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L’Iran brise le blocus étasunien du Venezuela

Malgré les sanctions étasuniennes visant la République islamique d’Iran et la République bolivarienne du Venezuela, les dernières actions des deux pays démontrent la détermination d’outrepasser ces pressions, et ce malgré les menaces de Washington.

Le premier des cinq pétroliers iraniens est arrivé au Venezuela, transportant des carburants nécessaires pour la nation latino-américaine. L’information est confirmée par Tareck El Aissami, le ministre vénézuélien du Pétrole. Il a également indiqué que le navire a été escorté par les forces armées à son entrée dans les eaux territoriales du pays.

A cet effet, l’ambassade iranienne à Caracas a également publié un communiqué et a remercié les militaires vénézuéliens: «Le premier pétrolier iranien a atteint les côtes vénézuéliennes. Nous sommes reconnaissants aux Forces armées bolivariennes pour l’avoir escorté». La télévision pan-latino-américaine Telesur a en outres diffusé les images correspondantes.

L’arrivée des quatre autres navires est prévue dans les prochains jours. Au total, 1,5 million de barils de carburant font partie des livraisons en cours. Le tout à un moment où les pénuries de carburant en République bolivarienne se sont aggravées avec la propagation du Covid-19. Pour rappel, les USA ont imposé des sanctions visant les exportations de brut de l’Iran et du Venezuela. Tout en proférant des menaces de recours armé. C’est ce que d’ailleurs n’a pas manqué de rappeler le représentant permanant du Venezuela à l’ONU, en déclarant que les pétroliers iraniens transportant le carburant à destination de son pays font l’objet d’une «menace d’un usage imminent de la force militaire par les Etats-Unis». Le représentant vénézuélien parle également de «crime d’extermination», puisque ces actions visent à priver le peuple du Venezuela d’un moyen vital de subsistance.

Ceci étant dit, les deux pays ne comptent pas reculer. Et se disent, en cas de nécessité, à être prêts d’utiliser leurs capacités défensives. C’est ce que d’ailleurs n’a pas manqué d’affirmer le président iranien Hassan Rouhani, lors d’une conversation téléphonique avec l’émir du Qatar samedi, cité par l’agence Mehr, en avertissant que la République islamique d’Iran répondrait à toute éventuelle agression étasunienne contre les pétroliers iraniens dans la mer des Caraïbes ou tout autre point du monde.

Si les deux pays se montrent prêts à s’entraider sur le plan énergétique, économique et militaire, il serait également important de rappeler que malgré l’hostilité de Washington et de ses alliés occidentaux, Caracas peut aussi compter, entre autres, sur le soutien de la Russie, de la Chine, de Cuba, de la Turquie ou encore du Mexique – dans le cas des deux premiers y compris au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU. Cela sans oublier plusieurs secteurs d’importance stratégique qui lient Moscou et Pékin aux autorités vénézuéliennes, parmi lesquels on retrouve également les projets de partenariat économico-énergétique, sans oublier la coopération militaro-technique.

Une chose est certaine. Le refus de suivre les prérogatives de Washington et des capitales occidentales, aussi bien de la part de Téhéran que de Caracas, conforte l’idée que la réalité multipolaire mondiale est bel et bien une réalité admise, et non pas un projet en cours de construction. Malgré cela, et au moment d’énormes défis dont font face à l’heure actuelle les USA, l’establishment de ces derniers n’est toujours pas en mesure, et probablement ne le sera pas, à reconnaitre cette réalité. Quoiqu’il en soit, ce refus égocentré d’un nombre limité de pays de la planète ne pourra vraisemblablement stopper le processus naturel des choses en cours. Les seuls perdants de la réalité présente n’étant que ceux qui la refusent.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Les divergences entre la Turquie et plusieurs pays de la Méditerranée s’accentuent

3-32

Alors que les «alliés» occidentaux de la Turquie, sans pour autant entreprendre d’actions concrètes, lui ont juré leur «solidarité» en lien avec les affrontements récents dans la province syrienne d’Idlib, y compris dans le but de saper le partenariat russo-turc et mettre la pression sur le gouvernement syrien, ces mêmes partenaires maintiennent néanmoins plusieurs divergences évidentes avec Ankara sur d’autres dossiers, notamment la Libye et Chypre.

