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Politique israélienne en Syrie, les masques tombent

F-15 E israélien. Archive photo

La Syrie est le théâtre d’affrontement d’envergure pratiquement mondiale, du fait de l’internationale terroriste présente sur le territoire, mais aussi en raison de la participation de pays hostiles à la République syrienne. Parmi eux, les récents événements ont mis en lumière le rôle d’Israël.

Si aujourd’hui, ce n’est un secret pour personne que des pays comme les USA, l’Arabie saoudite, le Qatar ou encore plusieurs États ouest-européens ont largement et ouvertement contribué au chaos en Syrie, le cas d’Israël était à part. D’un côté, l’État hébreu se déclarait « neutre » dans le conflit syrien, mais ses actions ont plusieurs fois démontré le contraire. La dernière en date a été la goutte qui a fait déborder le vase.

En effet, l’aviation israélienne a mené plusieurs frappes en Syrie au cours de ces dernières années. À chaque fois, elles visaient les positions de l’armée gouvernementale syrienne ainsi que ses alliés, dont le Hezbollah libanais — l’os dans la gorge de l’État israélien depuis déjà bien longtemps. Qu’en est-il des groupes terroristes, dont Daech ou Al-Qaida? Réponse: ils n’ont jamais été visés par les avions israéliens.

En septembre dernier, lors de l’offensive de l’armée syrienne contre les terroristes takfiristes du Front Al-Nosra (devenu par la suite Front Fatah al-Cham et plus récemment encore Hayat Tahrir al-Cham) dans le sud de la Syrie, aux environs de Kouneitra, l’armée israélienne avait une fois de plus attaqué les positions des forces gouvernementales. Si les précédentes attaques israéliennes n’avaient pratiquement pas généré de riposte côté syrien, ce ne sera pas le cas de celle-ci. Un avion et un drone israéliens seront abattus, selon les informations de l’état-major syrien. Israël niera les faits.

17 mars. Alors que l’armée syrienne et les milices progouvernementales poursuivent l’offensive contre Daech à l’est de Palmyre, l’aviation israélienne frappe une nouvelle fois les troupes syriennes. La DCA syrienne riposte et affirme avoir abattu un avion et en avoir touché un autre. Israël nie dans un premier temps les faits, comme il l’avait fait au mois de septembre. Mais la réaction qui s’en suit deux jours plus tard d’Avigdor Lieberman, le ministre israélien de la Défense semble confirmer la version syrienne. En effet, il annonce que si la DCA syrienne riposte de nouveau contre l’aviation israélienne, l’État sioniste « détruira » les systèmes de défense antiaérienne de Syrie.

De l’aveu des médias, y compris mainstream, il s’agit du plus sérieux incident entre les deux pays depuis le début de la crise syrienne. Incident suffisamment sérieux en tout cas pour que le ministère russe des Affaires étrangères convoque ce lundi 20 mars l’ambassadeur israélien en poste à Moscou, afin de lui transmettre l’opposition de la Russie face aux actions israéliennes à l’encontre de la Syrie.

Plus gênant presque que le bombardement en lui-même, ce sont les justifications israéliennes qui ne tiennent tout simplement pas. Tel-Aviv a en effet indiqué que les frappes visaient à empêcher un transfert d’armes au Hezbollah libanais, alors que l’attaque a ouvertement visé les forces syriennes aux alentours de Palmyre, là où l’armée gouvernementale fait face à Daech. Bien difficile désormais de parler du manque de complicité entre Israël et les groupes terroristes, d’autant plus que selon divers témoignages, de nombreux terroristes, notamment ceux opérant dans le Sud du territoire syrien, se font soigner dans les hôpitaux israéliens.

Au-delà du conflit syrien, et dans lequel les forces gouvernementales soutenues par les alliés prennent de plus en plus le dessus sur les groupes terroristes, Israël a vraisemblablement très peur du rééquilibrage des forces dans la région issu de l’ère multipolaire. En effet faut-il rappeler que l’État sioniste faisait partie des grands bénéficiaires de la chute de l’URSS et de la fin officielle de la guerre froide?

L’avènement de l’ère unipolaire, avec le diktat de la seule superpuissance étasunienne, l’allié par excellence d’Israël, avait donné à ce dernier un sentiment de quasi-impunité aussi bien dans le conflit qui l’oppose à la Palestine, qu’à plusieurs de ses voisins. La guerre perdue en 2006 face au Hezbollah libanais, qui combat aujourd’hui aux côtés de l’armée syrienne les terroristes takfiristes, a été l’un des premiers signes remettant en cause « l’invincibilité » régionale d’Israël.

