Archives du mot-clé souveraineté

RCA: Faustin-Archange Touadéra investi président

Le président de la République centrafricaine vient d’être réinvesti à la tête de son pays, pour son deuxième mandat. Cette investiture renforce indéniablement le cadre de la volonté populaire du peuple de la Centrafrique, de même que la souveraineté du pays – longtemps martyrisé, et ce au désarroi de toutes les forces ayant de nouveau misé sur la déstabilisation.

Faustin-Archange Touadéra, arrivé au pouvoir en 2016 pour son premier mandat présidentiel dans un cadre démocratique, et ayant de nouveau remporté le scrutin en décembre dernier, a donc prêté serment en qualité de chef d’Etat de la RCA. Si effectivement sa réélection a suscité un enthousiasme évident d’une large part de la population centrafricaine, mais également de la société civile de nombre d’autres pays africains, il n’en demeure pas moins qu’elle n’a pas fait que des heureux.

En l’occurrence les groupes armés qui avaient tenté de nuire au bon déroulement du récent scrutin présidentiel et qui n’avaient certainement pas prévu de subir une déroute sans précédent face à la détermination du leadership centrafricain et des alliés bilatéraux du pays, en premier lieu la Russie et le Rwanda.

En ce sens, il est aujourd’hui pratiquement incontestable que l’autorité du président Touadéra n’en a été que renforcée. Ayant toujours été un homme de paix, privilégiant le dialogue, dont le premier mandat peut d’ailleurs être caractérisé par une stabilisation assez évidente de la situation intérieure, il n’a pas manqué dernièrement à faire de preuve cette fois-ci de fermeté à l’égard des violateurs de l’accord de paix de Khartoum.

C’est d’ailleurs probablement un exemple aujourd’hui évident pour nombre d’autres nations africaines: cadre démocratique, souveraineté nationale, panafricanisme, promotion de la paix tout en la défendant par la force en cas de nécessité, et, libre choix des partenaires extérieurs. A ce titre, c’est un secret de polichinelle que de savoir par exemple que l’ex-métropole coloniale française, ou plus particulièrement les réseaux «françafricains» étaient depuis toutes ces années fort mécontents de la large diversification des relations extérieures opérée par le président Touadéra et son administration, notamment au niveau diplomatique.

Une chose est sûre, les Forces armées centrafricaines (FACA), formées au cours des dernières années par la Russie, sont actuellement beaucoup plus aguerries, en comparaison à 2016. Et s’il y a encore récemment, les médias occidentaux, y compris hexagonaux, se donnaient un malin plaisir à rappeler qu’une large partie du territoire de la RCA était sous contrôle des groupes armés – depuis le bouleversement de la situation et la contre-offensive récente des forces gouvernementales avec le soutien russe et rwandais, ayant permis de libérer la large partie du sol centrafricain, l’enthousiasme de ces mêmes médias est devenu beaucoup moins évident. Avec comme résultat soit le silence sur les succès des troupes gouvernementales centrafricaines et de leurs alliés, soit une reconnaissance amère de cette réalité. On pourrait en ce sens faire le parallèle encore une fois avec le traitement de l’information sur la Syrie, mais restons en RCA.

Le secrétaire d’Etat français aux Affaires étrangères, Jean-Baptiste Lemoyne, cité par RFIparle «de l’engagement de la France dans le pays» et appelle à une solution politique. En parlant du premier point, on pourrait se demander à quel engagement fait référence le représentant hexagonal, sachant que dans toute la campagne de sécurisation récente du territoire centrafricain opérée contre les groupes armés qui menaçaient de nouveau la stabilité du pays et la population, l’Elysée n’était pas seulement absent, mais au contraire représentait l’une des principales sources du problème. Sans même rentrer dans les coulisses de la déstabilisation ayant tenté de faire tomber le gouvernement légitime de la Centrafrique, et des rapports pour le moins ambigus qu’entretient l’Elysée avec nombre d’acteurs locaux des tentatives de déstabilisation, rien que l’opposition de Paris, au même titre que Washington et Londres, au Conseil de sécurité onusien quant à la levée de l’embargo sur les armes à destination de la RCA, en dit très long. Une levée demandée à maintes reprises par le gouvernement de la Centrafrique pour accroitre les capacités défensives de ses forces armées.

En opposition encore une fois à Moscou et Pékin ayant quant à eux exprimé leur solidarité face au plaidoyer de la diplomatie centrafricaine. Quant au dialogue politique auquel fait référence Jean-Baptiste Lemoyne, voudrait-il pousser un gouvernement légitime au dialogue avec des bandits de grand chemin – d’autant plus vaincus sur le terrain? Ou serait-ce un message sur des tentatives de déstabilisation ultérieures? La suite nous le montrera.

Une chose est sûre – la RCA revient de loin et peut aujourd’hui se vanter de devenir un exemple, désormais positif, pour d’autres Etats africains. Quant aux blocages occidentaux du renforcement encore plus important de ses capacités défensives, Bangui pourra certainement continuer à compter sur les partenariats bilatéraux, dans un cadre souverain.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=2587

https://t.me/observateur_continental/1006

Non, l’Afrique n’a pas besoin de tutelle extérieure

La rhétorique qui émane de nombre de représentants de l’élite politique occidentale reste profondément ancrée dans une volonté de maintenir le continent africain, du moins une large partie, sous sa tutelle personnelle. En omettant bien souvent le fait que l’avenir de chaque nation se décide par le peuple souverain.

Les récentes accusations du président français Emmanuel Macron quant à la prétendue participation de la Russie et de la Turquie dans une campagne antifrançaise en Afrique ont eu au moins le mérite de remettre au grand jour cette vision propre aux élites élyséennes, et plus généralement occidentales, vis-à-vis de l’Afrique. A savoir une vision paternaliste, ni plus ni moins.

En effet, et au-delà d’émettre les dites accusations contre Moscou et Ankara, le dirigeant français s’en prend également à certains chefs d’Etat africains, qui selon lui participent à cette stratégie. Par cette seule déclaration, il devient assez clair que le «mal» selon Paris et donc beaucoup plus profond que les prétendues interférences russes et turques. Evidemment et en ce qui concerne les dirigeants africains visés par ces déclarations du chef d’Etat français, on peut certainement conclure qu’il s’agit de tous les leaders de pays africains menant une politique souveraine et indépendante – aussi bien vis-à-vis de Paris, que de façon générale. Ou en tout cas en cours de mener une telle politique – d’ailleurs tout à fait logique pour n’importe quel pays souverain.

Mais plus que cela encore, toute l’erreur du leadership élyséen et atlantiste de façon générale, c’est qu’ils prétendent ne pas voir et admettre que si aujourd’hui l’opinion publique africaine dans sa large partie est hostile à la politique extérieure française et occidentale, ce n’est certainement pas en raison de la montée en force des puissances non-occidentales sur le continent, comme c’est le cas pour la Chine, la Russie, l’Inde, la Turquie ou l’Iran, entres autres, mais bel et bien en raison d’un ras-le-bol devenu évident au sein des populations africaines vis-à-vis de la vision unipolaire de l’establishment occidental, y compris français.

D’ailleurs, c’est ce qui ressort massivement dans les commentaires de nombreux analystes africains, tout comme des populations concernées, à savoir jusqu’à quand Paris et d’autres capitales occidentales vont prétendre avoir un droit de tutelle sur certains pays africains? Les belles paroles sur les liens « privilégiés » avec l’Afrique n’y changent rien: les Africains sont aujourd’hui jaloux de leur souveraineté et de leur pleine capacité à forger des partenariats, voire des alliances, avec qui bon leur semble.

