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Amérique latine: les USA face aux difficultés

20.05.2022

Malgré le maintien de la politique washingtonienne d’arrière-cour à l’encontre des nations latino-américaines, les processus régionaux et internationaux ne font chaque jour que réduire un peu plus l’influence étasunienne sur les pays en question.

L’heure n’est vraisemblablement pas rose pour Washington en Amérique latine. The New York Times affirme d’ailleurs que le prochain Sommet des Amériques prévu à Los Angeles le mois prochain pourra être sérieusement affecté par plusieurs boycotts de leaders latino-américains.

Parmi les grands noms de ce boycott figurent ceux de Andres Manuel Lopez Obrador – président mexicain ou encore de Jair Bolsonaro, président du Brésil. En ce qui concerne le leader du Mexique – il avait en effet déclaré qu’il ne participerait pas au prochain Sommet des Amériques si les USA excluaient d’autres pays, parmi lesquels Cuba, le Nicaragua et le Venezuela.

Le président mexicain est même allé plus loin en affirmant dans un entretien à l’agence de presse Prensa Latina que les actions des Etats-Unis à l’encontre de Cuba constituent un génocide. A noter que le Mexique au-delà d’être un des voisins immédiats des USA – est également l’actuelle 13ème puissance économique mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat. Avec en perspectives la possibilité d’intégrer le Top 10, tandis que des pays occidentaux comme la France et le Royaume-Uni vont vraisemblablement quitter ce même Top 10 sur le court-moyen terme.

En ce qui concerne le Brésil – principal puissance latino-américaine et l’actuelle 9ème puissance économique mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat, si le président Bolsonaro était longtemps considéré comme un sympathisant à Washington, ses relations avec Joe Biden sont aujourd’hui loin d’être au beau fixe. Y compris sur la question du refus du Brésil à se joindre aux sanctions occidentales contre la Russie.

Mais au-delà de l’aspect qui concerne purement le sommet en question, de manière générale les processus pro-multipolaires semblent effectivement prendre la voie d’un éloignement de plus en plus évident de l’Amérique latine vis-à-vis de Washington, comme Observateur Continental l’avait prédit précédemment.

Effectivement, si l’axe bolivarien souverainiste et progressiste est non seulement toujours vivant avec Cuba, le Nicaragua, le Venezuela et la Bolivie, la gauche progressiste continue d’attirer d’autres pays. L’élection au Pérou de Pedro Castillo avait déjà marqué les esprits, en Colombie – l’un des principaux alliés de Washington en Amérique latine de plus en plus de doutes persistent quant aux choix stratégiques d’avenir, mais surtout la présidentielle brésilienne d’octobre prochain inquiète vivement l’establishment étasunien.

En effet, le retour fort possible au pouvoir de Luiz Inacio Lula da Silva, représentera un énorme défi pour la politique US dans toute l’Amérique latine. Rappelons à cet effet que Lula n’a jamais eu de relations cordiales avec Washington, récemment avait dénoncé la responsabilité des Etats-Unis et de l’UE dans la crise ukrainienne, le tout sans oublier d’être un ferme partisan du bloc des BRICS, dont le Brésil fait partie avec la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud.

Fait important: Lula fait pour le moment figure de favori du scrutin présidentiel brésilien. Son élection éventuelle à la tête du Brésil créera de nouveaux problèmes pour Washington, sachant d’autant plus qu’il partage une amitié forte et ancienne avec tous les principaux leaders progressistes latino-américaines – largement hostiles aux USA par la même occasion. Et si la principale puissance latino-américaine adoptera une position ferme dans cet axe souverainiste, progressiste et résolument pro-multipolaire – il est évident que l’influence washingtonienne et occidentale en prendra un sérieux coup supplémentaire. Oui, réalité multipolaire post-occidentale oblige.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=3878

Tchad: la population se mobilise contre la Françafrique

16.05.2022

Comme prévu, les processus de rejet de la politique occidentale se renforcent dans les pays du continent africain. Y compris dans les Etats sur lesquels l’establishment occidental continue de miser.

L’Elysée et le Quai d’Orsay se rendent à l’évidence que la dynamique engagée à de nombreux endroits de l’Afrique, qu’ils avaient espéré ralentir, ne fait au contraire que monter en intensité. La récente mobilisation au Tchad ne fait que le confirmer avec des appels de la population ouvertement hostiles contre Paris et ses intérêts.

En effet, toutes les campagnes que le système néocolonial françafricain a tenté de mener, et continue d’ailleurs, en cherchant à déstabiliser les Etats qui inspirent aujourd’hui nombre d’autres, notamment la Centrafrique et le Mali – ne semblent pas apporter les résultats escomptés.

Les tentatives de séduire une partie de la jeunesse africaine ou les informations récentes faisant part d’actions visant à soudoyer des blogueurs africains ne font au contraire qu’exacerber la volonté de résistance à ces pratiques néocoloniales occidentales de la part d’une large partie de la société civile panafricaine.

Mais ce n’est pas tout. On peut remarquer aujourd’hui de plus en plus de tentatives visant à essayer de surfer sur la vague panafricaniste, y compris sur les sentiments hostiles à la Françafrique, de la part du principal allié (ou suzerain) de Paris, à savoir Washington. Ainsi, certains influenceurs africains sont mis à contribution pour tenter à se joindre au discours souverainiste dans un cadre panafricain, en reprenant une partie des discours hostiles au régime hexagonal, mais par la même occasion en essayant de dénigrer le partenariat avec la Russie ou la Chine, tout en promouvant les intérêts étasuniens.

