Archives du mot-clé Washington

Les raisons de la dépendance gazière de l’UE

12.09.2022

Alors que l’Europe se retrouve face à une crise énergétique majeure, les responsables européistes oublient bien souvent de rappeler à leurs citoyens les raisons de la dépendance de l’UE vis-à-vis de la Russie. Une crise désormais accentuée par une politique largement hostile à l’encontre de Moscou et des sanctions qui frappent ouvertement leurs propres instigateurs. Retour sur la question.

Les discussions bruxelloises quant à la nécessité de diminuer la dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie ne datent pas d’hier, ni de fin février dernier. C’est une rhétorique au contraire qui se répète tout au long des années. Pour autant et si jusqu’à maintenant l’Union européenne n’a jamais réussi à se passer du gaz russe, ce n’est certainement pas en raison d’un quelconque manque de volonté à le faire, mais bel et bien pour des raisons parfaitement pratiques, liées aux faits et statistiques.

Si l’on regarde les volumes d’exportation de gaz naturel par pays, il devient très rapidement évident qui en est le principal acteur au niveau mondial, en l’occurrence la Russie. Les Etats-Unis qui arrivent en deuxième position restent dans une posture qui ne peut permettre le remplacement du gaz en provenance de Russie, en raison de leur propre consommation interne très élevée. Devant même importer des volumes supplémentaires depuis le Canada voisin.

Cela sans oublier que dans le cas des besoins européens, les USA ne peuvent assurer les livraisons que via les fameux méthaniers – des méthaniers qui devront être produits en énorme quantité pour pouvoir réaliser les dites livraisons, et avec un prix final de vente qui sera largement supérieur à celui du gaz russe. De son côté le Qatar, autre acteur majeur gazier international, était longtemps orienté sur les marchés asiatiques. Et s’il devait augmenter considérablement ses livraisons à l’Europe, ce serait alors aux dépens de ces marchés stratégiques, tout en demandant aux acheteurs européens de se baser sur des contrats à long-terme, chose que les bureaucrates européistes n’en sont pas partisans.

Cela sans oublier que les marchés asiatiques traditionnels que le Qatar, très théoriquement pourrait laisser ou y réduire sa présence, seront immédiatement demandeurs de livraisons alternatives, étant de grands consommateurs et dont les besoins ne cessent de monter en puissance. Enfin, il serait bon de rappeler que Saad Sherida al-Kaabi, ministre de l’Energie du Qatar – avait clairement fait comprendre fin mars dernier quant à l’impossibilité de remplacer le gaz russe. En ce qui concerne la Norvège (quatrième exportateur mondial) – elle est déjà de-facto au maximum de ses capacités.

L’Algérie, qui représente 11% des importations européennes ne peut, de manière significative, augmenter les volumes d’exportations gazières à destination de l’UE. Quant aux discussions sur les éventuels gazoducs au départ du Nigéria (qui d’ailleurs ne fait même pas partie des 10 principaux exportateurs mondiaux) et devant traverser plusieurs pays africains – les volumes concernés seront insignifiants pour les besoins européistes, d’autant plus que la réalisation éventuelle même de tels gazoducs prendra encore des années. Et peut-être même de bien longues années.

Dans tous les cas et comme le reconnaissent même les experts occidentaux – il est tout simplement impossible de remplacer les 150 milliards de mètres cubes annuels acheminés de Russie en Europe par du gaz d’autres provenances.

Cela sans oublier qu’au-delà des désagréments de l’absence du gaz russe dans l’Europe bruxelloise qui seront ressentis par les citoyens des pays de l’UE, et qui d’ailleurs commencent déjà à se faire ressentir, c’est toute l’industrie européenne qui risque de subir les conséquences des décisions de ses représentants politiques. Car oui – tout le fameux mythe de la puissance industrielle occidentale oublie bien souvent de rappeler l’extrême dépendance vis-à-vis des matières premières des nations non-occidentales et sans lesquelles elle devra soit réduire considérablement sa production (et donc les exportations, ainsi que les revenus), soit devra tout simplement se retrouver à l’arrêt. Avec tout ce que cela implique, y compris pour des pays comme l’Allemagne – première économie de l’UE.

De manière générale, le choix ouvertement pro-washingtonien de l’Europe bruxelloise concerne bien évidemment les décideurs européens en question, ainsi que ceux ayant voté pour eux. Sauf qu’il est impossible de pouvoir rêver à mettre économiquement à genoux un pays qui permet à cette même Europe arrogante et ingrate de garder les foyers chauffés et les industries en activité, et parallèlement demander à ce que ledit pays continue à en assurer les approvisionnements. Désormais, il est évident qui risque si fortement de se retrouver à genoux.

Le summum de cette hypocrisie occidentale est d’autant plus flagrant que ces mêmes régimes atlantistes menacent aujourd’hui tout pays qui ose maintenir et augmenter son interaction économico-commerciale avec la Russie, en rappelant l’existence de sanctions unilatérales visant Moscou. Mais lorsqu’il s’agit d’obtenir de l’énergie pour soi-même, les représentants politiques qui commencent de plus en plus à rappeler des acteurs comiques de cirque, font preuve d’une capacité à outrepasser leurs propres sanctions et procédures bureaucratiques.

Non, il faut effectivement s’en tenir aux décisions prises et respecter le cahier des charges – aussi bien technique que celui lié aux sanctions adoptées. La partie russe soutient cette approche. Quant à la nécessité de se défaire de la dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie, pourquoi ne pas effectivement accélérer le processus dès cette période d’automne-hiver? Dans le monde contemporain, ce ne sont pas les acheteurs qui manquent.

