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Les exportateurs africains et l’eldorado russe

Un supermarché à Moscou

La crise entre l’Occident et la Russie ouvre des perspectives prometteuses à d’autres acteurs économiques. La place laissée libre par les producteurs occidentaux, notamment dans l’agroalimentaire, pourrait ainsi bénéficier aux pays africains.

La Russie représente encore un marché clé pour de nombreux exportateurs européens, qu’ils soient français, allemands, italiens, grecs ou autres. Pourtant, les pays de l’UE ont perdu pour très longtemps, voire pour toujours, de larges parts de marché dans le secteur agroalimentaire.

Les producteurs nationaux russes ont parfaitement su tirer leur épingle du jeu, au point qu’au-delà de l’autosuffisance dans plusieurs secteurs-clés, la Russie est devenue une puissance exportatrice de premier plan: elle s’est même hissée en 2017 à la première place mondiale des exportations de blé, devant les États-Unis, son principal concurrent à l’export.

Mais il serait également juste de rappeler que plusieurs pays non-occidentaux ont su profiter des occasions que représentent les contre-sanctions russes aux sanctions occidentales, y compris dans le secteur agroalimentaire. Parmi eux et hormis des pays voisins d’ex-URSS —hors Ukraine et pays baltes-, on retrouve la Turquie, l’Égypte, le Maroc, l’Afrique du Sud, la Chine, le Vietnam, le Brésil, l’Argentine, entre autres. L’Algérie voit aussi s’ouvrir des perspectives intéressantes et l’Afrique subsaharienne, en plus de l’Afrique du Sud, y aurait toute sa place.

De plus, commercer avec la Russie ouvre potentiellement les portes d’un marché encore plus vaste, celui de l’Union économique eurasiatique, qui comprend déjà la Russie, le Kazakhstan, la Biélorussie, l’Arménie et le Kirghizistan. Le Tadjikistan, lui, est candidat officiel à l’adhésion et la Moldavie est quant à elle membre observateur. Au total un marché de plus de 180 millions de personnes.

L’Afrique dispose d’un climat unique, propice notamment à la production de fruits exotiques —appréciés des consommateurs russes. Et à condition de créer des conditions favorables, les producteurs d’Afrique subsaharienne auraient toutes les chances de réussir. Et si jusqu’ici les exportateurs africains étaient surtout focalisés sur les pays européens ou du Moyen-Orient, il serait probablement temps aujourd’hui de penser à tisser des liens avec des partenaires russes. À cet effet, une intensification de contacts d’affaires entre les producteurs et entrepreneurs des deux parties, avec le soutien de leurs autorités respectives, serait sans aucun doute la solution.

Et à l’heure du retour de la Russie sur le continent africain, les opportunités mutuellement bénéfiques vont se multiplier, et pas uniquement dans l’agroalimentaire. Les voyages de délégations africaines en Russie, comme russes en Afrique, se sont multipliés au cours de ces derniers mois, des contacts facilités par plusieurs facteurs. Tout d’abord, l’Afrique dispose d’un nombre conséquent de cadres ayant été formés en URSS et en Russie. De plus, de tels échanges bénéficient du soutien des opinions publiques respectives de chaque pays: on sait par exemple que la Russie, notamment grâce à sa politique actuelle, est grandement appréciée dans pratiquement l’intégralité du continent africain.

Côté russe, les élites libérales de l’ère Eltsine, ayant crié et juré que l’avenir de la Russie est «uniquement avec l’Europe et l’Occident», ayant été écartées, le temps des illusions est bel et bien terminé. La Russie coopérera avec ceux qui respectent sa souveraineté, ses intérêts et ses valeurs —comme la Russie respecte et respectera les leurs.

Tout cela pour dire qu’il ne faudra pas s’étonner que la Russie et l’Afrique multiplient dans un avenir proche leurs échanges bilatéraux. De l’aveu des intéressés, il est aujourd’hui évident que la Russie peut beaucoup apporter à l’Afrique, comme l’Afrique peut beaucoup apporter à la Russie. Et cela concerne notamment les domaines sécuritaire, technologique, agroalimentaire, énergétique, minier, éducatif, culturel, du nucléaire civil. L’essentiel étant que la Russie, tout en pensant évidemment à ses intérêts, saura indéniablement aussi respecter et tenir compte ceux de ses partenaires africains. Ce fut le cas lors de la période soviétique, cela restera le cas avec la Russie contemporaine.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201804271036133999-afrique-eldorado-russie/

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Moscou et Ankara se rapprochent, Washington et Bruxelles enragent

Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan

À l’occasion d’une nouvelle visite de Vladimir Poutine en Turquie, Moscou et Ankara renforcent plus que jamais leur partenariat économique, énergétique, militaire, géopolitique et culturel. Un rapprochement qui ne fait pas les affaires de l’Occident, qui observe avec colère et impuissance cette évolution.

