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Iran-Russie: le corridor Nord-Sud en tant que route commerciale internationale majeure

21.06.2022

Téhéran et Moscou vont établir des centres de commerce basés dans les deux pays, tout en établissant un corridor Nord-Sud qui pourra rivaliser avec le canal de Suez. Cela en maintenant une coordination de haut niveau sur les questions eurasiatiques et internationales.

L’Iran et la Russie ont signé un protocole d’accord en ce qui concerne la mise en place de centres de commerce mutuels, comme l’annonce le site d’information anglophone spécialisé dans les rapports et les analyses sur le Moyen-Orient – Al-Monitor.

L’un des deux centres sera basé dans la capitale iranienne Téhéran, tandis que le second se trouvera dans la deuxième plus grande ville russe Saint-Pétersbourg. Les centres en question auront pour fonction de faciliter les échanges entre les deux pays dans les secteurs de l’énergie, des transports, de l’électronique, de l’agriculture, de l’alimentation, des produits pharmaceutiques et de la construction.

Le mémorandum a également pour objectif d’aider les hommes d’affaires iraniens et russes à établir des contacts et à effectuer des transactions financières. Le projet visera également à faire accélérer le projet de corridor Nord-Sud – un corridor commercial de première importance pour les deux nations. Pour rappel, les deux pays participent à ce grand projet eurasien, reliant l’Inde à de nombreux autres pays de l’espace eurasiatique à travers un système de routes, de lignes maritimes et de chemins de fer. Ledit projet a pris encore plus d’importance suite aux problèmes qu’avait connus le canal de Suez en mars 2021, lorsqu’un porte-conteneurs s’est échoué, provoquant de sérieuses perturbations pour le commerce maritime dans cette zone stratégique au niveau international.

Evidemment et en parlant de perspectives, ces nouvelles orientations ne font que rajouter encore plus de poids aux relations stratégiques entre l’Iran et la Russie. Faudrait-il rappeler l’adhésion de la République islamique à l’Organisation de coopération de Shanghai (composée de la Russie, de la Chine, du Kazakhstan, du Kirghizistan, de l’Ouzbékistan, du Tadjikistan, de l’Inde et du Pakistan) – en qualité de membre de plein droit? Sans oublier l’interaction avec l’Union économique eurasiatique (UEEA) également considérée comme une orientation stratégique pour Téhéran ou encore la coopération dans la sphère militaro-sécuritaire, y compris dans le cadre du triumvirat Russie-Chine-Iran.

Il devient désormais évident que l’Eurasie continuera à jouer un rôle de premier poids dans l’ordre multipolaire international. Et vraisemblablement désormais non plus seulement dans un cadre multipolaire, mais bel et bien multipolaire post-occidental, à l’heure où l’Occident s’est de facto lui-même isolé de la communauté internationale, en continuant obstinément à prétendre vivre encore dans l’ère unipolaire du diktat occidental.

Evidemment et dans le cadre eurasiatique, la Russie, la Chine et l’Iran – jouent des rôles déterminants aussi bien sur le plan civilisationnel d’appartenance à l’Eurasie, mais également du point de vue des orientations géopolitiques, géoéconomiques et militaro-sécuritaires au niveau régional et international. Des orientations appelées à se renforcer, comme le confirme y compris le projet du corridor Nord-Sud, s’ajoutant parfaitement au grand projet chinois des Nouvelles routes de la soie, et créant par la même occasion des défis supplémentaires à l’axe anglo-saxon ayant longtemps pensé dans l’histoire contemporaine pouvoir dominer sans partage sur les axes commerciaux internationaux.

Mikhail Gamandiy-Egorov

Les perspectives des BRICS en tant que base de la nouvelle réalité internationale

21.04.2022

Dans le cadre du monde multipolaire post-occidental, les discussions s’activent sur les modèles qui joueront un rôle clé dans la nouvelle architecture internationale. Le groupe des BRICS fait partie des options qui méritent un grand intérêt.

Dans le contexte des bouleversements en cours et à venir sur la scène internationale, avec comme résultat la marginalisation de plus en plus visible de l’establishment occidental, il est désormais très important de mettre en place les mécanismes de cette nouvelle réalité mondiale qui s’impose, et s’imposera.

Les nostalgies du système unipolaire vivent les dernières heures et laisseront la place à une nouvelle configuration des relations internationales et de blocs régionaux/continentaux. On sait également que les forces motrices de cette architecture seront les grandes puissances mondiales non-occidentales, ainsi que les communément appelés pays du Sud. A cet effet, de nouvelles institutions verront certainement le jour, de même que de nouveaux mécanismes d’intégration régionale, voire inter-régionale, sans oublier les systèmes financiers correspondants.

Evidemment, les BRICS constituent l’un de ces exemples d’inspiration pour la suite des événements à venir. Parmi les orientations que pourra offrir l’organisation, on peut faire mention du redémarrage des échanges mondiaux sur de nouvelles règles et bases, la création d’un nouveau système institutionnel qui permettra la modernisation des pays alliés et partenaires, la mise en place de nouvelles plateformes régionales, et bien évidemment la création d’un système financier nouveau, qui privilégiera les échanges en monnaies nationales/régionales, sans oublier la ferme nécessité de s’éloigner vis-à-vis des réserves en monnaies occidentales.

Ces schémas, ainsi que certainement beaucoup d’autres, pourront être coordonnés et mis en œuvre dans le cadre du format BRICS+, un format qui ouvre l’interaction entre les pays membres des BRICS avec les autres nations, et plus généralement le reste de l’économie mondiale. En ce qui concerne plus précisément les organisations avec lesquelles les BRICS peuvent déjà interagir, on peut mentionner l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) – cette grande organisation eurasiatique internationale, ainsi que l’Union économique eurasiatique (UEEA).