Puis le renforcement de l’Iran, partisan lui de la multipolarité et ennemi de longue date, a ravivé les craintes de Tel-Aviv. Enfin, le positionnement de la Russie en faveur de son allié syrien dans la lutte antiterroriste a complètement reconfiguré les perspectives proche et moyen-orientales. En effet et selon plusieurs hauts cadres de Tsahal, la présence russe en Syrie a totalement mis à mal la domination aérienne d’Israël dans la région. Pour rappel, les systèmes de défense antiaérienne et antimissiles russes S-300 et S-400 se trouvent sur le territoire syrien, mais à ce jour, ils n’ont pas été utilisés. Cependant, la DCA syrienne a riposté au raid israélien avec ses vieux systèmes S-200 et il est peu probable que Tel-Aviv souhaite que les systèmes russes plus sophistiqués soient utilisés contre son aviation. D’où l’importance de l’empêcher par des canaux diplomatiques. Cela a été fait ce lundi.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201703201030536992-isael-syrie-politique/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Et si Damas reprenait Raqqa?

Raqqa, fief de Daech

Bachar al-Assad a annoncé que la libération de la ville de Raqqa serait désormais le prochain objectif prioritaire de l’armée syrienne. Elle poursuivra en parallèle la libération d’autres villes et localités de Syrie.

« Après Alep et Palmyre, Raqqa est notre nouvel objectif. À ce jour, nous sommes proches de Raqqa. Nos forces ont atteint l’Euphrate (pour la première fois depuis quatre ans, ndlr) qui est très proche de Raqqa, fief de Daech. Pour autant, cela ne signifie pas que les autres villes ne sont pas prioritaires, cela pourrait se dérouler parallèlement », a déclaré Bachar al-Assad lors d’une interview accordée à la chaîne hongkongaise Phoenix.

Parlons perspectives. Du point de vue stratégique, Raqqa représente peu. C’est une relativement petite ville dans un milieu désertique. Rien à avoir avec Alep, grande mégalopole et capitale économique de l’État syrien, ou encore Palmyre, la « Perle du désert », qui tout en étant peu peuplée, était et reste un grand symbole culturel pour la Syrie et pour toute l’humanité. Raqqa, elle, n’a de symbolique que son statut de « fief » de Daech, selon les déclarations mêmes du président Assad il y a quelques mois. Néanmoins, et au moment où les É.-U. et leurs alliés s’activent pour tenter de remporter au moins une victoire digne de ce nom sur le théâtre syrien, Damas démontre qu’elle est amplement en mesure de libérer cette ville elle-même, avec l’aide de ses alliés, à l’instar d’autres parties du territoire.

Pour rappel, le gouvernement syrien contrôle les cinq plus grandes villes du pays: Damas, Alep, Homs, Lattaquié, Hama. D’autre part, et cela est tout aussi important, entre 70 et 80 % de la population de Syrie se trouve dans des territoires sous contrôle gouvernemental. Chiffres hautement symboliques lorsqu’on se souvient comment le mainstream médiatique et les élites politiques occidentales ont répété sur tous les tons que les civils fuyaient massivement « les troupes du régime »…

D’ailleurs, quelle sera la réaction du mainstream et des élites politiques face à une éventuelle reprise de la « capitale » de Daech par les forces gouvernementales? Réponse: très probablement la même que celle lors de la libération d’Alep et de Palmyre, à savoir révolte ou au moins une simple déception. Quoi qu’il en soit, cette hypocrisie ne stoppera pas le gouvernement syrien dans la poursuite de la libération du territoire du pays de la présence terroriste. La déclaration d’Assad n’a fait que le confirmer.

Mieux que cela, le leader syrien pense que le conflit qui déchire son pays depuis maintenant six ans pourrait être entièrement résolu cette année, tout en ajoutant que les forces étrangères présentes en Syrie sans invitation compliquent la situation. Par ces propos, il viserait clairement en premier lieu les É.-U., principaux instigateurs du chaos orchestré dans son pays, comme dans la région en général. La présence turque est également contestée, mais plus ou moins tolérée, car elle est coordonnée avec la Russie. Or, la Turquie continue de se rapprocher de la Russie à différents niveaux, la toute récente visite d’Erdogan à Moscou l’a bien confirmé. En Syrie, les deux capitales coordonnent leurs efforts diplomatiques avec le processus d’Astana et militaires en opérant des frappes conjointes contre Daech dans le nord de la Syrie, qui ont abouti à la libération d’Al-Bab. Dans ce contexte, il est raisonnable de penser que la présence de la Turquie en Syrie ne sera pas permanente, ni même un problème insurmontable.

Une fois encore, le problème majeur reste bien la politique étasunienne dans la région, celle qui consiste à diviser pour mieux régner, ou du moins pour mieux semer le chaos — l’élite US en est la championne absolue. Mais lorsqu’il s’agit d’en réparer les conséquences, le plus souvent catastrophiques, les É.-U. et ses « alliés » ouest-européens sont presque toujours aux abonnés absents. Simple constat de la réalité.

