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Haut gradé US: Russie, Chine, Iran peuvent combler le vide au Moyen-Orient

Le chef du Commandement central des Etats-Unis reconnait la perte de la domination des USA sur le Moyen-Orient. Il insiste également sur le rôle croissant de Moscou, Pékin et Téhéran.

Comme souvent, ce que les politiciens n’oseront dire, les militaires l’exposent ouvertement. C’était il y a quelques jours le cas pour Frank McKenzie, l’un des principaux hauts gradés de l’armée étasunienne, et chef du Commandement central des USA (Centcom) – la structure du département de la Défense US responsable des opérations militaires des Etats-Unis au Moyen-Orient, en Asie centrale et en Asie du Sud, qui a exprimé sa position auprès de la Commission des forces armées de la Chambre des représentants des Etats-Unis.

Plusieurs points méritant intérêt ont été soulevés dans ces déclarations, notamment du point de vue du rôle croissant des grandes puissances partisanes de la multipolarité – Chine, Russie, Iran, qui ont été bien évidemment citées. En ce qui concerne Pékin et Moscou, McKenzie affirme que les deux pays pourraient remplir le vide dans la région stratégique du Moyen-Orient. Evidemment dans une constatation amère de la réalité pour les USA: «Les deux pays tirent parti de leur proximité avec la région, de leurs relations historiques et d’un déclin perçu des Etats-Unis, afin d’établir et renforcer des relations opportunistes».

Tout en précisant que selon lui la Russie «joue le rôle de spoiler pour les Etats-Unis, en utilisant des moyens militaires, des opérations d’influence et des activités de la zone grise pour saper et perturber l’influence américaine». La Chine, en revanche, «utilise principalement des moyens économiques pour établir des routes régionales, dans le but à long terme d’étendre sa présence militaire et ainsi sécuriser les routes vitales de l’énergie et du commerce».

Pour le général américain «le Moyen-Orient est, et a toujours été, un carrefour d’intérêts mondiaux et une arène historiquement privilégiée pour les puissances étrangères afin de rivaliser pour leur influence, leurs ressources et leur accès».

L’Iran n’a pas été lui aussi oublié. En effet, la République islamique représente sans le moindre doute, au même titre que Pékin et Moscou, un défi de taille pour Washington dans la région. McKenzie affirme que «l’Iran représente une menace quotidienne pour les Etats-Unis et leurs alliés au Moyen-Orient (on peut deviner – en premier lieu pour Israël et l’Arabie saoudite) alors que la supériorité militaire américaine dans la région diminue».

L’autre citation très révélatrice, toujours en rapport avec Téhéran, est la suivante: «L’utilisation généralisée par l’Iran de drones de petite et moyenne taille pour la surveillance et les attaques signifie que pour la première fois depuis la guerre de Corée (1950-1953, ndlr), nous opérons sans supériorité aérienne totale». Une constatation de la réalité qui peut sonner comme un véritable son de cloche des plus alarmants.

En termes d’analyses de ces propos du haut responsable militaire étasunien et de perspectives, il faut reconnaitre à McKenzie, malgré une hostilité non-voilée vis-à-vis des principaux adversaires sur l’arène internationale de Washington, que ses propos traduisent une réalité qu’une large partie des représentants de l’establishment politique US comme occidental de façon générale n’ose pas aborder. Ces derniers, préférant lancer constamment des accusations, le plus souvent sans présenter la moindre preuve tangible, s’obstinent par la même occasion à poursuivre la mission impossible de promotion du concept unipolaire terminé. Et ce aussi bien du côté des élites politiques que médiatiques de l’Occident.

La réalité est pourtant telle qu’elle est. Le concept multipolaire ne fera pas marche arrière pour faire plaisir aux nostalgiques d’une époque où une extrême minorité, bien souvent n’ayant même pas la légitimité de représenter ses propres peuples, dominait l’écrasante majorité planétaire. Il faudra donc accepter la libre concurrence, mais aussi les règles qui en ressortent.

Peut-être qu’à cet effet l’establishment politico-médiatique occidental devrait en effet être un peu plus à l’écoute des analyses de ses représentants militaires qui, pour certains d’entre eux, ont au moins le mérite de comprendre, et de facto – de reconnaitre, le basculement du monde contemporain. Evidemment sans en être des amis ou des partisans, mais c’est déjà mieux ainsi. Une constatation franche de la réalité dans l’adversité reste meilleure que les déclarations sans fin quant au prétendu rôle exceptionnel des USA et de ses acolytes – un discours dans lequel non seulement ne se retrouve pas la large majorité des peuples du monde, mais également une part importante des populations de pays occidentaux. Quant à la Chine, la Russie et l’Iran – les relations du triumvirat ne sont que propres au processus naturel pour trois grandes civilisations mondiales. Et cela – avec ou sans Washington sur leur chemin.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’océan Indien pour trois: la Russie, la Chine et l’Iran mèneront des exercices navals conjoints

La Chine, la Russie et l’Iran se préparent à de nouveaux exercices conjoints – dans le Nord de l’océan Indien. Le triumvirat semble plus que jamais déterminé à montrer son unité aussi bien dans le cadre trilatéral que du grand espace eurasien dans son ensemble – devenu un fer de lance évident du concept multipolaire. Et vraisemblablement aussi de la véritable communauté internationale.

Après les exercices navals conjoints de décembre 2019 entre les trois pays, qui s’étaient déroulés dans l’océan Indien et le golfe d’Oman, les forces armées chinoises, russes et iraniennes se rencontreront désormais à nouveau dans le cadre d’un exercice naval dans le Nord de l’océan Indien.

Si les trois puissances ne cachent pas leur proximité dans la sphère géopolitique, géoéconomique et sécuritaire internationale, il n’empêche qu’à chaque nouvelle action du triumvirat, l’establishment politico-médiatique occidental s’active dans ses commentaires. Cette nouvelle fois n’a pas fait l’exception.