Aussi, les interactions et coordinations de divers mécanismes supplémentaires, peuvent et doivent être étendues aux autres parties du monde, notamment l’Afrique et l’Amérique latine. Il est également évident que lors de la création de telles nouvelles plateformes d’interaction, l’esprit du multilatéralisme, ainsi que de la construction d’une nouvelle architecture internationale – dans l’intérêt de l’ensemble de ses participants – seront des orientations de première importance.

Si l’esprit des groupes des BRICS et de l’OCS est devenu aujourd’hui inspirant pour de nombreuses régions terrestres, il est évident qu’il faudra faire preuve d’adaptation à leurs besoins, le tout dans l’objectif de reformater l’économie mondiale dans un cadre réellement inclusif, juste et durable. En cela les BRICS comme l’OCS peuvent devenir les initiateurs de processus d’interaction avec à terme une grande plateforme de coopération regroupant tous les pays du Sud. La présidence chinoise des BRICS de cette année peut d’ailleurs donner une impulsion à toutes ces initiatives.

En ce qui concerne les grandes puissances non-occidentales, il est évident qu’il faut dès maintenant construire ces mécanismes qui à terme tourneront définitivement la page du système libéral occidental. Dans cette optique, l’Occident pourra choisir de rester isolé en poursuivant ses fameuses références à un système international qu’il contrôlait – révolu, ou d’ici là s’adapter aux nouvelles règles. Bien que cette question ne soit pas prioritaire. La priorité est représentée par la majorité de la population du globe terrestre.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=3806

UEEA: des échanges en hausse et perspectives à venir

29.03.2022

L’année écoulée a été celle d’une augmentation significative des échanges pour l’Union économique eurasiatique – aussi bien à l’intérieur de l’union que sur le plan du commerce avec l’extérieur. Par ailleurs, l’espace eurasiatique sera indéniablement appelé à renforcer les échanges et les mécanismes avec ses principaux partenaires d’Asie, à l’heure où l’Occident se conforte dans sa propre isolation.

Le Département des statistiques de la Commission économique eurasienne a annoncé les résultats préliminaires du commerce mutuel et extérieur de l’Union économique eurasiatique (UEEA), 4ème puissance économique mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat, pour l’année 2021.

Il en ressort que le volume du commerce extérieur des échanges entre les Etats membres de l’Union économique eurasiatique avec les pays hors UEEA est estimé à 844,2 milliards d’équivalent de dollars, représentant une augmentation de 35,1% par rapport à 2020. Par ailleurs, l’excédent du commerce extérieur en 2021 s’est élevé à 207,2 milliards d’équivalent de dollars (contre 105 milliards en 2020).

Autre point important: la croissance de la valeur des exportations des Etats membres de l’UEEA vers les pays hors union l’année écoulée était principalement due à l’augmentation des prix des biens exportés (de 46,3%), le tout alors que le volume physique des biens exportés a au contraire diminué (de 1,5%). En ce qui concerne les résultats par pays membre, les exportations ont augmenté de 47,8% pour la Biélorussie, de 47% pour la Russie, de 25,8% pour le Kazakhstan et de 16,8% pour l’Arménie.

En ce qui concerne les marchés extérieurs concernés par cette hausse significative des exportations des pays membres de l’UEEA – l’Union européenne a représenté 42,2%, les pays membres de la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (APEC): 28,3% (très principalement la Chine), les pays de la CEI non-membres de l’UEEA ont été quant à eux destinataires de 5,8% des dites exportations.

Du côté des échanges mutuels des Etats membres de l’Union économique eurasiatique en 2021, calculé comme la somme de la valeur des opérations d’exportations des membres de l’UEEA dans le commerce mutuel – cela s’est élevé à 72,6 milliards d’équivalent de dollars, soit 131,9% du niveau de 2020. A noter également que dans le commerce mutuel des pays membres de l’union – le rouble russe occupe la position de leader en qualité de monnaie des échanges.

Parlons maintenant perspectives. Evidemment et compte tenu des nouvelles réalités géopolitiques et géoéconomiques, notamment dans l’incapacité la plus totale des régimes occidentaux à pouvoir s’adapter aux règles du monde multipolaire, il est évident que l’Union économique eurasiatique devra orienter beaucoup plus ses échanges en direction du grand espace eurasien, et notamment en direction de pays comme la Chine, l’Inde, le Pakistan ou encore l’Iran (qui réfléchit d’ailleurs à intégrer l’UEEA). Le tout en privilégiant les paiements en monnaies nationales.

Ceci d’autant plus que les pays de l’Europe bruxelloise n’ont pas saisi l’occasion de comprendre que leur intérêt pragmatique était naturellement avec l’Eurasie. Cela sans même rentrer dans une quelconque alliance, sachant de toute manière que sur le plan civilisationnel l’espace eurasiatique n’a désormais que très peu à partager avec une Europe où les valeurs dignes de ce nom ont été depuis longtemps profondément inversées. Mais le pragmatisme économique aurait permis de tenir compte des intérêts de chacun, et des « particularités » de chacun.

Désormais, cela est fort probablement impossible. L’Europe dans sa version bruxelloise, n’est qu’un simple sous-traitant des ordres washingtoniens. Et dont la réputation ne vaut absolument plus rien. Les responsables à la tête de cette Europe préfèrent sacrifier leurs propres populations, du moment que le maître outre-Atlantique sera satisfait par leur obéissance.

Aujourd’hui, il devient déjà assez évident qui sera le grand perdant économiquement parlant. Mais il ne faut pas espérer que la Russie ou ses alliés eurasiatiques tendront de nouveau la main à un navire qui a décidé de ses propres vœux à couler. Peut-être que viendra le jour où de nouveaux leaders européens, sans arrogance néocoloniale ni rêves pro-unipolaires, prendront la destinée de leurs Etats respectifs. Mais soyons clairs – ce n’est pas pour un avenir très proche. Et pendant ce temps, l’Eurasie sait ce qui lui reste à faire. Le monde n’étant absolument pas l’Occident collectif.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=3722

Et si l’hystérie collective promue par Washington avait des raisons géoéconomiques?