Après tout ce n’est pas l’acheteur, qui annonce officiellement vouloir cesser les importations auprès du fournisseur traditionnel d’ici quelques années qui dictera la marche à suivre, mais bel et bien le fournisseur en question qui ne possède aucune clause l’obligeant à livrer exclusivement à des clients ingrats et souffrants de duplicité. Pour ne pas dire de schizophrénie. Bien qu’il soit nécessaire de souligner que les dossiers médicaux des représentants des régimes occidentaux ne représentent aucun intérêt digne de ce nom.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=4230

La Chine débute les exercices militaires autour de Taïwan

05.08.2022

La République populaire de Chine a débuté d’importants exercices militaires autour de l’île de Taïwan. Ces exercices représentent l’une des réponses à la récente visite d’une responsable US à Taipei, considérée comme une ligne rouge par les autorités chinoises.

L’Armée populaire de libération – nom officiel des Forces armées de la République populaire de Chine – mènera d’importants exercices militaires et des activités d’entrainement, y compris des exercices à balles réelles, dont les coordonnées ont été annoncés dans un communiqué publié par l’agence de presse Xinhua. En ajoutant que des pour des raisons de sécurité, il est interdit aux navires et aux aéronefs d’entrer dans les zones maritimes et l’espace aérien susmentionnées.  

Pour la première fois, la Chine a en outre fait démonstration de missiles hypersoniques DF-17 dans le cadre des manœuvres militaires en question. Du côté du régime de Taipei, il a été confirmé que la RPC a lancé 11 missiles balistiques Dongfeng dans les eaux entourant Taïwan, écrit South China Morning Post.

Cela constitue l’une des premières réponses de Pékin suite à la provocation évidente de l’establishment étasunien. Hua Chunying, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a de son côté annoncé que les contre-mesures de la Chine à l’encontre de la visite à Taïwan de la présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis, Nancy Pelosi, seront résolues, fortes et efficaces.  

Elle a également ajouté que la RPC prendrait toutes les mesures nécessaires pour sauvegarder sa souveraineté et son intégrité territoriale. La partie étasunienne et les forces séparatistes de «l’indépendance» de Taïwan devront assumer toutes les conséquences qui en découlent. De son côté Wang Yi, chef de la diplomatie chinoise, avait indiqué que le plein retour de Taïwan à la Mère-Patrie est historiquement inévitable.

Selon lui, sous le prétexte de défendre une soi-disant «démocratie», la partie américaine commet l’acte odieux de violer la souveraineté de la Chine. En concluant que ceux qui jouent avec le feu finiront par se brûler et ceux qui violent la souveraineté de la Chine seront inévitablement pénalisés.

En termes de perspectives, s’il est évident que la visite de Pelosi à Taipei était une pure provocation à l’encontre de l’Etat et du peuple chinois, il n’en est pas moins que cela visait également deux autres objectifs, dans la pure tradition de l’establishment étasunien et occidental dans son ensemble: punir la Chine pour son alliance avec la Russie et de nombreux autres pays considérés comme adversaires de Washington et étant par ailleurs des partisans résolus de l’ordre multipolaire international. Et faire démonstration de la prétendue impunité du régime US.

Le seul souci pour les nostalgiques jusqu’au-boutistes de l’unipolarité, c’est qu’encore une fois et au-delà de l’arrogance au summum qui les caractérise, ils font preuve d’un manque évident d’intelligence stratégique, pour ne pas utiliser une autre expression. Car ne serait-ce que ladite visite donne désormais toutes les cartes en main à la Chine afin de prendre pleinement les mesures nécessaires qui frapperont définitivement les rêves des dits nostalgiques.

Faut-il le rappeler que la Chine est un pays privilégiant effectivement le dialogue diplomatique, avec une patience stratégique propre à la philosophie millénaire chinoise. Mais toute patience a ses limites. Et compte tenu de la ligne rouge complètement dépassée par les actions de Washington, il est à croire que la résolution de la question «taïwanaise» ne fera maintenant que s’accélérer, de manière logique et prévisible, dans le plein respect de la réalité historique et de la situation internationale. D’autant plus qu’au-delà des événements des derniers jours – 181 pays du monde ont des relations diplomatiques avec la République populaire de Chine sur la base du principe d’une seule Chine, dont Taïwan fait donc partie intégrante.

Pour revenir aux exercices militaires en cours, nombreux sont les analystes qui les voient comme une répétition générale pour la Chine en vue de résoudre définitivement la question du retour de Taïwan dans le giron national. Si la RPC a jusqu’à maintenant toujours privilégié la résolution pacifique des dossiers conflictuels, désormais il est à croire que les choses ont définitivement changé. Le reste n’est plus qu’une question de temps. Mais encore une fois – fort certainement beaucoup moins long que prévu au départ.

Enfin, la situation actuelle est également une leçon pour tous les régimes qui ont misé sur la sous-traitance vis-à-vis des intérêts washingtoniens et atlantistes. Plus particulièrement sur le fait qu’en adhérant aux actions provocatrices et déstabilisatrices des donneurs d’ordres – il faudra assumer le choix de la posture sous-traitante jusqu’au bout et avec tout ce que cela implique.

Mikhail Gamandiy-Egorov

Les mensonges étasuniens sur le programme nucléaire iranien

26.07.2022

Le directeur de la CIA a reconnu que les Etats-Unis avaient de-facto menti sur l’Iran, plus particulièrement sur l’éventuelle obtention de l’arme nucléaire par la République islamique. Des informations qui démontrent une fois de plus qui représente le seul et véritable danger dans les affaires internationales.

Les responsables US commencent à admettre les mensonges longtemps propagés par Washington à l’encontre de Téhéran, écrit Lucas Leiroz, chercheur brésilien en sciences sociales à l’Université fédérale rurale de Rio de Janeiro.

