Archives du mot-clé République centrafricaine

La Centrafrique vers la paix, la Russie et le Soudan à la manœuvre

L’image contient peut-être : 2 personnes, personnes souriantes

La Centrafrique se dirige vers une solution à la crise qui la frappe. Avec le soutien de la Russie et du Soudan, les principaux groupes armés centrafricains ont en effet signé une déclaration d’entente. Alors que les pays occidentaux n’ont jamais causé que des problèmes, la Russie et ses alliés autres apportent des solutions.

Vers une sortie de crise en Centrafrique? La mission de bons offices de la Russie semble avoir porté ses fruits, malgré les tentatives de la diplomatie française de stopper la montée en puissance des relations russo-centrafricaines.

En effet, les principaux représentants des groupes armés centrafricains viennent de signer à Khartoum, la capitale soudanaise une déclaration d’entente. Parmi les signataires figurent Nourredine Adam (Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique), Ali Darassa (l’Union pour la paix en Centrafrique), Mahamat al-Khatim (Mouvement patriotique pour la Centrafrique) et Maxime Mokom (l’un des représentants du groupe anti-balaka). Ils ont apposé leurs signatures respectives en indiquant leur volonté d’une paix durable et d’une réconciliation. Une approche d’ailleurs saluée par les autorités centrafricaines.

Par son rôle dans cette affaire, Moscou a démontré toute sa détermination à non seulement défendre ses propres intérêts, mais également ceux de ses alliés. Finalement, l’efficacité russe en Syrie, aussi bien dans le cadre de la lutte antiterroriste, qu’au niveau politico-diplomatique, s’exporte sur le continent africain.

En effet, la Russie souhaite voir une Afrique stable, prospère, et avec laquelle il sera possible de collaborer dans un cadre gagnant-gagnant, et sans imposer quoi que ce soit. Sinon, comment expliquer que moins de 200 spécialistes russes aient pu, aussi rapidement, faire tellement plus pour la stabilisation de la Centrafrique, que les 15.000 militaires français passés par là depuis de nombreuses années? Le Quai d’Orsay aura très certainement du mal à donner une réponse digne de ce nom.

Ne doutons pourtant pas que Paris, à l’instar d’autres capitales occidentales, tente, comme dans le passé récent, d’entraver ce processus de paix en Centrafrique. Et ce pour plusieurs raisons. Au-delà de perdre définitivement un pays majeur issu de son prétendu «pré-carré», l’élite française comprend parfaitement aussi que ce processus essaimera au-delà de la République centrafricaine.

Pourtant, le peuple centrafricain est plus que jamais mobilisé à faire face à toute tentative néocoloniale de diviser la société centrafricaine sur une base religieuse ou ethnique. De plus, il peut compter sur des alliés sûrs, respectant sa souveraineté et apportant des solutions à des problèmes créés exclusivement par les représentants occidentaux. Des problèmes créés d’ailleurs à tellement d’autres endroits de l’Afrique, avec toujours le même objectif: diviser pour mieux régner. Et… piller.

Mais le monde évolue: le système multipolaire s’impose de jour en jour. Et les nations du monde, notamment africaines, refusent désormais la manipulation. La Russie est un acteur majeur dans ce renouveau mondial, et avec elles ceux ayant décidé de la suivre.

D’ailleurs, le Soudan, l’autre allié africain de Moscou, qui a aussi beaucoup contribué à ce que cette rencontre ait lieu, sort lui aussi gagnant. Et son président Omar el-Béchir, tellement diabolisé par le petit monde occidental, se positionne désormais en médiateur de paix de premier plan. Après avoir grandement contribué à la signature de l’accord de paix au Sud Soudan, qui s’est séparé de Khartoum en 2011, non sans «l’aide» occidentale et est depuis plongé dans le chaos, le leader soudanais a largement contribué à ce processus de stabilisation si nécessaire à la République centrafricaine.

Les solutions aux problèmes africains peuvent et doivent être africaines, avec le soutien d’alliés sincères.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201808311037887343-afrique-centrafrique-crise-russie-paix-soudan/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Publicités

Centrafrique: stabilisation russe contre chaos français

Centrafrique

Les relations qu’entretiennent Moscou avec la Centrafrique ne sont pas du goût de tout le monde. Alors que les échanges diplomatiques, politiques économiques, ou militaires s’approfondissent entre Moscou et Bangui, Paris enrage. La France estime en effet que la Centrafrique fait partie de son «pré carré» et fait tout pour le conserver.

Après sa défaite en Syrie, l’Occident politique —et notamment l’Élysée- digère très mal le retour de la Russie sur le continent africain. Un continent que la Russie n’a non seulement jamais colonisé, mais a plus qu’activement soutenu dans ses mouvements de décolonisation et de libération nationale.