La nouvelle donne dans la géopolitique internationale représente indéniablement un facteur clé dans les campagnes politico-médiatiques promues par les Etats-Unis face à l’axe de la multipolarité. Mais tout porte également à croire que la géoéconomie est une question à considérer avec la plus grande attention.

Les échecs répétés des nostalgiques de l’unipolarité au sein du bloc occidental et de certains de leurs suiveurs à divers endroits du monde ont atteint effectivement un degré de paranoïa inquiétant. A cet effet, plusieurs raisons peuvent être évoquées.

Parmi elles – les succès de l’ordre multipolaire actuel à l’échelle internationale, notamment grâce à une coordination étroite entre la Chine, la Russie et plus généralement le grand espace eurasien. Le rappel désormais régulier de la part de Pékin et Moscou qu’une minorité mondiale ne serait-ce que du point de vue démographique ne peut pas dominer les affaires planétaires, ainsi qu’un soutien de plus en plus accru de nombre de pays des différentes régions du monde, aux processus en cours, entre autres.

Mais ce n’est pas tout. Si le bouleversement observé du point de vue géopolitique et militaro-sécuritaire est indéniable, il ne faut pas pour autant négliger l’aspect géoéconomique de la question. Et l’hystérie observée principalement du côté de Washington, y compris autour du «dossier ukrainien» montre la vive inquiétude du cité en ce qui concerne les nouvelles réalités économiques en cours ou qui pourraient voir le jour prochainement.

La Chine est devenue la première puissance économique mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat – ayant à ce titre dépassé les USA. Et rien aujourd’hui ne peut sensiblement faire basculer cette réalité, d’autant plus à l’heure du grand projet international des Nouvelles routes de la soie, promu par la RPC. S’ajoute à cela une interaction très importante entre la Chine et la Russie (6ème puissance économique mondiale, toujours en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat). Les échanges entre les deux pays pour l’année 2021 ont dépassé les 140 milliards d’équivalent de dollars avec le ferme objectif fixé de porter le chiffre à 200 milliards annuels d’échanges économico-commerciaux entre les deux nations.

Aussi, faudrait-il oublier l’interaction montante entre la Chine et l’Union économique eurasiatique (composée actuellement de la Russie, du Kazakhstan, de la Biélorussie, de l’Arménie et du Kirghizistan)? Pour rappel, l’UEEA en tant que bloc de pays est aujourd’hui la quatrième puissance économique mondiale en termes de PIB-PPA, comparable à celui du Japon. Cette orientation s’accompagne déjà d’un agenda favorable aussi bien du leadership de la Chine, que de l’UEEA.

Parlons maintenant de l’Union européenne. Bien que l’establishment politique bruxellois reste résolument orienté sur l’alliance avec Washington et dans la confrontation avec l’axe sino-russe, il n’empêche que les basculements, y compris dans la sphère économique – sont déjà progressivement en cours. Peut-être d’ailleurs y compris en raison d’un écart fort important entre les bureaucrates de Bruxelles et l’entreprenariat européen, ce dernier ne partageant souvent pas, à l’instar de nombreux citoyens de la vieille Europe l’idée de la confrontation avec Pékin et Moscou, bien au contraire.

A cet égard, faudrait-il rappeler que la Chine, malgré toute l’hostilité de l’axe atlantiste à son encontre a déjà dépassé les USA pour devenir le principal partenaire économico-commercial de l’UE, approchant le chiffre des 600 milliards d’équivalent de dollars en 2020? En ce qui concerne la relation UE-Russie et malgré des sanctions réciproques en vigueur depuis 2014, l’année écoulée a été marquée par des échanges dépassant les 220 milliards d’équivalent de dollars (en hausse de 44% par rapport à l’année 2020). Et cela en tenant compte des nombreuses opportunités économiques perdues pour les entreprises de l’Union européenne avec la Russie, toujours depuis 2014.

L’élément géoéconomique est donc bien là. Washington observe avec vive inquiétude ces nouvelles orientations qui accompagnent les bouleversements géopolitiques. Aujourd’hui dans le Top 10 des principales économies mondiales – moins de la moitié sont celles des pays occidentaux: Etats-Unis – 2ème, Allemagne (première économie de l’UE) – 5ème mais qui sera bientôt dépassée par la Russie, France et Royaume-Uni – respectivement 9ème et 10ème, avec la perspective fort probable d’être dépassés à l’horizon des 5-8 prochaines années par la Turquie et le Mexique notamment et donc de quitter le Top 10 des principales économies du monde.

Cette perspective pas lointaine de n’avoir que deux pays occidentaux qui resteront dans le classement, avec une Allemagne en leader économique de l’Europe bruxelloise et qui à l’instar de toute l’UE a également la Chine en qualité de principal partenaire économico-commercial, tout en ayant des intérêts économico-commerciaux, y compris énergétiques, fort poussés avec Moscou – créera un énorme défi pour l’establishment étasunien et sa volonté de poursuivre la domination de ses «alliés» européens.

Et en tenant compte du fait que l’UE – qui tout en étant un bloc considéré comme une superpuissance économique, est également considéré comme un «nain géopolitique» de part justement la domination exercée par Washington sur Bruxelles, une réalité qui déplait fortement aux partisans souverainistes et pro-multipolaires en Europe même, sans oublier une fois de plus les cercles des entrepreneurs européens, qui ne souhaitent pas sacrifier leurs intérêts économico-commerciaux avec la Chine et la Russie pour le compte de l’establishment politique US – il est fort à parier que les années à venir nous réservent encore beaucoup de perspectives intéressantes.