Pour le reste et au-delà de cette vision purement néocoloniale dont l’Occident politico-médiatique ne peut se défaire, ce dernier se contredit sur un autre point notable. N’est-ce pas ce même Occident qui durant l’ère unipolaire désormais révolue, prétendait que la libre concurrence dans le monde est un processus naturel et logique? Désormais ce ne serait donc plus le cas, puisque les puissances non-occidentales sont allées trop loin en osant démettre de son piédestal les principaux pays occidentaux – les principales ex-puissances coloniales par la même occasion?

Le constat est donc relativement simple. Les élites occidentales n’ont vraisemblablement aucune honte pour leur passé colonial qu’elles assument volontiers en voulant l’adapter à la réalité actuelle – en maintenant plus ou moins les mêmes mécanismes en termes des rapports avec les pays anciennement colonisés, mais cette fois-ci avec le sourire. Certes, un sourire un peu nerveux.

D’autre part, ces mêmes élites, et les récentes déclarations macroniennes ne font que le confirmer, refusent de reconnaitre le droit à la souveraineté des peuples africains. En maintenant la même approche: soit vous êtes dans notre camp et vous serez relativement «bien» traités. Si vous refusez ce schéma: vous allez subir toutes sortes de pressions, sanctions, déstabilisations, menaces et intimidations.

Enfin, toutes les actions récentes occidentales ont bel et bien confirmé que la notion de libre concurrence n’est valable que lorsque ce même Occident politique pouvait en garder les leviers, et en tirer le profit maximal. Mais depuis les succès sur les plans géopolitique, géoéconomique et sécuritaire des puissances non-occidentales – partisanes du concept multipolaire du monde devenu réalité, toutes les belles paroles sur cette fameuse liberté ne sont devenues que poussière.

Une chose reste néanmoins certaine – le temps de la tutelle sur l’Afrique approche sa fin. Cette notion, ouvertement raciste, n’a plus aucune place dans la réalité mondiale qui s’est formée. Et qui continuera à s’imposer.

Mikhail Gamandiy-Egorov

https://t.me/observateur_continental/594

Mali-Russie ou les peurs occidentales

Il n’a pas fallu longtemps pour que la presse mainstream ressorte toutes sortes de théories, dont bien évidemment le prétendu rôle de la Russie dans le changement de pouvoir au Mali. Pour rappel – l’establishment occidental parle de coup d’Etat inacceptable dans ce pays d’Afrique de l’Ouest après des mois de manifestations populaires, tout en applaudissant les actions antigouvernementales dans un pays comme la Biélorussie.

Il fallait certainement s’y attendre, les médias mainstream commencent désormais à voir « la main de Moscou » dans les récents événements au Mali. En effet et du moment qu’un changement de pouvoir ne soit pas orchestré depuis une / des capitale(s) occidentale(s), y compris si un tel changement vient des aspirations populaires, il sera pratiquement sans aucun doute condamné et les intéressés occidentaux vont vouloir y trouver la main d’un adversaire géopolitique. Cela a été d’ailleurs abordé dans l’émission Edition spéciale du 19 août sur la grande chaine de télévision panafricaine Afrique Média.

Comme prévu, les médias occidentaux mettent la main à la pâte. Côté étasunien, le site The Daily Beast annonce la couleur: « Les dirigeants du coup d’Etat malien ont pris le pouvoir après leur retour d’un camp d’entrainement militaire en Russie. Qui était aux commandes?» En oubliant évidemment de rappeler dans l’article que de nombreux militaires maliens, dont de hauts officiers, suivent des formations en Russie, et ce depuis un long moment.

Pour rappel, les USA étaient parmi les premiers à condamner l’écartement d’Ibrahim Boubakar Keïta du pouvoir. A ce titre, l’émissaire étasunien pour le Sahel, Peter Pham, avait déclaré «que les Etats-Unis s’opposent à tout changement extraconstitutionnel de gouvernement, que ce soit par ceux qui sont dans la rue ou par les forces de défense et de sécurité». Assez incroyable d’entendre ces déclarations venant du représentant d’un pays «champion» dans l’organisation de divers coups d’Etat, révolutions de couleur et déstabilisations en tout genre de pays souverains. Mais l’establishment US reste ce qu’il est.

Par ailleurs, les Etats-Unis ont déclaré «la suspension de leur coopération militaire avec le Mali en réponse au renversement du président Keïta». Le tout au moment où selon le propre aveu des médias mainstream, des milliers de citoyens maliens se rassemblaient dans la capitale du pays pour célébrer les actions de leurs militaires.

L’espace mainstream français n’est pas en reste. Après les condamnations de l’establishment politique, RFI publie un article avec un titre annonciateur: «Le Mali est-il séduit par la Russie?» En indiquant que l’ambassadeur de Russie au Mali fut l’un des premiers diplomates étrangers à avoir été reçu par ce qu’ils appellent la «junte». L’une des principales voix médiatiques françaises à l’international reconnait tout de même que de nombreux Maliens souhaitent le renforcement de la coopération militaire de leur nation avec Moscou.

Au final et quelle que soit la suite de l’interaction russo-malienne, ne serait-il pas grand temps pour l’establishment occidental dans son ensemble de comprendre une réalité assez simple. A savoir que les véritables aspirations populaires ne se conçoivent pas à la Maison-Blanche, ni au Département d’Etat US, pas plus qu’au sein de la CIA, des structures Soros ou à l’Elysée. Et que c’est une réalité avec laquelle il faudra compter. Et que d’autre part le fait d’adopter une posture ouvertement hypocrite et injuste – comme celle qui les caractérise, notamment lorsqu’on fait une fois de plus le parallèle de la différence radicale d’approche vis-à-vis des manifestations biélorusses et maliennes – cela ne fera qu’encore plus éloigner les peuples du monde des intérêts occidentaux. Les menaces, ultimatums, pressions et sanctions – finiront par se rouiller à un tel point, que leurs initiateurs n’en auront qu’à leurs têtes.

Enfin il serait aussi grand temps pour l’élite politico-médiatique atlantiste d’apprendre, ne serait-ce que progressivement, car il faut évidemment tenir compte des capacités d’adaptation et d’apprentissage de chacun, à respecter de façon réelle la souveraineté des peuples. Et comprendre par la même occasion que les tons condescendants vis-à-vis des populations non-occidentales seront de moins en moins tolérés.

Dernier point : la réalité multipolaire du monde permet non seulement la prise en main par les peuples de leurs affaires souveraines et l’établissement de plusieurs blocs d’influence régionaux et continentaux, mais le rappel nécessaire à faire consiste aussi dans le fait qu’il y a aujourd’hui dans la multipolarité suffisamment de puissances indépendantes capables de bloquer les tentatives de ceux qui n’arrivent toujours pas à se débarrasser de leurs complexes néocoloniaux.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1904

https://t.me/observateur_continental/274

 

Evènements au Mali et hypocrisie occidentale

Les événements récents à divers endroits du monde ont eu le mérite indéniable de montrer au grand jour et une fois de plus toutes les contradictions caractérisant les élites occidentales. Avec la notion du deux poids, deux mesures comme fondement de base de leur politique.

