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Quand la diplomatie occidentale se plaint de l’isolement

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Le monde multipolaire est ouvert à tous. Cela a été rappelé maintes fois par ses partisans. Néanmoins, plus les supporters de l’ordre unipolaire dépassé refuseront la réalité, plus ils finiront par se plaindre de se retrouver isolés des principales décisions internationales.

Voici un tout récent communiqué de la diplomatie allemande  : «  Le fait que la Russie, l’Iran et la Turquie coordonnent leurs activités, notamment dans le cadre des pourparlers d’Astana, sans inviter l’Europe, la coalition internationale anti-Daech et les États-Unis, ne peut que provoquer notre inquiétude. Selon nous, c’est seulement en joignant nos efforts que l’on peut arriver à une solution dans la crise syrienne.  »

Vraiment  ? Le leadership occidental, en l’occurrence ici ouest-européen, commence-t-il à se plaindre d’isolement  ? Les mêmes qui aiment tellement menacer les nations non-obéissantes de se retrouver «  isolées  »  ? Une chose est néanmoins certaine  : ce communiqué confirme la justesse de l’approche d’Astana. En effet, les trois pays cités plus haut, ainsi que la Syrie (puisque c’est d’elle qu’il s’agit en premier lieu), sans oublier le Kazakhstan, qui a fourni ladite plateforme de travail, ont prouvé en quelques mois qu’il était possible d’obtenir des résultats tout à fait encourageants, sans pour autant inviter les élites occidentales, si ce n’est en tant qu’observateurs.

La preuve saute aux yeux  : en quelques mois de pourparlers à Astana, certes difficiles, les résultats obtenus sont bien meilleurs que ceux de Genève et d’autres plateformes montées par l’Occident et les pays du Golfe depuis plusieurs années, plateformes où se croisent inlassablement des représentants étasuniens, britanniques, français, saoudiens, qataris, ainsi que leurs «  protégés  syriens  », qui n’ont aucune valeur réelle dans leur propre pays.

La raison  ? Elle est simple. Les élites occidentales et du Golfe n’ont pas autre objectif que de tenter par tous les moyens de faire tomber les autorités légitimes de Syrie, ou à défaut de réussir la première option, de maintenir et de faire perdurer le chaos. C’est tout.

C’est pourquoi la plateforme d’Astana doit certainement poursuivre son travail dans le format choisi initialement  : délégation gouvernementale syrienne, représentants des groupes armés soutenus par la Turquie, les pays-garants (Russie, Iran, Turquie), et bien évidemment le Kazakhstan en tant que pays hôte. Le fait d’avoir permis aux représentants étasuniens et jordaniens d’assister aux pourparlers en tant qu’observateurs est sans aucun doute un beau geste. L’Égypte est également mentionnée en tant que grande puissance du monde arabe. Mais afin d’éviter justement de plonger Astana dans le même chaos que les plateformes des pseudo — «  amis de la Syrie  », il faut certainement s’en tenir à ce qu’on a déjà.

Pour autant, la Russie tout comme l’Iran, a bien indiqué que la porte restait ouverte, à condition évidemment de contribuer à des approches cohérentes en vue de stabiliser la situation et pouvoir contribuer à un retour progressif de la paix en territoire syrien. Les élites occidentales et certains de leurs amis du Golfe ont en-ils été capables jusqu’à maintenant  ? Réponse  : non. Aucune raison donc d’élargir le format. Certains diront que la Turquie, l’un des pays garants des accords d’Astana, joue également un jeu trouble. C’est en partie vrai. Mais la Turquie se rapproche de la Russie et elle comprend enfin que tant que la crise perdurera en Syrie, cela touchera directement sa sécurité. En conséquence, Ankara finit par jouer un rôle réellement plus positif que dans le passé, tout en gardant, malheureusement, encore une approche anti-Assad.

Quoi qu’il en soit, la toute récente rencontre des experts russes, iraniens et turcs à Téhéran en vue de préparer la prochaine rencontre d’Astana au mois de mai a été selon les diplomates des trois pays fortement positive. Le travail doit donc se poursuivre dans ce cadre, tout en continuant évidemment la lutte anti-terroriste. Quant aux élites occidentales qui se sentent «  rejetées  », la seule solution aurait été de se ressaisir, en reconnaissant la multipolarité comme faisant désormais partie intégrante des relations internationales. Mais les connaissant, ils auront encore besoin de temps. Peut-être même de beaucoup de temps. Au risque de finir réellement isolés et d’accepter réalité du moment lorsqu’il sera déjà un peu tard.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201704211031011888-diplomatie-isolement/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Sommet de Kazan, prochain point d’orgue des relations Russie-Monde musulman

Kazan

La Russie entretient des liens privilégiés avec le monde musulman, une situation due aussi bien aux relations harmonieuses entre chrétiens et musulmans dans le pays qu’aux rapports équilibrés que Moscou entretient avec nombre de pays à majorité musulmane.

Un état de fait qui devrait se traduire lors du prochain sommet Russie-Monde musulman de Kazan.