Dernier point. L’armée syrienne reste en effet sur l’offensive, avec plusieurs objectifs stratégiques en vue: rompre l’encerclement des troupes d’élite syriennes à Deir ez-Zor et nettoyer la zone, avancer sur Raqqa, le fief de Daech, sans oublier évidemment Idlib, le fief de l’autre groupe takfiriste Hayat Tahrir al-Cham (ex al-Nosra et Fatah al-Cham, la filiale d’Al-Qaida en Syrie). Des efforts militaires qui s’ajoutent donc aux efforts diplomatiques d’Astana, lesquels reprendront dans les prochains jours, pour avancer vers la fin du conflit syrien, qui a été imposé par le néocolonialisme occidental s’appuyant une fois encore sur des extrémistes déclarés.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201703141030451295-syrie-raqqa-liveration-objectif/

Mikhail Gamandiy-Egorov

La normalisation turco-syrienne désormais envisageable

Drapeau de Syrie

La méfiance est encore vive entre les pouvoirs syrien et turc, qui continuent à se critiquer mutuellement. Néanmoins, les premiers petits pas vers une future normalisation des relations ont bel et bien commencé. Il y a encore incontestablement du chemin à faire, mais les jalons sont posés.

Évidemment, la normalisation entre Damas et Ankara va prendre encore du temps, mais certains signes de détente entre les deux pays ne trompent pas. À commencer par le tout récent crash de l’avion  MiG-21 de l’armée syrienne, abattu par les terroristes salafistes d’Ahrar al-Sham, dont le pilote a réussi à s’éjecter et s’est posé en territoire turc, dans la province de Hatay. Les sauveteurs turcs se sont rapidement rendus sur les lieux et ont secouru le pilote, qui a été transféré dans un hôpital turc pour être soigné. Il sera vraisemblablement remis à la Syrie dans les prochains jours.

Mais ce n’est pas tout. On sait que le gouvernement syrien critique ardemment la présence turque au nord de la Syrie dans le cadre de l’opération Bouclier de l’Euphrate. Au début de l’opération, Damas avait clairement indiqué qu’elle portait atteinte à la souveraineté syrienne. Mais depuis, la tension a diminué entre les deux capitales.

Avec l’accord de Damas, les aviations russe et turque mènent des frappes conjointes contre les terroristes de Daech dans le nord de la Syrie. Une coordination qui a beaucoup contribué à la libération récente de la ville d’Al-Bab, dernier fief de l’EI dans cette partie de la Syrie, par les troupes turques. Après avoir chassé Daech de cette ville, le président turc a indiqué que sa prochaine «  cible  » sera la ville de Manbij, à moins que les forces kurdes qui la contrôlent ne s’en retirent. Et c’est là justement que le plus intéressant commence.

Les États-Unis, qui collaborent activement avec certains représentants des forces kurdes, ont de fait ignoré les demandes turques en ce sens. Coup de théâtre, un accord vient d’être annoncé avec la médiation de Moscou, qui prévoit que cette zone, dont Manbij, jusqu’ici tenue par les forces d’autodéfense kurdes sera désormais défendue par l’armée syrienne.

La réaction d’Ankara ne laisse pas de surprendre. En effet, le Premier ministre turc, Binali Yildirim, a déclaré  : «  Nous ne considérons pas le fait que les forces du régime syrien rentrent à Manbij en ce moment et que les unités d’autodéfense kurdes quittent la ville, soit une évolution négative. La terre syrienne doit appartenir aux Syriens  ». Il a en outre indiqué que Manbij représente «  la clé pour résoudre le conflit syrien  ».
Certainement la clé du point de vue d’Ankara, qui n’a jamais caché que son opération dans le nord de la Syrie vise aussi bien Daech que les forces kurdes du YPG, que le gouvernement turc considère être associé au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qualifié de terroriste en Turquie. Quoi qu’il en soit, cette déclaration confirme le consensus qui se dessine en Syrie et dans lequel la Russie semble jouer un rôle de premier plan.

En effet faut-il rappeler que dans le triangle Syrie-Russie-Turquie, Moscou partage des relations d’alliance avec Damas et de partenariat stratégique avec Ankara  ? Un partenariat stratégique qui se traduit par une collaboration de haut niveau dans la sphère économico-commerciale, mais depuis la normalisation annoncée en août dernier entre la Russie et la Turquie, également une coordination au niveau politique.

Il ne faut évidemment pas croire que la normalisation Damas-Ankara aura lieu du jour au lendemain. Mais les tout derniers développements montrent que quand les puissances multipolaires agissent avec un esprit de responsabilité, la détente, voire la réconciliation entre pays antagonistes est possible. Et dans le cas des relations Syrie-Turquie, une normalisation devient effectivement envisageable dans un futur pas si lointain. Cela ne pourra qu’être fortement positif, aussi bien pour les citoyens des deux pays que pour cette région en général.

P.S. Recep Erdogan est attendu avec une importante délégation turque le 9 et 10  mars prochain en Russie (sa deuxième visite officielle en une demi-année), dans le cadre de la réunion du Conseil de coopération de haut niveau Russie-Turquie. La poursuite de la coordination dans la lutte antiterroriste en Syrie sera également discutée.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201703061030349665-normalisation-turco-syrienne/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Les succès d’Astana permettent à Genève d’avancer

les rencontres d'Astana

Malgré de virulentes réactions de la part des mouvements les plus radicaux en Syrie, les négociations de Genève avancent et laissent entrevoir quelques espoirs de paix. Le maintien d’un cessez-le-feu et l’amorce d’un dialogue entre pouvoir et opposition réalisés à Astana ont ouvert la voie à ces timides progrès.

