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Macron au Rwanda pour tenter à tourner la page des tensions

Le président français a reconnu la responsabilité de Paris dans le génocide rwandais, sans toutefois reconnaitre les accusations de complicité. Cette reconnaissance permettra-t-elle d’ouvrir une nouvelle page relationnelle entre les deux pays ? Retour sur la question.

Vingt-sept ans après le génocide rwandais, le président français Emmanuel Macron, a prononcé une allocution solennelle dans la capitale rwandaise Kigali. Dans ce discours très attendu au Mémorial du génocide rwandais, il a lancé «Je viens reconnaitre nos responsabilités».

Selon lui, «c’est aux hommes qu’il appartient de briser le silence. Et c’est au nom de la vie que nous devons dire, nommer, reconnaitre». En ajoutant «que la France a un rôle, une histoire, une responsabilité politique au Rwanda. Elle a un devoir: celui de regarder l’Histoire en face et de reconnaitre la part de souffrance qu’elle a infligée au peuple rwandais en faisant trop longtemps prévaloir le silence sur l’examen de vérité».

Cette démarche pourrait officialiser la normalisation des relations entre Kigali et Paris, surtout après un renforcement de la coopération économique entre les deux pays depuis les deux dernières années. En effet, le volet économique ne serait pas étranger dans la démarche de l’Elysée, comme le confirme d’ailleurs l’un des principaux porte-voix médiatiques des intérêts français le journal Le Monde.

A noter qu’Emmanuel Macron est accompagné à Kigali d’une dizaine d’entreprises françaises, ainsi que par le directeur général de l’Agence française de développement (AFD). Il faut d’ailleurs à ce titre faire remarquer que dans le classement Doing Business 2020 (édité par la Banque mondiale), le Rwanda est classé deuxième en Afrique et 38ème au niveau mondial dans ce rapport qui établit un classement des pays selon leur environnement des affaires. Confirmant ainsi l’intérêt évident pour le marché rwandais.

Mais au-delà de la sphère économique, le Rwanda a également renforcé son influence sur la scène régionale et continentale, en devenant un acteur avec lequel il faut compter. Que ce soit en matière de gestion post-conflit que dans le domaine sécuritaire. Concernant justement ce dernier point, il faut rappeler que Kigali avait récemment accordé un soutien militaire à la République centrafricaine, dont les troupes – aux côtés de celles des Forces armées centrafricaines (FACA) et des instructeurs russes – ont participé à la stabilisation du territoire centrafricain face aux groupes rebelles.

Une contribution ayant joué son rôle, puisque désormais les groupes rebelles en RCA ont connu une déroute totale face à l’armée gouvernementale et ses alliés. Le tout au moment même d’une chute d’influence sans précédent de Paris non seulement en Centrafrique, mais de plus en plus à d’autres endroits du continent africain.

En ce qui concerne les démarches de l’Elysée, notamment en direction du Rwanda, plusieurs questions méritent d’être posées. Serait-ce une compréhension réelle et sincère que si la France souhaite maintenir un certain nombre de ses intérêts en Afrique, elle devra reconnaitre les pages obscures de son interaction avec le continent? Rien n’est moins sûr, surtout au vu des événements récents en République centrafricaine, où les tentatives de déstabilisation via le réseau françafricain persistent – bien que sans résultat.

Serait-ce simplement une reconnaissance pragmatique du fait que pour sauver la face dans le monde contemporain, il faudra s’adapter à la réalité multipolaire, tout en respectant la souveraineté des Etats? Sur ce point également, rien ne permet pour l’instant de le penser sincèrement.

Ou peut-être tout simplement que Paris cherche à reprendre pied là – où son influence serait justement en chute libre? Quoiqu’il en soit, sans un changement réel d’attitude et de mentalité, traduit dans les actes et pas seulement dans les paroles, la capacité de conserver ses positions sur le continent africain continuera à être revue à la baisse.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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RCA: Faustin-Archange Touadéra investi président

Le président de la République centrafricaine vient d’être réinvesti à la tête de son pays, pour son deuxième mandat. Cette investiture renforce indéniablement le cadre de la volonté populaire du peuple de la Centrafrique, de même que la souveraineté du pays – longtemps martyrisé, et ce au désarroi de toutes les forces ayant de nouveau misé sur la déstabilisation.

