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Edouard Bizimana: «Je salue la Russie qui s’est dressée contre ce comportement voyou occidental»

le Dr Edouard Bizimana, l’ambassadeur du Burundi et Vladimir Poutine

Dans la suite de notre entretien avec Edouard Bizimana, l’ambassadeur du Burundi en Russie évoque la situation de son pays, et plus largement des pays africains, sur l’échiquier mondial. Pour Edouard Bizimana, le constat est clair: le développement de l’Afrique passe par la multipolarité.

 

Sputnik: On a l’impression que depuis l’échec de la tentative de faire tomber le gouvernement légitime de Syrie, les gouvernements de plusieurs pays occidentaux souhaitent malgré tout poursuivre dans la voie de la déstabilisation d’autres nations. Le Venezuela a été récemment visé. Mais vraisemblablement le Burundi l’est également. Qu’en pensez-vous?

Edouard Bizimana: J’ai l’impression qu’il y a des pays occidentaux qui veulent se (re) construire sur les décombres des autres. Il est devenu clair que tous les prétextes sont bons pour ces pays pour faire tomber tel ou tel régime afin de mettre la main sur les richesses du pays. Les conséquences des guerres provoquées ne les émeuvent pas, car ce qui importe pour eux ce sont ces richesses.

Quand on voit actuellement les milliers d’Africains mourir en Méditerranée, des milliers et des milliers de Syriens, d’Irakiens et d’Afghans prendre le chemin de l’exil et l’hypocrisie de certains pays occidentaux prétendant vouloir aider ces réfugiés, alors que ce sont ces mêmes pays qui sont à l’origine du chaos dans les pays d’origine des réfugiés, je me demande pourquoi le monde ne se lève pas pour dire non.

Je salue ici le courage de la Fédération de Russie qui a eu le courage de se dresser contre ce comportement voyou de certains pays occidentaux, qui créent de l’instabilité et du chaos dans le monde. N’eût été l’intervention de la Russie, la Syrie serait déjà tombée aux mains des terroristes. C’est cette agressivité et l’ingérence illimitée dans les affaires intérieures des États qui poussent certains d’entre eux à se lancer dans une course aux armements pour se protéger contre cet impérialisme d’un autre âge. Le cas de la Corée du Nord est là pour rappeler la triste réalité.

Ce qui se passe au Venezuela est loin d’être une affaire interne, comme certains aiment le répéter pour distraire l’opinion. La volonté de certaines puissances occidentales de changer le régime en place au Venezuela n’est qu’un secret de Polichinelle caché dans un tiroir. Le Burundi en a fait l’expérience et ce sont toujours les pyromanes qui se transforment en sapeurs-pompiers sous la casquette de bienfaiteurs, de défenseurs des droits de l’homme et de donneurs de leçons.

Sputnik: Depuis votre nomination au poste d’ambassadeur en Russie (après avoir occupé ce poste en Allemagne), on observe une dynamisation des relations russo-burundaises, et ce dans différents domaines: commerce, investissements, formation des cadres, Défense, entre autres. On a suivi la participation de plusieurs hauts cadres burundais à différents grands événements tenus en Russie. Peut-on aujourd’hui parler d’une alliance de votre pays avec la Russie? Ou est-ce encore en cours d’élaboration?

Edouard Bizimana: Depuis un certain temps, les relations entre le Burundi et la Fédération de Russie connaissent un élan extraordinaire, même si elles ont été toujours très bonnes. Depuis mon arrivée à Moscou, j’ai bénéficié d’un soutien accru des autorités russes et cela m’a permis d’entamer de nouveaux chantiers. Des efforts particuliers sont en train d’être faits pour rendre plus dynamiques les relations économiques entre le Burundi et la Fédération de Russie. La coopération avec les régions est un autre aspect qui bénéficie de beaucoup d’attention. En outre, la promotion des relations culturelles entre nos deux pays reste l’une de mes priorités.

Le nombre d’accords de partenariat ou de coopération déjà signés en l’espace d’une année, les visites de haut niveau qui ont eu lieu et à venir, le nombre de sociétés et d’investisseurs russes qui ont déjà commencé leurs activités au Burundi montrent bien qu’il y a un nouveau chapitre des relations russo-burundaises qui s’ouvre. Il faut noter que tout cela est rendu possible par une convergence d’intérêts, de valeurs et de vision du monde entre le Burundi et la Fédération de Russie sur pas mal de questions de portée internationale. Il y a donc une relation stratégique gagnant-gagnant qui se construit entre les deux pays et qui ne serait possible que grâce à cette convergence.

Sputnik: Le Burundi, bien qu’étant un petit pays, a vraisemblablement misé sur la défense de sa souveraineté jusqu’au bout et le soutien au système multipolaire du monde. Aujourd’hui, d’autres pays africains se trouvent face à un choix: garder le système existant de domination par des puissances étrangères (occidentales) ou prendre une autre voie. On voit aussi qu’au niveau de la société civile de plusieurs pays africains, la mobilisation pour justement choisir cette autre voie se renforce de jour en jour. On a notamment suivi récemment les manifestations au Mali contre la présence militaire française et pour une alliance avec la Russie. Que vous inspirent ces processus et quel est votre pronostic pour la suite?

Edouard Bizimana: Eu égard au principe de l’égalité juridique des États, il n’y a pas de petits ou de grands États. On pourrait néanmoins dire qu’il y a des États de dimensions géographiques réduites, le Burundi en fait partie. C’est, à mon avis, cette nuance que beaucoup ne parviennent pas encore à comprendre et la conséquence de cela est l’unilatéralisme observé dans la conduite des affaires du monde. Le Burundi a déjà compris cela et fait valoir le statut que lui confère le fait d’être membre à part entière de la communauté internationale en tant qu’État souverain. Il n’y a donc personne, aucun État aussi puissant soit-il, ne peut et ne doit imposer aux autres la marche du monde. Certains États tentent de le faire en bafouant le droit international qui doit régir les relations entre acteurs de la scène internationale et le résultat, on le voit: le chaos partout, Syrie, Irak, Afghanistan, Libye, Yémen, terrorisme, guerres, déplacements forcés des populations, catastrophes humanitaires, etc.

Constatons que certains pays, africains surtout, se trouvent face à un dilemme: suivre la marche du monde, qui tend plus vers la multipolarité, ou garder le statu quo sous peine de se voir détruits par les puissances occidentales qui les exploitent sans scrupule et les gardent dans un état de dépendance permanent. Évidemment, toute tentative d’émancipation est punie de la peine capitale: le cas de Gbagbo, de Kadhafi, de Sankara, etc. sont plus qu’éloquents.

