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Les faux projets US dans l’ex-URSS

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Alors que l’intégration eurasiatique se renforce de jour en jour, y compris parmi les Etats ex-soviétiques, Washington semble vouloir réactiver des projets n’ayant aucun intérêt stratégique pour les pays concernés, mais qui rentrent parfaitement dans les projets atlantistes de bloquer l’effervescence eurasienne.

Le 12 décembre prochain, l’Ukraine accueillera une réunion des chefs de gouvernement des Etats-membres de l’Organisation pour la démocratie et le développement, dite GUAM – regroupant quatre Etats d’ex-URSS, à savoir la Géorgie, l’Ukraine, l’Azerbaïdjan et la Moldavie. L’Ouzbékistan faisait également précédemment partie de ladite organisation, avant de prendre la décision de la quitter en 2005. L’organisme dispose d’un soutien politique et financier des Etats-Unis, dont l’establishment (notamment en son temps Hillary Clinton) souhaite faire tout le possible en vue de stopper toute «renaissance de l’URSS», notamment sous la forme actuelle de l’Union économique eurasiatique qui ne cesse de monter en puissance.

Pour rappel, l’Union économique eurasiatique est composée de la Russie, de l’Arménie, du Kazakhstan, de la Biélorussie et du Kirghizistan. Le Tadjikistan devant devenir membre de l’union prochainement. Et ayant en outre des zones de libre-échange avec le Vietnam (depuis 2015), plus récemment avec la Serbie et le Singapour (octobre 2019), tout en menant des négociations avec la Chine, l’Iran, Cuba, la Mongolie, l’Egypte, l’Inde et la Thaïlande pour l’établissement de tels accords.

Pour revenir maintenant au GUAM, dès la création de l’organisation, dont le siège se trouve dans la capitale ukrainienne Kiev, les orientations pro-occidentales étaient bien visibles: renforcement des relations avec les USA, l’UE et l’Otan, diminution de la dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie. La présence régulière d’envoyés étasuniens aux réunions de cette structure le confirmait d’ailleurs pleinement. Mais depuis le retrait ouzbek, il était devenu clair que l’enthousiasme de départ des instigateurs de sa création partait clairement à la baisse.

La prochaine réunion de ce mois sera-t-elle donc une simple réunion dans le but de maintenir à flot le cadre bureaucratique de l’organisation? Notamment à travers la discussion annoncée de plusieurs thèmes «d’intérêt commun», comme les questions douanières, logistiques, opportunités d’affaires, ainsi que l’élargissement de la coopération dans les domaines économique, scientifique, énergétique, des télécommunications et autres. Ou serait-ce une tentative de raviver une structure dans laquelle l’Ukraine souhaite prendre un rôle de leader, en coordination avec Washington, et dans une moindre mesure Bruxelles?

Il est évident qu’à travers ce genre de rencontre, parrainée par la diplomatie US, l’Ukraine de Zelensky cherche à montrer que sa voix compte et qu’elle ne prévoit pas de reculer. Surtout à un moment où des divergences nettes apparaissent entre Kiev et plusieurs pays de l’UE, en premier lieu l’Allemagne, qui en observant les attaques ukraino-étasuniennes qui visent les intérêts énergétiques (et économiques) allemands, notamment dans le cadre du gazoduc North Stream 2, n’a pas manqué de rappeler à l’ordre le pouvoir ukrainien, en allant même jusqu’à le menacer de réduction du soutien économique. Un soutien économique dont l’Ukraine a énormément, oui énormément, besoin. Un message que Kiev ne peut ignorer – surtout lorsque c’est la première économie de l’UE qui le dit. Evidemment Berlin ne fait pas cela par amour pour la Russie, mais bel et bien strictement dans le cadre de la défense de ses intérêts stratégiques, car faut-il le rappeler les Allemands savent bien compter les coûts et profits.

Quant à Washington, l’intérêt pour le GUAM n’est principalement autre que de tenter à montrer qu’il existe une alternative à l’intégration eurasienne promue par la Russie et ses alliés. Et de rappeler que leurs pions dans l’ex-URSS sont toujours actifs, des pions qu’ils comptent bien utiliser pour mettre un maximum de bâtons dans les roues aux projets qui n’arrangent guère les intérêts washingtoniens, que ce soit l’Union économique eurasiatique (UEEA), l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) ou encore l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC).

Mais concrètement parlant, l’Ukraine dans sa version actuelle peut-elle prétendre à un quelconque «leadership», même étant adoubée par Washington? Rien n’est moins sûr. A commencer par le fait qu’au sein même du GUAM, on est loin, très loin de l’unité. Si en effet avec la Géorgie, l’Ukraine peut prétendre à une sorte d’axe anti-russe, et ce depuis les fameuses révolutions de couleur dans ces deux pays orchestrées, soutenues et suivies par les USA, dans le cas de la Moldavie et de l’Azerbaïdjan, on est assez loin de la rhétorique russophobe.