Au moment même où l’Occident maintient la pression sur la Biélorussie tout en applaudissant les manifestations anti-gouvernementales, dans le cas du Mali l’establishment occidental adopte une toute autre approche. Tout en sachant que les manifestations de la population malienne ont été régulièrement organisées au cours des derniers mois par la société civile de ce pays. Des manifestations qui étaient loin de trouver le même enthousiasme et approbation du côté des capitales occidentales.

Et alors même que ces capitales – se considérant toujours comme étant la prétendue communauté internationale (tout en étant une extrême minorité) appellent ouvertement à un changement de pouvoir à Minsk, dans le cas de Bamako ce sont les condamnations qui sont tombées depuis que le président Ibrahim Boubakar Keïta a été destitué par les militaires maliens en soutien aux revendications populaires.

Les Etats-Unis ont déclaré à travers l’émissaire étasunien pour le Sahel, Peter Pham, «qu’ils s’opposent à tout changement extra-constitutionnel de gouvernement, que ce soit par ceux qui sont dans la rue ou par les forces de défense et de sécurité». Ni plus, ni moins. Washington prend-t-il les observateurs au sérieux sachant qu’en ce qui le concerne c’est tout simplement le champion des organisations de coups d’Etat et de déstabilisations en tout genre de pays souverains. De Belgrade à Bagdad, de Tbilissi à Caracas, de Damas à Kiev, de Sucre à Minsk…

Où sont donc passés les appels au respect des revendications légitimes du peuple? La prétendue défense des droits humains? L’hypocrisie par excellence quand tu nous tiens. Ou c’est tout simplement l’intérêt géopolitique qui prime sur le reste? Si tel est le cas, et c’est vraisemblablement le cas, peut-être que cette prétendue et fausse communauté internationale (précisons occidentale) devrait cesser cette extrême hypocrisie et assumer son vrai visage ?

Un son de cloche similaire du côté de Paris, l’ancienne métropole coloniale que de très nombreux citoyens maliens voient comme la source même des problèmes sécuritaires auxquels le pays fait face et comme une entité n’ayant toujours pas abandonné une approche ouvertement néocoloniale vis-à-vis de leur pays et plus généralement des pays africains francophones.

La réalité est que les événements en cours au Mali, aussi bien avec la participation de la société civile que des militaires du pays, doit apprendre une bonne fois pour toute à l’Occident politico-médiatique que son hypocrisie ouverte et déclarée ne peut plus désormais être voilée. Et que par la même occasion toutes les belles paroles de cet establishment atlantiste ne représentent dans le fond absolument rien.

D’autre part, Washington comme Paris, sans oublier les autres acteurs occidentaux, devraient apprendre à respecter la souveraineté des Etats africains. Car dans ce XXIème siècle, désormais multipolaire, il n’y aura plus de place à terme pour ces pratiques non seulement totalement hypocrites, mais également et purement néocoloniales.

Enfin, il serait bon de savoir que la voix populaire, la vraie, ne s’achète pas. Et les peuples africains qui se mobilisent aujourd’hui le confirment pleinement. Par contre les financements, soutiens politiques, médiatiques, et dans bien de cas armés, d’une minorité radicale active dans nombre de pays souverains, des pays qui se trouvent dans le viseur des élites atlantistes et pro-unipolaires, tentant de donner une impression de masse face à une vraie majorité, non pas passive mais surtout travailleuse, en essayant de voiler tant bien que mal un agenda géopolitique clairement affiché – devront, à un moment ou un autre finir dans les poubelles de l’histoire. Mais connaissant l’incapacité de ces mêmes élites à apprendre et analyser l’histoire, et d’assumer les crimes commis, il est évident que les déstabilisations se poursuivront avec une hypocrisie toujours au summum.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1893

https://t.me/observateur_continental/261

 

Tensions maximales entre Pékin et Washington en mer de Chine

Les tensions politico-diplomatiques, économiques et militaires s’accentuent entre les Etats-Unis et la Chine. Dernier exemple en date: l’establishment étasunien s’attaque de nouveau dans sa rhétorique aux positions chinoises en mer de Chine et en y dépêchant deux-portes avions US. Le leadership chinois, de son côté, ne prévoit pas de céder.

Dans un communiqué, le secrétaire d’Etat étasunien Mike Pompeo a déclaré que «les Etats-Unis défendent l’idée d’une région indo-pacifique libre et ouverte». En ajoutant «qu’ils renforceront la politique des USA dans une zone vitale et disputée de cette région : la mer de Chine méridionale», considérant par la même occasion que les revendications territoriales de Pékin dans cette zone comme étant illégales.

L’establishment US ne s’est pas limité à une rhétorique hostile vis-à-vis de la Chine – par ailleurs loin d’être nouvelle, et a également envoyé deux porte-avions sur place. Faisant monter les tensions au maximum depuis 2014.

Du côté de Pékin, la situation dans la mer de Chine méridionale, sans l’interventionnisme étasunien, reste pacifique et continue de s’améliorer. Selon les diplomates chinois «les Etats-Unis ne sont pas un pays directement impliqué dans les différends existants (en mer de Chine, ndlr). Cependant, ils continuer à interférer dans le problème. Sous prétexte de maintenir la stabilité, ils jouent avec les muscles, provoquant des tensions et fomentant la confrontation dans la région».

Il est par ailleurs important de rappeler que les USA interférent effectivement dans une région à laquelle ils n’appartiennent pas. Mais cela au même temps est propre à la mentalité des élites US – pour qui la notion de leur pays et du monde équivaut au signe d’égalité, sans forcément toujours connaitre les particularités historiques et les traditions des régions concernées.

Malgré cette montée des tensions, de l’avis de nombreux experts maitrisant ce dossier, notamment issus de l’espace eurasien, le risque d’une confrontation militaire au plus haut point reste assez peu probable – car les Américains n’ont tout simplement pas assez de force pour cela. La Chine ayant commencé le programme de développement intense de sa flotte maritime dès 2005 et le poursuit avec succès. Sans oublier un autre point important: le nombre de navires de surface et de sous-marins chinois dans la région dépasse les capacités de toutes les flottes présentes dans les océans Indien et Pacifique.

Du côté politico-diplomatique, Pékin également ne prévoit pas de reculer et pourra certainement s’appuyer sur le soutien de son allié russe, notamment au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU. La question principale à se poser: combien de temps encore Washington se considérera être le gendarme de la planète toute entière, avec une mentalité purement néocoloniale et une arrogance sans limite justifiant ses interférences dans les affaires mondiales et des pays souverains?

Pour répondre à cette question peut-être qu’il faudrait faire un parallèle avec l’histoire du pays en question. Au-delà d’être un assez jeune Etat, toute l’histoire tumultueuse de sa formation en dit long. De l’immigration de représentants, souvent marginaux, de la société anglo-saxonne, jusqu’aux massacres de masse des autochtones et la traite esclavagiste, sans oublier des lois raciales discriminatoires jusqu’à la deuxième moitié du XXème siècle. Le souci – c’est que vraisemblablement le désir des héritiers des élites étasuniennes de l’époque – en la qualité de l’establishment actuel c’est d’appliquer les méthodes d’extrême agressivité utilisées durant la formation de leur Etat à la planète entière.