À en juger par la réaction de certains mouvements radicaux, notamment dans les réseaux sociaux, en lien avec les rencontres d’Astana et maintenant la relance des pourparlers de Genève, l’heure est à… l’optimisme prudent. En effet, le fait que les extrémistes les plus radicaux et certains de leurs soutiens extérieurs, notamment le sulfureux sénateur US McCain, enragent montre que nous sommes sur la bonne voie.
Parlons perspectives. Astana I et II ont permis l’établissement, puis le renforcement, du cessez-le-feu en Syrie, qui dure maintenant depuis fin décembre. Ceci a été rendu possible grâce à l’étroite coordination entre trois pays : la Russie, la Turquie et l’Iran, en qualité de garants, sans oublier évidemment le pays-hôte, des négociations d’Astana, le Kazakhstan. Cette trêve ne concerne évidemment pas les groupes terroristes de Daech et du Front Fatah al-Cham ( ex Al-Nosra, la filiale d’Al-Qaida en Syrie ).

Les succès des rencontres d’Astana ayant permis d’établir l’arrêt des hostilités sur le terrain avec tous ceux qui ont accepté de rejoindre l’accord de trêve, ils ont ouvert la voie à la relance des pourparlers de Genève entre le gouvernement syrien et l’opposition. Et de l’aveu de Staffan de Mistura, envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, le rôle d’Astana a été réellement positif et même crucial, ce qui laisse entrevoir des possibilités d’une paix durable.

Aux dernières nouvelles, les pourparlers de Genève sont loin de se dérouler de manière facile, l’opposition étant elle-même divisée. Les plus radicaux ne souhaitent pas s’avouer vaincus ouvertement et tentent par tous les moyens de montrer qu’ils ont encore du poids. Néanmoins, il est déjà patent que plusieurs représentants de l’opposition souhaitent atteindre un résultat positif dans les négociations en adoptant des prises de position responsables. Cela se traduit par le soutien à la lutte antiterroriste sur le territoire syrien, par l’opposition aux financements extérieurs en faveur des terroristes et par un accord intra-syrien sur la suite du processus politique, la Constitution syrienne et les élections.

Trop tôt encore donc pour dire ce que donneront ces pourparlers de Genève, mais même si aucun accord définitif n’est trouvé, de l’avis de nombreux experts il s’agira après Astana d’un autre grand pas en avant. Parallèlement à cela, l’armée syrienne poursuit son offensive contre les terroristes à différents endroits du front, notamment en vue de la libération de la cité antique de Palmyre, autour de laquelle les forces gouvernementales contrôlent déjà presque toutes les hauteurs stratégiques. De plus, la coordination russo-turque ne faiblit pas. Elle s’est notamment concrétisée par la libération récente de la ville syrienne d’Al-Bab, près de la frontière turco-syrienne des mains de Daech. La Turquie n’a pas manqué de reconnaître le soutien décisif russe dans la prise du dernier fief de la secte takfiriste dans la province d’Alep. C’est ce qu’a d’ailleurs déclaré Ilnur Cevik, conseilleur du président turc Erdogan. De son côté, Vitali Naoumkine, conseiller de Staffan de Mistura, pense également que la coordination russo-turque joue un rôle clé dans la résolution de la crise syrienne.

D’autre part, le chef d’État turc est attendu à Moscou le 9 et 10 mars prochain — sa deuxième visite officielle en Russie en une demi-année — durant laquelle il rencontrera le président russe. Cela se fera dans le cadre de la réunion du Conseil de coopération de haut niveau Russie-Turquie, qui reprend le travail après la normalisation engagée par les dirigeants des deux pays. Toujours selon le conseilleur d’Erdogan, Ilnur Cevik, les deux leaders discuteront également de la poursuite de la coordination de leurs efforts en Syrie.

Une chose est sûre. Malgré tous les défis restants à relever, on commence depuis Astana à entrevoir une possible issue positive pour la crise en Syrie. Astana a effectivement ouvert ( ou rouvert ) la voie à Genève, tout en sachant que la capitale kazakhe se tient de nouveau prête à tout moment à contribuer aux négociations, qui pourraient aboutir à une paix durable sur le territoire syrien. Les terroristes perdent du terrain en Syrie, comme en Irak. Cela est également extrêmement positif. Quant au fait que les forces hostiles aux efforts de paix haussent le ton, cela ne fait que confirmer que la voie choisie est la bonne. Les ennemis de la multipolarité devraient donc calmer leurs ardeurs et laisser les forces responsables faire leur travail.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201702271030255530-succes-astana-geneve/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Quand les relations russo-turques déjouent les pronostics

Quand les relations russo-turques déjouent les pronostics

Certains avaient annoncé que les relations russo-turques auraient du mal à se remettre de la crise de novembre-décembre 2015, prédisant même, un gel des relations entre les deux pays de plusieurs années. Pourtant, six mois plus tard, leurs relations économiques et diplomatiques sont à nouveau excellentes.