Dans le cas moldave, il faudrait rappeler qu’un président ouvertement pro-russe et surtout partisan de l’intégration avec l’Union économique eurasiatique, est au pouvoir depuis 2016. Il est vrai que les éléments pro-occidentaux de son pays lui mettent à chaque bonne et moins bonne occasion des bâtons dans les roues, mais Igor Dodon ne compte pas lui aussi reculer. Surtout profitant d’un soutien important de la population moldave et des cercles d’affaires – pour nombreux déçus par les années pro-occidentales à Chisinau. Quant au cas de l’Azerbaïdjan, il est à noter que ce pays a su, et ce depuis l’éclatement de l’URSS, à maintenir des relations fortes avec Moscou sur le plan politique, économique, culturel et sécuritaire, tout en développant ses relations aussi bien avec les pays occidentaux, mais surtout la Turquie, ou encore l’Iran. Plus que cela, nombre d’experts azéris ne cessent d’émettre des doutes sur la viabilité du GUAM et surtout sur la nécessité pour leur pays d’y maintenir sa participation…

Kiev peut donc tenter à prétendre au leadership, avec la «bénédiction» des USA, dans une structure que ces derniers souhaiteraient certainement voir comme une alternative fiable aux projets eurasiens en cours et qui déplaisent fortement à Washington. Encore faut-il, même en ayant un parrain puissant, avoir les moyens de ses ambitions. Et en ce sens, l’Ukraine version actuelle, est tout sauf une mise sérieuse.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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La Chine appelle les pays BRICS à s’unir en faveur du multilatéralisme

Alors que le 11ème Sommet des BRICS qui aura lieu dans les prochains jours dans la capitale brésilienne approche, la République populaire de Chine fait une fois de plus mention de l’importance de la promotion d’un cadre multipolaire du développement international.

La ville de Brasilia accueillera donc, les 13 et 14 novembre prochains, la nouvelle rencontre des grandes puissances dites «émergentes» (émergentes du moins selon les termes des médias occidentaux). En effet, les chefs d’Etats des pays concernés (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), accompagnés d’importantes délégations nationales, se pencheront sur nombre de questions d’importance stratégique. Au moment où le Brésil assure la présidence tournante du bloc cette année, l’heure est plus que jamais au renforcement des relations aussi bien bilatérales des pays de l’alliance, que dans le cadre des actions communes.

A ce titre, les hauts représentants chinois n’ont pas manqué de faire plusieurs importantes déclarations, confirmant ainsi un agenda de travail très loin de la banalité. Ainsi, Yang Jiechi, directeur du Bureau de la Commission des affaires étrangères du Comité central du Parti communiste chinois (PCC) a déclaré à l’approche du sommet que «les cinq pays du groupe des BRICS doivent renforcer leur unité et leur coopération afin de soutenir le multilatéralisme et de promouvoir un développement de l’ordre international allant dans une direction plus juste et rationnelle» http://french.xinhuanet.com/2019-10/19/c_138485940.htm

Il a également ajouté que les pays des BRICS «devraient concrétiser pleinement les consensus auxquels sont parvenus leurs dirigeants lors des précédentes réunions et consolider leur coopération en matière de sécurité politique, d’économie, de commerce, de finances et d’échanges entre les peuples. Les pays membres de ce bloc devraient se soutenir, renforcer leurs capacités à résister aux risques, à répondre aux situations complexes et s’opposer conjointement à toute ingérence extérieure». Toujours d’après lui, «les cinq pays se doivent d’adhérer au concept de coopération ouverte et inclusive, de promouvoir le modèle de coopération «BRICS Plus» et de tisser un réseau de partenariats ouvert et diversifié».

Du côté de l’ambassadeur de Chine au Brésil, Yang Wanming, il a été remarqué que «les BRICS ont servi de mécanisme clé de coopération, en rassemblant les dirigeants pour forger un consensus sur des questions importantes. En particulier sur certaines affaires internationales majeures, les pays des BRICS sont en mesure de présenter une position commune et de discuter collectivement avec la communauté internationale tout en préservant les intérêts communs des pays en développement, en particulier les marchés émergents. Les BRICS ont unanimement montré au monde leur position commune en faveur du multilatéralisme et de l’autorité de l’ONU, facilitant le libre-échange ainsi que l’investissement, et stimulant la construction d’une économie mondiale ouverte, innovante et partagée». L’ambassadeur chinois a enfin estimé que le prochain sommet des BRICS marquerait le début d’une nouvelle «décennie dorée» de coopération, et que les pays membres parleraient d’une même voix en appelant au multilatéralisme et à une économie mondiale ouverte». Fin de citation.

Maintenant parlons perspectives. Si dans les déclarations officielles des hauts responsables chinois on retrouve effectivement un soutien ouvert et assumé au multilatéralisme (à la multipolarité en d’autres termes), on y voit aussi un clin d’œil non-voilé à certains Etats qui d’un côté réalisent la propagande à tous les niveaux du libéralisme économique, mais d’un autre ont extrêmement peur d’une concurrence digne de ce nom face aux puissances non-occidentales. Bien sûr, les Etats-Unis en premier lieu – cela est évident. Mais de façon plus globale, c’est un diagnostic général des élites occidentales – adorant pavaner avec les belles paroles habituelles de «libre-marché» et de «libre-concurrence», mais étant souvent incapables d’assumer dans les faits les paroles prononcées et largement diffusées.

Comme exemple, il suffit à cet effet de prendre l’Afrique, où du moment que les puissances émergentes, dont les BRICS (sans oublier qu’un Etat africain en fait partie), s’imposent dans de nombreux secteurs sur ce continent, pour que les élites occidentales, en perte d’influence économique et politique, passent dans un état de quasi-hystérie. Et ce aussi bien au niveau politico-diplomatique que médiatique.

L’autre point très important soulevé par les représentants chinois fait justement référence à une approche conjointe, ou en tout cas très proche, dans la gestion des principales questions internationales. Evidemment et en premier lieu cela concerne l’interaction russo-chinoise au Conseil de sécurité de l’ONU – dont les deux pays sont membres permanents. Qu’il s’agisse de la Syrie, de l’Iran, du Venezuela, du Burundi ou d’un certain nombre d’autres pays sous pression occidentale, Pékin comme Moscou n’ont pas manqué d’afficher leur unité, y compris lorsque cela était nécessaire par des vétos, face au bloc occidental Washington-Londres-Paris.