En effet, Paris est furieux d’observer la formation d’une alliance Moscou-Bangui, alors que l’Élysée considérait jusqu’à encore très récemment la République centrafricaine comme partie intégrante de son prétendu «pré-carré». Les choses ont évidemment radicalement changé après l’arrivée de la Russie pour équiper, mais surtout former les Forces armées centrafricaines (FACA), permettant aux deux pays de passer à une nouvelle étape de leurs relations bilatérales. Des relations fondées sur une base légitime, la Russie ayant été invitée par les autorités légales du pays… Si certains dressent une parallèle avec l’approche russe en Syrie, ils ont probablement raison.

Mais la Russie ne se limite pas et plus à la livraison d’équipements militaires à Bangui, ni à la formation des forces armées nationales. Les deux nations développent également leur coopération économique, notamment après l’impulsion donnée par le Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF 2018) de mai dernier, auquel avait d’ailleurs assisté le chef d’État centrafricain en qualité d’invité spécial du président Poutine. Par ailleurs, Moscou apporte un soutien humanitaire à Bangui avec la livraison aux populations centrafricaines de plusieurs lots de médicaments et d’hôpitaux mobiles, y compris dans les zones qui jusqu’à encore récemment étaient sous contrôle de groupes armés.

Enfin, la Russie fait un énorme travail de médiation pour permettre une réconciliation nationale et un retour à l’ordre constitutionnel sur toute l’étendue du territoire centrafricain. Chose que la France n’a jamais faite. Et ne fera pas.

Par contre, la France, à l’instar des élites occidentales en général, tente par tous les moyens de mettre des bâtons dans les roues de cette coopération russo-centrafricaine. Et ce, sur plusieurs fronts: en livrant des armes aux groupes armés les plus radicaux, en mettant la pression sur ces mêmes groupes pour qu’ils ne se joignent pas au dialogue proposé par le président Faustin-Archange Touadéra. Et plus généralement comme ce fut le cas depuis les siècles de sa politique coloniale, en tentant de diviser par tous les moyens, pour toujours mieux régner et… piller.
À ce titre, la France coordonne à l’heure actuelle une rencontre à N’Djamena, la capitale tchadienne, entre plusieurs représentants des groupes armés illégaux, pour faire pression sur le gouvernement centrafricain et le forcer à redevenir docile, notamment en imposant un départ à la Russie de la RCA tout en souhaitant limiter le mandat du Président. D’ailleurs, des menaces ouvertes sont proférées par lesdits groupes armés quant à une éventuelle opération armée contre les autorités du pays. Le tout bien évidemment avec la «bénédiction» et la participation active de Paris.

Sauf que le contexte a changé. Au-delà du fait, désormais bien connu, que la Russie ne lâche pas ses alliés, les Centrafricains, à l’instar de millions d’habitants d’autres pays d’Afrique, connaissent désormais parfaitement le jeu mené par l’ex-puissance coloniale: on écoutera à titre d’illustration le micro-trottoir réalisé dans les rues de Bangui par Afrique Média, la grande chaîne panafricaine:

Les Centrafricains interrogés n’y mâchent pas leurs mots et expriment très clairement leur préférence pour la Russie face à la France. Et l’hystérie élyséenne est tout à fait compréhensible, sachant que ces opinions sont loin, très loin, que de se limiter à la Centrafrique. Chaque chose a une fin. La politique néocoloniale française, et occidentale en général, en Afrique aura une fin elle aussi.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201808071037549940-centrafrique-russie-france-relations/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Quand la présence russe en Centrafrique agace la France

 

Bangui

Le rapprochement Bangui-Moscou, suscite inquiétude et agitation dans les milieux politiques, diplomatiques et médiatiques occidentaux. La Centrafrique, longtemps considérée comme partie intégrante du «pré-carré» de l’Élysée, semble de plus en plus en route pour prendre en main son destin sans demander l’avis de l’ancienne métropole coloniale.

 

Depuis déjà quelques semaines, les principaux médias mainstream, dont France 24, Le Monde, RFI et d’autres ne cessent de commenter le rapprocher russo-centrafricain au grand dam des Occidentaux, notamment de Paris:

Cette inquiétude est d’autant plus justifiée que l’opinion publique centrafricaine donne largement raison aux instructeurs militaires russes, venus former les Forces armées centrafricaines (FACA) au maniement des armes livrées par la Russie. Dans un Vox Pop réalisé par la chaîne TV panafricaine Afrique Média TV dans la capitale de la RCA, les langues des citoyens centrafricains se délient:

Cerise sur la gâteau, cette opinion clairement anti-française et largement favorable à la Russie est loin de se limiter à la Centrafrique. Il suffit de poser ces mêmes questions n’importe où en Afrique, notamment francophone, pour s’en rendre compte. De Bamako à Abidjan, de Douala à Conakry, de Brazzaville à Niamey — partout, cette opinion est partagée.
Faut-il en être surpris? Aucunement. Violation constante de la souveraineté des pays africains, pillage des ressources naturelles, soupçons de viols sur mineurs — notamment en Centrafrique par les soldats français de l’opération Sangaris et la liste est loin, bien loin, d’être exhaustive.