Fait marquant et au-delà de l’aspect propre aux anglo-saxons qui n’hésitent pas à poignarder dans le dos leurs propres prétendus alliés, le fait est que cette stratégie n’apporte pas elle aussi, à l’instar de celle de Paris, de résultats rassurants pour ses instigateurs. Washington a beau vouloir se distancer dans ce schéma des échecs hexagonaux – peu de gens en Afrique lui font confiance.

Tout cela confirme que le rejet actuel du système de la Françafrique dépasse largement le cadre des sentiments hostiles au régime hexagonal, mais s’étend beaucoup plus largement à tout l’Occident, du moins plus particulièrement à l’establishment occidental, aussi bien politique que médiatique. Et cela malgré encore de grands moyens à sa disposition – allant de médias propagandistes, francophones comme anglophones, jusqu’aux financements via les réseaux à la sauce Soros & Co.

Pour revenir au Tchad, le défi particulier pour Paris et plus généralement l’establishment atlantiste, est que ce pays fait justement partie des Etats africains sur lesquels le régime hexagonal comptait le plus, avec également la Côte d’Ivoire et le Niger, pour tenter à minimiser les pertes suite aux revers subis en RCA et au Mali.

Il faut également se rendre à l’évidence qu’en ce qui concerne le cas tchadien, l’élite occidentale fera de son maximum pour empêcher la réalisation des aspirations de la société civile du pays. Y compris avec des moyens de répression, largement disponibles de part une présence militaire hexagonale sur place.

Cependant, le processus de résistance panafricaniste et pro-multipolaire est déjà largement enclenché. Et se basant sur cela – il sera extrêmement difficile désormais pour les forces néocoloniales occidentales et leurs supplétifs locaux de pouvoir faire taire la voix de millions d’Africains qui souhaitent prendre complètement leur destin en main. Et par la même occasion rappeler, une fois de plus, que ce qui a permis la prospérité, pendant longtemps, de l’espace occidental – ce sont les ressources du monde non-occidental, et non pas le prétendu contraire.

Oui, la chute sera très dure pour l’Occident. Son extrême arrogance, ainsi que l’incapacité la plus totale à s’adapter aux règles récentes issues de la multipolarité, sans oublier les innombrables crimes et pillages commis – en sont parmi les principales raisons. Aujourd’hui, il faudra assumer.

Mikhail Gamandiy-Egorov

La richesse de l’Europe – c’est l’Afrique. Et non pas le contraire.

05.05.2022

Au moment où l’Occident et notamment l’Union européenne apprend à vivre selon de nouvelles règles dans les relations économiques les liant à la Russie, le temps est certainement venu pour que ce même Occident s’adapte également aux nouvelles règles qui vont s’imposer dans sa relation avec le continent africain.

L’arrogance propre à l’establishment occidental ne peut pas faire disparaître ses énormes besoins en ressources naturelles – aussi bien pour son industrie, que dans le cadre de la consommation quotidienne de ses citoyens. Dans le monde multipolaire post-occidental – ces ressources naturelles représenteront indéniablement la clé du nouveau système international.

Si face à la Russie, l’un des principaux adversaires de l’Occident sur l’arène internationale, ce dernier apprend, progressivement, à travailler ne serait-ce que sur le plan des échanges économico-commerciaux sur de nouvelles bases (qui ne lui plaisent évidemment pas), le temps viendra et les nostalgiques de l’unipolarité devront en faire de même avec l’Afrique et les Africains.

Il est aujourd’hui définitivement clair le pourquoi de l’hystérie au summum des élites occidentales en ce qui concerne les bouleversements observés sur le continent africain, notamment dans le cadre de l’adhésion africaine de plus en plus évidente au système de l’ère multipolaire promu activement par la Chine, la Russie et nombre d’autres pays, du rejet de la politique atlantiste occidentale, et de la large diversification des partenariats observée sur le continent.

En effet et bien que durant de longues années, l’arrogance de l’establishment occidental voulait créer une image d’une Afrique qui ne peut survivre sans l’Europe et l’Occident, la réalité actuelle démontre fermement que c’est l’Europe et l’Occident qui ne sauront se passer de l’Afrique, comme le confirme d’ailleurs la crise ayant atteint son plus haut niveau dans l’histoire contemporaine entre la Russie et l’axe atlantiste.

Le plus grand danger pour l’establishment bruxellois, et notamment hexagonal – c’est de continuer à perdre des positions en Afrique, comme cela était le cas et continue de l’être – depuis maintenant plusieurs années. Les menaces, pressions, sanctions, intimidations, déstabilisations – n’impressionnent plus les leaderships patriotes et panafricanistes, ainsi que les millions de citoyens de pays africains.

Longtemps l’Afrique était pour les Occidentaux ce que la Sibérie est pour la Russie, à la seule différence que la Sibérie appartient à la Russie, tandis que l’Occident n’a aucun droit légitime sur l’Afrique et ses ressources. On comprend d’ailleurs parfaitement pourquoi certains Etats européens, notamment l’Italie, font actuellement les mains et les pieds sur le sol des différents pays africains en vue de pouvoir faire diminuer la dépendance européiste aux ressources naturelles, notamment énergétiques, russes. Sans grand succès, mais tout le monde aura compris les objectifs.

C’est d’ailleurs l’une des raisons supplémentaires aux mobilisations africaines qui restent aux aguets et qui ne faiblissent pas face à une prédation occidentale qui retranchée et en grande difficulté – risque tout simplement de lancer de nouvelles tentatives d’agressions et de pillages des nations africaines.