Et ce n’est pas tout. En parlant justement de communauté internationale, dont les élites occidentales adorent s’autoproclamer être des porte-paroles, il est à rappeler que des structures telles que les BRICS, représentant à eux cinq près de la moitié de la population mondiale, un quart de la surface terrestre ou encore environ 35% du PIB mondial (appelé à croitre). Ajoutez à cela l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) ou encore l’Union économique eurasiatique, et il serait juste de se demander qui aurait plus de légitimité à parler au nom de la communauté internationale. Ceci étant dit, les pays partisans de la multipolarité se gardent bien de tomber dans le piège d’une vision suprémaciste et néocoloniale de certains, et préfèrent une coopération réellement inclusive. Bien que, ceci étant dit aussi, et dans une optique purement de statistiques, il serait juste de rappeler que l’Occident en tant que tel ne représente pas plus que 10% de la population terrestre (d’ailleurs une population occidentale qui remet massivement en question elle-même l’unilatéralisme de ses élites). Et que dans un classement comme celui des pays par PIB à parité du pouvoir d’achat (PPA) – données du FMI pour l’année 2018 – sur les dix premiers pays du classement quatre sont occidentaux (Etats-Unis – 2ème, Allemagne – 5ème, Royaume-Uni – 9ème, France – 10ème), les six autres étant des pays non occidentaux : Chine – 1ère, Inde – 3ème, Japon – 4ème, Russie – 6ème, Indonésie – 7ème, Brésil – 8ème). A noter par ailleurs que quatre des cinq pays membres des BRICS font partie de ce classement.

Last but not least, le scénario des forces hostiles aux BRICS ne s’est malheureusement pas (pour eux) concrétisé. Notamment après le départ forcé du pouvoir au Brésil de son ex-présidente Dilma Rousseff et de l’emprisonnement de Luiz Inacio Lula da Silva – tous les deux de grands partisans des BRICS. Malgré cela, le Brésil a continué depuis à remplir son rôle constructif au sein du groupe. A bon entendeur.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’Afrique au centre du monde multipolaire

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Le premier Sommet Russie-Afrique dans la ville de Sotchi a déjà beaucoup fait parler de lui. Avant même le commencement, les médias mainstream n’ont pas manqué de lui attacher une grande importance. Evidemment avec une note traditionnelle de critiques et de « doutes », voilant tant bien que mal l’inquiétude des élites occidentales quant au plein retour de la Russie sur le continent africain.

Bien que les relations économiques russo-africaines restent encore en dessous en termes de chiffres, si l’on compare avec ceux de la Chine et de l’Union européenne, il n’empêche que la dynamique affichée et surtout les résultats en cours dans la nouvelle page qui s’ouvre entre la Russie et l’Afrique, font clairement inquiéter les capitales occidentales. Bien que le volume des échanges Russie-Afrique en 2018 ait atteint 20,4 milliards de dollars (en hausse de 17,2 % par rapport à 2017), il reste clairement plus réduit que ceux de l’Afrique avec Pékin (200 milliards, devenu le premier partenaire économico-commercial du continent en tant que pays) et l’Union européenne (275 milliards), il n’empêche que c’est un chiffre en net progression comparé aux années libérales post-soviétiques (760 millions de dollars seulement en 1993). Le président russe Vladimir Poutine entrevoit en outre la possibilité de doubler le volume actuel des échanges dans les 4-5 prochaines années.

Et si beaucoup accentuent le partenariat russo-africain uniquement au volet militaro-technique – l’Afrique représentant 15% des ventes d’armes russes au niveau mondial – l’heure est désormais à une large diversification des secteurs de partenariat. A ce titre, les accords déjà signés en marge du sommet de Sotchi le confirment pleinement.

Pour ce faire, la Russie et l’Ethiopie ont signé un accord de partenariat dans le domaine du nucléaire civil. Au Mozambique, la compagnie russe Uralchem prévoit de produire des engrais, ainsi que de travailler dans la prospection des diamants. Par ailleurs, la deuxième banque de Russie VTB prévoit de s’implanter dans ce pays. Dans le domaine agroalimentaire la Russie renforce également ses positions, le tout au moment où le pays est devenu le premier exportateur mondial de blé (devant les USA). Les principaux clients africains de la Russie étant l’Egypte, le Soudan, le Nigéria, l’Algérie et le Maroc. Et Moscou voit un réel potentiel d’augmenter les volumes exportés. Dans le cas de la Namibie, la Russie propose d’établir un partenariat dans la production du combustible nucléaire, ainsi que dans l’extraction des diamants et la livraison de produits agricoles.

L’autre domaine à fort potentiel concerne le secteur pharmaceutique. A titre d’exemple, la Russie exporte en Afrique près de 60% des vaccins contre la fièvre jaune. La production de vaccins et médicaments dans des pays africains se trouve également à l’étude. Sans oublier que la Russie a conçu un vaccin « sec » contre le virus de l’Ebola, pouvant être gardé dans un simple réfrigérateur.