Pour France Info, les trois nations présentent désormais un front uni face à leurs rivaux occidentaux. En parlant justement de rivalité, il serait tout de même important de rappeler que c’est précisément Moscou, Pékin et Téhéran qui sont considérés comme étant les principaux adversaires de Washington, et ce au niveau officiel de ce dernier. Et par la même occasion du bloc occidentalo-atlantiste dans son ensemble.

Mais une fois de plus ce qu’oublient de dire les médias mainstream sur le sujet, c’est que l’alliance sino-russo-iranienne n’est pas à sa base principale une alliance destinée contre un bloc particulier. Il s’agit avant tout d’une union entre trois grandes civilisations mondiales, menant des politiques indépendantes et souveraines – conformément à leurs intérêts nationaux respectifs. Les trois nations appartiennent par ailleurs au grand espace eurasien, dans lequel leurs visions convergent sur nombre de dossiers. Des convergences que l’on retrouve également sur de nombreux dossiers internationaux, qui dépassent le cadre strictement eurasien.

Aussi, la Russie, la Chine et l’Iran sont des fervents partisans du concept multipolaire du monde – devenu réalité. Et partagent également des positions similaires ou proches sur des défis majeurs comme la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme. Et c’est peut-être seulement après que l’opposition à l’unilatéralisme occidental commence à prendre également forme – et ce pour des raisons tout à fait logiques et légitimes.

Après tout, l’Occident politique, qui représente une infime partie de l’humanité, mais continue de s’autoproclamer porte-parole de la communauté prétendument internationale, se doit progressivement d’apprendre que la véritable notion de communauté internationale a pris forme en Eurasie. Faudrait-il encore le rappeler qu’une grande structure eurasienne et internationale comme l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) représente à elle seule près de la moitié de la population mondiale, des ressources naturelles stratégiques en grande quantité (20% des ressources mondiales pétrolières et près de 40% des ressources gazières pour ne citer que cela), mais aussi et cela ne doit pas être oublié – des routes commerciales stratégiques – appelées à monter encore plus en puissance dans les années à venir.

Et au-delà de l’aspect des divergences géopolitiques évidentes entre l’Occident nostalgique de l’unipolarité et les partisans affirmés du monde multipolaire actuel, la géoéconomie effectivement n’est pas en reste. L’Occident – ayant si longtemps promu le concept d’une libre concurrence internationale – se retrouve aujourd’hui dans toutes ses propres contradictions du moment que la concurrence géoéconomique entre les nations occidentales et non-occidentales ait atteint un niveau important dans le monde contemporain. Et réfute de plus en plus activement les notions dont il a tellement fait la promotion. Une promotion faite évidemment à une époque où il était pratiquement l’unique bénéficiaire.

Et au lieu de mettre en avant ses éventuels atouts pour assumer pleinement cette concurrence internationale, l’establishment occidental préfère miser sur les pressions multiples, allant de sanctions jusqu’au non-respect de ses propres engagements. Peu de domaines y échappent – de la sphère énergétique jusqu’aux nouvelles technologies. Pratiquement tous les atouts de ses adversaires géopolitiques et géoéconomiques sont non seulement dénigrés mais se retrouvent constamment dans le viseur des élites occidentales.

Le problème de l’approche occidentale est large et multiple. Tout d’abord, l’Occident apprend désormais à faire face au principe de la réciprocité. Que ce soit dans le domaine économique où les contre-sanctions efficaces face aux sanctions occidentales ont fait leurs preuves. Ou même dans la sphère médiatique, avec comme dernier exemple en date – l’interdiction de diffusion de la BBC en Chine après que la licence de diffusion au Royaume-Uni ait été retirée à la chaine de télévision internationale chinoise CGTN. Le domaine militaro-sécuritaire n’est pas en reste. Tout comme le contrepoids politico-diplomatique, y compris au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU où le bloc sino-russe arrive à stopper des initiatives occidentales d’un autre temps.

L’autre atout qui joue en faveur des partisans de la multipolarité est le soutien de plus en plus affiché des nations non-occidentales aux grandes puissances comme la Chine, la Russie et l’Iran. Notamment en Afrique, au Moyen-Orient ou encore en Amérique latine. Sans oublier une part notable de la société civile y compris même dans les pays occidentaux. Renforçant un peu plus le bloc pro-multipolaire et les intérêts réciproques.

En ce sens l’axe Chine-Russie-Iran joue effectivement un rôle de premier plan. Les actions conjointes du triumvirat, notamment la coordination militaro-sécuritaire, politique et économique renforcent un peu plus ce concept d’une communauté internationale au sens véritable et large du terme. Quant aux nouveaux exercices militaires conjoints – ils ne font que confirmer une fois de plus la confiance existante entre Pékin, Moscou et Téhéran. Aussi bien dans le cadre trilatéral qu’international. 

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’accord de Vienne: Téhéran pointe du doigt les responsabilités de Washington

L’Iran se dit prêt à respecter l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien – à condition que les Etats-Unis réintègrent ledit accord sans condition préalable et lèvent les sanctions visant la République islamique. En cela, Téhéran peut compter sur le soutien de Moscou et de Pékin.

Après la sortie unilatérale de l’accord sur le nucléaire iranien, appelé également plan d’action conjoint, opérée par les USA sous l’administration Trump, la responsabilité incombe logiquement à ces derniers quant à la pleine réintégration, et ce sans conditions préalables. C’est la position de l’Iran.

En visite à Moscou, le président du Parlement iranien Mohammad Baqer Qalibaf l’a d’ailleurs rappelé sans équivoque. Lors de cette visite du haut responsable de l’Iran en Russie, dont le but annoncé était l’élévation des relations bilatérales à un niveau encore plus stratégique entre les deux pays, Mohammad Baqer Qalibaf n’a pas manqué également de pointer du doigt la responsabilité étasunienne, notamment dans le cadre du mentionné ci-haut accord de Vienne.