Un cas intéressant est celui de la France. D’un côté, l’establishment politique français avait exprimé son soutien «moral» à la Turquie lors des affrontements avec les forces gouvernementales syriennes, tout en condamnant le chantage d’Ankara vis-à-vis de l’Union européenne sur la question migratoire. On se souvient aussi des condamnations de Paris lors de l’offensive turque contre les militants kurdes de Syrie. S’ajoutent à cela des divergences claires sur la Libye et la question des frontières maritimes en Méditerranée, notamment en lien avec l’exploitation des réserves d’hydrocarbures.

Si en Libye, la Turquie du président Erdogan soutient ouvertement le gouvernement d’union nationale (GNA), basé à Tripoli – contrôlant pas plus d’1/5 du territoire libyen, la France, elle, accorde plutôt ses sympathies à l’Armée nationale libyenne (LNA) commandée par le maréchal Khalifa Haftar. Bien que le soutien français à la LNA soit moins déclaré que celui des Emirats-arabes unis, de l’Egypte ou encore de l’Arabie saoudite, il n’empêche qu’il s’agit bel et bien d’un dossier d’intérêts divergents entre Ankara et Paris.

Mais ce n’est pas tout. L’autre pierre d’achoppement entre la Turquie et nombre de pays méditerranéens concerne la démarcation des frontières maritimes, ou plutôt une vision purement différente sur ces frontières, et notamment la question de forage dans une zone potentiellement riche en gaz naturel, comme c’est actuellement le cas autour de l’île chypriote. En effet et depuis que des réserves potentielles y ont été découvertes, une opposition nette subsiste entre les représentants de Chypre, de la Grèce et d’Israël d’un côté, la Turquie et son allié libyen (ou plutôt tripolitain) de l’autre.

Dans ce dernier cas, plusieurs pays de l’UE, dont la France, ont exprimé leur solidarité avec le trio gréco-israélo-chypriote. Pour rappel, le 2 janvier dernier, Chypre a signé un accord avec Israël et la Grèce pour la construction éventuelle du gazoduc Eastmed, qui pourrait acheminer le gaz extrait à destination de l’Europe continentale. Un accord que la Turquie conteste, en mettant en avant que ledit projet ne prend pas en compte la position de la partie nord de l’île en la qualité de la république turque de Chypre du Nord (RTCN). Et pour riposter, Ankara a tout simplement pris l’initiative de lancer ses propres activités de forage au large de l’île. Pour ce faire, le leadership turc a conclu avec son allié libyen du GNA une «entente» qui devrait lui permettre d’élargir sa zone économique exclusive en Méditerranée orientale. Une action condamnée par la République de Chypre, la Grèce, l’Egypte et Israël.

Dans ces situations, il faudrait probablement se poser la question sur comment la Turquie prévoit de gérer ces tensions existantes avec plusieurs de ses voisins de la Méditerranée. Et ce au moment même des tensions existantes en Syrie – certes un peu apaisées suite à l’accord de cessez-le-feu conclu entre les présidents Poutine et Erdogan à Moscou. La Turquie, dont les ambitions internationales ne sont pas à démontrer, sera-t-elle en mesure de jouer sur plusieurs tableaux indéfiniment et surtout pouvoir gérer l’aspect relationnel avec ses alliés de l’Otan, et ce au moment même où les partenaires eurasiens d’Ankara observent avec attention ses agissements? Là est toute la question.

Une chose est pour autant certaine, la politique de la multiple chaise et les contradictions existantes au sein de son propre «camp», ne vont pas lui faciliter la tâche.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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USA/Al-Qaida: alliés semi-officiels?

La République arabe syrienne après des années de guerre sur son sol contre divers groupes terroristes retrouve bel et bien le souffle et pense déjà à un futur meilleur, notamment dans le cadre de la reconstruction des infrastructures et nombre de projets économiques. Les tentatives de maintenir la pression sur Damas par Washington au final ne mèneront à rien.

Après la mission ratée de nuire fortement aux relations turco-russes, l’establishment étasunien continue néanmoins de gesticuler. Ainsi, James Jeffrey, l’émissaire US pour la Syrie, a fait plusieurs déclarations révélatrices.