Une grande attention dans le cadre du sommet a été accordée à l’interaction entre la Russie et l’Egypte. En effet et au-delà du fait que les touristes russes sont parmi les plus nombreux et dépensiers en terre égyptienne, et que l’Agence fédérale russe de l’énergie atomique (Rosatom) y construit la centrale nucléaire d’El-Dabaa (coût du projet : 30 milliards de dollars), et qu’une zone industrielle russe y a été implantée, les deux pays ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin. D’où la raison de la signature d’un protocole d’accord entre les Chemins de fer russes et les Chemins de fer nationaux égyptiens sur la collaboration dans des projets liés à l’infrastructure, y compris la construction de nouvelles lignes ferroviaires. Les deux structures ont également convenu de travailler ensemble sur des projets de modernisation des lignes ferroviaires au pays des Pharaons, ainsi que dans le domaine de la formation des spécialistes égyptiens dans les établissements russes spécialisés de l’enseignement supérieur. L’Egypte a également fait savoir que la production issue des entreprises de la zone industrielle russe se trouvant sur son territoire pourra profiter des avantages de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlec), dont l’Egypte fait partie intégrante.

Des mémorandums sur le partenariat dans le secteur minier ont été également signés avec le Soudan du Sud et le Rwanda. L’Ouganda a manifesté un vif intérêt quant au partenariat avec la Russie dans le domaine gazier et du nucléaire civil. La Guinée équatoriale et le géant pétrolier russe Lukoil ont quant eux signé un mémorandum d’entente quant à une possible participation du dernier dans des projets d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures dans ce pays. D’importants projets avec une participation russe se développent dans le secteur aurifère au Soudan. En Centrafrique, les entreprises énergétiques russes se disent prêtes à construire de nouvelles installations de production d’énergie, selon le ministre russe de l’Energie Aleksandr Novak. L’Angola, partenaire de longue de la Russie, souhaite élargir le partenariat conjoint, notamment dans le secteur minier. Quant au Maroc, d’importants projets sont en cours de préparation : du côté russe, plus précisément la Banque de développement de la Fédération de Russie (VEB) s’est déclarée prête à financer à hauteur de 425 millions d’euros la construction d’une raffinerie pétrolière au Royaume. Côté marocain, le ministre de l’Energie du Maroc Aziz Rabbah, a confirmé la volonté de son pays de devenir un hub logistique pour les compagnies énergétiques russes désireuses de travailler avec les pays africains. A savoir que les deux pays partagent un partenariat stratégique, et qu’à titre d’exemple dans un secteur aussi important pour le Maroc comme celui de l’agriculture, près de 50% des agrumes destinés à l’export partent à destination du marché russe (bien devant les marchés de l’UE ou de l’Amérique du Nord).

Sur le plan du partenariat militaro-technique russo-africain, qui a déjà le vent en poupe, de nouveaux contrats ont été confirmés lors du sommet. Il a été annoncé que la Russie fournira de l’armement à une vingtaine de pays africains pour un montant total de quatre milliards de dollars. Parmi les pays mentionnés, on retrouve l’Ouganda, le Rwanda, le Mozambique et l’Angola (les deux derniers étant des partenaires de longue date). Par ailleurs, le Niger a confirmé l’acquisition de 12 hélicoptères russes d’attaque Mi-35. Le président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra, à un moment où les deux pays se sont beaucoup rapprochés au point de pouvoir parler d’une véritable alliance, a dit espérer la poursuite du soutien de la Russie dans la formation des Forces armées centrafricaines (FACA), ainsi que dans le cadre des livraisons d’armements nécessaires à la défense du pays. Enfin, le président de la Namibie Hage Geingob lors de son entretien avec Vladimir Poutine a déclaré la volonté des militaires namibiens de travailler avec les conseillers militaires russes. Fait important, un pays africain fait partie du Top 3 des principaux clients de la Russie dans le domaine de l’armement au niveau mondial, en l’occurrence l’Algérie, avec laquelle le partenariat militaro-technique reste au plus haut niveau. A noter également que l’Algérie à elle seule absorbe près de 80% des livraisons d’armes russes en Afrique.

Autre secteur très important dont il a été question est celui de l’enseignement. La Russie ayant confirmé la volonté d’augmenter encore plus le nombre d’étudiants africains dans ses universités, mais aussi d’ouvrir l’accès à des formations de niveau secondaire professionnel.

Pour rappel, la Russie a annulé également 20 milliards de dollars de dettes des pays africains. Tout cela pour dire que le partenariat russo-africain ouvre effectivement et pleinement une nouvelle page dans l’histoire conjointe. Une histoire, là aussi pour rappel, dans laquelle n’est présente aucune page coloniale ou néocoloniale – la Russie ayant dès le départ activement soutenu le mouvement des indépendances et des libérations nationales africaines face au joug colonial. Au-delà de ce soutien, qui était politique, économique et militaire, Moscou a durant plusieurs décennies formé des cadres pour les pays africains dans ses universités. Beaucoup d’entre eux occupent aujourd’hui des postes clés dans leurs pays respectifs.

Certes, les époques ont changé. Le temps de la guerre froide est officiellement révolu (ou pas ?). Les intérêts ont également évolué. Mais ce qui par contre reste inchangé, que ce soit version Russie soviétique ou contemporaine, c’est le respect de la souveraineté africaine (et pas que dans les paroles, mais dans les actes), ainsi qu’une offre d’un partenariat qui pourrait être réellement gagnant-gagnant. A cet effet, les prochaines années seront sans aucun doute décisives. Et tant pis pour ceux qui s’opposent à cette interaction russo-africaine, car n’ayant toujours pas été capables de s’adapter à la nouvelle donne multipolaire. A bon entendeur.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Chaos libyen: quel avenir?

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Au moment où la Syrie retrouve progressivement la paix et que le noyau dur du terrorisme y a été anéanti, la Libye post-Kadhafi continue, elle, à se maintenir dans le chaos. Le tout sans perspectives d’avenir vraiment radieuses. Après l’intervention militaire de l’Otan de 2011 contre la Jamahiriya libyenne – en son temps l’un des pays les plus prospères et stables d’Afrique, les choses continuent de se détériorer. Dans cette réalité chaotique, qui en portera responsabilité et quelles perspectives d’avenir attendent la Libye?