Il a à ce titre déclaré que la nouvelle administration US n’est pas en mesure de prendre de décisions sur les questions majeures: «Nous avons reçu des signaux différents de la part des positions officielles de l’administration Biden, quoique nous n’ayons vu aucune nouvelle stratégie de leur part. Il semble que cette administration ne soit pas capable d’adopter de grandes décisions».

En ajoutant «que la nouvelle administration américaine a évoqué une condition préalable pour tenir ses engagements, mais elle n’a pas le droit de poser de condition préalable pour remplir des obligations qui n’ont pas été remplies (de la part des Etats-Unis, ndlr) depuis plusieurs années. Ce sont les Américains qui ont quitté l’accord sur le nucléaire et ont porté atteinte à l’économie iranienne. Par conséquent, ils doivent d’abord tenir leurs engagements sans aucune condition préalable, et nous devons voir les résultats de la levée des sanctions de manière tangible, et ce sera ensuite à notre tour de tenir nos engagements».

La position de l’Iran demeure donc jusqu’à maintenant inchangée, à savoir que c’est effectivement aux USA de revenir à leurs propres engagements avant de pouvoir demander quoi que ce soit à la partie iranienne. Maintenant et pour parler des perspectives, il faut certainement faire mention de nombre de points.

Tout d’abord, Téhéran aura une fois de plus démontré appartenir aux Etats qui ne fléchissent pas face aux agressions et pressions extérieures, conformément à la défense de la souveraineté et des intérêts nationaux. On peut se rappeler à ce titre des multiples déclarations de l’élite étasunienne quant au fait que l’économie iranienne sera détruite et que les Iraniens seront «forcés» à revenir aux pourparlers avec les USA sur la base des conditions étasuniennes. Il n’en fut rien. Non seulement, l’Iran a tenu face aux sanctions économiques et aux diverses pressions politico-sécuritaires qui visaient à affaiblir et à déstabiliser le pays, mais plus que cela – a réussi à maintenir son influence sur la scène régionale intacte, tout en l’élargissant sur la scène internationale. Notamment en Amérique latine. Confirmant d’ailleurs la thèse que l’Iran n’a probablement jamais été aussi influent internationalement parlant dans son histoire contemporaine.

D’autre part, l’Iran a également fait démonstration de sa capacité non seulement de résister aux pressions et agressions multiples, mais d’être capable de passer à l’offensive – que ce soit sur le plan sécuritaire, économique ou énergétique. Notamment lors des livraisons de carburant au Venezuela ou encore dans le cadre de «l’accord du siècle» avec Pékin ouvrant la voie à de forts importants investissements chinois en Iran, le tout sur du long-terme.

Washington de son côté se retrouve dans une situation délicate. S’il revient sans condition préalable dans l’accord de Vienne – ce sera considéré pour certains comme une défaite de l’administration Biden et pourra être exploité par les opposants à l’actuel pouvoir américain, favorisant un peu plus les divisions étasuniennes internes déjà fortement visibles. Quant au fait de réclamer à l’Iran de faire le premier pas – étant effectivement une demande complètement illogique compte tenu de l’historique et des actions engagées par les USA dans le cadre de cet accord, Téhéran a une nouvelle fois réaffirmé ne pas être prêt à une telle démarche.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’Iran ouvert au dialogue avec ses voisins du golfe Persique

Téhéran se déclare prêt à des négociations avec les Etats voisins du golfe Persique en vue de résoudre les différends dans la région. La position iranienne est confortée par des efforts de nombre d’autres Etats souhaitant qu’un tel dialogue prenne place au plus vite.

Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Djavad Zarif a déclaré que « l’Iran était toujours prêt à renforcer le dialogue avec les pays de la région du golfe Persique, en soulignant que la région et sa sécurité appartiennent à toutes les nations régionales. Il a également noté que pour cette raison, l’Iran avait accepté la proposition du Qatar de faciliter les dites négociations pour pouvoir résoudre les différends régionaux.

En ce qui concerne justement l’appel de Doha, c’est à travers le chef de la diplomatie qatarie Cheikh Mohammed Abderrahmane Al-Thani qu’il a été proposé aux autres pays arabes du golfe Persique à tenir des discussions avec Téhéran. Toujours selon lui, « c’est aussi un désir d’autres pays du Conseil de coopération du Golfe » (composé du Qatar, de l’Arabie saoudite, du Bahreïn, des Emirats arabes unis, de l’Oman et du Koweït). Bien qu’il n’ait pas précisé les autres pays intéressés par un tel dialogue, il faudrait certainement penser entre autres au sultanat d’Oman qui au-delà d’entretenir des relations diplomatiques et économiques avec l’Iran, ne le considère pas comme étant une menace pour les Etats arabes du Golfe.

Les puissances internationales comme la Russie et la Chine, intéressées par une région stable et sécurisée, soutiennent un tel dialogue et plus généralement une normalisation des relations entre la puissance perse et les pays arabes du golfe Persique. A ce titre, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors de sa récente rencontre à Moscou avec son homologue saoudien avait fait un appel en ce sens. Auquel Riyad semble pour le moment réticent.

Parmi les raisons d’une telle réticence, plusieurs faits devraient être pris en compte. Tout d’abord, c’est effectivement l’Etat wahhabite qui s’était placé à la tête de la coalition arabe hostile à Téhéran. Mais au-delà des ambitions personnelles de l’establishment saoudien et de l’animosité qu’il puisse avoir en direction de l’Iran, il y a deux facteurs qui jouent dans le blocage de toute normalisation, même relative, entre Téhéran et Riyad. A savoir les USA et Israël.