Déception pour certains, joie pour d’autres, les relations turco-russes reviennent au beau fixe après une crise de près de six mois. La normalisation annoncée par les présidents Poutine et Erdogan lors de leur rencontre à Saint-Pétersbourg en août dernier, après que la Turquie a présenté officiellement ses excuses pour avoir abattu un chasseur russe Su-24, semble désormais repasser au stade supérieur, celui du partenariat stratégique.

La Russie n’a pas encore levé toutes les mesures d’embargo vis-à-vis de la Turquie, mais la plupart des responsables et experts, russes comme turcs, s’accordent à dire que ce n’est qu’une question de temps. Pour rappel, la Russie a déjà levé depuis plusieurs mois les restrictions sur les vols charters touristiques à destination de la Turquie, ce qui a immédiatement redonné le sourire aux hôteliers turcs, qui faisaient face à une grave crise depuis la détérioration des relations entre les deux pays. Désormais, la Turquie refait partie des destinations favorites des touristes russes et les Turcs viennent d’annoncer qu’ils étaient prêts à recevoir près de 5 millions de touristes en provenance de Russie en 2017, tout en leur proposant des conditions très attractives.

Pour rappel, ils étaient plus de quatre millions de Russes à avoir visité la Turquie, aussi bien en 2014 qu’en 2015, plaçant les russes à la deuxième place en termes de nombre de touristes juste derrière les Allemands, mais à la première place pour les dépenses: les Russes sont en effet trois fois plus prodigues que les touristes allemands. Aux dernières nouvelles, le taux de réservation actuel de voyages à destination de la Turquie par les touristes russes est 4 à 5 fois supérieur qu’à la même période de l’année dernière (au pic de la crise des relations bilatérales). La Turquie, sixième destination touristique mondiale, redeviendra donc vraisemblablement la destination étrangère principale pour les vacanciers russes, avec en prime le meilleur rapport qualité/prix.

L’autre secteur fort important pour les turcs est celui du BTP. Les entreprises turques, dont plusieurs font partie des meilleures au niveau mondial, attendent la levée totale des restrictions pour relancer de nouveaux projets sur le sol russe. Il faut se souvenir que la Russie était de loin le principal débouché des entreprises turques, qui en étaient de plus les leaders absolus avec près de 20 % de parts de marché. Les principaux acteurs du secteur avaient conservé leurs contrats signés avant la crise, mais ne pouvaient prétendre à obtenir de nouveaux marchés à cause des sanctions prises par le gouvernement russe. Des restrictions qui vraisemblablement ne devraient plus durer très longtemps.

L’agroalimentaire, autre source importante de revenus pour la balance commerciale turque, attend lui aussi une envolée. Depuis quelques mois, la Russie a levé l’embargo sur un certain nombre de fruits et légumes turcs, mais plusieurs autres, dont les tomates, restent toujours interdits d’entrée. Là aussi, on s’attend à une amélioration, tout en sachant que le gouvernement russe a annoncé devoir tenir compte des intérêts des producteurs nationaux, qui ont profité de la crise pour accroître leur présence sur ce marché. Néanmoins, tout porte à croire que l’embellie entre les deux pays permettra à la Turquie de reprendre des parts de marché dans des secteurs où elle était précédemment bien placée. Une situation qui contraste avec celle des exportateurs de l’UE qui, vraisemblablement, ont perdu leurs positions pour longtemps.

D’un autre côté, la Russie prévoit également de renforcer ses positions sur le marché turc, qui est majeur pour elle dans plusieurs domaines. En effet, la Turquie est le second marché étranger pour le gaz russe. Lukoil, le géant pétrolier russe, y possède aussi d’importants intérêts, notamment plusieurs centaines de stations essence. En outre, Sberbank, la principale banque russe, détient DenizBank, qui fait partie du Top 5 des principales institutions bancaires turques.

Enfin, les deux pays ont relancé deux autres projets stratégiques: il s’agit bien évidemment du projet de gazoduc TurkStream, qui va acheminer le gaz russe en Turquie à travers la mer Noire, ainsi que de la centrale nucléaire d’Akkuyu, sur les bords de la mer Méditerranée, dans la province de Mersin. Dans le cas du gazoduc TurkStream, les travaux devraient débuter cette année, avec entre autres pour objectif de cesser le transit gazier via l’Ukraine d’ici 2019. Quant à la centrale nucléaire d’Akkuyu, le premier bloc devrait être opérationnel d’ici 2020, pour une centrale pleinement opérationnelle en 2023. Le projet sera réalisé par l’Agence fédérale russe de l’énergie atomique (Rosatom).

Il convient aussi de souligner qu’en plus de la réactivation du partenariat stratégique dans la sphère économico-commerciale, avec pour objectif annoncé des deux côtés d’arriver à 100 milliards de dollars d’échanges annuels à l’horizon 2020-2023, on assiste en ce moment même à un dialogue politique sans précédent. En effet, jamais la Russie et la Turquie n’ont autant coordonné leurs positions pour tenter de résoudre les problèmes régionaux, comme c’est actuellement le cas dans le dossier syrien. Peu de gens auraient cru que la Russie et la Turquie, qui ont depuis plusieurs années adopté des approches très différentes vis-à-vis du conflit syrien, auraient pu mettre ensemble en place une trêve, qui est globalement respectée dans le pays. Une trêve qui ne concerne pas les groupes terroristes de Daech, d’Al-Qaida et tous ceux qui ont refusé de se joindre audit cessez-le-feu.

