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La Françafrique jugée par les panafricanistes

Ouagadougou

Attaque en règle contre la Françafrique. Au Burkina Faso, l’activiste Kemi Seba et son ONG Urgences Panafricanistes ont tenu lors d’un meeting public le «procès» de l’ingérence française sur le continent et de ses soutiens locaux. Une initiative que le militant souhaite décliner dans d’autres pays, victimes selon lui du «néocolonialisme français».

«Lancer le procès du peuple contre la Françafrique»: telle était l’initiative annoncée par le célèbre activiste panafricaniste Kemi Seba et son organisation, Urgences Panafricanistes. Cette mobilisation, qui a réuni près de 3.000 personnes à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, compte s’étendre à toute l’Afrique francophone.Plusieurs sujets ont été soulevés lors de cet événement, comme l’exploitation des ressources naturelles africaines, les crimes politiques, la question du franc CFA, sans oublier les médias de la Françafrique.

Selon plusieurs sources, des pressions auraient été exercées pour faire annuler cet événement en question. C’est ce qu’a indiqué Kemi Seba, arguant que c’était la meilleure preuve que ses partisans et lui «tapaient juste» et faisaient peur aux représentants du néocolonialisme et à leurs soutiens: «Avec cette immense foule qui a envahi la salle de la Maison du peuple, les ennemis devront savoir dorénavant qu’ils feront désormais face à des milliers de sankaristes.»

Le fait que la manifestation ait bien eu lieu a donc été vu comme une victoire par Kemi Seba, qui n’a pas manqué de faire un parallèle historique: «l’assassinat du capitaine Thomas Sankara n’a pas réussi à anéantir son combat». Il a rappelé l’appartenance burkinabè et panafricaine de Thomas Sankara, qui s’est toujours radicalement opposé au néocolonialisme occidental.

«Nous, notre démarche est claire. Nous sommes diabolisés par l’impérialisme français, nous sommes persécutés par l’impérialisme français parce que nous dérangeons véritablement le système et que nous réunissons les masses africaines, ce qui les dérange profondément», a-t-il en outre expliqué.

Fait intéressant, la plupart des personnes venues assister à la mobilisation panafricaine de Ouagadougou faisaient partie de la jeunesse. Une jeunesse africaine aujourd’hui attirée par les idées du panafricanisme, mais également de dignité nationale et de souverainisme.

Après donc Ouagadougou, d’autres capitales d’Afrique francophone sont appelées à accueillir au cours des prochains mois des «procès populaires de la Françafrique». «À la fin de toutes ces audiences, une sanction commune et collective sera établie par le peuple, pour le peuple, contre l’impérialisme français et les traîtres africains qui collaborent au quotidien avec ce néocolonialisme. Je fais le serment, au nom des ancêtres, que le néocolonialisme va vivre ses dernières heures d’ici quelque temps», telle fut la virulente conclusion de Kemi Seba à l’issue de cette mobilisation au pays de Thomas Sankara.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201811211038988372-francafrique-burkina-faso-panafricaniste/

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Afrique: la solution russe?

Afrique

Les échanges russo-africains dépassent désormais le cadre diplomatique. Leurs interactions augmentent à tous les niveaux: politique, économie, défense et sécurité, éducation et culture. Au-delà de ces relations, la Russie peut-elle apporter des solutions aux problèmes courants du continent africain? Éléments de réponse.

Au moment du plein retour de la Russie en Afrique, des questions demeurent en suspens. Plusieurs observateurs se posent, à juste titre, la question de savoir ce que pourra apporter de nouveau et de positif la relation russo-africaine, surtout en comparaison de celles qui lient le continent à d’autres acteurs déjà activement, notamment l’Occident et la Chine. Pour répondre à cette question, comparons l’approche de chacun vis-à-vis de l’Afrique, et voyons en quoi diffère l’approche russe.

Commençons par les «partenaires traditionnels», en d’autres termes les anciennes métropoles coloniales d’Europe de l’Ouest, France et Royaume-Uni principalement, plus les États-Unis. Alors qu’une partie significative de l’opinion publique africaine désavoue la politique occidentale en Afrique, il est pertinent de se demander pourquoi. Car au-delà des crimes de masse commis à l’époque de la colonisation et de la traite esclavagiste, notamment par les acteurs occidentaux précités, le fait est que globalement peu de choses ont changé dans la mentalité des élites occidentales, pour ne pas dire rien. La seule différence est qu’au lieu de parler du fameux «fardeau de l’homme blanc» —comprenez l’homme occidental- aujourd’hui, l’Occident tente d’imposer ses intérêts en les maquillant, certes avec de moins en moins de succès, par de belles paroles liées à la «démocratie, aux droits de l’homme et aux valeurs universelles». Prétendument universelles.

Pire, l’Occident n’apprend rien de ses erreurs, bien souvent catastrophiques pour les populations concernées. Car si cet Occident politico-diplomatico-médiatique a souvent réussi à déstabiliser des États souverains, il s’est très généralement, pour ne pas dire toujours, mis aux abonnés absents quand il s’est agi de réparer le chaos créé. Deux scénarios ressortent habituellement des interférences occidentales. Le premier voit un pays autrefois prospère devenir une zone de non-droit, d’instabilité et d’extrémisme: on pense évidemment à la Libye. Dans le second, on essaie de donner l’impression d’une relative stabilité, comme c’est le cas en Côte d’Ivoire, tout en fermant les yeux sur les problèmes évidents de ce pays: une société divisée, beaucoup de prisonniers politiques et d’exilés, un développement globalement inexistant, dont la meilleure preuve n’est autre que l’immigration massive des Ivoiriens vers d’autres cieux.

