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Sommet Afrique-France: synonyme d’un échec flagrant?

Le sommet Afrique-France de Montpellier a remis à l’ordre du jour la perte évidente de l’influence élyséenne dans les pays africains, y compris ceux que Paris considérait encore récemment comme faisant partie intégrante de son prétendu pré-carré.

Il semble évident que l’Elysée se rend compte progressivement que sa parte d’influence en Afrique, y compris francophone, est un processus ayant pris une ampleur de très grande envergure. La tentative d’organiser un sommet Afrique-France, bien que de nombreux observateurs l’appellent sans la moindre hésitation celui de la Françafrique, en «privilégiant» cette fois-ci la société civile aux dépens des chefs d’Etat n’a fait que remettre une couche supplémentaire dans le constat du rejet des Africains de la politique hexagonale sur le continent.

Et ce, malgré le fait que les participants au sommet en question ont été pour nombre d’entre eux triés sur le volet et que de très nombreux Africains se revendiquant clairement du panafricanisme n’y ont été tout simplement pas conviés. Beaucoup sont également ceux qui n’auraient d’ailleurs certainement pas accepté l’invitation, si bien même qu’elle leur aurait été faite.

Le constat est que malgré un format construit au maximum pour tenter à redorer l’image de la France auprès des Africains, ce ne sont pas les accusations vis-à-vis de la politique élyséenne qui ont manqué. A ce titre, lors d’une séance plénière, les participants de divers pays africains ont «bousculé les usages et interpellé le président français», écrit Boursorama.

«La rupture a été voulue par les Africains, il ne faut pas croire qu’elle se décide à Montpellier», s’est exclamée une jeune participante du Mali, Adam Dicko, originaire de la région malienne de Mopti. Une autre participante, appartenant d’ailleurs à un pays anglophone et ne faisant pas partie du soi-disant pré-carré selon la vision élyséenne, en l’occurrence du Kenya, a de son côté sommé Emmanuel Macron de s’engager à mettre fin au système de la Françafrique et ses pratiques opaques, tout en pointant du doigt les contradictions de la politique hexagonale.

Plusieurs d’ailleurs n’ont pas manqué à critiquer ouvertement l’arrogance de l’establishment élyséen, notamment dans sa tentative à prétendre apporter la démocratie. En parlant justement d’arrogance évidente, il est désormais plus que jamais clair que des scènes comme celle d’il y a de cela quelques années lorsque Macron intervenait devant des étudiants au Burkina Faso n’ont plus lieu d’être dans le monde contemporain.

Et au-delà d’ailleurs de l’arrogance et de la familiarité avec laquelle sieur Macron parle à un chef d’Etat souverain, le fait de dire que c’est n’est pas à lui de s’occuper de l’électricité dans les universités du pays hôte, était d’ailleurs, une fois de plus, extrêmement hypocrite. Surtout lorsqu’on connait la dépendance du réseau françafricain pour l’uranium, l’or, le pétrole et nombre d’autres ressources stratégiques africaines.

En d’autres termes – occupez-vous, Africains, de vos problèmes courants… Mais laissez-nous continuer à piller vos ressources, à imprimer votre monnaie, torpiller vos capacités sécuritaires. Et si vous aurez le malheur à tenter de prendre complètement votre destin et votre souveraineté en main, y compris dans vos choix politiques, sécuritaires et de partenaires extérieurs – vous ferez face à un chantage et une pression dont nous sommes des experts reconnus.

Un chantage auquel d’ailleurs a fait récemment référence le Premier ministre malien Choguel Kokalla Maïga, commentant les nouveaux choix stratégiques de l’Etat malien et du chantage extérieur (occidental) dont l’hystérie grimpe à un rythme fort élevé.

Une fois de plus, la France macronienne a visiblement raté sa chance de s’adapter aux nouvelles règles qui émanent de l’ordre multipolaire international. S’accrochant à une vision purement néocoloniale d’un autre âge, et voulant par la même occasion forcer des Etats africains à rester ses sous-traitants – étant soi-même un simple sous-traitant vis-à-vis de Washington – l’élite élyséenne contribue à l’humiliation subie. De par son arrogance et peut-être aussi par manque de capacités analytiques basiques.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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La souveraineté en opposition ferme au néocolonialisme

Les valeurs souverainistes et pro-multipolaires prennent de plus en plus le dessus sur l’approche néocoloniale des nostalgiques de l’unipolarité. Ces processus s’accompagnent par ailleurs d’une solidarité de plus en plus accrue entre les souverainistes des différentes régions du monde, de l’Eurasie jusqu’en Afrique, en passant par les pays occidentaux.

Le cas du Mali est aujourd’hui fort révélateur de plusieurs orientations stratégiques pour l’avenir mondial. Un pays africain qui a pu placer autant d’attention internationale au cours des dernières semaines et des derniers mois n’a rien de surprenant pour nous car l’Afrique a indéniablement le potentiel pour devenir un bloc puissant dans le monde multipolaire actuel, mais constitue une source de grand mécontentement pour le monde de l’establishment occidental, longtemps habitué à mépriser le continent africain, tout en y possédant des intérêts largement stratégiques.

En effet, les autorités maliennes font jusqu’à maintenant preuve d’une approche plus que jamais forte, patriote, souveraine, le tout sur une base de valeurs réellement panafricaines. Pour preuves: le leadership du Mali n’a pas hésité, et ce à plusieurs reprises, à mettre les points sur les «i» face à un establishment élyséen qui s’enfonce, toujours un peu plus, dans son arrogance et une mentalité d’un autre âge. Dernier exemple en date: la convocation de l’ambassadeur français en poste à Bamako par le ministère malien des Affaires étrangères.

Si cette fermeté du leadership malien, ainsi que de la large partie de la population du pays, non seulement dans la défense de la souveraineté nationale, mais également dans le choix des partenaires extérieurs, qu’ils soient africains ou eurasiatiques, a acquis une grande vague de solidarité à divers endroits du continent africain, il faut reconnaitre que de nombreux souverainistes européens, y compris français, ont également fait preuve de bons sens, en affichant leur opposition au néocolonialisme occidental en Afrique, qu’il soit anglo-saxon ou hexagonal.