La récente visite de Vladimir Poutine en Turquie est d’autant plus symbolique que c’est sa première visite officielle à l’étranger après sa réélection haut la main, il y a un mois. Elle s’ajoute aux innombrables rencontres Poutine-Erdogan qui ont eu lieu depuis ces deux dernières années —après une normalisation qui s’est traduite aussi bien dans leurs relations bilatérales que multilatérales, notamment dans le cadre de sommets internationaux.

Depuis cette normalisation, les gouvernements des deux pays ont fait un bien grand, sinon un énorme saut en avant. Ils sont devenus les acteurs incontournables —avec l’Iran- de la résolution de la crise en Syrie, laissant par la même occasion les Occidentaux et leurs amis du golfe persique pratiquement hors-jeu —au grand dam de ces derniers. Cette nouvelle réalité eurasienne et proche-orientale s’inscrit d’ailleurs parfaitement dans le contexte multipolaire. Les pays extérieurs et surtout non invités dans telle ou telle région du monde feraient bien mieux de rester chez eux et de se limiter à observer… Clin d’œil en direction de Washington, Londres et Paris.

Il sera bien évidemment question de la Syrie lors de cette énième rencontre Poutine-Erdogan avant que le duo ne devienne un trio, puisque les deux chefs d’État seront rejoints par le Président iranien Hassan Rohani. Alors que les tensions entre Ankara et ses «partenaires» de l’Otan, dont les USA, la Grande-Bretagne et la France, n’ont jamais été aussi vives, il est certain que Moscou, Ankara et Téhéran comptent poursuivre leurs efforts conjoints en vue de mettre un terme à la guerre en Syrie. Un conflit de toute manière remporté dignement par le gouvernement syrien, là encore au grand dam des instigateurs habituels du chaos international. À ce titre, les récents événements dans la Ghouta orientale —libérée à plus de 90% des terroristes par l’opération encore en cours de l’armée gouvernementale syrienne, ne font que le confirmer. D’autre part, la baisse évidente de l’animosité entre Damas et Ankara est indéniablement un succès supplémentaire de la Russie.

Mais l’interaction russo-turque ne s’arrête pas là. Poutine et Erdogan ont ainsi assisté à la cérémonie de lancement de la construction de la centrale nucléaire d’Akkuyu, l’un des projets stratégiques entre les deux pays, dans la province turque de Mersin. Cette centrale, qui sera construite et mise en exploitation par Rosatom, l’Agence fédérale russe de l’énergie atomique, assurera 10% des besoins en électricité de la Turquie. Le tout sans oublier bien évidemment le projet du gazoduc Turkish Stream, dont les travaux avancent plus que bien, un projet qui déplaît autant à Washington, Bruxelles qu’à Kiev. Ce dernier perdra en conséquence de larges sommes dues au transit gazier.

Quant aux deux premiers, ils devront mettre la main à la proche s’ils souhaitent continuer à maintenir à flot le régime de Kiev issu du coup d’État ukrainien de février 2014. Eh oui —pour les ambitions géopolitiques, il faut payer.

Et ce n’est pas tout. Le Président turc Erdogan a une fois de plus confirmé l’achat par la Turquie des systèmes russes de défense antiaérienne et antimissile S-400 Triumph. Fait inacceptable aussi bien pour Washington que Bruxelles, qui ont tout fait pour tenter de convaincre Ankara de renoncer à cet achat, connaissant parfaitement ce que peut apporter une coopération militaro-technique russo-turque à terme. Poutine, de son côté, a annoncé lors de cette visite que la Russie allait accélérer les livraisons de ces systèmes, ajoutant que cette décision avait été prise «à la demande de nos partenaires et amis turcs».

Dans tout cela, une chose est certaine: la Turquie d’Erdogan, malgré d’évidentes erreurs dans le passé, notamment concernant la Syrie, a su analyser les faits et prendre des mesures efficaces, dans le cadre de ses intérêts nationaux souverains. Des mesures qui ont en outre permis de réparer certaines de ces erreurs. En effet, la Turquie est et demeure certainement le seul pays membre de l’Otan à disposer d’une politique indépendante et souveraine, à l’énorme différence des Berlin, Paris, etc. Londres? N’en parlons même pas…

Alors que des millions de touristes russes reviennent en Turquie —de loin les favoris des hôteliers locaux- et que les investissements fleurissent dans divers domaines —infrastructures, textile, produits agroalimentaires, services bancaires et financiers, projets éducatifs…- l’heure est à l’optimisme quant au futur des relations turco-russes. N’en déplaise à Washington et Bruxelles: Moscou et Ankara n’ont guère besoin de l’avis des tiers pour avancer. À bon entendeur…

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201804041035800235-russie-turquie-usa/

Mikhail Gamandiy-Egorov

La Turquie poursuit son éloignement de l’Otan

La Turquie poursuit son éloignement de l'Otan

Les tensions entre la Turquie et ses «alliés» de l’Otan restent plus vives que jamais. Après celles entre Ankara et Bruxelles, c’est désormais avec Washington que les choses se corsent. Dans la recomposition géopolitique en cours dans la région, La Turquie et les États-Unis se retrouvent face à face.