L’autre fait très caractéristique de l’Occident sur le sujet: c’est l’hypocrisie pratiquement non voilée de ces élites occidentales politiques et médiatiques, lorsque celles-ci abordent la question des «régimes autoritaires» en Afrique. Par ce terme, comprenez ceci: si un Président est docile aux intérêts occidentaux, alors il sera traité de «démocrate». Même s’il n’a pas été élu dans le cadre d’élections démocratiques, même s’il est arrivé au pouvoir par les armes occidentales, allant jusqu’à une interférence directe dans les affaires souveraines dudit État, et même si sa légitimité est largement contestée. Par contre, si un leader africain prend en main la souveraineté de sa nation, mais aussi de ses ressources naturelles, permettant à sa population de rester chez soi et de ne pas penser à l’immigration, très probablement ce chef d’État sera traité «d’autoritaire» par le mainstream médiatique occidental, car il ne permet pas aux multinationales de l’Ouest de profiter des ressources dudit pays dans un cadre gagnant/perdant.

Passons à la Chine. L’Empire du Milieu a fait un long chemin depuis le début des années 2000 —période d’une entrée impressionnante dans les affaires africaines. Aujourd’hui, la République populaire chinoise est tout simplement le premier partenaire économico-commercial de l’Afrique, et ce malgré toutes les campagnes hostiles menées en Occident contre la présence de Pékin en terre africaine. La Chine, elle, n’interfère pas dans les affaires intérieures des pays du continent et se base sur le respect de la souveraineté.

En effet, la Chine exporte massivement ses produits de consommation, mais surtout pas sa vision de la gestion des affaires internes, en se basant sur le fait que chaque nation a ses propres traditions et valeurs. Il ne serait d’ailleurs guère surprenant que si vous réalisiez aujourd’hui un sondage dans la cinquantaine d’États africains, demandant aux habitants de savoir s’ils préfèrent des partenaires occidentaux ou chinois, ils seraient entre 70 et 80% à préférer les seconds.

Cette approche chinoise vis-à-vis de l’Afrique ressemble beaucoup à celle de la Russie, à une différence près. Si jusqu’ici la Chine n’a pas accordé une très grande attention à l’aspect sécuritaire des pays africains, préférant principalement miser sur l’économie, Moscou y porte au contraire une grande attention. Pourquoi? Pas seulement parce que l’État russe est un important exportateur d’armements, mais bien parce que la Russie comprend que seul un État sûr et stable permet de faire des affaires au bénéfice des deux parties. Là est toute la différence.

Alors que l’Occident préfère tirer profit soit en maintenant un pays dans le chaos, soit en l’occupant par des troupes néocoloniales, la Russie souhaite au contraire permettre aux Africains d’être maîtres chez eux —aussi bien dans le cadre de la sécurité de ses frontières que du contrôle de ses ressources. Et ce serait justement la plus-value de la Russie en qualité de partenaire de l’Afrique.

Cette opinion est d’ailleurs largement partagée par les experts africains. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les panélistes de la chaîne panafricaine Afrique Média y ont récemment consacré une émission spéciale en mentionnant deux points essentiels: «nous avons vu les résultats de la Russie en Syrie. Nous voyons maintenant les changements positifs qui s’opèrent en République centrafricaine, là aussi grâce aux efforts de Moscou. C’est cela, un partenariat gagnant-gagnant». En d’ajouter: «dans un partenariat gagnant-gagnant, la question n’est pas forcément de savoir que chacun touchera toujours du 50/50. Cela peut-être, dans certains cas, du 60/40 et vice-versa. L’essentiel étant, c’est que cela ne soit plus jamais un système de type 95/5. Et enfin que la souveraineté africaine soit respectée et défendue.»

C’est certainement la raison de l’hystérie de l’Élysée, comme de Washington et de Londres, en voyant la Russie revenir sur un continent qu’elle n’a jamais colonisé et dont elle a formé des milliers de cadres. Des cadres par ailleurs réellement heureux de revoir le pays de leur formation de retour. Et ils sont loin d’être les seuls.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201806251036939849-afrique-russie/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Kemi Seba: souverainistes africains et Russie, «une alliance naturelle»

Kemi Seba

Activiste, écrivain et éditorialiste, Kemi Seba est une figure franco-béninoise aussi controversée que populaire. Cet ardent défenseur de la souveraineté et du monde multipolaire s’est récemment rendu en Russie. L’occasion pour Sputnik de recueillir son analyse sur les perspectives russo-africaines.

 

«La réalité récente du monde multipolaire, les changements positifs majeurs au niveau de l’actualité internationale, mais également l’injustice que continuent à subir plusieurs pays de la part des puissances occidentales, poussent les peuples enracinés du monde à se rapprocher. C’est en tout cas la démarche actuelle des souverainistes africains et russes.»

