Archives du mot-clé Chine

Le grand rendez-vous du Sommet de l’OCS

13.09.2022

Au moment des bouleversements internationaux et d’un affrontement de plus en plus visible entre les partisans de l’ordre multipolaire et les nostalgiques de l’ère unipolaire, le sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai arrive à point pour poursuivre la coordination dans grand nombre d’orientations stratégiques.

Le Premier ministre indien Narendra Modi participera à un sommet régional qui, selon Moscou, donnera lieu à des discussions en tête-à-tête entre les présidents russe Vladimir Poutine et chinois Xi Jinping, comme l’a annoncé dimanche 11 septembre le gouvernement indien, écrit Le Figaro.

Fait tout de même toujours marquant dans la rhétorique occidentale: «sommet régional». S’il est vrai que les pays membres de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) – en l’occurrence la Russie, la Chine, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, l’Inde, le Pakistan et bientôt l’Iran, appartiennent tous au grand espace eurasiatique, il serait tout de même bon de rappeler que la population totale représentée est de pratiquement la moitié de la population mondiale. Cela évidemment sans compter les pays-observateurs: la Biélorussie, la Mongolie et l’Afghanistan. Ainsi que les partenaires de dialogue: Arménie, Azerbaïdjan, Cambodge, Népal, Turquie, Sri Lanka. Et ceux qui sont en cours d’obtention de ce dernier statut, en l’occurrence l’Egypte, l’Arabie saoudite ou encore le Qatar.

En d’autres termes – l’OCS représente une large partie de l’humanité. Et de simples calculs mathématiques permettent strictement à démontrer qui est beaucoup plus apte à faire référence à la communauté internationale. Evidemment, du côté occidental, la prétendue «communauté internationale» reste dans le cadre des 10-15% de la population terrestre, et qui prétendument dépasserait un cadre strictement «régional».

Passons. Il y a tout de même effectivement des points importants à soulever dans ce sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai en Ouzbékistan et qui aura lieu fort symboliquement dans la grande ville historique de Samarkand, l’une des plus anciennes villes habitées d’Asie centrale et ayant été l’une des principales cités de la Route de la soie.

La rencontre attendue entre les chefs d’Etat chinois et russe représente également un grand moment de ce sommet, sachant que ce sera de-facto l’un des deux premiers voyages du leader chinois à l’étranger depuis le début de la pandémie – il se rendra dans un premier temps au Kazakhstan, puis en Ouzbékistan pour le Sommet de l’OCS.

Il apparait aujourd’hui clairement que le rôle de la grande organisation eurasiatique et internationale sera appelé à monter, et ce dans plusieurs dossiers. Parmi lesquels : le renforcement de l’interaction politique, économique et sécuritaire des Etats membres, la poursuite de la défense et de la promotion de l’ordre multipolaire international dont l’OCS est l’un des principaux fers de lance, l’opposition à l’unilatéralisme d’une minorité mondiale extrême, et sans oublier les efforts conjoints dans l’objectif notamment de modifier le travail des différents secrétariats onusiens.

En effet, il est aujourd’hui révoltant qu’une structure comme l’ONU – censée être la base de l’entière communauté internationale – reste dominée, du moins dans les différents groupes de travail et d’analyse, soit par des représentants occidentaux, soit par des représentants assez ouvertement affiliés à l’Occident collectif. Peut-être que ce modèle avait sa «place» dans les années 1990 et le début des années 2000, lorsque les affaires internationales étaient de-facto dominées par l’establishment occidental, malgré l’infime minorité qu’il représentait. Aujourd’hui, cette page est largement dépassée, même si la bête à l’agonie s’accroche jusqu’au bout, il faut bien le reconnaitre.

Car à défaut de réformer en profondeur les diverses structures onusiennes, des organisations comme l’OCS seront appelées dans un avenir assez proche – à prendre leurs propres responsabilités, et si nécessaire devenir des alternatives aux bureaux onusiens existants. Il faut bien le reconnaitre aussi – les divers salariés onusiens issus du petit monde occidental et leurs proxys ne souhaiteront évidemment pas perdre lesdites places, pas plus que les élites atlantistes qui comptent sur eux.