Soyons clairs: jamais les USA n’ont été populaires auprès de Turquie. Ces dernières années, cette tendance s’est confirmée, aussi bien dans la majorité que d’une partie de l’opposition, notamment d’obédience républicaine. Et le fait d’encore appartenir à l’alliance Atlantique ne semble plus être en mesure de stopper la rhétorique hostile entre Ankara et Washington. Une chose est néanmoins certaine: le gouvernement turc ne compte pas reculer dans la défense de ses intérêts nationaux.

En effet, les récents propos du Président Erdogan et de plusieurs hauts responsables de son gouvernement à l’encontre des États-Unis soulignent une fois de plus la fracture au sein de l’Alliance nord-atlantique, dans laquelle Ankara représente indéniablement le seul acteur menant une politique indépendante vis-à-vis du chef étasunien.

Depuis le début de son opération militaire «Rameau d’olivier» dans le Nord syrien contre les Kurdes, préalablement coordonnée avec la Russie, le ton du pouvoir turc ne cesse de monter contre les USA, ces derniers étant les alliés déclarés des forces kurdes combattues par la Turquie. Des forces kurdes qui par ailleurs n’ont pas le soutien de Damas, après avoir ouvertement décidé d’être des éléments de déstabilisation étasunienne.

La Turquie est allée jusqu’à avertir les USA du risque de voir ses soldats frappés s’ils ne quittaient pas les zones du Nord syrien, où ils se trouvent en compagnie des YPG kurdes:

«Si les terroristes ne se retirent pas de Manbij en Syrie, nous lancerons une opération militaire dans cette région également [après celle du canton d’Afrine, ndlr]. Dans ce cas, les militaires américains en uniforme de YPG seront eux aussi la cible de notre opération», avait prévenu Bekir Bozdag, vice-Premier ministre turc. Un message réitéré par Mevlüt Çavuşoğlu, le chef de la diplomatie turque.

Puis, ce fut au tour du président Erdogan d’en rajouter, en condamnant ouvertement la présence US en Syrie: «On nous pose la question de savoir quand nous achèverons notre opération en Syrie. Et vous [les États-Unis, ndlr], êtes-vous partis de l’Afghanistan ou de l’Irak? Daech n’existe plus. Alors pourquoi restez-vous? Vous avez donc des projets contre la Turquie, contre l’Iran, ou peut-être, contre la Russie. Mais nous sommes fermes. Tant que le terrorisme menace notre sécurité, nous agirons avec détermination», avait-il dit, en intervenant devant les députés du groupe parlementaire du Parti de la justice et du développement.

La mention de l’Iran et de la Russie, qui selon Erdogan seraient eux aussi visés par les actions hostiles de Washington ne doit rien au hasard: Ankara poursuit son rapprochement géopolitique avec Moscou et Téhéran, en plus de liens économiques déjà intenses. Cela s’est d’ailleurs traduit avec l’organisation du Congrès des peuples de la Syrie à Sotchi, dans lequel la Turquie a apporté une sérieuse contribution, en coordination avec les gouvernements russe, et iranien.
Plus récemment encore, le dirigeant turc a ouvertement accusé Trump d’avoir menti à la Turquie, comme l’avait fait son prédécesseur Obama, faisant référence au large soutien militaire accordé par Washington aux éléments armés kurdes, considérés par Ankara comme étant terroristes.

En conséquence, depuis plusieurs années, les tensions entre la Turquie —deuxième armée de l’Otan en termes d’effectifs- et ses «partenaires» occidentaux, y compris étasuniens, ne font que s’exacerber. Parallèlement à cela, le rapprochement intraeurasien se poursuit. Et c’est d’ailleurs logique. La Turquie comprend aujourd’hui parfaitement qu’elle n’a rien de positif à attendre dans ses relations avec les élites politiques occidentales, qu’elles soient à Washington ou à Bruxelles. Dans cette situation, cette puissance régionale de premier plan sait qu’elle doit construire son avenir avec des partenaires de confiance, sur lesquels elle pourra compter en cas de difficulté. Surtout qu’elle sait parfaitement qu’elle est elle-même dans le collimateur de ceux qui ont initié le chaos dans cette région.

Néanmoins, il y a indéniablement encore des actions à entreprendre pour la Turquie. La première serait d’annoncer officiellement son désir de normaliser ses relations avec les autorités syriennes. En effet, plusieurs politiciens haut placés, aussi bien au sein du gouvernement que de certaines forces de l’opposition, reconnaissent que ce serait la meilleure solution et dans l’intérêt de la Turquie. Et cela porterait un coup certain aux ennemis de la stabilité dans cette région.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201802071035060205-turquie-otan/

Mikhail Gamandiy-Egorov

La Turquie bascule à l’Est, l’Ouest s’alarme

La Turquie bascule à l’Est, l’Ouest s’alarme

Jamais les tensions n’ont été aussi vives entre la Turquie et ses alliés de l’Otan. Tant l’Europe que les États-Unis s’inquiètent du tournant qu’opère Ankara en direction de la Russie. Une stratégie qui renforce le camp de la multipolarité et qui déplace les équilibres géostratégiques vers l’Est, ce que l’Ouest ne peut tolérer.