D’où l’importance – de ne pas céder aux campagnes de diffamation organisées depuis l’Outre-Atlantique, pour nuire non seulement aux principaux adversaires de Washington, mais aussi aux Européens eux-mêmes, le tout pour ne pas permettre l’apparition de conditions qui feront à terme des USA une puissance régionale de moyenne envergure.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Iran-Russie: vers l’élargissement de l’alliance stratégique

La visite du président iranien Ebrahim Raïssi à Moscou a remis à l’ordre du jour les liens stratégiques qui unissent l’Iran et la Russie. L’alliance en question concerne aussi bien l’aspect bilatéral que trilatéral avec la Chine, mais également multilatéral dans le cadre du grand espace eurasiatique et l’axe de la multipolarité.

C’est la Russie qui a été choisie par le leader de la République islamique pour sa première visite internationale officielle depuis sa prise de fonction à la tête de l’Iran. Confirmant l’entente des deux nations sur la scène régionale eurasienne et internationale. Téhéran a d’ailleurs remis à la partie russe un projet d’accord de coopération stratégique pour une période d’au moins 20 ans.

M. Raïssi a également rappelé, comme le rapporte Press TV – la télévision internationale iranienne – que la République islamique d’Iran et la Fédération de Russie font partie de plusieurs organisations régionales et internationales, dont l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) au sein de laquelle la Russie joue un rôle important. Confirmant l’attachement de l’Iran à l’axe de la multipolarité, où se trouve l’épicentre de l’anti-impérialisme et du multilatéralisme.

«L’Iran, devenu membre à part entier de l’OCS, entretient désormais de bonnes coopérations avec tous les pays membres. Mais la Russie joue aussi un rôle crucial au sein de l’Union économique eurasiatique et notre coopération pourra accélérer nos échanges, nos liens commerciaux et économiques. L’Iran et la Russie partagent des intérêts communs et peuvent à eux deux renforcer la sécurité régionale et saper l’unilatéralisme. Une bonne interaction entre l’Iran et la Russie, qui sont dotés d’importantes capacités, pourra avoir un impact positif sur la donne régionale et internationale», avait déclaré le président iranien en allusion claire au monde post-unipolaire étasunien.

Il faut noter également qu’au-delà de la rencontre entre les présidents Raïssi et Poutine, le chef d’Etat iranien s’est également exprimé devant la Douma – chambre basse du Parlement russe. Confirmant l’importance des relations entre les deux pays, sachant que peu de leaders étrangers en visite en Russie ont droit au prestige d’intervenir devant les élus russes.

Pour sa part, Vladimir Poutine a fait l’éloge de la coopération étroite entre les deux pays sur la scène internationale et du contact permanent entre Moscou et Téhéran. Il faudrait certainement rappeler aussi que le processus de la pleine adhésion de l’Iran au sein de l’Organisation de coopération de Shanghai (composée en plus de la Russie – de la Chine, du Kazakhstan, du Kirghizistan, de l’Ouzbékistan, du Tadjikistan, de l’Inde et du Pakistan) a été activement soutenu par la Russie.

Pour ce qui est de l’interaction multilatérale, il est à noter que l’axe Chine-Russie-Iran ne cesse de monter en puissance, aussi bien dans la sphère militaro-sécuritaire, notamment à travers l’organisation d’exercices militaires conjoints réguliers, que dans la sphère économique avec l’accord du siècle sino-iranien – conclu pour une période d’un quart de siècle, impliquant plusieurs centaines de milliards d’équivalents de dollars d’investissements.

La réalisation de l’accord de coopération stratégique sur une période similaire entre l’Iran et la Russie scellera définitivement l’axe sino-russo-iranien et donnera sans le moindre doute un coup de pouce supplémentaire au triumvirat concerné, ainsi que plus généralement à l’axe des partisans de l’ordre multipolaire actuel.

Durant son allocution devant les parlementaires russes, le président iranien a également fait mention de la politique irresponsable de l’Otan, qui selon lui mènera au final cette dernière vers son propre éclatement. «L’Otan fait de l’ingérence dans l’espace géographique des pays sous divers prétextes, ils menacent les États indépendants, a annoncé le dirigeant iranien. L’opposition aux démocraties indépendantes, l’opposition à l’identité des peuples, à la culture, aux traditions des peuples, tout cela est à l’ordre du jour de l’Otan, et c’est une tromperie. Ce comportement se soldera par son effondrement», a déclaré le président iranien.

En effet et alors que l’establishment occidental atlantiste tente de s’accrocher jusqu’au bout pour forcer le monde à revenir vers l’ordre unipolaire révolu, l’alliance stratégique des grandes civilisations mondiales a une responsabilité particulière vis-à-vis de l’ère multipolaire qui s’est imposée, et qui de par son essence représente l’écrasante majorité de l’humanité.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’Amérique latine poursuivra son éloignement des USA

Au moment où Washington et ses alliés occidentaux tentent par tous les moyens de maintenir une approche résolument unilatéraliste, les pays d’Amérique latine que les USA ont trop longtemps considéré comme leur arrière-cour continuent d’approfondir leurs liens stratégiques avec les principales forces pro-multipolaires.

Les causes souverainistes et résolument tournées en faveur de l’ère multipolaire prennent de plus en plus le dessus à divers endroits du monde. L’Amérique latine n’en est pas une exception, bien au contraire. Bien que – et cela est parfaitement visible – ces processus provoquent une montée d’hystérie du côté washingtonien. Et ce aussi bien en ce qui concerne l’interaction des pays de la région avec la Chine, que la Russie et l’Iran.

En ce qui concerne l’interaction avec Pékin, le volume des échanges entre la RPC et les Etats latino-américains rien que sur la période allant de janvier à septembre 2021 a atteint 331,88 de milliards d’équivalents de dollars, soit une augmentation de 45,5% en glissement annuel. A titre de comparaison : durée toute l’année 2002 le volume des échanges économico-commerciaux sino-latino-américains ne dépassait pas 18 milliards d’équivalents de dollars.

