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L’UEEA: l’intégration de l’Ouzbékistan renforcera l’indépendance agroalimentaire

La République d’Ouzbékistan, devenue membre-observateur de l’Union économique eurasiatique (UEEA) en décembre dernier, pourrait, dans le cas d’une adhésion à venir en qualité de membre à part entière de l’organisation, renforcer considérablement l’autonomie de tous les pays membres de l’union vis-à-vis des importations agroalimentaires. Surtout dans le secteur des fruits et des baies.

Il est important de noter qu’à l’heure d’aujourd’hui, le niveau d’autosuffisance pour les principaux types de produits agricoles et alimentaires au sein de l’Union économique eurasiatique se trouve à hauteur de 93,1%. Pour les experts et les hauts responsables de l’espace eurasien, dont Artak Kamalyan – ministre de l’Industrie et du complexe agro-industriel de la Commission économique eurasienne (l’organe exécutif de l’UEEA, chargé de la mise en œuvre des décisions, du respect des traités et de la gestion des activités économiques de l’organisation, ndlr), ce chiffre devrait dépasser 97% en 2021 pour pratiquement tous les produits alimentaires.

Pour les produits tels que les céréales, le sucre, les huiles végétales, les viandes de porc et de mouton, ainsi que les œufs et les pommes de terre – les pays de l’Union économique eurasiatique sont totalement autosuffisants grâce à leur propre production. L’exception concerne justement les fruits et les baies, sur lesquels le niveau d’autosuffisance se trouve au niveau de 43% et qui restent importés en grandes quantités, y compris en provenance d’Ouzbékistan. A noter que le surplus de fruits et de baies dans ce pays est d’environ un million de tonnes par an.

Par ailleurs, les légumes et les fruits représentent près de 90% de la structure des exportations de denrées alimentaires de l’Ouzbékistan. En ce sens, si l’adhésion de Tachkent en qualité de membre à part entière au sein de l’UEEA se confirme, cela aura indéniablement un effet positif sur tout le marché agroalimentaire de l’Union économique eurasiatique – augmentant significativement l’indépendance agroalimentaire des pays de l’organisation eurasienne vis-à-vis des importations hors-union. Tout en offrant des avantages certains aux exportateurs ouzbèks pour qui les exportations des produits agroalimentaires représentent l’une des principales priorités.

Tout cela permet pour Artak Kamalyan de considérer que grâce au secteur agro-industriel, l’intégration future de l’Ouzbékistan au sein de l’UEEA peut se faire de manière très harmonieuse. Ainsi, cette pleine intégration permettra à Tachkent de jouir de tout son potentiel pour l’approvisionnement du marché des pays membres sur les positions qui représentent son point fort, tout en répondant à ses besoins internes grâce aux capacités des autres pays de l’union en divers types de denrées alimentaires.

Evidemment, la question très importante de l’indépendance alimentaire totale pour l’Union économique eurasiatique, n’est pas le seul avantage qu’offrirait cette pleine adhésion de l’Ouzbékistan à lui-même et les autres pays membres. L’intégration de Tachkent faciliterait largement la vie aux plus de deux millions de citoyens ouzbèks vivant et travaillent dans l’espace de l’UEEA, principalement en Russie. Parmi ces avantages on peut citer l’absence de permis de travail – nécessaire à tous les citoyens étrangers en provenance de pays non-membres de l’union, sans oublier les atouts destinés à leurs familles.

Pour revenir à la question d’indépendance dans le secteur agroalimentaire, elle est importante à bien d’égards. Tout d’abord et à l’heure des tensions montantes avec les pays occidentaux, les pays de l’espace eurasien se doivent de diminuer les liens de dépendance avec les partenaires nostalgiques de l’unipolarité – aussi petite que cette dépendance puisse être. Notamment dans le cas d’imposition de nouvelles sanctions et de contre-sanctions réciproques.

L’autre aspect et pas des moindres, concerne une fort possible adhésion de l’Iran au sein de l’UEEA. Si cette intégration se confirme, il est certain qu’elle ne fera pas plaisir à un certain nombre de pôles pro-unipolaires – Washington en tête, sans oublier ses principaux alliés. D’où l’importance évidente d’augmenter encore plus l’autonomie au sein du grand espace eurasien, qui se positionne comme l’un des principaux acteurs de la montée en puissance du concept multipolaire mondial devenu réalité.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Le ridicule au summum des USA à l’encontre de Cuba

L’administration sortante étasunienne a placé Cuba sur sa liste noire des «Etats soutenant le terrorisme». Une décision dénouée de sens connaissant l’essence même de la politique internationale menée par La Havane, depuis des dizaines d’années et à ce jour.

Selon l’administration de Donald Trump, dont le mandat à la tête des Etats-Unis, vient de s’achever, cette décision datant d’il y a un peu plus d’une semaine, aurait été justifiée pour la raison que Cuba «ait apporté son soutien de manière répétée à des actes de terrorisme international et en donnant refuge à des terroristes». C’est ce qui a été annoncé par le chef de la diplomatie de l’administration étasunienne sortante Mike Pompeo.

La Havane avait réagi à travers son ministre des Affaires étrangères Bruno Rodriguez, en dénonçant l’opportunisme politique de l’administration Trump, reconnu par tous ceux qui se soucient avec honnêteté du fléau du terrorisme et de ses victimes. Mais le plus ridicule dans toute cette énième attaque washingtonienne contre Cuba, c’est que l’establishment US pense encore et toujours que l’opinion publique internationale est incapable de dissocier le vrai du faux. En l’occurrence ici – le faux total. Ou fake tout simplement pour reprendre le mot si apprécié au sein des élites atlantistes.