En effet, William Burns, directeur de la CIA, a déclaré mercredi 20 juillet que l’Iran n’avait en fait jamais repris son programme de production d’armes nucléaires, et ce depuis 2004. Si cette déclaration ne fait en réalité que confirmer ce que disaient nombre d’analystes internationaux, il est effectivement assez impressionnant que cette affirmation émane du chef du renseignement étasunien.

En décembre dernier, le même Burns avait d’ailleurs déjà déclaré que les Etats-Unis ne disposaient pas de suffisamment de raisons pour croire que l’Iran prévoyait de produire des armes nucléaires. Comme l’indique également l’auteur de l’article, mis à part le directeur de la CIA, l’ex-chef du renseignement militaire israélien, Tamir Hayman, avait précédemment déclaré que Tel-Aviv n’avait trouvé aucune preuve que Téhéran envisagerait de développer des armements nucléaires, malgré le fait qu’il existait un important processus d’enrichissement d’uranium.

Pour rappel, la République islamique d’Iran avait plusieurs fois déclaré que son refus de produire des capacités militaires nucléaires n’est pas lié à la question des sanctions, mais tout simplement en raison de l’idéologie de la nation iranienne. Et comme le rappelle également Lucas Leiroz – la réalité est surtout que l’utilisation pacifique de la technologie nucléaire par l’Iran pourrait également devenir «dangereuse» pour les intérêts US.

A savoir que la technologie nucléaire pacifique et propre permet, notamment, des niveaux élevés de développement industriel et scientifique, en plus de renforcer la puissance militaire, comme par exemple la fabrication de sous-marins à propulsion. Tout en ajoutant que toute forme de développement matériel de ses ennemis géopolitiques est déjà considérée par les USA comme un «problème», et c’est précisément la raison pour laquelle Washington tente à tout prix de neutraliser le programme nucléaire iranien.

Le chercheur brésilien va encore plus loin en rappelant que tout le récit washingtonien autour du programme nucléaire iranien est devenu en quelque sorte une «arme rhétorique» pour l’establishment étasunien. Car avec ce discours, il est devenu possible de tenter à mobiliser une partie de la communauté internationale contre la prétendue «nucléarisation», justifier des sanctions illégales, lancer des opérations militaires et même des actes terroristes dans le but d’assassiner des responsables et scientifiques iraniens.

Pour Lucas Leiroz, cette rhétorique anti-iranienne fonctionne de manière similaire avec le récit autour de la prétendue invasion de l’Ukraine par la Russie, alors que pour l’auteur de l’article ce ne sont que des récits sans fondement, servant aux manœuvres occidentales à l’international.

A notre niveau, il faudrait certainement rajouter que ce qui fait effectivement peur à Washington comme à son principal allié régional et peut-être même international Tel-Aviv – c’est justement l’incroyable capacité scientifico-intellectuelle de la nation perse, qui malgré les innombrables sanctions occidentales prises à son encontre, a non seulement fait preuve de résistance efficace, mais également a activement poursuivi le développement, et ce dans de nombreux secteurs. Etant à ce titre l’actuelle 14ème puissance militaire mondiale (devant Israël – 18ème) et la 21ème puissance économique mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat.

Et pour conclure sur la question du nucléaire iranien, il est aujourd’hui évident que l’Iran n’a pas besoin d’arme atomique pour pouvoir se défendre efficacement face à ses principaux ennemis et adversaires. Le renforcement sans précédent des positions iraniennes à l’échelle régionale et internationale ne font d’ailleurs que largement le confirmer. A cela s’ajoutent son alliance avec la Russie et la Chine, ainsi que l’appartenance aux principaux défenseurs de l’ordre multipolaire mondial.

Mikhail Gamandiy-Egorov

L’Inde remet les USA à leur place

19.07.2022

Bien que l’Occident collectif, et plus particulièrement Washington, avait vivement souhaité faire basculer l’Inde dans le camp occidental, New Delhi démontre que son agenda n’est pas celui de l’Occident. Une démarche indienne souveraine qui ne fait que renforcer l’axe de la multipolarité.

L’Inde a reproché aux Etats-Unis d’avoir «suggéré» directement aux autorités portuaires de la ville de Mumbai une interdiction d’entrée de navires russes. Les autorités indiennes ont rappelé avoir le droit souverain de traiter avec tous les partenaires mondiaux. L’indécence étasunienne a été vivement critiquée aussi bien au niveau du ministère indien des Affaires étrangères, qu’au niveau de l’opinion publique du pays.

Evidemment, cette nouvelle tentative d’intimidation de la part de Washington à l’encontre de New Delhi n’est pas le fruit du hasard. Après l’échec de faire éloigner la Chine de la Russie et de créer un large front international anti-russe, de même que la perte de plus en plus évidente quant à l’influence sur les alliés d’hier, l’Occident n’a plus peur du ridicule pour tenter à donner l’impression de ne pas couler. Y compris si cela ne fait que ridiculiser un peu plus sa posture.

Mais la retenue et un minimum de honte ne sont pas des caractéristiques de l’establishment occidental. Ces notions sont totalement absentes de sa manière à penser. Et si l’Inde est aujourd’hui dans le viseur atlantiste, ce n’est pas seulement en raison du fait que le pays achète beaucoup de pétrole russe, avec pour la seule demi-année en cours déjà plus de 60 millions de barils achetés à la Russie (contre 12 millions pour toute l’année 2021).

Les autres raisons étant que depuis toutes ces dernières années, l’Occident collectif avait fait des pieds et des mains pour tenter à faire intégrer l’Inde dans son camp, et de l’éloigner au maximum de la Russie comme de la Chine. Pour au final devoir faire face à un énième échec cuisant. Ce n’est pas tout. L’establishment politico-médiatique occidental tente par tous les moyens de présenter l’affrontement final actuel entre les partisans de la multipolarité et les nostalgiques de l’unipolarité comme celui de l’axe «autoritaire» face aux démocraties occidentales.