L’Afrique de l’Ouest et centrale, confrontées à une exploitation de la France avec le franc CFA donnent à réfléchir. Toute tentative d’émancipation monétaire de ces pays donne lieu à des représailles sans merci, car la France ne pourrait pas vivre sans les ressources que lui versent ces pays. La plupart de ces pays sont devenus incapables de défendre leur territoire national et c’est la France qui doit assurer leur protection.
La plupart de ces pays sont exposés aux attentats terroristes et à des mouvements d’humeurs pouvant balayer un régime en quelques jours: Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Mali, Niger, Cameroun, etc. La prolifération, sous forme de génération spontanée, de groupes terroristes et de groupes rebelles dans certains pays africains ne serait pas étrangère à la volonté de certaines puissances occidentales de maintenir des pays sous leur domination pour alimenter leurs économies. L’accès aux ressources stratégiques comme l’uranium (Niger et Mali) et l’or (Mali) serait à l’origine de la situation délétère qui s’observe en Afrique occidentale et centrale. Pour arriver à une telle situation, il a fallu détruire la Libye de Kadhafi et lâcher dans la nature des milliers et des milliers d’armes.

Il est donc temps pour ces pays de briser les chaînes du colonialisme, peu importe le prix à payer. Cela demandera des sacrifices et un engagement sans faille comme au temps des luttes pour l’indépendance. Le Burundi a déjà compris cela et sa lutte s’inscrit dans cette logique d’émancipation de l’exploitation occidentale pour jouir pleinement de ses ressources, de décider seul de ses choix politiques, économiques et sociaux, qui tiennent compte des besoins de la population burundais.

Il est intéressant de voir comment la société civile dans certains pays, comme le Mali, le Sénégal, commence à se rendre à l’évidence de cette nouvelle forme de colonialisme pour exiger des changements profonds. On a vu de jeunes Maliens et Sénégalais se lever pour dire non au franc CFA, pour manifester contre la présence des troupes françaises, etc. ce qui constitue un signe de ras-le-bol. Il est probable que les Maliens ont vu les images, largement partagées par les réseaux sociaux, de soldats français en train de creuser le sol pour extraire de l’or alors qu’ils sont supposés être en train de lutter contre les terroristes.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201709141033045050-bizimana-ambassadeur-burundi-situation/

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Exclusif: Crimes contre l’humanité au Burundi? L’ambassadeur démonte le rapport de l’Onu

Edouard Bizimana

La Commission d’enquête des Nations unies sur le Burundi a publié un rapport qui demande à la Cour pénale internationale (CPI) d’enquêter «sans délai» sur les «possibles crimes contre l’humanité» dans ce pays d’Afrique de l’Est. Dans un entretien exclusif accordé à Sputnik, Edouard Bizimana, ambassadeur du Burundi en Russie, réagit.

Sputnik: M. l’ambassadeur, quelle est votre réaction à la lecture du rapport de la Commission d’enquête des Nations unies sur le Burundi?

Edouard Bizimana: D’emblée, je dirais que ce n’est pas un rapport, car le document souffre de beaucoup de lacunes, tant au niveau du contenu qu’au niveau de la méthodologie utilisée. C’est un document rempli de contrevérités et de contradictions. Il est étonnant de lire des affirmations comme quoi il existe des attaques «généralisées et systématiques contre la population civile», comme pour dire que le Burundi brûlerait.

Ce n’est pas le cas actuellement, mais on comprend bien ces affirmations gratuites d’une part parce que ces «experts» n’ont pas mis les pieds sur le territoire burundais et d’autre part parce qu’ils veulent se venger contre les autorités burundaises, qui leur ont refusé l’accès au territoire. Vengeance aussi de la Cour pénale internationale et des autres puissances occidentales, qui cherchent à utiliser cette cour pour atteindre leurs objectifs. En effet, le Burundi reste le seul pays qui a confirmé son retrait du Statut de Rome et cela constitue un précédent très préjudiciable à la Cour et aux puissances occidentales qui la financent et l’utilisent.

Un document truffé de contradictions: le point 40 du rapport parle du fait que les «experts n’ont pas visité le Burundi», mais affirment qu’ils ont trouvé des détentions arbitraires. Le point 97 est contredit par le point 108: au moment où la commission semble ignorer totalement le principe de complémentarité, elle recommande aux Nations unies de fournir une assistance technique aux autorités burundaises afin de mener des enquêtes crédibles et indépendantes.

Les points 86 et 99 se contredisent: dans ces points, la commission demande aux autorités burundaises d’enquêter sur les violations des droits de l’homme et au même moment, elle demande à la Cour pénale internationale d’ouvrir une enquête dans les plus brefs délais sur les crimes commis au Burundi.

La commission affirme avoir recueilli des informations sur des attaques ciblées des groupes armés contre des postes de police et de l’armée (point 28) et sur des attaques d’envergures en juillet 2015 et décembre 2015, mais la commission n’a pas été en mesure de recueillir des informations sur des attaques contre les civils par les groupes organisés et se justifie en évoquant le fait qu’elle n’a pas été autorisée à se rendre au Burundi: il faut dire que de tels arguments prouvent à suffisance que la commission n’est pas auteur du «rapport». Elle est là pour condamner une partie et blanchir l’autre et ça, ne devrait pas être la mission d’une commission. Les groupes qui ont attaqué le Burundi n’étaient pas sans armes et ont fait des victimes. Les grenades lancées dans les bars, dans les marchés, dans les lieux publics, des personnes brûlées vives sont l’œuvre de ces groupes. Comment alors la commission a-t-elle pu avoir des informations sur une partie sans se rendre sur le terrain et ne pas en avoir sur l’autre partie?

Au moment où la commission affirme que «dans certains cas, des agents de police auraient agi à la suite d’actes de violence de manifestants ayant entraîné la mort de policiers et de membres du parti au pouvoir» (point 29), elle ne trouve pas opportun de documenter ces crimes (que la commission qualifie d’actes de violence) et se contente seulement de condamner les forces de l’ordre et de sécurité, qui apparemment n’ont même pas le droit de se défendre quand elles sont attaquées.

Les points 31 et 36 démontrent bien le côté penchant et la volonté de la commission de diviser les Burundais: au point 31, la commission attribue avec certitude l’assassinat d‘un officier supérieur aux services de l’État pour semer la division au sein des forces de défense, mais quand il s’agit des crimes qui ont visé les membres du gouvernement ou des personnes supposées être «proches du pouvoir», la commission reste dubitative (point 36).

Enfin, le «rapport» souffre d’une globalisation qui cache mal une volonté de la commission de nuire au peuple burundais (point 44). La commission parle toujours dans la globalité quand elle parle des imbonerakure, des membres du service de renseignement, de magistrats et des policiers. Elle ne parvient pas à coller des noms sur des actes alors que l’on sait que plusieurs policiers responsables d’actes répréhensibles par la loi ont été emprisonnés et même radiés de la police.