En parlant justement de terrorisme, quelques questions légitimes s’imposent. Est-ce Cuba qui avait, en toute illégalité internationale, détruit un pays comme l’Irak, pour y laisser se propager le virus du terrorisme, dont on voit aujourd’hui les résultats non seulement dans la région du Moyen-Orient mais également à d’autres endroits du monde? Est-ce Cuba qui a détruit un pays africain tantôt prospère, en l’occurrence la Libye de Mouammar Kadhafi, afin que le chaos et le terrorisme deviennent parties intégrantes du quotidien des Libyens depuis l’intervention de l’Otan – là aussi en violant le mandat onusien concerné?  

Ou encore en Syrie – est-ce La Havane qui en tentant à faire tomber un gouvernement d’un Etat souverain, y a laissé prospérer le pire du terrorisme international, sans en prendre aucune mesure digne de ce nom, si ce n’est quelques gestes symboliques lors de la fin de vie des nébuleuses terroristes dans ce pays? Des commentaires supplémentaires seraient probablement inutiles.

Par contre ce que Cuba a effectivement fait, et c’est là peut-être aussi l’une des sources du problème, c’est qu’au-delà d’avoir apporté un large soutien médical à ses alliés progressistes d’Amérique latine et de d’autres régions du monde, notamment durant la propagation du Covid-19, elle a apporté son aide y compris à nombre de pays occidentaux – sans rien attendre en retour. A l’image de sa politique traditionnelle humaniste.

Si cette décision de l’administration Trump ne peut effectivement qu’être considérée comme étant complètement insensée et ridicule, elle a au moins le mérite de remettre à l’ordre du jour ce que Washington a toujours souhaité vis-à-vis de La Havane. A savoir avoir un Etat soumis, corrompu jusqu’aux os, et dont l’écrasante majorité de la population ne pourrait avoir accès ni à l’éducation, ni aux soins médicaux dignes de ce nom. Tout l’inverse de ce qu’a apporté la révolution cubaine.

D’ailleurs Trump n’avait jamais caché son animosité vis-à-vis de Cuba, et ce dès les premiers jours de sa prise de pouvoir. Au même titre que vis-à-vis d’autres pays d’Amérique latine, menant une politique souverainiste et progressiste et d’autres nations considérées comme des adversaires à la politique US. Cette politique a mis d’ailleurs à mal le rôle d’anti-système que certains auraient voulu accorder à Trump.

Pour autant faut-il s’attendre à une amélioration des relations sous l’administration Biden? Bien que les méthodes puissent changer, la réponse est très certainement non. Cuba restera dans le viseur de Washington comme la référence et la source d’inspiration non seulement pour de nombreux Etats d’Amérique latine, mais également à d’autres endroits du monde. D’ailleurs et à Cuba – personne ne s’en fait d’illusions.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Sanctions US contre la Turquie: uniquement pour les S-400?

Les Etats-Unis ont mis leurs menaces visant la Turquie à exécution. Cette annonce de sanctions visant Ankara pour l’acquisition du système russe de défense antimissile S-400 est-elle cependant la seule raison pour cette étape ultime de pression sur la Turquie? Rien n’est moins sûr.

Washington a effectivement annoncé des sanctions contre la Turquie pour son acquisition du système de défense aérienne russe S-400, interdisant tout nouveau permis d’exportation d’armes à l’agence gouvernementale turque en charge des achats d’armement. 

Du point de vue pratique, cela signifie que les USA interdisent désormais l’attribution de tout nouveau permis d’exportation d’armes à l’agence gouvernementale turque en charge des achats d’armement (SSB), et interdisent l’entrée sur le territoire étasunien à ses dirigeants, dont le chef du SSB – Ismail Demir. C’est ce qui a été annoncé par l’actuel chef de la diplomatie US Mike Pompeo.

«Les mesures prises signalent clairement que les Etats-Unis ne tolèreront pas de transactions significatives avec les secteurs russes de la défense et du renseignement», a précisé le secrétaire d’Etat étasunien.

Du point de vue des perspectives, il s’agit évidemment d’une première dans la relation entre alliés de l’Otan. Plus exactement – entre la première et la deuxième force en termes d’effectifs de l’organisation atlantiste.

La Turquie n’a de son côté pas manqué de réagir. Et une fois de plus – ne compte vraisemblablement pas reculer sur ledit dossier. A ce titre, Ismail Demir, visé par ces sanctions, a déclaré que son pays est déterminé à parvenir à une industrie de la défense totalement indépendante sous la direction du président Recep Tayyip Erdogan. 

«Aucune décision prise à l’étranger envers moi-même ou notre institution ne changera ma position ou celle de mon équipe», a déclaré Ismail Demir dans un tweet. En ajoutant que «les sanctions ne pourront en aucun cas entraver l’industrie de la défense turque».

Un son de cloche similaire du côté d’autres hauts responsables de la Turquie, que ce soit de la présidence, de sa diplomatie ou encore de ses parlementaires – issus aussi bien du parti au pouvoir, que de l’opposition. En d’autres termes – la souveraineté turque, et ce malgré l’appartenance otanesque, reste non-négociable pour son élite. Plusieurs de ses membres ont même appelé à l’accélération d’une pleine utilisation des S-400 par la Turquie.

Pour le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov – les sanctions étasuniennes visant la Turquie sur les S-400 n’ont pas été une surprise, il s’agit d’une énième manifestation d’une attitude arrogante envers le droit international, ainsi que des mesures tout simplement illégales. Une solidarité partagée par le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Djavad Zarif, qui a fermement condamné de son côté les sanctions US imposées à la Turquie, évoquant un «mépris du droit international». 

«Nous condamnons fermement les récentes sanctions américaines contre la Turquie et nous nous tenons aux côtés de son peuple et de son gouvernement», a publié dans un tweet le chef de la diplomatie iranienne.