Des pseudo-démocraties occidentales qui avaient tellement besoin de la véritable et la plus grande démocratie du monde – en l’occurrence la République de l’Inde – ne serait-ce qu’au moins symboliquement à faire partie de leur bloc. Dans l’objectif à redorer le blason des fausses démocraties de l’Occident. Echec également.

Enfin, et là nous parlons de géopolitique et de géoéconomie, l’Inde faisant partie des BRICS comme de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), l’objectif occidental a toujours été de tenter d’affaiblir ces deux grandes organisations – représentant la véritable notion de communauté internationale. Non pas celle à la sauce G7. Et qui aujourd’hui inquiètent vivement les Occidentaux, ou du moins ceux résolument nostalgiques de l’ère unipolaire.

Mais les arrogants extrêmes de l’Ouest semblent oublier une fois de plus à qui ils ont affaire. Cela est d’autant plus choquant dans le cas lorsque le consulat d’un Etat de-facto sans histoire, culture, ni civilisation dignes de ce nom – s’adresse ouvertement à une administration intérieure d’un pays souverain à la civilisation millénaire, et 3ème puissance économique mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat par la même occasion, sous prétexte que les décisions prises aux USA et en Occident sont censées avoir une portée prétendument universelle.

Si les échecs de Washington et de ses suiveurs européistes, australien ou encore canadien – sont une fois de plus fort démonstratifs de la phase très importante et intéressante de l’histoire contemporaine mondiale que nous vivons en ce moment – il n’en est pas moins que l’Inde devra fermement renforcer sa sécurité vis-à-vis des interférences occidentales – pas tellement politiques dans le cas indien, mais beaucoup plus précisément sécuritaires.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=4074

G20: l’UE en qualité de grande perdante

13.07.2022

L’actualité internationale, et notamment le récent Sommet du G20 en Indonésie, ont largement démontré que les pays ayant assumé leur statut de satellites et de sous-traitants n’auront pas d’avenir sur le devant de la scène mondiale. L’Union européenne passe donc du statut d’un nain géopolitique à simplement celui d’un bloc de-facto inexistant dans les grandes affaires internationales.

Problèmes économiques et sociaux qui ne cessent de monter en puissance dans nombre de pays de l’Europe bruxelloise, chute brutale de la monnaie européiste – tout cela n’est que la confirmation d’un processus qui a en fait débuté depuis un bon moment déjà. Ayant longtemps prétendu à se présenter comme étant un bloc puissant, l’UE ne représente aujourd’hui que la désillusion la plus totale.

Le récent Sommet du G20 à Bali, en Indonésie, a eu également et largement le mérite de remettre les choses au clair. D’abord Josep Borrell, chef de la diplomatie bruxelloise, qui reconnait que l’Union européenne n’est pas en train de gagner dans la bataille narrative mondiale sur l’Ukraine. Y compris dans le cadre justement du G20.

En ce qui concerne le maître de l’Occident collectif, à savoir les USA, celui-ci n’a pas réussi ni à écarter Moscou de la participation du dernier Sommet du G20, ni à imposer son agenda à Pékin. Les événements protocolaires que les représentants occidentaux avaient décidé de boycotter en raison de la présence du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, ont pu parfaitement se dérouler sans ladite présence occidentale. Confirmant d’ailleurs parfaitement la thèse annoncée, avec amertume, par le déjà cité Borrell.

Mais si les Etats-Unis, subissant échec après échec, ont néanmoins réussi à maintenir leur position de suzerain du bloc occidental, le bloc européiste bruxellois aura confirmé ce que représente réellement la notion de médiocrité. Car si Washington a effectivement énormément à perdre dans le développement actif de l’ordre multipolaire international, y compris avec la perte du statut d’hégémon mondial, l’UE avait une occasion de s’adapter et de s’intégrer, ne serait-ce que progressivement aux règles issues de la multipolarité.

En préférant suivre aveuglement l’agenda outre-Atlantique, l’Union européenne confirme être la grande perdante et certainement celle qui subira les plus larges revers dans la bataille décisive entre les partisans de l’ère multipolaire et les nostalgiques de l’unipolarité. Faut-il le encore le rappeler: dans la chute d’une entité, ce sont bien souvent les sous-traitants et les satellites qui paient les premiers frais pour le compte du maître.

Si cela est aujourd’hui de plus en plus difficile à nier, l’autre aspect des plus importants étant celui que personne ne prend désormais au sérieux le positionnement de l’UE, à l’échelle internationale. Bien souvent, les pays et les différentes régions du monde comprennent aujourd’hui que s’il y a une quelconque utilité encore à parler à l’Occident, autant le faire directement avec Washington, au lieu de passer par un groupe sous-traitant.

Dans cette perspective, et au-delà de l’avènement de l’ordre multipolaire post-occidental, dans lequel l’Occident devra progressivement apprendre à vivre en qualité d’une extrême minorité planétaire avec tout ce que cela implique, l’Europe bruxelloise commence déjà à disparaitre en qualité de bloc ayant son mot à dire dans les affaires internationales contemporaines. Confirmant ainsi le passage du statut de nain géopolitique à celui d’une entité inexistante.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=4058

L’Occident inquiet de la montée en puissance des BRICS

04.07.2022

Longtemps stigmatisée par les prétendus experts occidentaux, l’organisation des BRICS inquiète vivement désormais les divers analystes issus de l’espace occidental qui la voient comme un bloc plus que jamais ouvertement opposé à l’Occident collectif.

«Un bloc anti-occidental émerge, plus puissant que jamais», titre Die Welt, l’un des principaux quotidiens allemands. L’auteur dudit article, Stefan Aust, affirme que si beaucoup en Allemagne pensent que la plupart des pays du monde soutiennent l’Ukraine, la vérité est pourtant toute autre: l’alliance anti-occidentale devient de plus en plus puissante, politiquement et économiquement – et continue de s’étendre à travers le monde.