Et la Russie? Son absence d’histoire coloniale en Afrique, son ferme soutien durant la Guerre froide aux mouvements africains de libération nationale, la formation de milliers de cadres africains dans le cadre de l’assistance et les succès récents de la politique extérieure russe — tout cela facilite largement le renforcement des relations russo-africaines, à l’heure du plein retour de la Russie postsoviétique en terre africaine.

Maintenant, parlons perspectives. Face à cette «révolte» politico-diplomatico-médiatique française face à «l’insolence» russe de venir mettre à mal la politique néocoloniale française et plus généralement occidentale, que va entreprendre la France? Il est assez clair que les forces spéciales françaises, tellement «efficaces» lorsqu’il est question de violer la souveraineté d’un pays africain, comme ce fut le cas en Côte d’Ivoire, n’oseront certainement pas attaquer directement des forces plus professionnelles qu’elles. Peut-on pour autant dire que leur capacité de nuisance est entièrement mise à zéro? Certainement pas. Les élites françaises, à l’instar des autres élites occidentales, vont certainement miser sur le financement de rébellions — existantes et nouvelles pour maintenir le chaos et entraver tout développement durable.

Comment réagir face à ces provocations? Le plus important selon moi, c’est de ne pas reculer. La Syrie, aujourd’hui un cas d’école, en représente certainement la preuve éclatante. Pour vaincre les forces néocolonialistes nuisibles, il faut rester debout, même lorsque l’ennemi pense qu’il est arrivé à son but. Évidemment, des alliés, et plus encore des alliés fiables, sont aussi un élément très important. Aujourd’hui, la République centrafricaine s’en rend compte chaque jour un peu plus. Les néocolonialistes, eux, peuvent continuer à fomenter de sales coups en prenant des calmants pour réduire leur stress, le fait est que face à des gens déterminés et surtout qui comprennent désormais les défis auxquels leurs nations font face, ils ne sauront vaincre. Le cadre multipolaire du respect de la souveraineté et de la dignité de chaque peuple s’impose. Et avec lui les nouvelles réalités. Dernier point: la rue africaine est aujourd’hui géopolitiquement clairement plus instruite que la rue européenne. Et cela aussi, c’est une garantie de la victoire à venir.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201805071036260444-russie-centrafrique-france/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Enjeux et perspectives centrafricaines. (Partie 2)

Sylvie Baipo-Temon

Sylvie Baipo-Temon est une ressortissante centrafricaine. Economiste de formation, cadre au sein de la direction financière d’une banque française, son engagement pour son pays, la République centrafricaine, date de 2003.

Un engagement d’abord passif à travers des réflexions et analyses personnelles, puis actif, surtout depuis fin 2014. De décembre 2014 à juin 2015, elle sera porte-parole du comité ad hoc diaspora pour la paix en RCA. En ce moment, elle travaille sur un blog dont l’objectif serait de faire découvrir la Centrafrique: son histoire, ses maux, ses tares, ses défis, enjeux et perspectives.

Sputnik: Lors des affrontements entre les milices Seleka et les Anti-balaka, certains spécialistes avaient avancé l’éventualité d’une partition de la RCA, dans le cas où une solution pacifique durable n’est pas trouvée. Votre avis sur la question?

Sylvie Baipo: La Centrafrique est un pays indivisible. Pour moi, la partition est un non sujet, parce qu’aucune vraie action de sortie de crise n’a été entreprise, mise à part celle entreprise récemment par le Pape François. Comment parler de partition alors que tout n’est que manipulation?
Nous avons vu ce que la partition du Soudan a donné? Un fiasco sans nom. C’est cela que la communauté internationale veut renouveler en Centrafrique? Sachant que le cas du Soudan est différent de celui du Centrafrique car au Soudan, la partition est née notamment en raison des problèmes raciaux (Nord blanc et Sud noir). Ce racisme n’existe pas en Centrafrique, et la partition sur la base religieuse n’a aucun fondement. La population rejette cette partition. Seuls les partisans de cette partition savent les avantages qu’ils en tirent.