Et au vu du sentiment anti-occidental (anti-establishment occidental faut bien le préciser) qui non seulement ne diminue pas, mais au contraire ne cesse de s’activer – Paris, Londres comme Washington connaissent parfaitement les énormes défis auxquels ils auront à faire face, car les anciens schémas d’interventions néocoloniales auront de plus en plus de mal à aboutir face à des populations déterminées et mobilisées.

A titre d’exemple – faudrait-il rappeler que le principal fournisseur d’uranium de l’UE n’est autre qu’un pays comme le Niger (devant la Russie et le Kazakhstan). Une ressource naturelle stratégique qui ne nécessite pas de présentation supplémentaire. Un Niger qui tout en étant un fournisseur majeur d’une matière aussi importante – n’a que 30-35% de sa population qui a accès à l’électricité. Et cela selon les chiffres les plus optimistes.

On comprend maintenant mieux pourquoi l’Elysée et le Quai d’Orsay mettent autant de pression sur le Mali voisin, pays également fort riche en ressources naturelles, mais aussi la raison du pourquoi l’establishment hexagonal et plus généralement européiste soutient autant le régime actuel du Niger – complètement soumis aux intérêts occidentaux, mais tellement impopulaire auprès de la population du pays.

Une fois de plus, il est aujourd’hui évident que les échecs de Paris, Bruxelles, Washington, Londres, comme Berlin – ne s’arrêteront pas en RCA et au Mali. L’effet domino dû à l’arrogance et à la surexploitation de l’Afrique par l’Occident, les règles multipolaires récentes et l’absence désormais de la peur auprès d’une large partie de l’humanité face aux pillards et criminels maquillés en démocrates – ne fera que se poursuivre sans pouvoir s’arrêter.

Et dans ces conditions, l’Occident comprendra définitivement que ce n’est pas lui qui produit de la richesse, mais que c’est le monde non-occidental, représentant l’écrasante majorité de l’humanité – qui lui a longtemps permis de prétendre à le faire. Désormais, qu’il se rende à l’évidence que c’est bientôt la fin.

Mikhail Gamandiy-Egorov

La Moldavie dans une situation délicate

28.04.2022

La République de Moldavie se retrouve dans une situation complexe où d’un côté l’alignement pro-occidental de son gouvernement actuel lui fait subir d’énormes pressions en provenance de l’axe atlantiste, d’un autre la volonté de maintenir une stabilité pour le pays pousse au choix d’une relative neutralité, de plus en plus difficilement conciliable avec le premier aspect.

Les événements de l’opération militaire en Ukraine ne laissent pas la Moldavie voisine indifférente. D’ailleurs, cela est d’autant plus compliqué qu’au-delà des questions liées à la République moldave du Dniestr (la Transnistrie) – ayant obtenu de-facto l’indépendance au début des années 1990 de Chisinau, ou encore la Gagaouzie – région autonome moldave majoritairement turcophone également pro-russe, l’Etat moldave est lui-même divisé entre les partisans pro-occidentaux et ceux qui considèrent que l’avenir du pays est inévitablement lié à la Russie. Y compris pour ce qui est des échanges économiques.

Depuis le début de l’opération russe de fin février dernier, Chisinau a effectivement fait le choix d’une très relative neutralité. Très relative car d’un côté se joignant à la guerre contre les symboles sacrés pour la grande partie des peuples d’ex-URSS liés à la Grande Guerre patriotique, un positionnement d’ailleurs largement critiqué par l’opposition moldave. D’un autre, refusant pour le moment à se joindre à la coalition des sanctions contre la Russie.

C’est pourquoi les événements récents en République moldave du Dniestr – sécessionniste vis-à-vis de Chisinau – plus particulièrement les actes de terrorisme attribués à des éléments ukrainiens selon les autorités de la Transnistrie basées à Tiraspol, devront faire réfléchir à plus d’une fois le régime pro-occidental moldave quant à une implication militaire à l’encontre de la Transnistrie – pour le compte de Washington, Londres et Kiev. Bien que ce dernier ne soit lui aussi qu’un simple appliquant des ordres atlantistes.

Si certains à Chisinau et dans les capitales occidentales tentent de présenter les événements dans la Transnistrie comme «des provocations russes sous fausses bannières», ces mêmes personnages devraient alors s’intéresser aux dires d’un de leur chouchou kiévien, le conseiller du chef de cabinet du président ukrainien – Oleksiï Arestovitch – l’un des principaux communicants du régime de Kiev – qui appelle ouvertement la Moldavie à se joindre aux efforts kiéviens pour occuper la République moldave du Dniestr.

Dans cette réalité, la meilleure chose que puisse faire le régime de Chisinau, serait de maintenir le cap de la très relative neutralité face aux événements ukrainiens et aux appels du régime kiévien, ou plus exactement de l’axe Washington-Londres, à se joindre aux hostilités. A défaut de quoi les événements pourraient devenir effectivement imprévisibles pour l’Etat moldave.

Toute tentative militaire de récupérer militairement la Transnistrie sera fort vraisemblablement vouée à l’échec. Mais plus important encore, toute implication de ce type sous la dictée atlantiste pourra entrainer tout simplement la chute du gouvernement moldave actuel. Qui par la même occasion est très loin de posséder un large soutien populaire.

Quant aux motivations des parrains du régime kiévien – elles sont également bien connues. L’éventualité de s’emparer de la Transnistrie vise à prendre en otages les forces russes de maintien de la paix qui y sont présentes, prendre possession de larges stocks de munitions et ouvrir un front supplémentaire.