Pour nombre d’experts, les actions étasuniennes à l’encontre d’Ankara ne feront certainement pas fléchir cette dernière. Néanmoins, il s’agit très certainement d’un signal pour d’autres clients potentiels de l’armement russe. Si des pays comme la Chine, l’Inde, l’Algérie, l’Iran, la Turquie, ainsi qu’un certain nombre de nations eurasiennes et latino-américaines, n’ont pas été impressionnés jusqu’à maintenant par la menace des dites sanctions, il n’empêche que des Etats entretenant des relations fortes avec Washington pourraient abandonner leur intérêt pour les systèmes russes sous la pression washingtonienne. Difficile pour les Etats-Unis d’assumer une concurrence loyale et digne face à une production compétitive, sophistiquée et avec un bien meilleur rapport qualité/prix. Ceci étant dit, cela ne pourra nuire de façon considérable aux intérêts de Moscou sur le marché international de l’armement.

Mais concernant la Turquie plus particulièrement, les actions hostiles des USA sont-elles dues uniquement au dossier des S-400? Rien n’est moins sûr. En effet, plusieurs raisons peuvent également avoir largement contribué à cette énième attaque à sanctions des Etats-Unis contre un pays souverain. Tout d’abord, l’establishment US n’aime pas avoir des partenaires qu’il doit traiter en égal. A ce titre, il préfère bien plus la relation de dictant à sous-traitant.

D’autre part, les actions turques des dernières années ont confirmé l’indépendance de sa politique extérieure aussi bien vis-à-vis de Washington, que du siège otanesque Bruxelles. Par ailleurs, l’hypocrisie occidentale est caractérisée également par une autre forte contradiction: Washington et nombre d’autres capitales occidentales parlent «d’actions déstabilisantes» de la Turquie dans divers régions du monde. Bizarre, ces condamnations étaient totalement absentes du langage des élites atlantistes lorsque la Turquie participait à la déstabilisation de la République arabe syrienne et de son gouvernement, de concert avec les Occidentaux. Notamment durant la première phase du conflit syrien.

Et là aussi ce n’est pas tout. La capacité d’Ankara de trouver des accords et des compromis dans des dossiers régionaux et internationaux, notamment avec Moscou et Téhéran, y compris en ayant des intérêts parfois divergents – le tout sans y inclure les puissances occidentales, et surtout les USA, semble confirmer la colère de l’élite US, et atlantiste de façon générale.

Si en Syrie, cela a été atteint avec le processus d’Astana, le dossier récent du Haut-Karabakh – où l’accord de paix a été négocié sans la participation de Washington et de Paris qui souhaitaient vivement être impliqués, peut avoir été la goutte de trop.

Le souci pour les élites étasuniennes, et plus généralement occidentalo-atlantistes, c’est que ces mécanismes du concept multipolaire du monde semblent désormais en phase active. Quant aux sanctions, elles ne pourront pas stopper la chute confirmée de l’unilatéralisme occidental. Mais tel un patient inguérissable – l’establishment occidental semble rejeter tous les traitements – par la même occasion accélérant sa propre chute.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Washington n’obtient pas les sanctions onusiennes contre l’Iran

Malgré un intense travail de plusieurs mois en termes de lobbying et de pressions multiples, Washington n’a pas réussi à réaliser l’un de ses principaux objectifs à l’international du moment : celui de faire prolonger l’embargo sur les armes contre l’Iran et à relancer des sanctions onusiennes à son encontre.

Pour la République islamique, il s’agit évidemment d’un succès. D’ailleurs, lors de son allocution à la 75ème session de l’Assemblée générale des Nations unies par visioconférence depuis Téhéran, le président iranien Hassan Rohani n’a pas manqué de pointer du doigt la politique étasunienne. Il a notamment déclaré «que les Etats-Unis ne peuvent nous imposer ni des négociations, ni une guerre», soulignant pour que pour le monde, il est aujourd’hui temps de dire «non» aux brimades et à l’arrogance. Tout en ajoutant que «la vie est dure sous sanctions, mais encore plus difficile sans indépendance», accentuant ainsi sur la détermination iranienne à ne pas céder face aux pressions et sanctions US.

En effet, le dossier sur lequel misait tellement l’establishment washingtonien résonne comme un échec évident. D’ailleurs, nombre de médias occidentaux ont fait état de l’échec américain dans ce dossier, ainsi de que de « la fracture sans précédent entre les Etats-Unis et l’Europe à l’ONU». 

Pour le leadership iranien, il s’agit évidemment d’une victoire, tant sur le plan extérieur qu’intérieur. En conseil des ministres, le chef d’Etat iranien le confirme: «La nation iranienne a remporté un grand succès politique, juridique et diplomatique aux Nations unies. La raison de cette victoire réside uniquement dans l’adhésion et la résistance du peuple (…) La grandeur de l’Amérique s’est effondrée, tout comme l’hégémonie mondiale dont ils pensaient disposer».

En parlant maintenant de perspectives, évidemment l’obtention de ce succès politico-diplomatique pour Téhéran est à mettre à l’actif de sa capacité de résistance aux sanctions et pressions, visant notamment son économie et son secteur énergétique, sans oublier les menaces régulières d’agression militaire à son encontre. C’est un fait qu’il est aujourd’hui fort difficile de nier.

D’autre part, il est également assez évident que la puissante solidarité sino-russe au Conseil de sécurité de l’ONU, y compris dans le soutien à l’allié iranien sur ce dossier, a joué un rôle de poids majeur. Poussant vraisemblablement par la même occasion les alliés européens de Washington à se désolidariser de lui sur ledit dossier – évidemment non pas par un désir de justice ou par un soutien au monde multipolaire, mais probablement bien plus par calculs mesquins. Le manque de soutien de leur part aux actions étasuniennes peut être vu comme une façon de jouer, une fois n’est pas coutume, la carte de souveraineté dont les pays en question manquent cruellement dans leur suivi constant, remarqué par les observateurs, des prérogatives de Washington.