Mieux encore, un mécanisme tripartite de contrôle du cessez-le-feu doit désormais être mis en place sous la houlette des trois pays garants de cet accord: la Russie, la Turquie et l’Iran. Enfin, qui aurait aussi pu imaginer que la Russie et la Turquie (qui est encore membre de l’Otan) iraient jusqu’à mener des opérations militaires conjointes? C’est pourtant le cas des aviations russes et turques qui mènent actuellement des raids contre les positions de Daech dans le nord de la Syrie. Le meilleur est probablement à venir, et ce malgré l’opposition d’acteurs extérieurs hostiles au rapprochement russo-turc.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201701311029870203-russie-turquie-relations/

Mikhail Gamandiy-Egorov

«L’année écoulée s’inscrit dans une phase de transition, entre deux états du monde»

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Ex-haut fonctionnaire, Bruno Guigue est un analyste politique français, enseignant en relations internationales à l’Université de La Réunion et chroniqueur en politique internationale.

Sputnik : L’année 2016 est terminée. Pour beaucoup, elle a été associée aux tensions montantes entre la Russie et les États-Unis, et plus globalement entre la Russie et l’Occident politique. Quelles sont les principales analyses que vous feriez de l’année passée?

Bruno Guigue : L’année écoulée s’inscrit dans une phase de transition, extrêmement critique, entre deux états du monde. La roue tourne, et le neuf chasse l’ancien. Les USA sont encore la première puissance économique mondiale, mais la Chine est en passe de les détrôner. La situation sociale aux États-Unis est désastreuse. La violence y est omniprésente. Les USA sont un pays riche, mais ses habitants sont pauvres. 15 % des Américains dépendent de l’aide alimentaire, et le taux d’endettement des ménages est vertigineux.

L’élection de Donald Trump, en réalité, est le symptôme d’un profond malaise. À l’intérieur comme à l’extérieur de leurs frontières, les États-Unis ressemblent à un colosse aux pieds d’argile. En encerclant la Russie, en la diabolisant, les dirigeants américains renouent avec les pratiques de la guerre froide, mais cette agitation belliciste est un aveu de faiblesse. Si Washington provoque Moscou en mobilisant son armada, c’est pour tenter de conjurer, de manière pathétique, un déclin irréversible. Les USA sont une superpuissance chancelante qui joue au matamore parce qu’elle sait que ses jours sont comptés.

Sputnik : Cette opposition russo-étasunienne s’est traduite par une différence d’approche évidente en Syrie, qui restait largement à la Une de l’actualité. Quelles leçons en tirez-vous?

Bruno Guigue : Sur le théâtre syrien, il y a une énorme différence entre Moscou et Washington. Les Russes font ce qu’ils disent et ils disent ce qu’ils font. Les Américains ne font pas ce qu’ils disent et ils ne disent pas ce qu’ils font. La Russie intervient en Syrie à la demande expresse d’un État souverain qui est son allié historique dans la région. Elle combat la pègre mercenaire qui tente d’abattre cet État sur mandat des puissances occidentales et des pétromonarchies du Golfe. Avec 5 000 soldats et 70 avions, elle a aidé le gouvernement syrien à libérer la deuxième ville du pays et à restaurer sa souveraineté, peu à peu, sur une part croissante du territoire national.

De leur côté, les USA prétendent livrer bataille aux organisations terroristes, mais en réalité ils les utilisent contre Damas. Ils accréditent une distinction entre des rebelles « extrémistes » et « modérés » qui n’existe que sur le papier, et ils en fournissent eux-mêmes la preuve en les soutenant sans distinction! Chaque fois que Daech attaque les forces gouvernementales syriennes, par exemple, les avions de la coalition restent cloués au sol. Contrairement à l’intervention russe, l’intervention américaine est illégale en droit international et elle favorise les terroristes en prétendant les combattre.

Sputnik : La récente coordination des approches entre la Russie et l’Iran, principaux soutiens du gouvernement syrien, avec la Turquie — qui a longtemps gardé une approche ouvertement anti-Assad — le tout en vue de contribuer ensemble à la résolution du conflit syrien, a montré qu’il était possible d’atteindre des résultats prometteurs, sans pour autant y inclure les représentants US et plus généralement les élites occidentales. Partagez-vous cet avis? Est-ce, selon vous, un signe que cette région du Proche et du Moyen-Orient devrait élargir ce genre d’initiative à l’instar de celle entre la Russie, l’Iran et la Turquie?