Il faut avoir à l’esprit que la division rend vulnérable, il faut que la Centrafrique et l’Afrique en général comprenne que nous sommes dans une ère où seuls les grands ensembles survivent. Se diviser nous rend vulnérable et à la merci des tentations des voisins.

De plus, derrière les revendications de la Seleka, se cache des revendications pécunières que la Centrafrique ne peut honorer car les caisses sont vides. Et je pense que répondre à la demande de criminels est une faiblesse qui ouvre la porte à pire demain. Le terrorisme a pris de l’ampleur au moment où nos grands chefs des puissances ont fait le choix de négocier et discuter avec le terrorisme. Retenons qu’on ne discute pas avec un terroriste ni avec un criminel.

Sputnik: Parlons du rôle de la communauté internationale. Notamment de la France qui était intervenue en RCA, on se souvient d’ailleurs de la fameuse opération Sangaris. Est-ce que cette intervention avait contribué à apporter la paix ou non? Plus largement, quel est lien aujourd’hui qui lie la France, ou plutôt l’Elysée, à la Centrafrique?

Sylvie Baipo: Sans hésitation, non, cette opération qui est toujours en place n’a pas apporté le résultat escompté. Nous en sommes à nous poser la question sur la sincérité de l’aide annoncée. Car depuis que les sangaris sont en place il y a eu davantage d’exactions et de victimes. Sans compter que les sangaris eux-mêmes ont commis des exactions (viols sur des mineurs de 8/9 ans).

Je ne connais pas les liens entre l’Elysée et la Centrafrique, mais ils semblent troubles. Nous avons appris qu’il y a une pléthore de conseillers français auprès des autorités de transition. Je n’en connais pas leur nombre, mais compte-tenu du chao qui persiste, leur stratégie est soit inefficace soit contraire à celle annoncée.Nous ne sommes pas dupe, au-delà d’être des défenseurs de droits de l’homme, la France a davantage un enjeu économique en Centrafrique. D’ailleurs, le Président Hollande l’a clairement dit lors du sommet France-Afrique en 2013 « la France soutien ses intérêts ».

Il y a aussi des casques bleus appelés Minusca en Centrafrique. De même, leur impartialité sur le terrain est remise en cause par la population. Je me demande quel a été le critère de sélection des troupes composant la Minusca. Et soyons honnête, citez-moi un pays où une intervention sous l’égide de l’ONU a été un succès?

Sputnik: La politique française en République centrafricaine peut-elle être vue comme partie intégrante de ce qu’on appelle la Françafrique? Si oui, combien de temps selon vous cela va continuer?

Sylvie Baipo: Oui totalement, c’est un système ancien qui perdure et n’a pas pris une ride.

Il est paradoxal que certain pays du tiers-monde ont réussi à prendre leur envol et que seul les pays assujettis à des accords de coopération restent cloués au sol. D’autant plus que ces pays ont un potentiel non négligeable.

Je pense que la paupérisation de l’Afrique et de la Centrafrique en particulier est une stratégie géopolitique pour conserver une forme de domination.
Foccart n’est plus mais le dossier a bien été transmis et continuera à se transmettre.Cela continuera jusqu’à une prise de conscience totale et profonde des Africains et des Centrafricains en particulier. Espérons que cette prise de conscience soit rapide et pacifique.

Sputnik: Dernière question. Quel avenir entretenez-vous pour votre pays? Sur le court et le moyen terme. Quels sont ses principaux défis?

Sylvie Baipo: Je pense que nous ne pouvons que nous relever. Après de telles atrocités, nous ne pouvons que nous unir pour un avenir meilleur si et seulement si nous le voulons et tirons les leçons d’un passé chaotique.

A court terme, nous avons des échéances électorales. Au regard des campagnes en cours et du comportement de la classe politique, je ne suis pas sûr que les leçons de la crise ont été tirées.

Par conséquent, ces élections ne donneront lieu qu’à une période de transition légitime et nécessaire pour remettre le pays sur de bons rails.
J’ai plus d’espérance sur le moyen terme, espérance conditionnée par les efforts qui seront fait par le prochain président en termes de gouvernance (transparence, responsabilité,…).La Centrafrique n’a pas d’autre choix que de se relever et se reconstruire par le travail de ses fils et filles. Notre destin ne dépend que de nous, de notre volonté, de nos capacités et du fait de vouloir regagner un peu de dignité.

 

http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20151221/1020455019/afrique-republique-centrafricaine.html

Mikhail Gamandiy-Egorov

Enjeux et perspectives centrafricaines. Entretien avec Sylvie Baipo-Temon (Partie 1)

Sylvie Baipo-Temon

Sylvie Baipo-Temon est une ressortissante centrafricaine. Economiste de formation, cadre au sein de la direction financière d’une banque française, son engagement pour son pays, la République centrafricaine, date de 2003. Un engagement d’abord passif à travers des réflexions et analyses personnelles, puis actif, surtout depuis fin 2014.