En commentant la présence de terroristes dans leur dernier fief (ou plutôt après les nouveaux succès récents de l’Armée arabe syrienne, le semi-fief) d’Idlib, et notamment la position US sur la question, la déclaration du haut responsable étasunien a été sans vergogne. A savoir que les Etats-Unis ne coopèrent pas avec les «militants» de Hayat Tahrir al-Cham (ex Front al-Nosra, filiale d’Al-Qaida en Syrie) dans la région syrienne d’Idlib, mais ne les attaquent pas non plus, car ils se concentrent sur la lutte contre le gouvernement du président Bachar al-Assad.

«Nous ne travaillons pas avec eux. Comme vous l’avez dit ils sont une émanation d’Al-Qaida. D’un autre côté, comme nous pouvons le voir dans nos diverses actions antiterroristes, nous n’en avons pas infligées à eux, car nous ne pensons pas qu’ils soient axés sur les activités terroristes internationales. Ils sont beaucoup plus concentrés sur la lutte contre le régime d’Assad. Encore une fois, ce ne sont pas nos amis, nous n’avons pas d’affaires avec eux, mais ils ne sont certainement pas une priorité pour nous en termes de lutte contre le terrorisme». Ces déclarations ont été faites lors de la toute récente interview à la chaine CBS.

Au-delà du fait que cette déclaration rappelle curieusement celle de l’ex-ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius qui disait alors «qu’al-Nosra fait du bon boulot», il est tout de même incroyable d’observer le cynisme des élites étasuniennes, et occidentales en général. Donc après les attentats du 11 septembre 2001, ces mêmes élites politiques et leurs relais médiatiques nous avaient bombardés de messages en criant à droite et à gauche que le mal par excellence c’est Al-Qaida. Mais aujourd’hui, ces mêmes terroristes sont devenus pour l’Occident tout à fait fréquentables. L’hypocrisie et le cynisme au plus haut niveau possible et impossible, quand tu nous tiens.

Il devient donc maintenant tout à fait clair pourquoi Washington et ses acolytes occidentaux soient tellement intéressés par le maintien de ces éléments extrémistes en terre syrienne, notamment dans leur dernier semi-fief d’Idlib. Mais rien n’y fait – la Syrie poursuivra la pleine libération de son territoire national, avec le soutien de ses alliés. Le fait est que le principal intéressé donc au maintien des terroristes en Syrie n’est autre que les USA. Et cela est désormais pratiquement officiel.

D’autre part, le même Jeffrey avait en outre déclaré vouloir poursuivre la pression sur le gouvernement syrien, en vue d’isoler Damas et de forcer ses principaux soutiens russe et iranien à accepter un consensus.

A ce titre, il faudrait que le gendarme autoproclamé comprenne une bonne fois pour toutes plusieurs choses. La première, c’est qu’il n’y aura aucun consensus avec les terroristes. Des dizaines de milliers d’entre eux ont déjà été anéantis dans les opérations militaires des forces gouvernementales syriennes et de leurs alliés. Le même sort attend les quelques restes d’Idlib. A moins bien sûr que Washington et ses alliés européens décident d’accorder aux terroristes devenus subitement «fréquentables» l’asile sur leurs territoires respectifs. Damas n’y sera pas opposée. De deux, la Syrie n’abandonnera jamais son projet de libérer le reste de son territoire. Et les récentes victoires enregistrées par l’armée syrienne à Idlib, y compris malgré l’opposition turque, le confirment.

Enfin, et en parlant du prétendu isolement de Damas. Parfois, il y a vraiment l’impression que les élites occidentales vivent dans une réalité parallèle. Car au-delà du soutien politique, diplomatique, militaire et économique de ses principaux alliés en la qualité des puissances eurasiennes que sont la Russie, l’Iran et la Chine, et des relations étroites avec nombre de pays d’Amérique latine, d’Asie et d’Afrique, c’est désormais nombre de capitales arabes qui s’activent pour relancer les relations avec la République syrienne. Y compris certains pays du Golfe, comme les Emirats arabes unis – ayant rouvert leur ambassade à Damas en décembre dernier, après sept ans de rupture des relations diplomatiques. Moscou ne serait d’ailleurs pas étrangère à ce rapprochement Damas-Abu-Dhabi. Et plus récemment encore, le gouvernement de l’est de la Libye, contrôlant près de 80% du territoire libyen, a ouvert une ambassade il y a quelques jours dans la capitale syrienne. Le monde arabe donc, se réactive dans ses relations avec le gouvernement syrien. Cela sans oublier les bonnes relations qu’entretient le leadership de la Syrie avec des puissances arabes et africaines comme l’Egypte et l’Algérie.