Les tensions entre alliés de l’Otan semblent passer au stade supérieur. En effet, après la vive opposition entre Ankara et plusieurs capitales de l’UE, le ton se dégrade aussi entre la Turquie et Washington, au point que certains politiciens et experts étasuniens appellent ouvertement à sanctionner la République turque.

En effet, si les derniers mois ont été caractérisés par une rhétorique ouvertement hostile entre Ankara et Bruxelles, Washington avait préféré garder un ton plus ou moins «neutre», qui n’est plus de mise. L’hostilité de Washington envers son «allié» turc est patente et comme par hasard la Russie y est encore pour quelque chose, mais pas seulement.

À lire et entendre les représentants de l’élite politico-médiatique occidentale, la Turquie s’engagerait dans une très «mauvaise voie». «Autoritarisme, islamisme, trahison des valeurs otaniennes, cap à l’Est», etc. telles sont les nombreuses accusations qui fusent depuis quelque temps à l’encontre de la Turquie. Essayons d’y voir plus clair.

Il est exact que les idées du néo-ottomanisme sont de plus en plus populaires depuis que le parti de Recep Tayyip Erdogan, l’AKP, est arrivé au pouvoir en Turquie. La religion joue également un rôle plus important pour une partie de la société turque, bien que la Turquie reste officiellement un État laïc. Une partie du leadership turc s’était à un moment radicalisé, au point de vouloir transformer ses rêves en actes. Cela s’est notamment traduit par une action fortement néfaste dans les premières années de conflit en Syrie et une détérioration évidente des relations stratégiques turco-russes, surtout au moment de la crise entre les deux pays en novembre-décembre 2015, gelant par la même occasion ces relations pour près de six mois.

Mais ces actions étaient alors vivement saluées par les alliés otaniens de la Turquie, à partir du moment où cela pouvait servir à faire tomber le président Bachar al-Assad en Syrie (un échec) ou à frapper les intérêts russes. Objectivement, à partir de quand les relations Turquie/Occident ont-elles commencé à se détériorer? Réponse: précisément à partir du début de la normalisation des relations turco-russes, lorsque le président Erdogan s’est décidé à présenter des excuses officielles à la Russie pour l’avion abattu dans le ciel syrien fin novembre 2015. Pour les élites occidentales, il est alors devenu clair que cette normalisation allait complètement à l’encontre de leurs intérêts et de leur politique du chaos, aussi bien en Syrie qu’ailleurs dans la région.

Que se passe-t-il par la suite? La tentative de coup d’État en Turquie. Le timing est important: Ankara présente ses excuses à Moscou fin juin 2016, la tentative de putsch est déclenchée les 15 et 16 juillet 2016. Vraisemblablement, les élites occidentales et leurs agents sur place ont préféré ne pas perdre de temps et reprendre rapidement l’initiative. Le souci pour leurs projets, c’est que les citoyens turcs dans leur majorité ne se sont pas laissés faire. Partisans d’Erdogan ou non, ils sont descendus en masse dans les rues de plusieurs villes en vue de défendre la démocratie et la souveraineté de leur pays. La suite est connue: une nette détérioration des relations avec l’Occident, le retour au partenariat stratégique avec la Russie et plus généralement avec le grand espace eurasiatique, dont la Turquie fait partie intégrante.

Bien sûr, les très importants intérêts économico-commerciaux qui lient la Turquie à la Russie ne sont pas étrangers au désir de reprendre ledit partenariat stratégique, mais ce n’est pas tout. Le soutien officiel accordé par Moscou à la Turquie au moment de la tentative de putsch a montré définitivement aux dirigeants et à beaucoup de citoyens turcs sur qui ils pouvaient compter dans les moments difficiles, et qui n’était pas fiable, même si ces derniers sont encore considérés comme des «alliés» officiels.

Cette séquence a eu plusieurs conséquences directes, à commencer par une nette diminution de la rhétorique anti-Assad du côté du gouvernement turc et une participation active aux côtés de la Russie et de l’Iran au processus d’Astana. Celui-ci a permis, depuis fin décembre, de lancer les premières bases d’une solution pacifique dans la crise syrienne et d’intensifier la lutte contre le terrorisme, qui est actuellement en phase finale. Nous avons même assisté à des frappes conjointes russo-turques contre Daech dans le nord syrien, une première dans les relations entre la Russie et un pays membre de l’Otan.

Cerise sur le gâteau, Ankara a confirmé l’achat du système antimissile russe S-400, provoquant la colère aussi bien de Washington que de Bruxelles, qui depuis ne cessent d’exiger des comptes sur les motivations de la Turquie, notamment sur son avenir au sein de l’alliance nord-atlantique.