De décembre 2014 à juin 2015, elle sera porte-parole du comité ad hoc diaspora pour la paix en RCA. En ce moment, elle travaille sur un blog dont l’objectif serait de faire découvrir la Centrafrique: son histoire, ses maux, ses tares, ses défis, ses enjeux et perspectives.

Sputnik: L’année dernière, la République centrafricaine faisait l’actualité en raison des affrontements inter-religieux. Qu’en est-il aujourd’hui? Quelle est la situation sur le terrain?

Sylvie Baipo-Temon: Les médias occidentaux ont présenté le conflit centrafricain comme étant un conflit inter-religieux. Cela n’est pas exact.

Le conflit centrafricain issu du dernier coup d’Etat mené par la milice Seleka, est né d’une crise politique. D’ailleurs, la Centrafrique depuis son indépendance en 1960 n’a connu que des cycles de violences liés à une instabilité politique chronique. De 1960 à 2015, la Centrafrique n’a connu qu’une seule élection présidentielle libre et transparente. Hormis le régime du défunt président Ange-Félix Patassé, tous les régimes ont été mis en place par un recours systématique à la violence (coup d’Etat).Pour revenir à la crise issue du dernier recours à la force, orchestré par la Seleka et ayant emmené au pouvoir Michel Djotodjia. L’origine de cette crise est politique et elle a glissé, parce qu’aucune solution politique n’a été trouvé par les parties prenantes, en conflit de société à caractère religieux et cela uniquement sur la base de manipulation des hommes politiques.

Pour faire court, à son avènement la Seleka a manipulé la population de religion musulmane pour obtenir à la fois:— un soutien moral: le nord-est du pays a toujours été négligé pour ne pas dire abandonné par les autorités centrafricaines (tout régime confondu).

— un soutien financier: la population de religion musulmane possède la plupart des commerces et est fortement implanté dans l’exploitation du diamant. Elle est donc une maille financière importante. Durant le régime du Général Bozizé, les diamantaires ont été fortement pénalisés par les abus du pouvoir en place.

Politiquement, la Seleka a justifié son coup d’Etat par une révolte de la population du Nord qui a été trop lésé jusqu’à date. Alors qu’il s’agissait uniquement de mercenaires étrangers à 60% (Tchadiens et Soudanais) qui ont rallié par la manipulation politique d’autres mercenaires centrafricains. D’ailleurs, parmi les mercenaires de la Seleka, on retrouve les mêmes mercenaires qui ont appuyé le Général Bozizé lors de son coup d’Etat de 2003. Des mercenaires insatisfaits par le régime qu’ils ont aidé à l’époque à mettre au pouvoir.Notons qu’une guerre ou un conflit ne se passe pas sans répercussions sur la population civile et qu’un mercenaire est un criminel. Dans leur marche vers la prise de pouvoir à Bangui, les Selekas ont volé, violé, pillé, tué la population et majoritairement la population de religion chrétienne. Celle-ci en riposte à ces exactions et abus de la Seleka, a réagi en formant des groupes d’auto-défense qu’ils ont appelés les anti-balles AK. Ils s’agissaient uniquement de paysans usés, fatigués et livrés à eux-mêmes.

Il y a eu une récupération politique de ces groupes d’auto-défense anti-balles AK qui a donné naissance aux milices Anti-Balakas. Et de là, le conflit politique s’est transformé en conflit de société à caractère religieux.Pourquoi il s’agit d’une manipulation politique? D’abord, dans les différents groupes armés (Selekas et Anti-Balakas), il y a eu des scissions. Et ceux qui continuent à semer les troubles sont ceux qui se revendiquent des deux anciens présidents déchus (Bozizé et Djotodjia), ils sont appelés les Nairobistes (du fait de l’accord signé à Nairobi).

La situation d’aujourd’hui est que les affrontements à caractère religieux sont localisés dans les quartiers à forte concentration des partisans des présidents déchus. Des crimes et exactions sont savamment orchestrés, tout cela pour maintenir une tension tant que les différents groupes armés n’obtiennent pas gain de cause. Il faut garder en mémoire que les accords de Nairobi n’ont rien donné pour les protagonistes.

A aujourd’hui, la population non partisane de ces groupes est prise en otage. Un groupe d’individus, des mercenaires et bandits sèment la terreur et la population non armée subit les exactions des uns et des autres.Nous en avons eu la preuve lors du passage du Saint père (le Pape Fançois), les Centrafricains musulmans et les Centrafricains chrétiens étaient ensemble pour accueillir le Pape.

