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Syrie: le rapprochement des Etats arabes avec Damas

La République arabe syrienne observe les manœuvres de nombre de pays arabes souhaitant normaliser leurs relations avec le leadership syrien. Cette réalité confirme le succès de la résistance syrienne et du soutien stratégique de ses alliés, mais également l’énième échec de l’establishment occidental.

«Rapprochement éclair avec la Jordanie, rôle majeur dans la crise énergétique libanaise, réintégration au sein d’Interpol, les signes ne trompent pas: la Syrie est en train de rompre partiellement son isolement en dépit du maintien de lourdes sanctions internationales», écrit France 24 – l’un des principaux porte-voix médiatiques des intérêts de l’establishment hexagonal à l’international. Faisant notamment référence au récent entretien téléphonique entre le président syrien Bachar al-Assad et le roi Abdallah II de Jordanie.

Le même article parle même d’une «approche plus pragmatique» du côté étasunien, notamment «le feu vert exceptionnel accordé en août au projet d’acheminement de gaz égyptien via la Syrie vers le Liban en crise, malgré les lourdes sanctions du Caesar Act, adopté en 2019 et qui interdit toute transaction avec les autorités syriennes».

Par ailleurs, l’analyste Aaron Lund, cité par France 24 indique que «les pays les plus influents au sein de la Ligue arabe, excepté l’Arabie saoudite, sont favorables à une réintégration de la Syrie» au sein de l’organisation… Evidemment et malgré tous ces éléments parmi d’autres que ledit groupe médiatique mentionne – il reste trop difficile pour le mainstream médiatique de passer sincèrement à une approche raisonnable dans le traitement de l’information internationale. Notamment lorsqu’on lit dans la même publication, que «le régime syrien est toujours considéré comme un paria par la communauté internationale».

Cette ligne mérite évidemment quelques commentaires et mises au point. Tout d’abord, de quelle communauté internationale parle-t-on d’une infime minorité planétaire nommée l’Occident? Ou encore plus particulièrement de l’establishment occidental? Si c’est le cas, alors il est tout sauf question, une fois de plus, de communauté internationale. Un groupe de régimes représentant tout au plus 10% de la population terrestre ne pourra jamais prétendre à être la communauté internationale. A moins de changer radicalement de mentalité et de rhétorique, et devenir un acteur responsable dans les affaires internationales – on en est si loin.

D’autre part, lorsqu’on connait les principaux soutiens de la République arabe syrienne, notamment les grandes puissances internationales comme la Russie, l’Iran, mais également la Chine, superpuissance économique mondiale, il est pour le moins ridicule de pouvoir encore prétendre à parler d’une quelconque isolation de la Syrie. Rajoutons à cela ces manœuvres de nombre de voisins arabes de Damas dans la voie de normalisation des relations, souvent même sur leur propre initiative, et on arrive au summum du ridicule dans la rhétorique politico-médiatique de l’Ouest. Bien que ce ridicule ne surprenne plus grand monde aujourd’hui.

Dans un article de novembre de l’année dernière, Observateur Continental avait abordé le fait que la Syrie de l’après-guerre n’a pas besoin de l’Occident. Cette mise en perspective semble plus que jamais d’actualité aujourd’hui, à l’heure où plusieurs acteurs régionaux et internationaux se bousculent pour le rétablissement des relations avec le leadership syrien. Fait intéressant: même les représentants turcs qui maintiennent une animosité peu voilée envers le gouvernement syrien, reconnaissent depuis peu de façon officielle les contacts existants entre leurs services de renseignement et ceux de Damas.

Une question légitime se pose donc: l’Occident ne serait-il pas tout simplement le seul et véritable paria contemporain de la communauté internationale? Nous sommes en droit de nous poser cette question.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=3224

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La plateforme perdante de Kiev

Le pouvoir kiévien devant faire face à une situation économique et sociale de plus en plus marasmique, espère faire perdurer la mainmise sur le pays en exploitant des plateformes censées selon lui permettre à retrouver les territoires perdus. Bien qu’au fond, toutes les voix raisonnables sont d’avis que stratégiquement parlant – cela ne changera absolument rien.

La «plateforme de Crimée», promue par le régime kiévien depuis un certain moment déjà de concert avec ses parrains, commencera ses activités le 23 août prochain dans la capitale ukrainienne. Ce premier « sommet » sera consacré à la discussion sur les moyens de «désoccuper» la Crimée. Kiev tente de donner audit événement une grande envergure internationale, en y invitant les dirigeants de différents pays.

Le souci pour la partie ukrainienne, c’est que jusqu’à maintenant les seuls soutiens obtenus proviennent d’environ une dizaine de pays, pour la plupart occidentaux et affiliés à l’Otan. Cela sans oublier que les travaux de ladite initiative ne resteront que des discussions sans aucune valeur légale et stratégique.

Il faut à ce titre rappeler, que ce projet promu par le président ukrainien Zelensky, est à la base une initiative britannique. Ladite plateforme a été annoncée après la visite à Londres l’année dernière du personnage mentionné – ex-comédien, faut-il le rappeler aussi.

Concrètement parlant, ce concept signifie que des représentants de certains pays, parmi lesquels les Etats-Unis, d’autres pays occidentaux, la Turquie, et certains Etats d’Europe de l’Est – se réuniront pour discuter de la Crimée, avec certainement des annonces «d’initiatives» dont l’objectif serait de contribuer à rendre la péninsule à l’Ukraine. En résumé: une plateforme de discussion pour un groupe limité de pays, ne représentant aucunement la communauté internationale.

Certains se poseront légitimement la question quant au bien-fondé d’une telle initiative de la part d’un des deux pays les plus pauvres d’Europe, dont la situation économique ne cesse par ailleurs de se détériorer. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’à travers ce genre de projet, conseillé par l’establishment anglo-saxon, le régime ukrainien espère justement à perdurer au pouvoir. Face à une population désillusionnée, et s’intéressant de moins en moins aux attaques verbales de Kiev vis-à-vis de «l’agresseur russe». Pour rappel, des millions de citoyens ukrainiens ont quitté au cours des dernières années leur terre natale, pour aller chercher leur bonheur ailleurs. Acceptant bien souvent les emplois les moins prestigieux et les moins bien rémunérés.