Comme le rappelle également le quotidien anglophone chinois Global Times, de plus en plus de pays de cette région du monde ont signé des accords de coopération ou des protocoles d’accord dans le cadre de l’initiative chinoise La Ceinture et la Route, dans l’espoir de prendre le train du développement économique de la Chine.

Global Times répond également aux critiques émises par les USA quant à cette interaction, en rappelant à la partie étasunienne «qu’une telle clameur montre tout d’abord un grand manque de respect envers les pays d’Amérique latine, reflétant l’arrogance de Washington à ne pas tenir compte de la souveraineté des Etats latino-américains».

Par ailleurs, le quotidien chinois rappelle que l’année dernière les Etats-Unis avaient annoncé qu’ils offriraient 4 milliards de dollars pour «développer» l’Amérique centrale dans le but de «contrer l’influence de la Chine» dans la région. Et ce au moment où le déficit d’investissement dans les infrastructures en Amérique latine est estimé à environ 150 milliards de dollars par an. Il faudrait certainement et en passant rajouter que cette approche typique pour les USA rappelle celle pratiquée déjà dans un certain pays appelé l’Ukraine – plongé depuis les événements du coup d’Etat de 2014 dans le pur marasme économique.

Il est vrai qu’il est nettement plus simple d’organiser une révolution de couleur à moindre frais, que de devoir aider le pays placé sous son orbite sur le plan économique et financier. Dans le cas ukrainien d’ailleurs – cela est d’autant plus anecdotique que Washington souhaite maintenir l’économie ukrainienne à flot via le budget russe et notamment les livraisons gazières de la Russie à l’Europe. Passons.

Dans le cas cette fois-ci de l’interaction des pays d’Amérique latine avec Moscou, il serait juste de noter que de nouvelles perspectives ne manqueront pas de s’ouvrir. La présence économique russe dans nombre de pays latino-américains souverains, notamment au Venezuela dans la sphère énergétique, pourrait s’élargir dans le cadre d’une plus large interaction dans le volet militaro-sécuritaire, même si c’est un domaine dans lequel les pays concernés interagissent déjà activement.

Le tout à l’heure de l’échec du dialogue récent de la Russie avec les USA et l’Otan en ce qui concerne les garanties sécuritaires et qui d’ailleurs n’était que parfaitement prévisible, connaissant la mentalité propre à l’establishment atlantiste. Désormais rien n’est exclu du côté russe. Le reste concernera les négociations avec les alliés souverains de l’espace latino-américain, sachant que plusieurs des Etats concernés le verront d’un œil positif pour faire face aux nombreuses interférences US dans leurs affaires intérieures.

Pour revenir à l’économie, une interaction économique encore plus poussée devrait être étudiée dans le cadre Eurasie-Amérique latine, à l’heure où un pays comme Cuba est déjà membre-observateur de l’Union économique eurasiatique (UEEA).

Pendant ce temps, l’Iran – l’autre adversaire stratégique, aux côtés de Moscou et Pékin, de Washington sur l’arène internationale – augmente lui aussi son interaction avec plusieurs nations d’Amérique latine, dont le Venezuela, s’étant même permis de briser le blocus imposé à la République bolivarienne par l’establishment étasunien.

Pour conclure, il faudrait très certainement rappeler qu’au-delà des alliances forgées entre nombre de pays latino-américains avec l’axe de la multipolarité, les populations des pays concernés restent fortement mobilisées face à la poursuite des tentatives de déstabilisation qui émanent de la capitale US.

En ce sens l’exemple de la Bolivie, qui avait subi une révolution de couleur pro-étasunienne, mais qui n’a pas manqué de revenir à la légitimité à travers la mobilisation populaire lors des dernières élections présidentielles dans ce pays ne fait que confirmer cette thèse. Tout comme le renforcement de l’axe progressiste latino-américain avec la réélection récente de Daniel Ortega au Nicaragua ou encore la victoire à la présidentielle de Pedro Castillo au Pérou. Tous ces événements confirment que la multipolarité et le souverainisme prennent également et résolument le dessus dans l’espace latino-américain. Au détriment de Washington et des nostalgiques de l’unipolarité.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Eurasie & Afrique: les priorités de la politique étrangère de l’Iran

La République islamique d’Iran renforce ses positions à divers endroits de la planète, infirmant chaque jour un peu plus les tentatives d’isolement de la part de ses adversaires. Si au Moyen-Orient et plus généralement sur la scène régionale, le rôle de premier plan de Téhéran n’est plus à présenter, les intérêts du pays poursuivent un élargissement géographique et stratégique évident.

Les intérêts extérieurs de l’Iran ne se limitent plus à la région d’appartenance. En effet, la République islamique devient de plus en plus présente en dehors de la sphère régionale, comme c’est notamment le cas dans nombre de pays d’Amérique latine avec lesquels Téhéran entretient des relations d’alliance de plus en plus poussées, dont le Venezuela mais également avec Cuba, la Bolivie ou encore le Nicaragua.

Depuis l’arrivée au pouvoir du président Ebrahim Raïssi, une ligne stratégique est clairement affichée. A savoir, qu’au-delà de la poursuite de la défense de ses intérêts nationaux, régionaux et internationaux dans un cadre résolument pro-multipolaire dont le pays est d’ailleurs l’un des principaux promoteurs, l’Iran mise beaucoup sur deux axes d’importance stratégique: l’Eurasie et l’Afrique.

Dans le premier cas, cela est d’ailleurs quelque chose de parfaitement naturel sachant que l’Iran est lui-même une nation eurasienne. Mais la simple appartenance à la grande famille eurasienne sur le plan historico-culturel s’élargit résolument désormais vers l’intégration au sein de grandes structures internationales basées dans l’espace eurasiatique, et ce dans plusieurs sphères stratégiques: défense, sécurité, économie.