Isolement vous avez dit? A ce rythme il sera intéressant d’observer qui finira isolé. Quant à la complicité avec les terroristes déclarés, Washington aura vraisemblablement de plus en plus de mal à la voiler.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Syrie vs Turquie. Et l’Otan?

La politique contemporaine turque est fort complexe. D’un côté ses aspirations souverainistes ne sont pas à démontrer. D’un autre, une vision ouvertement pro-islamiste d’une partie notable de ses élites actuelles, alliée au membership otanesque, constituent ensemble un cocktail de choc, pouvant exploser à tout moment tellement les ingrédients le composant sont infernaux. Les événements en cours dans la Syrie voisine, notamment dans la province d’Idlib, le confirment pleinement.

Si l’islamisme fait bien souvent bon ménage avec l’atlantisme, du moment que cela arrange les intérêts géopolitiques de chacun, le souverainisme eurasien ne peut se joindre aux deux premiers. Telle est, en très bref, la particularité de la Turquie d’Erdogan. En termes de perspectives, ce jeu turc de la double, voire de la triple chaise, ne risque-t-il pas tout simplement d’anéantir les projets ambitieux d’Ankara?

Alors que l’islamisme politique et le soutien aux divers groupes extrémistes, y compris salafistes, contredit effectivement l’héritage laïc d’Atatürk, les rapports qu’entretient Erdogan avec l’Otan sont eux aussi, pour le moins… très particuliers. Lorsqu’il s’agit de s’adonner à des aventures militaires en Syrie ou en Libye, Ankara ne coordonne pas vraiment ses actions avec ses alliés otanesques. Et ne fait qu’agir selon ce qu’elle considère ses propres intérêts. Mais du moment qu’elle se retrouve face à des forces capables de la stopper, comme c’est le cas aujourd’hui en Syrie – elle active immédiatement le bouton «Help» auprès de ses partenaires de l’Otan. Tel un adolescent jouant au dur devant ses camarades, pour après les appeler au secours car ayant reçu une riposte digne de ce nom. Une virilité alliée à l’anti-virilité absolue en un seul package.

Donc ce que fait en réalité la Turquie, c’est d’entamer des actions sans concertation avec ses alliés de l’Otan dans un premier temps, mais au moindre souci crier quant à la nécessité pour eux de la faire protéger. Un jour contre la Syrie du président Assad, un autre contre la Russie de Poutine, demain ce sera peut-être quelqu’un autre. Peut-être même la Chine où la Turquie tente d’instrumentaliser depuis un bon moment le prétendu problème ouighour.

En d’autres termes: je suis fort, je n’ai besoin de personne. Et puis tout à coup: venez me protéger! Le souci pour Ankara c’est qu’en continuant à jouer à ce jeu, elle risque, au final, de perdre toute la mise. La Turquie, faisant qu’on le veuille ou non, partie de la grande famille eurasienne, pouvait profiter des opportunités qui lui étaient offertes par les puissances mondiales et régionales indépendantes, que ce soit la Russie, l’Iran ou la Chine. Elle avait aussi une occasion unique d’aller dans le sens de la normalisation des relations avec la République arabe syrienne – et un premier pas avait été fait en ce sens en janvier dernier lorsque les chefs des services de renseignement syriens et turcs s’étaient rencontrés à Moscou, formalisant ainsi leur premier contact depuis le début de la guerre qui fut imposée à la Syrie. Désormais et au vu des événements en cours à Idlib, notamment l’engagement turc en faveur des terroristes déclarés, y compris ceux d’Al-Qaida, c’est gâché.