Le souci pour le régime de Kiev et ses parrains atlantistes – c’est que les forces de la Transnistrie ont une capacité défensive réelle et pourront résister longtemps aux assauts des forces ukrainiennes. Et donc sans l’implication de Chisinau – cette opération sera très difficilement réalisable. Par ailleurs, toute opération lancée contre la Transnistrie – et qui devra d’une manière ou d’une autre faire impliquer le contingent armé ukrainien de la région d’Odessa – deviendra automatiquement la cible d’intensification de frappes russes dans cette région contre les éléments armés du régime kiévien.

Et si cela sera le cas – cela ne fera qu’affaiblir encore plus les capacités de combat pour le régime kiévien à Odessa et Nikolaïev. Avec tout ce que cela implique. Et si les régimes atlantistes, plus particulièrement Washington et Londres, souhaitent effectivement une guerre jusqu’au dernier ukrainien – un rôle entièrement accepté par le régime kiévien actuel – du côté de la Moldavie il faudra réfléchir à plus de deux fois avant de s’engager dans quelque chose de similaire.

Mikhail Gamandiy-Egorov

Les livraisons d’armes US à l’Ukraine n’auront pas d’impact sur le champ de bataille (Global Times)

26.04.2022

Le récent voyage du secrétaire d’Etat étasunien Antony Blinken et du secrétaire à la Défense Lloyd Austin était la plus importante visite d’émissaires US dans la capitale ukrainienne depuis fin février, mais selon plusieurs analystes cette visite ne vise qu’à afficher un soutien politique au régime de Kiev, avec un impact très limité quant à la situation sur le terrain.

Yang Sheng, l’auteur de l’article pour Global Times, a analysé la récente visite des deux représentants étasuniens à Kiev, tout en questionnant plusieurs experts sur les perspectives de ladite visite pour la suite des opérationsl. Selon les experts interrogés, stratégiquement parlant – aucun impact digne de ce nom ne pourrait être mentionné.

Les hauts responsables washingtoniens lors de leur visite dans la capitale ukrainienne ont promis au régime kiévien que les Etats-Unis fourniraient plus de 300 millions de dollars de financement militaire et avaient approuvé une vente de munitions de 165 millions de dollars. Par ailleurs, Austin a également déclaré que Volodymyr Zelensky avait grandement apprécié ledit «soutien», en ajoutant que ce dernier avait «l’état d’esprit de volonté à la victoire», tandis que les USA ont «l’état d’esprit de vouloir aider à obtenir cette victoire».

Ceci étant dit, de nombreux analystes ne partagent pas l’enthousiasme des responsables étasuniens, en faisant notamment mention que l’Ukraine ne montre aucun signe pouvant permettre d’envisager un quelconque succès. Et qu’au lieu de cela – elle continue de saigner et que le territoire sous contrôle du régime kiévien ne cesse de se rétrécir.

Pour les experts interrogés par Global Times – tous ces mouvements US, y compris l’envoi de hauts dignitaires en Ukraine, ne visent surtout que des fins politiques afin d’encourager Kiev à poursuivre le combat, sans pouvoir changer la situation de manière cardinale. Parmi les aspects mentionnés: comment pouvoir transporter en toute sécurité ces fournitures d’armes et de munitions aux forces ukrainiennes encerclées ou engagées face aux troupes russes, ou encore qui bénéficie réellement des livraisons étasuniennes sur le terrain.

Pour Cui Heng, un expert du Centre d’études russes de l’Université normale de Chine orientale, Antony Blinken considère l’Ukraine comme un mandataire des USA, ajoutant également que l’augmentation du financement militaire et la vente de munitions à destination de Kiev – vise à faire prolonger le conflit, et non pas à renverser la situation, et encore moins à y mettre fin le plus tôt possible.

De son côté – Song Zhongping – un expert militaire chinois et commentateur régulier pour la télévision, a déclaré que le niveau de corruption au sein du gouvernement et des forces militaires de Kiev est tel qu’un quelconque soutien militaire ou financier ne pourra apporter un changement significatif aux événements en cours.

Enfin, Wang Yiwei – directeur de l’Institut des affaires internationales de l’Université Renmin de Chine – pense que la Russie sait parfaitement quant à l’incapacité de Washington de pouvoir bouleverser l’opération militaire en cours et que dans le cadre de la deuxième phase de cette opération, l’Ukraine risque de devenir un pays enclavé à sa partie terrestre, pensant que c’est à partir de ce stade alors qu’un autre cycle de pourparlers pourrait voir le jour.

Une chose est sûre, l’avis des experts chinois contraste fortement avec ceux qui paradent sur les principaux médias occidentaux – anglo-saxons comme hexagonaux. Et le souci pour ces derniers, c’est que leurs «prévisions» actuelles ressemblent fortement à celles que souvent ces mêmes personnages avaient lancé des années de cela sur la Syrie, ou plus récemment encore sur des pays comme l’Ethiopie ou le Mali. Avec à chaque fois des échecs retentissants pour lesdites prévisions et leurs auteurs respectifs.

C’est d’ailleurs ce qui différencie fortement la vision stratégique chinoise – propre à la grande civilisation de Chine. L’analyse y est profonde, avec souvent une concrétisation des pronostics. Quant aux experts autoproclamés de l’Occident, le plus souvent ils ne font que répéter les besoins de l’establishment atlantiste. Et aujourd’hui l’objectif est clair: maintenir, ne serait-ce qu’au niveau des populations occidentales l’idée quant à l’extrême nécessité de poursuivre le soutien au régime kiévien, et que malgré les difficultés, notamment économiques, déjà en cours et d’autres qui s’annoncent pour les populations concernées – ce soutien à la prétendue «résistance» ukrainienne en vaudrait la chandelle.

