afrique de l’Ouest et centrale, confrontées à une exploitation de la France avec le franc CFA donnent à réfléchir. Toute tentative d’émancipation monétaire de ces pays donne lieu à des représailles sans merci, car la France ne pourrait pas vivre sans les ressources que lui versent ces pays. La plupart de ces pays sont devenus incapables de défendre leur territoire national et c’est la France qui doit assurer leur protection.
La plupart de ces pays sont exposés aux attentats terroristes et à des mouvements d’humeurs pouvant balayer un régime en quelques jours: Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Mali, Niger, Cameroun, etc. La prolifération, sous forme de génération spontanée, de groupes terroristes et de groupes rebelles dans certains pays africains ne serait pas étrangère à la volonté de certaines puissances occidentales de maintenir des pays sous leur domination pour alimenter leurs économies. L’accès aux ressources stratégiques comme l’uranium (Niger et Mali) et l’or (Mali) serait à l’origine de la situation délétère qui s’observe en Afrique occidentale et centrale. Pour arriver à une telle situation, il a fallu détruire la Libye de Kadhafi et lâcher dans la nature des milliers et des milliers d’armes.

Il est donc temps pour ces pays de briser les chaînes du colonialisme, peu importe le prix à payer. Cela demandera des sacrifices et un engagement sans faille comme au temps des luttes pour l’indépendance. Le Burundi a déjà compris cela et sa lutte s’inscrit dans cette logique d’émancipation de l’exploitation occidentale pour jouir pleinement de ses ressources, de décider seul de ses choix politiques, économiques et sociaux, qui tiennent compte des besoins de la population burundais.

Il est intéressant de voir comment la société civile dans certains pays, comme le Mali, le Sénégal, commence à se rendre à l’évidence de cette nouvelle forme de colonialisme pour exiger des changements profonds. On a vu de jeunes Maliens et Sénégalais se lever pour dire non au franc CFA, pour manifester contre la présence des troupes françaises, etc. ce qui constitue un signe de ras-le-bol. Il est probable que les Maliens ont vu les images, largement partagées par les réseaux sociaux, de soldats français en train de creuser le sol pour extraire de l’or alors qu’ils sont supposés être en train de lutter contre les terroristes.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201709141033045050-bizimana-ambassadeur-burundi-situation/

Mikhail Gamandiy-Egorov