Les chiffres les plus optimistes parlent de pas moins de 4,5 millions de migrants ukrainiens se trouvant à l’étranger. D’autres – de pratiquement le double. Sachant que de nombreux Ukrainiens profitent du régime sans-visa de trois mois accordé par l’UE pour venir non pas faire du tourisme, mais bel et bien des emplois saisonniers. En d’autres termes – trois mois d’emploi, souvent dans la clandestinité, puis trois au bercail, et ainsi de suite. Une chose est sûre : un pourcentage énorme pour un pays d’un peu plus de 40 millions d’habitants.

Mais étant vraisemblablement dans l’impossibilité de résoudre le marasme économique – ne réalisant pas de projets efficaces et n’obtenant pas de véritable soutien dans le secteur de la part des parrains occidentaux, il devient assez évident que le meilleur moyen de remonter le moral aux Ukrainiens est de lancer des plateformes dont les initiatives sortantes seront perdantes d’avance, tout en poursuivant les guerres de paroles quant à «l’agresseur russe». Paradoxalement d’ailleurs, ledit agresseur qui doit par la même occasion selon la volonté du régime ukrainien continuer à maintenir à flot l’économie ukrainienne via le transit de son gaz à destination de l’UE. Puisque l’establishment occidental est très solidaire dans les paroles politiques, mais beaucoup moins financièrement. Une relation pour le moins surprenante vis-à-vis du pays avec lequel Kiev souhaiterait couper tous les ponts, y compris culturellement et spirituellement.

Quant à la Crimée, toutes ces discussions ne font que faire sourire la population concernée. La Russie a déclaré suffisamment de fois que cette question est close une bonne fois pour toute et qu’aucun retour en arrière ne serait possible. Les récentes provocations occidentales en mer Noire ont reçu une réponse ferme de la part des forces armées russes, forçant les Occidentaux à faire marche arrière. Tout le reste n’étant que bavardage.

Par contre, les conseillers anglo-saxons de Kiev devraient sérieusement s’intéresser de nouveau au cas du berceau historique et civilisationnel serbe du Kosovo – arraché à la Serbie en toute illégalité et sans aucun référendum. Une question qu’il faudra traiter le moment venu.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=2871

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Un couloir maritime turc jusqu’à la bande de Gaza?

Des voix s’élèvent en Turquie pour la création d’un couloir maritime allant jusqu’à la bande de Gaza. Bien que la réalisation d’une telle initiative ne soit pas simple à réaliser, le fait est qu’elle trouve déjà des échos favorables au sein de l’opinion publique turque.

La récente annonce du cessez-le-feu entre l’Etat sioniste et le mouvement palestinien Hamas n’a évidemment pas résolu le conflit israélo-palestinien. Si ladite cessation des violences est vue au sein de la résistance palestinienne comme une victoire sur l’ennemi israélien, évidemment on est encore bien loin de la fin des souffrances du peuple de Palestine et d’une confirmation en bonne et due forme d’un Etat palestinien pleinement indépendant.

Les puissances internationales n’ont pas manqué de prendre position dans ce conflit qui dure depuis fort longtemps. Si les Etats-Unis soutiennent traditionnellement Israël – leur principal allié régional et par ailleurs l’une des principales priorités dans leur politique étrangère, la Turquie a pris fait et cause en faveur de la Palestine, en mettant d’ailleurs à exécution une mobilisation internationale active.

Mais un autre sujet s’invite désormais dans le débat. Celui d’une création possible d’un couloir maritime turc allant jusqu’à la bande de Gaza, à l’instar des accords passés précédemment entre Ankara et la partie de la Libye contrôlée par le gouvernement tripolitain. Dans le but déclaré d’accroitre le soutien à la Palestine – par voie maritime. Pour cela, la Turquie pourrait signer le mémorandum naval en question avec les représentants du Hamas, contrôlant justement la bande de Gaza. Une initiative très mal vue à Tel-Aviv, qui la voit comme une volonté du leadership turc de déclencher une guerre économique.

L’idée qu’Ankara pourrait mettre en œuvre «le modèle libyen» en signant un accord avec la bande de Gaza a été d’ailleurs largement diffusée dans la presse turque. Il faut de même indiquer que l’auteur de l’initiative en question n’est pas un membre actif du gouvernement de la Turquie, mais ce n’est pas non plus un inconnu. Il s’agit de Cihat Yaycı, ancien amiral de la marine turque – par ailleurs l’idéologue de la doctrine Mavi Vatan (patrie bleue) – qui spécifie qu’en tant qu’Etat péninsulaire, la Turquie a 8333 kilomètres de littoral le long de l’Anatolie et de la Roumélie (péninsule balkanique) et que sa juridiction en Méditerranée orientale, en mers Egée, de Marmara et Noire s’étend en tout sur 462 000 kilomètres. En d’autres termes une doctrine qui vise à légitimer les revendications turques sur un certain nombre de zones contestées de la Méditerranée orientale.

Néanmoins et du côté de nombre de médias israéliens, l’opinion avancée est qu’il s’agit d’un désir du président turc Erdogan, avec pour objectif d’accéder aux champs gaziers se trouvant au large de l’Etat sioniste. Pour Jerusalem Post, le concept proposé par Cihat Yaycı et promu dans les médias turcs, l’est probablement avec le soutien du gouvernement d’Ankara.

Pour le journal israélien, l’objectif de la Turquie est de tracer directement une ligne reliant la côte turque à Gaza, en divisant ostensiblement la mer par la création d’un tel couloir maritime. Ce qui couperait Israël de la Grèce et du gazoduc EastMed que l’Etat sioniste compte réaliser avec Athènes et Nicosie.

En termes de perspectives, s’il est assez évident que la Turquie peut tirer profit d’une telle initiative en renforçant son positionnement géopolitique et géoéconomique, ainsi qu’idéologique en défiant encore plus ouvertement l’Etat sioniste et en accentuant son rôle de soutien important à la cause palestinienne, nombre d’obstacles restent d’actualité pour Ankara.

Tout d’abord et si dans le cas libyen, la Turquie pouvait se vanter d’avoir conclu un accord fixant les frontières maritimes à son avantage en mettant en avant le fait que cela s’est fait avec un gouvernement internationalement reconnu, bien que contrôlant qu’une partie minoritaire du territoire libyen, dans le cas de la bande de Gaza la difficulté réside dans le point que Hamas n’est pas considéré comme une entité étatique, représentant officiellement l’Etat de Palestine.

L’autre difficulté, ou plutôt contradiction, est que malgré l’hostilité évidente existant entre Ankara et Tel-Aviv, les relations entre les deux parties se maintiennent et même se développent, y compris dans le cadre des relations économiques bilatérales.