Une soi-disant résistance dont le mythe entretenu par l’Occident a été fermement rompu récemment dans la ville de Marioupol – lorsque les mêmes qui jouaient les «résistants» derrière le dos de la population civile – dans leurs tout derniers retranchements sont apparus comme des pleurnichards qui suppliaient les régimes occidentaux de les faire évacuer… vers l’étranger. Et cette image ne fera certainement que se renforcer encore plus dans les semaines à venir.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=3820

Les perspectives des BRICS en tant que base de la nouvelle réalité internationale

21.04.2022

Dans le cadre du monde multipolaire post-occidental, les discussions s’activent sur les modèles qui joueront un rôle clé dans la nouvelle architecture internationale. Le groupe des BRICS fait partie des options qui méritent un grand intérêt.

Dans le contexte des bouleversements en cours et à venir sur la scène internationale, avec comme résultat la marginalisation de plus en plus visible de l’establishment occidental, il est désormais très important de mettre en place les mécanismes de cette nouvelle réalité mondiale qui s’impose, et s’imposera.

Les nostalgies du système unipolaire vivent les dernières heures et laisseront la place à une nouvelle configuration des relations internationales et de blocs régionaux/continentaux. On sait également que les forces motrices de cette architecture seront les grandes puissances mondiales non-occidentales, ainsi que les communément appelés pays du Sud. A cet effet, de nouvelles institutions verront certainement le jour, de même que de nouveaux mécanismes d’intégration régionale, voire inter-régionale, sans oublier les systèmes financiers correspondants.

Evidemment, les BRICS constituent l’un de ces exemples d’inspiration pour la suite des événements à venir. Parmi les orientations que pourra offrir l’organisation, on peut faire mention du redémarrage des échanges mondiaux sur de nouvelles règles et bases, la création d’un nouveau système institutionnel qui permettra la modernisation des pays alliés et partenaires, la mise en place de nouvelles plateformes régionales, et bien évidemment la création d’un système financier nouveau, qui privilégiera les échanges en monnaies nationales/régionales, sans oublier la ferme nécessité de s’éloigner vis-à-vis des réserves en monnaies occidentales.

Ces schémas, ainsi que certainement beaucoup d’autres, pourront être coordonnés et mis en œuvre dans le cadre du format BRICS+, un format qui ouvre l’interaction entre les pays membres des BRICS avec les autres nations, et plus généralement le reste de l’économie mondiale. En ce qui concerne plus précisément les organisations avec lesquelles les BRICS peuvent déjà interagir, on peut mentionner l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) – cette grande organisation eurasiatique internationale, ainsi que l’Union économique eurasiatique (UEEA).

Aussi, les interactions et coordinations de divers mécanismes supplémentaires, peuvent et doivent être étendues aux autres parties du monde, notamment l’Afrique et l’Amérique latine. Il est également évident que lors de la création de telles nouvelles plateformes d’interaction, l’esprit du multilatéralisme, ainsi que de la construction d’une nouvelle architecture internationale – dans l’intérêt de l’ensemble de ses participants – seront des orientations de première importance.

Si l’esprit des groupes des BRICS et de l’OCS est devenu aujourd’hui inspirant pour de nombreuses régions terrestres, il est évident qu’il faudra faire preuve d’adaptation à leurs besoins, le tout dans l’objectif de reformater l’économie mondiale dans un cadre réellement inclusif, juste et durable. En cela les BRICS comme l’OCS peuvent devenir les initiateurs de processus d’interaction avec à terme une grande plateforme de coopération regroupant tous les pays du Sud. La présidence chinoise des BRICS de cette année peut d’ailleurs donner une impulsion à toutes ces initiatives.

En ce qui concerne les grandes puissances non-occidentales, il est évident qu’il faut dès maintenant construire ces mécanismes qui à terme tourneront définitivement la page du système libéral occidental. Dans cette optique, l’Occident pourra choisir de rester isolé en poursuivant ses fameuses références à un système international qu’il contrôlait – révolu, ou d’ici là s’adapter aux nouvelles règles. Bien que cette question ne soit pas prioritaire. La priorité est représentée par la majorité de la population du globe terrestre.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=3806

Etats-Unis & alliés: séparés du reste du monde (universitaire)

18.04.2022

Les tentatives de l’establishment US et occidental à tenter de défendre l’ordre unipolaire révolu et le système libéral sont vouées à l’échec, ne faisant qu’augmenter considérablement l’écart entre le bloc occidental et le reste du monde. C’est l’avis de l’universitaire John Pang, dans un récent entretien à Xinhua.

Les comportements diplomatiques, politiques et économiques de l’Occident fondés sur l’hypothèse que le monde est toujours unipolaire sont voués à l’échec et sont désastreux pour l’Occident lui-même, selon John Pang, chercheur principal au Bard College de New York, dans un entretien récent accordé à l’agence de presse internationale chinoise Xinhua.

Pour l’universitaire de renom, les sanctions adoptées par les USA contre la Russie représentent en réalité une tentative de défendre l’ordre mondial unipolaire établi depuis la chute de l’Union soviétique. Toujours selon lui, ces comportements visent à défendre et à étendre l’hégémonie libérale qui a prévalu pendant plusieurs décennies après la fin de la guerre froide.

John Pang par ailleurs estime que le monde n’est plus unipolaire, y compris sur le plan économique. Il rajoute que les sanctions occidentales ne seront pas acceptées, et qu’elles ne fonctionneront pas comme elles sont censées le faire, pour la raison que l’économie mondiale a cessé d’être unipolaire depuis un certain temps.