Bref, le rapport n’a aucune crédibilité et semble avoir été rédigé par l’opposition et non par des experts. La commission s’efforce de couvrir les crimes commis par l’opposition et les groupes armés tout en condamnant d’avance le gouvernement burundais et ses services, ce qui justifie son appel lancé à la CPI d’ouvrir une enquête sur le Burundi.

Sputnik: Que compte entreprendre le gouvernement de votre pays pour répondre aux accusations émises par les rapporteurs onusiens?

Edouard Bizimana: L’opinion et les Nations unies doivent savoir que la protection des droits de l’homme reste une priorité du gouvernement du Burundi. C’est pour cela que les personnes qui se sont rendues coupables d’une quelconque violation de ces droits ont été traduites devant la justice. J’ai évoqué des cas d’agents des forces de défense et de sécurité et d’autres citoyens qui sont aux mains de la justice.

Le gouvernement du Burundi reste disposé à œuvrer dans le sens de protéger davantage les droits de l’homme, de collaborer avec les Nations unies et ses agences, mais dans le strict respect de la loi et de la souveraineté du Burundi. Le Burundi n’est pas un État voyou, mais un État respectueux des droits de l’homme et du droit international. Dans ce sens, il a des droits et des obligations en tant qu’État souverain et son engagement dans la lutte contre le terrorisme s’inscrit dans cette perspective.

En termes de collaboration, le procureur Fatou Bensouda a demandé au gouvernement burundais des informations dans le cadre de l’examen préliminaire ouvert par la CPI. Le gouvernement burundais lui a transmis, le 1er juin 2017, toutes les informations demandées. Et comme l’a clairement exprimé le procureur général de la République du Burundi, l’ouverture d’une enquête sur le Burundi dans les conditions actuelles par la CPI violerait le principe de la complémentarité, un principe fondateur du Statut de Rome. Le Gouvernement du Burundi a manifesté sa volonté de documenter les crimes commis, de poursuivre leurs auteurs et de les juger.

Le 31 août 2017, l’assemblée nationale a adopté à l’unanimité la résolution portant création d’une commission spéciale de vérification du contenu du rapport de la commission d’enquête sur le Burundi mis en place par le conseil des Droits de l’homme des Nations unies. Tous ces efforts montrent bien que les institutions burundaises prennent la question des droits de l’homme très au sérieux et sont prêtes à collaborer avec les Nations unies, mais dans le strict respect de la souveraineté nationale, c’est-à-dire, sans pression, sans menace et sans intimidation de qui que ce soit. Toute action qui serait entreprise sans concertation n’aura pas d’effet, car le peuple burundais n’est pas prêt à renoncer à sa dignité et à sa souveraineté.

Sputnik: Le Burundi ne reconnaît de facto plus, depuis l’annonce faite en octobre 2016 sur le retrait de la CPI, l’autorité de cette instance. De ce fait, que peut entreprendre cet organisme à l’encontre du Burundi? Et quelles seraient les mesures de rétorsion éventuelles de votre part?

Edouard Bizimana: Le Burundi n’est plus membre de la CPI depuis octobre 2016 et toute action que la Cour engagera contre le Burundi en dehors des règles qui régissent le droit international sera sans effet.

Sous pression de certaines puissances occidentales, qui financent la Cour et qui veulent provoquer le chaos au Burundi et dans la région, comme cela a été le cas en Libye, la CPI peut se lancer dans une aventure contre le Burundi. Mais cette aventure aura des conséquences fâcheuses sur ce qui reste de sa crédibilité. Le Burundi étant le seul pays qui a confirmé son retrait du Statut de Rome, la Cour pourrait se sentir humiliée par cette décision et pourrait être poussée à se venger contre les autorités burundaises en ouvrant une enquête contre le Burundi.

La Cour pourrait aussi, en complicité avec certains leaders de la société burundaise, ceux-là mêmes qui ont poussé les gens dans la rue dans des manifestations violentes, ainsi que certains membres de l’opposition, fabriquer des rapports farfelus contre le Burundi. Mais tout cela ne ferait que décrédibiliser la Cour.

Je ne parlerais pas de mesure de rétorsion, car le Burundi ne cherche de confrontation avec personne. Le Burundi défendra sa souveraineté et sa dignité dans le strict respect du droit international et de ses engagements internationaux.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201709131033024529-burundi-crimes-contre-humanite-onu-rapport/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Le monde arabe se convertit à la multipolarité

Damas

Alors que la Syrie est en passe d’éradiquer la menace terroriste qui menaçait le pouvoir légal et l’intégrité territoriale du pays depuis plusieurs années, des changements évidents s’opèrent dans la région.

Les succès des alliés de la Syrie, notamment de la Russie, replacent celle-ci au centre du jeu moyen-oriental, au plus grand bénéfice de la multipolarité.

L’armée gouvernementale syrienne, appuyée par la Russie, poursuit à rythme élevé son offensive contre la secte Daech, toujours plus à l’est du territoire national, avec l’objectif clairement annoncé: libérer complètement la ville de Deir ez-Zor et la province éponyme. Conséquence de ces offensives: la Syrie retrouve progressivement la paix et la stabilité. Le travail n’est pas encore terminé, comme l’a récemment rappelé le président al-Assad, s’exprimant devant les cadres diplomatiques syriens. Même vaincu, le terrorisme compte poursuivre ses actes à travers des cellules dormantes. C’est un défi global auquel il faut être prêt et prendre les mesures nécessaires, en coordination avec les pays alliés. Une chose est néanmoins certaine: la Syrie n’est pas tombée et ne tombera pas. C’est le résultat direct de la résistance du peuple syrien aussi bien face au terrorisme qu’au néocolonialisme qui voulait abattre la souveraineté de cette ancienne nation.

Les alliés de la Syrie ont évidemment joué aussi un rôle de premier plan dans cette reconquête du territoire national face au terrorisme international. Ces alliés sont connus: Russie, Iran, Hezbollah libanais. Chose surprenante et passée sous silence par les médias mainstream: c’est seulement en deux ans d’intervention de la Russie en Syrie, à la demande du gouvernement syrien, que Daech a commencé à très sérieusement reculer, au point d’être aujourd’hui tout simplement acculé de tous côtés.

Alors comment se fait-il que durant la campagne de la large «coalition» US, qui agit depuis 2014 sans le consentement du gouvernement syrien, Daech n’ait fait qu’avancer et jamais reculer? Comment se fait-il qu’en ayant un nombre de matériels (notamment d’avions de combat) beaucoup plus important que la Russie, que la prétendue coalition ait réalisé plusieurs fois moins de frappes contre les terroristes de Daech que les forces aérospatiales russes?