En quelques mots, Kemi Seba, activiste panafricaniste et souverainiste franco-béninois, trace les lignes de force de son action. Président de l’ONGUrgences panafricanistes, écrivain et chroniqueur politique, il est diabolisé en Occident et par une partie des élites africaines pour ses prises de position jugées radicales, mais jouit d’une forte popularité auprès des populations d’Afrique francophone et de sa diaspora. Dans cet entretien exclusif à Sputnik, au retour d’un voyage en Russie, Kemi Seba nous livre ses impressions sur le pays et analyse pour nous les relations entre les partisans de la multipolarité, en Afrique, en Russie et ailleurs.

Sputnik: Vous venez tout juste d’achever une visite à Moscou. Il s’agissait de votre première visite sur le sol russe. Pourquoi la Russie et pourquoi maintenant?

Kemi Seba: Je me suis rendu en Russie sur invitation de l’association Afrique-Russie, une structure qui se donne pour mission de rapprocher les sociétés civiles africaines et russes, dans l’optique d’une collaboration visant à défaire nos peuples respectifs de l’impérialisme occidental.
Le travail que nous menons à travers l’ONG Urgences panafricanistes est observé par beaucoup de gens d’origine et de culture différentes. Notre lutte visant à obtenir notre souveraineté est un combat qui touche quiconque est épris d’égalité et de dignité. Je suis venu à Moscou, comme je suis allé en Iran ou au Venezuela il y a quelques années, et comme j’irai en Bolivie dans quelques semaines.

Je suis un adepte du monde multipolaire. Je pense du plus profond de mon âme que le monde se portera mieux dès lors que les peuples arrêteront de subir la dictature de l’oligarchie occidentale, et qu’au contraire, différents pôles civilisationnels, enracinés dans la tradition et maîtrisant la géostratégie, se lèveront et s’uniront pour maintenir l’équilibre politique mondial. En ce sens, mon voyage en Russie était déterminant. Car dans ce monde multipolaire, la Russie tient le premier rôle pour l’instant, et se veut l’allié de celles et ceux qui luttent contre l’occidentalisation du monde. L’exemple de la Syrie et du soutien russe à Bachar El-Assad l’atteste de la plus belle des manières.

Nous menons pour notre part en Afrique et dans les Caraïbes une lutte âpre contre le néocolonialisme français et plus globalement occidental. Nous sommes à la recherche de partenaires stratégiques qui comprennent qu’une Afrique libérée de toute tutelle étrangère serait une chance pour le monde entier. Il n’y a qu’ainsi que des partenariats fiables, durables et sains pourront voir le jour.

Sputnik: Vous avez rencontré durant ce passage Alexandre Douguine, l’un des plus célèbres intellectuels russes et l’un des principaux idéologues du concept de l’Eurasisme. De quoi avez-vous discuté?

Kemi Seba et Alexandre Douguine

Kemi Seba: Douguine est l’une des plus passionnantes rencontres de mon parcours politique de ces dernières années. Passionnante, car nous avons en commun une figure dont nous nous revendiquons respectivement les disciples, en l’occurrence René Guénon. Ses recherches sur la Tradition primordiale ont changé ma vie et ma perception du monde. Et Douguine me paraît être aujourd’hui le plus brillant disciple de Guénon, qui ne se contente pas de louer son «maître idéologique», mais prolonge son œuvre, en inscrivant la démarche traditionaliste dans une dimension géostratégique. C’est sous cet angle d’ailleurs que son ouvrage «Le front des traditions» demeure pour moi un livre important. Ses chapitres tels que Les racines métaphysiques des idéologies politiques, Le facteur métaphysique dans le paganisme, La Grande Guerre des continents demeurent pour moi des sources de réflexions intarissables. La seule nuance que j’ai avec Douguine, et elle est de taille, est que là où il met le bloc eurasiatique au centre de tout (ce qui est normal, c’est de cette région dont il est issu), moi c’est l’Afrique.

Pour revenir à ce que nous avons dit, nous avons parlé de beaucoup, beaucoup de choses. La seule chose que je peux vous dire, c’est que le monde multipolaire est vu par lui comme par moi comme une nécessité. La Russie, grâce à des gens comme Douguine, est en train de bâtir un axe eurasiatique surpuissant qui participe à maintenir les différents souverainismes dans ce monde. L’alliance d’un Erdogan avec un Poutine illustre cette orientation. À nous autres souverainistes africains de faire en sorte que l’Afrique puisse devenir ce pôle puissant tant voulu par les pères fondateurs du panafricanisme.

Le seul désavantage que nous avons, et il est important, est que nous ne disposons pas de dirigeants, surtout en Afrique subsaharienne francophone, acquis à la cause de l’autodétermination africaine. Dès lors, nous devons tout faire tout seuls, à partir de la société civile. C’est un combat âpre, éreintant, difficile, mais la victoire n’en sera que plus belle.

Sputnik: Pensez-vous que l’Eurasisme et le Panafricanisme peuvent et doivent coopérer? Et si oui, pourquoi?