Cette réalité est à prendre en compte très sérieusement. Tout d’abord, il faut certainement remettre d’autres points sur les «i». Les sentiments anti-occidentaux en Afrique, aussi bien ceux visant le système communément appelé de la Françafrique que celui des anglo-saxons, ne sont pas destinés contre les populations des pays occidentaux liés à ces systèmes purement néocoloniaux. Bien au contraire.

Et le refus de l’establishment politico-médiatique concerné de s’adapter non seulement à l’ordre multipolaire international, mais également à un cadre respectueux de la souveraineté des nations non-occidentales, ne fait qu’accélérer un peu plus sa chute annoncée. Ce qui est intéressant également à observer: c’est l’alliance sur le sujet des forces libérales orientées sur Washington et de certains qui pourtant se revendiquent en être «opposés», mais qui partagent la même vision prédatrice et néocolonialiste vis-à-vis de l’Afrique. Souvent par intérêt, des fois par conviction, d’ordinaire les deux.

Le mépris même qu’affichent ces personnages à l’encontre des Africains, notamment vis-à-vis de la capacité africaine à faire soi-même des analyses géopolitiques, démontre à quel bas niveau ils se trouvent aujourd’hui. Et vraisemblablement aucun traitement ne saura être efficace dans le cas cité. D’ailleurs, aucun étonnement à avoir lorsque les libéraux confirmés et leurs collègues réactionnaires, tentent de faire le chantage par voie de visas. En oubliant évidemment de rappeler que ce système vicieux avait été justement mis en place d’eux-mêmes pour mieux justifier la domination politique, économique, militaire, sans oublier le pillage pur et simple des ressources naturelles des pays se trouvant sous leur diktat.

En d’autres termes – on pille, mais on laisse quand même quelques miettes à travers les «aides» humanitaires et les visas de travail en certain nombre. Pourtant, il est évident que vu le potentiel que possède l’Afrique, l’immigration peut facilement partir dans l’autre sens, à condition que la souveraineté nationale soit réelle. Pour preuves, les Portugais qui partent massivement travailler en Angola, ou les Espagnols en Guinée équatoriale. Il est tout aussi clair que les représentants politiques de l’Occident ne souhaitent pas que ces exemples deviennent massifs. D’où la ferme opposition des élites anglo-saxonnes, comme hexagonales, vis-à-vis de la pleine souveraineté des nations africaines.

De façon générale, l’establishment occidental ne peut aucunement prétendre à jouer au bon samaritain en matière d’immigration, sachant que si souvent cette même immigration est tout simplement le résultat de sa politique : destruction ou déstabilisation d’Etats souverains, contrôle de la politique monétaire des pays sous domination, présence militaire qui n’apporte pas la sécurité mais ne fait qu’empirer la situation.

Le fait que de nombreux souverainistes européens, et notamment français, l’aient compris – est très rassurant pour la suite. Cela démontre que dans le cadre de la multipolarité, une véritable solidarité internationale est possible, sans hypocrisie. De même qu’une coopération multilatérale.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’Arabie saoudite s’adapte aux réalités contemporaines?

Riyad semble opérer des changements dans sa politique régionale et internationale. Normalisation envisageable avec l’Iran, des relations montantes avec la Russie et la Chine, les événements en cours démontrent une stratégie qui semble tenter à s’adapter aux règles du monde multipolaire. Mais jusqu’où pourra aller l’Arabie saoudite?

Certains des représentants du royaume saoudien semblent de plus en plus comprendre que l’alliance de longue date avec le monde anglo-saxon, et plus particulièrement avec Washington, ne représente plus une mise gagnante pour son avenir. Et qu’à l’heure d’un renforcement sans précédent de l’ordre international multipolaire il serait peut-être temps de s’y adapter, au risque de se retrouver dans le camp perdant.

Dans le cas relationnel avec l’Iran – l’adversaire régional déclaré de l’Etat wahhabite, les récentes actions laissent entrevoir une possible normalisation. A ce titre, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Saeed Khatibzadeh, a récemment déclaré que les discussions sur les relations bilatérales avancent progressivement.

«Au cours des derniers mois, nous avons eu des contacts plus ou moins élaborés avec le Royaume d’Arabie saoudite. Nous avons entamé une série de pourparlers avec le gouvernement saoudien à Bagdad au cours de ces mois», soulignant que les discussions en rapport avec les relations bilatérales et les progrès des pourparlers sur la sécurité de la région du Golfe étaient très fructueux.

Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a également déclaré que si le gouvernement saoudien accorde une attention sérieuse au message de l’Iran qui considère que la solution aux problèmes de la région demeure en la région elle-même, et que nous devons parvenir à un mécanisme régional global, il sera alors possible à ce moment-là d’avoir des relations soudées entre les deux pays.

Evidemment, si un tel mécanisme deviendrait réalité, il ne sera pas du goût de Washington, ni de Tel-Aviv. Et à ce titre, rien n’est encore sûr quant au fait si Riyad aura le courage d’aller jusqu’au bout d’une telle initiative. D’un autre côté, les Saoudiens comprennent aujourd’hui parfaitement que les tentatives à faire isoler l’Iran constituent indéniablement un échec total pour ses initiateurs.

Et les évidences de cet échec ne manquent pas: Syrie, Yémen, montée en force de l’Axe de la résistance, probablement la plus grande influence de l’Iran dans les affaires régionales et même au-delà dans son histoire contemporaine, formation de l’alliance avec la Chine et la Russie. Cette dernière d’autant plus renforcée que l’adhésion officielle de la République islamique en qualité de membre de plein droit au sein de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) a été pleinement validée

Dans le cas saoudien, s’ajoute à cela les récents retraits par les USA des batteries de missiles Patriot du territoire saoudien, le nouvel accord de coopération militaire avec la Russie, la coopération économico-énergétique avec la Chine. En bref – des éléments supplémentaires qui confirment un basculement évident dans les affaires du Moyen-Orient.

Cela sans oublier le retrait US d’Afghanistan, qui selon nombre de sources a fortement déplu à plusieurs monarchies du Golfe. Et surtout la manière dont s’est opéré ce retrait. Permettant de voir clairement avec quelle facilité Washington peut abandonner ses prétendus alliés.