En effet, la République arabe syrienne a non seulement survécu en tant qu’Etat, alors que nombre d’observateurs, principalement occidentaux, lui prédisaient la fin pure et simple. Il est vrai que les raisons de le penser étaient plausibles : devant une force internationale terroriste composée de ressortissants de plusieurs dizaines d’Etats, le tout avec un «généreux» financement extérieur, la Syrie se trouvait dans une situation extrêmement critique. Néanmoins, la colonne vertébrale du terrorisme a été cassée de plein fouet, surtout après l’intervention de la Russie de septembre 2015 à la demande officielle du gouvernement légitime syrien. Plus que cela, ce grand pays civilisationnel, a aujourd’hui toutes les chances de redevenir au fil du temps une importante puissance régionale, avec le soutien de ses alliés. Le tout au grand dam de ceux qui voulaient justement anéantir cette civilisation multiethnique et multiconfessionnelle.

Dans le cas libyen, le processus suit un cours vraisemblablement inverse. Beaucoup avaient d’ailleurs parlé de la «somalisation» de la Libye. Mais au-delà de cette somalisation, les conséquences eux risquent de s’avérer peut-être même pires qu’en son temps en Somalie. Et ce pour plusieurs raisons. De un, la Libye est une puissance pétrolière et ses ressources naturelles ne manquent pas de susciter l’appétit des puissances extérieures. De deux, sa situation géographique, entre l’Afrique du Nord et le Sud de l’Europe, sans oublier les frontières communes avec les pays du Sahel, en fait une place stratégique pour divers intérêts géopolitiques. De trois, toujours cette proximité avec l’Europe, en fait un pont pour les nombreux migrants africains fuyant guerres et misère. Et compte tenu du chaos régnant aujourd’hui en Libye et du fait que de nombreux commandants de guerre (soutenus d’ailleurs en leur temps par l’Otan dans le but d’éliminer Mouammar Kadhafi) en ont fait un business très lucratif, le flux de migrants à destination des pays européens se poursuit sans cesse.

En parlant d’ailleurs de migration, il serait important de noter qu’à l’époque de la Jamahiriya de Kadhafi, la Libye pouvait non seulement se permettre d’accueillir un large nombre de migrants issus d’autres pays africains, mais également d’autres contrées, y compris européennes : de nombreux Roumains, Bulgares et d’autres représentants de cette partie d’Europe travaillaient avec joie dans ce pays. Les Libyens, eux, n’immigraient pas ou peu. A l’inverse d’aujourd’hui, où de nombreux citoyens du pays se voient pratiquement obligés de quitter leur terre, non seulement en raison de problèmes financiers et du manque d’opportunités (à moins de rejoindre les divers groupes armés qui sévissent dans le pays), mais aussi et surtout par manque pure et simple de sécurité. Et si à l’époque de Kadhafi, les autorités du pays réussissaient à gérer le flux migratoire en offrant aux migrants des opportunités de travail sur place, aujourd’hui le pays est devenu tout simplement une plaque tournante pour les migrants de différentes contrées à destination d’Europe. Beaucoup d’ailleurs ne réussissent pas la traversée : nombreux sont ceux qui décèdent en mer Méditerranée, d’autres tombent dans l’esclavage sur le sol libyen au profit de groupes armés, souvent d’obédience extrémiste, d’autres meurent tout simplement dans des conditions inhumaines avant même d’avoir eu l’occasion de tenter la traversée.

Maintenant, parlons un peu de responsabilité. Si dans le passé, au-delà d’avoir détruit l’Etat libyen et de l’avoir plongé dans le chaos, y compris terroriste – car faut-il le rappeler aussi la «Libye» actuelle devient un terrain privilégié d’implantation de sympathisants de Daech, surtout après leur défaite en Syrie, les Etats concernés ont non seulement rien fait pour ne serait-ce que tenter d’apporter une quelconque stabilisation dans ce pays, mais au contraire le chaos persistant rentre parfaitement dans l’agenda de certains d’entre eux.

Et dans la confrontation actuelle entre le Gouvernement d’union nationale, basé à Tripoli, et soutenu principalement par la Turquie et le Qatar – d’un côté. Et de l’autre la Chambre des représentants basée à Benghazi, dont est associée l’Armée nationale libyenne sous le commandement du maréchal Khalifa Haftar – soutenue principalement par les Emirats arabes unis et l’Egypte, rien ne présage une résolution rapide de la crise libyenne et d’un retour digne de ce nom à une vie normale pour la population du pays. Cela sans même parler des conséquences néfastes pour les pays de la région. Bien que l’Armée nationale libyenne contrôle une large partie du territoire libyen, la tentative de prendre la capitale nationale Tripoli n’a pas donné de résultat pratique jusqu’à maintenant. Le tout au moment où les groupes terroristes takfiristes s’activent et comme dit plus haut misent entre autres sur le territoire libyen pour leur implantation ultérieure.