La superbe ville de Kazan, capitale de la République du Tatarstan et troisième capitale officielle de Russie (après Moscou et Saint-Pétersbourg), accueillera du 18 au 21 mai prochain un important sommet économique international: « Russie-Monde musulman ». Plus de 2 000 visiteurs venant de 50 pays y sont attendus.

Le sommet est organisé avec le soutien du Conseil de la Fédération de Russie (chambre haute du Parlement russe) et des autorités de la République du Tatarstan. Le but dudit sommet est de renforcer les liens économico-commerciaux, scientifico-techniques et culturels entre la Russie et les pays membres de l’Organisation de la coopération islamique (OCI). Plus de 1 500 personnes ont participé au sommet de 2016: des représentants de l’élite politique, économique, diplomatique, scientifique de 51 pays du monde musulman.

Cette année, plusieurs représentants gouvernementaux ont confirmé leur participation, notamment de Turquie, de Tunisie ou encore des Émirats arabes unis. La classe politique russe sera également bien représentée à ce sommet. Qu’est-ce qui les attire tous à ce sommet?

Rappelons tout d’abord que la Russie, bien qu’étant un pays majoritairement chrétien, est aussi le pays d’un grand nombre de musulmans — des citoyens russes à part entière. Sur une population totale d’un peu plus de 146 millions d’habitants, 14,5 millions se revendiquent de l’islam, soit 10 % de la population totale. Soulignons que nous parlons bien de citoyens russes musulmans et non de migrants en provenance de pays à majorité musulmane, lesquels sont par ailleurs nombreux, notamment en provenance des anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale.

L’expérience russe est effectivement unique en ce sens, car chrétiens et musulmans russes vivent en harmonie depuis de longs siècles. Et malgré les défis liés au terrorisme et à l’extrémisme religieux que traverse aujourd’hui le monde — Russie y compris —, c’est un fait reconnu qu’en Russie il n’y a pas de tensions majeures entre les représentants des différentes confessions religieuses. Au contraire, l’écrasante majorité des musulmans de Russie, qu’ils soient Tatars, Tchétchènes, Ingouches, Bachkirs ou autres, revendiquent haut et fort leur appartenance à l’État russe, et leurs sentiments patriotiques n’ont rien à envier à ceux des autres citoyens du pays.

Une expérience caractéristique de la Russie et de certains pays d’ex-URSS, notamment d’Asie centrale à majorité musulmane, qui a perduré depuis la période impériale jusqu’à ce jour. Elle a également permis de bâtir une relation de confiance avec plusieurs États musulmans non issus de l’Empire russe ou de l’ex-URSS, qu’il s’agisse de l’Iran, de la Turquie ou de plusieurs États dans le monde arabe.

Si les relations russo-iraniennes datent de plusieurs siècles, évoquons l’alliance avec la Syrie, vieille de plusieurs décennies ou les relations avec l’Égypte, le principal partenaire économico-commercial de la Russie dans le monde arabe. Moscou entretient par ailleurs des relations suivies avec les pays du Maghreb — Algérie, Maroc et Tunisie — et cultive un partenariat stratégique avec la Turquie, dont la population fait majoritairement plus confiance à la Russie qu’à « l’allié » étasunien, à en croire un récent sondage Gallup. Une confiance qui fait fi des nombreuses guerres russo-turques dans l’histoire et de l’appartenance d’Ankara à l’OTAN, une organisation à priori anti-russe, ou encore malgré plusieurs désaccords évidents, toujours d’actualité, notamment sur la situation en Syrie.

Et c’est loin d’être une exception. Une chose saute aux yeux: les populations musulmanes, notamment arabes, font généralement bien plus confiance à la Russie qu’à l’Occident, ce qui n’est pas forcément le cas de leurs élites politiques. Et d’après certains de mes collègues, russes et étrangers, vivant et travaillant dans certains pays arabes dont les leaders sont des alliés déclarés des États-Unis et du bloc occidental, les sentiments de la population sont bien souvent à l’opposé. C’est un signe avant-coureur.

Est-ce si étonnant? Pas tant que cela. Car malgré toute la propagande russophobe propagée par le mainstream, les populations en question ont maintes fois pu analyser qui avaient le plus de respect envers leurs souverainetés nationales, mais aussi envers la souveraineté sur leurs ressources. Et dans ces deux cas, pas besoin d’être un expert en géopolitique ou en géoéconomie pour y voir clair.

Une chose est certaine. La présence américaine, et plus globalement occidentale, est de plus en plus contestée dans le monde musulman, notamment au Proche et au Moyen-Orient. La vive inquiétude et même l’hystérie qui caractérisent aujourd’hui les élites politiques, financières et médiatiques occidentales sont entre autres dues à cela. Elles savent que plus le temps passe et plus de pays, y compris leurs proches « alliés », leur montreront la porte. C’est une question de temps. D’ici là, la Russie ne se presse pas. Elle attend. Tout en défendant avec ardeur ses alliés et ses partenaires stratégiques, de même que ses intérêts — chaque pays en possède. Le tout dans un cadre une fois encore multipolaire.