Pour autant, non – il est encore très loin de considérer que l’Arabie saoudite se joindra sous peu à l’axe de la multipolarité. Et rien ne présage un changement de cap dans les plus brefs délais, connaissant l’énorme proximité de Riyad avec Washington. Il n’empêche qu’il y a effectivement de plus en plus de têtes pensantes en territoire saoudien qui comprennent la voie du monde actuelle. Et que dans le cadre des processus en cours, il faut déjà commencer à prendre les bonnes dispositions. A défaut de quoi – s’exposer au risque de subir de plein fouet les conséquences d’avoir été parmi les principaux retardataires dans le cadre des réalités qui émanent de l’ordre multipolaire.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Mali: les autorités insistent sur la souveraineté nationale

Paris ne cache pas sa vive colère sur les choix stratégiques en cours de l’Etat malien. En oubliant comme à son habitude que dans le monde contemporain, le dernier mot reviendra au peuple souverain et aux autorités qui sont à l’écoute de ce peuple.

Les raisons de la colère de l’Elysée et du Quai d’Orsay sont d’une certaine façon compréhensibles. Après tout, comme nous le disions précédemment – l’exemple centrafricain est devenu fortement inspirant pour d’autres nations africaines, notamment d’Afrique francophone.

Et le processus semble désormais véritablement sur sa lancée, à l’heure où le système de la Françafrique non seulement doit faire face à une chute brutale de ses capacités de nuisance, mais également à l’observation de sa propre chute sans être un minimum capable de s’adapter aux règles issues du monde multipolaire, pour tenter à sauver ne serait-ce qu’un peu sa face.

Les récents événements au Mali et la peur de Paris de voir Bamako signer un accord de coopération sécuritaire avec un groupe privé de sécurité russe ont au final montré au grand jour toute la fragilité de ce système néocolonial – pas seulement dans le cadre de l’apparition d’acteurs compétents et déterminés en qualité de ses adversaires, mais aussi et surtout à l’heure d’un éveil de conscience sans précédent à l’échelle africaine. Et ce avant tout grâce aux mobilisations populaires de masse, ayant clairement exprimé leur ras-le-bol face à la présence militaire occidentale. Sans oublier les autorités de nombre d’Etats africains de plus en plus à l’écoute des aspirations de leurs populations, avec en prime une capacité analytique efficace dans le cadre des événements contemporains.

Pendant ce temps, Paris tente de s’accrocher jusqu’au bout. Et au lieu de défendre un minimum de dignité après la gifle des alliés anglo-saxons, l’establishment élyséen – incapable de se défaire de son rôle de sous-traitant vis-à-vis de Washington, tente, de montrer encore ses muscles dans ce qu’il considère comme son «pré-carré» africain. Bien que cela n’impressionne plus grand monde.

Ce lundi, la ministre française des Armées, Florence Parly, est partie pour la capitale malienne dans l’objectif vraisemblablement ultime de convaincre les autorités du pays à faire marche arrière. Du côté malien, il a été expressément dit qu’il ne permettra pas à aucun Etat de faire des choix à sa place et encore moins de décider quels partenaires il peut solliciter ou pas.

Il faut de tout de même bien comprendre le contexte actuel: l’effet domino est déjà en cours pour la Françafrique. Et les représentants hexagonaux, bien qu’étant toujours dans une posture sous-traitante et ne pouvant plus prétendre à parler au nom d’une puissance internationale digne de ce nom, savent pour le moins un peu analyser les perspectives et la suite fort probable des événements.

Et cette suite des événements est relativement simple: quelle que soit la décision finale des autorités du Mali, dans le cadre de leur souveraineté nationale, le processus de fin du système néocolonial françafricain se poursuivra. Devant faire face à une mobilisation des populations africaines de grande envergure, une opinion publique lui étant largement hostile, des leaders de nombre de pays africains de plus en plus déterminés à défendre la souveraineté de leurs Etats, et des puissances non-occidentales qui ne comptent pas faire marche arrière – il devient alors compréhensible que le système françafricain est condamné à une défaite humiliante.

Pourtant des solutions existaient. Et ce sont tout sauf celles privilégiées par l’establishment élyséen actuel. Les menaces, les tentatives d’intimidation et de pression, les actions de déstabilisation et autres instruments propres au néocolonialisme – n’impressionnent plus. Plus que cela, le ras-le-bol des populations d’Afrique francophone est tel que rien ne semble pouvoir inverser la tendance.

De un, la solution pour l’Etat français aurait été de sortir de la domination atlantiste anglo-saxonne et de devenir un pays réellement souverain. De deux, abandonner la pensée d’arrogance extrême propre aux représentants du néocolonialisme et de commencer à respecter la souveraineté des nations africaines francophones. De trois, s’adapter à l’ère multipolaire, en proposant son savoir-faire sans agenda néocolonial dans certains domaines de compétence. Pour autant il faut être réalistes – ce sont toutes des orientations dont est tellement loin la France contemporaine. Plus particulièrement depuis Sarkozy jusqu’à la période macronienne actuelle.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Libye: les campagnes visant à voiler les responsabilités de l’Occident

Les responsables politiques et les médias occidentaux, ainsi que les forces affiliées, attachent depuis plusieurs mois une grande attention à la présence de troupes étrangères sur le sol libyen. En faisant mine, bien souvent, d’oublier leur responsabilité directe quant au chaos dans lequel a été plongé ce pays, jadis stable et prospère.

Il y a encore récemment, on se souvenait du dixième anniversaire de l’intervention de l’Otan contre la Jamahiriya libyenne de Mouammar Kadhafi. Cette agression, en totale violation du droit international et de type purement néocolonial, avait non seulement plongé le pays dans un chaos évident, mais a également créé une instabilité sécuritaire pour nombre de pays de la région, y compris dans le Sahel.

Evidemment, les politiciens et les médias occidentaux n’apprécient guère quant à devoir subir ces rappels et jusqu’à maintenant n’ont jamais exprimé de regrets dignes de ce nom. Pour autant, Washington, Londres comme Paris – se donnent un énorme «plaisir» à accuser des pays comme la Turquie, et surtout la Russie quant à leur présence actuelle en Libye.

