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Entretien avec Edouard Bizimana

Assemblée générale de l'ONU

Un grand nombre de dirigeants africains ont fait le déplacement à New York pour la 73ème Assemblée générale des Nations unies. Analyse de cet événement d’envergure mondiale et de la place de l’Afrique dans la conduite des affaires internationales avec Edouard Bizimana, ambassadeur de la République du Burundi en Russie.

 

Sputnik: Comment analyseriez-vous le contexte international dans lequel s’est tenue la dernière Assemblée générale de l’ONU?

Edouard Bizimana: La 73ème Assemblée générale des Nations Unies s’est tenue dans un contexte d’incertitudes et de tensions consécutif à la crise conceptuelle du multilatéralisme. Les ingérences de certaines grandes puissances dans les affaires intérieures des autres Etats, les conflits en Syrie, en Libye, au Yémen, les guerres commerciales entre les Etats Unis d’Amérique et leurs partenaires européens et asiatiques, l’instrumentalisation des Nations unies et de ses organismes, la crise migratoire, le terrorisme, la montée du populisme en Europe, etc. donnent l’image d’un monde en pleine mutation.

Sputnik: Quels sont selon vous les grands enjeux internationaux du moment?

Edouard Bizimana: La 73ème Assemblée Générale des Nations Unies qui s’est tenue à New York du 25 septembre au 1er octobre 2018 s’est déroulée à un moment où le monde fait face à des défis majeurs, notamment les changements climatiques, la crise migratoire, le terrorisme et les guerres. Pour ce qui est des changements climatiques, il est à noter qu’ils constituent un danger mondial qui nécessite des solutions concertées et globales. L’Assemblée Générale des Nations unies s’est tenue quelques jours seulement après la tempête Florence qui a balayé le sud-est des Etats-Unis d’Amérique (les deux Carolines et la Virginie) faisant des dégâts humains et matériels importants. Ici, je ne parle pas du tsunami en Indonésie qui vient de balayer les Iles des Célèbes (Palu) et a fait plus de 1.500 morts et des dégâts matériels importants. Toutes les parties du monde font face à des inondations qui ravagent tout sur leur passage: en Afrique, en Asie, en Amérique. Malgré les efforts et certaines initiatives, notamment le « One Planet Summit », le retrait de certaines puissances de l’accord sur le climat inquiète plus d’un. Quid des engagements déjà pris dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre? Il faut signaler ici que certaines parties du monde comme l’Afrique ne font que subir, comme des victimes innocentes, car n’ayant pas d’industries. Les grands pollueurs continuent à polluer et le monde continue à compter ses morts.

Pour ce qui est de la crise migratoire, il faut noter que la question est prise au sérieux en Europe et risque de bousculer le paysage politique dans certains pays. Les migrations nourrissent actuellement le populisme, l’extrémisme en Europe et inspirent des politiques de repli identitaire. Actuellement, toute personne de couleur noire en Europe est perçue comme immigrant illégal, comme un crachat de la Méditerranée. Il suffit de voir comment les Africains sont fouillés et interrogés dans des aéroports en Europe. Mêmes les délégations officielles subissent le contrecoup tandis que les conditions d’obtention de visa pour l’Europe se durcissent de plus en plus. Inutile de revenir sur les pertes en vies humaines et les humiliations subies par les candidats à l’exil. Pourtant, dans la plupart de cas, c’est le chaos créé par certains pays occidentaux dans les pays africains et asiatiques qui sont à l’origine des mouvements. Les politiques de changement de régime, l’exploitation illégale des ressources dans certains pays africains créent le chaos et contribuent à la paupérisation des populations. On a l’impression que les leaders africains semblent ne pas se soucier du sort de leurs populations et dans leurs propres pays et dans les pays d’exil. Certains pays n’ont commencé à réagir qu’après la diffusion des images d’esclavage en Libye diffusées par la chaîne américaine CNN. Mêmes les milliers de cadavres des migrants rejetés par les mers ne semblaient pas émouvoir les pays d’origine. Logiquement on s’attendait a ce que les pays africains fassent front commun pour lutter contre ce fléau en créant des conditions permettant à leurs populations de se sentir en sécurité (économique et physique) chez elles, d’une part, et surtout en prenant des mesures contre les pays occidentaux qui maltraitent les migrants, d’autre part.

Le terrorisme et les guerres qui ont cours dans plusieurs parties du monde sont, dans la plupart des cas, le produit des actions unilatérales de certaines puissances occidentales. Les guerres en Libye, en Syrie, au Yémen s’inscrivent dans cette logique. Les nations du monde doivent se lever pour bloquer des actions susceptibles de créer le chaos dans les pays. Cela ne peut être possible que si les Nations unies, son Conseil de sécurité et ses agences des droits de l’Homme cessent d’être instrumentalisés et politisés pour servir les intérêts des uns contre ceux des autres. Le cas du Burundi avec le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies, avec la Cour pénale internationale est là pour rappeler, à qui veut l’entendre, cette instrumentalisation des agences des Nations unies. Les actions inamicales à l’encontre du Burundi reposent souvent sur les rapports de ces agences, qui pourtant sont loin de refléter la réalité sur terrain. Les menaces des Etats-Unis d’Amérique et d’Israël contre l’Iran pourraient constituer une menace contre la paix et la sécurité internationales si jamais ces menaces devaient se concrétiser. Ici, les Nations unies doivent être très vigilantes pour éviter les erreurs du passé: Irak, Libye.

Sputnik: Quelle analyse feriez-vous des interventions des chefs d’Etat africains lors de cette 73ème Assemblée générale des Nations unies?

Edouard Bizimana: S’il est évident qu’il faut prendre la parole aux Nations unies, un symbole d’égalité juridique et de reconnaissance internationale, il est aussi légitime de se poser la question de ce qu’il faut dire ou ce qu’il ne faut pas dire. Faut-il aller aux Nations unies pour défendre sa politique intérieure, défendre son bilan, accuser ses ennemis ou faut-il simplement parler pour parler? On a vu de tout cela au cours des assemblées générales des Nations unies. Il est devenu possible de prévoir le contenu des discours à l’ONU et le fait que ces discours donnent l’impression d’une sorte de lamentation devant le mur des Nations unies font que souvent la plupart des orateurs parlent dans une salle presque vide. Pourtant, écouter l’autre est aussi un signe de respect qui devrait caractériser les Nations unies.