A la chute de l’URSS, cela semblait marcher – les multiples interventions, bien souvent en violation flagrante du droit international et de la souveraineté des Etats, le confirment. Le souci, et c’est ce que l’establishment étasunien n’arrive toujours pas à accepter, est que cette époque assez récente est désormais révolue. Et qu’il n’y aura pas de retour en arrière.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1788

https://t.me/observateur_continental/112

Les principales puissances militaires africaines en 2020

Crise sanitaire ou non, la question des capacités défensives des pays reste toujours d’actualité. Au niveau africain et en comparaison à 2019, si la liste des quatre principales puissances militaires africaines reste inchangée, le Top 5 a néanmoins connu un changement.

Global Fire Power, le portail américain de référence sur l’analyse et le classement des principales puissances militaires du monde avait actualisé son classement pour 2020. En ce qui concerne les pays africains, si dans le classement des cinq principales puissances africaines en termes de capacités défensives, on retrouve un seul changement, néanmoins on peut noter une évolution des principales forces militaires africaines dans le classement mondial.

L’Egypte maintient sa position de principale puissance militaire africaine. Un budget alloué à la Défense de 11,2 milliards de dollars, le nombre du personnel militaire s’élevant à 920 000 personnes (dont 440 000 de personnel actif), et un équipement d’armements diversifié, le pays des pharaons a également connu, en comparaison à 2019, une montée de trois places dans le classement mondial. 12ème en 2019, il est désormais 9ème, entrant ainsi dans le Top 10 des principales puissances militaires du monde.

Deuxième place également sans changement et c’est logique: l’Algérie conforte sa position incontestable de deuxième puissance militaire en Afrique. Une légère évolution tout de même au niveau du classement mondial, ayant été 27ème puissance armée en 2019, selon Global Fire Power elle serait pour cette année 28ème. Quoiqu’il en soit, l’Algérie reste sans discussion une force militaire de grande importance. Avec un budget de 13 milliards de dollars – le plus important en Afrique, un personnel militaire totalisant 280 000 personnes (dont 130 000 de personnel actif), la République algérienne démocratique et populaire peut également se vanter d’avoir des équipements militaires fort diversifiés et sophistiqués : flotte aérienne, défense anti-missiles, forces navales (dont 6 sous-marins), sans oublier un impressionnant équipement armé terrestre (chars, véhicules blindés, artillerie, lance-roquettes multiples). Point notable, l’Algérie fait partie du Top 3 des principaux partenaires de la Russie dans le domaine militaro-technique au niveau mondial.

La troisième puissance militaire africaine n’est autre que la République d’Afrique du Sud. Si au niveau africain en comparaison à l’année dernière son classement reste inchangé, le pays de Nelson Mandela peut néanmoins se vanter d’avoir, comme l’Egypte, amélioré de trois places son classement au niveau mondial (32ème en 2019, 29ème désormais). Possédant un budget alloué à la Défense de plus de 4,2 milliards de dollars, un personnel militaire de 81 300 personnes (dont 66 300 de personnel actif), et un ensemble d’armements diversifié (aussi bien de production nationale, qu’importée). L’Afrique du Sud peut également se vanter d’avoir sérieusement augmenté son interaction dans le domaine militairo-technique avec d’autres pays des BRICS, en allant même à organiser des manœuvres navales triparties aux larges de ses côtes avec la Chine et la Russie, en novembre dernier.

Le Nigéria, maintient également sa quatrième place au classement africain. Le pays le plus peuplé d’Afrique, première puissance économique du continent en termes de PIB nominal et deuxième en termes de PIB à parité de pouvoir d’achat (PPA), dispose d’un budget alloué à la Défense de plus de 2 milliards de dollars, ainsi qu’un personnel militaire actif de 120 000 personnes. A noter également que le pays est monté de la 44ème place au classement mondial l’année dernière à la 42ème cette année.

Quant à la cinquième place du classement africain des principales puissances militaires, c’est justement là qu’il y a un changement. L’Ethiopie qui occupait cette position l’année dernière au niveau du continent (et la 47ème place dans le monde), a perdu treize positions au cours de l’année pour n’occuper désormais que la soixantième place dans le classement mondial et la septième place au classement continental. Elle est remplacée en 2020 par l’Angola: sixième au niveau de l’Afrique et 58ème au niveau du monde en 2019, Luanda est montée donc d’une place dans le classement africain, et de deux marches au niveau mondial. La puissance énergétique peut se vanter de posséder un budget militaire très non-négligeable de 7 milliards de dollars (troisième en Afrique), un personnel militaire actif de 107 000 personnes, et un équipement d’armements assez impressionnant.

Pour conclure sur ce compte-rendu des cinq principales puissances militaires africaines de cette année, au-delà de pouvoir lier la puissance militaire aux moyens économiques des pays, dans le cas de l’Afrique il serait probablement intéressant également de faire un parallèle entre le niveau de souveraineté d’un côté, et la capacité défensive de l’autre, et vice-versa. Car quoi qu’on en dise, dans ce Top 5 des puissances armées d’Afrique, pratiquement tous peuvent se vanter d’une politique indépendante et souveraine, y compris dans leurs décisions politiques. Ce qui signifie, c’est qu’au-delà du potentiel économique et des ressources naturelles à disposition du pays, ce qui compte c’est aussi la capacité à pouvoir gérer ces ressources de façon indépendante, sans devoir rendre de compte à des acteurs externes, et d’avoir une liberté de décision qui permette, à tel ou tel pays, d’aller dans le renforcement de sa capacité défensive. Le problème, c’est que de nombreux pays du continent africain possèdent des ressources naturelles importantes et un potentiel économique certain. Mais sans liberté réelle dans leur prise de décision, il est peu probable qu’ils puissent augmenter le potentiel défensif, ou autre, sans devoir d’abord obtenir l’aval de certaines capitales.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1625

Président d’Afrique du Sud: aux problèmes africains – des solutions africaines

La voix du leadership sud-africain prend de l’ampleur. La grande puissance africaine adopte clairement une position en faveur des pays partisans de l’ordre multipolaire. Au grand désarroi des élites occidentales.

L’une des principales puissances économiques du continent africain, par ailleurs membre des BRICS, la République d’Afrique du Sud active son potentiel politico-diplomatique – une approche démontrant clairement un soutien au monde multipolaire. Cela sans oublier le fait que le pays de Nelson Mandela est actuellement membre non-permanent du Conseil de sécurité de l’ONU et compte bien faire entendre sa voix. D’ailleurs, cela a déjà commencé.

Tout d’abord et après l’assassinat du général iranien Qassem Soleimani, tué dans une frappe étasunienne, le Congrès National Africain (ANC) – le parti historique de Nelson Mandela et parti au pouvoir en Afrique du Sud, avait vivement condamné l’attaque étasunienne et le meurtre du commandant de la Force Al-Qods du corps des Gardiens de la révolution islamique. Plus récemment au niveau du Conseil de sécurité onusien, Pretoria n’a pas soutenu une résolution britannique portant sur la Libye et a au contraire accordé son soutien à la proposition russe du texte.

Et là aussi ce n’est pas tout. Lors de la récente visite d’Angela Merkel en Afrique du Sud, la chancelière allemande avait déclaré que «le problème libyen n’est pas seulement un problème africain». A quoi le président sud-africain Cyril Ramaphosa – par ailleurs qui vient d’être élu président de l’Union africaine – a répondu: «Nous voulons aux problèmes africains des solutions africaines». Une phrase qui en passant a souvent été utilisée dans le passé par le ministre russe des Affaires étrangères Serguei Lavrov lorsqu’il s’agissait de répondre aux divers problématiques en lien avec le continent africain.