Ajoutez à cela les projets à grande valeur ajoutée que sont le gazoduc Turkish Stream et la centrale nucléaire d’Akkuyu ou les innombrables rencontres Poutine/Erdogan depuis la confirmation de la normalisation et vous comprendrez l’inquiétude des élites occidentales, alors que la Russie déjà a forgé une alliance stratégique avec la Chine, un autre concurrent affirmé des partisans de l’unipolarité.

Tout récemment, l’ex-chancelier allemand Gerhard Schröder a estimé qu’il était «vital pour l’UE d’empêcher la Russie et la Turquie de se détourner de l’Europe au profit de l’Asie», et notamment en direction de la Chine. Bien que Schröder soit certainement l’une des rares voix sages de l’Europe bruxelloise, il semble que son conseil arrive bien tard. Les trois pays ont leur avenir dans l’espace eurasiatique, dans lequel l’UE n’a aucune place tant qu’elle n’aura pas retrouvé une souveraineté digne de ce nom.

Pour le reste, les relations Chine-Russie ou Russie-Turquie correspondent parfaitement aux intérêts nationaux de chacune de ces nations, et les tensions géopolitiques avec l’Occident n’ont fait que leur donner qu’un coup de pouce supplémentaire. Concernant l’avenir de la Turquie, la Russie, comme d’ailleurs la Chine, considère que c’est uniquement aux citoyens turcs de décider de leur avenir et c’est là toute la différence avec l’Occident politico-médiatique. C’est pourquoi les Turcs, à l’instar de beaucoup d’autres peuples du monde, continueront à regarder de moins en moins à l’Ouest et à opter pour le Nord-Est.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201710191033527137-turquie-otan/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Et l’alternance politique, Frau Merkel?

Et l’alternance politique, Frau Merkel?

L’Union européenne, et plus généralement l’Occident politique, adore donner des leçons de «démocratie» et «d’alternance politique» aux quatre coins de la planète. En oubliant bien souvent de balayer devant sa porte. Les législatives allemandes en sont un exemple.

Angela Merkel est au pouvoir en Allemagne, la principale économie de l’UE, depuis maintenant douze ans. Et elle ne devrait pas s’arrêter là. En effet, après la victoire de la CDU aux législatives, la chancelière est désormais candidate pour un quatrième mandat.

Nous n’allons pas spéculer ici, comme certains «bien-pensants» aiment à le faire, pour savoir si les Allemands mériteraient mieux que Mme Merkel au vu des nombreux défis qu’affronte l’Allemagne nous n’allons pas non plus nous demander si le temps serait venu pour elle de laisser la place à d’autres politiciens allemands. Après tout, n’est-ce pas «d’alternance» que les élites occidentales aiment parler à longueur de journée à propos de nombreux pays, principalement non-occidentaux? Surtout lorsqu’on se rappelle que Berlin se considère à beaucoup de titres comme le moteur de l’Europe bruxelloise.

Pourquoi? Car cela n’est pas de notre ressort, mais de celui des citoyens allemands d’en décider.

Mais le souci qui nous occupe ici, c’est qu’une fois de plus on fait face à une hypocrisie occidentale évidente. Pratiquement aucun média central, pas plus qu’aucun politicien de poids en Occident, n’a remis en cause la longueur du mandat de Frau Merkel. Alors, la question qui se pose est relativement simple: «De quel droit les « bien-pensants » occidentaux ne cessent de mettre leur nez (ou tentent de le mettre) dans les processus politiques en Russie, Chine, Syrie, pays d’Afrique, d’Amérique latine, Iran, Turquie, et ainsi de suite…?»

Soyons honnêtes. Pour beaucoup de Russes, comme de Chinois, d’Africains ou de Latino-Américains, le choix politique des Allemands importe peu, voire pas du tout. Pour certains, respect de la souveraineté oblige, pour d’autres tout simplement par manque d’intérêt. Alors quand est-ce que les Occidentaux, et surtout les élites occidentales, se débarrasseront une bonne fois pour toutes de la mentalité coloniale qui les caractérise? Il est certain que si nous avions posé cette question il y a 25 ans, à la chute de l’URSS, voire il y a 15 ans, beaucoup nous auraient ri au nez. L’Occident était omnipuissant et se considérait être en droit de décider de l’avenir de tous.

Sauf que les temps ont irrémédiablement changé, mes chers amis. Le monde multipolaire n’acceptera plus jamais le diktat d’un bloc limité de pays, et plus particulièrement d’une caste d’hommes politiques vampirisant l’humanité. Tout cela c’est fini.

En ce sens, quelle alternative proposent des pays comme la Russie ou la Chine, fers de lance de la nouvelle réalité? La réponse est la suivante: respecter la souveraineté de tous les États, sans exception. Et tenir compte des spécificités culturelles et religieuses de chaque nation, qui font d’ailleurs la beauté de notre planète, le tout dans le strict respect du droit international.
C’est si difficile que cela?