En mai de l’année dernière, les Etats-Unis à travers le général Stephen Townsend, commandant des forces étasuniennes en Afrique (Africom), est allé jusqu’à accuser la Russie d’avoir dépêché des avions de chasse en Libye dans le but de soutenir l’offensive du maréchal Khalifa Haftar. Une accusation largement reprise par les alliés de Washington, dont Paris, et rejetée par Moscou.

Au-delà de l’absence sur le sol libyen de représentants des Forces armées russes, il est totalement hypocrite pour des capitales comme Washington, Paris et Londres, de pouvoir prétendre à chercher la stabilité de l’Etat libyen – sachant que cet Etat en tant que tel n’existe pratiquement que de nom depuis l’intervention criminelle otanesque de 2011.

Ce qui traduit de façon nette la motivation des campagnes politico-médiatiques orchestrées par l’establishment occidental à vouloir donner une image négative aux actions de la Russie, notamment sur le continent africain. D’ailleurs et en ce sens – la Libye est aujourd’hui loin d’être l’unique exemple.

Cette capacité à jouer aux pompiers pyromanes de la part des représentants atlantistes démontre surtout une incapacité totale de pouvoir faire les bonnes conclusions dans le cadre des crimes commis. Et traduit, une fois de plus, l’extrême arrogance avec laquelle les élites politiques de l’Ouest continuent, pourtant en qualité d’infime minorité planétaire, à regarder le monde. En d’autres termes – nous pouvons, nous, détruire, autant que l’on voudra et nous n’avons pas de compte à rendre à quiconque. Mais si quiconque viendra corriger les effets néfastes de nos actions, y compris ouvertement criminelles et chaotiques, avec comme résultat une perte de notre influence géopolitique – nous activerons tous les moyens à notre disposition pour l’en empêcher.

Le seul souci pour cette mentalité qui descend certainement de la traite esclavagiste d’il y a plusieurs siècles, et qui n’est d’ailleurs pas propre aux peuples de pays occidentaux – mais bien aux élites de l’Occident politique, c’est que face aux événements en cours dans le cadre du concept multipolaire mondial, il n’y aura bientôt tout simplement plus aucune place pour de tels agissements.

Avec l’entrée en action de la Chine en qualité de superpuissance économique dans les affaires internationales – ce fut le commencement du déclin occidental. Et depuis le retour de la superpuissance militaire et politico-diplomatique russe, l’Occident semble avoir définitivement compris que les jours hégémoniques étaient non seulement comptés, mais sont effectivement et globalement terminés. Et les processus en cours sont en ce sens non seulement instoppables, mais qu’il fort difficile même de faire ralentir. Surtout au vue de la coordination et de la solidarité sans précédent des partisans de l’ordre multipolaire contemporain.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Eurasie & Afrique: les priorités de la politique étrangère de l’Iran

La République islamique d’Iran renforce ses positions à divers endroits de la planète, infirmant chaque jour un peu plus les tentatives d’isolement de la part de ses adversaires. Si au Moyen-Orient et plus généralement sur la scène régionale, le rôle de premier plan de Téhéran n’est plus à présenter, les intérêts du pays poursuivent un élargissement géographique et stratégique évident.

Les intérêts extérieurs de l’Iran ne se limitent plus à la région d’appartenance. En effet, la République islamique devient de plus en plus présente en dehors de la sphère régionale, comme c’est notamment le cas dans nombre de pays d’Amérique latine avec lesquels Téhéran entretient des relations d’alliance de plus en plus poussées, dont le Venezuela mais également avec Cuba, la Bolivie ou encore le Nicaragua.

Depuis l’arrivée au pouvoir du président Ebrahim Raïssi, une ligne stratégique est clairement affichée. A savoir, qu’au-delà de la poursuite de la défense de ses intérêts nationaux, régionaux et internationaux dans un cadre résolument pro-multipolaire dont le pays est d’ailleurs l’un des principaux promoteurs, l’Iran mise beaucoup sur deux axes d’importance stratégique: l’Eurasie et l’Afrique.

Dans le premier cas, cela est d’ailleurs quelque chose de parfaitement naturel sachant que l’Iran est lui-même une nation eurasienne. Mais la simple appartenance à la grande famille eurasienne sur le plan historico-culturel s’élargit résolument désormais vers l’intégration au sein de grandes structures internationales basées dans l’espace eurasiatique, et ce dans plusieurs sphères stratégiques: défense, sécurité, économie.

Parmi ces structures figurent l’Union économique eurasiatique (UEEA), composée actuellement de la Russie, du Kazakhstan, de la Biélorussie, de l’Arménie et du Kirghizistan, ainsi que l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), dont font partie la Chine, la Russie, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, ainsi que l’Inde et le Pakistan. En ce qui concerne justement l’OCS, l’Iran y est déjà membre-observateur et souhaite devenir membre à part entière. Une pleine adhésion soutenue d’ailleurs par la Russie et certainement la Chine qui partage elle aussi une alliance stratégique avec Téhéran.

Une chose demeure sûre: l’intégration de l’Iran dans le grand espace eurasien, le tout en coordination avec ses alliés russe et chinois, se poursuivra inévitablement. D’autant plus que les trois pays concernés sont considérés comme les trois principaux adversaires géopolitiques par l’establishment washingtonien.

L’Afrique représente également une orientation prioritaire de la politique étrangère iranienne. Le tout à l’heure des bouleversements de grande envergure sur le continent touchant aux intérêts des puissances occidentales, d’obédience anglo-saxonne ou hexagonale – de plus en plus remis en cause aussi bien par le leadership de nombre de pays africains, que par une très large partie de l’opinion publique panafricaine.

En ce sens, l’Iran appuie, à l’instar de Moscou et de Pékin, une posture opposée au néocolonialisme occidental et qui trouve un écho largement favorable au sein de la société civile continentale. En outre, de nombreux pays africains interagissent dans la sphère politico-diplomatique, économique et sécuritaire de plus en plus activement avec la nation perse.

Si cette montée en puissance est fortement mal vue à Washington et dans nombre de capitales occidentales au passé colonial et à la posture toujours néocoloniale, il y a un autre acteur qui s’inquiète vivement d’un tel développement: Israël. En effet et après l’échec retentissant de tenter à isoler l’Iran sur la scène régionale et internationale, le continent africain devient un autre terrain de l’opposition entre Téhéran et Tel-Aviv.