Bruno Guigue : La coopération diplomatique entre la Russie, l’Iran et la Turquie en vue de mettre fin au conflit syrien est une gifle monumentale pour Washington et ses satellites. Les États-Unis sont éjectés comme des malpropres d’une scène syrienne où ils ont additionné les « false flags » et les coups tordus. Pour la première fois, une négociation sur un conflit majeur est engagée sans Washington, qui doit se résoudre à faire tapisserie pendant que Moscou mène la danse. L’avenir dira si les négociations inter-syriennes sous ce triple parrainage aboutiront à une solution négociée. Mais en attendant, les Occidentaux sont condamnés à approuver en public un processus qui les destitue de leur prééminence sur la scène internationale.

Les pourparlers qui auront lieu à Astana, capitale du Kazakhstan, symbolisent le basculement du monde vers de nouveaux pôles de puissance. Toutes proportions gardées, c’est un événement comparable à la conférence de Bandoeng, qui marqua en 1955 l’émergence d’un « tiers-monde » assoiffé d’indépendance et résolument non-aligné. Les puissances occidentales ayant démontré leur capacité de nuisance au Moyen-Orient, toute initiative consistant à se passer de leurs services est un exemple à suivre si l’on veut tuer dans l’œuf l’ingérence néo-coloniale et permettre aux puissances régionales de régler elles-mêmes leurs propres affaires.

Sputnik : Une nouvelle administration, celle du président élu Donald Trump, prendra officiellement sous très peu le pouvoir aux États-Unis. Certains partagent un optimisme important au vu de certaines déclarations de M. Trump qui laissaient supposer une éventuelle normalisation des relations avec la Russie. D’un autre côté, sa rhétorique anti-chinoise, anti-iranienne et notamment anti-cubaine, des pays ayant des relations fortes avec la Russie, laissent supposer la poursuite de la confrontation. D’autant plus qu’au vu des déclarations récentes de certains représentants de son équipe, les risques d’une poursuite des tensions avec la Russie restent également d’actualité. Quel est votre avis sur la question?

Bruno Guigue : Personne ne sachant lire dans le marc de café, il est impossible de dire ce que sera la politique étrangère de Donald Trump. La composition de son équipe envoie des signaux contradictoires. Le conseiller à la sécurité nationale est Michael Flynn, chef du renseignement militaire limogé par Barack Obama pour avoir critiqué la politique du président en Syrie. Le secrétaire d’État est Rex Tillerson, l’un des dirigeants du groupe pétrolier ExxonMobil qui s’opposa aux sanctions contre Moscou en 2014. Au secrétariat à la Défense, c’est le général James Mattis, ancien commandant des forces US au Moyen-Orient et partisan notoire de la fermeté à l’égard de l’Iran.

Difficile de s’y repérer, mais M. Trump se déclare prêt au dialogue avec Moscou et affirme que les USA n’interviendront plus pour « changer le régime politique » chez les autres. C’est un désaveu explicite des politiques néo-conservatrices! En même temps, il adhère aux thèses israéliennes sur Jérusalem et envisage d’y déplacer l’ambassade US en violation du droit international. Il veut remettre en question l’accord péniblement négocié par son prédécesseur sur le nucléaire iranien. Enfin, il bombe le torse face à la République populaire de Chine.

Sputnik : Que pensez-vous, précisément, de ces déclarations peu diplomatiques à l’égard de la Chine?

Bruno Guigue : Ces déclarations, en fait, rejoignent la critique constante du libre-échangisme économique formulée par Donald Trump durant sa campagne. Elles annoncent un bras de fer de Washington avec les puissances montantes dont la croissance constitue une menace pour l’hégémonie US. La mondialisation des échanges appauvrit l’économie américaine, elle la vide de sa substance en accélérant la désindustrialisation. Invention occidentale, cette globalisation exigée par l’oligarchie se retourne contre les pays qui en ont fait l’alpha et l’oméga de la vie internationale. En 2010, la part des USA dans le PIB mondial était de 25%. Elle sera de 16% en 2025. En 2050, elle sera de 9% contre 33% pour la Chine et 8% pour l’Inde. Pour le nouveau président, le véritable défi sera de freiner, dans une tentative désespérée, le déclin annoncé de l’Empire américain. Et il sait bien que couvrir les océans de porte-avions déployant fièrement la bannière étoilée n’y changera rien.

Sputnik : On observe une montée importante des sentiments anti-atlantistes dans les pays européens. Entrevoyez-vous des changements importants en 2017 à ce niveau? Notamment en ce qui concerne le niveau de dépendance de certains pays européens vis-à-vis des USA?

Bruno Guigue : En fait, l’allégeance des pays européens à Washington n’a jamais été aussi caricaturale. Champions incontestés de la catégorie, la France et le Royaume-Uni font constamment de la surenchère. Comme si la gesticulation de l’appareil militaire atlantique aux frontières de la Russie ne suffisait pas, ces deux pays multiplient les accusations contre Moscou et prolongent des sanctions absurdes. Il est affligeant de voir le gouvernement français, par exemple, sacrifier ses propres agriculteurs sur l’autel de l’atlantisme en interdisant les exportations vers la Russie. Cette soumission volontaire des gouvernements européens est une honte, et elle finira par provoquer une exaspération légitime. La souveraineté a été bafouée par l’européisme et l’atlantisme, mais heureusement elle est de retour. L’aspiration à l’indépendance nationale — sans laquelle la souveraineté populaire est un leurre — est une constante historique. Chassez-la par la porte, elle reviendra par la fenêtre!