C’est d’ailleurs l’idée partagée par le parti politique turc Vatan, selon lequel si la Turquie lance une guerre contre la Syrie, elle peut tomber dans un piège préparé par les Etats-Unis et Israël et perdre des alliés comme la Russie, la Chine, l’Iran et l’Irak – une annonce qui a été faite le 26 février dernier.

Effectivement, le temps est venu pour que la Turquie d’Erdogan fasse un choix. Et non plus un choix situationnel, mais bel et bien sur du moyen-long terme. A défaut de quoi, elle risque de perdre tout.

Aussi, et plus particulièrement dans la situation en cours en Syrie, il serait difficile de ne pas aborder l’approche hypocrite et ouvertement malhonnête de l’establishment occidental – étasunien en tête, européiste en bon suiveur. A savoir que lorsqu’Ankara avait lancé son offensive contre les forces kurdes – alliées des USA, ce même establishment criait au scandale, menaçant même la Turquie de sanctions. Désormais, ces mêmes silhouettes jurent leur solidarité avec Ankara à Idlib (et donc approuvent aussi les actions des terroristes) contre les forces gouvernementales syriennes. Un monde de fous direz-vous? Et ce ne serait pas loin de la vérité.

Quoiqu’il en soit, ni l’Otan, ni l’Occident en général ne sauveront pas la Turquie. C’est un fait. L’histoire retiendra tout de même que la Turquie d’Erdogan, lorsque cela l’arrange, adore appeler au secours ses alliés otanesques, y compris si pour cela il faut les mettre en péril. Concernant la partie islamiste de la question, l’histoire retiendra aussi que la Turquie d’Erdogan a choisi de défendre des extrémistes de la pire espèce, y compris affiliés à Al-Qaida, contre une armée légitime en train de libérer son territoire national. Quant à l’intégration eurasienne, ni la Russie, ni la Chine, ni l’Iran, n’ont besoin d’alliés – amis des salafistes. Partenaires de circonstances – peut-être. Pour aller plus loin – non merci. La rencontre Poutine-Erdogan dans les prochains jours sera certainement décisive. A condition encore d’avoir lieu – si le président turc commet une quelconque erreur comparable à celle de novembre 2015, elle risquerait tout simplement de ne pas avoir lieu, avec en prime des conséquences fortement sérieuses. Il est encore temps de revenir à la raison. L’avenir nous situera.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Entre l’atlantisme et l’Eurasie, la Turquie doit faire un choix

12-35

La Turquie du président Erdogan se trouve aujourd’hui devant un choix stratégique. Membre de l’Otan, Ankara s’est pourtant beaucoup rapprochée de Moscou et Téhéran au cours de ces dernières années, confirmant à cette occasion l’existence d’une orientation eurasienne dans sa politique.

Mais les récents événements dans la province syrienne d’Idlib ont de nouveau ravivé les tensions existantes entre ces deux orientations, confirmant la pleine nécessité de devoir, à un moment ou un autre, faire un choix.

Lorsque fin 2015 les relations turco-russes étaient tombées au plus bas, toujours en rapport avec les événements en Syrie, la Turquie avait en l’espace de seulement une demi-année ressenti les conséquences d’une telle politique. Fort heureusement cette page difficile des relations bilatérales entre Ankara et Moscou a pu être surmontée. Plus que cela, les deux pays ont réussi en peu de temps à revenir au partenariat stratégique qui régissait leurs rapports. Et d’arriver même à un partenariat «très» stratégique, au grand désarroi de ceux qui veulent maintenir à tout prix la Turquie dans la «famille» atlantiste, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.

Aujourd’hui, les relations géoéconomiques et hautement stratégiques entre la Russie et la Turquie peuvent être réellement caractérisées comme un partenariat gagnant-gagnant, avec un volume des échanges commerciaux constamment en hausse (plus de 20 milliards de dollars en 2019 avec un objectif fixé d’atteindre dans les prochaines années les 100 milliards). Et compte tenu des millions de touristes russes visitant la Turquie chaque année et les nombreuses entreprises turques du BTP travaillant sur le marché russe (ce dernier représentant pas moins de 20% du volume total des commandes dans le domaine de la construction auprès des structures turques à l’étranger), on arrive à une balance commerciale bien équilibrée – sachant que le flux touristique russe vers la Turquie et les marchés du BTP turc en Russie ne rentrent pas dans le calcul du volume des échanges. Sans oublier que le volume des investissements russes en Turquie et turcs en Russie, dans le cadre des projets d’investissement mis en œuvre entre les deux pays, est d’environ 10 milliards de dollars chacun. Une autre nation eurasienne – l’Iran – fait également partie des principaux partenaires économico-commerciaux de la Turquie.