Revenant sur les interventions des uns et des autres, je constate une certaine constance dans tous les discours des représentants africains: la réforme du conseil de sécurité des Nations unies est reprise par tous les intervenants. Reste à savoir s’il y aurait du changement même si cette réforme était réalisée. Est-ce que l’influence des grandes puissances, qui financent le gros du budget de cette organisation, changerait? Est-ce que les menaces et intimidation de certaines grandes puissances vis-à-vis des membres du Conseil de sécurité pour influencer leur vote vont pour autant s’arrêter? Etonnant aussi de constater que certains discours manquent de substance et se contentent des formules toutes faites et sans trop de conviction. Sinon comment comprendre la référence au panafricanisme faite par le président rwandais quand on connaît le rôle déstabilisateur joué par le Rwanda dans la région des Grands Lacs? Comment comprendre cette référence au moment où le Rwanda est le seul pays africain qui a voté une résolution de la Commission des droits de l’Homme des Nations unies qui étrangle injustement le Burundi, un pays voisin? L’Afrique ne pourra pas trouver sa place dans l’économie mondiale, ne pourra pas être gérée autrement tant que ses leaders continueront d’imiter l’Occident, continueront de servir de têtes de pont ou de jouer les pions.

Certains représentants vont même défendre leur bilan aux Nations unies comme s’ils avaient été élus à la tête de leurs pays par les Nations unies. D’autres manquent l’occasion de soulever les questions qui peuvent fâcher ou mettent l’organisation elle-même devant ses responsabilités. Ils préfèrent rester dans le vague en évitant de pointer un doigt accusateur. La Libye n’a-t-elle pas été saccagée par l’Occident avec l’accord des Nations unies? Les résolutions du Conseil des droits de l’Homme sur le Burundi ne sont-elles pas motivées par la volonté de changer le régime en place à Bujumbura, initié par certains pays occidentaux bien connus des Burundais? N’est-ce pas que les Nations unies et son Conseil de sécurité n’ont jamais voulu condamner l’agression du Rwanda contre le Burundi malgré les preuves fournies?

Enfin, on constate plutôt que le siège des Nations unies est devenu un lieu de confrontation entre souverainetés, entre idéalisme et pragmatisme, un lieu où les consensus sont devenus très difficiles à trouver, car l’Assemblée générale devient une occasion rêvée pour certains de régler leurs comptes. Au moment où certains viennent prêcher dans le désert pour se donner bonne conscience, les autres disent et font, voire font sans dire, car ils n’ont plus confiance en cette institution. Le doute sur la possibilité d’une action collective pousse certains pays à privilégier des solutions radicales, non concertées et à court terme. L’absence des présidents chinois et russe à cette assemblée générale, deux membres permanents du Conseil de sécurité, montre en partie cette perte de confiance. Il pourrait en être de même pour la moitié des chefs d’Etat africains qui n’ont pas fait le déplacement à New York cette année.

Sputnik: On remarque assez souvent l’absence de l’Afrique dans les débats sur les sujets qui la concernent directement. Cela est particulièrement visible de la part des élites politiques occidentales. Qu’en pensez-vous?

Edouard Bizimana: C’est malheureusement devenu une tradition depuis la conférence de Berlin de 1884-1885 qui consacra le partage de l’Afrique entre puissances occidentales. Depuis longtemps, l’Afrique est perçue comme objet et non comme sujet des relations internationales et c’est probablement cela qui a poussé le président Sarkozy à déclarer que « L’Afrique n’était pas suffisamment entrée dans l’Histoire ». Pour plusieurs pays occidentaux, l’Afrique est perçue seulement comme un réservoir de matières premières destinées à développer les autres. Pour le reste, l’Afrique est généralement perçue dans sa dimension pathologique: migrants, maladies, pauvreté, guerres, etc. Ce qui est drôle, c’est le fait que les Africains eux-mêmes ont fini par s’accommoder de cet état de fait. Ils ont tendance à esquiver les sujets qui touchent directement l’Afrique. Il suffit de voir comment l’Europe est très préoccupée par l’immigration alors qu’en Afrique le sujet reste presque tabou. Pourtant, ceux qui meurent dans les mers sont des Africains pour la plupart. La participation de l’Afrique à la 73ème Assemblée Générale des Nations unies est de 21,80% au niveau des chefs d’Etat et cela montre que si les Africains s’unissaient autour d’un sujet, ils pourraient facilement influencer la décision. On a vu cela avec la résolution de la Commission des droits de l’Homme sur le Burundi adoptée le 27 septembre 2017 à Genève où les pays africains ont apporté leur soutien au Burundi (même si en 2018 ils n’ont pas maintenu l’élan) faisant ainsi pencher la balance.

Sputnik: Quelles sont pour vous les voies possibles pour que l’Afrique puisse pleinement jouer le rôle qu’elle mérite sur la scène internationale? Pour cela, l’Afrique devrait-elle miser encore plus sur le panafricanisme et une interaction encore plus importante avec les puissances dites « émergentes », dont les pays Brics?

Edouard Bizimana: La seule façon pour l’Afrique d’avoir sa place dans la gestion des affaires internationales serait de pouvoir parler d’une seule voix à travers l’Union africaine. Malheureusement, cette dernière est en panne sèche et manque d’indépendance. Cela est dû en grande partie au fait que certains dirigeants africains sont plus préoccupés par leur propre survie que la survie de leurs peuples. C’est cela qui explique pourquoi certains préfèrent jouer le jeu du colon en déstabilisant les voisins qui osent défier l’Occident. Le Burundi en a fait l’expérience en 2015, année où le Rwanda et la Belgique ont joué un rôle majeur dans la déstabilisation du Burundi à la suite des élections de 2015. La Libye reste une illustration parfaite du manque de solidarité entre pays africains et cela constitue un coup très dur au panafricanisme. En effet, très peu de chefs d’Etat africains ont levé le petit doigt pour condamner l’agression contre ce pays. Actuellement, tous les voisins de la Libye sont confrontés aux problèmes de terrorisme. Etant devenus incapables de se défendre eux-mêmes contre les groupes terroristes, ils font appel à l’Occident pour assurer la protection de leurs frontières.