Kemi Seba: Oui, je le pense fondamentalement, tout comme l’axe bolivarien (l’Amérique du Sud) entre autres, est un pôle qui ne doit pas être négligé. Tous les peuples doivent être amenés à coopérer, mais en étant enraciné dans leur propre paradigme. Le nouveau millénaire est et sera plus encore dans les temps à venir, l’ère des blocs civilisationnels. L’ère des grands ensembles. De grands ensembles qui dans leur collaboration, seront des garants d’un monde équilibré, débarrassé de l’axe unipolaire de l’Otan, qui n’a créé que chaos et désolation partout où il est passé.

Cela me permet aussi de préciser que pour moi, il ne s’agit pas de voir le pôle eurasien succéder au pôle américain ou plus globalement occidental. Si nous parlons d’alliance aujourd’hui, c’est que la démarche de Poutine est claire, traçable, lisible et garantit un équilibre dans le monde aujourd’hui. Si nous sentons dans le futur que la Russie a un projet colonial comme l’Occident l’a eu en Afrique, nous nous en éloignerons. Mais de manière concrète, ce n’est pas le cas, malgré la diabolisation occidentale qui vise le président Poutine. Ce dernier veut un monde multipolaire, et est la figure mondiale du souverainisme. Ce courant est le socle idéologique de sa politique. C’est le nôtre aussi. C’est donc une alliance naturelle.

Sputnik: Au-delà de la rencontre avec M. Douguine, vous avez présidé une conférence le 16 décembre près de l’Université russe de l’Amitié des Peuples (Patrice Lumumba), avec pour thème «La nécessité de l’alliance entre les souverainistes africains et la Russie». Un événement qui a d’ailleurs suscité un vif intérêt auprès de la diaspora africaine de Russie, étudiants inclus. De quoi avez-vous traité lors de cette conférence? Et comment ces idées ont-elles été reçues par les Africains de Russie? Les étudiants africains ont-ils émis à leur tour des idées qui vous sembleraient être intéressantes pour la suite?

Kemi Seba: Nous avons traité des thèmes évoqués dans les questions précédentes de cette interview. Comprendre la multipolarité d’un point de vue géopolitique et aussi métaphysique. Comprendre le rôle que l’Afrique a à jouer dans ce monde. Comprendre le rôle de la jeunesse africaine. Et comprendre pourquoi l’alliance avec la Russie —et avec d’autres- peut être un atout actuel dans notre lutte contre le globalisme libéral promu par l’Occident.

Ce fut une rencontre extrêmement riche et émouvante. Tous les jeunes étudiants présents n’étaient pas tous de l’Université russe de l’Amitié des Peuples. Ils venaient de différentes écoles et instituts. La plupart d’entre eux étaient des génies, et je pèse mes mots. Les échanges ont été passionnants, riches, et je pense avoir humblement contribué à élargir et densifier leurs esprits sur les questions de géostratégie. Toutes les questions étaient d’un apport indéniable à la résolution des problèmes de l’Afrique, et allaient dans le sens d’une plus grande prise en charge des problèmes africains par les Africains eux-mêmes.

J’étais touché de voir que beaucoup avaient réussi à se procurer mes ouvrages et les avaient lus scrupuleusement. L’autodétermination est pour cette nouvelle génération une religion. Et leur capacité à connaître leur ennemi naturel et leurs alliés ponctuels semble innée. Raison pour laquelle de l’avis général, les alliances des mouvements de résistance des sociétés civiles avec la Russie et certains pays d’Amérique latine ont obtenu l’approbation de tous.

Sputnik: En plus de la lutte pour la souveraineté des pays africains qui constitue votre fer-de-lance, les deux sujets qui vous tiennent particulièrement à cœur sont le combat contre le franc CFA —dans lequel vous êtes activement engagé- ainsi que la dénonciation de la situation des migrants d’Afrique subsaharienne en Libye. Une situation qui s’est créée après l’intervention de l’Otan contre ce pays, qui était d’ailleurs en son temps l’un des principaux porte-flambeaux du panafricanisme. Comment entrevoyez-vous la suite sur ces deux sujets d’actualité?

Kemi Seba: Pour le franc CFA, nous avons contribué de par nos mobilisations sur le terrain, en Afrique et dans la diaspora, à faire bouger les lignes. Sujet auparavant prisonnier des élites, et ce jusqu’à l’excès, ce débat est devenu, de par nos manifestations un sujet dont s’est emparé la rue africaine, tant méprisée par l’oligarchie. C’est pourtant la rue africaine qui souffrait depuis trop longtemps de l’utilisation de cette monnaie, et non nos dirigeants, qui eux utilisaient plus le dollar ou l’euro que nos monnaies de singe pour leurs transactions.

Il y a un an jour pour jour, lorsque je déclarais que 2017 serait en Afrique l’année du franc CFA, certains représentants africains se moquaient de moi. Un an plus tard, ces derniers sont les premiers à parler du CFA et à reconnaître l’importance de la mobilisation de la jeunesse africaine que nous avons initiée via le Front Anti-CFA, une structure inclusive fondée par notre ONG Urgences panafricanistes.
Même s’ils tentent toujours de nous discréditer et de séparer l’action de leurs initiateurs, jugés peu conventionnels et radicaux, nous avons gagné le débat du peuple. Les élites africaines, trop pédantes, arrogantes, imbécilisés par leur prétendu savoir, ne savent pas parler au peuple. Contrairement à nous qui vivons les réalités de ce dernier, et donc savons nous adresser à lui.
Malgré tout, il n’en demeure pas moins que le combat n’est pas fini. Les présidents africains francophones, roitelets modernes, si serviables auprès de l’Occident, mais si méprisants auprès de leur peuple, ne semblent pas prêts à se libérer de leurs chaînes.