Dans tous les cas, le monde multipolaire et quoiqu’on en dise fort vraisemblablement post-occidental, continuera à monter en puissance dans les mois et années à venir. Les tentatives, y compris radicales, de l’Occident à tenter de stopper ce processus ne mèneront finalement à rien. Et ne feront qu’impacter sérieusement la vie des citoyens ordinaires des pays dirigés par cette extrême minorité planétaire. Et en ce sens, l’Organisation de coopération de Shanghai sera bel et bien la structure clé du nouveau monde qui émerge.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=4237

Venezuela: l’économie repart à la croissance

30.08.2022

A l’heure des événements contemporains, les pays ayant démontré leur capacité à faire face aux sanctions unilatérales occidentales constituent des exemples fortement intéressants, y compris pour des Etats qui ont débuté ou pensent sérieusement à le faire – le processus d’éloignement vis-à-vis de l’Occident collectif. En ce sens et à l’instar d’autres nations, le Venezuela fait partie de ces exemples.

L’économie vénézuélienne a progressé de 17,04% en termes de glissement annuel au premier trimestre 2022, a déclaré récemment le président de la banque centrale du pays et repris par Reuters.Représentant à l’heure actuelle la croissance la plus élevée parmi les pays d’Amérique latine.

Le président de la banque centrale vénézuélienne, Calixto Ortega, avait également indiqué que l’économie de la République bolivarienne avait connu une hausse de 19,07% au quatrième trimestre 2021 par rapport à la même période en 2020. Pour rappel, le pays était plongé dans une grave récession depuis 2014, ainsi que faisant face à une inflation élevée, dues notamment aux sanctions US qui visaient à asphyxier l’économie du Venezuela, des sanctions se comptabilisant en plusieurs centaines de positions et visant notamment son secteur pétrolier, stratégique pour l’économie et le budget de Caracas.

S’il est vrai que le manque de diversification des secteurs de l’économie vénézuélienne avait accentué les problèmes, il n’en demeure pas moins que l’agression économique US avait joué un rôle crucial dans les défis auxquels ont dû faire face les autorités et la population. A cela s’ajoutent les multiples tentatives de coup d’Etat à l’encontre du leadership vénézuélien, et les actions néfastes des sous-traitants washingtoniens, parmi lesquels le régime britannique ou ceux issus de l’Europe bruxelloise. Le vol de plusieurs dizaines de tonnes d’or du Venezuela par la Banque d’Angleterre ne fait d’ailleurs que largement le confirmer

Il est vrai que durant cette période difficile, le Venezuela a pu compter sur le soutien de nombreux pays alliés et partenaires stratégiques avec lesquels les relations ont été renforcées dans plusieurs domaines: Cuba, Russie, Iran, Chine, Turquie, entre autres. Et au final une résistance qui a payé: mettant le principal déstabilisateur du pays en position de faiblesse

Car au-delà des nouvelles opportunités qui se sont ouvertes à Caracas dans la flambée actuelle des prix des hydrocarbures, le fait est que c’est désormais l’establishment occidental qui cherche une sortie la moins humiliante possible de sa posture vis-à-vis de la République bolivarienne, à l’heure de la crise énergétique sans précédent que l’Occident subit déjà, et qui l’attend encore à l’avenir.

Pour conclure, il serait bon de rappeler que les innombrables tentatives de Washington et de ses suiveurs de faire tomber le pouvoir bolivarien à travers l’implication d’éléments extrémistes ou encore l’asphyxie de l’économie vénézuélienne, avaient un objectif encore plus global: stopper le renforcement de l’axe progressiste latino-américain hostile à la politique atlantiste étasunienne. Les récents événements dans la région et fort certainement à venir démontrent parfaitement l’énième échec de cette politique de l’extrême minorité mondiale, qui refuse obstinément de s’adapter à la multipolarité. Et en ce sens, si même des erreurs avaient été commises dans le passé par le leadership vénézuélien, notamment dans le manque de diversification des secteurs économiques nationaux, les principaux choix stratégiques du Venezuela auront largement démontré quant à eux toute leur justesse.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=4187

Blinken en Afrique ou l’histoire d’un autre échec occidental

12.08.2022

Malgré les beaux discours, l’agenda de la tournée d’Antony Blinken en Afrique avait pour objectif principal de tenter à limiter l’interaction qui ne cesse de monter du continent africain avec la Chine et la Russie. Et comme prévu également, l’objectif ne semble pas avoir été atteint, après déjà l’échec du président hexagonal Macron.