Le Burundi reste un cas d’école en termes de résistance et de promotion du panafricanisme. En effet, ses dirigeants ont décidé de prendre la destinée du pays en mains sans fléchir et céder aux injonctions occidentales. L’histoire retiendra que le Burundi a tenu tête face à l’Occident pendant des années et des années malgré les moyens colossaux investis pour opérer un changement de régime au Burundi depuis 2015. Il a pu financer des programmes politiques et des projets de développement, il a pu payer les salaires des fonctionnaires et totalement financer son budget après les sanctions imposées par l’Union européenne. Le Burundi est un des rares pays qui développe un panafricanisme digne de nom et qui fait peur aux Occidentaux qui craignent un effet de contagion dans la région, sur le continent et dans le monde entier.

La dépendance financière de l’Union africaine vis-à-vis de l’Union européenne est un autre handicap. En effet, le budget et les programmes de l’organisation dépendent des contributions de l’UE sans lesquelles l’organisation ne peut pas survivre. Les pays membres ne parviennent plus à s’acquitter de leurs contributions vu que même leurs budgets de fonctionnement sont financés par l’Occident. C’est pour cela que l’Union européenne pèse très lourd dans certaines décisions de l’Union africaine tel qu’observé par rapport au paiement des soldes des soldats burundais de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM). Il a fallu le courage de certains leaders africains pour faire fléchir l’Union européenne qui voulait à tout prix déstabiliser la mission et mettre en péril les acquis de plusieurs années.

Le renforcement des organisations régionales reste une bonne voix pour l’Afrique de consolider sa position sur la scène internationale. Mais là aussi, tout dépend de la stature des chefs des Etats membres. On a vu le rôle de l’IGAD, de l’ECOWAS, de l’East African Community dans la prévention et résolution des crises régionales. La position sans équivoque du président Yoweri Kaguta Museveni de l’Ouganda et du président Magufuli de la Tanzanie par rapport au Burundi post 2015, et en dépit des pressions de l’Union européenne, est à saluer. Dans la plupart des cas, la fragmentation est telle que mêmes sur des sujets qui concernent la survie de l’Afrique, les dirigeants ne s’entendent pas. Certains leaders ont peur de prendre position pour ne pas fâcher les Occidentaux qui les maintiennent au pouvoir.

L’interaction avec les Brics ne peut pas constituer une alternative, car ces pays défendent d’abord et avant leurs intérêts respectifs. Lors du vote de la récente résolution contre le Burundi, le 28 septembre 2018 à Genève, l’Afrique du Sud n’a pas osé voter contre la résolution tandis que le Brésil post-Rousseff a voté pour la résolution. On constate que c’est d’une part l’état des relations bilatérales et les intérêts nationaux, d’autre part, qui dictent la conduite que les Etats adoptent au sein des organisations internationales quand il s’agit de soutenir ou d’étrangler tel ou tel pays. Les relations diplomatiques et économico-commerciales entre le Burundi et le Brésil ou entre le Burundi et l’Afrique du Sud, ne sont pas plus fortes que les relations que ces pays ont avec les Etats-Unis d’Amérique, avec la France, avec le Royaume-Uni, par exemple. Dans le cas où il faut ménager la chèvre et le chou, certains pays préfèrent s’abstenir. C’est ce que plusieurs pays (dont 9 africains) ont fait lors du vote de la résolution contre le Burundi, le 28 septembre 2018.

Sputnik: Qu’en est-il de la Russie et de la Chine? N’ont-ils pas plusieurs fois soutenu et défendu le principe de la souveraineté du Burundi?

Edouard Bizimana: La Russie et la Chine ont un double statut particulier et cela fait d’eux les piliers des Brics. D’abord les deux pays sont des membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies et, à ce titre, ils ont pu éviter des situations dont les conséquences pouvaient être difficilement gérables. Ils ont toujours plaidé pour le respect des principes du droit international et leur détermination à défendre ces principes a permis de freiner les élans hégémoniques et d’ingérence des Occidentaux dans les affaires intérieures d’autres Etats, dont le Burundi. Ces deux puissances se complètent parfaitement, car à elles deux elles réunissent deux aspects importants de puissance: l’économie et la puissance militaire. C’est pour cela qu’elles peuvent s’opposer à l’Occident sans trop de craintes. Ce qui n’est pas le cas avec d’autres membres des Brics. Ce sont les bonnes relations historiques entre le Burundi et ces deux pays qui les poussent à soutenir le Burundi dans sa lutte contre l’impérialisme occidental. Donc, les relations entre le Burundi et ces deux puissances précèdent la naissance des Brics en tant que bloc organisé.

De surcroît, les Brics semblent privilégier l’aspect économique et ses positions politiques ou idéologiques ne sont pas encore très perceptibles sur la scène internationale. Les prises de position des Brics, en tant que bloc, (à l’instar de l’Union européenne ou du G7) sur des sujets politiques, diplomatiques et idéologiques d’envergure internationale sont rares, voire inexistantes, pour le moment. La stratégie visant à se consolider économiquement d’abord pour ensuite bâtir un socle politico-diplomatico-idéologique solide me semble la meilleure. Je pense que l’Occident a pris conscience de cette option et tente d’affaiblir économiquement les pays membres des Brics: les sanctions prises contre la Russie et la Chine, la guerre commerciale lancée contre la Chine entrent dans cette optique. A noter que les économies brésilienne et sud-africaine ne sont pas dans leur meilleure forme pour le moment. Inutile de signaler que la prédominance du dollar américain dans les transactions commerciales internationales, comme l’un des vestiges de la Deuxième Guerre mondiale, est une question de vie ou de mort pour les Américains. Il y a donc la crainte qu’une autre monnaie de change utilisable dans les transactions internationales, puisse avoir le jour. C’est pour cela que les Américains sont prêts à tout faire pour affaiblir les Brics pour garder le monopole du dollar dans les échanges commerciaux internationaux. Le jour où le baril de pétrole et d’autres matières premières stratégiques seront vendus dans une autre monnaie que le dollar, où le prix de l’or se fixé dans une autre monnaie que le dollar, le monde pourra s’attendre à une autre guerre mondiale. Pour le moment, tous les autres litiges peuvent se résoudre pacifiquement tant que le dollar reste la principale (voire l’unique) monnaie dans les échanges internationaux.