Et c’est pourquoi le Sommet Russie-Monde musulman 2017 de Kazan sera sans aucun doute un succès, peut-être sans précédent.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201704181030958268-kazan-sommet-relations/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Et si Damas reprenait Raqqa?

Raqqa, fief de Daech

Bachar al-Assad a annoncé que la libération de la ville de Raqqa serait désormais le prochain objectif prioritaire de l’armée syrienne. Elle poursuivra en parallèle la libération d’autres villes et localités de Syrie.

« Après Alep et Palmyre, Raqqa est notre nouvel objectif. À ce jour, nous sommes proches de Raqqa. Nos forces ont atteint l’Euphrate (pour la première fois depuis quatre ans, ndlr) qui est très proche de Raqqa, fief de Daech. Pour autant, cela ne signifie pas que les autres villes ne sont pas prioritaires, cela pourrait se dérouler parallèlement », a déclaré Bachar al-Assad lors d’une interview accordée à la chaîne hongkongaise Phoenix.

Parlons perspectives. Du point de vue stratégique, Raqqa représente peu. C’est une relativement petite ville dans un milieu désertique. Rien à avoir avec Alep, grande mégalopole et capitale économique de l’État syrien, ou encore Palmyre, la « Perle du désert », qui tout en étant peu peuplée, était et reste un grand symbole culturel pour la Syrie et pour toute l’humanité. Raqqa, elle, n’a de symbolique que son statut de « fief » de Daech, selon les déclarations mêmes du président Assad il y a quelques mois. Néanmoins, et au moment où les É.-U. et leurs alliés s’activent pour tenter de remporter au moins une victoire digne de ce nom sur le théâtre syrien, Damas démontre qu’elle est amplement en mesure de libérer cette ville elle-même, avec l’aide de ses alliés, à l’instar d’autres parties du territoire.

Pour rappel, le gouvernement syrien contrôle les cinq plus grandes villes du pays: Damas, Alep, Homs, Lattaquié, Hama. D’autre part, et cela est tout aussi important, entre 70 et 80 % de la population de Syrie se trouve dans des territoires sous contrôle gouvernemental. Chiffres hautement symboliques lorsqu’on se souvient comment le mainstream médiatique et les élites politiques occidentales ont répété sur tous les tons que les civils fuyaient massivement « les troupes du régime »…

D’ailleurs, quelle sera la réaction du mainstream et des élites politiques face à une éventuelle reprise de la « capitale » de Daech par les forces gouvernementales? Réponse: très probablement la même que celle lors de la libération d’Alep et de Palmyre, à savoir révolte ou au moins une simple déception. Quoi qu’il en soit, cette hypocrisie ne stoppera pas le gouvernement syrien dans la poursuite de la libération du territoire du pays de la présence terroriste. La déclaration d’Assad n’a fait que le confirmer.

Mieux que cela, le leader syrien pense que le conflit qui déchire son pays depuis maintenant six ans pourrait être entièrement résolu cette année, tout en ajoutant que les forces étrangères présentes en Syrie sans invitation compliquent la situation. Par ces propos, il viserait clairement en premier lieu les É.-U., principaux instigateurs du chaos orchestré dans son pays, comme dans la région en général. La présence turque est également contestée, mais plus ou moins tolérée, car elle est coordonnée avec la Russie. Or, la Turquie continue de se rapprocher de la Russie à différents niveaux, la toute récente visite d’Erdogan à Moscou l’a bien confirmé. En Syrie, les deux capitales coordonnent leurs efforts diplomatiques avec le processus d’Astana et militaires en opérant des frappes conjointes contre Daech dans le nord de la Syrie, qui ont abouti à la libération d’Al-Bab. Dans ce contexte, il est raisonnable de penser que la présence de la Turquie en Syrie ne sera pas permanente, ni même un problème insurmontable.

Une fois encore, le problème majeur reste bien la politique étasunienne dans la région, celle qui consiste à diviser pour mieux régner, ou du moins pour mieux semer le chaos — l’élite US en est la championne absolue. Mais lorsqu’il s’agit d’en réparer les conséquences, le plus souvent catastrophiques, les É.-U. et ses « alliés » ouest-européens sont presque toujours aux abonnés absents. Simple constat de la réalité.

Dernier point. L’armée syrienne reste en effet sur l’offensive, avec plusieurs objectifs stratégiques en vue: rompre l’encerclement des troupes d’élite syriennes à Deir ez-Zor et nettoyer la zone, avancer sur Raqqa, le fief de Daech, sans oublier évidemment Idlib, le fief de l’autre groupe takfiriste Hayat Tahrir al-Cham (ex al-Nosra et Fatah al-Cham, la filiale d’Al-Qaida en Syrie). Des efforts militaires qui s’ajoutent donc aux efforts diplomatiques d’Astana, lesquels reprendront dans les prochains jours, pour avancer vers la fin du conflit syrien, qui a été imposé par le néocolonialisme occidental s’appuyant une fois encore sur des extrémistes déclarés.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201703141030451295-syrie-raqqa-liveration-objectif/

Mikhail Gamandiy-Egorov

La normalisation turco-syrienne désormais envisageable

Drapeau de Syrie

La méfiance est encore vive entre les pouvoirs syrien et turc, qui continuent à se critiquer mutuellement. Néanmoins, les premiers petits pas vers une future normalisation des relations ont bel et bien commencé. Il y a encore incontestablement du chemin à faire, mais les jalons sont posés.