Lors du référendum qui a eu lieu le dimanche 13 décembre, la population musulmane qui a souhaité faire valoir ses droits et devoirs citoyens a subi les foudres de la fraction Seleka. Le bureau de vote a fait l’objet de tirs faisant 2 morts et des blessés. Encore une preuve que les conflits ne sont pas d’ordre religieux mais uniquement de la manipulation.

Les médias diffusent des informations qui entrainent de la confusion, il est important que chaque Centrafricain et Centrafricaine s’efforce à rétablir la vérité.

Sputnik : On avait beaucoup parlé de la nécessité d’une réconciliation nationale. A-t-elle globalement eu lieu? Si non, quelles seraient les raisons? 

Sylvie Baipo-Temon : Un forum a en effet eu lieu en mai 2015, mais nous ne pouvons pas parler d’un forum de réconciliation nationale. Déjà parce que la réconciliation n’a pas eu lieu. Des affrontements persistent, de manière localisée. Les groupes armés détiennent encore une bonne partie du territoire centrafricain. Récemment, nous avons eu une nouvelle déclaration choc de la fraction Seleka installée au nord du Centrafrique, qui a décrété la partition du pays. De plus, cette même coalition a indiqué qu’elle s’opposerait à l’organisation des élections annoncées pour fin 2015, dans les zones qu’elle occupe.

Ce que nous retenons du forum, c’est qu’il a eu lieu mais son issu a été aussi éphémère et chaotique que son déroulement.

Personnellement, ce n’est pas une surprise car en Centrafrique on organise des dialogues sans vraiment se fixer d’objectifs à atteindre, sans réellement y travailler de manière sérieuse, sans prendre la mesure de la gravité de la situation et surtout sans aucune méthode. Pour mener une démarche de réconciliation, il faudrait en comprendre le sens, comme l’on fait avec succès d’autres pays ayant vécu des situations toutes aussi atroces voire au-delà que celui de la Centrafrique. Il ne s’agit point d’organiser un regroupement de personnes où les gens se retrouvent, se saluent, partagent un café et repartent avec leur perdiem. Non, il s’agit d’entreprendre, de faire un point sur notre histoire, identifier les ennemis, permettre l’expression de tous, pousser à la prise de conscience les auteurs des crimes. Globalement, la volonté du forum aurait dû être celle d’affronter la situation, de parler de ce qui fâche et divise, cela pour arriver à le surmonter ensemble. C’est un pan de notre histoire qu’il nous faudra graver et apprendre à vivre avec. Le Forum ne s’est pas attaché à faire en sorte de ne plus vivre cela, de cesser les incitations au recours à la force comme seul moyen d’accéder au pouvoir.Pour atteindre l’objectif de la réconciliation, il aurait fallu et il faut que la démarche de dialogue soit initiée et réalisée dans un cadre légitime et de confiance, c’est-à-dire pas par les autorités du pays qui sont de fait juges et parties. Pour preuve de l’incohérence entre ce qui est dit et ce qui est fait, la cheffe de la transition avait nommé comme président de ce forum, un ancien chef de rébellion. Comme quoi, en Centrafrique, nous avons encore un long chemin à entreprendre pour marcher sans béquilles.

La démarche doit concerner toute la population et non une partie de celle-ci triée sur le volet. Il aurait fallu aussi opter pour un médiateur neutre et hors de la sous-région.Avant le dialogue, il y a eu ce que les autorités ont appelés des consultations populaires, le résultat de ces consultations a été faussé. Le peuple s’est exprimé mais au final les revendications et souhaits n’ont pas été pris en compte. Pourquoi? Il faut retenir que c’est ainsi qu’on incite à la formation de rebellions et de groupes armés?

Suite dans la seconde partie de l’entretien

http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20151218/1020388722/afrique-republique-centrafricaine.html

Mikhail Gamandiy-Egorov

République centrafricaine : promouvoir la réconciliation au plus vite

République centrafricaine : promouvoir la réconciliation au plus vite

A l’heure où la République centrafricaine continue de vivre de nouvelles péripéties, l’avenir du pays reste toujours indécis y compris après la formation d’un gouvernement de transition en la personne de Catherine Samba-Panza, qui a succédé à tête de l’Etat à Michel Djotodia.

Aux dernières informations, la France enverra 400 militaires supplémentaires en RCA. Le contingent français passera ainsi de 1600 à 2000 soldats. L’Union européenne prévoit d’envoyer de son côté un millier d’hommes, soit 500 de plus que prévu au départ. Jean-Yves Le Drian, ministre français de la Défense, en visite il y a quelques jours dans la capitale centrafricaine Bangui, a déclaré pour sa part que vraisemblablement « l’intervention française sera plus longue que prévue ».