Néanmoins et connaissant sur certaines questions l’imprévisibilité de la politique extérieure turque, l’initiative en question montre clairement l’inquiétude existante du côté de l’Etat sioniste, traduite d’ailleurs dans les médias israéliens. Pour certains experts, il pourrait s’agir également d’un sondage d’opinion au sein de la société turque pour pouvoir réaliser, ou non, cette éventualité. En ce sens, une large partie des citoyens de Turquie, à l’instar de nombreux pays du monde, sympathise ouvertement en faveur de la cause palestinienne.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’agression de l’Otan en Libye: dix ans après

Dix années après l’intervention otanesque en Libye, qu’est-il advenu du pays longtemps considéré comme l’un des plus prospères d’Afrique? Cette intervention qui a non seulement créé le chaos sécuritaire en terre libyenne, mais également dans nombre de pays de la région, a par ailleurs tout simplement détruit les fondements étatiques de base. Pour autant, les responsables de cette agression ne se sentent pas coupables jusqu’à aujourd’hui.

Fait assez symbolique – cette période commémore aussi bien les dix années depuis l’intervention de l’Otan contre la Jamahiriya libyenne de Mouammar Kadhafi, que le 22ème anniversaire des bombardements de la même structure contre la Yougoslavie.

S’il est difficile de dire que les responsables de ces agressions répondront un jour pour les crimes commis – aussi bien à l’encontre des civils et militaires des pays concernés, mais également pour les destructions en masse des infrastructures, le fait est qu’à l’heure d’aujourd’hui il est clairement devenu beaucoup plus difficile pour les cerveaux de ces opérations de mener le même type de campagnes sans avoir à en rendre des comptes. Contrepoids des puissances non-occidentales et réalité multipolaire obligent.

Néanmoins et pour revenir à la Libye, mars 2011 peut effectivement être considéré comme le début de la fin de l’Etat libyen en tant que tel. Depuis, d’un Etat qui pouvait se permettre d’accueillir non seulement des migrants issus de pays régionaux et continentaux, mais même un nombre considérable de citoyens issus de l’UE, on est passé à un pays divisé, devenu un large émetteur de migrants – aussi bien locaux qui fuient l’insécurité et l’absence d’opportunités, qu’étrangers utilisant le sol libyen comme terrain de transit.

Ces derniers se retrouvent d’ailleurs bien souvent en situation terrible, allant jusqu’à l’esclavage pur et simple – dans nombre de cas d’ailleurs pratiqué par les anciens alliés locaux de l’Otan dans l’opération de la chute de Mouammar Kadhafi, parmi lesquels des bandits et des terroristes. La traite d’êtres humains étant devenue monnaie courante dans la nouvelle Libye post-Kadhafi. Une chose est sûre – la Libye d’aujourd’hui n’a plus grand-chose à avoir avec la Jamahiriya.

Un rappel, et non des moindres, s’impose également. A savoir que l’opération otanesque de 2011 affirmait vouloir « protéger les civils ». Pour autant, Foreign Policy affirme que nombre de civils ont justement été tués lors de l’opération militaire de l’Otan et qu’il est temps de faire face aux responsabilités.

Un autre auteur de Foreign Policy, souligne quant à lui que «l’intervention en Libye de 2011 a plongé la région dans une décennie de chaos et a sapé la confiance des Etats-Unis quant au bien-fondé d’utiliser la force militaire pour sauver des vies». Ceci étant dit, il serait sans aucun doute fort naïf que de croire que l’intervention de l’Otan contre la Jamahiriya libyenne était destinée à sauver des vies. Quant au manque actuel de confiance des USA à pouvoir intervenir à divers endroits du monde sans impunité – cette époque est effectivement terminée, comme rappelé ci-haut, et cela est très principalement dû au contrepoids désormais existant sur l’arène internationale.

Pour revenir à mars 2011, l’objectif était clair dès le début: se débarrasser d’un Etat souverain et prospère pour s’accaparer autant que possible de ses ressources naturelles et prendre d’autres «opportunités d’affaires», ainsi que d’éliminer un leader africain et arabe révolutionnaire, dont non seulement les idées, mais également les actions avaient beaucoup contribué à aider nombre d’autres pays africains. Cela sans même parler des énormes projets que Mouammar Kadhafi comptait réaliser pour le bienfait non seulement de son pays, mais aussi pour tout le continent africain. Désormais, cela ne représente plus que des rêves non-réalisés.

Mais l’autre chose marquante et qui est toujours si propre à la mentalité des élites atlantistes, c’est l’arrogance permanente qui les caractérise. Tout comme, encore une fois, l’hypocrisie extrême. A ce titre, l’appel d’Emmanuel Macron afin «que les forces turques et russes quittent le sol libyen au plus vite», est pour le moins ridicule – lorsqu’on sait quelle énorme responsabilité porte justement son pays dans la crise et le chaos qui perdurent en Libye depuis l’intervention de l’Otan de 2011. Une intervention dans laquelle la France de Sarkozy a joué d’ailleurs un rôle de premier plan.

Et que si l’Elysée souhaite réellement avoir un quelconque rôle positif dans le dossier libyen – qui malgré la mise en place d’un gouvernement de transition – est encore loin d’être réglé, peut-être qu’il faudrait commencer par faire un sincère mea-culpa pour la situation qui perdure dans ce pays depuis les conséquences de l’intervention otanesque.

Ces excuses doivent aller aussi bien à l’encontre du peuple libyen, mais également tous les autres peuples d’Afrique dont les pays ont connu une vive recrudescence de terrorisme – notamment dans la région du Sahel, dont l’une des principales raisons est justement le «résultat» de l’intervention en Libye. Notamment au Mali – où la présence militaire française date depuis déjà de longues années, au motif de «lutter contre le terrorisme», sans y obtenir de résultats réellement convaincants. La société civile malienne en sait quelque chose. D’où sa vive opposition à cette présence.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Nord Stream 2: la patience russe n’est pas éternelle

L’Allemagne encourt non seulement d’importantes pertes financières, mais également énergétiques et politiques, si le gazoduc Nord Stream 2 ne sera pas finalisé et mis en exploitation. C’est l’avis de nombre d’analystes, y compris européens.