S’ajoutent à cela les récentes manœuvres militaires navales tripartites entre l’Afrique du Sud, la Chine et la Russie aux larges des côtes sud-africaines. Une chose est sûre: l’arrivée de l’Afrique du Sud au Conseil de sécurité de l’ONU renforce incontestablement l’alliance russo-chinoise. Surtout connaissant la solidarité entre Pékin et Moscou lors des votes, bien souvent en opposition nette au trio occidental Washington-Londres-Paris.

L’Afrique du Sud fut pour rappel aussi l’un des quelques pays ayant offert l’asile à l’ex-leader libyen Mouammar Kadhafi, avant qu’il ne soit tué par la complicité de l’Otan et de ses alliés salafistes locaux. Tous ces faits confirment la pleine capacité de la République sud-africaine à mener une politique indépendante et souveraine, indépendamment des souhaits occidentaux.

Cette réalité évidemment ne peut que créer le désarroi dans le groupe des puissances occidentales et de leurs acolytes, déjà furieux de l’opposition constante de l’axe Pékin-Moscou, et désormais devant faire face à la voix sud-africaine, une voix d’un leader continental. D’ailleurs, le président Ramaphosa lors de sa prise de fonction à la tête de l’Union africaine (UA) n’a pas manqué de tacler les agissements de certains pays qui se reconnaitront sans problème: «Nous devons faire face à l’action des pays extérieurs sur notre continent qui mènent des guerres par procuration et alimentent les conflits en cours sur notre continent».

Une phrase qui en dit long et qui traduit à elle seule toute la fatigue que représente pour l’Afrique la politique irresponsable de l’establishment occidental – aussi bien sur le continent africain, qu’à d’autres endroits du globe terrestre. D’où l’importance plus que jamais pour les forces partisanes du monde multipolaire de faire bloc uni face aux nostalgiques de l’unipolarité désormais révolue. Et à ce titre, l’Afrique du Sud a sans aucun doute un rôle important à jouer.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1366

L’Afrique au centre du monde multipolaire

1571-

Le premier Sommet Russie-Afrique dans la ville de Sotchi a déjà beaucoup fait parler de lui. Avant même le commencement, les médias mainstream n’ont pas manqué de lui attacher une grande importance. Evidemment avec une note traditionnelle de critiques et de « doutes », voilant tant bien que mal l’inquiétude des élites occidentales quant au plein retour de la Russie sur le continent africain.

Bien que les relations économiques russo-africaines restent encore en dessous en termes de chiffres, si l’on compare avec ceux de la Chine et de l’Union européenne, il n’empêche que la dynamique affichée et surtout les résultats en cours dans la nouvelle page qui s’ouvre entre la Russie et l’Afrique, font clairement inquiéter les capitales occidentales. Bien que le volume des échanges Russie-Afrique en 2018 ait atteint 20,4 milliards de dollars (en hausse de 17,2 % par rapport à 2017), il reste clairement plus réduit que ceux de l’Afrique avec Pékin (200 milliards, devenu le premier partenaire économico-commercial du continent en tant que pays) et l’Union européenne (275 milliards), il n’empêche que c’est un chiffre en net progression comparé aux années libérales post-soviétiques (760 millions de dollars seulement en 1993). Le président russe Vladimir Poutine entrevoit en outre la possibilité de doubler le volume actuel des échanges dans les 4-5 prochaines années.

Et si beaucoup accentuent le partenariat russo-africain uniquement au volet militaro-technique – l’Afrique représentant 15% des ventes d’armes russes au niveau mondial – l’heure est désormais à une large diversification des secteurs de partenariat. A ce titre, les accords déjà signés en marge du sommet de Sotchi le confirment pleinement.

Pour ce faire, la Russie et l’Ethiopie ont signé un accord de partenariat dans le domaine du nucléaire civil. Au Mozambique, la compagnie russe Uralchem prévoit de produire des engrais, ainsi que de travailler dans la prospection des diamants. Par ailleurs, la deuxième banque de Russie VTB prévoit de s’implanter dans ce pays. Dans le domaine agroalimentaire la Russie renforce également ses positions, le tout au moment où le pays est devenu le premier exportateur mondial de blé (devant les USA). Les principaux clients africains de la Russie étant l’Egypte, le Soudan, le Nigéria, l’Algérie et le Maroc. Et Moscou voit un réel potentiel d’augmenter les volumes exportés. Dans le cas de la Namibie, la Russie propose d’établir un partenariat dans la production du combustible nucléaire, ainsi que dans l’extraction des diamants et la livraison de produits agricoles.

L’autre domaine à fort potentiel concerne le secteur pharmaceutique. A titre d’exemple, la Russie exporte en Afrique près de 60% des vaccins contre la fièvre jaune. La production de vaccins et médicaments dans des pays africains se trouve également à l’étude. Sans oublier que la Russie a conçu un vaccin « sec » contre le virus de l’Ebola, pouvant être gardé dans un simple réfrigérateur.

Une grande attention dans le cadre du sommet a été accordée à l’interaction entre la Russie et l’Egypte. En effet et au-delà du fait que les touristes russes sont parmi les plus nombreux et dépensiers en terre égyptienne, et que l’Agence fédérale russe de l’énergie atomique (Rosatom) y construit la centrale nucléaire d’El-Dabaa (coût du projet : 30 milliards de dollars), et qu’une zone industrielle russe y a été implantée, les deux pays ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin. D’où la raison de la signature d’un protocole d’accord entre les Chemins de fer russes et les Chemins de fer nationaux égyptiens sur la collaboration dans des projets liés à l’infrastructure, y compris la construction de nouvelles lignes ferroviaires. Les deux structures ont également convenu de travailler ensemble sur des projets de modernisation des lignes ferroviaires au pays des Pharaons, ainsi que dans le domaine de la formation des spécialistes égyptiens dans les établissements russes spécialisés de l’enseignement supérieur. L’Egypte a également fait savoir que la production issue des entreprises de la zone industrielle russe se trouvant sur son territoire pourra profiter des avantages de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlec), dont l’Egypte fait partie intégrante.

Des mémorandums sur le partenariat dans le secteur minier ont été également signés avec le Soudan du Sud et le Rwanda. L’Ouganda a manifesté un vif intérêt quant au partenariat avec la Russie dans le domaine gazier et du nucléaire civil. La Guinée équatoriale et le géant pétrolier russe Lukoil ont quant eux signé un mémorandum d’entente quant à une possible participation du dernier dans des projets d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures dans ce pays. D’importants projets avec une participation russe se développent dans le secteur aurifère au Soudan. En Centrafrique, les entreprises énergétiques russes se disent prêtes à construire de nouvelles installations de production d’énergie, selon le ministre russe de l’Energie Aleksandr Novak. L’Angola, partenaire de longue de la Russie, souhaite élargir le partenariat conjoint, notamment dans le secteur minier. Quant au Maroc, d’importants projets sont en cours de préparation : du côté russe, plus précisément la Banque de développement de la Fédération de Russie (VEB) s’est déclarée prête à financer à hauteur de 425 millions d’euros la construction d’une raffinerie pétrolière au Royaume. Côté marocain, le ministre de l’Energie du Maroc Aziz Rabbah, a confirmé la volonté de son pays de devenir un hub logistique pour les compagnies énergétiques russes désireuses de travailler avec les pays africains. A savoir que les deux pays partagent un partenariat stratégique, et qu’à titre d’exemple dans un secteur aussi important pour le Maroc comme celui de l’agriculture, près de 50% des agrumes destinés à l’export partent à destination du marché russe (bien devant les marchés de l’UE ou de l’Amérique du Nord).