Si ce dernier peut compter sur un certain nombre de soutiens sur le continent, ce qui lui a permis d’obtenir le statut d’observateur au sein de l’Union africaine (UA), il n’empêche que plusieurs des principales puissances continentales africaines se sont clairement opposées à cette perspective, démontrant par la même occasion que rien n’est encore acquis pour l’Etat sioniste sur la scène africaine. Parmi elles – le Nigéria (première puissance économique, première population et quatrième puissance militaire du continent), l’Afrique du Sud (troisième puissance économique et militaire africaine), ainsi que l’Algérie (premier pays africain en superficie, quatrième puissance économique et deuxième puissance militaire continentale). En d’autres termes – les trois des quatre principales puissances africaines avec lesquelles l’Iran entretient des relations intéressantes et qui continuent de se développer.

Quant à l’Egypte (deuxième puissance économique et première puissance militaire d’Afrique), qui s’est d’ailleurs également opposée au statut d’observateur d’Israël à l’UA, bien que n’entretenant pas pour le moment des relations très cordiales avec Téhéran – cela pourrait être amené à changer, notamment dans le cadre des pourparlers de normalisation en cours entre l’Iran et certains pays arabes. Rajoutant encore plus de poids aux positions iraniennes sur la scène continentale en interaction avec les principales puissances africaines.

Ce qui est certain, c’est que toute la rhétorique récente, qui émanait aussi bien de Washington, Tel-Aviv, que de leurs partenaires proches, tout au long de ces dernières années – n’a plus aucun sens aujourd’hui. L’Iran non seulement ne s’est pas retrouvé isolé mais n’a probablement jamais été aussi influent sur la scène régionale et internationale au cours de son histoire contemporaine. L’intégration stratégique au sein de l’espace eurasien, de concert et en coordination avec la Russie et la Chine, de même qu’une politique active sur le continent africain contribueront fort probablement à un renforcement non seulement des positions iraniennes sur la scène internationale, mais également à l’axe des partisans résolus de la multipolarité.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Les puissances africaines sous pression

Le continent africain n’est pas en reste des changements majeurs observés sur la scène géopolitique internationale dans le cadre du concept multipolaire mondial. Et plus certains Etats affirment leur puissance continentale dans un cadre souverain et panafricain, plus ils se retrouvent sous la pression des nostalgiques de l’unipolarité. Retour sur la question.

La tendance observée de plus en plus sur le continent africain mérite l’attention à bien des égards. Au-delà des tentatives occidentales à punir les pays ayant choisi une voie souveraine de développement et un libre choix de leurs partenaires extérieurs, il est aujourd’hui clairement possible de voir que les poids-lourds de la scène continentale, y compris ceux qui il y a encore récemment semblaient se trouver dans l’orbite de l’influence occidentale, se retrouvent à devoir faire face à de plus en plus de défis les visant.

Parmi ces exemples, on peut citer le Nigéria ou encore l’Ethiopie. Le premier, étant tout simplement la première puissance économique continentale africaine en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat (PIB-PPA), classé  25ème au rang mondial, par ailleurs la première population d’Afrique avec plus de 219 millions d’habitants (7ème population du monde).

Depuis que les ambitions d’Abuja sur la scène régionale et continentale aient commencé à s’afficher de plus en plus ouvertement, le pays a dû observer une recrudescence de défis intérieurs, notamment sécuritaires. Si la lutte contre les terroristes de Boko Haram date depuis déjà de longues années, de nouveaux foyers de tensions se réactivent,  et ce avec une complicité assez peu voilée en provenance des intérêts occidentaux, notamment en lien avec les séparatistes du Mouvement indépendantiste pour les peuples indigènes du Biafra (Ipob).

Cette pression supplémentaire sur l’Etat nigérian est liée à plusieurs aspects. Tout d’abord, et plus le pays prend du poids dans les affaires régionales et continentales, le tout dans un cadre panafricain, cela représente l’un des éléments de réponse aux tentatives de déstabilisation extérieure, qu’elles soient d’ordre terroriste ou séparatiste. L’autre raison à noter est que plus un Etat s’affirme dans un cadre panafricain et plus il a tendance à forger des relations stratégiques avec les Etats partisans de la souveraineté et de l’ordre multipolaire international.

Les relations économiques grandissantes avec la Chine, y compris en favorisant le yuan chinois au détriment du dollar américain dans les transactions bilatérales, ou encore le récent accord militaro-sécuritaire avec la Russie, en représentent les quelques exemples. D’autant plus que le Nigéria fut longtemps considéré comme un pays se trouvant sous l’orbite des intérêts occidentaux, plus particulièrement des USA.

L’Ethiopie représente un autre exemple intéressant. Deuxième plus large population du continent, 7ème puissance militaire d’Afrique, abritant le siège de l’Union africaine (UA) sur son territoire, le seul pays africain à n’avoir jamais été colonisé et ayant été l’un des principaux alliés continentaux de l’URSS durant la période de la guerre froide, le tout allié à un taux de croissance du PIB aux alentours de 10% par an durant plusieurs années – représentent des éléments qui confirment les ambitions d’Addis-Abeba. Cela sans oublier une industrialisation rapide du pays, avec le concours de la Chine.

Si à la chute de l’URSS, l’Ethiopie était considérée comme un pays s’étant beaucoup rapproché de Washington, et ce dans de nombreux secteurs, la période récente au vue du rapprochement sans précédent avec Pékin, ainsi que le renouvellement actif des relations avec Moscou, semble avoir placé le pays dans le viseur des déstabilisations occidentales. Des tentatives de déstabilisation, qui à la différence de ce qu’avaient vraisemblablement espéré ses instigateurs, semblent au contraire pousser de plus en plus le leadership éthiopien dans le cadre souverainiste panafricain et celui de l’alliance sino-russe.

Mais l’exemple de l’Ethiopie est intéressant également sur un autre aspect. Si la propagande occidentale avait souvent tenté à présenter la Chine comme la Russie comme des soutiens aux régimes prétendument «autoritaires», les événements récents cassent de plus en plus ce cliché ayant peu de choses à avoir avec la réalité. Déjà en République centrafricaine, Moscou s’est imposé comme un allié fiable et sincère d’un leadership élu démocratiquement et disposant d’une large popularité nationale. Le cas éthiopien est également fort révélateur car au-delà de jouir d’une popularité intérieure indéniable, le chef d’Etat du pays Abiy Ahmed peut se vanter d’être également lauréat du Prix Nobel de la paix 2019.