Les pays de l’Union européenne, et surtout sa première économie en la qualité de l’Allemagne, se retrouvent de nouveau devant un choix stratégique: soit avoir accès à un approvisionnement énergétique fiable et à moindre coût, soit de nouveau céder aux pressions washingtoniennes qui cherchent à asseoir définitivement sur l’Europe bruxelloise leur mainmise non seulement géopolitique et militaire, mais également géoéconomique. La question actuelle à se poser est la suivante: est-ce que Washington prendra de nouveau le dessus sur la prétendue souveraineté européenne?

Pour le journaliste croate D. Marjanović, si Berlin allait à renoncer au gazoduc Nord Stream 2, la Russie le prendra comme un signal clair pour une réponse ferme. Toujours selon l’auteur, l’Allemagne est désormais confrontée à un choix difficile, et même impossible, à savoir comment faire en sorte de faire terminer les travaux et mettre en service Nord Stream 2 et parallèlement être en mesure de rétablir les relations avec les Etats-Unis, endommagées sous l’administration Trump.

Le journaliste croate dans son éditorial se pose également la question de savoir si l’Allemagne «n’essaie pas de s’asseoir sur deux chaises en même temps». En ajoutant que si Berlin pouvait choisir, il sera « le plus ardent des alliés des USA en public, tout en restant un partenaire loyal des Russes dans les coulisses ». Toujours selon lui, la Russie peut accepter une telle équation.

D. Marjanović ajoute également que sur l’exemple de la Turquie, l’Allemagne a compris que les Etats-Unis restaient implacables sur leurs positions, et que s’il fallait comparer le lien avec la Russie via le nouveau gazoduc dans le cas allemand avec l’acquisition de systèmes russes anti-missiles dans le cas turc, le premier étant un «péché» plus important.  

Evidemment et à ce sujet, il serait juste de rajouter ce que l’auteur croate n’a pas mentionné dans son article, à savoir que la politique de la Turquie reste incomparablement plus indépendante et souveraine, aussi bien dans ses relations avec la Russie que le reste du monde, que celle des élites européistes. Et cela se traduit aussi bien dans le dossier des S-400, que sur le plan énergétique également. Après tout, le gazoduc TurkStream, reliant la Russie à la Turquie par la mer Noire est lui bel et bien opérationnel, et ce depuis l’année dernière déjà.

D’autre part, et cela a été rappelé par le leadership russe, c’est que Washington et ses principaux alliés atlantistes veulent maintenir leur projet géopolitique réalisé en Ukraine grâce au budget russe. A savoir maintenir à tout prix le transit du gaz russe à destination de l’UE par le territoire ukrainien. En d’autres termes – maintenir la politique russophobe de Kiev depuis le coup d’Etat de 2014, en maintenant à flot l’économie ukrainienne non pas avec les fonds occidentaux, mais bel et bien avec les finances de Moscou.

Néanmoins, ce dont l’éditorialiste croate voit juste, c’est qu’en cas de non finalisation du gazoduc Nord Stream 2, la Russie ripostera, cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Et si cette option devra être activée, cette riposte sera multiple. Sur le plan financier, l’Allemagne devra compenser les importants investissements du projet. Mais ce ne sera pas tout – Moscou pourra également revoir ses approvisionnements énergétiques à destination de l’Europe bruxelloise, tout en sachant que si l’UE pouvait effectivement se passer des livraisons gazières russes – elle l’aurait fait depuis un bon moment. Mais elle ne le peut pas. Ainsi est la puissance énergétique de l’Etat russe.

L’auteur D. Marjanović se pose à juste titre la question: «Et si les Russes se fâchent et ferment les vannes? Qui fournira de l’énergie à l’Allemagne? Les Etats-Unis? Oui, certainement les USA «s’occuperont» de l’Europe de la même manière qu’ils l’ont fait par la mise à disposition du vaccin contre le coronavirus (il y a des données qui indiquent que l’UE n’a pas reçu les doses commandées, car les Etats-Unis ont payé les groupes pharmaceutiques une somme plus importante, et ce malgré le fait que des accords avec l’Union européenne pour ces livraisons étaient déjà signés».

En résumé, si l’auteur croate mentionne plusieurs faits à très juste titre, il n’empêche que la décision que l’Allemagne devra prendre quant à l’avenir du gazoduc Nord Stream 2 – n’est pas si compliquée que cela. Reste à savoir si le pragmatisme économique traditionnel des Allemands aura une chance à s’en sortir face à l’absence d’une souveraineté digne de ce nom. Mais si à la différence de la Turquie, la première économie de l’UE optera pour le renoncement audit projet, elle devra effectivement faire face aux conséquences financières, énergétiques, voire même économico-commerciales, sachant que le business allemand et européiste de façon générale reste toujours fortement implanté sur le marché russe. Et rien n’empêchera Moscou en cas de nécessité d’élargir ses contre-sanctions visant les intérêts occidentaux.

Mais il y a un point tout aussi important. Si les Européens céderont de nouveaux aux prérogatives washingtoniennes, alors l’UE n’aura qu’un rôle d’extrême nain sur l’arène internationale, dans le cadre du monde multipolaire. Après tout, peut-être que les élites européistes ne soient pas opposées à un tel avenir. Quant aux peuples concernés, ils pourront alors en juger de l’efficacité de leurs prétendus représentants.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Syrie: la plateforme d’Astana reprend ses travaux à Sotchi

La 15ème rencontre internationale du processus d’Astana sur la Syrie a repris ses travaux dans la ville russe de Sotchi. Malgré les critiques existantes dudit processus de la part de certains acteurs, notamment occidentaux – cette formule reste jusqu’à maintenant la plus efficace sur le plan d’actions concrètes pour la République arabe.

Le règlement politique en Syrie et le sort du Comité constitutionnel sont devenus les principaux sujets des premières négociations depuis plus d’un an dans le cadre du «format d’Astana», qui ont été déplacées du Kazakhstan dans la cité balnéaire russe de Sotchi en raison de la pandémie du Covid-19. Si jusqu’à présent, la mission principale de la plateforme d’Astana était de résoudre les questions sur le terrain, désormais les accents ont connu une certaine évolution.

Pour rappel, les pays garants de ces négociations entre le gouvernement syrien et les représentants de l’opposition dite modérée sont la Russie, l’Iran et la Turquie. Avec le Liban, l’Irak et la Jordanie qui participent aux travaux en qualité d’observateurs. La délégation onusienne participe également aux rencontres de la plateforme.

Avant le début de cette 15ème rencontre internationale du processus d’Astana, le représentant spécial du président russe pour la Syrie Aleksandre Lavrentiev a noté que les participants «comptent donner une certaine impulsion – non pas au travail du processus d’Astana en tant que tel, mais plutôt au processus de règlement syrien».