Compte tenu de la multitude d’acteurs intérieurs comme extérieurs, ces derniers dépassant la liste des pays cités ci-haut, de l’implantation d’un nombre important d’éléments terroristes liés à Al-Qaida et Daech sur le sol libyen – un processus accéléré après leur débâcle en Syrie, sans oublier le fait que le gouvernement tripolitain est lié lui-même à plusieurs groupes armés d’obédience salafiste, l’optimisme sur l’avenir de la Libye est loin d’être au rendez-vous. Dans cette situation, beaucoup parlent de la nécessité d’un rôle accru de la Russie, surtout après le succès de son opération militaire, mais aussi politico-diplomatique sur le front syrien. Plusieurs experts parlent d’un soutien russe au maréchal Haftar, notamment grâce à l’efficacité de son armée contre les éléments terroristes. Mais du côté de la position officielle de Moscou, l’objectif est surtout de permettre à la Libye d’en finir avec la guerre civile et d’éliminer les groupes terroristes présents sur son sol – conditions inévitables pour que la Libye puisse un jour sortir du chaos dans lequel elle a été plongée depuis 2011, suite à l’intervention otanesque. D’autant plus que selon nombre d’experts, Haftar aura du mal à représenter les intérêts de l’ensemble des Libyens.

Dans ces conditions, le retour à l’ère kadhafiste serait peut-être la solution. En effet, le fils de Mouammar Kadhafi – Saïf al-Islam, a annoncé ses ambitions de prendre le pouvoir dans le pays dans le cadre d’élections présidentielles qui devraient avoir lieu prochainement, bien qu’il soit très difficile de parler d’élections dans un pays déchiré et se trouvant en guerre civile. Néanmoins, grand nombre de Libyens regrettent en effet aujourd’hui avec nostalgie le temps de la Jamahiriya. Et au vu des sondages d’opinion menés en Libye, Saïf al-Islam fait figure de personnalité politique favorite aux yeux d’un large nombre de citoyens libyens.

Au vu de la réalité actuelle, il est très difficile de pouvoir faire des prévisions sur l’avenir libyen. Tout dépendra de la suite des événements, au moins des prochains mois. Une chose reste néanmoins sûre : les responsables du chaos libyen devraient un jour répondre au vu de leur responsabilité directe dans ce chaos.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Syrie: victoire de la légitimité

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Suite à la décision du président étasunien Donald Trump de retirer la majeure partie des troupes US de Syrie, leurs alliés kurdes des dites Forces démocratiques syriennes (FDS) se sont retrouvés sous le feu de la puissance militaire turque. En effet, la Turquie avait rappelé à plusieurs reprises qu’elle ne permettra pas d’avoir des groupes «terroristes» hostiles à ses frontières. La suite a donné raison à la stratégie de l’axe Moscou-Damas.

Alors que les mêmes FDS refusaient jusqu’à encore récemment tout dialogue digne de ce nom avec le gouvernement syrien, en ayant à l’esprit d’être «intouchables» grâce à la protection de Washington, et se permettant même de lancer des ultimatums à Damas, la nouvelle réalité du monde multipolaire a fini par payer. Abandonnés par leurs «alliés» étasuniens, et devant la perspective d’être écrasés par la force de frappe turque, aujourd’hui c’est eux qui ont fait appel aux forces de l’armée gouvernementale syrienne avec la médiation russe, pour qu’elles puissent entrer dans les localités jusqu’ici contrôlées par la coalition FDS-USA-France.

C’est désormais chose faite et le processus se poursuit. A l’heure actuelle, les forces de l’Armée arabe syrienne sont déjà entrées à Minbej, la plus grande ville du nord de la Syrie, ainsi qu’à Raqqa – un temps «capitale» de la nébuleuse terroriste de Daech – et ce pour la première fois depuis 2014. Le déploiement de l’armée syrienne dans les zones précédemment sous contrôle des forces kurdes se fait en compagnie de la police militaire russe, qui patrouille déjà les localités en question.

Au-delà d’un développement positif pour la Syrie, à savoir la reprise sous contrôle par le pouvoir légitime des territoires appartenant à la République arabe et le départ des troupes occidentales non invitées, le fait est que c’est, une fois encore, une victoire géopolitique pour la Russie, et bien évidemment ses alliés.

D’une part, la Russie a démontré, et ce tout au long du conflit en Syrie, que c’est un allié fiable, qui ne lâche justement pas ses alliés. De l’autre, qu’au-delà d’être une puissance militaire de première taille, ayant joué un rôle de loin déterminant dans la lutte antiterroriste, notamment dans la victoire aux côtés de l’armée syrienne contre Daech, Moscou a prouvé que sa stratégie qui vise à défendre ses intérêts, et ceux de ses alliés, par la voie politico-diplomatique est d’un niveau bien supérieur que celle de ses adversaires.

Maintenant résumons un peu les vainqueurs et les perdants dans cette guerre, bien qu’il soit toujours difficile de parler de succès lorsqu’on parle de guerre. Mais sur ce point, force est de constater que celle-ci n’a pas été réalisée à l’initiative ni de la Syrie, ni de la Russie, ni de l’Iran. Mais bien à l’initiative d’une large coalition néocoloniale, et de ses suiveurs.

La Syrie, malgré les énormes pertes humaines et matérielles, a été sauvée en tant qu’Etat. Le terrorisme takfiriste a été écrasé, avec l’assistance cruciale de ses alliés, dont évidemment la Russie. Le pays est à reconstruire, mais là aussi il pourra très certainement compter sur l’assistance des pays-amis. N’empêche que malgré les souffrances et les destructions, la vie reprend en Syrie. Notamment à Alep, qui fut longtemps le poumon économique syrien et l’un des principaux centres industriels de la région. De nombreux réfugiés retournent dans le pays. Il y a donc de quoi être optimiste.

