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Rencontre d’Astana : l’espoir est permis

Alep

Les pourparlers sur la Syrie entre le gouvernement syrien et certains groupes dits de l’opposition auront bien lieu à Astana, la capitale kazakhe, le 23 janvier prochain.

En effet, les efforts conjoints de la Russie, la Turquie et l’Iran donnent leurs premiers résultats. Trop tôt encore de parler de retombées positives pour la suite des événements en Syrie, notamment en raison des positions troubles de certains groupes de la prétendue opposition, sans oublier de nouvelles éventuelles provocations visant à saper les efforts de paix entrepris par les trois pays déjà cités.

Une chose est sûre, le trio russo-irano-turc semble très motivé à déployer les efforts nécessaires au succès du processus de paix en Syrie. Et malgré les risques existants, il y a des raisons de garder un optimisme prudent. Tout d’abord, car il y a une réelle volonté des trois pays d’amener un résultat concret qui pourrait permettre à terme à la Syrie de retrouver la paix et la stabilité.

D’autre part, le gouvernement syrien est aujourd’hui plus que jamais en position de force. Il contrôle la grande majorité de la Syrie dite « utile » et les cinq plus grandes villes du pays (Damas, Alep, Homs, Lattaquié, Hama). Compte tenu de cette réalité, sur le terrain et aussi du soutien russo-iranien, il est aujourd’hui pratiquement inconcevable de s’asseoir à la table des négociations en lançant des ultimatums réclamant le départ immédiat du président syrien al-Assad. La Turquie l’a vraisemblablement compris, surtout au regard des défis sécuritaires auxquels elle fait actuellement face.

Reste à espérer que certains éléments sains de l’opposition syrienne le comprennent aussi et seront ainsi prêts à mener des négociations constructives. Surtout que la Turquie semble désormais motivée à user de son influence dans ce sens. Et sans oublier aussi que le ministère russe de la Défense a été également explicite à cet égard, à savoir que tout groupe qui refusera de se joindre au cessez-le-feu observé globalement à l’heure actuelle en Syrie sera automatiquement associé aux terroristes de Daech ou d’Al-Qaida. Ces derniers ne sont en effet aucunement concernés par la trêve et les combats se poursuivent contre eux à différents endroits du territoire syrien. Résultat logique: ils n’ont pas été invités à Astana.

L’autre aspect positif, qui donne lui aussi une note supplémentaire d’optimisme, est l’absence des représentants de l’administration sortante américaine d’Obama dans ce processus, de même que celles des représentants ouest-européens, toujours résolument obstinés à faire tomber le leader syrien. La porte reste néanmoins ouverte à la nouvelle administration étasunienne de Trump, qui prendra officiellement le pouvoir sous peu, tout comme aux acteurs régionaux, à condition évidemment qu’ils acceptent de s’inscrire dans la logique du processus d’Astana. L’Égypte semble être intéressé à rejoindre ce dialogue une perspective que voit d’un bon œil la Russie. Qu’en sera-t-il des pays tels que l’Arabie Saoudite ou le Qatar, qui continuent de soutenir plusieurs groupes terroristes? À moins d’un revirement rapide, il est peu probable qu’ils puissent prétendre à brève échéance prendre part aux négociations d’Astana, voire à d’autres. Ultimatums envers le gouvernement légitime syrien, soutien et financement des extrémistes salafistes, tout cela fait que les Saoudiens et les Qataris devraient rester en dehors du processus engagé. D’autant plus que selon diverses sources, ces derniers entreprennent d’importants « efforts » en vue de saper la rencontre d’Astana.

Mais pourront-ils obtenir quoi que ce soit face à un leadership syrien plus que jamais renforcé, face à la détermination de la Russie et de l’Iran et face au rôle désormais de plus en plus constructif de la Turquie? N’oublions pas la nouvelle administration américaine, que l’on espère voir jouer un rôle au minimum positif dans le dossier syrien ou du moins s’abstenir de mettre des bâtons dans les roues du tout jeune processus de paix. Ajoutez à cela les changements possibles au niveau du leadership de certains pays européens et la réponse paraît assez logique.

Ceci étant dit, la lutte antiterroriste ne s’arrêtera pas puisque les takfiristes de Daech et d’Al-Qaida continueront à être combattus. Et plus vite certains pays comprendront l’utilité d’une large coordination dans cette lutte, dans un cadre multipolaire, plus vite il sera possible d’espérer un monde meilleur et plus sûr. En tout cas, l’espoir est effectivement permis et le choix d’Astana est aussi à saluer — le Kazakhstan étant l’un des meilleurs alliés de la Russie, c’est aussi l’un des principaux initiateurs de l’intégration eurasiatique. Enfin, et il ne faut pas l’oublier, le Kazakhstan a joué un rôle de premier choix dans la réconciliation russo-turque.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201701061029475915-rencontre-astana-pourparles-syrie/

https://fr.sputniknews.com/authors/mikhail_gamandiy_egorov/

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Rencontre Poutine-Erdogan en Russie : normalisation confirmée

Rencontre Poutine-Erdogan en Russie

La rencontre entre les présidents russe et turc a bien eu lieu à Saint-Pétersbourg. Les deux leaders ont confirmé la volonté commune de restaurer les relations ayant pris un sérieux coup en novembre dernier.