Faustin-Archange Touadéra, arrivé au pouvoir en 2016 pour son premier mandat présidentiel dans un cadre démocratique, et ayant de nouveau remporté le scrutin en décembre dernier, a donc prêté serment en qualité de chef d’Etat de la RCA. Si effectivement sa réélection a suscité un enthousiasme évident d’une large part de la population centrafricaine, mais également de la société civile de nombre d’autres pays africains, il n’en demeure pas moins qu’elle n’a pas fait que des heureux.

En l’occurrence les groupes armés qui avaient tenté de nuire au bon déroulement du récent scrutin présidentiel et qui n’avaient certainement pas prévu de subir une déroute sans précédent face à la détermination du leadership centrafricain et des alliés bilatéraux du pays, en premier lieu la Russie et le Rwanda.

En ce sens, il est aujourd’hui pratiquement incontestable que l’autorité du président Touadéra n’en a été que renforcée. Ayant toujours été un homme de paix, privilégiant le dialogue, dont le premier mandat peut d’ailleurs être caractérisé par une stabilisation assez évidente de la situation intérieure, il n’a pas manqué dernièrement à faire de preuve cette fois-ci de fermeté à l’égard des violateurs de l’accord de paix de Khartoum.

C’est d’ailleurs probablement un exemple aujourd’hui évident pour nombre d’autres nations africaines: cadre démocratique, souveraineté nationale, panafricanisme, promotion de la paix tout en la défendant par la force en cas de nécessité, et, libre choix des partenaires extérieurs. A ce titre, c’est un secret de polichinelle que de savoir par exemple que l’ex-métropole coloniale française, ou plus particulièrement les réseaux «françafricains» étaient depuis toutes ces années fort mécontents de la large diversification des relations extérieures opérée par le président Touadéra et son administration, notamment au niveau diplomatique.

Une chose est sûre, les Forces armées centrafricaines (FACA), formées au cours des dernières années par la Russie, sont actuellement beaucoup plus aguerries, en comparaison à 2016. Et s’il y a encore récemment, les médias occidentaux, y compris hexagonaux, se donnaient un malin plaisir à rappeler qu’une large partie du territoire de la RCA était sous contrôle des groupes armés – depuis le bouleversement de la situation et la contre-offensive récente des forces gouvernementales avec le soutien russe et rwandais, ayant permis de libérer la large partie du sol centrafricain, l’enthousiasme de ces mêmes médias est devenu beaucoup moins évident. Avec comme résultat soit le silence sur les succès des troupes gouvernementales centrafricaines et de leurs alliés, soit une reconnaissance amère de cette réalité. On pourrait en ce sens faire le parallèle encore une fois avec le traitement de l’information sur la Syrie, mais restons en RCA.

Le secrétaire d’Etat français aux Affaires étrangères, Jean-Baptiste Lemoyne, cité par RFIparle «de l’engagement de la France dans le pays» et appelle à une solution politique. En parlant du premier point, on pourrait se demander à quel engagement fait référence le représentant hexagonal, sachant que dans toute la campagne de sécurisation récente du territoire centrafricain opérée contre les groupes armés qui menaçaient de nouveau la stabilité du pays et la population, l’Elysée n’était pas seulement absent, mais au contraire représentait l’une des principales sources du problème. Sans même rentrer dans les coulisses de la déstabilisation ayant tenté de faire tomber le gouvernement légitime de la Centrafrique, et des rapports pour le moins ambigus qu’entretient l’Elysée avec nombre d’acteurs locaux des tentatives de déstabilisation, rien que l’opposition de Paris, au même titre que Washington et Londres, au Conseil de sécurité onusien quant à la levée de l’embargo sur les armes à destination de la RCA, en dit très long. Une levée demandée à maintes reprises par le gouvernement de la Centrafrique pour accroitre les capacités défensives de ses forces armées.

En opposition encore une fois à Moscou et Pékin ayant quant à eux exprimé leur solidarité face au plaidoyer de la diplomatie centrafricaine. Quant au dialogue politique auquel fait référence Jean-Baptiste Lemoyne, voudrait-il pousser un gouvernement légitime au dialogue avec des bandits de grand chemin – d’autant plus vaincus sur le terrain? Ou serait-ce un message sur des tentatives de déstabilisation ultérieures? La suite nous le montrera.