Évidemment, la normalisation entre Damas et Ankara va prendre encore du temps, mais certains signes de détente entre les deux pays ne trompent pas. À commencer par le tout récent crash de l’avion  MiG-21 de l’armée syrienne, abattu par les terroristes salafistes d’Ahrar al-Sham, dont le pilote a réussi à s’éjecter et s’est posé en territoire turc, dans la province de Hatay. Les sauveteurs turcs se sont rapidement rendus sur les lieux et ont secouru le pilote, qui a été transféré dans un hôpital turc pour être soigné. Il sera vraisemblablement remis à la Syrie dans les prochains jours.

Mais ce n’est pas tout. On sait que le gouvernement syrien critique ardemment la présence turque au nord de la Syrie dans le cadre de l’opération Bouclier de l’Euphrate. Au début de l’opération, Damas avait clairement indiqué qu’elle portait atteinte à la souveraineté syrienne. Mais depuis, la tension a diminué entre les deux capitales.

Avec l’accord de Damas, les aviations russe et turque mènent des frappes conjointes contre les terroristes de Daech dans le nord de la Syrie. Une coordination qui a beaucoup contribué à la libération récente de la ville d’Al-Bab, dernier fief de l’EI dans cette partie de la Syrie, par les troupes turques. Après avoir chassé Daech de cette ville, le président turc a indiqué que sa prochaine «  cible  » sera la ville de Manbij, à moins que les forces kurdes qui la contrôlent ne s’en retirent. Et c’est là justement que le plus intéressant commence.

Les États-Unis, qui collaborent activement avec certains représentants des forces kurdes, ont de fait ignoré les demandes turques en ce sens. Coup de théâtre, un accord vient d’être annoncé avec la médiation de Moscou, qui prévoit que cette zone, dont Manbij, jusqu’ici tenue par les forces d’autodéfense kurdes sera désormais défendue par l’armée syrienne.

La réaction d’Ankara ne laisse pas de surprendre. En effet, le Premier ministre turc, Binali Yildirim, a déclaré  : «  Nous ne considérons pas le fait que les forces du régime syrien rentrent à Manbij en ce moment et que les unités d’autodéfense kurdes quittent la ville, soit une évolution négative. La terre syrienne doit appartenir aux Syriens  ». Il a en outre indiqué que Manbij représente «  la clé pour résoudre le conflit syrien  ».
Certainement la clé du point de vue d’Ankara, qui n’a jamais caché que son opération dans le nord de la Syrie vise aussi bien Daech que les forces kurdes du YPG, que le gouvernement turc considère être associé au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qualifié de terroriste en Turquie. Quoi qu’il en soit, cette déclaration confirme le consensus qui se dessine en Syrie et dans lequel la Russie semble jouer un rôle de premier plan.

En effet faut-il rappeler que dans le triangle Syrie-Russie-Turquie, Moscou partage des relations d’alliance avec Damas et de partenariat stratégique avec Ankara  ? Un partenariat stratégique qui se traduit par une collaboration de haut niveau dans la sphère économico-commerciale, mais depuis la normalisation annoncée en août dernier entre la Russie et la Turquie, également une coordination au niveau politique.

Il ne faut évidemment pas croire que la normalisation Damas-Ankara aura lieu du jour au lendemain. Mais les tout derniers développements montrent que quand les puissances multipolaires agissent avec un esprit de responsabilité, la détente, voire la réconciliation entre pays antagonistes est possible. Et dans le cas des relations Syrie-Turquie, une normalisation devient effectivement envisageable dans un futur pas si lointain. Cela ne pourra qu’être fortement positif, aussi bien pour les citoyens des deux pays que pour cette région en général.

P.S. Recep Erdogan est attendu avec une importante délégation turque le 9 et 10  mars prochain en Russie (sa deuxième visite officielle en une demi-année), dans le cadre de la réunion du Conseil de coopération de haut niveau Russie-Turquie. La poursuite de la coordination dans la lutte antiterroriste en Syrie sera également discutée.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201703061030349665-normalisation-turco-syrienne/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Quand les relations russo-turques déjouent les pronostics

Quand les relations russo-turques déjouent les pronostics

Certains avaient annoncé que les relations russo-turques auraient du mal à se remettre de la crise de novembre-décembre 2015, prédisant même, un gel des relations entre les deux pays de plusieurs années. Pourtant, six mois plus tard, leurs relations économiques et diplomatiques sont à nouveau excellentes.