Pendant ce temps les exactions se poursuivent. Et les exemples, fort malheureusement, ne manquent pas. Que ce soit le lynchage d’un homme par des militaires centrafricains, suspecté d’appartenir à la coalition Seleka (composée majoritairement de combattants musulmans), le tout devant des dizaines de témoins. Ou encore la découverte de 13 cadavres non-identifiés dans une citerne vide située dans un camp de Bangui, où sont cantonnés des combattants issus de l’ex-Seleka. Pour info et à l’heure actuelle, la capitale Bangui a été vidée de près de 75 % de sa population musulmane. Dans d’autres localités, le chiffre tourne autour de 90-100 %.

Les milices anti-balaka (balaka signifiant « machette » en langue sango) sont souvent pointées du doigt quant à la responsabilité de ces tueries. Une milice au départ composée majoritairement d’animistes mais suite au conflit intercommunautaire qui a débuté en septembre 2013, un certain nombre de combattants se revendiquant chrétiens et opposés à la coalition Seleka (également responsable de crimes et massacres, en premier lieu de populations chrétiennes) rejoindra ladite milice. A en croire les différents représentants de ces milices anti-balaka, leur nombre serait compris entre 55 et 70 000 hommes, dont environ la moitié serait basée à Bangui. Selon certaines sources, les anti-balaka se divisent entre modérés et extrémistes, ces derniers étant le plus souvent responsables des massacres récents en RCA.

Le problème qui se pose aujourd’hui est effectivement celui du désarmement de ces milices. Car à l’image de la Seleka que le président Djotodia avait tenté de désarmer en vain, ainsi que de mettre fin entièrement aux exactions, de la même manière se pose aujourd’hui le problème avec les anti-balaka, qui ne comptent pas déposer les armes pour le moment. La présidente centrafricaine de transition, Catherine Samba Panza, a déclaré il y a quelques jours qu’elle compte de son côté s’attaquer aux miliciens anti-balaka : « Les anti-balaka, on va aller en guerre contre eux. Ils pensent que parce que je suis une femme je suis faible. Mais maintenant ceux qui voudront tuer seront traqués », a-t-elle déclaré. « Déclarer la guerre aux anti-balaka, c’est déclarer la guerre à la population centrafricaine », aurait rétorqué Richard Bejouane, l’un des chefs auto-proclamés des anti-balaka devant une centaine de miliciens.

Du côté des ONG, Amnesty International parle elle de nettoyage ethnique. Quant à Peter Bouckaert de Human Rights Watch, il n’a pas hésité à parler d’échec en ce qui concerne l’opération de l’armée française Sangaris et a critiqué ouvertement l’immobilisme des troupes françaises. Il est vrai que lorsqu’il était question de destituer un chef d’Etat légitime, comme ce fut le cas en Côte d’Ivoire, l’armée française a su se montrer beaucoup plus « efficace », bien que ce mot ne soit aucunement approprié. Mais visiblement en Centrafrique, où la situation est véritablement critique et où il y a une nécessité pressante de sauver des vies humaines, il y a vraisemblablement de la place à un immobilisme pour le moins incompréhensible.

L’ONU quant à elle redoute le risque d’une partition de la RCA. Un avis partagé par un certain nombre de spécialistes. La violence a engendré la violence et personne ne peut prédire la tournure exacte des événements. Près de 30 % de la population centrafricaine est aujourd’hui déplacée. L’économie du pays tourne au ralenti (compte tenu notamment du fait qu’un nombre conséquent de commerces appartiennent aux Centrafricains musulmans). Une pénurie sur un certain nombre de produits est déjà à observer et le risque d’une très sérieuse crise alimentaire plane lui aussi.

Une chose reste sûre dans cette tragédie, c’est que sans une réconciliation rapide de toutes les composantes du pays, les conséquences éventuelles seraient des plus tragiques. A notre niveau, nous ne pouvons que souhaiter à tous les Centrafricains de retrouver la sagesse, de prendre leur destin en main, de trouver la voie du pardon et du dialogue, ainsi que de permettre une véritable réconciliation nationale au plus vite.

http://french.ruvr.ru/2014_02_18/Republique-centrafricaine-promouvoir-la-reconciliation-au-plus-vite-7311/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Intervention française en RCA : engagement humanitaire ou énième tentative de contrer la Chine ?

Intervention française en RCA : engagement humanitaire ou énième tentative de contrer la Chine ?

La récente intervention armée de la France en République centrafricaine a ouvert un certain nombre de questions. D’une part, sur les raisons de ce conflit interne qui paraissent encore assez obscurs. Et d’autre part, si le rôle joué par la France dans ce pays serait si « bénéfique » comme le prétend ardemment l’Elysée.