Il faut bien le souligner: l’élite anglo-saxonne est beaucoup plus perfide que celle de l’Hexagone. Sachant analyser les échecs de ses sous-traitants, en l’occurrence ici Paris, Washington a choisi de ne pas répéter les erreurs commises lors de la visite du président français Emmanuel Macron sur le continent africain.

En effet et si ce dernier durant sa tournée ne cessait de parler de la Russie, et selon de nombreux observateurs africains plus même que des relations franco-africaines arrivées au plus bas, Blinken a plutôt opté pour la tactique de dire que l’intérêt des USA pour l’Afrique n’est pas lié à la présence d’un autre pays. Ou plutôt d’autres pays: puisque les plus grands défis pour la présence néocoloniale occidentale en Afrique – ce sont effectivement la Chine et la Russie.

Comme l’écrit le magazine étasunien Foreign Policy: Washington a insisté sur le fait que son attention renouvelée pour l’Afrique n’est pas due à la rivalité entre les grandes puissances. Reprenant par la même occasion une citation de sieur Blinken prononcée en Afrique du Sud: «Notre engagement envers un partenariat plus fort avec l’Afrique ne consiste pas à essayer de surpasser les autres».

A cet effet, assez malin de prononcer cela, car effectivement Washington ne pourra ni surpasser la Chine sur le plan de l’interaction économique avec les pays africains, ni faire mieux sur le plan sécuritaire que la Russie. Après tout, lorsqu’on parle de pompiers pyromanes en Afrique, on pense toujours en premier lieu à Paris, Washington et Londres. Et plus généralement l’Otan.

En passant, Foreign Policy rappelle également que la ministre sud-africaine des relations internationales et de la coopération, Naledi Pandor, a critiqué le projet de loi étasunien (la soi-disant loi visant à lutter «contre les activités malveillantes de la Russie en Afrique»), le qualifiant de législation offensive. Un projet de loi US qui pour rappel a été déjà largement critiqué non seulement par de nombreux gouvernements africains, mais également par une très large partie de la société civile continentale.

De manière générale, tout reste clair. Dans le nouveau document de la stratégie étasunienne pour l’Afrique subsaharienne, la Russie et la Chine sont citées formellement comme de-facto les principales menaces pour l’activité washingtonienne sur le continent africain.

Dans tous les cas et à l’instar de sieur Macron rentré globalement bredouille de sa tournée africaine, Blinken semble aller dans la même voie avec tout de même, peut-être, un peu moins d’humiliation. Après tout, c’est toujours mieux de laisser cet «honneur» aux régimes sous-traitants, comme celui de la France contemporaine.

Il n’empêche, l’establishment étasunien a eu également droit à certains «honneurs», comme la condamnation récente par le parlement sud-africain de la visite de Nancy Pelosi à Taïwan, prenant ouvertement fait et cause en faveur de la République populaire de Chine. Ou encore le refus continu des pays africains à se joindre aux condamnations occidentales contre la Russie sur l’Ukraine. Et ce malgré l’insistance de Washington, Londres et Paris.

En parlant d’ailleurs de ce fameux dossier, on attend à ce titre le sommet de cette pièce théâtrale avec l’éventuelle visite en Afrique de Dmytro Kouleba – chef de la diplomatie ukrainienne. Certainement que Kiev pense pouvoir réussir là où Washington et Paris ont échoué… Ou simplement ne fait qu’appliquer les ordres reçus de la part des parrains atlantistes.

Pour finir et revenir encore une fois à Blinken, il faut tout de même lui reconnaitre la justesse d’une de ses déclarations (en partie). Lorsqu’il dit que «l’avenir du monde sera déterminé dans une très large mesure en Afrique et par l’Afrique». Il a juste et certainement oublié d’ajouter que cet avenir mondial, où l’Afrique jouera très certainement un rôle majeur, sera largement au désavantage de l’Occident. Car ce nouveau monde sera multipolaire (qu’il est déjà) et post-occidental. On lui pardonnera tout de même cet oubli.

Mikhail Gamandiy-Egorov

La Chine débute les exercices militaires autour de Taïwan

05.08.2022

La République populaire de Chine a débuté d’importants exercices militaires autour de l’île de Taïwan. Ces exercices représentent l’une des réponses à la récente visite d’une responsable US à Taipei, considérée comme une ligne rouge par les autorités chinoises.