La Russie, alliée de Damas, conforte désormais son rôle de superpuissance militaire et de puissance politico-diplomatique de premier plan au niveau mondial. Le nier ne fait que ridiculiser encore plus ses adversaires et ceux qui portent une haine traditionnelle à son encontre. L’Iran, conforte lui son rôle de puissance régionale majeure. La Turquie, bien qu’ayant été au départ dans le camp de ceux qui voulaient faire tomber le président Bachar al-Assad, a vraisemblablement fait depuis les bonnes conclusions. A cet effet, le partenariat stratégique russo-turc a montré toute sa viabilité. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que désormais une normalisation serait même envisageable entre Damas et Ankara, avec, là aussi, le soutien de Moscou. Une éventualité ouvertement abordée par les hauts responsables, dont le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. Lorsque cela arrivera, la victoire sera alors totale. Pour les pays concernés, pour l’Eurasie.

Les perdants, eux, sont connus et reconnus. Et pas seulement les terroristes écrasés. Mais aussi tous ceux qui ont misé sur eux. Dont bien évidemment les puissances occidentales, qui doivent aujourd’hui reconnaitre l’amertume de la défaite, compter les pertes financières parties en fumée, mais aussi et cela est très important la perte de confiance de leurs propres populations. Sans parler même des pertes de prestige et de notoriété quant à leur supposée «exclusivité» face au reste du monde. Le président français Emmanuel Macron a récemment reconnu la fin de l’hégémonie occidentale sur le monde. Avec du retard, puisque cela fut annoncé il y a plusieurs années, mais vaut mieux un peu tard, que jamais.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Le mercenariat US en Afrique: une réalité difficile à voiler

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Alors que les pays du continent africain semblent plus que jamais déterminés à prendre en main leur destin et défendre jalousement leur souveraineté, du moins dans une partie notable de ce continent représentant l’avenir, les Etats occidentaux ne l’entendent pas de cette oreille. Critiques ardentes des partenaires chinois et russe, ainsi que des présidents africains menant une politique indépendante et multilatérale, l’Occident et bien évidemment les USA, ne mâchent pas leurs mots. Tout cela, en essayant tant bien que mal de masquer leurs véritables actions au cours des décennies passées et jusqu’à aujourd’hui. Rappel.

Les Etats-Unis d’Amérique, plus que jamais inquiets dans l’observation de plus en plus évidente de perte de leur leadership mondial sur les plans géopolitique comme géoéconomique, le tout dans un monde multipolaire en ébullition, ne cessent d’hystériser quant aux succès des grandes puissances civilisationnelles et indépendantes, en premier lieu de la Russie et de la Chine, ainsi qu’en ce qui concerne la prise de conscience des peuples à différents endroits du monde. L’Afrique ne fait pas exception.

Ces attaques politico-diplomatico-médiatiques occidentales visent aussi bien l’interaction sino-africaine, devenue aujourd’hui incontournable, que celle de l’Afrique avec la Russie, cette dernière étant aujourd’hui de retour et de plus en plus présente sur le continent africain. Si dans le cas de la Chine, les dites accusations visent principalement l’économie, le mainstream politique et médiatique de l’Ouest insistant sur le «piège» de Pékin au niveau économique et financier prétendument tendu aux Etats africains, dans le cas de la Russie les attaques concernent elles l’interaction grandissante sur le plan sécuritaire et politique, même si l’économie est elle aussi présente, certes de façon encore bien moins importante que dans le cas de la Chine.

Plus que cela, les médias occidentaux ne cessent de trouver des «mercenaires» russes à divers endroits d’Afrique. En omettant souvent de rappeler que la présence russe sur le continent se fait en conformité des accords conclus de façon souveraine entre les pays africains concernés et la Russie. Et puis en parlant de mercenariat, l’Occident n’oublie-t-il pas les pages obscures qui le concernent à ce sujet et les crimes qui en ressortent?

De l’assassinat de Patrice Lumumba au Congo avec la participation directe d’agents étasuniens en passant par le Zimbabwe ou encore l’Angola, les intervenants US ont attenté à maintes reprises à la souveraineté et à la dignité africaine. Le tout dans un esprit purement néocolonial. Si l’on sait aujourd’hui que l’assassinat barbare du grand leader congolais Lumumba a été décidé et validé au plus haut de l’Etat étasunien, avec la participation directe de la CIA et des services secrets belges, on sait aussi que Washington a utilisé plusieurs de ses mercenaires dans des opérations contre les mouvements progressistes africains. Parmi les mouvements visés l’ANC sud-africain, le MPLA angolais, la SWAPO namibienne ou encore le FRELIMO mozambicain. En passant presque toujours en coordination directe avec le régime raciste sud-africain de l’apartheid de l’époque.

Si les noms des mercenaires US tels que George Bacon, Thomas W. Chittum ou encore Robert C. MacKenzie, pour beaucoup ne disent pas grand-chose, il faut savoir que pour les pays africains où ces personnages ont agi, ils sont bien connus. Ou encore le groupe «The Crippled Eagles» – nom informel «d’expatriés» US ayant participé à la Guerre du Bush de Rhodésie du Sud aux côtés des forces néocoloniales de la République de Rhodésie du Sud de l’époque face aux guérilleros de la ZIPRA et de la ZANLA.

Cela sans oublier la guerre d’Angola, à l’issue de laquelle plusieurs mercenaires occidentaux, dont étasuniens, seront condamnés par l’Etat angolais à des peines allant de 16 ans d’emprisonnement à la peine de mort, pour leurs actions contre le pays.

Evidemment, certains seraient tentés de dire que ces actions occidentales de mercenariat et de déstabilisation se faisaient dans le cadre d’une certaine époque, communément appelée «Guerre froide». Le seul souci c’est que l’esprit néocolonial occidental de l’époque et celui d’aujourd’hui n’a pas vraiment évolué. A ce titre la concurrence entre les Etats-Unis et la Russie dans le volet sécuritaire en Afrique entre aujourd’hui dans une phase de plus en plus active. C’est dans ce contexte qu’il faut vraisemblablement voir les attaques récentes de l’establishment politique comme médiatique de l’Ouest visant aussi bien les intérêts russes et chinois, que ceux des souverainistes africains.