Les médias occidentaux et consorts se gardent bien de poser ces questions embarrassantes, encore moins d’y répondre. Chacun a déjà ou se fera sa propre opinion. D’ailleurs, leur relatif silence en ce qui concerne les tout derniers succès de l’armée syrienne et de ses alliés face à Daech sont eux aussi fort révélateurs. Observez simplement le fil d’actualité sur la Syrie sur Google pour vous en convaincre, même si certains médias centraux préfèrent avouer malgré eux la vérité, au risque de se ridiculiser.

En tout cas, cette réalité pousse déjà plusieurs pays de la région à réévaluer leur positionnement en matière de politique internationale. Ainsi, la Russie, «isolée» selon les termes pas si lointains de l’administration Obama, accueille pratiquement toutes les semaines des représentants d’un grand nombre de pays venant chercher le soutien, ou du moins le renforcement de ses relations avec Moscou.

Après le maréchal libyen Khalifa Haftar, venu chercher le soutien militaire de la Russie, les représentants d’autres pays arabes, y compris «traditionnellement» plus proches de l’Occident, s’activent pour se rapprocher de Moscou, notamment dans le domaine de la Défense. À ce titre, le Qatar projette d’acheter des technologies russes de systèmes de DCA, les Émirats arabes unis mènent des négociations en vue d’acquérir sous peu plusieurs dizaines de chasseurs russes Su-35 dernier cri. Enfin, le ministre libanais de la Défense, en visite récente à Moscou, n’a pas mâché ses mots en affirmant que «le Liban compte sur l’aide de la Russie dans la lutte antiterroriste».

Quant aux partenaires traditionnels de la Russie, comme l’Algérie, dont le partenariat date de plusieurs dizaines d’années, le niveau des relations est non seulement maintenu, mais prend de plus en plus d’ampleur. Les relations russo-égyptiennes s’intensifient également dans différents domaines. Quant au Maroc, qui diversifie actuellement largement ses relations extérieures, il ne cache pas que la Russie figure parmi ses principales priorités. Le gouvernement palestinien, quant à lui, souhaite une participation beaucoup plus importante de la Russie dans la résolution du conflit israélo-palestinien, aux dépens du «rôle» étasunien.

On voit que la campagne militaire russe en Syrie a confirmé plusieurs choses. La Russie en ce XXIe siècle n’a absolument plus rien à avoir avec celle ayant succédé dans la dizaine d’années de la chute de l’URSS. Absolument rien.

L’armement et les spécialistes russes ont démontré toute leur efficacité, y compris dans des conditions extrêmes, ce que mettaient en doute depuis tellement d’années les «experts» occidentaux autoproclamés.

Mais la Russie a aussi prouvé que lorsqu’elle combat le terrorisme, elle le fait sans arrière-pensée, à l’inverse de certains pays qui prétendent combattre ce même terrorisme tout en le promouvant de par leurs interventions purement néocoloniales et en l’utilisant lorsque cela arrange leurs objectifs géopolitiques et géoéconomiques.

Enfin, la Russie a confirmé une fois de plus son respect de la souveraineté des États et du droit international. Et même certains pays, qui au départ jouaient le jeu des terroristes en cherchant la chute du gouvernement légitime de Syrie, sont arrivés progressivement à la conclusion qu’il était préférable de travailler avec des partenaires qui respectaient leur souveraineté, qu’avec ceux qui les feraient chuter lorsque cela serait «nécessaire» à leurs intérêts ou à leurs appétits.

Il en est ainsi du Moyen-Orient, devenu pratiquement l’arrière-cour des USA après les interventions du début des années 2000 de l’administration Bush Jr.: la révolution non seulement arrive à grands pas, mais a déjà commencé. Une grande partie du monde arabe voit en la Russie et dans le concept multipolaire la solution à de nombreux problèmes auxquels elle fait face, qu’ils soient liés aux questions sécuritaires ou au problème d’interférence d’acteurs extrarégionaux dans les affaires intérieures. Toutes ces raisons font que le monde arabe et la Russie retrouvent un niveau de relations tout aussi important qu’à l’époque soviétique, voire le dépassant sur certains aspects.

Et si en plus du monde arabe, on garde en tête que des pays comme l’Iran ou la Turquie, acteurs de premier plan du monde musulman, se trouvent eux-aussi dans un partenariat stratégique avec la Russie, on comprend à quel point la multipolarité prend de l’ampleur.
Un concept dont le succès s’opère aux dépens de ceux qui s’obstinent à promouvoir le concept unipolaire, définitivement révolu- qu’ils le veuillent ou non.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201708301032846891-monde-arabe-multipolarite/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Pourquoi une intervention directe US au Venezuela est peu probable ?

Venezuela

Au moment où l’armée de la République arabe syrienne poursuit ses succès, toujours plus à l’Est, contre les terroristes de Daech, annonçant une victoire imminente dans cette guerre imposée à la Syrie non seulement par le terrorisme international mais aussi par la politique néocoloniale d’un certain nombre d’Etats.

Les Etats-Unis passent aux menaces vis-à-vis d’autres pays du monde.

En effet, Donald Trump a menacé le Venezuela d’une possible intervention militaire US en vue de « défendre la démocratie » dans ce pays. Au-delà du fait que cette « belle excuse » ne passe plus car de moins en moins de personnes ne se font d’illusions sur une « démocratie » à l’occidentale imposée par les bombes dans la pure violation du droit international et de la souveraineté des Etats, les Etats-Unis, se sentant clairement menacés par l’avènement de l’ère multipolaire, commencent à menacer un peu beaucoup de pays simultanément. D’abord l’Iran, grande puissance du Moyen-Orient et alliée (surtout depuis les événements syriens) avec la Russie, puis la Corée du Nord dont le leadership ne cache pas sa détermination à utiliser des moyens fortement radicaux en cas d’attaque le visant (bien qu’il n’attaquera pas en premier), et maintenant le Venezuela. L’élite US aurait certainement aimé ajouter à cette liste la Russie et la Chine, les deux grands avant-postes de la multipolarité, mais un minimum de raison les en empêche évidemment, les Etats-Unis comprenant parfaitement ne pas être en mesure d’affronter directement ni la Russie, ni la Chine, même séparément. Si ce n’est par des sanctions, qui dans le cas russe boostent plus la Russie vers une indépendance de plus en plus grandissante vis-à-vis de l’Occident qu’autre chose.