Idéologiquement, ce sont la Russie et la Chine qui peuvent porter les Brics et l’Inde et la Chine, économiquement. L’éloignement géographique du Brésil risque aussi de se transformer en éloignement idéologique des autres membres des Brics. C’est en définitive signifier que l’interaction avec l’Afrique doit plutôt se faire plus avec les pays membres des Brics individuellement et moins avec les Brics en tant que bloc, en attendant que le bloc se consolide idéologiquement.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201810051038390103-ambassadeur-edouard-bizimana-entretien/

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Pourquoi la présence russe en Afrique inquiète tellement l’Occident?

Centre de Bangui

Le plein retour de Moscou sur le continent africain provoque une véritable hystérie dans les cercles occidentaux. Si il y a quelques années encore, les paroles sur un tel retour faisaient sourire les élites occidentales, depuis que la Russie post-soviétique est passée à l’action, le sourire a subitement disparu…

Agitation diplomatique, matraquage médiatique, pressions politiques, les élites occidentales, notamment celles de l’Hexagone ne reculent désormais devant rien pour tenter à tout prix de maintenir leur prétendu « pré-carré » en Afrique, et empêcher une prise de souveraineté digne de ce nom au niveau de nombre de pays du continent. En effet et si l’on suit les titres de nombreux médias mainstream, francophones comme anglophones, l’heure est nettement à l’inquiétude. France 24, BBC, RFI, New York Times, Jeune Afrique et d’autres — tous « s’interrogent » sur les « motivations » et les capacités de Moscou en Afrique.

En réalité, cette inquiétude est assez compréhensible. Car ils savent que ce retour russe en terre africaine, frappera indéniablement le système que l’Occident a longtemps imposé au continent l’un des plus riches en termes de ressources naturelles et humaines, mais si longtemps dénigré avec des clichés promus par les mêmes médias mainstrimois. Souvenez-vous d’ailleurs des premiers pas de la Chine en Afrique: moqueries occidentales d’abord sur les capacités de Pékin, puis — lorsque la Chine commencera à s’imposer lancement de vastes campagnes anti-chinoises, notamment via les instruments médiatiques, pour enfin se rendre à l’évidence: la Chine a bel et bien réussi à s’imposer et malgré toutes les critiques dont elle peut faire face, le constat est sans appel, les Africains en majorité préfèrent Pékin à l’Occident.

Le retour russe fait d’autant plus peur aux Occidentaux pour plusieurs raisons. Tout d’abord car désormais la concurrence sino-occidentale pourrait entrevoir l’élargissement de cette opposition en deux blocs antagonistes, un peu dans le style du Conseil de sécurité de l’ONU: russo-chinois d’un côté et occidental de l’autre. Certes, les intérêts de la Russie en Afrique ne sont pas forcément ceux de la Chine, et vice-versa. Mais globalement parlant, il est aujourd’hui clair que Moscou et Pékin pourraient être en Afrique beaucoup plus partenaires que concurrents, et ce bien évidemment au détriment des intérêts occidentaux. Car faut-il le rappeler les domaines de compétence de la Chine en Afrique ne sont pas forcément ceux de la Russie, et les domaines d’expertise russe ne sont pas forcément ceux de la Chine. Ce qui signifie que les deux pays peuvent réellement se compléter, tout en respectant chacun la souveraineté des nations africaines. Cette complémentarité pourra d’ailleurs se faire aussi bien dans le cadre des projets liés à l’alliance BRICS, que dans le cadre des accords bilatéraux russo-chinois.

Autre point tout aussi important: celui de la popularité évidente de la Russie actuelle auprès d’une large partie de la population africaine. En effet et cela pourrait paraitre paradoxal: alors que la Russie avait perdu nombre de ses positions en Afrique à la chute de l’URSS, et que la jeunesse africaine actuelle n’a pas connu la période de la guerre froide, la politique extérieure russe contemporaine séduit justement un bien large nombre de représentants de cette jeunesse d’Afrique. Sans oublier évidemment la génération plus âgée — celle justement qui garde en mémoire l’apport décisif de la Russie soviétique dans la libération du continent du colonialisme, mais aussi dans le soutien qui fut accordé pour permettre à de nombreux Etats nouvellement libérés d’aller de l’avant. Et à ce niveau aussi, Moscou n’a pas de quoi rougir. Il suffit d’observer un pays comme l’Angola, qui malgré de nombreuses attaques visant sa souveraineté, notamment des régimes US et sud-africain version apartheid, ait non seulement pu résister grâce au soutien décisif de Moscou et de La Havane, mais ait pu devenir un pays prospère, dont les citoyens n’immigrent pas ou peu, à l’énorme différence des pays faisant partie du cercle vicieux nommé « Françafrique », pourtant disposant eux aussi de fort importantes ressources naturelles.

Et enfin, comme résultat des deux points précédents, les élites atlantistes comprennent parfaitement aussi que les succès des collaborations russo-africaines, comme c’est d’ailleurs actuellement le cas par exemple entre Moscou et Bangui, deviendront au final comme une vague, si ce n’est pas un tsunami, pour toute présence ultérieure occidentale sur ce continent. Et bien que les élites politico-médiatiques de l’Occident, et notamment françaises, s’obstinent à refuser de reconnaitre qu’ils doivent beaucoup à l’Afrique, le temps de rendre des comptes s’approche à un rythme élevé. Ajoutez à cela une autre réalité que l’establishment occidental aura beaucoup, mais vraiment beaucoup de mal à accepter: celui de perdre le contrôle sur les ressources naturelles africaines, à un moment de l’histoire où les notions de patriotisme et de souveraineté ont clairement le vent en poupe. En Afrique, le panafricanisme, comme lors de la guerre froide, s’impose de nouveau. Et malgré la vive opposition occidentale, la réalité sera ce qu’elle sera. Le monde, dont l’Afrique est membre à part entière, ne peut être que multipolaire.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201809141038077891-presence-russie-afrique-occident-reaction/

Mikhail Gamandiy-Egorov

La Centrafrique vers la paix, la Russie et le Soudan à la manœuvre

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La Centrafrique se dirige vers une solution à la crise qui la frappe. Avec le soutien de la Russie et du Soudan, les principaux groupes armés centrafricains ont en effet signé une déclaration d’entente. Alors que les pays occidentaux n’ont jamais causé que des problèmes, la Russie et ses alliés autres apportent des solutions.