Le concept des «valeurs universelles» dont use tellement la propagande de l’Occident politique ne fait plus recette. Surtout depuis que les citoyens aux quatre coins de la planète, y compris de bien nombreux citoyens de pays occidentaux, ce qui se cachait derrière ces belles paroles… la justification de crimes contre l’humanité, l’exploitation des ressources des peuples non-occidentaux, la violation de la souveraineté des populations, ainsi que leur dignité purement et simplement bafouée..

Il n’y a pas de modèle unique pour le monde et il n’y en aura jamais. C’est en cela que le concept multipolaire est probablement le plus juste et le mieux adapté qui puisse être, bien plus que l’ancien système bipolaire. Il ne se compare même pas au diktat unipolaire qui existe depuis la fin de l’URSS, jusqu’à ce qu’un certain nombre de pays décident d’y mettre un terme.

Les élites occidentales finiront-elles par accepter une réalité qu’il est aujourd’hui simplement idiot de vouloir remettre en cause? À court et moyen terme, très probablement non. Car la mentalité coloniale, comme une maladie chronique, ne se soigne pas du jour au lendemain. Il faut encore du temps.

En attendant, la multipolarité continuera son chemin, quel que soit le défi. Le diktat n’a plus lieu d’être.

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Mikhail Gamandiy-Egorov

Le fossé se creuse entre Ankara et Washington

Ankara

La Turquie et les États-Unis font partie d’un bloc militaire commun, mais dans lequel les USA s’estiment être le chef absolu. Aussi, quand Ankara assume de plus en plus sa souveraineté, les divergences se concrétisent rapidement: Syrie, Qatar, sanctions antirusses, les pommes de discorde s’accumulent.

Officiellement, les États-Unis et la Turquie demeurent alliés dans le cadre de l’OTAN. Pourtant, la Turquie confirme une fois de plus qu’elle est à ce jour probablement le seul pays membre de l’alliance nord-atlantique à mener une politique globalement indépendante. Du moins certainement plus que tous les pays Ouest et Est-européens.

Quelques rappels s’imposent: tout d’abord, la Turquie a été le seul pays membre de l’OTAN à ne pas s’être joint aux sanctions contre la Russie voulues par Washington et largement suivies par les capitales de l’Europe bruxelloise. Un manque de «solidarité» clairement mal vu par le bloc occidental. Et malgré une crise majeure dans ses relations avec Moscou, qui a duré de novembre 2015 à juin 2016, Ankara a fait le premier pas vers la réconciliation et un retour à son partenariat stratégique avec la Russie. Mais ce n’est pas tout. Parallèlement au renforcement de ses liens avec la Russie, la Turquie a connu une vive détérioration de ses relations avec plusieurs pays de l’UE, notamment l’Allemagne.

Mieux encore, la Russie et la Turquie, en coordination avec l’Iran, ont joué un rôle clé dans le cessez-le-feu observé en Syrie depuis fin décembre 2016 et qui reste globalement respecté à ce jour. D’ailleurs, plusieurs groupes armés soutenus par la Turquie continuent à se joindre audit cessez-le-feu, ce qui permet à l’armée gouvernementale syrienne de poursuivre son offensive dans le désert de Syrie en vue d’anéantir une bonne fois pour toutes la secte Daech sur le sol syrien.

Par ailleurs et selon les informations toutes récentes émanant de hauts responsables syriens, plusieurs groupes dits de «l’opposition» syrienne, soutenue par la Turquie, se disent prêts à combattre l’autre secte takfiriste —Al-Qaida- en coordination avec Damas et Moscou. En d’autres termes, ils ont compris qu’ils ne pourront pas réaliser leur projet initial, à savoir faire tomber Bachar al-Assad et que la meilleure solution pour eux est donc d’initier un réel dialogue avec le pouvoir légitime syrien afin de pouvoir prétendre à son amnistie.

Revenons aux tensions de plus en plus évidentes de la Turquie avec les pays occidentaux. Elles ne se limitent désormais plus aux seuls pays ouest-européens et aux échanges de critiques virulentes, entorses aux droits de l’homme contre ingérence dans la politique intérieure turque. C’est désormais avec Washington que les relations se dégradent franchement. En effet, et depuis l’important soutien annoncé par les États-Unis aux groupes kurdes notamment les FDS opérant en Syrie, Ankara ne cache pas son inquiétude, voire son énervement. En effet et tout récemment, l’agence Anadolu —l’une des deux principales agences de presses turques- a publié les informations sur la localisation des forces spéciales américaines et françaises en Syrie. Washington s’est dit inquiet sur ces fuites qui selon lui «peuvent menacer les forces américaines». Fait qui confirme les désaccords de plus en plus évidents entre les deux pays, membres-clés de l’OTAN.