S’ajoutent à cela la coopération dans la sphère énergétique avec le gazoduc Turkish Stream, dans le nucléaire civil avec la centrale d’Akkuyu, sans oublier l’acquisition du système anti-missile russe des S-400 – une première dans la relation d’un pays-membre de l’Otan avec la Russie. Mais malgré tout cet impressionnant partenariat, il est encore prématuré de parler d’une véritable alliance entre la Turquie d’une part, et la Russie avec l’Iran de l’autre. Car au-delà des divergences existantes sur certains dossiers internationaux, dont bien évidemment la Syrie, le fait d’appartenir justement à l’Otan – organisme qui continue de considérer la Russie comme son principal adversaire et ennemi, ne peut permettre de prétendre à une véritable alliance.

Quant à la République arabe syrienne, elle est bel et bien une alliée aussi bien pour Moscou que Téhéran. Dans le cas avec la Russie, cette alliance ne date ni d’aujourd’hui, ni de 2015 – année d’intervention de Moscou dans la lutte antiterroriste dans ce pays, mais bien de plusieurs dizaines d’années. Et au-delà d’une alliance géopolitique, ni la Russie, ni l’Iran ne peuvent permettre à ce qu’un autre pays-civilisation, en l’occurrence la Syrie, puisse subir la présence de hordes barbares et terroristes sur son sol. Il en va non seulement de leur propre sécurité, mais aussi de leurs valeurs.

C’est pourquoi, et malgré les récentes menaces proférées par le leadership turc à l’encontre de Damas, les deux principaux alliés de la Syrie ne permettront certainement pas à ce que la situation dégénère. Compte tenu du rapport stratégique avec la Turquie, les deux puissances eurasiennes privilégient le dialogue et font en sorte d’apporter leur pleine médiation pour éviter une plus grande détérioration de la situation.

La Syrie, quant à elle, est en plein droit à poursuivre l’opération de libération de son territoire national. Conformément à sa souveraineté. Les hordes terroristes salafistes n’ont pas de place en terre syrienne. Il s’agit là aussi d’une question primordiale pour le leadership, l’armée et la population du pays. D’autant plus que ce dernier fief terroriste en terre syrienne – principalement affilié à Al-Qaida – continue de représenter un danger majeur pour la sécurité nationale. D’où l’extrême nécessité d’en finir une bonne fois pour toute.

En ce qui concerne la Turquie, elle se retrouve effectivement devant un choix stratégique. Bien sûr, il faut savoir que la pression sur le leadership turc n’est pas seulement extérieure – surtout de la part de ses pseudo-alliés otanesques. La pression est également intérieure. C’est un secret de polichinelle qu’une partie de l’élite politique turque – aussi bien issue du parti au pouvoir que de l’opposition – reste profondément pro-occidentale et pro-atlantiste. Et donc, à l’instar de leurs mentors n’approuvent guère le rapprochement sans précédent observé entre les grandes nations eurasiennes au cours de ces dernières années. Et aussi en faisant mine d’oublier par la même occasion la tentative de putsch pro-occidental de 2016 – une tentative pour rappel condamnée aussi bien par Moscou que Téhéran. D’autre part, la politique des deux chaises ne pourra pas elle aussi durer éternellement. Et ce choix devra se faire, à un moment ou un autre.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Idlib: nécessité cruciale de libérer la province syrienne

2-10

Alors que l’armée gouvernementale syrienne poursuit son offensive dans la province d’Idlib – dernier bastion des djihadistes, principalement liés à Al-Qaida, l’establishment occidental crie de nouveau au scandale. En espérant par la même occasion brouiller l’entente russo-turque. Mais les acteurs non-occidentaux ne l’entendent pas de cette oreille.