Maintenant parlons un peu des perspectives. Le principal partenaire de la Corée du Nord est bel et bien la Chine. C’est donc principalement à elle que revient la gestion de ce dossier à l’heure des tensions grandissantes entre Washington et Pyongyang. La Russie suit évidemment de près la situation, sachant que les dites tensions ont lieu tout près des frontières est du territoire russe mais laisse assez clairement l’allié chinois traiter prioritairement ce dossier. Ce qui est d’ailleurs assez logique. Dans le cas du Venezuela, cela est différent. La République bolivarienne est un allié officiel de la Fédération de Russie, tout comme l’est la République arabe syrienne. Cela se traduit notamment par une vision similaire sur les principaux dossiers internationaux, y compris au niveau de l’ONU. Mais ce n’est pas tout. Au-delà de l’aspect politico-idéologique et de soutien commun à la multipolarité, Moscou possède avec Caracas plusieurs intérêts: coopération dans le domaine militaro-technique, pétrolier (Rosneft notamment), dans le domaine des infrastructures et du transport, ainsi qu’agricole (la Russie fournit d’ailleurs actuellement d’importantes quantités de blé à ce pays). Plus généralement, il est admis que le Venezuela fait partie des principaux partenaires de la Russie en Amérique latine.

Par ailleurs, récemment le président russe a transmis son soutien au leader vénézuélien faisant face à une large pression occidentale couplée à une opposition largement libérale et pro-occidentale. Tout cela pour dire que la Russie surveille de près la situation dans cet Etat, dans le viseur de Washington depuis de longues années. Dans le viseur pour plusieurs raisons: premières réserves mondiales de pétrole, fer de lance d’une intégration latino-américaine ouvertement hostile à la politique US dans la région et dans le monde depuis Hugo Chavez, alliance avec la Russie — rival reconnu des USA. Parallèlement, la CIA tout comme le Département d’Etat US n’ont pas cessé de considérer toute l’Amérique latine comme l’arrière-cour étasunienne. C’est une raison supplémentaire de l’hystérie américaine en vue de se débarrasser de tous les leaders latino-américains, aussi progressistes soient-ils, pour avoir des représentants radicaux mais dociles aux intérêts de Washington, à la sauce Batista ou Pinochet.

Maintenant pourquoi une intervention directe des Etats-Unis au Venezuela est peu probable. Un compatriote et collègue russe d’Algérie, ancien militaire, m’avait dit il y a quelques jours la chose suivante: une agression ouverte américaine contre le Venezuela serait le meilleur cadeau que Washington pourrait faire à toute la résistance latino-américaine. Et je dois avouer que je rejoins cette position. Pourquoi? Pour plusieurs raisons. Connaissant les sentiments profondément anti-américains d’une large coalition de leaders de cette région du monde, sans oublier des populations concernées, une telle intervention risque d’exacerber ces sentiments à un tel niveau que les conséquences se feront sentir jusque dans les territoires étasuniens. C’est la première chose. D’autre part, si l’Amérique latine s’est déjà habituée aux déstabilisations étasuniennes via la CIA en coordination avec la cinquième colonne locale, cela n’a rien à avoir avec une intervention armée d’agression directe qui créera immédiatement une très large solidarité régionale face à une telle agression. Sachant d’ailleurs qu’une telle agression pourrait créer une résistance peut-être plus radicale encore au néocolonialisme US que c’est actuellement le cas au Moyen-Orient.

D’autant plus que le Venezuela est loin d’être seul dans sa politique d’opposition à Washington dans cette région, avec là aussi des conséquences pouvant être dramatiques aussi bien pour les intérêts américains (y compris même dans les pays où les élites restent encore pro-US) mais également pour les citoyens étasuniens. Enfin, et au-delà de l’alliance régionale évidente, le Venezuela peut compter sur un soutien diplomatique de son allié russe et très probablement chinois au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU. Last but not least, les technologies russes d’armement présents au Venezuela et l’expérience acquise en coordination avec les conseillers russes, y compris en tenant compte de l’expérience syrienne, font que les Etats-Unis non seulement devront mais vont réfléchir trois fois avant de s’engager dans une nouvelle aventure guerrière.

Le monde n’est plus même. Et ne sera plus jamais comme avant. En raison de cela, plusieurs forces à l’intérieur des USA seraient prêts à plonger l’humanité entière dans une guerre totalement destructive car comprenant que leur hégémonie sur le monde est arrivée à sa fin. Parallèlement, ils comprennent aussi qu’une telle guerre sera dévastatrice pour eux-mêmes et leurs intérêts. Quant à Trump, il aura montré qu’il ne diffère pratiquement en rien des autres présidents US. Le temps des illusions (de certains) est définitivement clos. Pour reprendre les paroles du ministre de la Défense du Venezuela: « Toute l’élite US est extrémiste ».

Soyons francs une fois encore, l’élite étasunienne n’acceptera pas officiellement l’ère nouvelle sous peu. C’est la raison pour laquelle le temps est probablement venu pour non seulement être aux aguets mais passer pleinement à l’offensive. D’autant plus que dans la vision des partisans de la multipolarité, ces offensives peuvent être très variées.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201708141032637549-venezuela-intervention-us/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Un contingent eurasien en Syrie?

Damas

Dans le monde multipolaire qui se dessine pour le XXIe siècle, l’Eurasie fera entendre sa voix. Le projet de faire intervenir des contingents kazakhs et kirghiz dans le cadre d’une mission de maintien de la paix en Syrie va dans ce sens. S’il se concrétise, ce projet prouvera que le monde se passe très bien de l’occident pour régler ses conflits.

La Russie aurait suggéré d’envoyer des contingents kazakhs et kirghizs en Syrie.

Une proposition qui s’inscrit dans le cadre de la préparation du nouveau round des pourparlers d’Astana sur la Syrie, qui devrait avoir lieu début juillet. C’est Ibrahim Kalin, porte-parole du président turc, qui a révélé cette proposition, émise lors des échanges préparatoires russo-turcs.

Les troupes kazakh et kirghiz viendraient en appui de celles que la Russie, l’Iran et la Turquie ont prévu lors du précédent round d’Astana d’envoyer dans les zones de désescalade, sous réserve d’un accord de Damas.

Pour le moment, il ne s’agit que d’une proposition qui doit être encore discutée avec toutes les parties intéressées. Si la proposition devait aboutir, ce serait effectivement une mini-révolution. Les autorités du Kirghizistan, dont le président vient de terminer une visite en Russie, ont confirmé que cette idée d’envoyer des militaires en Syrie avait été discutée lors du Conseil permanent de l’OTSC (Organisation du traité de sécurité collective, composée de la Russie, du Kazakhstan, de la Biélorussie, du Kirghizistan, de l’Arménie et du Tadjikistan). Ce pays ex-soviétique d’Asie centrale voit en effet d’un œil favorable cette possible mission du maintien de la paix.

Mettons maintenant cette proposition en perspective et dans son contexte.

Relevons tout d’abord que le Kazakhstan et le Kirghizistan font, de notoriété publique, partie des principaux alliés de la Russie. Les deux nations sont également membres de toutes les organisations dans lesquelles la Russie joue un rôle de premier plan: l’Union économique eurasiatique, l’OTSC, l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), la CEI.