Ceci étant dit, il apparait aujourd’hui qu’au vu des déclarations émanant d’outre-Atlantique, l’establishment US, malgré l’isolement, ne prévoit pas de reculer. Et menace déjà ouvertement non seulement Téhéran, mais également ses alliés chinois et russe. Bien que cette obstination washingtonienne à prétendre rester l’hégémon mondial et à vouloir à tout prix à imposer sa volonté au reste de la planète, semble plus que jamais compromise. Et cela, même les élites occidentales, bien que nostalgiques de l’ère unipolaire révolue, semblent comprendre de plus en plus.

Deux choses sont néanmoins sûres. Pour Washington, cette défaite évidente dans sa volonté d’isoler l’Iran est dure à avaler. Quant à l’Iran, il aura encore une fois démontré être une nation qu’il est fort compliqué à faire plier. Grande civilisation oblige.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Les pays baltes: une sous-traitance qui risque de coûter cher

Depuis la chute de l’URSS, certains pays ayant fait partie de l’union, se sont engagés sur une voie radicalement russophobe et pro-atlantiste. Les conséquences d’une telle politique restent extrêmement mitigées.

En effet, il suffit de prendre l’exemple des trois pays baltes – qui furent pour ceux qui ne le savent pas en période soviétique parmi les plus subventionnés par Moscou, mais à la fin de l’Union soviétique le cap était clairement donné vers l’intégration au sein de l’Otan et le fait d’accepter un véritable rôle de sous-traitants vis-à-vis de Washington, en parallèle d’une montée en flèche de positions clairement russophobes.

Dans cette politique, où d’ailleurs les trois pays baltes ne font pas figure d’exception, car des pays de l’ex-bloc socialiste comme la Pologne ou la Roumanie, se sont également engagés sur la même voie, les résultats restent très fortement discutables. Si les élites de ces pays trouvent leur compte dans leurs rapports privilégiés avec Washington et Bruxelles, le développement économique tant attendu n’est toujours pas arrivé. Si ce n’est la possibilité pour un large nombre de Polonais, Roumains, Lituaniens, Lettons, Estoniens d’aller faire une vie meilleure au Royaume-Uni, Allemagne et d’autres pays économiquement plus développés.

Le souci pour les pays baltes en l’occurrence, c’est que la dépendance économique vis-à-vis des voisins dont les élites des pays en question partagent une haine non-voilée, est restée forte. Les trois membres de l’UE – 86ème, 102ème et 112ème respectivement pour Vilnius, Riga et Tallinn dans le classement mondial en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat (PPA), restent fortement dépendants économiquement de pays comme la Russie et la Biélorussie. Justement et dans le cas du dernier, les récentes interférences baltes en coordination avec l’Otan et Washington dans les affaires post-électorales biélorusses, ont rappelé que Minsk dispose de bien d’instruments pouvant frapper les intérêts des pro-atlantistes radicaux. En premier lieu ceux de la Lituanie.

En effet, le président biélorusse Aleksandr Loukachenko a récemment menacé de réorienter les exportations biélorusses transitant par les ports lituaniens, notamment celui de Klaipėda, ainsi que d’interdire le transit des exportations européennes destinées à la Russie. Et dans le cas du premier point, les choses semblent déjà avoir commencé.

Pour information, les marchandises en provenance de Biélorussie représentent tout simplement près du tiers du trafic ferroviaire et portuaire de Lituanie. Un trafic qui rapporte gros au budget lituanien. Et selon le président biélorusse son pays « assure un tiers des revenus budgétaires » du voisin hostile. Certains responsables à Vilnius avaient pris au départ ces déclarations comme étant du « populisme » et avaient déclaré que ces actions frapperaient également la Biélorussie, en faisant notamment référence au fait que la réorientation pour le transit des produits biélorusses en faveur des ports russes couterait plus cher que le canal existant avec la Lituanie, tout en poursuivant les actions hostiles envers Minsk adoubées par Washington. Mais les récentes négociations entre Minsk et Moscou, composant ensemble l’Etat-Union et faisant partie de structures comme la CEI et l’Union économique eurasiatique, confirment que la Biélorussie semble déterminée à suivre la voie annoncée. D’autant plus que la Russie pourra certainement offrir des tarifs préférentiels à Minsk pour l’utilisation de ses ports, entre autres celui d’Oust-Louga, compte tenu des liens politiques et sécuritaires étroits entre les deux nations, et aussi du point de vue économique compte tenu des volumes importants de marchandises concernées par ledit transit.

Tout cela pour dire plusieurs faits. Tout d’abord que l’Union économique eurasiatique, un marché de près de 200 millions de personnes, représente un espace de grandes opportunités économiques pour ses membres et les pays ayant déjà des accords de libre-échange avec ladite union. D’autre part, les pays membres de l’Union européenne réalisant de façon radicale la sous-traitance politique et sécuritaire pour le compte de Washington, dont bien sûr les trois pays baltes, devront probablement désormais espérer l’obtention de plus de subventions venant de Washington et/ou de Bruxelles, pour compenser les pertes économiques dues aux actions hostiles qu’ils réalisent vis-à-vis des pays dont ils possèdent une dépendance économique. Notamment la Lituanie dans sa relation avec la Biélorussie. Après tout, ce n’est jamais bon de cracher dans la soupe.