Pour lui, le bloc anti-occidental est en train d’émerger, plus puissant qu’à n’importe quel moment de l’histoire. A ce titre, il serait fort juste effectivement de reprendre la piqure de rappel de Lijian Zhao – porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères qui dans sa publication récente indique justement à très juste titre que si la population totale des pays composant le G7 est d’un peu plus que 770 millions de personnes, celle des BRICS représente plus de 3 milliards d’habitants de la planète.

Le haut représentant chinois ne manque d’ailleurs pas d’ajouter que «la prochaine fois qu’ils parleront de communauté internationale – vous saurez ce que cela signifie». En effet, les événements en cours, y compris la propagande occidentale largement russophobe autour de l’Ukraine, ont le mérite d’avoir remis amplement les points sur les «i». A savoir que l’Occident collectif, bien que faisant bloc commun (en qualité des nostalgiques de l’unipolarité) représente dans les faits une infime partie de l’humanité, avec tout ce que cela implique.

Les Occidentaux remarquent aussi avec stupéfaction que malgré les sanctions occidentales visant la Russie, y compris à travers les systèmes de paiement comme Visa ou MasterCard – les Russes peuvent désormais utiliser le système chinois UnionPay (accepté dans 180 pays du monde), que le nombre de voitures et d’autres produits fabriqués en Chine augmente largement sur le marché russe, et que même l’Inde – que les Occidentaux voulaient à tout prix voir dans leur bloc – non seulement n’a pas condamné l’opération militaire spéciale de la Russie, mais au contraire augmente fort considérablement ses échanges avec Moscou. Y compris dans la sphère énergétique, comme Observateur Continental l’avait déjà abordé

Aussi, les analystes occidentaux sont aujourd’hui forcés de reconnaitre, avec amertume bien évidemment, que leur suzerain en la qualité des USA – perd progressivement son influence sur les autres continents également. Y compris dans ce que Washington considérait  comme son arrière-cour, à savoir l’Amérique latine, fait qu’Observateur Continental avait également abordé.

Les Occidentaux reconnaissent également qu’aucun pays d’Amérique latine et d’Afrique n’a soutenu les sanctions occidentales contre la Russie. Tandis qu’en Asie, ils peuvent se comptent sur les doigts d’une seule main: Japon, Corée du Sud, régime séparatiste de Taïwan.

Les analystes occidentaux commencent également à reconnaitre, alors que cela était prédit depuis de longues années, que les grandes organisations internationales non-occidentales telles que les BRICS ou encore l’Organisation de coopération de Shanghai, malgré leurs diversités culturelles et politiques – sont unis dans le rejet face la prétendue supériorité occidentale et des pseudo-valeurs que tente d’exporter l’establishment de l’Occident.

Il faudrait certainement également rappeler que l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) et les BRICS – abritent ensemble 4 des 10 principales économies mondiales en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat (Chine – 1ère, Inde – 3ème, Russie – 6ème, Brésil – 9ème) et quatre puissances nucléaires par la même occasion (Russie, Chine, Inde, Pakistan). Tout en représentant à eux seuls de-facto la moitié de la population terrestre et plus d’un quart du PIB mondial.

Cela alors que la seule et véritable communauté internationale garde les portes ouvertes pour d’autres nations. A ce titre l’Iran et l’Argentine ont annoncé leurs ambitions de rejoindre les BRICS. Dans le cas de l’Iran, il faudrait rappeler que son adhésion a été déjà validée à l’OCS en qualité de membre de plein droit. Et cela en tenant compte aussi que les présidents Vladimir Poutine et Xi Jinping souhaitent augmenter l’interaction entre les BRICS, l’OCS ou encore l’Union économique eurasiatique. Sans oublier les grands ensembles régionaux et continentaux, notamment africains et latino-américains.

Pour conclure, résumons. L’Occident comprend de plus en plus que l’ère de son extrême arrogance est bel et bien terminée. Et si avant il y avait encore une porte ouverte à devenir pour cet Occident collectif un membre responsable de la véritable communauté internationale, désormais c’est vraisemblablement trop tard. Le monde ne sera plus seulement multipolaire – il l’est déjà – mais bel et bien multipolaire post-occidental.

Car au-delà d’être effectivement une évidente minorité planétaire sur le plan démographique, sur le plan économique l’Occident ne cesse également de perdre sa position de dominant (dans le Top 10 mondial, désormais moins de la moitié sont des économies occidentales et dans un avenir assez proche elles seront encore moins représentées). Les technologies occidentales deviennent de plus en plus remplaçables, et mêmes perdent de l’importance face aux alternatives chinoises et indiennes pour ne citer qu’elles. Quant aux ressources naturelles – l’Occident n’en possède comme au Moyen-Age tout simplement pas, mis à part celles qu’il pille encore à nombre d’endroits de la planète.

Et dans cette réalité résumée – oui, l’Occident devra effectivement apprendre à faire profil bas face à l’écrasante majorité de la planète et de l’humanité.

Mikhail Gamandiy-Egorov

Comment l’axe anglo-saxon arnaque Paris en Afrique

28.06.2022

Pendant que Paris continue d’accuser régulièrement Moscou et Pékin de frapper ses intérêts sur le continent africain, les anglo-saxons n’hésitent pas à commettre de nouveaux croche-pieds à leur allié hexagonal en Afrique. Une réalité qui met parfaitement en exergue la relation vicieuse qu’entretiennent Washington et Londres à l’encontre de la France et des autres prétendus alliés européens.

Comme déjà annoncé précédemment par Observateur Continental, le système françafricain de l’Elysée est désormais non seulement confronté à la résistance panafricaniste, et à l’alliance de celle-ci avec les principales puissances mondiales non-occidentales, mais également à ses propres alliés anglo-saxons, qui n’hésitent plus à frapper ouvertement les intérêts hexagonaux. Le tout sans remords et avec le sourire. Paris devra apprécier.