Sur le plan du partenariat militaro-technique russo-africain, qui a déjà le vent en poupe, de nouveaux contrats ont été confirmés lors du sommet. Il a été annoncé que la Russie fournira de l’armement à une vingtaine de pays africains pour un montant total de quatre milliards de dollars. Parmi les pays mentionnés, on retrouve l’Ouganda, le Rwanda, le Mozambique et l’Angola (les deux derniers étant des partenaires de longue date). Par ailleurs, le Niger a confirmé l’acquisition de 12 hélicoptères russes d’attaque Mi-35. Le président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra, à un moment où les deux pays se sont beaucoup rapprochés au point de pouvoir parler d’une véritable alliance, a dit espérer la poursuite du soutien de la Russie dans la formation des Forces armées centrafricaines (FACA), ainsi que dans le cadre des livraisons d’armements nécessaires à la défense du pays. Enfin, le président de la Namibie Hage Geingob lors de son entretien avec Vladimir Poutine a déclaré la volonté des militaires namibiens de travailler avec les conseillers militaires russes. Fait important, un pays africain fait partie du Top 3 des principaux clients de la Russie dans le domaine de l’armement au niveau mondial, en l’occurrence l’Algérie, avec laquelle le partenariat militaro-technique reste au plus haut niveau. A noter également que l’Algérie à elle seule absorbe près de 80% des livraisons d’armes russes en Afrique.

Autre secteur très important dont il a été question est celui de l’enseignement. La Russie ayant confirmé la volonté d’augmenter encore plus le nombre d’étudiants africains dans ses universités, mais aussi d’ouvrir l’accès à des formations de niveau secondaire professionnel.

Pour rappel, la Russie a annulé également 20 milliards de dollars de dettes des pays africains. Tout cela pour dire que le partenariat russo-africain ouvre effectivement et pleinement une nouvelle page dans l’histoire conjointe. Une histoire, là aussi pour rappel, dans laquelle n’est présente aucune page coloniale ou néocoloniale – la Russie ayant dès le départ activement soutenu le mouvement des indépendances et des libérations nationales africaines face au joug colonial. Au-delà de ce soutien, qui était politique, économique et militaire, Moscou a durant plusieurs décennies formé des cadres pour les pays africains dans ses universités. Beaucoup d’entre eux occupent aujourd’hui des postes clés dans leurs pays respectifs.

Certes, les époques ont changé. Le temps de la guerre froide est officiellement révolu (ou pas ?). Les intérêts ont également évolué. Mais ce qui par contre reste inchangé, que ce soit version Russie soviétique ou contemporaine, c’est le respect de la souveraineté africaine (et pas que dans les paroles, mais dans les actes), ainsi qu’une offre d’un partenariat qui pourrait être réellement gagnant-gagnant. A cet effet, les prochaines années seront sans aucun doute décisives. Et tant pis pour ceux qui s’opposent à cette interaction russo-africaine, car n’ayant toujours pas été capables de s’adapter à la nouvelle donne multipolaire. A bon entendeur.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1194

 

 

 

Kemi Seba: souverainistes africains et Russie, «une alliance naturelle»

Kemi Seba

Activiste, écrivain et éditorialiste, Kemi Seba est une figure franco-béninoise aussi controversée que populaire. Cet ardent défenseur de la souveraineté et du monde multipolaire s’est récemment rendu en Russie. L’occasion pour Sputnik de recueillir son analyse sur les perspectives russo-africaines.

 

«La réalité récente du monde multipolaire, les changements positifs majeurs au niveau de l’actualité internationale, mais également l’injustice que continuent à subir plusieurs pays de la part des puissances occidentales, poussent les peuples enracinés du monde à se rapprocher. C’est en tout cas la démarche actuelle des souverainistes africains et russes.»

En quelques mots, Kemi Seba, activiste panafricaniste et souverainiste franco-béninois, trace les lignes de force de son action. Président de l’ONGUrgences panafricanistes, écrivain et chroniqueur politique, il est diabolisé en Occident et par une partie des élites africaines pour ses prises de position jugées radicales, mais jouit d’une forte popularité auprès des populations d’Afrique francophone et de sa diaspora. Dans cet entretien exclusif à Sputnik, au retour d’un voyage en Russie, Kemi Seba nous livre ses impressions sur le pays et analyse pour nous les relations entre les partisans de la multipolarité, en Afrique, en Russie et ailleurs.

Sputnik: Vous venez tout juste d’achever une visite à Moscou. Il s’agissait de votre première visite sur le sol russe. Pourquoi la Russie et pourquoi maintenant?

Kemi Seba: Je me suis rendu en Russie sur invitation de l’association Afrique-Russie, une structure qui se donne pour mission de rapprocher les sociétés civiles africaines et russes, dans l’optique d’une collaboration visant à défaire nos peuples respectifs de l’impérialisme occidental.
Le travail que nous menons à travers l’ONG Urgences panafricanistes est observé par beaucoup de gens d’origine et de culture différentes. Notre lutte visant à obtenir notre souveraineté est un combat qui touche quiconque est épris d’égalité et de dignité. Je suis venu à Moscou, comme je suis allé en Iran ou au Venezuela il y a quelques années, et comme j’irai en Bolivie dans quelques semaines.

Je suis un adepte du monde multipolaire. Je pense du plus profond de mon âme que le monde se portera mieux dès lors que les peuples arrêteront de subir la dictature de l’oligarchie occidentale, et qu’au contraire, différents pôles civilisationnels, enracinés dans la tradition et maîtrisant la géostratégie, se lèveront et s’uniront pour maintenir l’équilibre politique mondial. En ce sens, mon voyage en Russie était déterminant. Car dans ce monde multipolaire, la Russie tient le premier rôle pour l’instant, et se veut l’allié de celles et ceux qui luttent contre l’occidentalisation du monde. L’exemple de la Syrie et du soutien russe à Bachar El-Assad l’atteste de la plus belle des manières.

Nous menons pour notre part en Afrique et dans les Caraïbes une lutte âpre contre le néocolonialisme français et plus globalement occidental. Nous sommes à la recherche de partenaires stratégiques qui comprennent qu’une Afrique libérée de toute tutelle étrangère serait une chance pour le monde entier. Il n’y a qu’ainsi que des partenariats fiables, durables et sains pourront voir le jour.

Sputnik: Vous avez rencontré durant ce passage Alexandre Douguine, l’un des plus célèbres intellectuels russes et l’un des principaux idéologues du concept de l’Eurasisme. De quoi avez-vous discuté?

Kemi Seba et Alexandre Douguine

Kemi Seba: Douguine est l’une des plus passionnantes rencontres de mon parcours politique de ces dernières années. Passionnante, car nous avons en commun une figure dont nous nous revendiquons respectivement les disciples, en l’occurrence René Guénon. Ses recherches sur la Tradition primordiale ont changé ma vie et ma perception du monde. Et Douguine me paraît être aujourd’hui le plus brillant disciple de Guénon, qui ne se contente pas de louer son «maître idéologique», mais prolonge son œuvre, en inscrivant la démarche traditionaliste dans une dimension géostratégique. C’est sous cet angle d’ailleurs que son ouvrage «Le front des traditions» demeure pour moi un livre important. Ses chapitres tels que Les racines métaphysiques des idéologies politiques, Le facteur métaphysique dans le paganisme, La Grande Guerre des continents demeurent pour moi des sources de réflexions intarissables. La seule nuance que j’ai avec Douguine, et elle est de taille, est que là où il met le bloc eurasiatique au centre de tout (ce qui est normal, c’est de cette région dont il est issu), moi c’est l’Afrique.