Evidemment et à cette époque, l’Occident pensait voir en l’Ethiopie un partenaire de poids pour ses intérêts, à ce titre les médias mainstream occidentaux ne manquaient pas de faire l’éloge au Premier ministre Ahmed. Tout semble désormais bouleversé et l’exemple si souvent cité de notes positives par l’establishment politico-médiatique occidental, est devenu une cible à abattre. Une hypocrisie qui ne manque pas de révolter aussi bien la société civile éthiopienne, que les médias étatiques du pays. Le tout au moment même où Addis-Abeba renforce non seulement son interaction avec la Chine, mais mise de nouveau sur l’alliance militaro-sécuritaire avec la Russie.

Cette nouvelle donne est effectivement particulièrement intéressante car elle barre d’un revers de la main toutes les belles paroles occidentales quant au fait d’être des alliés de gouvernements démocratiques à divers endroits du globe. Plus que cela, l’approche hypocrite de l’establishment occidental, y compris washingtonien, peine de plus en plus à voiler cette posture révoltante à l’égard des différents peuples du monde, y compris africains. Enfin, et face aux déstabilisations que ce cercle maintient comme instrument majeur de sa politique visant les Etats souverains, la résistance s’organise sur deux volets: la mobilisation populaire (véritable) à l’intérieur et le soutien extérieur de la part des grandes puissances non-occidentales pro-multipolaires.

Ceci étant dit, ce n’est pas tout. Au vu des échecs répétés de faire tomber des gouvernements pleinement souverains à divers endroits de la planète, y compris en raison des deux facteurs cités ci-haut, l’Occident politique risque de s’acharner désormais sur un certain nombre de ses alliés et sous-traitants, ne pouvant par ailleurs pas être considérés comme des puissances régionales ou continentales. Car au moment d’une perte d’influence à l’échelle internationale, des échecs à appliquer avec le même «succès» les méthodes de déstabilisation habituelle, ce même establishment cherche à avoir des partenaires complètement soumis (même le taux de 75-80% ne suffit plus). Y compris pour éviter le risque que ces derniers sortent de l’orbite géopolitique occidentale.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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La visite d’adieu de Merkel à Kiev

La chancelière allemande Angela Merkel se rendra en Ukraine, sa fort probable dernière visite dans ce pays avant la fin de son mandat. Plusieurs sujets seront vraisemblablement à la table des discussions: de la situation dans le Donbass jusqu’au gazoduc Nord Stream 2.

Que pouvoir espérer de cette visite d’adieu d’Angela Merkel sur le sol kiévien? Sachant d’autant plus qu’elle aura lieu juste après le voyage à Moscou et la rencontre avec le président russe Vladimir Poutine. Probablement pas grand-chose. Pour l’Allemagne, il s’agira surtout de montrer son poids dans les affaires en lien avec l’Ukraine, et pour le régime de Kiev – certainement de tenter au maximum à faire joindre Berlin plus activement aux diverses actions contre la Russie.

Le tout à l’heure où l’Allemagne – bien que participant activement aux campagnes russophobes pro-atlantistes, ne souhaite malgré tout pas, de manière assez pragmatique, perdre ses intérêts économiques et énergétiques dans son interaction avec Moscou. Au grand désarroi des représentants du régime kiévien.

Autre point méritant l’attention le lancement par l’Ukraine et ses soutiens anglo-saxons de la soi-disant «plateforme de Crimée», destinée selon ses initiateurs à créer les mécanismes en vue de «désoccuper» la péninsule criméenne. Une initiative considérée déjà comme perdante pour de nombreux experts – n’ayant pu réunir que des représentants occidentaux ou affiliés aux intérêts atlantistes. En bref – très, très, loin de pouvoir donner ne serait-ce qu’un semblant de communauté internationale.

D’autre part, si certains leaders d’Europe de l’Est comptent assister personnellement à cette première rencontre de la plateforme citée, de nombreux pays occidentaux n’y enverront que des ministres ou représentants spéciaux. Dont l’Allemagne, qui devrait être officiellement représentée par le chef de sa diplomatie Heiko Maas. La participation de Merkel, sous quelque forme que ce soit, n’a pour le moment reçu aucune confirmation.

L’autre sujet au menu de la rencontre entre Merkel et Zelensky à Kiev va très certainement concerner la situation dans le Donbass. En ce sens, la chancelière allemande sortante souhaite vraisemblablement insister sur ses apports personnels dans les différentes discussions liées à ce territoire n’ayant pas reconnu les résultats du coup d’Etat ukrainien de 2014 et ayant poussé la population du Donbass (comme de la Crimée) à quitter la juridiction kiévienne.

Des apports que Merkel souhaite probablement laisser comme un «acquis» pour son futur successeur et maintenir le cap choisi pour la future administration allemande. Pour rappel en juillet dernier, lors de sa rencontre avec Zelensky, Merkel avait rappelé à son homologue kiévien la nécessité de mettre en œuvre «la formule Steinmeier» dans la législation ukrainienne.

Enfin, le sujet lié au lancement du gazoduc Nord Stream 2 – un projet stratégique pour Berlin dont il défend la réalisation, et qui a provoqué la vive colère de Kiev, d’autant plus que Washington au vu de la détermination allemande à finaliser ledit projet a dû atténuer ses pressions sur les acteurs, notamment européens, impliqués dans la réalisation de Nord Stream 2, sera certainement abordé.

Et bien que Berlin ait insisté de concert avec Washington sur la «nécessité» de poursuivre parallèlement le transit via le territoire ukrainien du gaz russe exporté vers l’UE, Kiev comprend parfaitement qu’il n’est plus en mesure de pouvoir dicter quoi que ce soit dans ce dossier, ni à faire du chantage comme cela était souvent le cas dans le passé lorsqu’il s’agissait de négocier les questions gazières. Et par la même occasion – de ne plus pouvoir avoir la garantie d’obtenir des milliards de dollars annuels dans le budget ukrainien via «l’agresseur» russe, avec lequel Kiev, tout en déclarant vouloir couper tous les ponts, comptait maintenir son économie à flot.