Dans un article de février dernier, Observateur Continental avait d’ailleurs une fois de plus fait ce rappel, notamment quant au fait qu’à l’heure actuelle dans le Top 10 des principales économies mondiales en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat – moins de la moitié sont celles des pays occidentaux.

L’expert interviewé par l’agence de presse Xinhua a également rappelé que les sanctions sont ancrées dans la mentalité de la guerre froide, bien que même les acteurs de ladite période fussent plus réalistes que ceux d’aujourd’hui. Pour John Pang nous assistons également à un moment très intéressant de l’histoire mondiale – dans lequel les Etats-Unis et leurs alliés – n’ont jamais été aussi séparés du reste du monde. Et que leur point de vue n’a jamais semblé aussi déconnecté des attitudes dans d’autres parties du globe terrestre. Ces autres parties représentant l’écrasante majorité de la population terrestre par la même occasion.

John Pang conclue par le fait que le sens commun en Asie du Sud-Est, région du monde où il a grandi et travaillé durant plusieurs années, en particulier dans le milieu des affaires, est que le monde est entré dans une ère de multipolarité et que par ailleurs la tentative de l’establishment occidental de maintenir l’ordre unipolaire, de même que l’hégémonie libérale – est insensée et vouée à l’échec.

En termes de perspectives, difficile d’y rajouter quelque chose si ce n’est encore une fois de rappeler que la multipolarité, devenue réalité depuis maintenant plusieurs années – n’avait au préalable pas l’objectif d’isoler le monde occidental. A condition que ce dernier, étant une évidente minorité à l’échelle planétaire ait fait preuve d’adaptation aux règles qui émanent du concept multipolaire des affaires internationales.

Désormais, il est certainement trop tard. L’Occident politique et ses suivistes, notamment médiatiques, ont raté l’occasion de pouvoir bâtir un avenir commun pour toute l’humanité. Et c’est certainement encore une fois la raison pourquoi dans un avenir assez proche le monde ne sera pas seulement multipolaire – car il l’est déjà – mais sera indéniablement un monde multipolaire post-occidental, comme Observateur Continental  l’avait envisagé. Avec tout ce que cela implique. Les citoyens des pays occidentaux, partageant les valeurs de l’ère multipolaire et qui sont nombreux, auront alors à terme l’occasion de demander des comptes à leurs responsables politico-médiatiques.

Mikhail Gamandiy-Egorov

Mali: succès antiterroristes et résistance efficace aux interférences

13.04.2022

Au moment même où la République du Mali connait des succès sur le terrain dans la lutte antiterroriste, et ce sans l’implication de quelconques forces occidentales, l’establishment élyséen et ses alliés occidentaux tentent par tous les moyens de dénigrer ces réussites. Bien que cela ait été parfaitement prévisible.

Pour les Maliens, l’opération militaire antiterroriste récente à Moura (région de Mopti, centre du pays) est indéniablement une victoire notable. Et alors que l’establishment hexagonal avec plusieurs acteurs occidentaux s’obstinent à accuser les Forces armées maliennes (FAMA) de prétendues exactions, l’Etat-major général des Armées du Mali récuse ces accusations et appelle à la retenue contre les spéculations diffamatoires.  

Paris avait également tenté de faire adopter une initiative de lancement «d’enquêtes indépendantes» au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU – tentative bloquée par la Russie et la Chine. Une solidarité sino-russe saluée par de nombreux représentants de la société civile malienne et plus généralement africaine, qui au-delà d’y voir un exemple supplémentaire de solidarité entre les deux grandes puissances mondiales, sont surtout convaincus que cela bloque les schémas de déstabilisation occidentale bien connus.  

En effet, faut-il rappeler les innombrables exemples d’accusations qui émanaient des élites atlantistes à l’encontre de tout Etat dont les actions ne se conformaient pas aux désirs des dites élites? Syrie, Centrafrique, Iran, Venezuela,… Désormais au tour du Mali. Cela était effectivement parfaitement prévisible.

Mais dans le cas particulier de la RCA et du Mali, il ne s’agit pas seulement pour Paris à tenter de se venger contre deux nations africaines ayant fait le choix d’une souveraineté ferme et d’une diversification des partenariats extérieurs, mais il s’agit surtout pour l’Elysée et le Quai d’Orsay à tenter de stopper la contagion.

Oui, la contagion. Car si durant les longues années de présence française et occidentale, ces deux pays avaient été taxés des caractéristiques les plus négatives (pour l’anecdote par ces mêmes médias affiliés à l’establishment politique de l’Occident), désormais les deux Etats sont devenus de très importantes sources d’inspiration pour de nombreux autres peuples africains. Des peuples y compris issus de pays se trouvant toujours sous le diktat occidental.  

L’Occident néocolonial et atlantiste n’avait en effet jamais connu de telles difficultés en Afrique dans l’histoire récente. Les mobilisations populaires de masses, des responsables politiques et militaires patriotes et de plus en plus à l’écoute de leurs peuples, montée en puissance des valeurs panafricaines et les récentes réalités géopolitiques internationales propres à l’ère multipolaire – tout cela représente un énorme défi pour Washington, Londres comme Paris – si longtemps habitués à voir en l’Afrique une terre où ils pouvaient faire ce que bon leur semblait. Effectivement – cette époque est terminée.

Quant aux campagnes occidentales de diffamation qui visent les autorités et les Forces armées maliennes – il faudrait certainement dire que cela est d’une certaine façon positif et rassurant. Si l’on observe les dernières années et les événements ne serait-ce qu’en République arabe syrienne ou en République centrafricaine – nous verrons assez facilement que cela se déroulait presque toujours au moment où l’Occident et ses éléments se trouvaient en difficulté.