Parmi ces structures figurent l’Union économique eurasiatique (UEEA), composée actuellement de la Russie, du Kazakhstan, de la Biélorussie, de l’Arménie et du Kirghizistan, ainsi que l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), dont font partie la Chine, la Russie, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, ainsi que l’Inde et le Pakistan. En ce qui concerne justement l’OCS, l’Iran y est déjà membre-observateur et souhaite devenir membre à part entière. Une pleine adhésion soutenue d’ailleurs par la Russie et certainement la Chine qui partage elle aussi une alliance stratégique avec Téhéran.

Une chose demeure sûre: l’intégration de l’Iran dans le grand espace eurasien, le tout en coordination avec ses alliés russe et chinois, se poursuivra inévitablement. D’autant plus que les trois pays concernés sont considérés comme les trois principaux adversaires géopolitiques par l’establishment washingtonien.

L’Afrique représente également une orientation prioritaire de la politique étrangère iranienne. Le tout à l’heure des bouleversements de grande envergure sur le continent touchant aux intérêts des puissances occidentales, d’obédience anglo-saxonne ou hexagonale – de plus en plus remis en cause aussi bien par le leadership de nombre de pays africains, que par une très large partie de l’opinion publique panafricaine.

En ce sens, l’Iran appuie, à l’instar de Moscou et de Pékin, une posture opposée au néocolonialisme occidental et qui trouve un écho largement favorable au sein de la société civile continentale. En outre, de nombreux pays africains interagissent dans la sphère politico-diplomatique, économique et sécuritaire de plus en plus activement avec la nation perse.

Si cette montée en puissance est fortement mal vue à Washington et dans nombre de capitales occidentales au passé colonial et à la posture toujours néocoloniale, il y a un autre acteur qui s’inquiète vivement d’un tel développement: Israël. En effet et après l’échec retentissant de tenter à isoler l’Iran sur la scène régionale et internationale, le continent africain devient un autre terrain de l’opposition entre Téhéran et Tel-Aviv.

Si ce dernier peut compter sur un certain nombre de soutiens sur le continent, ce qui lui a permis d’obtenir le statut d’observateur au sein de l’Union africaine (UA), il n’empêche que plusieurs des principales puissances continentales africaines se sont clairement opposées à cette perspective, démontrant par la même occasion que rien n’est encore acquis pour l’Etat sioniste sur la scène africaine. Parmi elles – le Nigéria (première puissance économique, première population et quatrième puissance militaire du continent), l’Afrique du Sud (troisième puissance économique et militaire africaine), ainsi que l’Algérie (premier pays africain en superficie, quatrième puissance économique et deuxième puissance militaire continentale). En d’autres termes – les trois des quatre principales puissances africaines avec lesquelles l’Iran entretient des relations intéressantes et qui continuent de se développer.

Quant à l’Egypte (deuxième puissance économique et première puissance militaire d’Afrique), qui s’est d’ailleurs également opposée au statut d’observateur d’Israël à l’UA, bien que n’entretenant pas pour le moment des relations très cordiales avec Téhéran – cela pourrait être amené à changer, notamment dans le cadre des pourparlers de normalisation en cours entre l’Iran et certains pays arabes. Rajoutant encore plus de poids aux positions iraniennes sur la scène continentale en interaction avec les principales puissances africaines.

Ce qui est certain, c’est que toute la rhétorique récente, qui émanait aussi bien de Washington, Tel-Aviv, que de leurs partenaires proches, tout au long de ces dernières années – n’a plus aucun sens aujourd’hui. L’Iran non seulement ne s’est pas retrouvé isolé mais n’a probablement jamais été aussi influent sur la scène régionale et internationale au cours de son histoire contemporaine. L’intégration stratégique au sein de l’espace eurasien, de concert et en coordination avec la Russie et la Chine, de même qu’une politique active sur le continent africain contribueront fort probablement à un renforcement non seulement des positions iraniennes sur la scène internationale, mais également à l’axe des partisans résolus de la multipolarité.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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OCS: le leader chinois mise sur la diplomatie populaire

Le président chinois Xi Jinping souhaite promouvoir la diplomatie non-gouvernementale au sein de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), mettant un accent particulier sur les échanges entre les personnes appartenant aux nations composant la grande structure internationale eurasienne.

Le Forum de l’amitié non-gouvernementale de l’OCS a débuté il y a quelques jours, à Wuhan, sur le thème de la promotion de l’amitié entre les peuples et de la poursuite de l’esprit de Shanghai. A ce titre, le président chinois Xi Jinping avait transmis une lettre de félicitations aux participants dudit événement, comme le rapporte l’agence de presse Xinhua.

«J’ai proposé l’initiative d’organiser un forum de l’amitié non-gouvernementale de l’OCS en novembre dernier, laquelle a reçu une réponse enthousiaste et le soutien de tous les Etats membres de l’Organisation de coopération de Shanghai», a déclaré Xi Jinping. Il s’est dit confiant sur le fait que le forum deviendrait une plate-forme importante permettant à toutes les parties d’améliorer la compréhension mutuelle, d’approfondir l’amitié et de renforcer la coopération.

Le leader chinois a également insisté sur la nécessité de profiter des avantages de la diplomatie non-gouvernementale et d’élargir les canaux d’échanges entre les personnes afin de contribuer au développement de l’OCS.

En termes de perspectives, l’initiative du président chinois est très certainement à saluer car dans le cadre de la grande intégration eurasienne, devenue par ailleurs l’un des principaux centres du concept multipolaire mondial, l’interaction encore plus active des peuples concernés représente sans le moindre doute la condition nécessaire pour un plus grand renforcement de la multipolarité, ainsi qu’une réponse de poids aux défis existants.

En effet et en dehors du cadre purement politique, les peuples d’Eurasie restent liés par une grande similitude d’intérêts. C’est d’ailleurs ce qui traduit la facilité avec laquelle se déroule cette intégration, qui au-delà des décisions politico-économiques, reste à l’écoute des aspirations humaines du grand espace eurasien. Cette réalité est d’ailleurs propre aussi bien à l’Organisation de coopération de Shanghai qu’à l’Union économique eurasiatique (UEEA).