Déception pour certains, joie pour d’autres, les relations turco-russes reviennent au beau fixe après une crise de près de six mois. La normalisation annoncée par les présidents Poutine et Erdogan lors de leur rencontre à Saint-Pétersbourg en août dernier, après que la Turquie a présenté officiellement ses excuses pour avoir abattu un chasseur russe Su-24, semble désormais repasser au stade supérieur, celui du partenariat stratégique.

La Russie n’a pas encore levé toutes les mesures d’embargo vis-à-vis de la Turquie, mais la plupart des responsables et experts, russes comme turcs, s’accordent à dire que ce n’est qu’une question de temps. Pour rappel, la Russie a déjà levé depuis plusieurs mois les restrictions sur les vols charters touristiques à destination de la Turquie, ce qui a immédiatement redonné le sourire aux hôteliers turcs, qui faisaient face à une grave crise depuis la détérioration des relations entre les deux pays. Désormais, la Turquie refait partie des destinations favorites des touristes russes et les Turcs viennent d’annoncer qu’ils étaient prêts à recevoir près de 5 millions de touristes en provenance de Russie en 2017, tout en leur proposant des conditions très attractives.

Pour rappel, ils étaient plus de quatre millions de Russes à avoir visité la Turquie, aussi bien en 2014 qu’en 2015, plaçant les russes à la deuxième place en termes de nombre de touristes juste derrière les Allemands, mais à la première place pour les dépenses: les Russes sont en effet trois fois plus prodigues que les touristes allemands. Aux dernières nouvelles, le taux de réservation actuel de voyages à destination de la Turquie par les touristes russes est 4 à 5 fois supérieur qu’à la même période de l’année dernière (au pic de la crise des relations bilatérales). La Turquie, sixième destination touristique mondiale, redeviendra donc vraisemblablement la destination étrangère principale pour les vacanciers russes, avec en prime le meilleur rapport qualité/prix.

L’autre secteur fort important pour les turcs est celui du BTP. Les entreprises turques, dont plusieurs font partie des meilleures au niveau mondial, attendent la levée totale des restrictions pour relancer de nouveaux projets sur le sol russe. Il faut se souvenir que la Russie était de loin le principal débouché des entreprises turques, qui en étaient de plus les leaders absolus avec près de 20 % de parts de marché. Les principaux acteurs du secteur avaient conservé leurs contrats signés avant la crise, mais ne pouvaient prétendre à obtenir de nouveaux marchés à cause des sanctions prises par le gouvernement russe. Des restrictions qui vraisemblablement ne devraient plus durer très longtemps.

L’agroalimentaire, autre source importante de revenus pour la balance commerciale turque, attend lui aussi une envolée. Depuis quelques mois, la Russie a levé l’embargo sur un certain nombre de fruits et légumes turcs, mais plusieurs autres, dont les tomates, restent toujours interdits d’entrée. Là aussi, on s’attend à une amélioration, tout en sachant que le gouvernement russe a annoncé devoir tenir compte des intérêts des producteurs nationaux, qui ont profité de la crise pour accroître leur présence sur ce marché. Néanmoins, tout porte à croire que l’embellie entre les deux pays permettra à la Turquie de reprendre des parts de marché dans des secteurs où elle était précédemment bien placée. Une situation qui contraste avec celle des exportateurs de l’UE qui, vraisemblablement, ont perdu leurs positions pour longtemps.

D’un autre côté, la Russie prévoit également de renforcer ses positions sur le marché turc, qui est majeur pour elle dans plusieurs domaines. En effet, la Turquie est le second marché étranger pour le gaz russe. Lukoil, le géant pétrolier russe, y possède aussi d’importants intérêts, notamment plusieurs centaines de stations essence. En outre, Sberbank, la principale banque russe, détient DenizBank, qui fait partie du Top 5 des principales institutions bancaires turques.

Enfin, les deux pays ont relancé deux autres projets stratégiques: il s’agit bien évidemment du projet de gazoduc TurkStream, qui va acheminer le gaz russe en Turquie à travers la mer Noire, ainsi que de la centrale nucléaire d’Akkuyu, sur les bords de la mer Méditerranée, dans la province de Mersin. Dans le cas du gazoduc TurkStream, les travaux devraient débuter cette année, avec entre autres pour objectif de cesser le transit gazier via l’Ukraine d’ici 2019. Quant à la centrale nucléaire d’Akkuyu, le premier bloc devrait être opérationnel d’ici 2020, pour une centrale pleinement opérationnelle en 2023. Le projet sera réalisé par l’Agence fédérale russe de l’énergie atomique (Rosatom).

Il convient aussi de souligner qu’en plus de la réactivation du partenariat stratégique dans la sphère économico-commerciale, avec pour objectif annoncé des deux côtés d’arriver à 100 milliards de dollars d’échanges annuels à l’horizon 2020-2023, on assiste en ce moment même à un dialogue politique sans précédent. En effet, jamais la Russie et la Turquie n’ont autant coordonné leurs positions pour tenter de résoudre les problèmes régionaux, comme c’est actuellement le cas dans le dossier syrien. Peu de gens auraient cru que la Russie et la Turquie, qui ont depuis plusieurs années adopté des approches très différentes vis-à-vis du conflit syrien, auraient pu mettre ensemble en place une trêve, qui est globalement respectée dans le pays. Une trêve qui ne concerne pas les groupes terroristes de Daech, d’Al-Qaida et tous ceux qui ont refusé de se joindre audit cessez-le-feu.