Enfin, et lorsqu’on voit de quelle façon un pays comme les USA adopte des sanctions non seulement contre ses principaux adversaires géopolitiques et géoéconomiques, mais également contre tout Etat qui refuse de se mettre à genoux, il y a de quoi réfléchir. La Syrie, le Venezuela, l’Iran, ou encore Cuba (plus d’un demi-siècle d’embargo agressif étasunien pour ce dernier) en savent quelque chose. Pourquoi donc des pays possédant des instruments économiques évidents se priveraient-ils de riposter eux aussi vis-à-vis d’Etats ayant non seulement des positions hostiles vis-à-vis des premiers, mais aussi qui participent aux différentes déstabilisations et provocations visant des pays dont ces initiateurs dépendent fortement économiquement? Restera après aux concernés d’assumer les conséquences. Peut-être en envoyant encore plus de migrants vers les pays plus développés, pour le compte desquels cette sous-traitance est appliquée.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Embargo sur les armes à l’Iran: les USA isolés

Les Etats-Unis ont échoué à faire prolonger l’embargo sur les ventes d’armes à l’Iran. Et ce après des mois de travaux intensifs de lobbying politico-diplomatiques. Une fois de plus, les USA se retrouvent isolés.

«Nous avons perdu aujourd’hui» – c’est ce qu’a déclaré le conseiller de la Maison-Blanche à la sécurité nationale Robert O’Brien. Tout en ajoutant «que ce n’était pas encore fini». En effet, Washington se rend progressivement à l’évidence que ses initiatives font face non seulement au duo implacable Moscou-Pékin, mais également et de en plus en plus au manque de confiance de ses propres alliés occidentaux.

Si le double véto russo-chinois face à la résolution étasunienne était fort prévisible, l’abstention de la France, de l’Allemagne et même de la Grande-Bretagne était pour nombre d’observateurs assez inattendue. D’un autre côté et plus particulièrement dans le cas allemand, le manque de soutien à l’allié otanesque sur le dossier en question serait tout de même moins surprenant. Compte tenu des pressions et menaces exercées par l’establishment US sur les entreprises et personnalités allemandes liées à la construction du gazoduc Nord Stream 2. Berlin étant bien évidemment toujours dans le camp atlantiste, mais toute chose peut avoir des limites – surtout lorsqu’il s’agit d’intérêts économiques importants. D’autant plus en lien avec un domaine stratégique qu’est l’énergie.

Mais malgré la nette opposition de l’Axe Pékin-Moscou, et le manque de solidarité des alliés européens de Washington, il est bien peu probable que ce dernier s’en arrête là. Se sentant isolés, faisant face à la détermination iranienne de ne pas fléchir et du soutien géopolitique évident émanant depuis la Chine et la Russie à destination de l’Iran, les Etats-Unis pourront toujours utiliser la bonne vieille méthode qui leur est propre: celle des provocations armées contre Téhéran et ses intérêts internationaux et la poursuite des tentatives de déstabilisation de toutes sortes. Surtout que les nombreuses sanctions économiques n’aient pas mis la République islamique à genoux.

En ce sens, l’initiative du président russe Vladimir Poutine de convoquer dans un futur proche une réunion devant réunir les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, plus l’Iran et l’Allemagne, dans l’objectif de créer des mécanismes capables de créer un climat de confiance dans la zone du golfe Persique et de faire diminuer les tensions existantes, arrivait pratiquement au même moment que le vote au Conseil de sécurité onusien sur la poursuite de l’embargo sur les armes à l’Iran – où la résolution US a connu une défaite fracassante. Une initiative que pour le moment semble ne pas soutenir le président étasunien Donald Trump – du moins avant la fin de l’élection présidentielle aux USA.

Chose qui était assez prévisible – sachant que le président US avait fait des pressions sur l’Iran l’une de ses principales thèses en termes de politique étrangère. Et vu que cette politique n’a pas donné de résultat escompté – ni du côté iranien, qui refuse d’abdiquer et continue de défendre activement ses intérêts, ni du côté du duo russo-chinois qui accorde un important soutien politico-diplomatique et économique à Téhéran, et désormais même les alliés occidentaux de Washington semblent se montrer de plus en perplexes – tout dialogue prématuré serait considéré comme une défaite évidente et sur tous les plans pour le leadership étasunien.

Encore une fois, la défaite politico-diplomatique étasunienne ne doit aucunement être vue comme une possibilité de baisser les gardes pour l’Axe Pékin-Moscou-Téhéran. Les trois nations continuent d’être officiellement considérées par Washington comme étant ses principaux adversaires géopolitiques. Mais plus que cela encore, les attaques et provocations côté étasunien pourront aller clairement à la hausse. Et ce dans le cas des intérêts des trois pays.

En ce qui concerne plus particulièrement le golfe Persique et la région du Moyen-Orient, il n’est pas à exclure que les USA chercheront de nouveaux moyens de vengeance visant les positions iraniennes. En oubliant par la même occasion que les capacités de riposte côté Téhéran ne sont pas à démontrer. Et qu’une telle riposte serait amplement justifiée dans le cas où, une fois de plus, Washington serait l’initiateur et l’agresseur. Avec des conséquences imprévisibles pour la suite. Evidemment et cela est connu de tous, il y a des parties intéressées au maintien et même au renforcement des attaques visant l’Iran – l’Etat sioniste notamment. Sauf qu’à force de pousser le bouchon un peu loin, les instigateurs d’une telle approche se retrouveront eux-mêmes dans le viseur du feu de riposte. Un feu qui pourrait être bien plus puissant que celui ayant fait suite à l’assassinat du général Qassem Soleimani.

En ce sens, les initiatives politico-diplomatiques de Moscou et de Pékin, dans un cadre pleinement multipolaire, sont certainement à saluer. Le souci c’est que lorsqu’en face il y a ceux qui refuseront encore un bon moment d’accepter la nouvelle réalité mondiale, le risque d’un affrontement majeur restera sérieusement élevé.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Effets potentiellement désastreux pour les compagnies US en Chine

La guerre économique contre la Chine engagée par les Etats-Unis pourrait avoir un effet boomerang pour les multinationales étasuniennes fortement dépendantes du marché chinois. C’est d’ailleurs ce que semble bien souvent oublier l’establishment US.

