Archives du mot-clé Yang Jiechi

Moscou-Pékin: le diktat washingtonien est terminé

La tentative évidente de l’establishment washingtonien de forcer un retour à l’ordre unipolaire des affaires internationales ramène ce dernier à la triste réalité – pour lui-même – à savoir qu’il n’y aura tout simplement pas d’un tel retour.

La mentalité relative à un comportement de cowboy, propre faut bien le dire, à chaque administration US, ne compte pas changer. Cela est devenu aujourd’hui totalement évident. Les récentes attaques verbales des élites étasuniennes à l’encontre de la Russie et de la Chine ne font que le confirmer. Ceci étant dit ces élites atlantistes doivent effectivement se rendre à l’évidence que la tentative de réimposer de nouveau une domination étasunienne et occidentale dans les relations internationales est pleinement vouée à l’échec.

Dans le cas de la Russie et de son leadership, la récente sortie verbale de Joe Biden, ne représente ni plus ni moins qu’une approche réellement primitive et surtout indigne pour un chef d’Etat – d’autant plus d’un pays qui continue à prétendre représenter l’une des principales forces mondiales. En ce sens, la réponse du président russe a été d’un niveau inatteignable pour les représentants étasuniens, dans leur ensemble.

Mais si certains pensaient que les hostilités verbales washingtoniennes se limiteraient surtout à la Russie, leur pronostic vient d’en être, une fois de plus, complètement mis à mal. Les tout récents échanges de haut niveau entre les représentants US et chinois ont au contraire mis en évidence la haine portée par Washington vis-à-vis de Pékin, et que nombre d’analystes pensaient uniquement propre à la précédente administration étasunienne, mais aussi et surtout la détermination du leadership chinois à répondre, de manière ferme, à ces attaques visant la Chine. Et ce désormais même de l’aveu des médias mainstream proches de l’establishment politique occidental.

Pour The Guardian, «tout espoir que la réunion à Anchorage (Alaska), aurait pu réinitialiser les relations bilatérales (sino-étasuniennes, ndlr), après des années de tensions dans le volet commercial, les droits de l’homme et la cybersécurité durant la présidence de Donald Trump, s’est évaporé lorsque le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, et le conseiller à la sécurité nationale, Jake Sullivan, ont ouvert leur rencontre avec le haut diplomate chinois Yang Jiechi (ex-ministre des Affaires étrangères, aujourd’hui directeur du Bureau de la Commission centrale des Affaires étrangères, ndlr) et le conseiller d’Etat Wang Yi (par ailleurs l’actuel ministre des Affaires étrangères de Chine, ndlr)».

Le ton accusatoire et condescendant des représentants étasuniens lors de cette rencontre a poussé immédiatement la partie chinoise à la riposte. Pour l’anecdote, et c’est ce qui confirme pleinement la nostalgie et le révisionnisme des élites étasuniennes, c’est la référence faite par les représentants US à «l’ordre international et aux lois qui en ressortent». Mais également que la compétition avec la Chine se poursuivra dans les domaines où cela sera nécessaire, et que la collaboration aura lieu également là où ce sera nécessaire. Mettant ainsi en exergue que le partenariat se fera là où Washington le jugera utile – et sur la base de conditions étasuniennes. Cette tentative évidente à tenter de réimposer l’ordre unipolaire a trouvé une réponse ferme des hauts représentants chinois.

«En ce qui concerne le sujet des cyber-attaques, en termes aussi bien de la capacité d’en lancer ou des technologies qui peuvent être déployées, les USA sont le champion en la matière», a déclaré Yang Jiechi. En ajoutant «que nous espérons qu’en parlant de valeurs universelles ou d’opinion publique internationale de la part des Etats-Unis, la partie américaine se demandera si elle se sent rassurée en disant ces choses, parce que les Etats-Unis ne représentent pas le monde, mais ne représentent que le gouvernement des Etats-Unis».

Les réponses des hauts diplomates chinois aux attaques verbales étasuniennes, rejoignent justement à ce titre la réponse donnée par le président russe Vladimir Poutine – considérée d’ailleurs comme étant «splendide» par son homologue turc Recep Tayyip Erdogan ayant fermement condamné les déclarations de Biden – dont l’un des points principaux a été de dire que nous allons trouver des terrains de collaboration – dans les domaines qui ont un intérêt pour la Russie, et sur la base de conditions qui correspondent aux intérêts russes. Et non pas l’inverse.

Au-delà donc du primitivisme assez évident de l’establishment étasunien dans sa manière de parler à ses homologues, et d’une mentalité propre aux films anciens sur le Far West n’ayant rien à avoir avec le monde contemporain, l’essentiel a été effectivement dit – aussi bien par le leadership russe, que chinois, en réponse à la nostalgie pro-unipolaire et au révisionnisme étasunien. Le message est clair: descendez de votre petit monde, car le monde dans sa globalité ne vous appartient pas. Vous n’en êtes ni ses porte-paroles, ni le gendarme, et n’avez aucune légitimité à parler au nom de la communauté internationale.