Mieux encore, un mécanisme tripartite de contrôle du cessez-le-feu doit désormais être mis en place sous la houlette des trois pays garants de cet accord: la Russie, la Turquie et l’Iran. Enfin, qui aurait aussi pu imaginer que la Russie et la Turquie (qui est encore membre de l’Otan) iraient jusqu’à mener des opérations militaires conjointes? C’est pourtant le cas des aviations russes et turques qui mènent actuellement des raids contre les positions de Daech dans le nord de la Syrie. Le meilleur est probablement à venir, et ce malgré l’opposition d’acteurs extérieurs hostiles au rapprochement russo-turc.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201701311029870203-russie-turquie-relations/

Mikhail Gamandiy-Egorov

«L’année écoulée s’inscrit dans une phase de transition, entre deux états du monde»

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Ex-haut fonctionnaire, Bruno Guigue est un analyste politique français, enseignant en relations internationales à l’Université de La Réunion et chroniqueur en politique internationale.

Sputnik : L’année 2016 est terminée. Pour beaucoup, elle a été associée aux tensions montantes entre la Russie et les États-Unis, et plus globalement entre la Russie et l’Occident politique. Quelles sont les principales analyses que vous feriez de l’année passée?

Bruno Guigue : L’année écoulée s’inscrit dans une phase de transition, extrêmement critique, entre deux états du monde. La roue tourne, et le neuf chasse l’ancien. Les USA sont encore la première puissance économique mondiale, mais la Chine est en passe de les détrôner. La situation sociale aux États-Unis est désastreuse. La violence y est omniprésente. Les USA sont un pays riche, mais ses habitants sont pauvres. 15 % des Américains dépendent de l’aide alimentaire, et le taux d’endettement des ménages est vertigineux.

L’élection de Donald Trump, en réalité, est le symptôme d’un profond malaise. À l’intérieur comme à l’extérieur de leurs frontières, les États-Unis ressemblent à un colosse aux pieds d’argile. En encerclant la Russie, en la diabolisant, les dirigeants américains renouent avec les pratiques de la guerre froide, mais cette agitation belliciste est un aveu de faiblesse. Si Washington provoque Moscou en mobilisant son armada, c’est pour tenter de conjurer, de manière pathétique, un déclin irréversible. Les USA sont une superpuissance chancelante qui joue au matamore parce qu’elle sait que ses jours sont comptés.

Sputnik : Cette opposition russo-étasunienne s’est traduite par une différence d’approche évidente en Syrie, qui restait largement à la Une de l’actualité. Quelles leçons en tirez-vous?

Bruno Guigue : Sur le théâtre syrien, il y a une énorme différence entre Moscou et Washington. Les Russes font ce qu’ils disent et ils disent ce qu’ils font. Les Américains ne font pas ce qu’ils disent et ils ne disent pas ce qu’ils font. La Russie intervient en Syrie à la demande expresse d’un État souverain qui est son allié historique dans la région. Elle combat la pègre mercenaire qui tente d’abattre cet État sur mandat des puissances occidentales et des pétromonarchies du Golfe. Avec 5 000 soldats et 70 avions, elle a aidé le gouvernement syrien à libérer la deuxième ville du pays et à restaurer sa souveraineté, peu à peu, sur une part croissante du territoire national.

De leur côté, les USA prétendent livrer bataille aux organisations terroristes, mais en réalité ils les utilisent contre Damas. Ils accréditent une distinction entre des rebelles « extrémistes » et « modérés » qui n’existe que sur le papier, et ils en fournissent eux-mêmes la preuve en les soutenant sans distinction! Chaque fois que Daech attaque les forces gouvernementales syriennes, par exemple, les avions de la coalition restent cloués au sol. Contrairement à l’intervention russe, l’intervention américaine est illégale en droit international et elle favorise les terroristes en prétendant les combattre.

Sputnik : La récente coordination des approches entre la Russie et l’Iran, principaux soutiens du gouvernement syrien, avec la Turquie — qui a longtemps gardé une approche ouvertement anti-Assad — le tout en vue de contribuer ensemble à la résolution du conflit syrien, a montré qu’il était possible d’atteindre des résultats prometteurs, sans pour autant y inclure les représentants US et plus généralement les élites occidentales. Partagez-vous cet avis? Est-ce, selon vous, un signe que cette région du Proche et du Moyen-Orient devrait élargir ce genre d’initiative à l’instar de celle entre la Russie, l’Iran et la Turquie?