D’autre part, ces deux pays turcophones d’ex-URSS ont de bonnes relations avec la Turquie, un des trois pays garants du processus d’Astana, avec la Russie et l’Iran. Avec ce dernier, les relations sont également cordiales. Enfin, et c’est tout aussi important, les deux États soutiennent l’approche multipolaire des relations internationales et le respect de la souveraineté des nations, ce qui signifie que le gouvernement syrien ne sera certainement pas opposé à voir des troupes kazakhs et kirghiz sur son territoire.

Enfin, les Kazakhs comme les Kirghizes sont majoritairement musulmans sunnites, à l’instar de la majorité de la population syrienne. Ce qui est indéniablement un facteur positif, comme le démontre l’accueil très favorable que la population locale a réservé à la police militaire russe en Syrie, composée majoritairement de Russes-Tchétchènes sunnites, et qui assure notamment la sécurité dans la ville d’Alep.

L’idée est donc excellente. Surtout qu’elle renforcera dans les faits la notion d’Eurasisme. L’Eurasie est amplement capable de résoudre les principaux conflits régionaux et internationaux sans la participation de ceux qui «pensent» toujours qu’ils sont irremplaçables… suivez mon regard.

Nous restons évidemment prudents en attendant que cette initiative se concrétise, mais si tel était le cas, elle serait sans aucun doute à saluer. Au moment où l’armée gouvernementale syrienne et ses alliés sont en train de venir à bout des terroristes sur le sol syrien, provoquant une hystérie totale des Américains et de leurs alliés, qui comprennent que le chaos en Syrie touche à sa fin et que leurs objectifs géopolitiques ne seront pas atteints, nous devons dès à présent anticiper le retour effectif à la paix et la reconstruction du pays. En ce sens, la solidarité de la famille eurasienne est plus qu’une nécessité.

Que les atlantistes notent bien que nous sommes en 2017, pas en 1992, et qu’il est possible de régler les principales questions internationales sans la participation des élites atlantistes.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201706231031959072-conflits-kazakhs-kirghizs-syrie/

Mikhail Gamandiy-Egorov

L’Afrique tourne le dos à la CPI

La Cour pénale internationale

Fait marquant du sommet de l’Union africaine : le retrait de la plupart de ses membres de la Cour Pénale Internationale. Un geste qui marque la volonté d’indépendance de ces pays vis-à-vis de l’Occident et celle de peser dans les affaires du monde multipolaire.

Le récent sommet de l’Union africaine qui s’est déroulé dans la capitale éthiopienne Addis-Abeba a confirmé une fois de plus les clivages qui existent au sein du continent africain, mais aussi que l’Afrique ne sera pas absente des processus du monde multipolaire.

En effet, l’organisation panafricaine a adopté une stratégie de retrait collectif de la Cour pénale internationale (CPI). Pourtant et sans surprise, certains pays n’ont pas manqué de se faire les « avocats » de ladite structure, notamment le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou encore le Nigeria. Des pays dont les leaders actuels sont connus pour avoir des liens très proches avec les élites occidentales. Néanmoins, et malgré leur opposition au processus engagé, l’Afrique semble effectivement décidée à quitter massivement la CPI.

Pour rappel, le Burundi avait montré l’exemple en lançant le processus, pour être presque immédiatement suivi par l’Afrique du Sud, puis par la Gambie. Plus que cela, la République sud-africaine semble avoir pris le leadership au niveau continental dans ce mouvement d’opposition face à une structure dite de justice internationale n’ayant pas rempli le rôle qui lui avait été confié. Et au regard d’un processus désormais engagé au niveau de l’UA, les pressions occidentales n’y feront rien, mis à part les quelques exceptions citées.

Pourquoi ce retrait massif africain de la CPI est-il si important? Tout d’abord, car pour beaucoup de nations africaines, la cour est une structure défendant des intérêts néocolonialistes et même racistes. Sa caractéristique est de s’attaquer aux leaders africains qui se sont opposés aux manœuvres occidentales dans leurs pays et régions, tout en épargnant gracieusement ceux travaillant en étroite « collaboration » avec les élites de l’Occident. Cette hypocrisie est devenue aujourd’hui presque impossible à cacher, d’où la « révolte » africaine. L’autre raison avancée par les dirigeants de plusieurs pays africains est que plusieurs grandes puissances mondiales ne reconnaissent pas la compétence de la CPI: États-Unis, Chine, Inde, et plus récemment la Russie, qui s’est aussi retiré en intégralité de cette structure.

Un autre argument en faveur des partisans de la sortie, c’est qu’aucun leader de pays occidental ou affilié à ceux-ci n’ait jamais été visé par une quelconque poursuite à son encontre, même en étant responsable de crimes indéniables en différents endroits du monde. Plusieurs experts et observateurs reconnaissent aussi l’accusation qui est portée en direction de la Cour pénale internationale: celle d’être un instrument de punition et de pression de l’Occident politique.

Par ailleurs, de plus en plus de voix s’élèvent actuellement en Afrique pour mettre en place une Cour pénale panafricaine. Un défi de taille, mais qui pourrait effectivement être la solution à terme pour résoudre les problèmes existants au niveau continental. Enfin, il y a aussi les partisans du renforcement des justices nationales, parmi eux beaucoup d’experts africains comme étrangers, notamment Alexandre Mezyaev, un expert russe du droit international qui connaît bien l’Afrique. Leur argument: renforcer l’état du droit des juridictions concernées tout en privilégiant la souveraineté nationale.

Quoi qu’il en soit et à travers cette initiative panafricaine au niveau de l’UA, l’Afrique confirme qu’elle compte faire partie intégrante du monde multipolaire et des processus qui en découlent. Les pressions extérieures vont certainement se poursuivre, peut-être même s’accentuer, mais c’est effectivement aux États africains de décider de leur avenir, dans un cadre souverain. Si certains pays préfèrent rester dans le giron occidental, il faut leur reconnaître ce droit. Mais ceux qui ont décidé de s’en affranchir et de former les alliances qu’ils jugeront nécessaires ont eux aussi ce droit que personne ne peut leur nier. Et c’est dans ce cadre qu’il faut voir la suite des événements. Une suite logique: beaucoup d’autres pays africains vont vraisemblablement quitter la CPI, d’autres vont y rester pour encore quelque temps. Le futur montrera qui avait raison.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201702071029980303-afrique-cour-penale-internationale/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Côte d’Ivoire: «Le boycott, ça suffit, combattons aussi Ouattara et la CPI dans les urnes»

Toussaint Alain

Entretien avec Toussaint Alain, ex-conseiller et ancien porte-parole du président ivoirien Laurent Gbagbo pour l’Union européenne entre 2001 et 2011. Il évoque les prochaines législatives où l’opposition se présente pour la première fois depuis 2011, le retrait des pays africains de la CPI et le procès de Laurent Gbagbo.