Sur le Qatar aussi, les positions semblent diverger. Si Washington semble privilégier son allié saoudien, Ankara (et Téhéran…) a pris fait et cause pour Doha dans la crise qui oppose cette dernière à plusieurs pays arabes, principalement l’Arabie Saoudite. Au point d’augmenter considérablement le contingent militaire turc présent au Qatar, le faisant passer de 150 à près de 3.000 soldats aux toutes dernières nouvelles.

Cela ne signifie pas pour autant que la Turquie quittera le navire de l’OTAN du jour au lendemain. Le pouvoir turc joue sur les contradictions entre ses partenaires pour servir ses intérêts nationaux. Une chose est sûre: vu le nombre de projets en cours et à venir avec la Russie, dans le domaine économico-commercial et même militaire, Ankara ne semble plus vouloir de tensions avec Moscou. Si au départ de la crise syrienne, la Turquie voulait absolument la chute du gouvernement syrien, depuis la normalisation des relations russo-turques et le retour au partenariat stratégique entre les deux pays, Ankara a beaucoup modéré sa position envers Damas, tout en coordonnant de plus en plus ses intérêts avec la Russie et l’Iran. Fait d’ailleurs reconnu avec inquiétude par plusieurs médias centraux.

Par ailleurs, la Turquie ne se fait pratiquement plus d’illusions quant à un éventuel avenir au sein de l’Union européenne, dans lequel d’ailleurs elle aurait certainement plus à perdre qu’à gagner. Enfin, ses relations avec «l’allié» étasunien deviennent de plus en plus compliquées. Reste évidemment la carte eurasiatique, de plus en plus soutenue par les citoyens de Turquie. Au pouvoir turc de bien l’utiliser. Pour quel résultat? Seul le temps nous le dira.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201707211032312993-usa-turquie/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Turquie: les menaces de l’UE n’impressionnent pas

Turquie

Pourquoi l’Europe dans sa version bruxelloise rappelle l’héroïne de l’œuvre Le Revizor de l’écrivain russe Nicolas Gogol, qui s’était fouettée soi-même ? Car elle n’est toujours pas en capacité d’analyser ses propres erreurs et de faire les bonnes conclusions.

Au contraire et au vu de la rhétorique toujours en vigueur, la situation pour l’UE ne peut que s’empirer.

Dans un article récent du journaliste allemand Jürgen Gottschlich pour le quotidien berlinois Die Tageszeitung, l’auteur parle du fait que l’Union européenne devrait suivre l’exemple russe (lorsque la Russie a adopté des mesures de rétorsion après que le bombardier russe Su-24 ait été abattu dans le ciel syrien par un chasseur turc, en novembre de l’année dernière) à l’encontre de la Turquie. Tout en sachant que l’auteur allemand n’est aucunement un sympathisant de la Russie, tout au contraire. Comme l’un des arguments il avance le fait que c’est le seul langage que comprend le président turc Erdogan et que c’est la raison pour laquelle la Turquie après une demi-année de relations fortement difficiles avec la Russie, a tout fait pour ensuite les normaliser. Toujours selon lui, Bruxelles devrait adopter la même « fermeté » envers la Turquie pour la forcer à être plus conciliante, en indiquant par ailleurs que la « Turquie dépend plus économiquement de l’UE que de la Russie ». Le reste de l’article garde le même style habituel des journalistes du mainstream occidental, à savoir des leçons de « démocratie » habituelles, une habitude que les élites occidentales ne sont toujours pas prêts à oublier comme méfait du passé, y compris même aujourd’hui — face aux nouvelles réalités du monde multipolaire.

Maintenant il serait intéressant de répondre à cet article car je dois avouer que cette arrogance occidentale bien connue a reconfirmé une fois encore une chose évidente : l’Occident politico-médiatique se croit toujours en capacité de donner des leçons au monde entier, particulièrement aux peuples non-occidentaux qu’il considère clairement inférieurs. Cette approche est la même que ce soit envers la Russie, la Chine, la Syrie, l’Iran, la Turquie, les pays d’Afrique ou d’Amérique latine. Absolument la même. Et mêmes les humiliations subies plusieurs fois ces temps-ci semblent ne pas stopper nos « braves bien-pensants » occidentaux.

Donc répondons-y. Tout d’abord et dans le cas des relations russo-turques, la Russie n’était nullement intéressée par des mesures de rétorsion à l’encontre de la Turquie. Cette dernière étant un partenaire stratégique au niveau des relations économico-commerciales, surtout au vu de la dynamique observée depuis les 5-10 dernières années. Mais la Russie n’avait tout simplement pas le choix car ce qui est arrivé en novembre 2015 dans le ciel syrien était réellement considéré comme un coup de poignard dans le dos. Et vu que la Turquie n’a pas voulu au départ de cette situation fortement désagréable adopter l’approche qui aurait pu éviter de geler ou limiter plusieurs secteurs du partenariat bilatéral, la Russie avait alors adopté une série de mesures de rétorsion. Une demi-année a passé. Le leadership turc a présenté les excuses officielles et faut le dire a tout fait pour que cette normalisation ait lieu. Une normalisation que la Russie souhaitait aussi. Depuis les deux pays reparlent partenariat stratégique et tout semble suivre le cours logique des choses. Dans le cas de l’UE, elle n’a aucune raison digne de ce nom pour sanctionner la Turquie, si ce n’est le désir toujours aussi ardent de donner des leçons de vie aux autres.