Dans cette optique, non seulement le Mali ne doit pas accorder une grande attention aux pseudo-accusations qui émanent des mêmes instigateurs, mais au contraire poursuivre la ligne dure face au terrorisme choisie avec le soutien de la très large majorité du peuple du pays. Quant aux enquêtes «indépendantes», cela pourra devenir des options acceptables – uniquement lorsque le système onusien des ressources humaines et des différentes administrations – s’adaptera aux nouvelles réalités planétaires. Et dans ces réalités, sachant d’autant plus que la République populaire de Chine est l’un des très principaux créanciers de l’ONU, il est grand temps qu’une grande partie des cadres occidentaux ou affiliés à l’Occident soient remplacés dans les meilleurs délais dans les instances onusiennes respectives.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Monde post-occidental: les ressources naturelles comme clé du nouveau système international

09.04.2022

Si le monde est déjà dans un concept multipolaire depuis plusieurs années – nous avançons à pas certains vers un monde multipolaire post-occidental. Et dans cette réalité, l’Occident ne sera pas seulement représentatif d’une minorité mondiale du point de vue démographique, mais également en ce qui concerne le manque criant de ressources naturelles allié à des endettements extérieurs par habitant de loin les plus importants au niveau mondial.

Lorsqu’on analyse la crise actuelle, probablement sans précédent, entre non seulement l’Occident et la Russie, mais plus généralement entre les nostalgiques de l’unipolarité et les partisans résolus de l’ère multipolaire – on s’aperçoit d’un constat assez révélateur. Celui qu’en regardant la carte mondiale des pays ayant largement élargi les sanctions contre la Russie (dans l’écrasante majorité les nations occidentales) – il s’avère que c’est également les Etats possédant les plus importantes dettes extérieures par habitant.

En effet, si l’on prend à ce titre le Top 10 de pays par dette extérieure – 8 sont occidentaux. Et dans le Top 20 – 14 des pays, soit 70%. Evidemment, les «grands» spécialistes économiques du monde occidental vous diront que c’est normal, car l’Occident était la référence pour d’autres pays du monde (non-occidentaux) pour y placer leurs avoirs.

Le souci pour cette théorie, est que nous approchons sa fin. Le monde entier a été témoin du hold-up occidental vis-à-vis des réserves russes – en Occident. Face à cela et au-delà du fait que la Russie a su trouver les instruments nécessaires pour non seulement compenser cela, mais aussi de mettre les instigateurs des sanctions en grandes difficultés, le fait est que cette situation a le mérite d’apporter plusieurs autres éclaircissements.

Tout d’abord – que l’Occident collectif ayant définitivement montré son visage de véritable cambrioleur à ciel ouvert – s’appropriant ce qui ne lui appartient pas – observera un effet catastrophique pour le système financier occidental sur le court, moyen et long terme. Le processus de perte de confiance vis-à-vis des monnaies que sont le dollar et l’euro ne fera que s’accélérer désormais. Tout comme la multiplication des accords bilatéraux et multilatéraux de commercer en monnaies nationales non-occidentales.

De deux: que sans les principales matières premières, énergétiques et pas seulement, l’Occident ne peut pas grand-chose. Ni pour son industrie, ni pour ses consommateurs lambda. Toutes les discussions sur les énergies «renouvelables» restent des projets n’ayant aucune chance d’être réalisés dans un avenir proche, ni même certainement sur le moyen terme. Toujours sur le même volet: toute cette arrogance de l’Occident collectif a toujours été basée, entre autres, sur le fait que l’industrie occidentale exporte des produits technologiques à haute valeur ajoutée.

Sauf que cette industrie technologique ne peut pratiquement rien sans les ressources naturelles dont elle a besoin pour travailler, vendre, exporter. Toute comme il serait totalement naïf de croire que l’industrialisation de l’Occident n’était pas directement liée à la colonisation et aux pillages des ressources naturelles des peuples colonisés.

Là aussi ce n’est pas tout. Les nations non-occidentales ont d’ores et déjà démontré, et continueront indéniablement à le faire – d’avoir tout le potentiel scientifico-intellectuel nécessaire pour pouvoir compenser ou créer à terme les alternatives nécessaires aux technologies occidentales. Les cerveaux russes, chinois, indiens, iraniens, et en provenance de beaucoup d’autres endroits du monde ne font d’ailleurs que le confirmer. Et si l’Occident arrivait dans un passé relativement proche à prendre une partie de ces cerveaux, ce processus va indéniablement ralentir dès à présent. Pour quelles raisons? Pour certains par patriotisme, pour d’autres par opportunités de créer de grandes choses (et donc gagner beaucoup d’argent) chez soi, au lieu d’être salariés pour le compte de compagnies occidentales. Pour beaucoup – les deux raisons seront de la partie.

Aussi, et lorsqu’on assiste à ce système qui se met en place, et qui n’est encore une fois que très logique, l’Occident risque de se retrouver dans une situation où:

1) Il ne sera plus le pôle d’attirance par «excellence».

2) Aura de plus en plus de mal à obtenir les matières nécessaires pour son industrie technologique, à moins de suivre à la lettre les conditions des pays à qui appartiennent les dites ressources.

3) Verra l’apparition de concurrents à grande échelle, y compris dans la sphère technologique, en provenance du monde non-occidental, représentant l’écrasante majorité planétaire par la même occasion. 