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201701161029618662-bruno-guigue-usa-chine-russie/

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Rencontre d’Astana : l’espoir est permis

Alep

Les pourparlers sur la Syrie entre le gouvernement syrien et certains groupes dits de l’opposition auront bien lieu à Astana, la capitale kazakhe, le 23 janvier prochain.

En effet, les efforts conjoints de la Russie, la Turquie et l’Iran donnent leurs premiers résultats. Trop tôt encore de parler de retombées positives pour la suite des événements en Syrie, notamment en raison des positions troubles de certains groupes de la prétendue opposition, sans oublier de nouvelles éventuelles provocations visant à saper les efforts de paix entrepris par les trois pays déjà cités.

Une chose est sûre, le trio russo-irano-turc semble très motivé à déployer les efforts nécessaires au succès du processus de paix en Syrie. Et malgré les risques existants, il y a des raisons de garder un optimisme prudent. Tout d’abord, car il y a une réelle volonté des trois pays d’amener un résultat concret qui pourrait permettre à terme à la Syrie de retrouver la paix et la stabilité.

D’autre part, le gouvernement syrien est aujourd’hui plus que jamais en position de force. Il contrôle la grande majorité de la Syrie dite « utile » et les cinq plus grandes villes du pays (Damas, Alep, Homs, Lattaquié, Hama). Compte tenu de cette réalité, sur le terrain et aussi du soutien russo-iranien, il est aujourd’hui pratiquement inconcevable de s’asseoir à la table des négociations en lançant des ultimatums réclamant le départ immédiat du président syrien al-Assad. La Turquie l’a vraisemblablement compris, surtout au regard des défis sécuritaires auxquels elle fait actuellement face.

Reste à espérer que certains éléments sains de l’opposition syrienne le comprennent aussi et seront ainsi prêts à mener des négociations constructives. Surtout que la Turquie semble désormais motivée à user de son influence dans ce sens. Et sans oublier aussi que le ministère russe de la Défense a été également explicite à cet égard, à savoir que tout groupe qui refusera de se joindre au cessez-le-feu observé globalement à l’heure actuelle en Syrie sera automatiquement associé aux terroristes de Daech ou d’Al-Qaida. Ces derniers ne sont en effet aucunement concernés par la trêve et les combats se poursuivent contre eux à différents endroits du territoire syrien. Résultat logique: ils n’ont pas été invités à Astana.

L’autre aspect positif, qui donne lui aussi une note supplémentaire d’optimisme, est l’absence des représentants de l’administration sortante américaine d’Obama dans ce processus, de même que celles des représentants ouest-européens, toujours résolument obstinés à faire tomber le leader syrien. La porte reste néanmoins ouverte à la nouvelle administration étasunienne de Trump, qui prendra officiellement le pouvoir sous peu, tout comme aux acteurs régionaux, à condition évidemment qu’ils acceptent de s’inscrire dans la logique du processus d’Astana. L’Égypte semble être intéressé à rejoindre ce dialogue une perspective que voit d’un bon œil la Russie. Qu’en sera-t-il des pays tels que l’Arabie Saoudite ou le Qatar, qui continuent de soutenir plusieurs groupes terroristes? À moins d’un revirement rapide, il est peu probable qu’ils puissent prétendre à brève échéance prendre part aux négociations d’Astana, voire à d’autres. Ultimatums envers le gouvernement légitime syrien, soutien et financement des extrémistes salafistes, tout cela fait que les Saoudiens et les Qataris devraient rester en dehors du processus engagé. D’autant plus que selon diverses sources, ces derniers entreprennent d’importants « efforts » en vue de saper la rencontre d’Astana.

Mais pourront-ils obtenir quoi que ce soit face à un leadership syrien plus que jamais renforcé, face à la détermination de la Russie et de l’Iran et face au rôle désormais de plus en plus constructif de la Turquie? N’oublions pas la nouvelle administration américaine, que l’on espère voir jouer un rôle au minimum positif dans le dossier syrien ou du moins s’abstenir de mettre des bâtons dans les roues du tout jeune processus de paix. Ajoutez à cela les changements possibles au niveau du leadership de certains pays européens et la réponse paraît assez logique.

Ceci étant dit, la lutte antiterroriste ne s’arrêtera pas puisque les takfiristes de Daech et d’Al-Qaida continueront à être combattus. Et plus vite certains pays comprendront l’utilité d’une large coordination dans cette lutte, dans un cadre multipolaire, plus vite il sera possible d’espérer un monde meilleur et plus sûr. En tout cas, l’espoir est effectivement permis et le choix d’Astana est aussi à saluer — le Kazakhstan étant l’un des meilleurs alliés de la Russie, c’est aussi l’un des principaux initiateurs de l’intégration eurasiatique. Enfin, et il ne faut pas l’oublier, le Kazakhstan a joué un rôle de premier choix dans la réconciliation russo-turque.

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