L’Armée populaire de libération – nom officiel des Forces armées de la République populaire de Chine – mènera d’importants exercices militaires et des activités d’entrainement, y compris des exercices à balles réelles, dont les coordonnées ont été annoncés dans un communiqué publié par l’agence de presse Xinhua. En ajoutant que des pour des raisons de sécurité, il est interdit aux navires et aux aéronefs d’entrer dans les zones maritimes et l’espace aérien susmentionnées.  

Pour la première fois, la Chine a en outre fait démonstration de missiles hypersoniques DF-17 dans le cadre des manœuvres militaires en question. Du côté du régime de Taipei, il a été confirmé que la RPC a lancé 11 missiles balistiques Dongfeng dans les eaux entourant Taïwan, écrit South China Morning Post.

Cela constitue l’une des premières réponses de Pékin suite à la provocation évidente de l’establishment étasunien. Hua Chunying, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a de son côté annoncé que les contre-mesures de la Chine à l’encontre de la visite à Taïwan de la présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis, Nancy Pelosi, seront résolues, fortes et efficaces.  

Elle a également ajouté que la RPC prendrait toutes les mesures nécessaires pour sauvegarder sa souveraineté et son intégrité territoriale. La partie étasunienne et les forces séparatistes de «l’indépendance» de Taïwan devront assumer toutes les conséquences qui en découlent. De son côté Wang Yi, chef de la diplomatie chinoise, avait indiqué que le plein retour de Taïwan à la Mère-Patrie est historiquement inévitable.

Selon lui, sous le prétexte de défendre une soi-disant «démocratie», la partie américaine commet l’acte odieux de violer la souveraineté de la Chine. En concluant que ceux qui jouent avec le feu finiront par se brûler et ceux qui violent la souveraineté de la Chine seront inévitablement pénalisés.

En termes de perspectives, s’il est évident que la visite de Pelosi à Taipei était une pure provocation à l’encontre de l’Etat et du peuple chinois, il n’en est pas moins que cela visait également deux autres objectifs, dans la pure tradition de l’establishment étasunien et occidental dans son ensemble: punir la Chine pour son alliance avec la Russie et de nombreux autres pays considérés comme adversaires de Washington et étant par ailleurs des partisans résolus de l’ordre multipolaire international. Et faire démonstration de la prétendue impunité du régime US.

Le seul souci pour les nostalgiques jusqu’au-boutistes de l’unipolarité, c’est qu’encore une fois et au-delà de l’arrogance au summum qui les caractérise, ils font preuve d’un manque évident d’intelligence stratégique, pour ne pas utiliser une autre expression. Car ne serait-ce que ladite visite donne désormais toutes les cartes en main à la Chine afin de prendre pleinement les mesures nécessaires qui frapperont définitivement les rêves des dits nostalgiques.

Faut-il le rappeler que la Chine est un pays privilégiant effectivement le dialogue diplomatique, avec une patience stratégique propre à la philosophie millénaire chinoise. Mais toute patience a ses limites. Et compte tenu de la ligne rouge complètement dépassée par les actions de Washington, il est à croire que la résolution de la question «taïwanaise» ne fera maintenant que s’accélérer, de manière logique et prévisible, dans le plein respect de la réalité historique et de la situation internationale. D’autant plus qu’au-delà des événements des derniers jours – 181 pays du monde ont des relations diplomatiques avec la République populaire de Chine sur la base du principe d’une seule Chine, dont Taïwan fait donc partie intégrante.

Pour revenir aux exercices militaires en cours, nombreux sont les analystes qui les voient comme une répétition générale pour la Chine en vue de résoudre définitivement la question du retour de Taïwan dans le giron national. Si la RPC a jusqu’à maintenant toujours privilégié la résolution pacifique des dossiers conflictuels, désormais il est à croire que les choses ont définitivement changé. Le reste n’est plus qu’une question de temps. Mais encore une fois – fort certainement beaucoup moins long que prévu au départ.

Enfin, la situation actuelle est également une leçon pour tous les régimes qui ont misé sur la sous-traitance vis-à-vis des intérêts washingtoniens et atlantistes. Plus particulièrement sur le fait qu’en adhérant aux actions provocatrices et déstabilisatrices des donneurs d’ordres – il faudra assumer le choix de la posture sous-traitante jusqu’au bout et avec tout ce que cela implique.

Mikhail Gamandiy-Egorov

Les mensonges étasuniens sur le programme nucléaire iranien

26.07.2022

Le directeur de la CIA a reconnu que les Etats-Unis avaient de-facto menti sur l’Iran, plus particulièrement sur l’éventuelle obtention de l’arme nucléaire par la République islamique. Des informations qui démontrent une fois de plus qui représente le seul et véritable danger dans les affaires internationales.