Une chose est sûre – la RCA revient de loin et peut aujourd’hui se vanter de devenir un exemple, désormais positif, pour d’autres Etats africains. Quant aux blocages occidentaux du renforcement encore plus important de ses capacités défensives, Bangui pourra certainement continuer à compter sur les partenariats bilatéraux, dans un cadre souverain.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Au Congo, toujours pas d’accord de paix entre le gouvernement et le M23

Au Congo, toujours pas d’accord de paix entre le gouvernement et le M23

Le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) et les rebelles du Mouvement du 23 mars (M23) n’ont toujours pas signé d’accord de paix après la récente débâcle des rebelles face à l’armée congolaise.

L’accord qui devait être signé à Kampala (capitale de l’Ouganda) le 11 novembre dernier est finalement reporté sine die. L’une des raisons évoquées de l’échec de la signature serait d’ordre « terminologique ». En effet, le mot « accord » aurait été complètement refusé par les représentants du gouvernement de Kinshasa.

Pour le gouvernement de la RDC, il s’agit bel et bien de signer un document entre « un vainqueur et un vaincu » : Kinshasa et les rebelles respectivement. Les envoyés spéciaux de la communauté internationale présents à Kampala ont pour leur part regretté que les deux parties n’aient pas conclu d’accord qui devrait officialiser l’arrêt des hostilités.

Martin Kobler, le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en RDC, a affirmé de son côté : « Comment appeler le document sur la table ? Déclaration, conclusion ou accord ? La différence était à ce niveau et non au niveau de la substance. Je crois que l’accord, ou le papier ou encore le document était conçu pour finir une guerre. Maintenant que la guerre a pris fin, il faut trouver une solution pour réintégrer les combattants du M23 ».

La question est d’autant plus importante que l’option de reprise des affrontements reste malgré tout toujours d’actualité. Après un an et demi de violences, principalement dans la riche province minière du Nord-Kivu, et depuis leur mise en déroute par l’armée congolaise, bon nombre de combattants du M23 se sont réfugiés dans les pays voisins, en Ouganda et au Rwanda principalement. D’autre part, un certain nombre d’autres groupes armés restent toujours sur le territoire congolais et continuent de terroriser les populations locales.

La RDC, second plus grand pays d’Afrique et extrêmement riche en ressources minières, est en proie depuis des décennies à des conflits violents qui l’empêchent d’aller véritablement de l’avant, des conflits dus notamment aux appétits des pays voisins. Le problème avec le M23 est qu’à la base, c’est un groupe armé créé suite à la guerre du Kivu, composé d’ex-rebelles du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP). Suite à cette guerre du Kivu, s’en est suivi un accord de paix signé le 23 mars 2009 avec le gouvernement de Kinshasa. Considérant que le gouvernement congolais n’avait pas respecté ledit accord, les « nouveaux » rebelles ont alors créé le fameux « Mouvement du 23 mars » en allusion à l’accord signé précédemment.

Qu’en sera-t-il demain ? Même si le gouvernement congolais et le M23 parviennent à signer l’accord de paix tant espéré, quelle serait la garantie que cet accord serait véritablement durable ? A vrai dire : aucune. Car tant que le pays ne parviendra pas à contrôler entièrement son grand territoire et à bâtir une politique d’union nationale, comme l’a toujours souhaité son grand héros Patrice Emery Lumumba, le pays sera toujours exposé aux risques de nouvelles guerres et à des situations d’instabilité. Tout le problème est là.

Reste seulement à souhaiter que la République démocratique du Congo réussira à moyen ou à long terme à régler les problèmes auxquels elle fait face et que le rêve tant espéré de son héros national Patrice Lumumba sera enfin réalisé. A la jeunesse congolaise d’en avoir pleinement conscience, de prendre les choses en mains, et d’assurer à leur pays l’avenir qu’il mérite. A savoir un avenir prospère, proportionnel aux ressources du pays et que la RDC puisse s’assurer une paix durable.

http://french.ruvr.ru/2013_11_22/Au-Congo-toujours-pas-d-accord-de-paix-entre-le-gouvernement-et-le-M23-0938/

Mikhail Gamandiy-Egorov