Il s’agissait de la première rencontre entre les deux hommes depuis que le bombardier russe Su-24 ait été abattu dans le ciel syrien par un avion de chasse turc. Plus que cela, l’arrivée en Russie était la première visite officielle à l’étranger du chef d’Etat turc après la tentative de putsch l’ayant visé récemment. Un symbole qu’un certain nombre d’analystes ont interprété comme significatif. En outre, l’utilisation de la terminologie « cher ami » par Erdogan à l’encontre de Poutine était elle aussi révélatrice.

En tout cas le lancement officiel de la normalisation des relations turco-russes a bien eu lieu. On le prédisait dans nos précédents articles. Sans oublier le fait qu’avant même l’arrivée d’Erdogan à Saint-Pétersbourg pour rencontrer le président Poutine, nombre de hauts placés turcs avaient réalisé plusieurs venues en Russie, notamment le ministre turc de l’Economie, pour préparer le terrain propice.

Quels sont donc les points les plus importants de cette normalisation confirmée par les deux hommes? Ils sont plusieurs:

— Les vols charters au départ de la Russie et à destination de la Turquie reprendront sous peu. Le secteur touristique turc ayant été plus que sérieusement affecté par la baisse en masse du nombre de touristes russes sur son territoire (avant la crise: deuxièmes en termes annuel de nombre, de loin premiers en termes de dépenses). Désormais l’espoir du côté turc est évidemment de pouvoir au fur et à mesure récupérer les milliards de recettes perdues dans ce secteur.

— Vladimir Poutine a laissé entendre que le régime sans visas pour les citoyens turcs allant en Russie serait certainement de retour. Pour rappel après novembre 2015, la Russie avait annulé le régime sans visas pour les citoyens de Turquie (qui n’avaient pas besoin de visa pour venir sur le territoire russe pour une période de 30 jours). De son côté, la Turquie avait gardé un régime sans visas pour les citoyens russes pour une période de 60 jours, en vigueur jusqu’à maintenant.

— Points très importants. Le projet du gazoduc « Turk Stream », gelé lui aussi depuis l’événement de novembre, sera relancé. Plus que cela, Vladimir Poutine a confirmé l’information que la partie turque avait pu beaucoup avancer sur tous les points permettant un lancement rapide du projet. Un travail qui a été donc poursuivi par la partie turque y compris après le gel des négociations par la Russie, toujours dans le cadre de la crise de novembre dernier. Tout porte donc à croire que le projet sera réalisé, l’enthousiasme était en tout cas réel au niveau des deux parties sur le sujet. Le projet de construction de la première centrale nucléaire turque par la Russie sera lui aussi vraisemblablement relancé.

— Les limitations sur les exportations agro-alimentaires turques à destination de la Russie seront rapidement levées. Les entreprises turques du bâtiment (très actives en Russie) pourront reprendre certainement leurs activités. Il en sera certainement de même en ce qui concerne l’accès au marché du travail russe pour les travailleurs turcs (dont nombreux travaillant justement dans le secteur du BTP).

Tout va bien donc pour la reprise des relations économico-commerciales au plus haut niveau. Des relations qui arrivaient déjà au niveau de 35 milliards d’échanges avant novembre 2015 et dont l’objectif était d’atteindre 100 milliards à l’horizon 2020. Une volonté désormais reconfirmée par les deux leaders. Autre point très important concerne bien évidemment la Syrie et la possibilité d’en finir une bonne fois pour toute avec cette crise. Cette question intéressait bien évidemment beaucoup de monde connaissant l’implication jusqu’à maintenant de la Turquie dans le conflit syrien, son soutien aux différents groupes terroristes et la volonté de faire tomber le président Bachar al-Assad. Mais tout évolue. Répondant à cette question, les deux hommes ont confirmé qu’ils allaient discuter « en détails » de la problématique syrienne avec la participation des ministres des Affaires étrangères et des représentants des services spéciaux des deux pays.

Dans une interview aux médias russes, le président turc est allé même à reconnaitre le rôle crucial de la Russie dans le règlement du conflit en Syrie et que ce problème doit être réglé à l’aide des mesures russo-turques communes. De grandes chances donc de croire que la Turquie changera sa position vis-à-vis de la Syrie et du leadership syrien, et ce même au grand dam des Occidentaux, Saoudiens, Qataris et des groupes terroristes avec lesquels Ankara entretenait jusqu’à encore récemment des relations fortement complices. Si tel sera le cas, le peuple syrien pourra certainement respirer mieux, sa souveraineté restera préservée, même si les appétits occidentalo-golfistes n’ont pas beaucoup évolué. Toujours est-il que les victoires de l’armée gouvernementale syrienne avec les alliés sur les groupes terroristes font bien comprendre aux forces néocoloniales que leur scénario pour la Syrie s’éloigne chaque jour qui passe. Plus que cela, le retournement éventuel de la Turquie sur la Syrie pourra certainement renforcer encore d’avantage les relations russo-turques et qui relèvent d’une importance capitale pour les deux nations, comme l’a reconfirmé la rencontre de Saint-Pétersbourg.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201608101027238538-poutine-erdogan-russie-rencontre/

Mikhail Gamandiy-Egorov