Pour ce qui est de l’esclavage en Libye, ceci n’est que la résultante à mes yeux de l’irresponsabilité de nos dirigeants africains en priorité. Oui, clairement, les criminels de l’Otan qui ont détruit un pays et assassiné l’un de nos plus brillants dirigeants —Kadhafi- pour obtenir du pétrole sont les grands instigateurs de ce capharnaüm, sont les premiers grands responsables de tout cela.
Mais que dire de nos chefs d’État qui détournent tellement les deniers publics qu’ils finissent par donner l’impression à la jeunesse africaine que la Terre Mère est un enfer? Ce sont les premiers responsables de ce drame migratoire. Car si nos dirigeants africains faisaient leur travail, il n’y aurait pas autant de jeunes qui voudraient fuir le pays.

Après, il y a une démarche patriotique à apprendre à nos enfants. Leur faire comprendre que l’Afrique ne leur doit rien, mais qu’ils doivent tout à l’Afrique. Leur faire comprendre que ce que les élites africaines ne font pas pour le peuple, le peuple devra le faire lui-même. On ne peut plus fuir nos pays dès lors que ça ne va pas. C’est à nous de résoudre les problèmes que nos élites irresponsables ne résolvent pas.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201712221034454553-kemi-seba-souverainistes-africains/

Mikhail Gamandiy-Egorov

« Du panafricanisme théorique au panafricanisme pratique ». Entretien avec Thierry Mbepgue

Thierry Mbepgue

Thierry Mbepgue est un activiste patriote et souverainiste camerounais.

UNIRTA

Il est en outre président fondateur du Mouvement Africain pour la Libération du Continent (MALCON), secrétaire général adjoint du Réseau Mondial des Défenseurs de la Cause Africaine (RMDCA), ainsi que le fondateur du projet UNIRTA, destiné à rassembler les différents mouvements panafricains, aussi bien en Afrique qu’au-delà, dont le lancement officiel est prévu le 27 août prochain à Douala, la capitale économique du Cameroun.

Sputnik France: Bonjour. Le lancement désormais official de votre projet panafricain UNIRTA est prévu pour le mois d’août à Douala. Il est à penser que beaucoup de choses ont évalué depuis notamment notre dernier entretien. Racontez-nous.

Thierry Mbepgue: Bonjour. Oui justement le lancement officiel du projet UNIRTA est prévu pour le 27 août 2016 à l’hôtel la Renardière de Douala. Comme vous pouvez le constater, tellement de choses ont évolué dans la mesure où nous avons jusqu’ici malgré les innombrables difficultés rencontrées réussi à installer plusieurs coordinations nationales dans plusieurs pays africains et étrangers. Les Africains s’intéressent de plus en plus au projet parce qu’ils ont compris son bien fondé, les objectifs qu’on veut atteindre à travers lui et surtout le but qu’il vise.

Sputnik France: Parmi les intervenants qui selon votre annonce prendront part au lancement officiel du mouvement, on trouve des représentants et activistes panafricains de différents pays d’Afrique mais également issus de la diaspora d’Europe, d’Amérique du Nord et des Caraïbes. Cela signifie-t-il que les idées du panafricanisme se renforcent au sein de la diaspora africaine?

 

Thierry Mbepgue: Les idées du panafricanisme ont toujours existé au sein de la diaspora africaine. Nos frères de la diaspora n’attendaient qu’une plate forme comme UNIRTA pouvant leur permettre de s’exprimer ou de véhiculer leurs idéaux dans leur zone géographique respective. Le panafricanisme prône l’union sacrée des Africains, on ne peut pas le vivre tant qu’on reste divisé, voila pourquoi plusieurs intervenants viendront de l’étranger parmi lesquels les coordonnateurs nationaux, les représentants de partis politiques aux idéaux panafricanistes, les panafricanistes, les nationalistes, les activistes panafricains de différents pays d’Afrique et de la diaspora pour montrer qu’il est temps de passer du panafricanisme théorique au panafricanisme pratique.

Sputnik France: En parlant d’Amérique du Nord. Nous avions tous suivi les nombreuses violences policières à caractère raciste envers les représentants afro-américains, avec pas mal de fois un résultat létal pour les victimes. Quelle position adoptez-vous vis-à-vis de ces violences qui touchent des représentants US aux origines africaines? Est-ce qu’un contact est déjà pris en ce sens entre les représentants panafricains et certaines organisations afro-américaines? Une coordination aura-t-elle lieu?

 

Thierry Mbepgue: Je suis triste à chaque fois qu’un noir est victime d’acte de racisme aux USA. Je me dis toujours qu’on peut bien éviter dorénavant cela en montrant par des actes fermes aux coupables de ces violences que nous ne sommes pas faibles. Et pour cela, nous devons nous mettre ensemble pour devenir forts. Si tous les Noirs du monde, surtout les Africains se mobilisent instantanément dans tous les pays où une coordination UNIRTA est installée pour crier leurs indignations face à l’assassinat de leur frères aux USA par un policier blanc, je pense que cela emmènerai les autorités étasuniennes et surtout la communauté internationale à prendre des mesures strictes pour y mettre un terme.