Si la situation sur le terrain a effectivement radicalement évolué au cours des dernières années – avec une reprise sous contrôle de la grande partie du territoire syrien par le gouvernement et la destruction des principales forces terroristes, les défis se maintiennent dans la République arabe, et ce pour plusieurs raisons. L’une d’elles étant la province d’Idlib, dont une partie échappe encore au contrôle du gouvernement. Mais plus que cela encore, ladite zone continue d’abriter un nombre assez important d’éléments terroristes, notamment affiliés à Al-Qaida (bien que leur affiliation ne soit plus aussi «officielle» qu’auparavant). A ce sujet, le principal problème pour Moscou reste la démarcation entre l’opposition armée syrienne modérée et ces groupes terroristes, présents côte à côte.

Les responsabilités sur cette démarcation et l’élimination à Idlib de ces éléments terroristes incombent justement à l’opposition armée syrienne représentée dans les pourparlers d’Astana, ainsi qu’à leur soutien turc. Il faut reconnaitre que jusqu’à maintenant pratiquement rien n’a été fait en ce sens et les dits éléments continuent de «cohabiter» dans la partie d’Idlib n’ayant pas encore été reprise par Damas.

Mais ce n’est pas tout. Les autres problèmes majeurs étant la présence étasunienne illégale sur le sol syrien, en alliance avec une partie des représentants kurdes. Ainsi que l’exploitation des gisements pétroliers dans cette zone par des compagnies US – là aussi en totale illégalité. Sans oublier la base étasunienne d’al-Tanf dans le sud du pays – une zone qui a connu une certaine activation récente des éléments de Daech.

Enfin les sanctions washingtoniennes à l’encontre de Damas continuent de fragiliser la situation humanitaire et le plein lancement de la reconstruction du pays. Bien que cela ne soit aucunement une surprise – l’objectif initial des USA en Syrie n’a jamais été la stabilisation du pays, mais bien la tentative (échouée) de faire tomber le gouvernement légal, y compris si cela devait se produire par une multiplication du chaos et du terrorisme – aussi bien en Syrie, que dans toute la région concernée.

La vision de Damas et de Moscou est également partagée par l’Iran, l’autre principal allié de la République arabe. D’ailleurs et dans le cadre des travaux à Sotchi, la délégation de la Syrie, présidée par Aymane Soussane, ministre adjoint des Affaires étrangères et des Expatriés, a tenu une réunion avec la délégation iranienne présidée par le haut assistant du ministre des Affaires étrangères pour les affaires politiques spéciales, Ali Asghar Khaji.

Les points de vue des deux parties étaient identiques quant à la nécessité de poursuivre l’action conjointe à tous les niveaux, notamment celui de la lutte contre le terrorisme – jusqu’à son élimination de tout le territoire syrien. Les deux responsables ont par ailleurs mis l’accent sur la responsabilité de la communauté internationale de mettre fin à la politique d’imposition des mesures coercitives unilatérales, suivie par certains pays occidentaux et qui visent les peuples, ainsi que sur la nécessité de ne pas politiser le dossier des aides humanitaires et ne pas permettre en même temps l’accès de ces aides aux réseaux terroristes. Les représentants syrien et iranien ont également insisté sur l’importance du respect des références de ce processus, notamment en ce qui concerne le refus de toute intervention étrangère ou la fixation des calendriers fabriqués.

Dans toute cette situation, une chose demeure certaine: la détermination de Damas, comme de Moscou et Téhéran de trouver des solutions pour la pleine relance de l’économie syrienne et la reconstruction du pays, ainsi que l’élimination des derniers éléments terroristes encore présents sur le sol syrien. Si la Turquie ne partage pas pleinement le même agenda et continue de retarder, entre autres, la résolution des problèmes dans la province d’Idlib, sa participation dans le processus d’Astana reste certainement justifiée. En ce sens en qualité de garants dudit processus, le trio Russie-Iran-Turquie a été jusqu’à présent indéniablement plus efficace que toutes les autres plateformes promues par les pays occidentaux et affiliés. Confirmant par la même occasion que l’interaction eurasienne reste sans aucun doute la meilleure des options dans la résolution de nombreuses crises régionales et internationales.

Pour ce qui est des USA et de leurs alliés occidentaux, il serait certainement juste de dire que leur rôle jusqu’à maintenant a été surtout d’entraver les processus en cours. Et ce pour deux raisons principales – la première étant l’échec du projet géopolitique initial de faire tomber le gouvernement officiel syrien. La seconde étant le fait d’avoir été écartés des questions majeures visant le règlement en Syrie. Mais malgré les obstacles mis sur le chemin des partisans de la multipolarité – les choses se poursuivent au détriment des nostalgiques de l’unipolarité révolue. Certes, plus longuement que cela aurait été possible. Mais il demeure peu probable que l’Occident politique puisse faire quoi que ce soit dans la défaite évidente subie dans le cadre du scénario si souhaité au départ par l’establishment occidental en terre syrienne.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Sanctions US contre la Turquie: uniquement pour les S-400?

Les Etats-Unis ont mis leurs menaces visant la Turquie à exécution. Cette annonce de sanctions visant Ankara pour l’acquisition du système russe de défense antimissile S-400 est-elle cependant la seule raison pour cette étape ultime de pression sur la Turquie? Rien n’est moins sûr.

Washington a effectivement annoncé des sanctions contre la Turquie pour son acquisition du système de défense aérienne russe S-400, interdisant tout nouveau permis d’exportation d’armes à l’agence gouvernementale turque en charge des achats d’armement. 

Du point de vue pratique, cela signifie que les USA interdisent désormais l’attribution de tout nouveau permis d’exportation d’armes à l’agence gouvernementale turque en charge des achats d’armement (SSB), et interdisent l’entrée sur le territoire étasunien à ses dirigeants, dont le chef du SSB – Ismail Demir. C’est ce qui a été annoncé par l’actuel chef de la diplomatie US Mike Pompeo.

«Les mesures prises signalent clairement que les Etats-Unis ne tolèreront pas de transactions significatives avec les secteurs russes de la défense et du renseignement», a précisé le secrétaire d’Etat étasunien.

Du point de vue des perspectives, il s’agit évidemment d’une première dans la relation entre alliés de l’Otan. Plus exactement – entre la première et la deuxième force en termes d’effectifs de l’organisation atlantiste.