Il est évidemment plus qu’improbable que cette mentalité de cowboys ambulants puisse être surmontée et traitée rapidement – le traitement nécessaire doit être vraisemblablement radical. Le fait est que les partisans du monde multipolaire devenu réalité ne comptent pas baisser la garde, ni diminuer les efforts, notamment conjoints, pour montrer justement aux admirateurs du Far West leur véritable place dans le concert des nations du monde.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=2559

https://t.me/observateur_continental/978

Chine-USA: l’arrogance étasunienne ne diminue pas

Les tensions sino-étasuniennes, revues sérieusement à la hausse sous l’administration Trump, laissaient présager pour certains analystes une amélioration à venir sous la présidence Biden. Rien n’est moins sûr – le ton washingtonien vis-à-vis de Pékin, propre à une époque désormais révolue, ne présage pas de nettes améliorations dans ces relations.

La conversation téléphonique récente entre le nouveau secrétaire d’Etat US Antony Blinken avec le haut diplomate chinois Yang Jiechi était vue comme une occasion d’aller dans le sens d’une diminution de tensions courantes entre Washington et Pékin. Pour autant et au vu du communiqué qui s’en est suivi du côté du département d’Etat étasunien – tout laisse à supposer que les USA maintiendront une vision radicalement unipolaire et arrogante vis-à-vis de la première puissance économique mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat.

Ainsi, comme le rapporte l’agence Reuters, le secrétaire d’Etat US Antony Blinken a déclaré vendredi lors de l’appel téléphonique avec le haut diplomate chinois Yang Jiechi «que les Etats-Unis continueront à défendre les droits de l’homme et les valeurs démocratiques au Xinjiang, Tibet et à Hong-Kong». Blinken a également exhorté la Chine «à condamner le coup d’Etat militaire au Myanmar, et a réaffirmé que Washington continuera de travailler avec ses alliés pour tenir la Chine responsable des efforts visant à menacer la stabilité dans l’Indo-Pacifique», toujours selon le communiqué du département d’Etat étasunien.

Du côté chinois, parallèlement à l’appel de développer des relations bilatérales stables et constructives, Pékin n’a pas manqué de faire quelques rappels méritant l’attention envers l’homologue US. Notamment de sa ferme position sur la question de Taiwan, et aussi que les questions liées à Hong-Kong, Xinjiang et le Tibet, constituant des affaires intérieures de la Chine – dans lesquelles les forces extérieures n’ont pas à interférer, comme cela est rappelé dans l’article de Hu Xijin – rédacteur en chef du quotidien Global Times.

L’auteur rajoute d’ailleurs qu’objectivement parlant, la stratégie étasunienne de contenir la Chine a montré une tendance vers un sérieux échec. Et qu’il est évident pour le monde que le développement de la RPC est imparable. Tout en rappelant que peu importe ce que les responsables US diront au peuple américain, la Chine espère que les actions réelles pourront ramener la politique chinoise des Etats-Unis du « nuage de la fantaisie à un terrain pragmatique ».

Dans un autre éditorial de Global Times, «la performance réelle des Etats-Unis est médiocre et le pays ne maintient le haut niveau que dans la prédication idéologique, tandis que la Chine a quant à elle assumé les responsabilités d’une grande puissance sur de nombreuses questions». En ajoutant «que la tromperie étasunienne ne peut pas durer longtemps et les faits parlent finalement plus que les mot ».

Les éditorialistes chinois vont plus loin encore en mettant l’accent sur la responsabilité des élites politiques occidentales: «Les différences de valeurs entre la Chine et l’Occident ne sont pas si sérieuses de ce qui pourrait être pensé en Occident. Ce sont les Etats-Unis et leurs principaux alliés qui radicalisent la question. La mentalité chinoise de l’harmonie dans la diversité est plus conforme aux valeurs communes de la plupart des gens dans le monde». Des lignes fortement révélatrices qui d’une part soulignent la différence entre les peuples des pays occidentaux et leurs élites. De l’autre le concept multipolaire promu entre autres par la Chine. Et enfin que de nombreuses personnes y compris même en Occident se retrouvent dans cette vision multipolaire. Difficile en effet de mieux résumer la chose.

Quoiqu’il en soit, cet échange d’opinions démontre plusieurs choses. La première est que les USA, quelle que soit l’administration en place, sont incapables d’engager un dialogue honnête, respectueux et qui tient compte des intérêts réciproques – bien que l’establishment étasunien en place ait rappelé être prêt à dialoguer avec Pékin et Moscou sur des questions ayant un intérêt pour Washington. Le souci de cette philosophie est que les deux premiers cités feront tout simplement de même vis-à-vis des USA. Comme cela a été d’ailleurs dit récemment par plusieurs hauts responsables chinois et russes.

La deuxième chose à noter, est que Pékin continuera à défendre ses intérêts nationaux et à promouvoir la réalité multipolaire mondiale – sans se soucier de ce qu’en pensent les représentants de l’establishment étasunien, et occidental de façon générale.

Et qu’enfin – rien pour le moment ne peut annoncer une amélioration digne de ce nom dans les relations entre les USA – fervents nostalgiques de l’unipolarité dépassée et les partisans de la multipolarité devenue réalité. Et ce malgré toute la rhétorique hostile des élites occidentales visant aussi bien Pékin, que Moscou et les autres centres majeurs de la véritable communauté internationale.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=2429

https://t.me/observateur_continental/841