On a beau à posséder la puissance militaire, économique, géopolitique et médiatique, le fait est que la vérité est têtue et difficile de pouvoir l’effacer. Dans cette optique, le mieux que l’Occident aurait aujourd’hui à faire serait de changer de politique vis-à-vis des nations indépendantes non-occidentales. Mais bien que le monde multipolaire ait prouvé toute sa viabilité, les élites occidentales elles ne sont toujours pas prêtes à accepter la nouvelle réalité et surtout être en mesure de se regarder objectivement dans le miroir. Compte tenu de cela, les déstabilisations étasuniennes, et occidentales en général, en Afrique comme ailleurs, se poursuivront incontestablement.

 Mikhail Gamandiy-Egorov

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Les perspectives d’intégration du Maroc dans la CEDEAO

Maroc

La Maroc va-t-il intégrer la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest? C’est l’un des enjeux du «Forum du Sud», qui se tient à Tanger. Et la candidature de Rabat semble être en bonne voie, tant ses avantages politiques, économiques et stratégiques sont mis en avant par les participants.

Le Maroc a sa place dans la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). C’est ce qui ressort de l’avis de la majorité des participants au «Forum du Sud» MEDays 2018, qui a entamé ses travaux dans la ville marocaine de Tanger.

Comme chaque année, cet événement se consacre aux principales questions géostratégiques, politiques, économiques et sociales des pays du Sud, notamment africains. Il est organisé par l’Institut Amadeus, le principal think-tank marocain et l’un des principaux en Afrique. «À l’ère de la disruption: bâtir de nouveaux paradigmes», tel est l’objectif annoncé cette année.

Durant cette édition 2018, un large éventail de sujets sera discuté en marge du forum, axés aussi bien sur les relations intra-africaines que sino-africaines, au moment où Pékin est devenu le principal partenaire économico-commercial du continent. Un atelier sera ainsi consacré à l’initiative d’affaires Chine-Afrique, avec la participation de hautes personnalités aussi bien africaines que chinoises.

Mais le thème majeur de cette édition 2018 concerne l’intégration marocaine dans la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), un sujet d’importance stratégique pour le Royaume et largement discuté au sein de cette structure, chargée de coordonner les actions des pays d’Afrique de l’Ouest ainsi que de promouvoir la coopération économique et monétaire ouest-africaine.

C’était d’ailleurs le sujet auquel a été consacrée la première discussion du forum: l’initiative marocaine dans la CEDEAO. Le mot d’ouverture a été accordé à Brahim Fassi Fihri, le président de l’Institut Amadeus, qui a fermement rappelé l’appartenance du Maroc au continent africain malgré les séquelles laissées par la colonisation. Il a également insisté sur les avantages pour les deux parties qu’aurait l’intégration du Maroc dans la CEDEAO.

Ont également pris part à la discussion l’ex-Président béninois Thomas Boni Yayi, le président du parlement de la CEDEAO Moustapha Cissé Lo, le ministre des Affaires étrangères du Cap-Vert Luis Filipe Lopes Tavares, le ministre de l’Économie et des Finances du Mali Boubou Cissé, l’ex Premier-ministre malien Moussa Mara, le conseiller spécial du président sénégalais et ex-ministre des Affaires étrangères du Sénégal Mankeur Ndiaye, le vice-président de la Confédération générale des entrepreneurs marocains Faiçal Mekouar, le directeur de l’Institut royal des études stratégiques (IRES) Mohamed Tawfik Mouline et encore la directrice du département des marchés internationaux à l’Agence marocaine pour les investissements et le développement de l’export (AMDIE) Sanae Lahlou, entre autres. Le modérateur de la discussion n’était autre qu’Amine Laghidi, le vice-président du Conseil africain des mines et de l’énergie.

Bien que plusieurs intervenants aient rappelé les profonds liens politiques, religieux et culturels qui unissent le Maroc avec les pays composant la CEDEAO, un accent particulier a néanmoins été mis sur les avantages économiques réciproques qu’aurait l’entrée du Maroc dans la communauté. En effet une telle intégration, selon l’avis des experts économiques participant à la discussion, permettrait sans tarder à la communauté réunie de devenir la 15ème puissance économique mondiale. Et d’ici l’horizon 2030 de faire partie des 10 principales économies du monde.
À ce titre, les participants ont aussi souligné que le Maroc est aujourd’hui classé premier en termes d’investissements directs en Afrique de l’Ouest. Les entreprises marocains prospèrent dans la région dans divers domaine: services bancaires, assurance, industrie pharmaceutique, pour ne citer que ceux-là. Le Royaume participe également activement à la formation des étudiants en provenance d’Afrique de l’ouest. D’ailleurs, pour beaucoup de ces jeunes Africains, le Maroc a non seulement été le pays de leurs études, mais est également devenu celui de leur carrière professionnelle.

Plus généralement parlant, il est aujourd’hui clair que l’exemple de l’interaction du Maroc avec l’Afrique subsaharienne confirme le bien-fondé d’une interaction Sud-Sud, sans interventionnisme extérieur. Et vu l’ouverture de plus en plus évidente de Rabat envers les puissances non-occidentales, notamment celles des BRICS, il paraît aujourd’hui évident que le Maroc peut confirmer sa position de carrefour stratégique, aussi bien sur le plan géoéconomique que géostratégique.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201811071038806127-perspectives-integration-maroc-cedeao/

Mikhail Gamandiy-Egorov