La Turquie n’a de son côté pas manqué de réagir. Et une fois de plus – ne compte vraisemblablement pas reculer sur ledit dossier. A ce titre, Ismail Demir, visé par ces sanctions, a déclaré que son pays est déterminé à parvenir à une industrie de la défense totalement indépendante sous la direction du président Recep Tayyip Erdogan. 

«Aucune décision prise à l’étranger envers moi-même ou notre institution ne changera ma position ou celle de mon équipe», a déclaré Ismail Demir dans un tweet. En ajoutant que «les sanctions ne pourront en aucun cas entraver l’industrie de la défense turque».

Un son de cloche similaire du côté d’autres hauts responsables de la Turquie, que ce soit de la présidence, de sa diplomatie ou encore de ses parlementaires – issus aussi bien du parti au pouvoir, que de l’opposition. En d’autres termes – la souveraineté turque, et ce malgré l’appartenance otanesque, reste non-négociable pour son élite. Plusieurs de ses membres ont même appelé à l’accélération d’une pleine utilisation des S-400 par la Turquie.

Pour le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov – les sanctions étasuniennes visant la Turquie sur les S-400 n’ont pas été une surprise, il s’agit d’une énième manifestation d’une attitude arrogante envers le droit international, ainsi que des mesures tout simplement illégales. Une solidarité partagée par le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Djavad Zarif, qui a fermement condamné de son côté les sanctions US imposées à la Turquie, évoquant un «mépris du droit international». 

«Nous condamnons fermement les récentes sanctions américaines contre la Turquie et nous nous tenons aux côtés de son peuple et de son gouvernement», a publié dans un tweet le chef de la diplomatie iranienne.

Pour nombre d’experts, les actions étasuniennes à l’encontre d’Ankara ne feront certainement pas fléchir cette dernière. Néanmoins, il s’agit très certainement d’un signal pour d’autres clients potentiels de l’armement russe. Si des pays comme la Chine, l’Inde, l’Algérie, l’Iran, la Turquie, ainsi qu’un certain nombre de nations eurasiennes et latino-américaines, n’ont pas été impressionnés jusqu’à maintenant par la menace des dites sanctions, il n’empêche que des Etats entretenant des relations fortes avec Washington pourraient abandonner leur intérêt pour les systèmes russes sous la pression washingtonienne. Difficile pour les Etats-Unis d’assumer une concurrence loyale et digne face à une production compétitive, sophistiquée et avec un bien meilleur rapport qualité/prix. Ceci étant dit, cela ne pourra nuire de façon considérable aux intérêts de Moscou sur le marché international de l’armement.

Mais concernant la Turquie plus particulièrement, les actions hostiles des USA sont-elles dues uniquement au dossier des S-400? Rien n’est moins sûr. En effet, plusieurs raisons peuvent également avoir largement contribué à cette énième attaque à sanctions des Etats-Unis contre un pays souverain. Tout d’abord, l’establishment US n’aime pas avoir des partenaires qu’il doit traiter en égal. A ce titre, il préfère bien plus la relation de dictant à sous-traitant.

D’autre part, les actions turques des dernières années ont confirmé l’indépendance de sa politique extérieure aussi bien vis-à-vis de Washington, que du siège otanesque Bruxelles. Par ailleurs, l’hypocrisie occidentale est caractérisée également par une autre forte contradiction: Washington et nombre d’autres capitales occidentales parlent «d’actions déstabilisantes» de la Turquie dans divers régions du monde. Bizarre, ces condamnations étaient totalement absentes du langage des élites atlantistes lorsque la Turquie participait à la déstabilisation de la République arabe syrienne et de son gouvernement, de concert avec les Occidentaux. Notamment durant la première phase du conflit syrien.

Et là aussi ce n’est pas tout. La capacité d’Ankara de trouver des accords et des compromis dans des dossiers régionaux et internationaux, notamment avec Moscou et Téhéran, y compris en ayant des intérêts parfois divergents – le tout sans y inclure les puissances occidentales, et surtout les USA, semble confirmer la colère de l’élite US, et atlantiste de façon générale.

Si en Syrie, cela a été atteint avec le processus d’Astana, le dossier récent du Haut-Karabakh – où l’accord de paix a été négocié sans la participation de Washington et de Paris qui souhaitaient vivement être impliqués, peut avoir été la goutte de trop.

Le souci pour les élites étasuniennes, et plus généralement occidentalo-atlantistes, c’est que ces mécanismes du concept multipolaire du monde semblent désormais en phase active. Quant aux sanctions, elles ne pourront pas stopper la chute confirmée de l’unilatéralisme occidental. Mais tel un patient inguérissable – l’establishment occidental semble rejeter tous les traitements – par la même occasion accélérant sa propre chute.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Le comportement israélien et le silence de l’Occident

L’assassinat du scientifique iranien Mohsen Fakhrizadeh a connu la condamnation dudit acte terroriste non seulement par les autorités iraniennes, mais également de nombre d’autres acteurs internationaux. Du côté occidental, le manque d’actions visant à sanctionner le commanditaire probable de l’assassinat confirme une approche tolérante vis-à-vis d’un comportement voyou, ne datant pas d’hier.

Si plusieurs pays ont déjà vivement condamné l’assassinat terroriste commis dans un pays souverain, l’establishment occidental, plus particulièrement européen, n’est pas à sa première contradiction. En effet, les condamnations qui émanaient de Bruxelles et de nombre d’autres capitales européennes se sont fait timides, ce que d’ailleurs n’ont pas manqué de faire remarquer les hauts responsables iraniens. 

Téhéran affirme avec certitude quant à l’implication israélienne dans ledit assassinat, en coordination probable avec Washington. Bien que l’enquête suive encore son cours, il n’empêche que l’implication de Tel-Aviv serait effectivement la plus plausible. Mais vraisemblablement pas une raison suffisante pour l’establishment européiste de parler de sanctions éventuelles visant l’Etat sioniste. A la grande différence de l’approche bruxelloise utilisant la notion du highly likely sur d’autres sujets, bien souvent sans preuves formelles.

Le cas du prétendu empoisonnement de l’opposant russe Alexeï Navalny, se trouvant actuellement en Allemagne, en représente d’ailleurs un exemple flagrant. Il serait bon de rappeler que depuis le malaise qu’il a subi alors qu’il se trouvait sur un vol intérieur russe, ce sont bien les médecins locaux qui lui ont procuré les premiers soins – lui permettant de partir par la suite en Allemagne pour poursuivre son traitement, avec l’accord des autorités de Russie. Depuis cette histoire, et alors que rien ne menace désormais sa vie, les élites occidentales-européistes, dont Merkel et Macron, ne cessent de pointer du doigt l’implication «probable» du gouvernement russe dans ce prétendu empoisonnement, sans aucune preuve formelle. Et par la même occasion en accentuant la rhétorique quant à de nouvelles sanctions occidentales devant viser la Russie.