Après les attaques américaines visant les intérêts du géant chinois Huawei et plus récemment encore les applications TikTok et WeChat, Washington semble effectivement oublier que les grandes multinationales US fortement implantées en Chine risquent de se retrouver fortement touchées, avec à la clé d’énormes pertes financières.

Selon l’analyste Ming-Chi Kuo, plusieurs cas de figure sont possibles. L’option la plus négative pour le géant US Apple, dans le cas où ce dernier serait contraint de supprimer l’application WeChat pour ses appareils dans le monde entier, la chute des ventes d’iPhone en Chine serait de l’ordre de 25 à 30%. Pour rappel, l’Empire du Milieu à lui seul représente 20%, soit 1/5, des ventes d’iPhone au niveau mondial. Plus généralement la Chine aurait représenté 15% des revenus d’Apple au cours du dernier trimestre.

Une inquiétude partagée d’ailleurs par le média étasunien Bloomberg, qui en outre se réfère à un sondage récent indiquant clairement que les utilisateurs chinois se disent prêts à abandonner leurs iPhone du moment qu’il sera impossible d’y installer certaines applications qu’ils utilisent activement, dont WeChat.

Un signal fortement révélateur et qui confirme qu’au-delà des mesures restrictives de riposte que pourrait adopter le gouvernement chinois, la population du pays serait parfaitement encline à suivre. Et ce aussi bien pour des raisons purement pratiques, que patriotiques.

Mais au-delà des intérêts d’Apple et du secteur high-tech, d’autres domaines ne seront pas en reste: énergie, investissements, l’agroalimentaire. En ce qui concerne ce dernier secteur, l’Union économique eurasiatique se dit prête à remplacer pleinement les produits agricoles Made in USA sur le marché chinois. En effet, la part des produits agroalimentaires issus de l’UEEA ne cesse d’augmenter en Chine.

L’essentiel à retenir dans cet affrontement géoéconomique entre Washington et Pékin est que bien que le premier semble décidé à ne pas reculer dans la guerre économique l’opposant au second, il ne comprend vraisemblablement pas réellement les conséquences auxquelles devront fort possiblement faire face les compagnies US, notamment ses multinationales. Le tout à un moment où la Chine est devenue une puissance internationale incontournable, notamment via son poids économique majeur et la présence de ses intérêts aux quatre coins du monde.

Et bien que les partisans d’une ligne dure vis-à-vis de Pékin du côté washingtonien affirment que les produits des entreprises US fortement présents sur le marché chinois pourront trouver des marchés alternatifs, notamment indien, tout indique et confirme une fois de plus que la politique des sanctions tellement appréciée par les élites atlantistes, trouvera bien souvent un effet boomerang indéniable. Les pays de l’Union européenne en savent quelque chose – depuis les sanctions visant la Russie et les contre-sanctions russes qui s’en ont suivi, les producteurs issus de l’UE de l’industrie agroalimentaire touchée par la riposte russe n’ont toujours pas réussi à pouvoir substituer de façon notable le marché russe qui leur avait été fermé depuis. Provoquant par la même occasion des multi-milliards de pertes financières annuellement.

Le souci pour l’establishment atlantiste c’est qu’il n’apprend pas grand-chose de ses erreurs et pense toujours pouvoir appliquer le schéma d’une politique unipolaire n’ayant plus de place dans le monde contemporain.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Les USA incapables d’assumer toute concurrence internationale

La réalité multipolaire du monde actuel a, entre autres, eu un mérite indéniable. Celui de mettre au grand jour la pleine incapacité des USA à assumer une concurrence digne de ce nom à l’international. Au-delà des sphères politico-diplomatique, géopolitique ou militaire, le gendarme autoproclamé est également incapable d’accepter une véritable concurrence dans le domaine économique.

Lorsque Washington est dans l’incapacité à détruire pleinement la souveraineté de certains pays, il se lance néanmoins dans un véritable Far-West en vue de lui voler ses ressources naturelles. Car à défaut de pouvoir en prendre un contrôle intégral, le vol peut néanmoins être partiel. Comme cela se fait d’ailleurs aujourd’hui, dans une partie de la Syrie.

A défaut de pouvoir en prendre un quelconque contrôle en vue d’un pillage des dites ressources, l’establishment étasunien engage des sanctions visant soit à asphyxier les économies des Etats indépendants (Iran, Venezuela notamment) ou à faire en sorte de limiter fortement la commercialisation des produits de ses concurrents géopolitiques et géoéconomiques. Cela est d’ailleurs pleinement visible dans les cas de la Chine ou de la Russie.

Les exemples sont multiples. Dans le cas concernant Pékin, les attaques étasuniennes visent plusieurs compagnies chinoises de grande envergure à l’international, notamment du domaine high-tech – un domaine dans lequel les Etats-Unis n’imaginaient probablement pas d’avoir une concurrence digne de ce nom à l’époque de l’ère unipolaire aujourd’hui révolue. Parmi elles Huawei ou un exemple encore plus récent ByteDance et son réseau social TikTok.

Bien souvent en utilisant effectivement des accusations farfelues – comme le fait d’une prétendue collecte d’informations par les autorités chinoises sur les utilisateurs, en oubliant presque toujours de rappeler comment les grandes et moyennes compagnies US collectent justement toutes les informations possibles et confidentielles au niveau mondial, bien souvent en collaboration avec les services secrets étasuniens.