Damas ne l’a jamais caché – son objectif étant de libérer tout le territoire national. Si à l’heure actuelle, le gouvernement contrôle près des ¾ du pays, où vit plus de 90% de la population, ce n’est pas pour autant qu’il compte s’arrêter en si bon chemin. Et vu la concentration plus que massive d’extrémistes salafistes dans la province d’Idlib, il n’a jamais été un secret de la nécessité d’en finir avec cette présence. Et ce aussi bien dans le cadre visant à restaurer l’autorité légitime sur tout le territoire national, que de mettre un terme à la présence terroriste sur le sol syrien de façon générale.

Et bien qu’Idlib soit devenu le dernier centre de retranchement de ces éléments extrémistes, il est évident que ce retranchement devait finir à un moment ou un autre. Cela sans oublier le simple fait que les terroristes d’Al-Qaida toujours présents dans cette province de Syrie continuent de représenter un danger majeur pour la population civile syrienne. Ajoutez à cela les innombrables attaques et provocations de ces éléments visant les Forces armées syriennes, il est donc devenu urgent de reprendre l’offensive.

Les derniers jours, l’armée gouvernementale syrienne a enchainé les victoires sur le terrain. Dernier succès en date: la reprise de la ville stratégique de Saraqeb. Plus tôt, les forces syriennes avaient repris le contrôle de la localité de Maarat al-Numan, dans le sud d’Idlib, représentant une étape importante dans la sécurisation de l’axe routier Damas-Alep.

Sur le plan international, cette nouvelle offensive à succès de Damas n’a pas fait seulement les malheurs des élites occidentales, mais a également provoqué le mécontentement de la Turquie, qui soutient plusieurs factions rebelles pro-turques, se trouvant elles aussi dans ladite province. Au point pour le mainstream de parler d’un risque d’affrontement direct entre les forces syriennes et turques, et même d’annoncer que ladite situation peut frapper l’interaction turco-russe, devenue très importante depuis les dernières années.

Pourtant et malgré le fait que Moscou et Ankara continuent d’avoir un regard différent sur leur rapport avec Damas – allié de la première, adversaire de la seconde, il n’empêche qu’il est peu probable que cela puisse nuire aux nombreux projets conjoints engagés par les deux puissances eurasiennes. Et malgré les désaccords existants, il est d’ores et déjà assez clair que la Russie et la Turquie continueront à collaborer au plus haut niveau. C’est d’ailleurs un avis partagé par plusieurs experts et analystes turques, comme russes.

Quant aux rapports turco-syriens, en premier lieu il est plus que souhaitable que le leadership turc puisse accepter une chose simple : laisser le pouvoir syrien rétablir pleinement la légitimité sur son territoire national, conformément à son droit souverain. Il est vrai qu’à la grande différence des Etats du Golfe, ayant eux-aussi en coordination avec les Occidentaux, largement contribué au chaos dans le pays-civilisation qu’est la Syrie, la Turquie ait accueilli un très large nombre de réfugiés syriens fuyant la guerre. C’est un fait.

Mais si Ankara souhaite réellement contribuer à ce que ces personnes puissent rentrer chez eux, elle devrait au contraire changer définitivement de cap et cesser de mettre les bâtons dans les roues de Damas. Le constat est pourtant simple, malgré toute la propagande des médias occidentaux des dernières années, qui criaient haut et fort que les réfugiés syriens fuyaient aussi bien les terroristes que le «régime», la gifle de la réalité fut elle sans équivoque : de bien nombreux réfugiés ont commencé à rentrer au pays, du Liban, de la Jordanie, de la Turquie et d’ailleurs dans les localités justement libérées par l’armée gouvernementale. Et par la même occasion songer sérieusement, à terme, à aller dans le sens de la normalisation de ses relations avec Damas. Pour cela, Moscou s’est déjà dit prête à faciliter une telle normalisation. Une option qui pourrait tout simplement être considérée comme une victoire totale pour les forces eurasiennes. On n’en est pas encore là, mais le temps fait bien les choses. En attendant, la province d’Idlib se doit d’être libérée par le gouvernement syrien. C’est un droit, un devoir et une nécessité.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’UE souhaite interférer dans la crise libyenne. Pompier pyromane en action?