Approche tout de même assez paradoxale, sachant qu’un pays comme Israël poursuive en coordination avec son allié washingtonien la réalisation d’assassinats ciblés, aux méthodes purement terroristes, dans des pays souverains, le tout en violation flagrante du droit international. Un comportement voyou que les élites occidentales non seulement ne sont vraisemblablement pas prêtes à sanctionner, mais même à condamner d’une façon digne de ce nom.

Evidemment, la géopolitique joue clairement un rôle majeur dans cette contradiction. Si des puissances non-occidentales sont régulièrement pointées du doigt par le camp atlantiste pour des comportements prétendument «anormaux», notamment la Chine, la Russie, l’Iran, le Venezuela, ou la Turquie, les représentants de ce même camp «moralisateur» préfèrent fermer les yeux, voire simplement approuver les violations commises par leurs alliés, qu’ils soient israéliens ou saoudiens.

Dans cette optique, les meilleures réponses aux comportements voyous et à l’hypocrisie qui couvre ces comportements, seraient probablement non seulement les condamnations politico-diplomatiques, mais des ripostes fermes – allant de la mise en place d’instruments de sanctions pouvant frapper sensiblement les intérêts des adversaires à la multipolarité, de structures d’enquêtes internationales indépendantes de centres occidentaux, ainsi que des capacités techniques et d’analyse d’interaction en vue de contrer les menaces visant les nations souveraines.

Ces mécanismes seraient d’autant plus nécessaires car les élites atlantistes continueront, pratiquement sans aucun doute, à faire les aveugles et les muets dans les dossiers impliquant leurs principaux partenaires, et à poursuivre la rhétorique accusatoire et moralisante vis-à-vis des adversaires géopolitiques, avec comme base bien souvent la notion du highly likely.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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La zone de libre-échange africaine: l’Afrique en sera-t-elle gagnante?

Le projet de la zone de libre-échange continentale africaine semble aller dans la concrétisation. Nombre de questions quant à son application au niveau des pays du continent restent ouvertes et seront vraisemblablement une source de négociations supplémentaires. Le fait est que l’Afrique semble en effet suivre la voie d’une intégration continentale, propre au concept multipolaire.

Les chefs d’Etat de plusieurs dizaines de pays africains, réunis au cours des derniers jours en sommet extraordinaire, ont donné le feu vert pour le lancement de la zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), qui rentrera en vigueur dès le 1er janvier 2021. Evidemment nombre de questions pratiques restent encore en suspens, qui demanderont certainement une coordination supplémentaire entre pays concernés.

Selon Abdou Diop, président de la commission Afrique de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), cité par le journal économique marocain en ligne Médias 24, «jusque-là, la Zlecaf était un vœu. Mais à partir de ce sommet et de la ratification officielle par 34 chefs d’Etat (tous les pays du continent sont signataires, dont 34 ratificateurs, ndlr), l’accord peut entrer en vigueur. C’est une étape décisive qui a été franchie».

Bien que et toujours selon lui, plusieurs étapes doivent encore être réalisées. Notamment sur le plan procédural qui concerne la ratification complète au niveau des parlements des pays concernés – un point qui ne devrait pas connaitre de complication majeure. L’autre aspect concerne quant à lui le contenu de l’accord, plus particulièrement ses aspects techniques. Parmi les points qui connaitront certainement des discussions supplémentaires sont ceux liés au niveau de suppression des droits de douane, sachant que dans le cadre de l’accord sur la Zlecaf – les pays africains ont convenu de supprimer 90% des droits de douane sur une période de 5 à 15 ans, selon leur niveau de développement.

L’autre aspect important concerne quant à lui les règles d’origine. Plus exactement, le taux d’intégration de la production d’origine de pays africains du produit pour qu’il soit considéré comme étant apte à jouir de la zone de libre-échange. Un point qui nécessitera de trouver le juste milieu pour d’un côté promouvoir réellement une production africaine, de l’autre garder l’attractivité pour les investisseurs étrangers.

En termes de perspectives futures, les avis restent pour le moment partagés. Si pour certains experts, la Zlecaf représente une énorme chance pour l’Afrique d’accroitre les échanges intracontinentaux – qui restent faibles, surtout comparés à d’autres continents et régions du monde, le tout dans un cadre panafricain. Pour d’autres, ce sont principalement les grands groupes internationaux qui en seront les principaux bénéficiaires.

Mais peut-être que la réalité sur le court et moyen terme se trouve justement entre les deux « camps ». D’un côté, il est certain que dans un premier temps, les avantages d’une telle zone de libre-échange ne contribueront pas à tous de la même façon. En ce sens, ce sont les pays africains les plus industrialisés au niveau continental, possédant une infrastructure développée ou relativement développée, étant par la même occasion les plus attrayants en termes d’investissements directs étrangers (IDE), qui seront vraisemblablement plus avantagés dans la première phase de ce processus. A savoir l’Afrique du Sud, l’Egypte, l’Algérie, le Nigéria ou encore le Maroc. Mais ce qu’il faut certainement retenir, c’est qu’à terme les fruits d’une telle zone de libre-échange continentale devront être obtenus pour une bien plus large part de nations africaines.

Surtout si le taux de production africain augmentera progressivement. Pouvant permettre par la même occasion une augmentation considérable de transfert technologique et de savoir-faire – car il serait sans doute important de rappeler que la Zlecaf représentera un marché de plus d’un milliard de personnes.

En ce qui concerne la question si la concurrence extracontinentale augmentera lors de l’entrée en vigueur de la zone de libre-échange continentale africaine, la réponse est certainement oui. Il sera logique d’observer les multinationales occidentales tenter à tirer profit des avantages d’une telle large zone de libre-échange, en misant notamment sur les pays où ces multinationales sont bien établies. Mais il n’empêche qu’elles auront certainement à devoir faire face aux puissances non-occidentales – qui sont elles aussi de plus en plus actives sur le continent africain. En effet, des pays comme la Chine, l’Inde ou la Turquie ont déjà une présence industrielle réelle dans nombre de pays africains.