Dans tout ce package donc, le régime ukrainien doit se rendre à l’évidence qu’il ne représente effectivement pas le centre d’intérêt majeur de la politique internationale – et qu’il restera avant tout une sorte de pierre d’achoppement supplémentaire dans les relations entre l’establishment occidental et la Russie. Avec en prime un rôle de plus en plus réduit – étant forcé de prendre note des décisions occidentales sans en pouvoir faire quoi que ce soit pour en modifier le fond. Si ce n’est qu’émettre des déclarations demandant de penser un peu plus aux intérêts de cette pauvre Ukraine faisant face à «l’agression de l’ours russe».

Quant à Merkel, bien que se préparant à quitter son poste de chancelière, il demeure important de maintenir pour elle au sein de l’opinion publique allemande et européenne – l’image de celle qui voulait porter sur ses épaules la politique européiste. Se positionnant clairement en faveur des intérêts atlantistes à tous les niveaux, mais devant admettre face à la réalité multipolaire mondiale, la nécessité de maintenir un minimum de pragmatisme allemand.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Afghanistan: les USA indignes du rôle d’allié

Les talibans ont gagné la guerre après les 20 années de présence occidentale, principalement étasunienne, sur le sol afghan. S’il est difficile de faire pour le moment des prévisions de ce qu’il adviendra désormais de l’Afghanistan, une chose demeure certaine – il s’agit ni plus ni moins d’une véritable leçon pour tous ceux qui continuent de miser sur l’alliance avec Washington.

Le mouvement des talibans contrôle désormais la capitale du pays Kaboul. Le seul emplacement de la capitale afghane qui n’est pas encore passé sous leur contrôle demeure l’aéroport international où les Etats-Unis et plusieurs de leurs alliés réalisent une évacuation d’urgence humiliante. Plusieurs vidéos ont par ailleurs fuité montrant des citoyens afghans s’accrocher aux avions qui décollent et s’écraser au sol après des chutes mortelles. Difficile après ces images de parler d’un quelconque prestige international des USA. Le président pro-étasunien Ashraf Ghani a fui le pays.

La débâcle est totale ne serait-ce qu’en raison des 20 années de présence occidentale, plus de 1000 milliards de dollars de dépenses selon les responsables US, un bilan humain lourd – surtout pour les civils afghans, aucun développement digne de ce nom pour le pays, et pour couronner le tout – une explosion de la production de drogue, ayant provoqué un impact dramatique aussi bien pour l’intérieur que pour l’extérieur. Et selon nombre de sources, les Etats-Unis n’ont pas été étrangers au trafic de drogue  en provennce du sol afghan.

L’évacuation de l’ambassade étasunienne de Kaboul a rappelé à de nombreux observateurs les images datant de plusieurs dizaines d’années lorsque les USA se retiraient du Vietnam, après y avoir subi une défaite humiliante. Et ce malgré les déclarations du secrétaire d’Etat étasunien Antony Blinken affirmant à la presse de son pays que le départ de Kaboul n’est pas similaire à celui de Saïgon.

En parlant justement des évacuations des ambassades étrangères, si les Etats-Unis et la France, à l’instar de la plupart des représentations diplomatiques occidentales dans la capitale afghane ont choisi l’évacuation et la fermeture temporaire, celles de la Chine et de la Russie sont toujours opérationnelles.

Au vu de l’extrême rapidité de l’offensive menée par les talibans, plusieurs experts s’interrogent néanmoins si la situation observée actuellement n’avait pas été source d’un accord préalable entre les Etats-Unis et le mouvement des talibans, avec la participation du Pakistan. Si cette éventualité mérite l’attention, il n’en demeure pas moins que cela ne remet pas en question la situation sécuritaire sur le terrain – où les talibans contrôlaient déjà plus de la moitié du pays depuis plusieurs années sans que les USA et leurs alliés ne puissent y faire quoi que ce soit, et que d’autre part Washington a une nouvelle fois démontré ne pas être un allié fiable vis-à-vis de ceux qui lui ont fait, ou font encore, confiance.

Maintenant en parlant des perspectives régionales eurasiatiques. Si certains seraient tentés d’avancer la thèse que l’évacuation des troupes US & consorts d’Afghanistan représente en soi-même une stratégie pour créer des problèmes sécuritaires aux principaux adversaires géopolitiques de l’establishment étasunien, à savoir la Russie, la Chine et l’Iran, de même qu’à leurs alliés, bien que cette possibilité puisse être tout à fait plausible dans les têtes des représentants washingtoniens, il ne faut pas oublier que les trois grandes puissances eurasiennes ne sont restées les bras croisés. Et ce depuis un bon moment déjà.

Des efforts qui ont par ailleurs permis d’obtenir les garanties nécessaires pour Pékin et Moscou y compris sur la poursuite du fonctionnement de leurs représentations diplomatiques à Kaboul. En outre, bien que les talibans ne puissent évidemment pas d’une quelconque façon être considérés comme étant une force progressiste, et d’ailleurs toujours considéré comme un mouvement terroriste en Russie, il n’en demeure pas moins qu’ils font preuve d’une capacité d’analyse de la conjoncture internationale actuelle de manière assez factuelle.

En ce sens, la Russie ne se presse d’ailleurs pas à ne plus considérer les talibans comme une organisation terroriste, en attendant de voir les résultats des garanties et promesses réalisées par ces derniers. A savoir, entre autres, la lutte contre la production et l’exportation de drogue mais aussi le combat contre la présence des terroristes de Daech sur le sol afghan. Une présence contre laquelle les forces étasuniennes n’ont de-facto rien réalisé et qui demeure inacceptable non seulement pour les nations d’Asie centrale, mais également pour la Russie, la Chine et l’Iran.

Quant à la sécurité régionale, notamment des Etats d’Asie centrale partageant des relations d’alliance avec Moscou, tout permet de dire actuellement que les capacités de riposte face à une éventuelle détérioration de la situation restent au plus haut niveau. Et ce aussi bien dans le cadre du soutien russe que chinois. Sans oublier les capacités de mobilisation des forces conjointes de l’Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC) dans les pays voisins de l’Afghanistan, ainsi qu’en cas de nécessité des frappes ciblées contre les éléments hostiles dans les zones frontalières avec les pays concernés.