Dans le cas de la Russie, les exemples ne manquent guère aussi. Que ce soit les menaces de sanctions visant les clients de Moscou dans le secteur de l’armement – allant même à menacer ses propres alliés, comme c’est le cas avec la Turquie dans le cas de l’acquisition du système des S-400. Ou dans le secteur énergétique, où Washington menace là aussi ses propres alliés européens, en souhaitant à tout prix imposer ses propres livraisons de gaz et de pétrole – même si cela coûtera sérieusement plus cher aux consommateurs des pays d’Europe, et que la logistique de ces livraisons étasuniennes sera bien plus complexe que celle arrivant via la puissance eurasienne. Le high-tech russe, à l’instar du chinois, n’est lui aussi pas épargné. L’exemple du géant russe d’édition d’antivirus Kaspersky fut également fort révélateur.

Le souci pour Washington et c’est d’ailleurs ce qu’il n’arrive toujours pas à comprendre, c’est que ces attaques visant les intérêts aussi bien de la Chine, de la Russie et d’autres pays – auront forcément un effet boomerang, sans pour autant que le seul et unique objectif recherché par l’élite US puisse être atteint, à savoir casser toute concurrence possible. Car si des compagnies comme Huawei ou Kaspersky sont aujourd’hui si performantes au niveau mondial, ce n’est pas des sanctions, intimidations ou pressions qui les feront disparaitre du marché international. Au contraire, dans un certain sens on peut même parler d’un coup de pouce publicitaire supplémentaire pour la commercialisation des produits des dites entreprises, ou d’autres.

D’autre part et Washington doit en prendre sérieusement note – les ripostes éventuelles des puissances rivales se feront parfaitement ressentir pour les compagnies étasuniennes, y compris les plus grandes, avec au final des pertes ou des limitations de marchés, pouvant se comptabiliser en centaines de millions, voire en milliards, de consommateurs. Plus que cela et au-delà des adversaires géopolitiques déclarés, les USA risquent de voir arriver des réponses y compris de la part de leurs alliés, notamment européens, qui ne pourront probablement pas indéfiniment accepter des rôles de sous-traitants, devant suivre à la lettre les prérogatives washingtoniennes. Et si cela devait arriver en complément des mesures de réponses émanant des partisans de la multipolarité, la chute ne sera qu’accélérée.

Quant au vol pur et simple des ressources naturelles d’autres pays, la résistance des peuples concernés fera certainement en sorte que les USA plieront, à un moment ou un autre, bagage. D’ailleurs et pour rappel aussi, si Washington a limité aujourd’hui les agressions militaires ouvertes contre des Etats souverains, ce n’est pas tant due à l’amabilité étasunienne, mais tout simplement à la compréhension des capacités de riposte actuelles pouvant viser de telles agressions. Au moins quelque chose que l’establishment US comprend.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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USA: les républicains pour le durcissement des sanctions contre les principaux adversaires géopolitiques

Gestion catastrophique de la pandémie du Covid-19, tensions inter-ethniques, raciales, violence policière et vandalisme des casseurs à l’intérieur, refus d’accepter l’ordre unipolaire révolu par la grande majorité des pays du monde à l’extérieur, mais rien n’y fait – les représentants de l’establishment US prévoient de s’accrocher jusqu’au bout. Y compris à travers de nouvelles menaces qu’ils souhaitent mettre à exécution. 

Les républicains à la Chambre des représentants du Congrès étasunien ont publié mercredi un rapport sur la stratégie de la sécurité nationale, appelé à «renforcer le rôle des Etats-Unis et à contrer les menaces mondiales». Dans ledit rapport, il est notamment proposé d’imposer «les sanctions les plus dures jamais imposées auparavant» contre la Russie, l’Iran, et le Parti communiste chinois. A noter que le groupe de travail en question fait partie de la plus grande association de la faction républicaine à la Chambre des représentants US.

Ainsi, les auteurs du rapport proposent d’inclure la Russie sur la liste «des pays parrainant le terrorisme» – une liste que rédige l’administration présidentielle étasunienne. Ni plus, ni moins. Les raisons pour de telles accusations serait le soutien de Moscou aux corps des Gardiens de la révolution islamique iranien, le Hezbollah libanais, ou encore aux Talibans afghans. L’autre raison invoquée serait le fait qu’au cours de la dernière décennie, la Russie a affirmé son rôle de puissance mondiale, avec «une intention claire de saper l’ordre mondial sous la direction des USA». Ce serait peut-être d’ailleurs et surtout la principale raison.

L’autre orientation vis-à-vis de la Russie concerne, là aussi sans grande surprise, le secteur énergétique. Ainsi, le Congrès est invité à imposer une seconde couche de sanctions aux entreprises soutenant les projets pétroliers et gaziers russes. Ce n’est pas tout: selon les dits auteurs, il faut également imposer des restrictions à l’acquisition de la nouvelle dette souveraine russe, tout en poursuivant des sanctions personnelles vis-à-vis de responsables russes, et… des structures pro-russes dans d’autres pays. La liste n’est pas terminée, puisque les «érudits » étasuniens appellent aussi à exclure la Russie du système interbancaire SWIFT.

Dans le cas de Pékin, le rapport propose d’imposer «des sanctions contre le Front uni du Comité central du Parti communiste chinois», ainsi qu’à l’encontre d’un certain nombre de hauts fonctionnaires, y compris des membres du Politburo. Ceci, «dans le cadre de leurs activités concernant la population ouïghoure de Chine, ainsi que dans celui de la situation à Hong Kong». Les auteurs du rapport pensent également qu’en ce qui concerne la Chine, il est plus raisonnable d’utiliser des «sanctions ciblées», qui selon eux «fonctionneraient plus efficacement que les mesures tarifaires à grande échelle, qui affecteront à large échelle les USA eux-mêmes». Enfin, ils font également mention de la nécessité de bloquer la propagande chinoise, ainsi que de prendre les «mesures pour empêcher les technologies américaines critiques d’arriver dans ce pays».