L’erreur monumentale des élites hexagonales, aussi bien dans le cadre de leur politique en Afrique qu’à l’échelle globalement internationale, est:

1) de ne pas avoir su adapter leur politique en tenant compte des attentes des Africains. Ni d’avoir été en mesure de se conformer aux nouvelles réalités mondiales multipolaires, en maintenant une mentalité, un discours et des actions caractérisés par une extrême arrogance, si habituelle.

2) d’avoir maintenu pour soi-même un rôle de sous-traitant vis-à-vis de l’establishment anglo-saxon, en continuant à fermer les yeux sur tous les sales coups entrepris contre les intérêts français par les alliés washingtonien et londonien à divers endroits du monde.

Et pendant que l’Elysée et le Quai d’Orsay, réfutant les aspirations populaires africaines de masse, et en lançant des accusations incessantes contre Moscou, Pékin, Téhéran ou encore Ankara – dans l’objectif de justifier les échecs subis – Washington et Londres passent désormais presque ouvertement à l’action pour frapper le pauvre et si obéissant «allié» français.

Observateur Continental l’avait déjà soulevé dans des articles analytiques précédents – le principal allié (ou plutôt suzerain) de Paris, en la qualité de l’axe anglo-saxon, a été observé à tenter de surfer sur la vague souverainiste et panafricaniste, y compris s’il fallait à cet effet reprendre les discours critiques à l’encontre de la Françafrique.  

Désormais, les anglo-saxons sont allés encore plus loin: en faisant adhérer le Togo et le Gabon au Commonwealth – de-facto l’équivalent (néo)colonial britannique de la Françafrique. « Alors qu’ils n’ont pas de liens historiques avec le Royaume-Uni, le Togo et le Gabon ont rejoint samedi le Commonwealth, composé majoritairement d’anciennes colonies britanniques » – rapporte  France 24, l’une des principales voix de propagande hexagonale pour l’international.

Cela est d’ailleurs rapporté par les propagandistes hexagonaux avec une amertume à peine voilée, mais qui traduit si bien la relation de dominant à dominer entre l’axe Washington/Londres et Paris. Quel sera notre pronostic pour la suite? A dire vrai et très vraisemblablement l’Elysée et le Quai d’Orsay feront en sorte d’avaler de nouveau ces énièmes amertume et déception. Après tout, si cela sert les intérêts des chefs du bloc des nostalgiques de l’unipolarité – c’est tout de même pour «la bonne cause».

Maintenant et en quittant la discussion sur les relations familiales sadomasochistes occidentales, comment entrevoir ces tout récents développements pour les Africains et leurs principaux alliés non-occidentaux qui défendent et promeuvent l’ordre multipolaire international? Probablement, il faut le prendre de manière positive.

Tout d’abord et le fait que les croche-pieds se multiplient dans l’axe occidental confirme que l’Occident collectif est loin d’être uni, si ce n’est de faire front commun sur le théâtre clownesque de soutien au régime kiévien et dans l’opposition à reconnaitre l’ordre multipolaire, promu par la Russie et la Chine, notamment.

D’autre part, le fait que l’axe anglo-saxon tente de reprendre la main en marchant sur les intérêts hexagonaux en Afrique confirme que l’establishment occidental comprend parfaitement les difficultés auxquels il fait face sur le continent, et plus généralement à l’échelle internationale. Y compris dans le refus, malgré d’énormes pressions, des pays africains à suivre l’Occident dans la haine et l’hystérie russophobe.

Enfin, et cela est particulièrement rassurant: si certains représentants africains pro-occidentaux changent de cap, passant de Paris à Washington-Londres, cela est fort loin de concerner la société civile africaine qui pour une large partie d’entre elle voit tout l’Occident collectif comme une menace, voire la principale menace, pour l’émancipation totale et le développement de leurs pays respectifs et de l’Afrique dans son ensemble.

Et de la même manière que la Françafrique a subi de plein fouet la colère de millions d’Africains, le Commonwealth, ou autre arnaque occidentale – subira fort vraisemblablement le même sort. Personne ne sera désormais dupe pour ne pas s’apercevoir que l’establishment occidental, aussi rusé soit-il dans le cas anglo-saxon en particulier, est bel et bien la cible à éliminer.

Mikhail Gamandiy-Egorov

Sommet des Amériques et l’échec confirmé des USA

14.06.2022

Malgré les beaux discours, Washington doit se rendre à l’évidence que le 9ème Sommet des Amériques s’est conclu sur un échec retentissant, et ce même de l’aveu de plusieurs observateurs occidentaux. Avec l’impossibilité de soumettre les pays latino-américains progressistes, l’influence toujours grandissante de la Chine et de nouveaux partenariats avec la Russie.

Comme annoncé précédemment, ledit sommet n’a pas pu échapper aux boycotts de plusieurs nations latino-américaines. Après avoir exclu Cuba, le Nicaragua et le Venezuela, Washington n’a pas pu empêcher l’absence de nombreux autres chefs d’Etat, notamment de Bolivie, du Guatemala, du Honduras et du Mexique, dont le président Andres Manuel Lopez Obrador avait précédemment ouvertement condamné l’exclusion de La Havane, Managua et de Caracas. Et avait même accusé les USA de commettre un génocide contre Cuba.

Voulant réduire considérablement l’interaction des nations latino-américaines, que l’establishment étasunien continue de considérer comme son arrière-cour, avec la Chine et la Russie – l’arrogance des personnages washingtoniens semble fortement répéter les erreurs des élites hexagonales qui subissent l’humiliation de plus en plus vive en Afrique, avec le système néocolonial françafricain qui fait face à des revers après revers.