1-26

A en croire certaines fuites publiées dans les médias occidentaux, les fonctionnaires bruxellois entrevoient la possibilité d’une nouvelle intervention militaire en Libye. Le tout à un moment où vraisemblablement l’Union européenne observe avec vive inquiétude la réalité dans laquelle les nouvelles forces géopolitiques majeures parviennent à faire basculer les choses, sans que les Occidentaux soient «consultés».

Ainsi, l’agence de presse étasunienne Bloomberg, selon ses sources au sein de «responsables de l’UE» qu’elle ne nomme pas, affirme que des plans d’action militaire sont en cours de discussion à Bruxelles:

«L’Union européenne pourrait déployer une mission militaire pour contribuer à faire respecter l’embargo sur les armes et un possible cessez-le-feu en Libye, alors que le bloc (l’UE) tente de contenir le conflit dans lequel sont impliquées la Russie et la Turquie et qui menace de déstabiliser la Méditerranée». Toujours selon ces sources, bien qu’aucune décision n’ait été prise à ce sujet, deux responsables présents lors de la discussion ont déclaré qu’un consensus s’est dégagé sur le fait qu’il fallait commencer la préparation de l’expansion de la mission de patrouille navale et aérienne.

Maintenant analysons les perspectives d’une telle éventualité. Tout d’abord il serait bon de rappeler une fois de plus que vraisemblablement les erreurs du passé n’ont rien appris aux têtes chaudes européistes. A savoir que tout le chaos observé à ce jour et depuis la chute de la Jamahiriya de Kadhafi est en majorité écrasante la responsabilité des preneurs de décision bruxellois, et plus généralement occidentaux. De l’autre, et c’est quelque chose de flagrant aussi, les responsables bruxellois n’avaient jusqu’à encore récemment que faire des souffrances du peuple libyen et de ce pays jadis prospère devenu plaque tournante pour nombre de groupes extrémistes, sans oublier la violence, l’instabilité constante et le trafic d’êtres humains. Mais il a suffi que des acteurs non-occidentaux s’activent pour tenter d’apporter des solutions concrètes à ce pays martyrisé, notamment Moscou et Ankara, pour que les bureaucrates bruxellois se prennent pour des acteurs ayant eux aussi à dire leur mot, oubliant par la même occasion toute leur action extrêmement néfaste du passé récent.

En effet, la coordination russo-turque dépasse maintenant le cadre syrien. Et même si les deux pays partagent parfois des intérêts qui peuvent diverger, il n’empêche que cette interaction est incomparablement plus efficace que toute la cuisine européiste réunie. Evidemment et au-delà des intérêts géopolitiques, Bruxelles cherche à ne pas perdre ses intérêts géoéconomiques, que ce soit par rapport aux importantes ressources naturelles libyennes, surtout pétrolières, que dans le cadre des contrats de reconstruction que les élites occidentales adorent également. Avec à la clé toujours le même principe : détruisons, puis reconstruisons en obtenant des milliards de bénéfices, et une image de bons «samaritains» humanistes. Si en Syrie, les élites occidentales, y compris européistes, savent déjà qu’elles ne seront pas les bienvenues pour toute participation à la reconstruction, elles espèrent néanmoins arracher encore leur morceau en terre libyenne.

Le souci dans ce paradigme est pourtant simple. Si les responsables bruxellois possèdent, à l’instar de leurs alliés outre-Atlantique, une fort grande expérience dans la déstabilisation d’Etats souverains, il n’en est rien dans le schéma visant à apporter la paix, la stabilité et le développement. D’autre part et cela est très important, si les élites européistes se décideront en effet à prendre part à une action militaire en territoire libyen ou à ses abords, elles devront obtenir pour cela l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU. Et dans cette optique, le véto russo-chinois va très certainement calmer leurs ardeurs, sachant que les deux membres permanents non-occidentaux du CS onusien ne permettront pas la répétition du scénario de 2011. Suite auquel le leader d’un pays souverain a été sauvagement assassiné et que le pays qui pouvait à l’époque se permettre même d’accueillir des migrants de diverses contrées sur son sol, y compris des ressortissants de pays-membres de l’UE, est devenu une plateforme d’exportation de migrants, étrangers comme nationaux, et un territoire où la violence n’a cessé depuis ce jour.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1336