Pour revenir à ce que nous avons dit, nous avons parlé de beaucoup, beaucoup de choses. La seule chose que je peux vous dire, c’est que le monde multipolaire est vu par lui comme par moi comme une nécessité. La Russie, grâce à des gens comme Douguine, est en train de bâtir un axe eurasiatique surpuissant qui participe à maintenir les différents souverainismes dans ce monde. L’alliance d’un Erdogan avec un Poutine illustre cette orientation. À nous autres souverainistes africains de faire en sorte que l’Afrique puisse devenir ce pôle puissant tant voulu par les pères fondateurs du panafricanisme.

Le seul désavantage que nous avons, et il est important, est que nous ne disposons pas de dirigeants, surtout en Afrique subsaharienne francophone, acquis à la cause de l’autodétermination africaine. Dès lors, nous devons tout faire tout seuls, à partir de la société civile. C’est un combat âpre, éreintant, difficile, mais la victoire n’en sera que plus belle.

Sputnik: Pensez-vous que l’Eurasisme et le Panafricanisme peuvent et doivent coopérer? Et si oui, pourquoi?

Kemi Seba: Oui, je le pense fondamentalement, tout comme l’axe bolivarien (l’Amérique du Sud) entre autres, est un pôle qui ne doit pas être négligé. Tous les peuples doivent être amenés à coopérer, mais en étant enraciné dans leur propre paradigme. Le nouveau millénaire est et sera plus encore dans les temps à venir, l’ère des blocs civilisationnels. L’ère des grands ensembles. De grands ensembles qui dans leur collaboration, seront des garants d’un monde équilibré, débarrassé de l’axe unipolaire de l’Otan, qui n’a créé que chaos et désolation partout où il est passé.

Cela me permet aussi de préciser que pour moi, il ne s’agit pas de voir le pôle eurasien succéder au pôle américain ou plus globalement occidental. Si nous parlons d’alliance aujourd’hui, c’est que la démarche de Poutine est claire, traçable, lisible et garantit un équilibre dans le monde aujourd’hui. Si nous sentons dans le futur que la Russie a un projet colonial comme l’Occident l’a eu en Afrique, nous nous en éloignerons. Mais de manière concrète, ce n’est pas le cas, malgré la diabolisation occidentale qui vise le président Poutine. Ce dernier veut un monde multipolaire, et est la figure mondiale du souverainisme. Ce courant est le socle idéologique de sa politique. C’est le nôtre aussi. C’est donc une alliance naturelle.

Sputnik: Au-delà de la rencontre avec M. Douguine, vous avez présidé une conférence le 16 décembre près de l’Université russe de l’Amitié des Peuples (Patrice Lumumba), avec pour thème «La nécessité de l’alliance entre les souverainistes africains et la Russie». Un événement qui a d’ailleurs suscité un vif intérêt auprès de la diaspora africaine de Russie, étudiants inclus. De quoi avez-vous traité lors de cette conférence? Et comment ces idées ont-elles été reçues par les Africains de Russie? Les étudiants africains ont-ils émis à leur tour des idées qui vous sembleraient être intéressantes pour la suite?

Kemi Seba: Nous avons traité des thèmes évoqués dans les questions précédentes de cette interview. Comprendre la multipolarité d’un point de vue géopolitique et aussi métaphysique. Comprendre le rôle que l’Afrique a à jouer dans ce monde. Comprendre le rôle de la jeunesse africaine. Et comprendre pourquoi l’alliance avec la Russie —et avec d’autres- peut être un atout actuel dans notre lutte contre le globalisme libéral promu par l’Occident.

Ce fut une rencontre extrêmement riche et émouvante. Tous les jeunes étudiants présents n’étaient pas tous de l’Université russe de l’Amitié des Peuples. Ils venaient de différentes écoles et instituts. La plupart d’entre eux étaient des génies, et je pèse mes mots. Les échanges ont été passionnants, riches, et je pense avoir humblement contribué à élargir et densifier leurs esprits sur les questions de géostratégie. Toutes les questions étaient d’un apport indéniable à la résolution des problèmes de l’Afrique, et allaient dans le sens d’une plus grande prise en charge des problèmes africains par les Africains eux-mêmes.

J’étais touché de voir que beaucoup avaient réussi à se procurer mes ouvrages et les avaient lus scrupuleusement. L’autodétermination est pour cette nouvelle génération une religion. Et leur capacité à connaître leur ennemi naturel et leurs alliés ponctuels semble innée. Raison pour laquelle de l’avis général, les alliances des mouvements de résistance des sociétés civiles avec la Russie et certains pays d’Amérique latine ont obtenu l’approbation de tous.

Sputnik: En plus de la lutte pour la souveraineté des pays africains qui constitue votre fer-de-lance, les deux sujets qui vous tiennent particulièrement à cœur sont le combat contre le franc CFA —dans lequel vous êtes activement engagé- ainsi que la dénonciation de la situation des migrants d’Afrique subsaharienne en Libye. Une situation qui s’est créée après l’intervention de l’Otan contre ce pays, qui était d’ailleurs en son temps l’un des principaux porte-flambeaux du panafricanisme. Comment entrevoyez-vous la suite sur ces deux sujets d’actualité?

Kemi Seba: Pour le franc CFA, nous avons contribué de par nos mobilisations sur le terrain, en Afrique et dans la diaspora, à faire bouger les lignes. Sujet auparavant prisonnier des élites, et ce jusqu’à l’excès, ce débat est devenu, de par nos manifestations un sujet dont s’est emparé la rue africaine, tant méprisée par l’oligarchie. C’est pourtant la rue africaine qui souffrait depuis trop longtemps de l’utilisation de cette monnaie, et non nos dirigeants, qui eux utilisaient plus le dollar ou l’euro que nos monnaies de singe pour leurs transactions.

Il y a un an jour pour jour, lorsque je déclarais que 2017 serait en Afrique l’année du franc CFA, certains représentants africains se moquaient de moi. Un an plus tard, ces derniers sont les premiers à parler du CFA et à reconnaître l’importance de la mobilisation de la jeunesse africaine que nous avons initiée via le Front Anti-CFA, une structure inclusive fondée par notre ONG Urgences panafricanistes.
Même s’ils tentent toujours de nous discréditer et de séparer l’action de leurs initiateurs, jugés peu conventionnels et radicaux, nous avons gagné le débat du peuple. Les élites africaines, trop pédantes, arrogantes, imbécilisés par leur prétendu savoir, ne savent pas parler au peuple. Contrairement à nous qui vivons les réalités de ce dernier, et donc savons nous adresser à lui.
Malgré tout, il n’en demeure pas moins que le combat n’est pas fini. Les présidents africains francophones, roitelets modernes, si serviables auprès de l’Occident, mais si méprisants auprès de leur peuple, ne semblent pas prêts à se libérer de leurs chaînes.