Incapable de proposer des partenariats de type gagnant-gagnant aux pays d’Amérique latine, y compris dans le domaine des investissements et de la construction des infrastructures, Washington s’obstine à vouloir y défendre une prétendue démocratie que ce dernier n’a en réalité jamais défendu et respecté. L’exemple ne serait-ce que de l’ancien président chilien Salvador Allende ne fait que largement le confirmer. Après tout – l’histoire ne ment pas.

Mis à part les boycotts retentissants du sommet et la ridiculisation de l’establishment étasunien – souhaitant ardemment défaire la Chine – tout en offrant aux participants du sommet des cadeaux dont certains étaient fabriqués… en Chine, Washington doit désormais faire face à de nouveaux défis. Y compris une présence militaire russe que les Etats-Unis ne prenaient pas au sérieux, mais qui semble désormais se concrétiser avec déjà le Nicaragua.

En effet, le leadership sandiniste a signé tout récemment un accord avec Moscou en vue de permettre le déploiement de troupes et d’équipements militaires russes dans le pays, y compris d’avions et de navires de guerre. Cette présence sera destinée entre autres à développer la formation des militaires nicaraguayens, assurer la sécurité, apporter des réponses aux besoins humanitaires et aux situations d’urgence, ainsi que de lutter contre le crime organisé et le trafic de drogue.

Mais au-delà de ces aspects très importants, il est évident que cela apportera une sécurité supplémentaire au Nicaragua qui se trouve dans le viseur washingtonien depuis un long moment, avec la possibilité de l’étendre à d’autres nations progressistes latino-américaines. Cela sans oublier que les USA découvriront peut-être enfin le ressentiment qu’ils n’ont cessé d’exporter aux quatre coins de la planète : ressentir près de ses frontières la présence armée de son adversaire.

Une fois de plus – l’esprit des descendants d’esclavagistes ne peut et ne va pas changer. Dans la mentalité de l’establishment occidental – l’écrasante majorité de l’humanité doit accepter la domination d’une extrême minorité. Car c’est ainsi que ce système criminel avait fonctionné depuis des siècles. Le seul souci pour les nostalgiques de l’unipolarité, c’est que non seulement le monde non-occidental continue de monter en puissance sur les plans démographique, économique et militaire, avec comme base l’ère multipolaire internationale devenue réalité, mais chose tout aussi importante: c’est le déclic d’un énorme nombre de personnes habitant la planète commune – à n’avoir plus aucun complexe vis-à-vis de l’Occident. Le tout allié à la ferme volonté de remettre cet Occident collectif à sa véritable place.

Pour le reste – les processus en cours se poursuivront. Et l’échec de l’organisation washingtonienne du 9ème Sommet des Amériques ne fait que confirmer la chute de l’establishment occidental, bien que ce dernier tente de continuer à prétendre le contraire.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=3951

Nouvelles interférences étasuniennes sur le continent africain

03.06.2022

Les USA examinent une loi visant à contrecarrer la présence russe en Afrique, mais également à punir les gouvernements et acteurs africains qui seraient favorables à cette présence. Cette éventuelle démarche met en exergue une fois de plus la mentalité purement néocoloniale si propre à l’establishment étasunien, et occidentalo-atlantiste de manière générale.

Les Etats-Unis préparent une loi pour sanctionner les «amis» de Poutine en Afrique, écrivait récemment l’agence d’information économique africaine L’Agence Ecofin. Comme rappelé, le Sénat US vient d’entamer l’examen du projet de loi relatif à la lutte contre les activités «malveillantes» de la Russie en Afrique, un texte adopté par la Chambre des représentants le 27 avril dernier et qui définit ces activités comme étant celles qui «sapent les objectifs et les intérêts des Etats-Unis».

Rien qu’à lire ces lignes, il est assez facile de comprendre une fois de plus une approche ouvertement extraterritoriale étasunienne vis-à-vis d’Etats souverains, en l’occurrence ici africains, avec d’autant plus une mentalité propre à l’ère unipolaire à laquelle Washington continue de faire référence, faisant le pur négationnisme de la réalité multipolaire qui pourtant s’est bel et bien imposée depuis les dernières années.

D’autre part, ce qui est intéressant à noter est que si ledit projet de loi sera finalement appliqué – il ne visera pas seulement la Russie, ainsi que d’éventuels citoyens ou entreprises russes travaillant dans les pays africains, mais également nombre de dirigeants d’Afrique eux-mêmes, et très certainement aussi tous les acteurs panafricanistes qui soutiennent et approuvent le développement de l’interaction russo-africaine.

A cet effet, ce qu’il faudrait rappeler aux cowboys washingtoniens, c’est qu’au-delà du fait que l’Afrique ne leur appartient pas, cette mesure à terme risque de créer d’énormes défis pour les Etasuniens eux-mêmes. Car l’application d’une telle loi pourra très rapidement non seulement attaquer les chefs d’Etat et de gouvernement africains, mais aussi les principaux représentants de la société civile, et avec cela des milliers et des millions de citoyens africains. Des citoyens africains déjà pour très nombreux d’entre eux hostiles à la politique occidentale vis-à-vis de leurs pays et de leur continent, et plus généralement sur la scène internationale.

Dans cette situation, deux orientations semblent assez évidentes dans les motivations étasuniennes. Car au-delà de vouloir tenter de limiter la contagion des développements des relations entre la Russie et l’Afrique, et la montée en puissance évidente des sentiments pro-russes, Washington veut aussi tout simplement punir les Etats du continent pour leur non-obéissance dans les événements récents. Y compris, comme le pensent les experts du continent – pour punir les nombreux Etats africains qui ne se sont pas joints à la coalition antirusse tellement souhaitée et promue par Washington et ses sous-traitants dans le cadre du conflit en Ukraine.