Je suis entrain de nouer des contacts avec des organisations afro-américaines et bientôt j’irai en personne pour mobiliser comme je l’ai fais dans plusieurs pays africains. Ainsi une coordination sera mise sur pied.

 

Sputnik France : Revenons à l’Afrique. L’un des buts annoncés de votre mouvement est de combattre le néocolonialisme et de défendre la souveraineté des Etats africains. Par quels moyens comptez-vous-y arriver?

Thierry Mbepgue: Par tous les moyens conventionnels possibles. Je ne peux pas tout dévoiler ici car une stratégie dévoilée n’en demeure plus une, nous sommes dans une guerre. Tout ce que je peux vous dire est qu’UNIRTA sera le pire cauchemar des néocolonialistes. Nous allons défendre par tous les moyens la souveraineté des Etats africains. Nous avons plusieurs réseaux dont je vais vous dévoiler quelques uns:

1-Le réseau des médias, blogueurs, activistes et cyber activistes acquis à la cause: il est ici question de réunir tous les médias panafricains acquis à la cause de telle sorte que nos informations soient diffusées facilement et rapidement à travers le monde. Nous pouvons dorénavant salir un néocolonialiste présenté comme un saint par les médias occidentaux et laver un panafricaniste ou souverainiste salit par les mêmes médias impérialistes occidentaux. C’est ainsi qu’on a réussi à rendre propre l’image de Gbagbo qui était présenté par les médias occidentaux comme étant un grand criminel.

2-Le réseau des universités: pour une injustice vécu par un étudiant dans une université d’Afrique ou en Europe, nous pouvons déclencher instantanément des manifestations de protestations pacifiques dans tous les pays où nous sommes représentés pour attirer l’attention des dirigeants et afin que l’injustice soit réparée. Je prends un exemple bien récent: pour le cas du jeune étudiant handicapé qui s’était fait renversé par un cargo de police ivoirienne avant de prendre la fuite, toutes les universités membres de ce réseau de l’UNIRTA ont compati et marqué leur indignation, et cela a eu plus d’effets et d’échos.

3-Réseau des mouvements et partis politiques: je ne dévoilerai pas pour l’instant comment fonctionne ce réseau.

4-La fraternité

En tout cas et désormais, nous pouvons contrarier nos adversaires.

Sputnik France: On entend parfois des appels demandant une « intervention armée » directe de pays comme la Russie ou la Chine pour libérer totalement l’Afrique de l’interventionnisme occidental. Mais n’est-ce pas aux Africains de se mobiliser en premier lieu s’ils souhaitent passer à autre chose? Que pensez-vous là-dessus?

Thierry Mbepgue : J’avais déjà dit ici que le moment était propice pour les Africains de prendre enfin leur indépendances, il leur suffit de regarder du bon côté. Pour moi, le bon côté est celui de ceux qui combattent la même force qui maintient l’Afrique esclave depuis des décennies, le côté de la Russie et les BRICS en général. L’Afrique a besoin de la protection russe, chinoise pour s’affirmer sans être inquiétée. Tant que les quelques rares dirigeants africains qui ont manifesté jusqu’ici le désir de s’affranchir n’obtiendront pas la garantie sécuritaire de la Russie, ils ne parviendront pas à aller jusqu’au bout de leur ambition. Que le cas de la Syrie sert de leçon aux Africains. Il ne faudrait pas non plus oublier que c’est bien l’ex URSS qui a aidé beaucoup de pays à se libérer du joug occidental, pourquoi la Russie ne ferait-elle pas la même chose aujourd’hui?

 

Sputnik France : En parlant d’Occident et notamment de ses élites, vous et vos camarades panafricanistes allez-vous suivre les prochaines élections présidentielles aux USA de cette année et de France l’année prochaine? Des préférences à transmettre ou la politique occidentale restera la même?

Thierry Mbepgue: Pour nous, ils sont tous les mêmes, bonnet blanc, blanc bonnet. Nous les Africains devrons plutôt travailler dans le sens de mettre sur pied une force pouvant contrecarrer celle d’en face. L’ennemi idéologique c’est justement la politique occidentale en Afrique.

Sputnik France: Justement les élites occidentales ont repris la déstabilisation active des pays de l’alliance BRICS (le Brésil récemment, l’Afrique du Sud est également visée de l’aveu même de plusieurs hauts cadres du parti au pouvoir l’ANC) et de leurs alliés, notamment en Amérique latine (Venezuela) ou en Afrique (Zimbabwe, Burundi,…). Quel apport les mouvements panafricains comme le vôtre peuvent-ils apporter pour contrer ces tentatives?

 

Thierry Mbepgue: Il faut conscientiser les populations, les sensibiliser sur le danger qui plane sur les pays, il faut pouvoir dénoncer le complot qui pèse sur les Etats et le chaos qui s’en suivrait si les populations suivaient les déstabilisateurs. Et lorsqu’un pays est déstabilisé, nous pouvons empêcher le factotum de diriger par des actions comme la désobéissance civile, la paralysie économique, qui sont très efficaces dans un tel cas de figure.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201606211026043694-panafricanisme-theorique-pratique/

https://fr.sputniknews.com/authors/mikhail_gamandiy_egorov/

Mon entretien avec Achille Gnaoré. Côte d’Ivoire, Afrique, panafricanisme, BRICS.