Le dernier ne cache pas le fait qu’il voit en la République islamique le principal « danger » pour sa sécurité. Quant à Washington, il applique (et continuera certainement d’appliquer) une politique qui place Tel-Aviv non seulement comme une priorité dans sa politique au Proche-Orient, mais de façon générale sur l’arène internationale. Les récentes normalisations entre l’Etat sioniste et certains pays arabes sous la médiation washingtonienne le confirment d’ailleurs pleinement.

Le souci pour l’axe Washington-Tel-Aviv, c’est que le monde actuel n’est plus celui des années 1990, ni du début des années 2000. La preuve de cela, est qu’au-delà de la montée en force des puissances internationales reconnues comme telles, en premier lieu la Russie et la Chine, étant par ailleurs membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, une nation comme l’Iran – formant d’ailleurs un triumvirat avec les deux premiers cités, n’a probablement jamais eu autant d’influence sur la scène régionale et internationale dans son histoire contemporaine. Et ce malgré les innombrables pressions économico-politiques, agressions et intimidations la visant. Confirmant par la même occasion que le grand espace eurasien constitue le fer de lance du monde multipolaire actuel. Et qui d’ailleurs renforce chaque jour un peu plus l’idée que la vraie communauté internationale se trouve dans le camp eurasiatique.

Pour autant, il est pratiquement inconcevable que les représentants étasuniens et israéliens puissent s’adapter, de façon civilisée, à cette réalité mondiale. Et continueront sans aucun doute à défendre avec nostalgie le concept unipolaire définitivement révolu. Quant aux pays arabes qui restent des alliés de cet axe pro-unipolaire et néocolonial, il serait probablement légitime de poser la question s’ils ne seront tout simplement pas retardataires, avec tout ce que cela implique, vis-à-vis du train multipolaire roulant à grande allure.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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La Syrie de l’après-guerre n’a pas besoin de l’Occident

Les élites occidentales, n’ayant toujours pas complètement digéré le fait que leurs plans pour la Syrie soient tombés à l’eau, sur le plan militaire et géopolitique, espèrent vraisemblablement jouer la carte économique et celle en lien avec le retour des réfugiés. Avec comme suite un autre probable échec.

Vraisemblablement, les leçons du monde contemporain ont toujours du mal à être appris au sein de l’establishment de l’Occident – restant dans sa globalité résolument atlantiste et pro-unipolaire. Dans le cas de la Syrie – bien que reconnaissant la victoire du président Bachar al-Assad et de ses alliés sur le terrain, les mêmes espèrent néanmoins que Damas, tout comme Moscou et Téhéran, iront dans le sens de certaines conditions occidentales. Probablement à tort.

Evidemment que la Syrie doit se reconstruire après la guerre de plusieurs années menée contre le terrorisme international et ses parrains extérieurs. Et aujourd’hui, l’heure est effectivement à la discussion et aux préparations pour mettre le plus rapidement possible les mesures nécessaires d’un retour à une vie normale pour le pays et ses citoyens. Et cela passe inévitablement par la reconstruction complète des infrastructures et le retour des réfugiés syriens. Bien que et sur ce dernier point, il serait correct de rappeler que de nombreux réfugiés ayant fui la guerre sont déjà rentrés, ou continuent de le faire. Rayant ainsi la théorie longtemps propagée par l’élite politico-médiatique occidentale – à savoir que les Syriens fuyaient non seulement les terroristes de Daech, mais également le gouvernement de Bachar al-Assad.

Mais pour atteindre ces objectifs – Damas a-t-il réellement besoin de la participation occidentale ? Le tout, en sachant que le président syrien avait maintes fois déclaré qu’il était opposé à toute participation dans le processus de l’après-guerre de la part d’Etats ayant soutenu l’agression terroriste contre son pays. Faisant ainsi une allusion claire aux pays occidentaux et quelques autres. Et ce tout en indiquant que les pays alliés de la République arabe syrienne seront privilégiés dans ledit processus.

A ce titre, ce que les analystes occidentaux oublient – c’est que mis à part Moscou et Téhéran, Damas pourra également compter sur Pékin – soutien actif au niveau politico-diplomatique de la Syrie, y compris en tandem résolu avec la Russie dans le cadre du Conseil de sécurité de l’ONU. Et lorsqu’on dit Chine – on pense évidemment à la puissance économique de premier plan. Le pays étant tout simplement la première puissance économique mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat (PPA). Et les contacts entre les hauts responsables syriens et chinois furent réguliers tout au long des dernières années. Plusieurs pays arabes manifestent également leur intérêt, bien qu’il reste à confirmer leur motivation véritable.

Maintenant pour revenir aux erreurs occidentales. Notamment sur cette conviction suprême des élites concernées que sans leur participation, rien ne peut être fait, ou peu. La guerre en Syrie a montré que sur le plan militaire, ce n’est pas tant les budgets militaires qui comptent – mais bel et bien la détermination d’éradiquer le foyer terroriste. Le tout allié à des armements et équipements efficaces, un personnel qualifié et une capacité analytique certaine. Pouvant utiliser l’art de la diplomatie militaire lorsque cela est nécessaire ou mieux adapté. Chose importante – tout en tenant compte des réalités culturelles et religieuses sur le terrain. En les respectant et en s’y adaptant. 

Mais au-delà de l’art militaire et politico-diplomatique, l’économie n’est certainement plus elle aussi un instrument de la domination occidentale. Y compris pour le fait que sur les dix principales puissances économiques mondiales actuelles en termes de PIB-PPA, aujourd’hui quatre sont des pays occidentaux, donc moins de la moitié. Signifiant par la même occasion une chose simple : dans le monde multipolaire, et à condition de le vouloir, il est toujours possible de trouver une alternative.

Il suffit pour cela de prendre l’exemple de l’Iran. Les sanctions étasuniennes visant la République islamique étaient censées tout simplement anéantir l’économie iranienne. C’était le but recherché et le gouvernement US le déclarait ouvertement. Au final, non seulement la résistance de l’Iran a tenu bon mais les perspectives de la coopération économique entre Téhéran et Pékin ont laissé de nombreux observateurs occidentaux bouche bée. A savoir des centaines de milliards d’équivalent de dollars d’investissements chinois, le tout sur une période d’un quart de siècle. 