Les responsables US commencent à admettre les mensonges longtemps propagés par Washington à l’encontre de Téhéran, écrit Lucas Leiroz, chercheur brésilien en sciences sociales à l’Université fédérale rurale de Rio de Janeiro.

En effet, William Burns, directeur de la CIA, a déclaré mercredi 20 juillet que l’Iran n’avait en fait jamais repris son programme de production d’armes nucléaires, et ce depuis 2004. Si cette déclaration ne fait en réalité que confirmer ce que disaient nombre d’analystes internationaux, il est effectivement assez impressionnant que cette affirmation émane du chef du renseignement étasunien.

En décembre dernier, le même Burns avait d’ailleurs déjà déclaré que les Etats-Unis ne disposaient pas de suffisamment de raisons pour croire que l’Iran prévoyait de produire des armes nucléaires. Comme l’indique également l’auteur de l’article, mis à part le directeur de la CIA, l’ex-chef du renseignement militaire israélien, Tamir Hayman, avait précédemment déclaré que Tel-Aviv n’avait trouvé aucune preuve que Téhéran envisagerait de développer des armements nucléaires, malgré le fait qu’il existait un important processus d’enrichissement d’uranium.

Pour rappel, la République islamique d’Iran avait plusieurs fois déclaré que son refus de produire des capacités militaires nucléaires n’est pas lié à la question des sanctions, mais tout simplement en raison de l’idéologie de la nation iranienne. Et comme le rappelle également Lucas Leiroz – la réalité est surtout que l’utilisation pacifique de la technologie nucléaire par l’Iran pourrait également devenir «dangereuse» pour les intérêts US.

A savoir que la technologie nucléaire pacifique et propre permet, notamment, des niveaux élevés de développement industriel et scientifique, en plus de renforcer la puissance militaire, comme par exemple la fabrication de sous-marins à propulsion. Tout en ajoutant que toute forme de développement matériel de ses ennemis géopolitiques est déjà considérée par les USA comme un «problème», et c’est précisément la raison pour laquelle Washington tente à tout prix de neutraliser le programme nucléaire iranien.

Le chercheur brésilien va encore plus loin en rappelant que tout le récit washingtonien autour du programme nucléaire iranien est devenu en quelque sorte une «arme rhétorique» pour l’establishment étasunien. Car avec ce discours, il est devenu possible de tenter à mobiliser une partie de la communauté internationale contre la prétendue «nucléarisation», justifier des sanctions illégales, lancer des opérations militaires et même des actes terroristes dans le but d’assassiner des responsables et scientifiques iraniens.

Pour Lucas Leiroz, cette rhétorique anti-iranienne fonctionne de manière similaire avec le récit autour de la prétendue invasion de l’Ukraine par la Russie, alors que pour l’auteur de l’article ce ne sont que des récits sans fondement, servant aux manœuvres occidentales à l’international.

A notre niveau, il faudrait certainement rajouter que ce qui fait effectivement peur à Washington comme à son principal allié régional et peut-être même international Tel-Aviv – c’est justement l’incroyable capacité scientifico-intellectuelle de la nation perse, qui malgré les innombrables sanctions occidentales prises à son encontre, a non seulement fait preuve de résistance efficace, mais également a activement poursuivi le développement, et ce dans de nombreux secteurs. Etant à ce titre l’actuelle 14ème puissance militaire mondiale (devant Israël – 18ème) et la 21ème puissance économique mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat.

Et pour conclure sur la question du nucléaire iranien, il est aujourd’hui évident que l’Iran n’a pas besoin d’arme atomique pour pouvoir se défendre efficacement face à ses principaux ennemis et adversaires. Le renforcement sans précédent des positions iraniennes à l’échelle régionale et internationale ne font d’ailleurs que largement le confirmer. A cela s’ajoutent son alliance avec la Russie et la Chine, ainsi que l’appartenance aux principaux défenseurs de l’ordre multipolaire mondial.

Mikhail Gamandiy-Egorov

L’échec de la politique US au Moyen-Orient

22.07.2022

Comme prévu, les nombreux partenaires traditionnels de Washington dans la région stratégique du Moyen-Orient se détournent de plus en plus ouvertement de leur allié. Ce qui paraissait encore récemment presque inimaginable devient réalité.