Sputnik: Des élections législatives sont prévues le 18 décembre en Côte d’Ivoire. Pourquoi l’opposition a-t-elle décidé d’y participer?

Toussaint Alain: Je salue la décision des responsables du Front populaire ivoirien (FPI), de Liberté et Démocratie pour la République (LIDER), d’autres partis et des centaines d’indépendants d’y aller. Les élections revêtent toujours une importante signification: elles sont l’expression démocratique des attentes qu’a le peuple envers les élites politiques et du verdict populaire sur les gouvernements et les gouvernants.

Les élections se sont enracinées dans la logique politique de la Côte d’Ivoire au cours des vingt-cinq dernières années. Seulement, dès avril 2011, Alassane Ouattara avait tout mis en œuvre pour marginaliser les partisans du président Laurent Gbagbo afin de les contraindre psychologiquement à ne pas participer à la vie sociale, économique et politique de la nation: gel des comptes bancaires, arrestations arbitraires, détentions illégales, chantage à l’emploi public avec le licenciement de centaines de fonctionnaires et agents de l’État, etc.

Ces procédés d’intimidation et ces menaces ont eu pour conséquence de braquer certains opposants, les obligeant au boycott de plusieurs rendez-vous électoraux entre 2011 et 2015. Cette orchestration de la terreur s’est atténuée au fil du temps. La présidentielle d’octobre 2015 a été un premier tournant, marquant le retour de l’opposition dans l’arène politique nationale. En octobre 2016, la forte mobilisation contre le référendum a apporté la preuve que celle-ci pouvait se rassembler autour de l’essentiel afin de se poser en alternative crédible à un régime qui a échoué à trouver des solutions aux problèmes des Ivoiriens.

C’est notre responsabilité de ne pas tourner le dos à nos concitoyens. Comme en 2011, je rejette donc toute idée de boycotter des élections. Nous devons aussi combattre Alassane Ouattara dans les urnes. Cinq années de boycott électoral ont été improductives, stériles. La politique de la chaise vide n’a rien apporté. Le régime actuel a fait voter une Constitution sans concertation. La dynamique de pression née lors de la séquence référendaire va se poursuivre au cœur des institutions de la République, à l’Assemblée nationale, par exemple.

Sputnik: Justement, quelles sont les chances de l’opposition démocratique d’être représentée dans le futur Parlement?

Toussaint Alain: Ces législatives restent ouvertes. L’heure du bilan a sonné pour Ouattara qui doit être sévèrement sanctionné. C’est l’occasion pour les électeurs d’exprimer clairement leur refus de la politique actuelle. Le gouvernement est affaibli par son piètre bilan économique et social, avec un fort chômage qui frappe des millions de jeunes. Outre la forte baisse du pouvoir d’achat des ménages, l’insécurité est devenue endémique avec la violence d’adolescents endoctrinés, sans oublier le niveau de corruption trop élevé. Des menaces sérieuses pèsent sur le régime de retraite des fonctionnaires, la liberté syndicale est menacée, les instituteurs sont régulièrement en grève, l’Université est paralysée, etc.

À ce tableau peu reluisant s’ajoutent les tensions internes à la coalition au pouvoir, avec les limogeages de deux ministres alliés et les déchirures nées des investitures aux législatives. Des centaines de candidats indépendants sont issus de ses rangs. D’autre part, le retour d’une opposition significative dans le jeu électoral complique singulièrement les pronostics de M. Ouattara qui rêvait sans doute d’un parlement à sa main, à l’image de l’Assemblée sortante, une simple chambre d’enregistrement.

Enfin, certains de nos amis motivent leur appel au boycott par la non-transparence de la Commission électorale indépendante (CEI). Je les comprends. Mais les législatives sont des scrutins locaux. Les candidats exerceront eux-mêmes un contrôle renforcé en amont et en aval, en particulier durant le vote et lors du dépouillement afin de limiter toute velléité de fraude, notamment les bourrages d’urnes. Chaque candidat doit faire la police afin de préserver ses intérêts et les suffrages portés sur son nom.

La donne peut donc changer. L’autre enjeu est aussi stratégique: l’entrée de l’opposition au Parlement permettrait à celle-ci de contrôler l’action du gouvernement. La Troisième République est née d’un fourre-tout constitutionnel qui concentre trop de pouvoirs entre les mains d’Alassane Ouattara. Les débats auxquels Ouattara espérait se soustraire auront bien lieu.

Sputnik: À Abidjan, la capitale économique ivoirienne, se poursuit le procès de l’ex-première dame Simone Gbagbo. Comment se déroule-t-il? Comment va Mme Gbagbo?

Toussaint Alain: Le procès aux assises de Simone Gbagbo s’éternise. À plusieurs reprises, ses avocats ont suspendu leur participation parce que la Cour refuse de faire témoigner des personnalités qu’ils souhaitent faire entendre. La défense réclame notamment la comparution de certaines hautes personnalités aujourd’hui dans l’appareil d’État. Il s’agit de Guillaume Soro, l’actuel président de l’Assemblée nationale et ancien chef de la rébellion, de Jeannot Kouadio Ahoussou, ministre d’État auprès de M. Ouattara, de Charles Koffi Diby, président du Conseil économique et social, du directeur général de la police nationale Brindou M’Bia et de l’ex-chef de l’armée, le général Philippe Mangou, actuel ambassadeur au Gabon.

Devant l’intransigeance de la défense à faire respecter son droit fondamental, le procureur a demandé au Bâtonnier de nommer des avocats commis d’office. Je suis ahuri par ces méthodes qui dénient tout droit à la défense, donc à l’accusée. La Cour va certainement poursuivre le procès sans elle et sans sa défense. Je m’interroge sur les réelles motivations de la justice lorsqu’elle agit de la sorte dans une affaire aussi grave. Dans un État de droit digne de ce nom, les audiences judiciaires doivent être empreintes de sérénité et d’équité, gage de la vérité. Depuis l’ouverture du procès fin mai, aucune des accusations portées contre Simone Gbagbo n’a été étayée par des preuves tangibles. C’est un dossier politique, un procès bâclé, avec à la clé, un verdict connu d’avance. Malgré ces obstructions évidentes, Simone Gbagbo, qui est assignée à résidence, demeure digne et confiante. Elle ne mérite vraiment pas de subir un tel traitement.

Sputnik: Le procès du président Laurent Gbagbo et de son ministre de la Jeunesse Charles Blé Goudé se déroule actuellement à la Cour pénale internationale (CPI), à La Haye (Pays-Bas). Plusieurs pays africains quittent la CPI, d’autres se préparent à en faire autant. On se souvient d’ailleurs de votre appel lancé lors notre entretien de septembre 2015 invitant les pays africains à quitter la CPI. C’est désormais le cas et le processus ne fait que commencer. Quel est l’avenir des pays africains au sein de cette institution dite internationale?