En ce qui concerne la lutte contre l’Iran, le rapport propose d’imposer de nouvelles sanctions vis-à-vis d’un certain nombre de secteurs de l’économie iranienne. En parallèle des mesures visant les structures régionales affiliées à la République islamique, en particulier les milices pro-iraniennes en Syrie, Irak, Liban et Yémen. Reste tout de même à espérer que les initiateurs de ce rapport maitrisent également la localisation géographique des pays dont ils font mention.

Maintenant, pour parler perspectives. Evidemment, toutes ces mesures proposées par les politiciens étasuniens, peu importe d’ailleurs qu’ils soient républicains ou démocrates – car la haine de la Chine, de la Russie et de l’Iran les rassemble fortement – sont de nature consultatives et ne sont pas (en tout cas pour le moment) un projet de loi soumis au Congrès. Il n’empêche que cette action est tout de même très révélatrice des intentions de l’establishment étasunien dans son ensemble – y compris dans le camp de Donald Trump – à savoir se battre jusqu’au bout pour un retour à une gestion unipolaire du monde, même si le navire en question continue de couler.

Evidemment, dans le cas d’une imposition de telles sanctions, la guerre pourrait être totale, aussi bien sur le plan économique, qu’au niveau de la confrontation militaro-stratégique (sans forcément de guerre directe, mais avec une implosion d’affrontements locaux et régionaux). Et au vu des capacités contemporaines de Pékin, Moscou, et Téhéran, sans y inclure les alliés respectifs, Washington ne sortira pas gagnant d’une telle confrontation. Et ne ferait qu’accélérer sa chute. Mais connaissant la mentalité des élites atlantistes, beaucoup plus joueurs de pokers que d’échecs, ils pensent que miser le tout serait la solution. Rien n’est moins sûr. Ajoutez à cela les innombrables problèmes irrésolus de l’intérieur, et le tour est joué. Sauf que le Deep State n’a que peu à faire non seulement des vies humaines au-delà des frontières US, mais également sur le front intérieur, et effectivement l’époque actuelle multipolaire n’avait jamais autant remis en question leur pouvoir autoproclamé et inacceptable pour l’écrasante partie de l’humanité. 

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’Iran brise le blocus étasunien du Venezuela

Malgré les sanctions étasuniennes visant la République islamique d’Iran et la République bolivarienne du Venezuela, les dernières actions des deux pays démontrent la détermination d’outrepasser ces pressions, et ce malgré les menaces de Washington.

Le premier des cinq pétroliers iraniens est arrivé au Venezuela, transportant des carburants nécessaires pour la nation latino-américaine. L’information est confirmée par Tareck El Aissami, le ministre vénézuélien du Pétrole. Il a également indiqué que le navire a été escorté par les forces armées à son entrée dans les eaux territoriales du pays.

A cet effet, l’ambassade iranienne à Caracas a également publié un communiqué et a remercié les militaires vénézuéliens: «Le premier pétrolier iranien a atteint les côtes vénézuéliennes. Nous sommes reconnaissants aux Forces armées bolivariennes pour l’avoir escorté». La télévision pan-latino-américaine Telesur a en outres diffusé les images correspondantes.

L’arrivée des quatre autres navires est prévue dans les prochains jours. Au total, 1,5 million de barils de carburant font partie des livraisons en cours. Le tout à un moment où les pénuries de carburant en République bolivarienne se sont aggravées avec la propagation du Covid-19. Pour rappel, les USA ont imposé des sanctions visant les exportations de brut de l’Iran et du Venezuela. Tout en proférant des menaces de recours armé. C’est ce que d’ailleurs n’a pas manqué de rappeler le représentant permanant du Venezuela à l’ONU, en déclarant que les pétroliers iraniens transportant le carburant à destination de son pays font l’objet d’une «menace d’un usage imminent de la force militaire par les Etats-Unis». Le représentant vénézuélien parle également de «crime d’extermination», puisque ces actions visent à priver le peuple du Venezuela d’un moyen vital de subsistance.

Ceci étant dit, les deux pays ne comptent pas reculer. Et se disent, en cas de nécessité, à être prêts d’utiliser leurs capacités défensives. C’est ce que d’ailleurs n’a pas manqué d’affirmer le président iranien Hassan Rouhani, lors d’une conversation téléphonique avec l’émir du Qatar samedi, cité par l’agence Mehr, en avertissant que la République islamique d’Iran répondrait à toute éventuelle agression étasunienne contre les pétroliers iraniens dans la mer des Caraïbes ou tout autre point du monde.

Si les deux pays se montrent prêts à s’entraider sur le plan énergétique, économique et militaire, il serait également important de rappeler que malgré l’hostilité de Washington et de ses alliés occidentaux, Caracas peut aussi compter, entre autres, sur le soutien de la Russie, de la Chine, de Cuba, de la Turquie ou encore du Mexique – dans le cas des deux premiers y compris au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU. Cela sans oublier plusieurs secteurs d’importance stratégique qui lient Moscou et Pékin aux autorités vénézuéliennes, parmi lesquels on retrouve également les projets de partenariat économico-énergétique, sans oublier la coopération militaro-technique.

Une chose est certaine. Le refus de suivre les prérogatives de Washington et des capitales occidentales, aussi bien de la part de Téhéran que de Caracas, conforte l’idée que la réalité multipolaire mondiale est bel et bien une réalité admise, et non pas un projet en cours de construction. Malgré cela, et au moment d’énormes défis dont font face à l’heure actuelle les USA, l’establishment de ces derniers n’est toujours pas en mesure, et probablement ne le sera pas, à reconnaitre cette réalité. Quoiqu’il en soit, ce refus égocentré d’un nombre limité de pays de la planète ne pourra vraisemblablement stopper le processus naturel des choses en cours. Les seuls perdants de la réalité présente n’étant que ceux qui la refusent.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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