Pour ce qui est de l’esclavage en Libye, ceci n’est que la résultante à mes yeux de l’irresponsabilité de nos dirigeants africains en priorité. Oui, clairement, les criminels de l’Otan qui ont détruit un pays et assassiné l’un de nos plus brillants dirigeants —Kadhafi- pour obtenir du pétrole sont les grands instigateurs de ce capharnaüm, sont les premiers grands responsables de tout cela.
Mais que dire de nos chefs d’État qui détournent tellement les deniers publics qu’ils finissent par donner l’impression à la jeunesse africaine que la Terre Mère est un enfer? Ce sont les premiers responsables de ce drame migratoire. Car si nos dirigeants africains faisaient leur travail, il n’y aurait pas autant de jeunes qui voudraient fuir le pays.

Après, il y a une démarche patriotique à apprendre à nos enfants. Leur faire comprendre que l’Afrique ne leur doit rien, mais qu’ils doivent tout à l’Afrique. Leur faire comprendre que ce que les élites africaines ne font pas pour le peuple, le peuple devra le faire lui-même. On ne peut plus fuir nos pays dès lors que ça ne va pas. C’est à nous de résoudre les problèmes que nos élites irresponsables ne résolvent pas.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201712221034454553-kemi-seba-souverainistes-africains/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Thierry Mbepgue: «La jeunesse africaine est prête à défendre sa souveraineté»

Thierry Mbepgue

Activiste camerounais, Thierry Mbepgue n’est pas qu’un souverainiste convaincu. Il a également créé plusieurs projets pour l’indépendance du continent vis-à-vis des grandes puissances. Il évoque pour Sputnik les perspectives du panafricanisme et les prochaines échéances du Cameroun.

Thierry Mbepgue est un activiste patriote et souverainiste camerounais. Président fondateur du Mouvement Africain pour la Libération du Continent (MALCON), il est également l’initiateur du projet UNIRTA, destiné à rassembler les différents mouvements panafricains, notamment en Afrique francophone. Il est auteur panafricaniste et Secrétaire général du Réseau Mondial des Défenseurs de la Cause Africaine (RMDCA).

Sputnik: Bonjour. Lors de notre dernier entretien, il y a près d’un an, vous veniez de lancer le projet panafricaniste UNIRTA. Où en est-il aujourd’hui?

Thierry Mbepgue: Bonjour et merci pour cette occasion d’échanger qui m’est offerte. Le projet UNIRTA suit son bonhomme de chemin, nous continuons à sensibiliser et à enregistrer l’adhésion des cibles de notre projet. Plusieurs coordinations sont installées à travers l’Afrique ainsi que des représentations dans le monde. Cependant, comme il fallait s’y attendre, nous rencontrons d’énormes difficultés quant au déroulement de notre feuille de route globale, mais nous progressons.

Sputnik: Deux de vos principales idées au moment du lancement de l’UNIRTA étaient de rassembler le plus de mouvements possibles aux idées panafricanistes, ainsi que de forger des liens entre l’Afrique et les BRICS. Avez-vous réussi à avancer à ce niveau?

Thierry Mbepgue: L’objectif principal de ce projet est de réunir au sein d’un Conseil africain de la résistance (CAR) le maximum de mouvements possibles aux idées panafricanistes, nationalistes, les patriotes, les souverainistes, les anticolonialistes, les anti-impérialistes, les leaders d’opinion et tous ceux qui aiment l’Afrique et luttent pour son émancipation. Il a été atteint à 85 %. Je peux d’ores et déjà vous annoncer qu’au courant de cette année, ledit conseil verra bel et bien jour.

Sputnik: Au-delà de l’actualité africaine, beaucoup d’Africains s’intéressent à la situation en Syrie. Un grand nombre d’entre eux soutient avec ferveur l’intervention antiterroriste russe. Pourquoi cet engouement, selon vous?

Thierry Mbepgue: L’Afrique est tout simplement une victime qui compatit aux malheurs d’une autre victime (la Syrie), qui comme elle, fait face au même bourreau. Sauf que cette fois-ci, le problème est beaucoup plus spirituel et engage un ordre de valeurs mondial, jusqu’ici fondé sur le christianisme et l’islam. Par cette intervention, le président Vladimir Poutine sauve non seulement la Syrie, mais également le monde entier et ses valeurs.

Sputnik: L’année prochaine, des élections présidentielles auront lieu au Cameroun. Quel pronostic faites-vous? Comment la jeunesse camerounaise compte-t-elle s’impliquer?

Thierry Mbepgue: Constitutionnellement, les élections présidentielles sont prévues pour 2018 au Cameroun. Très peu de candidatures potentielles se démarquent pour l’instant et il est donc difficile de faire un pronostic. Comparé à la précédente élection de 2011, ce scrutin ne suscite pas de grands appétits de la part des politiciens. Que se soit du côté du pouvoir ou de l’opposition classique, aucun signe ne trahit de dynamique ou de montée de fièvre autour de cet événement. Mais, tout porte à croire que le président actuel va remettre son mandat en jeu. Une chose est certaine, c’est que c’est une année électorale qui sera riche en incertitudes, actions et rebondissements.

Pour ce qui est du rôle des jeunes dans cette élection, il sera sans doute engagé et déterminant. Taxée de jeunesse passive, la jeunesse a décidé de prendre le taureau par les cornes. Le mouvement « le Cameroun, c’est nous », qui regroupe de jeunes Camerounais du monde entier, entend présenter des jeunes aux autres élections à venir, et travaille dans le sens de faire de cette élection celle des jeunes. La jeunesse camerounaise sera donc bien présente à cette élection, plus que l’on ne l’imagine.

Sputnik: Parlons des relations russo-africaines. La Russie entretient des relations privilégiées et de plus en plus fortes avec plusieurs pays d’Afrique du Nord et du Sud, principalement arabophones, anglophones, voire lusophones. Pourquoi selon vous les relations entre la Russie et l’Afrique du Centre et de l’Ouest francophone restent-elles relativement à la traîne?

Thierry Mbepgue: Les pays d’Afrique francophones ne sont pas encore libres, les cerveaux sont encore enchaînés et on a comme l’impression de vivre dans un enclos détaché des réalités du monde. La Russie, bien que perçue comme étant un sauveur par beaucoup d’Africains, doit être plus présente à travers sa culture, sa science et autres.

Je vous avais dit que l’intégration se ferait à travers les différents peuples. Savez-vous que le mythe selon lequel la Russie est un pays négrophobe continue d’être entretenu en Afrique francophone, notamment via le mainstream médiatique, alors que nous savons parfaitement que c’est faux? Les relations diplomatiques au sommet sans les échanges culturels entre peuples n’aboutiront certainement pas à l’harmonisation des relations. Il y a encore donc du travail à faire. Notre association « le Club des Amis Africains des BRICS » (CAA-BRICS) fait de son mieux pour y contribuer.

Sputnik: Dernière question. Votre pays, le Cameroun, continue de faire face à plusieurs tentatives de nuire à sa souveraineté par des forces extérieures, à l’instar de beaucoup d’autres pays africains. Est-ce que la jeunesse camerounaise est prête à défendre la souveraineté de son pays?
Thierry Mbepgue: C’est la chose qu’elle sait faire le mieux, défendre sa souveraineté. La réponse est oui! La jeunesse camerounaise est prête à la défendre jusqu’au sacrifice ultime. Nous ne devons plus permettre la réalisation de scénarios que l’Occident politique avait l’habitude de réaliser sur notre continent.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201704271031128556-jeunesse-africaine-souverainete/

Mikhail Gamandiy-Egorov