Bruno Guigue : La coopération diplomatique entre la Russie, l’Iran et la Turquie en vue de mettre fin au conflit syrien est une gifle monumentale pour Washington et ses satellites. Les États-Unis sont éjectés comme des malpropres d’une scène syrienne où ils ont additionné les « false flags » et les coups tordus. Pour la première fois, une négociation sur un conflit majeur est engagée sans Washington, qui doit se résoudre à faire tapisserie pendant que Moscou mène la danse. L’avenir dira si les négociations inter-syriennes sous ce triple parrainage aboutiront à une solution négociée. Mais en attendant, les Occidentaux sont condamnés à approuver en public un processus qui les destitue de leur prééminence sur la scène internationale.

Les pourparlers qui auront lieu à Astana, capitale du Kazakhstan, symbolisent le basculement du monde vers de nouveaux pôles de puissance. Toutes proportions gardées, c’est un événement comparable à la conférence de Bandoeng, qui marqua en 1955 l’émergence d’un « tiers-monde » assoiffé d’indépendance et résolument non-aligné. Les puissances occidentales ayant démontré leur capacité de nuisance au Moyen-Orient, toute initiative consistant à se passer de leurs services est un exemple à suivre si l’on veut tuer dans l’œuf l’ingérence néo-coloniale et permettre aux puissances régionales de régler elles-mêmes leurs propres affaires.

Sputnik : Une nouvelle administration, celle du président élu Donald Trump, prendra officiellement sous très peu le pouvoir aux États-Unis. Certains partagent un optimisme important au vu de certaines déclarations de M. Trump qui laissaient supposer une éventuelle normalisation des relations avec la Russie. D’un autre côté, sa rhétorique anti-chinoise, anti-iranienne et notamment anti-cubaine, des pays ayant des relations fortes avec la Russie, laissent supposer la poursuite de la confrontation. D’autant plus qu’au vu des déclarations récentes de certains représentants de son équipe, les risques d’une poursuite des tensions avec la Russie restent également d’actualité. Quel est votre avis sur la question?

Bruno Guigue : Personne ne sachant lire dans le marc de café, il est impossible de dire ce que sera la politique étrangère de Donald Trump. La composition de son équipe envoie des signaux contradictoires. Le conseiller à la sécurité nationale est Michael Flynn, chef du renseignement militaire limogé par Barack Obama pour avoir critiqué la politique du président en Syrie. Le secrétaire d’État est Rex Tillerson, l’un des dirigeants du groupe pétrolier ExxonMobil qui s’opposa aux sanctions contre Moscou en 2014. Au secrétariat à la Défense, c’est le général James Mattis, ancien commandant des forces US au Moyen-Orient et partisan notoire de la fermeté à l’égard de l’Iran.

Difficile de s’y repérer, mais M. Trump se déclare prêt au dialogue avec Moscou et affirme que les USA n’interviendront plus pour « changer le régime politique » chez les autres. C’est un désaveu explicite des politiques néo-conservatrices! En même temps, il adhère aux thèses israéliennes sur Jérusalem et envisage d’y déplacer l’ambassade US en violation du droit international. Il veut remettre en question l’accord péniblement négocié par son prédécesseur sur le nucléaire iranien. Enfin, il bombe le torse face à la République populaire de Chine.

Sputnik : Que pensez-vous, précisément, de ces déclarations peu diplomatiques à l’égard de la Chine?

Bruno Guigue : Ces déclarations, en fait, rejoignent la critique constante du libre-échangisme économique formulée par Donald Trump durant sa campagne. Elles annoncent un bras de fer de Washington avec les puissances montantes dont la croissance constitue une menace pour l’hégémonie US. La mondialisation des échanges appauvrit l’économie américaine, elle la vide de sa substance en accélérant la désindustrialisation. Invention occidentale, cette globalisation exigée par l’oligarchie se retourne contre les pays qui en ont fait l’alpha et l’oméga de la vie internationale. En 2010, la part des USA dans le PIB mondial était de 25%. Elle sera de 16% en 2025. En 2050, elle sera de 9% contre 33% pour la Chine et 8% pour l’Inde. Pour le nouveau président, le véritable défi sera de freiner, dans une tentative désespérée, le déclin annoncé de l’Empire américain. Et il sait bien que couvrir les océans de porte-avions déployant fièrement la bannière étoilée n’y changera rien.

Sputnik : On observe une montée importante des sentiments anti-atlantistes dans les pays européens. Entrevoyez-vous des changements importants en 2017 à ce niveau? Notamment en ce qui concerne le niveau de dépendance de certains pays européens vis-à-vis des USA?

Bruno Guigue : En fait, l’allégeance des pays européens à Washington n’a jamais été aussi caricaturale. Champions incontestés de la catégorie, la France et le Royaume-Uni font constamment de la surenchère. Comme si la gesticulation de l’appareil militaire atlantique aux frontières de la Russie ne suffisait pas, ces deux pays multiplient les accusations contre Moscou et prolongent des sanctions absurdes. Il est affligeant de voir le gouvernement français, par exemple, sacrifier ses propres agriculteurs sur l’autel de l’atlantisme en interdisant les exportations vers la Russie. Cette soumission volontaire des gouvernements européens est une honte, et elle finira par provoquer une exaspération légitime. La souveraineté a été bafouée par l’européisme et l’atlantisme, mais heureusement elle est de retour. L’aspiration à l’indépendance nationale — sans laquelle la souveraineté populaire est un leurre — est une constante historique. Chassez-la par la porte, elle reviendra par la fenêtre!