De façon générale, le cadre multipolaire renforce l’idée quant aux capacités de règlement des grands dossiers internationaux avec la participation exclusive des puissances non-occidentales. Le cas récent du Haut-Karabakh n’en est qu’une confirmation supplémentaire. C’était peut-être inimaginable en 1995 ou en 2000. C’est une réalité aujourd’hui. Et au lieu de stigmatiser les adversaires géopolitiques et gesticuler sur l’exceptionnalisme occidental, il serait fort mieux pour les concernés de s’adapter de façon constructive à la nouvelle réalité mondiale.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Iran-Chine-Russie: nouvelle étape pour le triumvirat?

L’embargo interdisant la vente d’armes et d’équipements militaires lourds à l’Iran est arrivé à expiration le 18 octobre. Désormais, la République islamique entrevoit déjà de nouvelles perspectives en matière de Défense, y compris à travers de possibles contrats avec ses principaux alliés.

C’est officiel : l’embargo sur les armes à l’encontre de l’Iran est terminé. Et ce malgré des mois d’intenses lobbyings de la part de l’establishment étasunien en vue de le faire prolonger. Après l’énième double-véto sino-russe et l’abstention des alliés européens de Washington au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU, l’échec du côté des USA est retentissant. Au point pour ces derniers de menacer unilatéralement tout contrat d’armement allant être signé avec l’Iran. Mais du côté de Pékin comme de Moscou, ces menaces ne semblent être en mesure de stopper la nouvelle étape de coopération militaro-technique avec Téhéran.

En effet, du côté russe comme chinois, l’heure semble être aux préparatifs et aux négociations. Mais au-delà de l’aspect purement économico-commercial, une attention particulière doit être accordée justement aux volets sécuritaire et… géopolitique. Concernant le premier volet, du moment que l’interaction dans la sphère de la Défense et de la sécurité s’intensifiera encore plus au sein du trio Téhéran-Moscou-Pékin, cela aura bien évidemment des répercussions sur les rapports de force dans la région stratégique du Moyen-Orient – dans laquelle les USA ont pris l’habitude de se considérer longtemps et à tort « intouchables ». Et plus généralement dans l’espace eurasien.

Et c’est là que l’on arrive au second volet – géopolitique. En effet, le triumvirat Chine-Russie-Iran semble aller clairement dans le renforcement. Et pour cela plusieurs raisons. Une vision commune, ou du moins très proche sur une grande partie des dossiers internationaux, y compris sur le volet antiterroriste. Un soutien affiché au sein des trois puissances en faveur du monde multipolaire. Sans oublier le fait que les trois pays concernés sont officiellement considérés du côté washingtonien comme étant ses trois principaux adversaires géopolitiques au niveau mondial.

Ceci étant dit, la réalité est que l’alliance sino-russo-iranienne est d’autant plus naturelle qu’elle n’est pas liée au départ aux pressions étasuniennes, mais représente tout simplement un concept géopolitique viable et logique pour trois grandes puissances internationales souveraines – étant par la même occasion trois civilisations mondiales. Cet aspect, ainsi que l’opposition aux interférences unilatérales étasuniennes et plus généralement occidentales, renforce évidemment ladite alliance.

Un autre fait qui renforce la viabilité du triumvirat, c’est que malgré les innombrables tentatives de divers lobbies de nuire au rapprochement entre les trois nations – pas seulement du côté occidental, mais également israélien ou de certains pays du Golfe – les trois ont réussi à maintenir le cap nécessaire en vue de renforcer leur interaction bilatérale, comme trilatérale.

Ces interactions concernent aussi bien la sphère politico-diplomatique et notamment la coordination des positions sur nombre de dossiers internationaux, mais également et de plus la partie militaro-sécuritaire, avec l’organisation d’exercices militaires conjoints entre les forces armées des trois pays et l’échange d’information en matière de renseignement.

Et lorsqu’on rajoute à cela l’accord « du siècle » entre Pékin et Téhéran – programmé sur une période de vingt-cinq ans, économiquement ouvrant l’Iran à de très importants investissements chinois et raffermissant l’alliance sino-iranienne dans la sphère militaro-sécuritaire, il devient assez évident que la levée actuelle de l’embargo sur les armes à l’encontre de l’Iran ouvre des perspectives fortement intéressantes pour l’Axe Pékin-Moscou-Téhéran.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Washington n’obtient pas les sanctions onusiennes contre l’Iran

Malgré un intense travail de plusieurs mois en termes de lobbying et de pressions multiples, Washington n’a pas réussi à réaliser l’un de ses principaux objectifs à l’international du moment : celui de faire prolonger l’embargo sur les armes contre l’Iran et à relancer des sanctions onusiennes à son encontre.

Pour la République islamique, il s’agit évidemment d’un succès. D’ailleurs, lors de son allocution à la 75ème session de l’Assemblée générale des Nations unies par visioconférence depuis Téhéran, le président iranien Hassan Rohani n’a pas manqué de pointer du doigt la politique étasunienne. Il a notamment déclaré «que les Etats-Unis ne peuvent nous imposer ni des négociations, ni une guerre», soulignant pour que pour le monde, il est aujourd’hui temps de dire «non» aux brimades et à l’arrogance. Tout en ajoutant que «la vie est dure sous sanctions, mais encore plus difficile sans indépendance», accentuant ainsi sur la détermination iranienne à ne pas céder face aux pressions et sanctions US.

En effet, le dossier sur lequel misait tellement l’establishment washingtonien résonne comme un échec évident. D’ailleurs, nombre de médias occidentaux ont fait état de l’échec américain dans ce dossier, ainsi de que de « la fracture sans précédent entre les Etats-Unis et l’Europe à l’ONU». 