Vers une sortie de crise en Centrafrique? La mission de bons offices de la Russie semble avoir porté ses fruits, malgré les tentatives de la diplomatie française de stopper la montée en puissance des relations russo-centrafricaines.

En effet, les principaux représentants des groupes armés centrafricains viennent de signer à Khartoum, la capitale soudanaise une déclaration d’entente. Parmi les signataires figurent Nourredine Adam (Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique), Ali Darassa (l’Union pour la paix en Centrafrique), Mahamat al-Khatim (Mouvement patriotique pour la Centrafrique) et Maxime Mokom (l’un des représentants du groupe anti-balaka). Ils ont apposé leurs signatures respectives en indiquant leur volonté d’une paix durable et d’une réconciliation. Une approche d’ailleurs saluée par les autorités centrafricaines.

Par son rôle dans cette affaire, Moscou a démontré toute sa détermination à non seulement défendre ses propres intérêts, mais également ceux de ses alliés. Finalement, l’efficacité russe en Syrie, aussi bien dans le cadre de la lutte antiterroriste, qu’au niveau politico-diplomatique, s’exporte sur le continent africain.

En effet, la Russie souhaite voir une Afrique stable, prospère, et avec laquelle il sera possible de collaborer dans un cadre gagnant-gagnant, et sans imposer quoi que ce soit. Sinon, comment expliquer que moins de 200 spécialistes russes aient pu, aussi rapidement, faire tellement plus pour la stabilisation de la Centrafrique, que les 15.000 militaires français passés par là depuis de nombreuses années? Le Quai d’Orsay aura très certainement du mal à donner une réponse digne de ce nom.

Ne doutons pourtant pas que Paris, à l’instar d’autres capitales occidentales, tente, comme dans le passé récent, d’entraver ce processus de paix en Centrafrique. Et ce pour plusieurs raisons. Au-delà de perdre définitivement un pays majeur issu de son prétendu «pré-carré», l’élite française comprend parfaitement aussi que ce processus essaimera au-delà de la République centrafricaine.

Pourtant, le peuple centrafricain est plus que jamais mobilisé à faire face à toute tentative néocoloniale de diviser la société centrafricaine sur une base religieuse ou ethnique. De plus, il peut compter sur des alliés sûrs, respectant sa souveraineté et apportant des solutions à des problèmes créés exclusivement par les représentants occidentaux. Des problèmes créés d’ailleurs à tellement d’autres endroits de l’Afrique, avec toujours le même objectif: diviser pour mieux régner. Et… piller.

Mais le monde évolue: le système multipolaire s’impose de jour en jour. Et les nations du monde, notamment africaines, refusent désormais la manipulation. La Russie est un acteur majeur dans ce renouveau mondial, et avec elles ceux ayant décidé de la suivre.

D’ailleurs, le Soudan, l’autre allié africain de Moscou, qui a aussi beaucoup contribué à ce que cette rencontre ait lieu, sort lui aussi gagnant. Et son président Omar el-Béchir, tellement diabolisé par le petit monde occidental, se positionne désormais en médiateur de paix de premier plan. Après avoir grandement contribué à la signature de l’accord de paix au Sud Soudan, qui s’est séparé de Khartoum en 2011, non sans «l’aide» occidentale et est depuis plongé dans le chaos, le leader soudanais a largement contribué à ce processus de stabilisation si nécessaire à la République centrafricaine.

Les solutions aux problèmes africains peuvent et doivent être africaines, avec le soutien d’alliés sincères.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201808311037887343-afrique-centrafrique-crise-russie-paix-soudan/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Centrafrique: stabilisation russe contre chaos français

Centrafrique

Les relations qu’entretiennent Moscou avec la Centrafrique ne sont pas du goût de tout le monde. Alors que les échanges diplomatiques, politiques économiques, ou militaires s’approfondissent entre Moscou et Bangui, Paris enrage. La France estime en effet que la Centrafrique fait partie de son «pré carré» et fait tout pour le conserver.

Après sa défaite en Syrie, l’Occident politique —et notamment l’Élysée- digère très mal le retour de la Russie sur le continent africain. Un continent que la Russie n’a non seulement jamais colonisé, mais a plus qu’activement soutenu dans ses mouvements de décolonisation et de libération nationale.

En effet, Paris est furieux d’observer la formation d’une alliance Moscou-Bangui, alors que l’Élysée considérait jusqu’à encore très récemment la République centrafricaine comme partie intégrante de son prétendu «pré-carré». Les choses ont évidemment radicalement changé après l’arrivée de la Russie pour équiper, mais surtout former les Forces armées centrafricaines (FACA), permettant aux deux pays de passer à une nouvelle étape de leurs relations bilatérales. Des relations fondées sur une base légitime, la Russie ayant été invitée par les autorités légales du pays… Si certains dressent une parallèle avec l’approche russe en Syrie, ils ont probablement raison.

Mais la Russie ne se limite pas et plus à la livraison d’équipements militaires à Bangui, ni à la formation des forces armées nationales. Les deux nations développent également leur coopération économique, notamment après l’impulsion donnée par le Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF 2018) de mai dernier, auquel avait d’ailleurs assisté le chef d’État centrafricain en qualité d’invité spécial du président Poutine. Par ailleurs, Moscou apporte un soutien humanitaire à Bangui avec la livraison aux populations centrafricaines de plusieurs lots de médicaments et d’hôpitaux mobiles, y compris dans les zones qui jusqu’à encore récemment étaient sous contrôle de groupes armés.

Enfin, la Russie fait un énorme travail de médiation pour permettre une réconciliation nationale et un retour à l’ordre constitutionnel sur toute l’étendue du territoire centrafricain. Chose que la France n’a jamais faite. Et ne fera pas.