Deuxièmement pour répondre au fait que la Turquie dépendrait économiquement parlant soi-disant plus de l’UE que de la Russie. Tout d’abord et dans le cas des relations turco-russes, il ne s’agit pas de dépendance : ce sont des relations véritablement issues du concept gagnant-gagnant. Et les représentants du leadership turc ont raison de rappeler que les deux pays se complètent parfaitement. Maintenant parlons de la prétendue « dépendance turque » vis-à-vis de l’UE, et de notamment de l’Allemagne, pays de citoyenneté de l’auteur dudit article. Si l’Allemagne est effectivement la première destination des exportations turques qui s’élèvent à plus de 12 milliards de dollars, néanmoins l’Allemagne exporte en Turquie pour plus de 19 milliards. Par ailleurs et si on regarde le TOP 6 des principales destinations de l’export turc, on retrouve en plus de l’Allemagne l’Irak, l’Iran, le Royaume-Uni, les Emirats arabes unis et la Russie. Sur les 6 pays donc de ce classement, seuls 2 sont ouest-européens. Plus généralement il est admis que les trois principaux partenaires économiques de la Turquie sont l’Allemagne, la Russie et l’Iran. S’ajoute à cela la Chine qui est aujourd’hui également un partenaire économique de premier choix.

Quant aux importations qui arrivent en Turquie, c’est sûr que les pays de l’UE ne devraient pas se plaindre puisque en plus de l’Allemagne citée plus haut, des pays comme l’Italie ou la France en profitent bien eux aussi. Il faut à ce titre savoir que la Turquie est le 5ème plus grand marché d’exportation pour l’Union européenne et 6ème client hors UE des exportations françaises. A se demander alors qui gagneraient et qui perdraient le plus en cas de sanctions.

Par ailleurs, l’auteur allemand oublie également d’indiquer que depuis la signature à Istanbul le 10 octobre dernier de l’accord russo-turc sur le projet de gazoduc TurkStream allant de la Russie à la Turquie à travers la mer Noire, les deux pays sont passés alors à un niveau encore plus important de leur partenariat bilatéral. Ce projet renforce non seulement le rôle déjà très important de la Russie sur le marché gazier mais également celui de la Turquie. Et l’UE, grande consommatrice de gaz, ne peut se permettre de ne pas en tenir compte. Ajoutez à cela le fait que le marché russe est le plus important pour les entreprises turques du BTP, autre secteur fortement important pour l’économie de la Turquie. Tout comme le principal marché étranger d’écoulement des fruits et légumes frais, autre orientation commerciale turque importante. Et l’un des plus importants dans le domaine du textile et du prêt-à-porter. Enfin la Turquie qui est de loin la première destination de vacances à l’étranger pour les touristes russes. Des touristes russes qui sont deuxièmes en termes de nombre (de très peu derrière les Allemands) mais 3 fois plus dépensiers que les mêmes Allemands, faisant donc de la Russie de loin le marché touristique émetteur prioritaire pour la Turquie. Sans oublier que les leaders des deux pays se sont fixés l’objectif d’atteindre 100 milliards de dollars d’échanges d’ici 2020. Tout cela pour dire que le journaliste allemand peut clairement revoir son enthousiasme à la baisse : le partenariat économique de la Turquie avec la Russie, et plus généralement avec l’espace eurasiatique, est sur beaucoup de points plus important pour la première que ses relations avec l’UE.

Et même si en perspective l’Europe bruxelloise allait à imposer des sanctions économiques à la Turquie, l’UE serait la première à en payer les frais. Vraisemblablement la leçon des contre-sanctions russes n’a rien appris aux donneurs de leçons occidentaux. Soyons clairs : si l’UE imposait des sanctions contre la Turquie (7ème puissance économique européenne et 1ère du Moyen-Orient), c’est en premier lieu tout le business ouest-européen présent en Turquie (un marché de plus de 75 millions de consommateurs) qui criera sa révolte, comme ce fut le cas (et l’est toujours) en Russie. D’autre part, la Turquie pourra prendre exemple sur la Russie et imposer des contre-sanctions à l’Union européenne là où cela fera le plus mal aux intérêts de l’UE. Avec comme résultats des milliards de pertes pour l’économie bruxelloise, déjà pas au mieux ces temps-ci. Enfin, une telle approche exacerbera les sentiments anti-occidentaux au sein de la société turque et convaincra les indécis à suivre définitivement ceux qui en Turquie soutiennent l’idée de rejoindre l’axe Moscou-Téhéran. Et ils sont nombreux.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201611221028812516-menaces-turquie-ue/

https://fr.sputniknews.com/authors/mikhail_gamandiy_egorov/