Pour le leadership iranien, il s’agit évidemment d’une victoire, tant sur le plan extérieur qu’intérieur. En conseil des ministres, le chef d’Etat iranien le confirme: «La nation iranienne a remporté un grand succès politique, juridique et diplomatique aux Nations unies. La raison de cette victoire réside uniquement dans l’adhésion et la résistance du peuple (…) La grandeur de l’Amérique s’est effondrée, tout comme l’hégémonie mondiale dont ils pensaient disposer».

En parlant maintenant de perspectives, évidemment l’obtention de ce succès politico-diplomatique pour Téhéran est à mettre à l’actif de sa capacité de résistance aux sanctions et pressions, visant notamment son économie et son secteur énergétique, sans oublier les menaces régulières d’agression militaire à son encontre. C’est un fait qu’il est aujourd’hui fort difficile de nier.

D’autre part, il est également assez évident que la puissante solidarité sino-russe au Conseil de sécurité de l’ONU, y compris dans le soutien à l’allié iranien sur ce dossier, a joué un rôle de poids majeur. Poussant vraisemblablement par la même occasion les alliés européens de Washington à se désolidariser de lui sur ledit dossier – évidemment non pas par un désir de justice ou par un soutien au monde multipolaire, mais probablement bien plus par calculs mesquins. Le manque de soutien de leur part aux actions étasuniennes peut être vu comme une façon de jouer, une fois n’est pas coutume, la carte de souveraineté dont les pays en question manquent cruellement dans leur suivi constant, remarqué par les observateurs, des prérogatives de Washington.

Ceci étant dit, il apparait aujourd’hui qu’au vu des déclarations émanant d’outre-Atlantique, l’establishment US, malgré l’isolement, ne prévoit pas de reculer. Et menace déjà ouvertement non seulement Téhéran, mais également ses alliés chinois et russe. Bien que cette obstination washingtonienne à prétendre rester l’hégémon mondial et à vouloir à tout prix à imposer sa volonté au reste de la planète, semble plus que jamais compromise. Et cela, même les élites occidentales, bien que nostalgiques de l’ère unipolaire révolue, semblent comprendre de plus en plus.

Deux choses sont néanmoins sûres. Pour Washington, cette défaite évidente dans sa volonté d’isoler l’Iran est dure à avaler. Quant à l’Iran, il aura encore une fois démontré être une nation qu’il est fort compliqué à faire plier. Grande civilisation oblige.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Embargo sur les armes à l’Iran: les USA isolés

Les Etats-Unis ont échoué à faire prolonger l’embargo sur les ventes d’armes à l’Iran. Et ce après des mois de travaux intensifs de lobbying politico-diplomatiques. Une fois de plus, les USA se retrouvent isolés.

«Nous avons perdu aujourd’hui» – c’est ce qu’a déclaré le conseiller de la Maison-Blanche à la sécurité nationale Robert O’Brien. Tout en ajoutant «que ce n’était pas encore fini». En effet, Washington se rend progressivement à l’évidence que ses initiatives font face non seulement au duo implacable Moscou-Pékin, mais également et de en plus en plus au manque de confiance de ses propres alliés occidentaux.

Si le double véto russo-chinois face à la résolution étasunienne était fort prévisible, l’abstention de la France, de l’Allemagne et même de la Grande-Bretagne était pour nombre d’observateurs assez inattendue. D’un autre côté et plus particulièrement dans le cas allemand, le manque de soutien à l’allié otanesque sur le dossier en question serait tout de même moins surprenant. Compte tenu des pressions et menaces exercées par l’establishment US sur les entreprises et personnalités allemandes liées à la construction du gazoduc Nord Stream 2. Berlin étant bien évidemment toujours dans le camp atlantiste, mais toute chose peut avoir des limites – surtout lorsqu’il s’agit d’intérêts économiques importants. D’autant plus en lien avec un domaine stratégique qu’est l’énergie.

Mais malgré la nette opposition de l’Axe Pékin-Moscou, et le manque de solidarité des alliés européens de Washington, il est bien peu probable que ce dernier s’en arrête là. Se sentant isolés, faisant face à la détermination iranienne de ne pas fléchir et du soutien géopolitique évident émanant depuis la Chine et la Russie à destination de l’Iran, les Etats-Unis pourront toujours utiliser la bonne vieille méthode qui leur est propre: celle des provocations armées contre Téhéran et ses intérêts internationaux et la poursuite des tentatives de déstabilisation de toutes sortes. Surtout que les nombreuses sanctions économiques n’aient pas mis la République islamique à genoux.

En ce sens, l’initiative du président russe Vladimir Poutine de convoquer dans un futur proche une réunion devant réunir les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, plus l’Iran et l’Allemagne, dans l’objectif de créer des mécanismes capables de créer un climat de confiance dans la zone du golfe Persique et de faire diminuer les tensions existantes, arrivait pratiquement au même moment que le vote au Conseil de sécurité onusien sur la poursuite de l’embargo sur les armes à l’Iran – où la résolution US a connu une défaite fracassante. Une initiative que pour le moment semble ne pas soutenir le président étasunien Donald Trump – du moins avant la fin de l’élection présidentielle aux USA.

Chose qui était assez prévisible – sachant que le président US avait fait des pressions sur l’Iran l’une de ses principales thèses en termes de politique étrangère. Et vu que cette politique n’a pas donné de résultat escompté – ni du côté iranien, qui refuse d’abdiquer et continue de défendre activement ses intérêts, ni du côté du duo russo-chinois qui accorde un important soutien politico-diplomatique et économique à Téhéran, et désormais même les alliés occidentaux de Washington semblent se montrer de plus en perplexes – tout dialogue prématuré serait considéré comme une défaite évidente et sur tous les plans pour le leadership étasunien.