Par ailleurs, les talibans qui ont toujours déclaré n’être intéressés que par la prise de pouvoir à l’intérieur de leurs frontières, comprennent parfaitement le risque que comporte toute hostilité face au triumvirat Chine-Russie-Iran et aux alliés des pays cités. Non seulement d’ailleurs sur le plan sécuritaire, mais également économique – à l’heure où le pays a plus que jamais besoin de soutien et de financements. Des financements que la Chine serait en mesure d’accorder, à condition évidemment de ne pas dépasser les lignes rouges connues.

Quant aux USA et plus généralement l’axe occidental nostalgique de l’unipolarité révolue, il est encore une fois devenu évident quel type d’alliés ils représentent et quelle facilité ils ont à lâcher ceux qui auraient pensé avoir choisi l’option gagnante. Quelle désillusion…

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Les USA: les faux apôtres de la démocratie

Au cours de plusieurs décennies, allant de la seconde moitié du vingtième siècle et jusqu’à aujourd’hui, Washington a été directement ou indirectement impliqué dans des agressions contre un large nombre d’Etats souverains. Les crimes commis, y compris de masse, n’ont pour autant jamais poussé l’establishment étasunien à de quelconques remords dignes de ce nom.

Depuis 1945, les Etats-Unis ont été impliqués dans une série d’interventions typiques pour ce que l’on appelle le néocolonialisme, et ce à divers endroits de la planète. La particularité de ces agressions, à la différence par exemple du régime nazi allemand, c’était de se positionner comme le porteur des idéaux de «liberté et de démocratie». Pourtant, les peuples ayant eu à subir ces attaques et ces violations de leurs souverainetés, n’ont obtenu que destructions et chaos.

Depuis cette période, la liste fut très large. Si les exemples de la Corée, du Laos, Vietnam, Cambodge, Angola, Grenade et Panama faisaient partie de la période liée à la guerre froide, ceux, plus récents, de la Yougoslavie, de l’Afghanistan, de l’Irak ou encore de la Libye – peuvent être considérés comme appartenant à la période sombre du concept unipolaire – apparu à la chute de l’URSS. Un concept fort heureusement désormais révolu.

Cela évidemment sans oublier les innombrables tentatives de renversement du gouvernement cubain et d’assassinat de son leader Fidel Castro (qui finiront tous comme des échecs pour les instigateurs), la participation au meurtre barbare et lâche du grand leader congolais Patrice Lumumba, le coup d’Etat contre le président chilien Salvador Allende, ou encore le soutien semi-voilé au régime raciste d’apartheid sud-africain de l’époque. En d’autres termes – des faits et gestes en faveur de tout – sauf de la liberté et de la démocratie.

Si chacune de ces agressions mériterait d’être détaillée en de longues pages, il serait certainement juste d’accorder une attention particulière au Vietnam, sachant qu’il y a 57 ans de cela, en août 1964, que débutait l’escalade de l’intervention criminelle étasunienne contre ce pays. Selon les propres aveux des responsables US, confirmés par les documents étasuniens déclassifiés, les objectifs des Etats-Unis dans leur intervention dans la partie sud du Vietnam étaient à 70% – dans le but d’éviter une défaite humiliante (pour la réputation internationale US). Et seulement à 20% – dans le but d’y empêcher «une prise en main chinoise, et enfin à 10% dans l’objectif déclaré – de permettre aux habitants du Vietnam du Sud de profiter d’un « mode de vie meilleur et plus libre».  

En d’autres termes, les belles paroles de soutien à la liberté et à la démocratie – n’ont été que de la poudre aux yeux pour tenter à voiler les véritables raisons de cette agression macabre. Au plus fort de cette guerre d’agression contre le Vietnam et son peuple, plus d’un demi-million de militaires étasuniens se trouvaient dans ce pays. Cette guerre sale dans le plus direct du sens de ce terme, ne visera pas seulement les forces armées de la République démocratique du Vietnam, ou le Front national de libération du Sud Vietnam, mais également et massivement la population civile vietnamienne – qui pour une large part d’entre elle, notamment dans la partie sud du pays qui n’était pas encore réunifiée avec la partie nord – sympathisait effectivement aux forces qui résistaient à l’agression étasunienne.

Le tribut payé par le Vietnam, aussi bien en termes de pertes civiles comme militaires, fut tout simplement énorme: plus d’un million de tués sur le plan militaire, et entre un et deux millions de civils massacrés. Mais les souffrances du peuple vietnamien ne s’arrêteront pas aux énormes nombres de personnes tuées. L’utilisation massive d’armes chimiques par les agresseurs US, notamment de «l’agent orange», a provoqué des conséquences catastrophiques non seulement pour l’environnement et la santé des personnes ayant été touchées, mais également pour les enfants vietnamiens qui verront le jour après cette guerre néocoloniale.

Selon Tran To Nga, l’une des victimes de cet herbicide utilisé massivement par les militaires US contre la population vietnamienne, et qui se bat depuis des années pour que ledit préjudice soit reconnu, les effets de l’intoxication se font aujourd’hui ressentir jusqu’à la quatrième génération après la guerre. Et qu’au moins 100 000 enfants vietnamiens à ce jour sont atteints d’anomalies congénitales sérieuses.

Evidemment et au-delà de la honte des pratiques US à l’encontre de la population vietnamienne, l’humiliation sera aussi à la hauteur des crimes commis. Car les plus d’un demi-million de militaires US ne viendront jamais à bout de la résistance du Vietnam – un Vietnam qui vaincra ses ennemis et obtiendra également la réunification de tout le pays, avec le soutien de ses alliés – dont la Chine, l’URSS ou encore Cuba, forçant les USA à une défaite totalement humiliante. Cette résistance victorieuse continue à ce jour d’être étudiée par les principaux spécialistes du domaine militaire.

Et c’est peut-être d’ailleurs aujourd’hui la raison, au-delà de la capacité de nombre d’Etats à résister efficacement, tout en promouvant activement l’ordre multipolaire mondial – du rejet de la politique occidentale par une large part des populations du monde. Y compris même à l’intérieur de l’Occident. Après tout, les faux apôtres ne pourront jamais porter le mensonge indéfiniment. Même s’ils continuent à se positionner en de gentils agneaux.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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