Par contre, la France, à l’instar des élites occidentales en général, tente par tous les moyens de mettre des bâtons dans les roues de cette coopération russo-centrafricaine. Et ce, sur plusieurs fronts: en livrant des armes aux groupes armés les plus radicaux, en mettant la pression sur ces mêmes groupes pour qu’ils ne se joignent pas au dialogue proposé par le président Faustin-Archange Touadéra. Et plus généralement comme ce fut le cas depuis les siècles de sa politique coloniale, en tentant de diviser par tous les moyens, pour toujours mieux régner et… piller.
À ce titre, la France coordonne à l’heure actuelle une rencontre à N’Djamena, la capitale tchadienne, entre plusieurs représentants des groupes armés illégaux, pour faire pression sur le gouvernement centrafricain et le forcer à redevenir docile, notamment en imposant un départ à la Russie de la RCA tout en souhaitant limiter le mandat du Président. D’ailleurs, des menaces ouvertes sont proférées par lesdits groupes armés quant à une éventuelle opération armée contre les autorités du pays. Le tout bien évidemment avec la «bénédiction» et la participation active de Paris.

Sauf que le contexte a changé. Au-delà du fait, désormais bien connu, que la Russie ne lâche pas ses alliés, les Centrafricains, à l’instar de millions d’habitants d’autres pays d’Afrique, connaissent désormais parfaitement le jeu mené par l’ex-puissance coloniale: on écoutera à titre d’illustration le micro-trottoir réalisé dans les rues de Bangui par Afrique Média, la grande chaîne panafricaine:

Les Centrafricains interrogés n’y mâchent pas leurs mots et expriment très clairement leur préférence pour la Russie face à la France. Et l’hystérie élyséenne est tout à fait compréhensible, sachant que ces opinions sont loin, très loin, que de se limiter à la Centrafrique. Chaque chose a une fin. La politique néocoloniale française, et occidentale en général, en Afrique aura une fin elle aussi.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201808071037549940-centrafrique-russie-france-relations/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Coopération BRICS-Afrique et jalousie occidentale

BRICS

La coopération entre les principales puissances émergentes et non-occidentales avec le continent africain avance à un rythme fort élevé. Après la Chine, l’Inde et le Brésil, la Russie est elle aussi de nouveau active en Afrique. L’Afrique du Sud appartenant elle-même à ce continent.

Le 10e sommet des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) se déroule actuellement dans la ville sud-africaine de Johannesbourg qui marque un rappel important que l’un des membres de l’alliance est africain. Mais aussi que l’Afrique a une place particulière pour les BRICS dans leur ensemble. La Chine s’est déjà imposée pratiquement partout sur le continent, en apportant ce dont les Occidentaux n’ont jamais voulu s’occuper, tout en évitant de se mêler des affaires intérieures africaines, se référant au respect de la souveraineté des pays d’Afrique. L’Inde est également active dans plusieurs pays du continent, notamment dans la partie anglophone. Le Brésil aussi, dans la partie lusophone. Enfin, la Russie a désormais confirmé son plein retour et son interaction privilégiée avec l’Afrique — une relation historique qui devait forcément renaître, même si les époques sont différentes. C’est aujourd’hui chose faite. Au grand dam des élites occidentales, qui observent avec une jalousie non-dissimulée ce que les BRICS sont en train d’apporter aux Africains.

Et c’est surtout du renouveau qu’ils apportent. Au-delà du respect clairement affiché de la souveraineté et de la dignité africaine, les pays des BRICS veulent aussi apporter un développement réel pour un continent si riche non seulement en ressources naturelles, mais également humainement parlant. Les compétences ne manquent pas et il fallait donner à l’Afrique la possibilité de pouvoir décoller. Chose que l’Occident politico-diplomatico-médiatique n’a évidemment jamais souhaité, en coupant les ailes à tous ceux qui avaient voulu prendre leur envol.

Mais les époques sont désormais très différentes. Le néocolonialisme vit des heures très difficiles et va en vivre d’encore plus difficiles. Et bien que chacun au sein des BRICS ait ses propres intérêts légitimes, la chose qui rassure est que ces nations peuvent se compléter en Afrique, en utilisant les compétences de chacun dans des domaines variés. Et c’est vraisemblablement vers cela que l’on va. Chose impossible avec les Occidentaux, trop longtemps habitués à imposer des monopoles et à détruire les atouts que tel ou tel pays possédait, en violant si souvent sa souveraineté, en maintenant un chaos lui permettant de mieux piller des ressources ne lui appartenant pas, tout en arborant hypocritement à chaque mauvaise et encore plus mauvaise occasion la question de «démocratie et des droits de l’homme», en jouant au moralisateur, le tout uniquement lorsque cela arrange ses appétits néocoloniaux.

Au-delà de la coopération dans les domaines traditionnels et bilatéraux, entre les pays membres des BRICS et les pays africains, désormais on parle de plus en plus d’une approche concertée des BRICS à destination du continent, le tout dans un cadre gagnant-gagnant. Car qu’on se le dise clairement: les BRICS peuvent et doivent contribuer au décollage de l’Afrique, qui dispose de tout ce qui nécessaire pour réaliser cet objectif. C’est un coup de pouce qui sera alors crucial aussi bien pour les intérêts respectifs des pays membres de l’alliance, mais aussi pour les pays africains, ce qui au final porterait un coup définitif à ceux qui souhaitent faire maintenir l’Afrique sous leur joug sans offrir un quelconque développement digne de ce nom, tout en continuant évidemment de s’accaparer des ressources naturelles qui ne leur appartiennent pas. En effet, cette page se doit d’être définitivement tournée.

Pour cela, la Nouvelle banque de développement (NDB BRICS) prévoit d’augmenter considérablement ses investissements en Afrique. Et on sait déjà à l’heure actuelle que les conditions de financement de projets sur le continent via cette structure se font dans des conditions bien plus humaines, que celles imposées par le FMI ou la Banque mondiale. Mais au-delà des investissements et financements de projets, l’accent sera particulièrement mis dans le développement des nouvelles technologies en terre africaine. Une technologie indispensable pour justement permettre aux nations africaines de transformer leurs énormes ressources naturelles sur place, et ne plus avoir à entendre des inepties du genre «sans l’Occident, pas de développement». La pilule des mensonges et des manipulations ne passe plus. Les sentiments de l’opinion publique africaine le confirment d’ailleurs pleinement.