Achille Gnaoré

Achille Gnaoré est Ivoirien. Il est le président de la Fédération nationale des parlements,Agoras et Orateurs de Côte d’Ivoire (FENAPAOCI). Panafricaniste, il est en outre le coordinateur du projet panafricain UNIRTA dans son pays.

Sputnik: Vous coordonnez le mouvement UNIRTA en Côte d’Ivoire, un projet à vocation panafricaniste lancé par Thierry Mbepgue, activiste camerounais que nous avons déjà eu l’occasion d’interviewer. Quels sont les objectifs recherchés particulièrement en Côte d’Ivoire?

Achille Gnaoré: Les objectifs recherchés en Côte d’Ivoire sont de rassembler les Ivoiriens dans leur entièreté autour d’un idéal, à savoir la souveraineté, la démocratie et la liberté. 

Sputnik: Vous parlez effectivement d’idéaux. Comment comptez-vous réaliser ces objectifs et quels sont les éventuels obstacles à leur réalisation?

Achille Gnaoré: Nous comptons réaliser ces objectifs par la sensibilisation, des séminaires de formation et conférences pour expliquer le bien fondé de s’unir pour constituer une force de pression à nos dirigeants afin qu’ils ne se détournent pas des objectifs du peuple.
L’obstacle majeur en Côte d’Ivoire, c’est ce régime répressif qui est instrumentalisé par l’Occident. Le second obstacle est la classe politique occidentale qui n’a pas intérêt à voir l’Afrique s’unir. Cette classe utilise nos propres frères pour leur sale boulot.

Sputnik: En tant que panafricaniste, vous devez certainement accorder une place importante au respect de la souveraineté ivoirienne et africaine en général. Selon vous, où en-est la souveraineté africaine aujourd’hui? En ce sens, quels seraient les bons et les moins bons exemples au niveau continental?

Achille Gnaoré: Il est vrai que plusieurs pays africains ne sont pas encore totalement souverains mais nous sommes à l’étape de la prise de conscience et nous considérons cette phase comme une avancée notable.
Il y a des bons exemples africains où la souveraineté est défendue, notamment l’Afrique du Sud, le Ghana, ou encore la Guinée équatoriale. 

Sputnik: Quelle est votre vision en matière de politique africaine extérieure? Quelles orientations les pays africains devraient-ils privilégier?

Achille Gnaoré: Heureusement que les pays du BRICS, notamment la Chine et la Russie avec lesquels l’Afrique entretient d’excellentes relations se sont démarqués de la politique criminelle que l’Occident nous a servi depuis des siècles. La vérité est que la politique extérieure en l’état actuel reste conditionnée par les Occidentaux. Comme pour dire que les Africains ne sont pas libres dans leur collaboration avec l’Occident et c’est déplorable. C’est pourquoi le projet UNIRTA arrive à point nommé. Puisque c’est dans l’union que réside la liberté tant dans la politique extérieure qu’intérieure.

Sputnik: On suit avec attention les procès en cours à la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye contre Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé. En tant qu’Ivoirien, que vous inspirent ces procès? Et quelles perspectives les résultats de ces procès pourraient avoir sur votre pays?

Achille Gnaoré: Ces procès nous démontrent une fois de plus que nombre d’Etats africains ne sont pas souverains. C’est une forme de déportation rendue juridique par l’Occident, en créant la CPI pour y juger les chefs d’Etats qu’ils trouvent récalcitrants.

Les perspectives des résultats que pourraient avoir ces procès sur la Côte d’Ivoire:

Premièrement, ces procès sont injustes et honteux. Le président Laurent Gbagbo et le ministre Charles Blé Goudé doivent être libérés. Par cet acte la CPI retrouvera sa crédibilité d’une part et d’autre part cela entrainera une sincère réconciliation. Une réconciliation profonde et vraie en Côte d’Ivoire.

Secundo, si le président Gbagbo et le ministre Blé Goudé ne sont pas libérés dans ces procès honteux et injustes, la crédibilité de la CPI sera mise en mal d’une part et d’autre part la réconciliation en Côte d’Ivoire ne pourra certainement pas se faire. Car en toute sincérité en Côte d’Ivoire aucune réconciliation ne peut se faire sans ces deux personnalités qui sont des figures emblématiques de la démocratie dans ce pays. Mais j’irai plus loin pour dire, en Côte d’Ivoire nul l’ignore, le président Laurent Gbagbo est le père de la démocratie.

Réflexions sur les défis de l’unité africaine et le panafricanisme

L’un des buts principaux des pays africains est d’atteindre l’unité intérieure, basée sur le patriotisme qui dépasse les intérêts ethniques, religieux ou claniques. Et plus globalement d’en arriver à l’unité de tout ce beau continent qu’est l’Afrique. C’est des objectifs à atteindre mais que les élites occidentales veulent à tout prix faire échouer.