Encore une fois, la défaite politico-diplomatique étasunienne ne doit aucunement être vue comme une possibilité de baisser les gardes pour l’Axe Pékin-Moscou-Téhéran. Les trois nations continuent d’être officiellement considérées par Washington comme étant ses principaux adversaires géopolitiques. Mais plus que cela encore, les attaques et provocations côté étasunien pourront aller clairement à la hausse. Et ce dans le cas des intérêts des trois pays.

En ce qui concerne plus particulièrement le golfe Persique et la région du Moyen-Orient, il n’est pas à exclure que les USA chercheront de nouveaux moyens de vengeance visant les positions iraniennes. En oubliant par la même occasion que les capacités de riposte côté Téhéran ne sont pas à démontrer. Et qu’une telle riposte serait amplement justifiée dans le cas où, une fois de plus, Washington serait l’initiateur et l’agresseur. Avec des conséquences imprévisibles pour la suite. Evidemment et cela est connu de tous, il y a des parties intéressées au maintien et même au renforcement des attaques visant l’Iran – l’Etat sioniste notamment. Sauf qu’à force de pousser le bouchon un peu loin, les instigateurs d’une telle approche se retrouveront eux-mêmes dans le viseur du feu de riposte. Un feu qui pourrait être bien plus puissant que celui ayant fait suite à l’assassinat du général Qassem Soleimani.

En ce sens, les initiatives politico-diplomatiques de Moscou et de Pékin, dans un cadre pleinement multipolaire, sont certainement à saluer. Le souci c’est que lorsqu’en face il y a ceux qui refuseront encore un bon moment d’accepter la nouvelle réalité mondiale, le risque d’un affrontement majeur restera sérieusement élevé.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’Axe Pékin-Moscou-Téhéran plus que jamais renforcé?

Au vu des événements en cours sur l’arène géopolitique mondiale, avec notamment des pressions de plus en plus poussées de la part du camp atlantiste vis-à-vis des partisans de l’ordre multipolaire, et malgré cela la poursuite du renforcement indéniable de ces derniers, le plein établissement de l’axe des pays partisans de la souveraineté et de la multipolarité semble instoppable.

Effectivement et alors que Moscou, Pékin et Téhéran sont clairement reconnus comme étant les principaux adversaires géopolitiques de Washington, avec des pressions politico-diplomatiques, économiques, sécuritaires constamment grandissantes, les trois nations ne font que renforcer de plus en plus leur interaction – aussi bien dans le cadre bilatéral, que trilatéral.

Entre la Chine et la Russie, les relations bilatérales n’ont probablement jamais été à un tel niveau de confiance mutuelle dans l’histoire contemporaine. Les deux géants se soutiennent mutuellement, et pratiquement de façon permanente, au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU, dont ils sont tous deux des membres permanents. Les échanges économico-commerciaux ne cessent de grandir et ont déjà atteint un niveau stratégique: plus de 110 milliards d’équivalent de dollars en 2019, avec un objectif annoncé d’atteindre et dépasser le plus rapidement possible le cap de 200 milliards d’échanges. Pour Moscou, Pékin est désormais le principal partenaire économico-commercial, contrastant clairement avec les années post-soviétiques lorsque la Russie regardait du côté occidental, et plus particulièrement européen. L’interaction militaro-sécuritaire sino-russe ne nécessite pas non plus de présentation supplémentaire – les deux pays menant régulièrement des exercices militaires conjoints (aussi bien terrestres que navals) – et ce sur le plan bilatéral, que dans le cadre d’organisations internationales comme les BRICS ou l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS).

De façon générale et malgré les tentatives voilées et non-voilées de la part du camp occidental, étasunien comme européen, de saper l’alliance sino-russe, rien jusqu’à maintenant ne semble permettre d’atteindre, ne serait-ce qu’en partie, ce but.

En ce qui concerne l’interaction sino-iranienne, elle semble désormais elle aussi prendre la tournure d’une véritable alliance stratégique. Surtout au regard des développements récents. L’accord de coopération stratégique, qui devra être conclu prochainement entre les deux pays en représente une preuve supplémentaire. Surtout au vu des secteurs stratégiques que cet accord vise: l’économie et les 400 milliards d’équivalent de dollars d’investissements chinois en Iran sur une période de 25 ans, ainsi que la coopération militaro-sécuritaire, notamment dans l’organisation d’exercices militaires conjoints, des recherches conjointes, la mise au point d’armes et le partage de renseignements. Cela est d’autant plus particulièrement important que cette interaction casserait définitivement les tentatives US de vouloir faire isoler l’Iran et d’asphyxier son économie. Tout en renforçant le concept d’intégration dans le grand espace eurasien et le cadre multipolaire.

Quant à l’alliance Moscou-Téhéran, elle poursuit également son renforcement, et ce à plusieurs niveaux. Les deux pays ont activement interagi dans le cadre de la lutte antiterroriste en République arabe syrienne – étant d’ailleurs les deux seuls Etats se trouvant en Syrie sur une base légale. Cette interaction, en soutien à l’armée gouvernementale syrienne, a permis d’écraser les terroristes de Daech et d’Al-Qaida en terre syrienne et de permettre au gouvernement national de reprendre la grande partie de son territoire, sur lequel vit plus de 90% de la population syrienne.

Cela sans oublier les efforts diplomatiques conjoints, notamment dans le cadre du processus d’Astana sur la Syrie. De façon générale sur le plan politico-diplomatique, les deux pays partagent également une vision souvent similaire ou proche sur nombre de dossiers internationaux. Par ailleurs, Moscou comme d’ailleurs Pékin, est opposé au prolongement de l’embargo sur les armes à l’Iran, tellement voulu et promu par l’establishment étasunien. Une levée de l’embargo qui permettra incontestablement de renforcer encore plus l’interaction militaro-technique russo-iranienne.