Et les BRICS, représentant à eux seuls près de la moitié de la population terrestre et près d’un tiers du PIB mondial, partisans déclarés du monde multipolaire, se doivent de permettre à l’Afrique de pouvoir profiter pleinement de ses atouts. Et lorsque cette superpuissance BRICS-Afrique se sera pleinement affirmée, personne, non personne, ne pourra la stopper.

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Mikhail Gamandiy-Egorov

Russie-Afrique du Sud: d’une pierre, deux coups

Pretoria

Le partenariat entre Moscou et Pretoria a le vent en poupe. Déjà très fort dans les domaines politique, économique, culturel, sans oublier l’agroalimentaire, il est amené à se développer dans un domaine inattendu: Moscou propose en effet une solution à l’épineux problème des fermiers blancs qui doivent laisser leurs terres aux noirs.

Depuis la chute du régime raciste d’apartheid, les relations entre la République sud-africaine et la Fédération de Russie ont toujours été cordiales. Rien d’étonnant, sachant que l’ANC, le parti au pouvoir depuis la fin de la dictature néocoloniale, a été activement soutenu en son temps par l’Union soviétique. D’ailleurs, plusieurs des représentants de l’élite sud-africaine post-apartheid ont été formés dans des universités russes.

Le nouveau président sud-africain, Cyril Ramaphosa, est en ce sens dans la lignée de ses prédécesseurs, à savoir un partisan d’une relation forte avec Moscou, d’autant plus que les deux nations sont toutes deux membres de l’alliance BRICS. Illustration de ce partenariat privilégié, les deux pays ont lancé l’année dernière un régime sans visas pour leurs citoyens respectifs, pour des séjours jusqu’à 90 jours, donnant une impulsion supplémentaire à la promotion des investissements et du tourisme.

Par ailleurs, l’agence fédérale russe de l’énergie atomique (Rosatom) devrait construire une centrale nucléaire en terre sud-africaine, même si cela déplaît énormément aux concurrents occidentaux du projet et à leurs amis héritiers de l’apartheid, se trouvant aujourd’hui dans l’opposition. Secteur des mines, bourses d’études, manifestations culturelles conjointes,… Russie et RSA ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin: récemment, un nouveau volet est venu s’ajouter à cette longue liste de domaines de coopération… Assez inattendu.

Le leader sud-africain a en effet récemment annoncé qu’il comptait revenir à la question sensible qui tracasse depuis de longues années la société du pays: celle de la transmission des terres agricoles aux mains des représentants de la majorité noire. Car faut-il le rappeler, les meilleures terres agricoles de la nation arc-en-ciel restent détenues par des représentants de la minorité blanche. À la différence du Zimbabwe, de Nelson Mandela à Jacob Zumba, en passant par Thabo Mbeki, le leadership sud-africain a été vraiment très —certains diront trop- patient à ce sujet.

Si cela devait arriver, il serait bon de dire que cette décision serait amplement justifiée, sachant que nombre d’agronomes qualifiés noirs ont été formés depuis la chute de l’apartheid. Que d’autre part, il est effectivement illogique qu’une minorité issue du colonialisme puisse continuer à profiter d’un système né durant une époque d’injustice et de discrimination. Et qu’enfin, la République sud-africaine est un pays souverain, ayant droit d’adopter les mesures jugées nécessaires par ses représentants élus démocratiquement.

Mais que faire de ces fermiers blancs, pour la plupart descendant des Afrikaners néerlandophones, et hautement qualifiés dans le domaine qui les concerne? Eh bien, la Russie, qui offre depuis déjà plusieurs années des conditions inespérées dans le domaine agroalimentaire, notamment après l’établissement des sanctions occidentales à son endroit et les contre-mesures russes visant grand nombre de produits occidentaux, a ouvert la porte aux nombreux fermiers afrikaners afin de leur permettre de venir s’installer en terre russe. Un message vraisemblablement bien accueilli, puisque déjà 15.000 fermiers sud-africains sont arrivés dans le sud de la Russie et comptent se lancer dans un business qu’ils maîtrisent si bien. La terre russe, surtout celle du sud, leur offre d’une part un climat et des conditions de travail propices, sans oublier d’autres avantages fournis par le gouvernement local. Côté sud-africain, ces fermiers se disent prêts à investir chacun pas moins de 100.000 euros pour pouvoir lancer leur production. Faites le compte: 15.000 fermiers x 100.000 euros, cela fait déjà 1,5 milliard d’euros que le budget russe pourra recevoir, ajouté à cela l’énorme savoir-faire des fermiers en question.

Moscou fait d’une pierre, deux coups: d’une part, elle maintient de très bons rapports avec le gouvernement sud-africain, élargit au maximum le portefeuille de projets conjoints, tout en contribuant d’une certaine façon au règlement d’un problème né durant une phase sombre de l’histoire d’Afrique du Sud.

D’autre part, sachant que la Russie est devenue un nouvel eldorado pour les projets dans le secteur agroalimentaire, avec l’arrivée de ces milliers de spécialistes sud-africains hautement qualifiés, elle porte un coup supplémentaire aux intérêts occidentaux. C’est désormais certain: tout retour éventuel des produits agroalimentaires européens sur le marché russe sera extrêmement difficile.

Certains sceptiques nous annonçaient de grandes difficultés pour la Russie. Une fois encore, le pays ne fait qu’en sortir renforcé.
Il y a toujours des alternatives. L’essentiel est de les saisir.

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Mikhail Gamandiy-Egorov

Afrique: la solution russe?

Afrique

Les échanges russo-africains dépassent désormais le cadre diplomatique. Leurs interactions augmentent à tous les niveaux: politique, économie, défense et sécurité, éducation et culture. Au-delà de ces relations, la Russie peut-elle apporter des solutions aux problèmes courants du continent africain? Éléments de réponse.