La plupart des médias nous annoncent que le conflit centrafricain s’enlise dans des affrontements inter-religieux avec comme résultat un véritable drame humain. Mais la question qui se pose, c’est le rôle de l’Etat français dans cette crise, présenté par certains comme étant le « sauveteur ». Pourtant, l’intervention actuelle des forces armées françaises ressemble plus à la nécessité de sécuriser une fois de plus ses intérêts que par la volonté « de mettre fin à une situation humanitaire catastrophique ». Sans oublier que l’instabilité que connait la Centrafrique, ainsi que d’autres pays d’Afrique francophone est bien souvent justement due au rôle peu pacifiste de l’élite hexagonale.

A la base, il faut quand même rappeler que la République centrafricaine est un pays ayant connu dans son histoire plus ou moins récente un bon nombre de coups d’Etat dans lesquels l’Elysée ne jouait pas le dernier rôle, bien au contraire. Il faudrait aussi se rappeler que le fameux Jean-Bedel Bokassa qui s’était autoproclamé empereur, était à la base un pur produit du système de la Françafrique.

Aujourd’hui, les principales sociétés françaises contrôlent l’économie du pays et c’est un fait également bien connu : Bolloré, Areva, Total, France Telecom, Castel, CFAO… Tous ont leur part du gâteau. Mais à l’instar des autres pays d’Afrique, y compris francophones, la Chine a commencé sérieusement à nuire aux intérêts français depuis les dernières années. Principalement dans le domaine du pétrole dans lequel l’Empire du milieu a fait une entrée impressionnante. Preuve de ce rapprochement de la RCA avec la Chine, l’entreprise pétrolière d’Etat chinoise CNPC (China National Petroleum Corporation) a obtenu la reprise du permis de recherche, de développement et d’exploitation du site pétrolier de Boromata, situé dans le nord-est du pays.

Ce rapprochement rapide et dans un secteur clé comme le pétrole, entre la RPC et la RCA n’a pas seulement accentué les inquiétudes de Paris, lassé de perdre de plus en plus son influence dans ses « anciennes » colonies, mais aussi de Washington, également peu ravi des positions de force de la Chine sur le continent africain. Les câbles diplomatiques étasuniens sur cette question en sont une preuve nette. D’ailleurs en mars 2013, le désormais déchu Francois Bozizé avait affirmé sur les ondes de Radio France International (RFI) qu’il a été renversé « à cause du pétrole ».Mis à part le pétrole, Bozizé avait également commencé un rapprochement avec Pékin dans le domaine militaire, notamment à travers des programmes grâce auxquels des officiers centrafricains allaient suivre des formations en Chine. Un autre secteur que Paris a l’habitude de contrôler dans ce qu’il considère encore ses possessions.

Selon plusieurs spécialistes, dont le journaliste camerounais Olivier Ndenkop, auteur de l’article « Les raisons cachées de l’intervention française en Centrafrique », les raisons de l’intervention armée française seraient purement d’ordre économique et politique, et aucunement humanitaire comme l’a martelé à plusieurs reprises François Hollande. Ce que l’on peut noter aussi, c’est qu’à part le désir de contrer à tout prix la colossale influence chinoise en Afrique, il s’agit également d’une volonté de limiter l’influence grandissante d’autres acteurs, parmi lesquels l’Inde ou le Brésil. Sans oublier l’Afrique du Sud qui à titre de leader du continent africain est de plus en plus appelée à avoir une participation active dans la résolution des conflits sur le continent. En effet et depuis plusieurs années on pouvait observer l’agacement de l’Elysée de voir Pretoria vouloir jouer un rôle de plus en plus important dans la résolution des conflits, y compris en Afrique francophone.

 Pour revenir à l’intervention française en Centrafrique, elle est loin de faire l’unanimité au sein de la population centrafricaine. Certains affirment même qu’elle ne fait qu’attiser les violences entre les différentes milices et groupes de population. D’ailleurs, une manifestation a eu lieu tout récemment dans la capitale Bangui pour protester contre la présence militaire française, accusée de « partialité » dans le conflit centrafricain. Les protestataires scandaient notamment « Non à la France » et « Hollande criminel ».

Le drame humain centrafricain serait donc vraisemblablement un exemple supplémentaire d’affrontements entre intérêts économiques et géopolitiques opposés. Et une fois de plus, derrière les interventions armées dites « humanitaires » se cache tant bien que mal la volonté de préserver ou d’arracher à tout prix ses dividendes plutôt que de sauver véritablement des vies humaines.

http://french.ruvr.ru/2013_12_24/Intervention-francaise-en-RCA-engagement-humanitaire-ou-enieme-tentative-de-contrer-la-Chine-9856/

Mikhail Gamandiy-Egorov