Après visiblement l’échec de tenter à surfer efficacement sur la vague panafricaniste hostile à la Françafrique, confirmant une fois de plus qui est le suzerain et qui le vassal dans la relation Washington-Paris, l’establishment étasunien pense désormais que seules de nouvelles menaces, pressions, sanctions et intimidations peuvent éventuellement l’aider à limiter les dégâts face à une Afrique de plus en plus décomplexée vis-à-vis de l’Occident collectif, et désireuse de devenir un bloc puissant dans le cadre du système multipolaire contemporain. Avec d’autant plus une perspective fort probable d’un monde multipolaire post-occidental.

Encore une fois – les élites occidentales jouent avec le feu. Un feu d’ailleurs qui les brûle déjà activement et douloureusement. Incapables de se défaire d’une mentalité extrêmement arrogante d’un autre âge, et de s’excuser pour les innombrables crimes commis à l’encontre des Africains, dans les cas des USA et de leurs sbires – de la traite esclavagiste jusqu’aux assassinats barbares de grands leaders africains comme Patrice Lumumba ou Mouammar Kadhafi – les Occidentaux ne font que se signer soi-même la peine de mort.

D’un autre côté, pourquoi effectivement empêcher un organisme à l’agonie accélérer sa propre chute? Ce qui est sûr c’est qu’après le nombre innombrable de drapeaux français brûlés à divers endroits de l’Afrique, le drapeau étasunien risque rapidement de rattraper ce nombre. Et pourquoi pas le dépasser?

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=3917

Le fossé croissant entre l’Afrique et l’Occident

23.05.2022

Les tentatives occidentales incessantes de tenter à vouloir dicter l’avenir aux pays africains continuent de donner bien souvent l’inverse du résultat escompté. Si les divorces ont été déjà engagés, ou en voie de l’être, entre l’Occident et plusieurs leaderships africains – dans le cas de la société civile le stade supérieur de la rupture semble déjà avoir été atteint.

Alors qu’un sommet extraordinaire de l’Union africaine (UA) aura lieu les 25 et 26 mai prochains, qui sera consacré à la lutte contre le terrorisme et aux changements anticonstitutionnels en Afrique, et que les USA souhaitent adopter une nouvelle loi visant à surveiller et combattre la présence russe sur le continent, les perspectives occidentales continueront vraisemblablement dans le sens de la dérive et de la chute.

En ce qui concerne les prétendus changements «anticonstitutionnels», au-delà d’une interprétation très particulière du côté occidental et de ses acolytes y compris en Afrique, selon si cela se déroule sur le continent africain, ou… par exemple dans un certain pays d’Europe de l’Est, le fait est qu’il est admis que c’est aujourd’hui un sujet cher aux élites occidentales, ainsi qu’aux sous-traitants locaux. Le cas du Mali fait effectivement aujourd’hui trembler les bureaux des capitales occidentales et de certains pays africains.

Des militaires patriotes à l’écoute des aspirations populaires de masse, le tout dans une vision panafricaine et pro-multipolaire – représentent effectivement un mélange que les Occidentaux veulent absolument éviter – car le cas malien aura déjà démontré que les valeurs de la vraie dignité ne sont pas achetables. Les pressions, intimidations et sanctions en tout genre – n’auront pas aidé non plus les objectifs des gouvernements occidentaux et africains soumis à la volonté occidentale.

En parlant justement des pressions et sanctions, Washington semble désormais vouloir passer à l’étape supérieure aux côtés de ses supplétifs européens, dont la France, le tout en vue de vouloir punir les leaders et gouvernements africains qui collaboreraient avec «le mauvais partenaire». Evidemment pas très démocratique tout cela, purement dictatorial, mais si propre à ce que l’Occident – surtout à la vue des événements récents – représente réellement.

Le souci pour de telles initiatives c’est qu’en sanctionnant des leaders et gouvernements africains – largement populaires auprès des populations d’appartenance et très souvent même au-delà des frontières des pays en question – l’establishment atlantiste aura alors à faire face à des dizaines et même des centaines de millions de citoyens du continent – déjà pour de nombreux d’entre eux fort hostiles aux schémas et politiques de l’Occident.

Dans un récent sondage mené sur la page Telegram de la chaîne Afrique Média – la télévision panafricaine – à la question posée : qui représente une menace pour la sécurité de l’Afrique – 89% des personnes ont répondu que c’est l’Occident. Par ailleurs, dans un autre sondage toujours en cours, à la question «lequel des leaders africains vous inspire le plus», le colonel Assimi Goïta – président du Mali est pour le moment largement en tête avec 86% des votes… Très révélateur des sentiments régnants et observés depuis de longues années sur le grand continent africain.

Face à cette réalité, la politique arrogante et irresponsable des nostalgiques de l’unipolarité risque non seulement de faire perdre, à terme, à l’Occident l’accès aux matières premières dont on connait désormais, et plus que jamais, l’énorme besoin. Et de l’autre pousser les populations africaines, et notamment la jeunesse, à fermer définitivement la porte à tout dialogue ultérieur.

Certains observateurs en Afrique se demandent d’ailleurs s’il s’agit d’un problème de capacités intellectuelles chez les décideurs occidentaux. En partie certainement. Mais le principal étant un problème vraisemblablement génétique au niveau de ceux qui dirigent l’Occident – transmettant de génération en génération l’idée qu’ils possèdent le droit de vie et de mort sur l’écrasante majorité de la population terrestre, et qui n’est autre que la population non-occidentale.

Et si nombreux dans le camp atlantiste pensent que cette arrogance héréditaire leur permettra de limiter les dégâts et les casses, la réalité démontre plutôt qu’ils ne font, eux-mêmes, qu’accélérer leur chute. En ce sens, cela arrange parfaitement les objectifs des panafricanistes et des partisans de l’ère multipolaire actuelle.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=3884