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201701161029618662-bruno-guigue-usa-chine-russie/

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Rencontre d’Astana : l’espoir est permis

Alep

Les pourparlers sur la Syrie entre le gouvernement syrien et certains groupes dits de l’opposition auront bien lieu à Astana, la capitale kazakhe, le 23 janvier prochain.

En effet, les efforts conjoints de la Russie, la Turquie et l’Iran donnent leurs premiers résultats. Trop tôt encore de parler de retombées positives pour la suite des événements en Syrie, notamment en raison des positions troubles de certains groupes de la prétendue opposition, sans oublier de nouvelles éventuelles provocations visant à saper les efforts de paix entrepris par les trois pays déjà cités.

Une chose est sûre, le trio russo-irano-turc semble très motivé à déployer les efforts nécessaires au succès du processus de paix en Syrie. Et malgré les risques existants, il y a des raisons de garder un optimisme prudent. Tout d’abord, car il y a une réelle volonté des trois pays d’amener un résultat concret qui pourrait permettre à terme à la Syrie de retrouver la paix et la stabilité.

D’autre part, le gouvernement syrien est aujourd’hui plus que jamais en position de force. Il contrôle la grande majorité de la Syrie dite « utile » et les cinq plus grandes villes du pays (Damas, Alep, Homs, Lattaquié, Hama). Compte tenu de cette réalité, sur le terrain et aussi du soutien russo-iranien, il est aujourd’hui pratiquement inconcevable de s’asseoir à la table des négociations en lançant des ultimatums réclamant le départ immédiat du président syrien al-Assad. La Turquie l’a vraisemblablement compris, surtout au regard des défis sécuritaires auxquels elle fait actuellement face.

Reste à espérer que certains éléments sains de l’opposition syrienne le comprennent aussi et seront ainsi prêts à mener des négociations constructives. Surtout que la Turquie semble désormais motivée à user de son influence dans ce sens. Et sans oublier aussi que le ministère russe de la Défense a été également explicite à cet égard, à savoir que tout groupe qui refusera de se joindre au cessez-le-feu observé globalement à l’heure actuelle en Syrie sera automatiquement associé aux terroristes de Daech ou d’Al-Qaida. Ces derniers ne sont en effet aucunement concernés par la trêve et les combats se poursuivent contre eux à différents endroits du territoire syrien. Résultat logique: ils n’ont pas été invités à Astana.

L’autre aspect positif, qui donne lui aussi une note supplémentaire d’optimisme, est l’absence des représentants de l’administration sortante américaine d’Obama dans ce processus, de même que celles des représentants ouest-européens, toujours résolument obstinés à faire tomber le leader syrien. La porte reste néanmoins ouverte à la nouvelle administration étasunienne de Trump, qui prendra officiellement le pouvoir sous peu, tout comme aux acteurs régionaux, à condition évidemment qu’ils acceptent de s’inscrire dans la logique du processus d’Astana. L’Égypte semble être intéressé à rejoindre ce dialogue une perspective que voit d’un bon œil la Russie. Qu’en sera-t-il des pays tels que l’Arabie Saoudite ou le Qatar, qui continuent de soutenir plusieurs groupes terroristes? À moins d’un revirement rapide, il est peu probable qu’ils puissent prétendre à brève échéance prendre part aux négociations d’Astana, voire à d’autres. Ultimatums envers le gouvernement légitime syrien, soutien et financement des extrémistes salafistes, tout cela fait que les Saoudiens et les Qataris devraient rester en dehors du processus engagé. D’autant plus que selon diverses sources, ces derniers entreprennent d’importants « efforts » en vue de saper la rencontre d’Astana.

Mais pourront-ils obtenir quoi que ce soit face à un leadership syrien plus que jamais renforcé, face à la détermination de la Russie et de l’Iran et face au rôle désormais de plus en plus constructif de la Turquie? N’oublions pas la nouvelle administration américaine, que l’on espère voir jouer un rôle au minimum positif dans le dossier syrien ou du moins s’abstenir de mettre des bâtons dans les roues du tout jeune processus de paix. Ajoutez à cela les changements possibles au niveau du leadership de certains pays européens et la réponse paraît assez logique.

Ceci étant dit, la lutte antiterroriste ne s’arrêtera pas puisque les takfiristes de Daech et d’Al-Qaida continueront à être combattus. Et plus vite certains pays comprendront l’utilité d’une large coordination dans cette lutte, dans un cadre multipolaire, plus vite il sera possible d’espérer un monde meilleur et plus sûr. En tout cas, l’espoir est effectivement permis et le choix d’Astana est aussi à saluer — le Kazakhstan étant l’un des meilleurs alliés de la Russie, c’est aussi l’un des principaux initiateurs de l’intégration eurasiatique. Enfin, et il ne faut pas l’oublier, le Kazakhstan a joué un rôle de premier choix dans la réconciliation russo-turque.

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