Quant au triumvirat Pékin-Moscou-Téhéran, aussi bien dans le cadre d’actions conjointes au niveau de l’arène géopolitique mondiale, y compris dans le grand espace eurasien devenu fer de lance du renforcement de la multipolarité qu’au-delà de l’Eurasie (notamment en Amérique latine où les trois pays soutiennent activement le Venezuela face aux attaques US et plus généralement occidentales), que d’une alliance militaire qui fait tellement peur aux forces atlantistes. Déjà récemment, s’en alarmait le site Atlantico, justement sur l’établissement d’un triumvirat militaire sino-russo-iranien, avec «des implications sur l’équilibre des forces en présence au Moyen-Orient».

Ce qui est certain dans tous ces processus de renforcement de ladite alliance, c’est que ni Pékin, ni Moscou, ni Téhéran, ne prévoient d’en demander des autorisations auprès de pays qui pensent encore posséder l’exclusivité dans le déroulement des processus internationaux. La peur des élites occidentales et atlantistes est compréhensible dans le sens qu’une telle alliance, qui s’élargirait aux alliés respectifs des trois puissances, fermerait définitivement le débat sur la véritable notion de communauté internationale. Et ferait comprendre une bonne fois pour toute aux nostalgiques de l’unipolarité qu’il n’y a pas d’alternative au monde multipolaire devenu réalité.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Chine-Iran, l’accord du siècle?

Vraisemblablement la politique étasunienne visant à faire isoler l’Iran par tous les moyens n’aboutira pas. La détermination du leadership iranien dans sa résistance aux pressions économiques, politiques et militaires émanant de Washington et le soutien accordé à Téhéran par ses principaux alliés internationaux en sont pour beaucoup.

Depuis les derniers jours, de nombreux analystes discutent du très possible accord de coopération stratégique qui sera conclu entre Téhéran et Pékin, dont la négociation selon plusieurs sources a duré près d’une année. Cette discussion est fort active dans les médias mainstream. Le ton de ces commentaires est inquiet, et ce pour plusieurs raisons. Car au-delà d’un approfondissement de l’alliance sino-iranienne, et ce dans plusieurs secteurs clés, il y a aujourd’hui une compréhension de plus en plus certaine au niveau des élites occidentales que le monde multipolaire n’est pas un projet en préparation, mais bel et bien une réalité – avec laquelle il faudra compter, y compris pour eux-mêmes.

L’accord en question concerne en effet plusieurs domaines stratégiques. Sur le plan économique, il ouvrirait la voie à des milliards d’équivalent de dollars d’investissements chinois en faveur de l’Iran, dans l’énergie et d’autres secteurs, plus exactement il est question de 400 milliards de dollars d’investissements au total, sur une période de 25 ans. Sapant ainsi les efforts de l’administration US de faire isoler le gouvernement iranien et surtout ses tentatives à vouloir asphyxier l’économie iranienne.

A noter d’ailleurs qu’au-delà du chiffre plus qu’impressionnant du montant des investissements chinois, l’autre point fortement révélateur est la période de 25 ans, en d’autres termes un quart de siècle. Cela confirme une chose simple: l’alliance sino-iranienne équivaut à du long-terme.

«Deux anciennes cultures asiatiques, deux partenaires dans les secteurs du commerce, de l’économie, de la politique, de la culture et de la sécurité ayant des perspectives similaires et de nombreux intérêts bilatéraux et multilatéraux mutuels se considéreront mutuellement comme des partenaires stratégiques»,  indique la version finale du document de l’accord proposé de 18 pages, obtenu par le New York Times.

Si déjà l’aspect économique de l’accord se trouvant au stade final est si impressionnant, il n’empêche que l’alliance en question ne se limite pas uniquement à lui. En effet, l’aspect sécuritaire fait lui aussi partie des orientations prioritaires de l’interaction Pékin-Téhéran. Ledit document décrit l’approfondissement de la coopération militaire et appelle à une formation et à des exercices conjoints, à des recherches conjointes, à la mise au point d’armes et au partage de renseignements. Des orientations donc effectivement stratégiques, et lorsqu’on sait que les exercices conjoints ont déjà été organisés entre l’Iran, la Chine et la Russie, la nouvelle alliance militaire désormais confirmée se renforce considérablement.

«Comment la politique iranienne de Trump a jeté Téhéran dans les bras de Pékin», s’alarme de son côté Atlantico. Et note que: «Sur le plan géopolitique, le rapprochement avec l’Iran ouvre les portes de l’Irak à la Chine, autre territoire où elle pourra potentiellement remplir le vide laissé béant par les Américains. Plus important enfin, l’accord pose les termes d’un triumvirat militaire, essentiellement aérien et naval, entre l’Iran, la Chine mais également la Russie, ce qui aura nécessairement des implications sur l’équilibre des forces en présence au Moyen-Orient. En cas de signature de l’accord, d’ici début novembre, les bombardiers et avions de chasse sino-russes bénéficieront d’un accès total aux bases aériennes iraniennes, tandis que leurs navires pourront user librement des ports de Chabahar, Bandar-e-Bushehr et Bandar Abbas, développés par des compagnies chinoises. Chine et Russie fourniront également à l’Iran leurs meilleures compétences et matériels en matière de guerre électronique, un domaine où l’armée iranienne est déjà particulièrement aguerrie».

L’inquiétude du mainstream médiatique et plus généralement de l’establishment occidental va même jusqu’à parler d’isolement des USA. Mais les dits analystes occidentaux oublient une chose essentielle. Les alliances géopolitiques, géoéconomiques et géostratégiques qui se forment et se renforcent dans le monde multipolaire actuel, et notamment dans le grand espace eurasien, ne sont pas dues uniquement aux pressions et menaces exercées par l’establishment étasunien et plus généralement atlantiste, mais découlent d’une simple constatation de réalité et de logique: une infime minorité ne peut aucunement se proclamer être la communauté internationale.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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