Les exemples ne manquent pas. Observateur Continental avait à ce titre relayé le sondage réalisé l’année dernière en Ouzbékistan, où les ¾ des citoyens ouzbèks déclaraient soutenir l’intégration de leur pays au sein de l’Union économique eurasiatique. Parmi les partisans à cette intégration – aussi bien les jeunes n’ayant pas connu la période soviétique, que les moins jeunes.

Et c’est justement là que l’on arrive à la justesse de l’initiative du leader chinois. Les grands processus en Eurasie se doivent de renforcer les liens entre les peuples appartenant audit espace, mais également rester à l’écoute de leurs aspirations. Le tout au moment où l’interaction eurasienne dans les volets politique, économique, sécuritaire et culturel, entre autres, a atteint un niveau probablement le plus élevé dans l’histoire contemporaine. Et peut-être même dans toute l’histoire de l’Eurasie.

En ce sens, la diplomatie populaire eurasienne répond effectivement à de nombreuses problématiques. Mais plus que cela encore – elle contribue à ne pas répéter les erreurs du passé, à compléter les décisions inter-gouvernementales par une solidarité humaine – et vice-versa, et barrer la route aux tentatives de déstabilisation extérieure.

A titre d’exemple, au début des années 1990, la grande majorité des citoyens de l’URSS refusaient l’idée de la dislocation. Leur voix n’a pour autant pas été entendue – avec toutes les conséquences que l’on connait. Aussi bien sur le plan intérieur pour les peuples concernés, que sur le volet extérieur avec l’apparition de l’ordre unipolaire ayant apporté d’innombrables souffrances et injustices à la planète toute entière.

Depuis les dernières années – cette page est fort heureusement tournée. D’où l’importance de l’initiative chinoise d’accompagner fermement les alliances géopolitiques par l’interaction humaine des peuples.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’UEEA: l’intégration de l’Ouzbékistan renforcera l’indépendance agroalimentaire

La République d’Ouzbékistan, devenue membre-observateur de l’Union économique eurasiatique (UEEA) en décembre dernier, pourrait, dans le cas d’une adhésion à venir en qualité de membre à part entière de l’organisation, renforcer considérablement l’autonomie de tous les pays membres de l’union vis-à-vis des importations agroalimentaires. Surtout dans le secteur des fruits et des baies.

Il est important de noter qu’à l’heure d’aujourd’hui, le niveau d’autosuffisance pour les principaux types de produits agricoles et alimentaires au sein de l’Union économique eurasiatique se trouve à hauteur de 93,1%. Pour les experts et les hauts responsables de l’espace eurasien, dont Artak Kamalyan – ministre de l’Industrie et du complexe agro-industriel de la Commission économique eurasienne (l’organe exécutif de l’UEEA, chargé de la mise en œuvre des décisions, du respect des traités et de la gestion des activités économiques de l’organisation, ndlr), ce chiffre devrait dépasser 97% en 2021 pour pratiquement tous les produits alimentaires.

Pour les produits tels que les céréales, le sucre, les huiles végétales, les viandes de porc et de mouton, ainsi que les œufs et les pommes de terre – les pays de l’Union économique eurasiatique sont totalement autosuffisants grâce à leur propre production. L’exception concerne justement les fruits et les baies, sur lesquels le niveau d’autosuffisance se trouve au niveau de 43% et qui restent importés en grandes quantités, y compris en provenance d’Ouzbékistan. A noter que le surplus de fruits et de baies dans ce pays est d’environ un million de tonnes par an.

Par ailleurs, les légumes et les fruits représentent près de 90% de la structure des exportations de denrées alimentaires de l’Ouzbékistan. En ce sens, si l’adhésion de Tachkent en qualité de membre à part entière au sein de l’UEEA se confirme, cela aura indéniablement un effet positif sur tout le marché agroalimentaire de l’Union économique eurasiatique – augmentant significativement l’indépendance agroalimentaire des pays de l’organisation eurasienne vis-à-vis des importations hors-union. Tout en offrant des avantages certains aux exportateurs ouzbèks pour qui les exportations des produits agroalimentaires représentent l’une des principales priorités.

Tout cela permet pour Artak Kamalyan de considérer que grâce au secteur agro-industriel, l’intégration future de l’Ouzbékistan au sein de l’UEEA peut se faire de manière très harmonieuse. Ainsi, cette pleine intégration permettra à Tachkent de jouir de tout son potentiel pour l’approvisionnement du marché des pays membres sur les positions qui représentent son point fort, tout en répondant à ses besoins internes grâce aux capacités des autres pays de l’union en divers types de denrées alimentaires.

Evidemment, la question très importante de l’indépendance alimentaire totale pour l’Union économique eurasiatique, n’est pas le seul avantage qu’offrirait cette pleine adhésion de l’Ouzbékistan à lui-même et les autres pays membres. L’intégration de Tachkent faciliterait largement la vie aux plus de deux millions de citoyens ouzbèks vivant et travaillent dans l’espace de l’UEEA, principalement en Russie. Parmi ces avantages on peut citer l’absence de permis de travail – nécessaire à tous les citoyens étrangers en provenance de pays non-membres de l’union, sans oublier les atouts destinés à leurs familles.

Pour revenir à la question d’indépendance dans le secteur agroalimentaire, elle est importante à bien d’égards. Tout d’abord et à l’heure des tensions montantes avec les pays occidentaux, les pays de l’espace eurasien se doivent de diminuer les liens de dépendance avec les partenaires nostalgiques de l’unipolarité – aussi petite que cette dépendance puisse être. Notamment dans le cas d’imposition de nouvelles sanctions et de contre-sanctions réciproques.