On comprend maintenant beaucoup mieux certains processus qui touchent à l’Afrique. Et notamment pourquoi les pays occidentaux prenaient avec autant d’hystérie la montée en puissance de la coopération entre la Chine et la Russie avec les pays africains. La Chine – première puissance économique mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat et ferme partisan de la multipolarité. La Russie – l’une des deux principales puissances militaires du monde, de même que sur le plan des ressources naturelles à l’échelle planétaire, et elle aussi fer de lance clé des règles multipolaires internationales. L’Afrique – continent si riche en ressources naturelles, mais que l’Occident a si longtemps rabaissé – pour pouvoir mieux piller ces ressources dont il avait si besoin afin de maintenir l’idée d’une domination justifiée de ce même Occident.

Ce schéma vicieux approche la fin. Et le fait que même les partenaires «traditionnels» des USA et de l’Occident se détournent d’eux – ne fait que renforcer cette thèse. Oui, le monde occidental devra apprendre à vivre sur de nouvelles bases et de nouvelles règles, même si cela paraissait inimaginable pour nombre de prétendus experts de ce petit monde. L’Occident avait encore récemment une chance de prendre le tout dernier wagon du train multipolaire. Il l’a raté. Et c’est pourquoi le monde ne sera que post-occidental.

Mikhail Gamandiy-Egorov

UEEA: des échanges en hausse et perspectives à venir

29.03.2022

L’année écoulée a été celle d’une augmentation significative des échanges pour l’Union économique eurasiatique – aussi bien à l’intérieur de l’union que sur le plan du commerce avec l’extérieur. Par ailleurs, l’espace eurasiatique sera indéniablement appelé à renforcer les échanges et les mécanismes avec ses principaux partenaires d’Asie, à l’heure où l’Occident se conforte dans sa propre isolation.

Le Département des statistiques de la Commission économique eurasienne a annoncé les résultats préliminaires du commerce mutuel et extérieur de l’Union économique eurasiatique (UEEA), 4ème puissance économique mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat, pour l’année 2021.

Il en ressort que le volume du commerce extérieur des échanges entre les Etats membres de l’Union économique eurasiatique avec les pays hors UEEA est estimé à 844,2 milliards d’équivalent de dollars, représentant une augmentation de 35,1% par rapport à 2020. Par ailleurs, l’excédent du commerce extérieur en 2021 s’est élevé à 207,2 milliards d’équivalent de dollars (contre 105 milliards en 2020).

Autre point important: la croissance de la valeur des exportations des Etats membres de l’UEEA vers les pays hors union l’année écoulée était principalement due à l’augmentation des prix des biens exportés (de 46,3%), le tout alors que le volume physique des biens exportés a au contraire diminué (de 1,5%). En ce qui concerne les résultats par pays membre, les exportations ont augmenté de 47,8% pour la Biélorussie, de 47% pour la Russie, de 25,8% pour le Kazakhstan et de 16,8% pour l’Arménie.

En ce qui concerne les marchés extérieurs concernés par cette hausse significative des exportations des pays membres de l’UEEA – l’Union européenne a représenté 42,2%, les pays membres de la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (APEC): 28,3% (très principalement la Chine), les pays de la CEI non-membres de l’UEEA ont été quant à eux destinataires de 5,8% des dites exportations.

Du côté des échanges mutuels des Etats membres de l’Union économique eurasiatique en 2021, calculé comme la somme de la valeur des opérations d’exportations des membres de l’UEEA dans le commerce mutuel – cela s’est élevé à 72,6 milliards d’équivalent de dollars, soit 131,9% du niveau de 2020. A noter également que dans le commerce mutuel des pays membres de l’union – le rouble russe occupe la position de leader en qualité de monnaie des échanges.

Parlons maintenant perspectives. Evidemment et compte tenu des nouvelles réalités géopolitiques et géoéconomiques, notamment dans l’incapacité la plus totale des régimes occidentaux à pouvoir s’adapter aux règles du monde multipolaire, il est évident que l’Union économique eurasiatique devra orienter beaucoup plus ses échanges en direction du grand espace eurasien, et notamment en direction de pays comme la Chine, l’Inde, le Pakistan ou encore l’Iran (qui réfléchit d’ailleurs à intégrer l’UEEA). Le tout en privilégiant les paiements en monnaies nationales.

Ceci d’autant plus que les pays de l’Europe bruxelloise n’ont pas saisi l’occasion de comprendre que leur intérêt pragmatique était naturellement avec l’Eurasie. Cela sans même rentrer dans une quelconque alliance, sachant de toute manière que sur le plan civilisationnel l’espace eurasiatique n’a désormais que très peu à partager avec une Europe où les valeurs dignes de ce nom ont été depuis longtemps profondément inversées. Mais le pragmatisme économique aurait permis de tenir compte des intérêts de chacun, et des « particularités » de chacun.

Désormais, cela est fort probablement impossible. L’Europe dans sa version bruxelloise, n’est qu’un simple sous-traitant des ordres washingtoniens. Et dont la réputation ne vaut absolument plus rien. Les responsables à la tête de cette Europe préfèrent sacrifier leurs propres populations, du moment que le maître outre-Atlantique sera satisfait par leur obéissance.

Aujourd’hui, il devient déjà assez évident qui sera le grand perdant économiquement parlant. Mais il ne faut pas espérer que la Russie ou ses alliés eurasiatiques tendront de nouveau la main à un navire qui a décidé de ses propres vœux à couler. Peut-être que viendra le jour où de nouveaux leaders européens, sans arrogance néocoloniale ni rêves pro-unipolaires, prendront la destinée de leurs Etats respectifs. Mais soyons clairs – ce n’est pas pour un avenir très proche. Et pendant ce temps, l’Eurasie sait ce qui lui reste à faire. Le monde n’étant absolument pas l’Occident collectif.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=3722