Au moment du plein retour de la Russie en Afrique, des questions demeurent en suspens. Plusieurs observateurs se posent, à juste titre, la question de savoir ce que pourra apporter de nouveau et de positif la relation russo-africaine, surtout en comparaison de celles qui lient le continent à d’autres acteurs déjà activement, notamment l’Occident et la Chine. Pour répondre à cette question, comparons l’approche de chacun vis-à-vis de l’Afrique, et voyons en quoi diffère l’approche russe.

Commençons par les «partenaires traditionnels», en d’autres termes les anciennes métropoles coloniales d’Europe de l’Ouest, France et Royaume-Uni principalement, plus les États-Unis. Alors qu’une partie significative de l’opinion publique africaine désavoue la politique occidentale en Afrique, il est pertinent de se demander pourquoi. Car au-delà des crimes de masse commis à l’époque de la colonisation et de la traite esclavagiste, notamment par les acteurs occidentaux précités, le fait est que globalement peu de choses ont changé dans la mentalité des élites occidentales, pour ne pas dire rien. La seule différence est qu’au lieu de parler du fameux «fardeau de l’homme blanc» —comprenez l’homme occidental- aujourd’hui, l’Occident tente d’imposer ses intérêts en les maquillant, certes avec de moins en moins de succès, par de belles paroles liées à la «démocratie, aux droits de l’homme et aux valeurs universelles». Prétendument universelles.

Pire, l’Occident n’apprend rien de ses erreurs, bien souvent catastrophiques pour les populations concernées. Car si cet Occident politico-diplomatico-médiatique a souvent réussi à déstabiliser des États souverains, il s’est très généralement, pour ne pas dire toujours, mis aux abonnés absents quand il s’est agi de réparer le chaos créé. Deux scénarios ressortent habituellement des interférences occidentales. Le premier voit un pays autrefois prospère devenir une zone de non-droit, d’instabilité et d’extrémisme: on pense évidemment à la Libye. Dans le second, on essaie de donner l’impression d’une relative stabilité, comme c’est le cas en Côte d’Ivoire, tout en fermant les yeux sur les problèmes évidents de ce pays: une société divisée, beaucoup de prisonniers politiques et d’exilés, un développement globalement inexistant, dont la meilleure preuve n’est autre que l’immigration massive des Ivoiriens vers d’autres cieux.

L’autre fait très caractéristique de l’Occident sur le sujet: c’est l’hypocrisie pratiquement non voilée de ces élites occidentales politiques et médiatiques, lorsque celles-ci abordent la question des «régimes autoritaires» en Afrique. Par ce terme, comprenez ceci: si un Président est docile aux intérêts occidentaux, alors il sera traité de «démocrate». Même s’il n’a pas été élu dans le cadre d’élections démocratiques, même s’il est arrivé au pouvoir par les armes occidentales, allant jusqu’à une interférence directe dans les affaires souveraines dudit État, et même si sa légitimité est largement contestée. Par contre, si un leader africain prend en main la souveraineté de sa nation, mais aussi de ses ressources naturelles, permettant à sa population de rester chez soi et de ne pas penser à l’immigration, très probablement ce chef d’État sera traité «d’autoritaire» par le mainstream médiatique occidental, car il ne permet pas aux multinationales de l’Ouest de profiter des ressources dudit pays dans un cadre gagnant/perdant.

Passons à la Chine. L’Empire du Milieu a fait un long chemin depuis le début des années 2000 —période d’une entrée impressionnante dans les affaires africaines. Aujourd’hui, la République populaire chinoise est tout simplement le premier partenaire économico-commercial de l’Afrique, et ce malgré toutes les campagnes hostiles menées en Occident contre la présence de Pékin en terre africaine. La Chine, elle, n’interfère pas dans les affaires intérieures des pays du continent et se base sur le respect de la souveraineté.

En effet, la Chine exporte massivement ses produits de consommation, mais surtout pas sa vision de la gestion des affaires internes, en se basant sur le fait que chaque nation a ses propres traditions et valeurs. Il ne serait d’ailleurs guère surprenant que si vous réalisiez aujourd’hui un sondage dans la cinquantaine d’États africains, demandant aux habitants de savoir s’ils préfèrent des partenaires occidentaux ou chinois, ils seraient entre 70 et 80% à préférer les seconds.

Cette approche chinoise vis-à-vis de l’Afrique ressemble beaucoup à celle de la Russie, à une différence près. Si jusqu’ici la Chine n’a pas accordé une très grande attention à l’aspect sécuritaire des pays africains, préférant principalement miser sur l’économie, Moscou y porte au contraire une grande attention. Pourquoi? Pas seulement parce que l’État russe est un important exportateur d’armements, mais bien parce que la Russie comprend que seul un État sûr et stable permet de faire des affaires au bénéfice des deux parties. Là est toute la différence.

Alors que l’Occident préfère tirer profit soit en maintenant un pays dans le chaos, soit en l’occupant par des troupes néocoloniales, la Russie souhaite au contraire permettre aux Africains d’être maîtres chez eux —aussi bien dans le cadre de la sécurité de ses frontières que du contrôle de ses ressources. Et ce serait justement la plus-value de la Russie en qualité de partenaire de l’Afrique.

Cette opinion est d’ailleurs largement partagée par les experts africains. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les panélistes de la chaîne panafricaine Afrique Média y ont récemment consacré une émission spéciale en mentionnant deux points essentiels: «nous avons vu les résultats de la Russie en Syrie. Nous voyons maintenant les changements positifs qui s’opèrent en République centrafricaine, là aussi grâce aux efforts de Moscou. C’est cela, un partenariat gagnant-gagnant». En d’ajouter: «dans un partenariat gagnant-gagnant, la question n’est pas forcément de savoir que chacun touchera toujours du 50/50. Cela peut-être, dans certains cas, du 60/40 et vice-versa. L’essentiel étant, c’est que cela ne soit plus jamais un système de type 95/5. Et enfin que la souveraineté africaine soit respectée et défendue.»

C’est certainement la raison de l’hystérie de l’Élysée, comme de Washington et de Londres, en voyant la Russie revenir sur un continent qu’elle n’a jamais colonisé et dont elle a formé des milliers de cadres. Des cadres par ailleurs réellement heureux de revoir le pays de leur formation de retour. Et ils sont loin d’être les seuls.

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Mikhail Gamandiy-Egorov