Prenons des exemples concrets. La Guinée équatoriale est aujourd’hui le pays africain avec le plus haut revenu moyen par habitant (environ 1500 dollars mensuels). Un revenu qui dépasse celui de plusieurs pays membres de l’Union européenne et qui permet à la Guinée équatoriale d’être classée dans le TOP 30-35 au niveau mondial en ce qui concerne le revenu moyen par habitant. Pourtant ce pays est constamment diabolisé par les médias occidentaux. Au même titre que des pays comme l’Angola (devenu pays d’accueil pour de très nombreux migrants en provenance d’Europe, principalement du Portugal) ou l’Afrique du Sud (membre des BRICS, principale puissance africaine).

Il faut donc se poser les bonnes questions. Pourquoi ces attaques propagandistes visent ces pays et certains autres ? Pour la simple et bonne raison que les élites occidentales ne veulent pas de pays à succès en Afrique. Car ils savent parfaitement que les pays à succès vont inspirer d’autres pays du continent, notamment en difficulté, à suivre leur exemple. L’exemple de politiques responsables et d’un panafricanisme assumé. Et plus il y a aura de pays à succès en Afrique, plus l’idée du panafricanisme se renforcera et plus on approchera du moment de l’unité véritable de l’Afrique.

L’Occident, USA comme UE, veulent empêcher cela. A l’Afrique et aux Africains de dire leur mot, bien loin de divergences qui n’ont pas lieu d’être.

Navires russes dans le Golfe de Guinée : une présence stratégique

Photographie par satellite du golfe intérieur de Guinée

La coopération russo-africaine commence à prendre, ou plutôt reprendre, véritablement forme.

Après les pays d’Afrique du Nord (Egypte, Maroc, Algérie, Tunisie) et du Sud (Angola, Afrique du Sud, Zimbabwe, Namibie,…), avec lesquels la Russie connait traditionnellement des relations assez intenses, la présence russe commence à s’élargir, ou plutôt revenir dans les autres régions africaines.

Une présence un peu oubliée depuis l’éclatement de l’URSS et les années de remise en rails de la nation russe.

Après le Cameroun, avec lequel une page fort intéressante s’est ouverte récemment, notamment sur le plan militaro-technique et la formation des officiers camerounais en Russie, un accord très important a été signé cette fois-ci avec la Guinée équatoriale, acteur important aussi bien dans la région centre-africaine qu’au sein de tout le continent.En effet, la Russie et la Guinée équatoriale ont signé il y a quelques jours un accord prévoyant le ravitaillement des navires de guerre russes dans les ports équato-guinéens, ainsi qu’une entrée simplifiée pour ces navires. A ce titre et suivant la signature dudit accord, une escouade de navires de guerre russes, notamment le croiseur lance-missiles Moskva, sont entrés dans le port de Malabo, la capitale de la Guinée équatoriale. L’accord prévoit d’ailleurs également un renforcement de la coopération entre les forces armées, y compris navales, des deux pays.

A noter qu’il ne s’agit non pas d’une base navale russe en Guinée équatoriale, mais bien d’une coopération pour le ravitaillement des navires russes. Cet accord est d’autant plus important qu’il permet aux deux nations de passer à une nouvelle étape dans leur partenariat bilatéral. Le Golfe de Guinée est un endroit stratégique et le fait que les navires russes pourront s’y ravitailler constitue bien évidemment une avancée très notable pour la Russie. Quant à la Guinée équatoriale, cela lui permet de lancer une coopération stratégique avec un pays dont elle partage un bon nombre de valeurs et de visions communes. Et cela renforce également sa capacité à pouvoir lutter efficacement contre le fléau du terrorisme qui touche des pays avoisinants, ainsi que de pouvoir résister à d’éventuelles interventions extérieures.

Il faut bien le rappeler, après la mort de Mouammar Kadhafi et la chute de la Jamahiriya libyenne, la Guinée équatoriale s’est décidée à devenir l’un des nouveaux porte-flambeaux du panafricanisme sur le continent. Et le pays possède un certain nombre de raisons pour cela. Le pays est leader en termes de revenu moyen par habitant sur le continent africain (sources: Banque mondiale). Un revenu moyen qui dépasse d’ailleurs celui d’un certain nombre de pays membres de l’Union européenne…D’autre part, la Guinée équatoriale fait partie de ces pays africains qui tout en étant ouverts aux investissements étrangers, ne permet pas pour autant l’exploitation de ses ressources dans une relation de gagnant/perdant par les puissances occidentales, comme c’est encore le cas dans grand nombre de pays du continent. Et comme par hasard, le président équato-guinéen, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, fait partie des leaders africains les plus vivement attaqués par le mainstream médiatique occidental, y compris par les principaux médias français.

Il est vrai que tout président africain aux idées révolutionnaires et panafricanistes, qui de plus ne permet pas la gérance des ressources nationales aux élites occidentales (le vol pur et simple en d’autres termes), ne pourra certainement jamais attirer la sympathie des élites de l’Occident, qu’elles soient politiques, financières ou médiatiques.

En tout cas, la Russie confirme son retour véritable en Afrique. Un retour qui était attendu des deux côtés. Beaucoup de leaders, d’intellectuels et de représentants de la société civile d’Afrique le voient d’un œil très positif. Les élites occidentales, elles, bien évidemment totalement à l’opposé. Mais dans un monde multipolaire, il faut se faire aux nouvelles réalités.

http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20150728/1017247240.html

Mikhail Gamandiy-Egorov