Toussaint Alain: Nul ne milite pour l’impunité. Mais la CPI n’est pas une cour de justice, c’est un tribunal politique dont la vocation est de déstabiliser les États africains. Depuis sa création, la liste des personnalités visées par les différentes procédures confirme bien l’acharnement de cette juridiction contre les dirigeants du continent. Autrement, elle aurait déjà entamé des poursuites contre Georges Bush, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy ou encore David Cameron pour les interventions de l’OTAN en Afghanistan, en Irak ou en Libye.

À quoi répond ce double standard, ce deux poids, deux mesures? La CPI est un outil créé par les pays occidentaux, la France en tête, pour dominer l’Afrique. Naturellement, je me réjouis que le Kenya, le Burundi, la Gambie, l’Afrique du Sud et l’Angola aient pris leurs responsabilités. Ce processus doit s’amplifier, car, au total, 34 pays africains ont ratifié le traité fondateur de la CPI.

Malheureusement, nos gouvernants restent divisés. Un consensus me semble indispensable pour se retirer de cette institution dont la crédibilité est largement minée.

Et l’inventaire des « affaires africaines » actuellement instruites par cette Cour néocolonialiste suffit à en relever l’urgence. La CPI aurait pu profiter du procès de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé pour se laver des soupçons de n’être qu’un tribunal pour les vaincus et d’être instrumentalisée par les Occidentaux, qui choisissent leurs ennemis. Elle préfère réécrire l’histoire récente de la Côte d’Ivoire. Or, tout le monde sait la vérité, sauf la procureure de la CPI qui ne poursuit qu’un seul camp. Depuis septembre 2002, il est de notoriété publique que la rébellion de Guillaume Soro, parrainée par M. Ouattara et la France, s’est rendue coupable des pires crimes contre l’humanité. Étrangement, aucun des combattants rebelles n’est présent dans le box des accusés. C’est une justice bancale.

Sputnik: Après que le Burundi, l’Afrique du Sud et la Gambie ont officiellement lancé la procédure de retrait de la CPI, l’occupant actuel du palais présidentiel à Abidjan, le pro-occidental Alassane Ouattara, en visite à Paris, a appelé les autres pays africains à rester au sein de cette organisation. Pensez-vous que les « anciennes » colonies françaises d’Afrique seront en effet plus enclines à rester membres de la CPI, à la différence des autres nations africaines?

Toussaint Alain: Le problème de l’Afrique francophone, c’est la France qui y maintient sa domination dans les domaines économiques, politiques, culturels, militaires et judiciaires. Comme je l’avais expliqué à l’un des membres de la commission des Affaires étrangères de la Douma (le Parlement russe) lors d’une précédente visite à Moscou, les ex-colonies françaises doivent se libérer. Il est anormal que nos gouvernants soient soumis au diktat de l’ancienne métropole, qui exerce des pressions intolérables sur eux.

La France a joué un rôle important dans la création de la CPI en 1998 puis elle a ratifié le Statut en juin 2000. Paris est même le troisième contributeur au budget annuel de la Cour (environ 112 millions d’euros). Autant dire que cette institution revêt un caractère stratégique pour la France. Je me souviens qu’en 2003, en pleines négociations avec la rébellion ivoirienne que le gouvernement français finançait, assistait diplomatiquement et militairement, Jacques Chirac agitait déjà le chiffon rouge de la CPI en menaçant de traduire « Gbagbo l’insoumis » devant la justice internationale.

Les présidents passent, mais les méthodes de la France demeurent. Ce qui explique la prudence des dirigeants africains francophones à se joindre à leurs homologues anglophones, entrés en dissidence avec la CPI. Le déclic viendra forcément un jour, car aussi longtemps que la CPI concentrera ses enquêtes uniquement sur les seuls leaders du continent, les Africains du sud, du nord, de l’est ou de l’ouest ne se sentiront pas concernés par cette justice prétendument universelle. Nos États devraient œuvrer à rendre opérationnelle la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, une idée lancée en 1998 par l’Union africaine (UA). Au moins, ce tribunal continental serait bien fondé à se mêler de nos affaires.

Sputnik: Dans nos précédents entretiens, nous avons beaucoup parlé de la réconciliation, qui ne serait possible que si Laurent Gbagbo était libéré. Quelle est la situation qui prévaut aujourd’hui en Côte d’Ivoire? Comment voyez-vous l’avenir de votre pays?

Toussaint Alain: La rébellion et la guerre civile ont fracturé et délité notre société. Parvenu aux affaires après un conflit armé, Alassane Ouattara a abandonné le chantier de la réconciliation nationale, qui est au point mort. Il s’est enfermé dans un sectarisme primaire. Cette politique clanique est dangereuse, car elle sape les fondements de la Nation.

Jamais en Côte d’Ivoire ni l’ethnie ni la religion, voire l’appartenance à un parti politique, n’ont été des critères déterminants pour accéder à un emploi public ou une promotion sociale. Aujourd’hui, c’est le règne du clientélisme politico-ethnique sur fond de népotisme. L’heure devrait pourtant être au rassemblement et à la défense de l’intérêt général, fruit d’une réelle volonté politique.

Par ailleurs, il y a encore des civils et des militaires, proches ou sympathisants de Gbagbo, en exil quand ils ne croupissent pas dans les geôles du régime. Environ 228 personnes sont portées disparues tandis que 241 prisonniers restent incarcérés dans des conditions inhumaines, subissant régulièrement des tortures. Sept compatriotes sont aussi emprisonnés au Liberia voisin depuis mars 2012. La justice tarde à se prononcer sur le sort de ces personnes détenues en toute illégalité.

D’autre part, l’équité voudrait que les responsables des violences postélectorales de 2011 du camp Ouattara soient poursuivies par la justice ivoirienne. Ce n’est malheureusement pas le cas. Exactement comme à la CPI. Le règlement politique de la question des prisonniers de la crise postélectorale est une des clés de la réconciliation en Côte d’Ivoire. Tout comme la réhabilitation du président Gbagbo, dont la libération est vivement espérée. Par son engagement politique et syndical, Laurent Gbagbo est devenu, au fil des décennies, le dénominateur commun d’une écrasante majorité d’Ivoiriens. Opposant, il a été de toutes les luttes politiques pour l’avènement du multipartisme et sociales pour une société plus égalitaire.

Au pouvoir en 2000, il a entamé une refondation contrariée dès 2002 par la rébellion. Un tel homme ne peut être voué aux poubelles de l’Histoire. Libre, il sera le véritable moteur de la paix en Côte d’Ivoire, un pays dont l’avenir se conjuguera avec démocratie et État de droit. C’est le sens du combat que nous menons. Certes, le chemin est long et parsemé d’embûches, mais nous y parviendrons.

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