L’autre aspect et pas des moindres, concerne une fort possible adhésion de l’Iran au sein de l’UEEA. Si cette intégration se confirme, il est certain qu’elle ne fera pas plaisir à un certain nombre de pôles pro-unipolaires – Washington en tête, sans oublier ses principaux alliés. D’où l’importance évidente d’augmenter encore plus l’autonomie au sein du grand espace eurasien, qui se positionne comme l’un des principaux acteurs de la montée en puissance du concept multipolaire mondial devenu réalité.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’Iran compte adhérer à l’Union économique eurasiatique

Le président du Parlement iranien Mohammad Baqer Qalibaf avait récemment annoncé que son pays prévoit de rejoindre l’Union économique eurasiatique (UEEA). Si cette annonce suscite un évident enthousiasme pour les partisans de l’intégration eurasienne, du côté des puissances occidentales et d’Israël – l’heure est résolument à l’inquiétude.

L’éventualité d’une adhésion de la République islamique d’Iran à l’Union économique eurasiatique conforte l’idée du plein renforcement de la coopération eurasienne – aussi bien dans le sens d’une région plus que stratégique pour le renforcement du concept multipolaire du monde, ainsi que dans l’idée que c’est bel et bien en Eurasie que se forme la véritable notion de communauté internationale. Et ce aussi bien du point de vue géopolitique, géoéconomique, sécuritaire et démographique.

Pour rappel, l’Iran fait partie d’une autre grande organisation internationale eurasienne, à savoir l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) en qualité de membre-observateur, avec de très bonnes perspectives de devenir prochainement membre à part entière. Mais que représente concrètement du point de vue stratégique une adhésion de Téhéran au sein de l’UEEA? Il faut pour cela faire mention de plusieurs orientations.

Tout d’abord, il faut noter que désormais l’Union économique eurasiatique dépasse le cadre «promu» dans la vision des élites atlantistes, comme une simple renaissance de l’URSS. Sachant que l’Iran, à la différence des membres actuels de l’UEEA, n’a jamais fait partie de l’Union soviétique. Cela conforte donc l’idée que la notion même de l’intégration dans l’espace eurasiatique est un concept résolument tourné vers l’avenir et surtout qui attire les nations du grand espace eurasien.

D’autre part, et puisqu’on parle d’économie, il faut noter que pour l’Iran – la 21ème puissance économique mondiale en termes de PIB nominal, la 25ème en qualité de PIB à parité de pouvoir d’achat et l’une des principales économies parmi les pays du monde musulman, la perspective d’entrée dans l’UEEA ouvrira des perspectives économiques fortement intéressantes. Puissance énergétique de premier plan (avec une part de marché au niveau mondial des produits pétroliers de 5,5%), l’économie iranienne a connu une vive diversification au cours des dernières années. Cela sans oublier le potentiel scientifico-intellectuel de la nation perse qui n’est pas à démontrer. Y compris en comparaison avec certains de ses voisins régionaux. Ainsi qu’une capacité ferme à résister aux sanctions et pressions extérieures.

Quant à l’Union économique eurasiatique, il faut rappeler que l’organisation représente en soi une population de près de 200 millions de personnes, un PIB nominal de plus de 1700 milliards d’équivalent de dollars et un PIB à parité de pouvoir d’achat (PPA) de près de 4800 milliards d’équivalent de dollars.

Cette intégration de l’Iran dans l’espace eurasien se déroule  au moment d’un renforcement stratégique avec des pays comme la Chine et la Russie. Ceci étant dit, Pékin et Moscou ne sont pas les seuls soutiens de cette alliance avec l’Iran, aussi bien sur le plan géoéconomique que géopolitique. Des pays comme l’Arménie voient d’excellentes perspectives pour leurs projets économiques dans le cas d’une entrée de l’Iran dans l’Union économique eurasiatique.

Parmi les projets qui peuvent prendre forme ou être ravivés, on peut faire mention du projet ferroviaire reliant l’Iran et l’Arménie. Le coût de ce projet avait été estimé à 3,2 milliards d’équivalent de dollars. La longueur de cette route devrait être autour de 300 kilomètres, avec une infrastructure comprenant 64 ponts d’une longueur totale de 19,4 kilomètres, ainsi que 60 tunnels de 102,3 kilomètres et 27 stations.

Mais ce n’est pas tout. Si ce projet venait à être réalisé, l’Arménie n’aurait pas seulement une importante voie d’accès à l’Iran, mais également vers la Caspienne – en renforçant ainsi les liens par voie maritime avec les autres membres de l’UEEA – comme la Russie et le Kazakhstan. Ce qui est certain, c’est que l’adhésion de l’Iran à l’Union économique eurasiatique ouvre des opportunités pour Erevan de booster son économie, surtout pour la période post-covid et post-conflit avec l’Azerbaïdjan. D’autant plus lorsqu’on connait l’importante et influente diaspora arménienne d’Iran et qui maintient des contacts étroits avec la nation d’origine. Tout cela ne peut être donc que fort positif pour les deux pays, et plus généralement pour le front eurasien.

Evidemment, l’intégration de l’Iran dans l’UEEA ne trouve pas que des partisans. Et suscite une inquiétude peu voilée du côté étasunien, ou encore israélien. Justement, le quotidien israélien Israel Hayom note que les Etats occidentaux craignent que l’adhésion de l’Iran à l’Union économique eurasiatique permette à Téhéran de contourner les sanctions étasuniennes et de faire progresser son programme nucléaire.

Le souci pour les opposants à ces processus de larges intégration et interaction en Eurasie, c’est qu’ils oublient que des pays-civilisations que sont la Chine, la Russie, l’Iran et d’autres n’ont pas l’habitude de demander d’autorisation à qui que ce soit, en ce qui concerne leurs intérêts respectifs et ceux de leurs alliés. Et que si l’adhésion de l’Iran dans l’Union économique eurasiatique se concrétisera – ce n’est certainement pas Washington, Bruxelles ou Tel-Aviv qui pourront la faire stopper.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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