Restera évidemment à l’Afrique d’en être la principale gagnante. Et ce dans un cadre souverain et panafricaniste. Après tout, si dans le monde contemporain multipolaire, les espaces d’intégration régionaux et continentaux ne cessent de prendre de l’ampleur, notamment en Eurasie, Asie du Sud-Est ou en Amérique latine, et ce sans en demander l’avis des puissances occidentales, l’Afrique a toute la légitimité d’en tirer profit elle aussi. Et par la même occasion devenir un bloc puissant du monde multipolaire. Le chemin reste long mais peu de choses se sont faites du jour au lendemain.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Russie-Turquie ou le cauchemar d’Emmanuel Macron

Les récentes accusations du président français à destination de Moscou et Ankara quant à leur prétendue campagne antifrançaise en Afrique ont non seulement clairement démontré la mentalité entretenue par l’establishment élyséen vis-à-vis du continent africain, mais confirment également la peur que suscite la montée en force des puissances non-occidentales sur l’arène internationale.

Si ces récentes déclarations d’Emmanuel Macron ont effectivement eu le mérite de remettre au grand jour les véritables intentions de Paris vis-à-vis de l’Afrique et plus particulièrement de ses anciennes colonies africaines, bien que maquillées en belles paroles d’intentions positives, beaucoup d’observateurs se sont posés la question pourquoi le chef d’Etat français ait particulièrement insisté dans ses accusations sur certains dirigeants africains, ainsi que sur la Russie et la Turquie.

En ce qui concerne les chefs d’Etat africains visés par les déclarations macroniennes, la réponse peut déjà être donnée. Il s’agit très vraisemblablement de tous les leaders africains ayant choisi la voie de la souveraineté et du panafricanisme – deux modèles de développement pour l’Afrique qui déplaisent fortement à Paris, comme d’ailleurs à nombre d’autres capitales occidentales.

Mais dans le cas du «tandem» russo-turc, il faut analyser les événements des dernières années, ainsi que les récents, pour comprendre cet acharnement macronien contre Moscou et Ankara. Un acharnement qui s’est également traduit par d’autres paroles récentes – également attribuées à Macron – à savoir «qu’il faut trouver des mécanismes de contournement pour encercler la Russie et la Turquie». 

La réalité, c’est qu’aux yeux de l’élite occidentale atlantiste, le problème vraisemblablement majeur – c’est la capacité des leaderships russe et turc de pouvoir trouver des compromis conjoints, y compris dans des dossiers qui les opposent, et ce sans y inclure les puissances occidentales. En effet et pour rappel – le processus d’Astana sur la Syrie a eu le mérite sur la plateforme de la puissance eurasienne kazakhe de réunir les représentants du gouvernement syrien et de l’opposition plus ou moins modérée ayant un poids sur le terrain, le tout grâce aux efforts de trois pays: la Russie, l’Iran et la Turquie. Ce format avait provoqué la colère des Occidentaux pour deux raisons principales: la première étant le fait que ladite plateforme s’est avérée être la plus efficace dans le dossier syrien, la deuxième étant celle que les élites occidentales n’y avaient aucun rôle à jouer, si ce n’est d’observateurs.

Mais ce qui a certainement dû faire grandir la colère des forces pro-unipolaires et atlantistes, c’est le dossier tout récent du Haut-Karabakh. Washington, comme Paris, souhaitaient vraisemblablement deux choses. La première – pouvoir s’impliquer directement dans ce dossier et y jouer un rôle de premier plan, sans pour autant avoir de liens historiques et civilisationnels avec cette région. Tout en réduisant évidemment l’influence de Moscou et Ankara. La deuxième – contribuer aux tensions supplémentaires entre la Russie et la Turquie, afin de stopper l’interaction existante entre les deux nations eurasiennes.

Au final – ni l’une, ni l’autre, n’a pu aboutir. Confirmant ainsi la thèse que dans le monde contemporain – l’Occident politique ne représente plus et aucunement l’hégémon et le porte-parole de la communauté internationale qu’il prétend encore être. Et que des puissances internationales ou régionales comme la Chine, la Russie, la Turquie, l’Iran, l’Inde, l’Afrique du Sud, l’Algérie et d’autres – poursuivront une politique souveraine, conformément aux intérêts nationaux respectifs. Sans en demander l’avis aux capitales occidentales.

Mais ce qui est assez ridicule dans la rhétorique du président français, c’est qu’elle laisse à supposer qu’il puisse exister une coordination entre Moscou et Ankara dans la perte d’influence devenue évidente de la France en Afrique, plus particulièrement dans les pays francophones anciennement colonisés par Paris – au sein des autres l’influence est d’autant plus au point mort. Alors qu’en réalité, la Russie – comme la Turquie – mènent des politiques propres à eux-mêmes, conformément à leurs intérêts individuels et à ceux de leurs partenaires sur le continent africain. Par ailleurs, les désaccords russo-turcs sur nombre de dossiers n’ont pas disparu, mais la capacité réciproque à trouver des accords à mi-chemin des intérêts de chacun effectivement persiste, comme le rappelle d’ailleurs le quotidien allemand Der Tagesspiegel

Quant au fait même que Pékin, Moscou ou Ankara puissent avoir des intérêts en Afrique – à la grande colère des élites occidentales, dont élyséennes – il faudrait certainement leur rappeler que les relations internationales se basent sur un échange d’intérêts entre Etats souverains. Et que ces échanges, qu’ils soient d’ordre économique, sécuritaire ou politique – sont aussi ce que l’on appelle la concurrence, pure et simple. Après tout, Washington, Paris, Londres ou Berlin n’ont aucun mal à penser qu’ils ont leur mot à dire en direction de régions ne souhaitant par leur implication. Pourquoi se mettre donc en colère lorsque les puissances non-occidentales développent leur présence respective là où elle est désirée et accueillie positivement?

Quant à la prétendue interaction russo-turque en Afrique, il ne reste plus qu’à imaginer quel en serait le résultat si c’était effectivement le cas… A méditer. En ce qui concerne le cas du président français – après avoir récemment mis fortement en colère une très large partie du monde musulman, désormais il devra répondre aux innombrables questions d’Africains qui après ses récentes déclarations posent une question simple : quand est-ce que Paris commencera réellement par respecter l’Afrique et les Africains? Notamment leur souveraineté, leur capacité analytique et le choix de leurs partenaires internationaux.

Mikhail Gamandiy-Egorov

https://t.me/observateur_continental/600