Plusieurs des principaux médias occidentaux ont clairement affirmé que le président étasunien Joe Biden repart les mains vides de sa tournée au Moyen-Orient, n’ayant rien obtenu lors du sommet arabe organisé en Arabie saoudite. Pas de résultat digne de ce nom notamment dans la sphère énergétique qui représentait l’orientation principale pour les USA dans le cadre de cette visite.

Comme l’indique l’analyse publiée par l’agence de presse gouvernementale turque Anadolu – le président américain Joe Biden a quitté l’Arabie saoudite sans avoir atteint le minimum en termes de prévisions des marchés internationaux de l’énergie qui avaient pourtant estimé avant son déplacement dans la région l’acceptation par les pays du Golfe de la hausse de la production du brut dans le but d’apaiser les marchés.

Ledit article rappelle également que des médias étasuniens, ainsi que des stratèges de banques d’investissement ont commencé à parler de l’échec de Biden à obtenir des engagements pétroliers auprès des dirigeants du Golfe au cours du sommet de Djeddah. Et que les marchés énergétiques américains sont conscients du fait que le principal objectif de la visite du président US dans la région du Moyen-Orient était de demander à ses dirigeants de continuer à alimenter le marché par de plus grandes quantités de brut, pour pouvoir amener à une baisse des prix de l’énergie aux Etats-Unis.

En effet et du côté saoudien, il a été déclaré à travers le prince héritier Mohammed ben Salmane, que le royaume sera dans l’incapacité à l’avenir d’augmenter sa production quotidienne au-delà de 13 millions de barils, sachant que la production actuelle est de 11 millions de barils quotidiens.

Si cet échec de l’administration Biden a été vu comme quelque chose d’inattendu pour de nombreux observateurs occidentaux, la réalité est que ce fut un développement parfaitement prévisible. Et qui confirme l’orientation de plus en plus en faveur de l’ordre multipolaire au sein de cette région stratégique qu’est le Moyen-Orient, comme Observateur Continental l’avait déjà souligné dans un passé récent.

Cela alors même que l’establishment occidental, atlantiste et nostalgique de l’unipolarité, observe avec vive inquiétude la montée en puissance des BRICS et d’un intérêt de plus en plus vif vis-à-vis de cette organisation ou encore de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) de la part de pays longtemps considérés comme des partenaires stratégiques de l’Occident.

Aussi et comme Observateur Continental l’avait déjà annoncé – tous les événements en cours confirment une fois de plus que la spirale des pressions, intimidations et sanctions en tout genre se retourne contre ses instigateurs. Et que l’establishment occidental a beau vouloir faire passer l’idée de son extrême puissance dans les affaires planétaires, tout en continuant à espérer un retour radical à l’ordre unipolaire – la réalité actuelle démontre que d’une part l’effet boomerang se fera ressentir de plein fouet sur la partie occidentale du monde, et de l’autre que nombre de pays de la planète, longtemps considérés comme ses alliés, s’éloignent progressivement de l’Occident.

Comme également annoncé précédemment, l’autre grand avantage des événements en cours est d’avoir démontré que la peur à sa libérer du joug occidental disparait de manière de plus en plus visible. Les masques de l’extrême arrogance et d’hypocrisie au summum sont définitivement tombés, permettant aux nombreuses nations du monde de comprendre que le monde d’aujourd’hui et à venir ne pourra être que post-occidental.

Prochain pronostic? Il est à croire que le régime étasunien va maintenant raviver la fameuse question de «respect» des droits de l’homme et les pressions multiformes vis-à-vis de tous les alliés qui ne vont dans la voie de l’obéissance la plus totale. Car s’il y a bien une chose dont ont besoin aujourd’hui les responsables atlantistes, c’est bien une application totale de leurs ordres face aux nations pro-multipolaires qui continuent de s’imposer.

En effet, l’Occident collectif n’a pas besoin d’alliés, ni de partenaires, mais bel et bien d’esclaves et de purs sous-traitants. En oubliant qu’au-delà de vivre dans un monde où l’ère multipolaire s’est imposée, peu souhaiteront faire partie d’un bateau qui coule. A moins d’être, comme c’est encore le cas pour certains régimes, d’évidents partisans du sadomasochisme.

Mikhail Gamandiy-Egorov

L’Egypte, l’Arabie saoudite et la Turquie s’intéressent aux BRICS

15.07.2022

Les prévisions quant au fait que de nombreux pays, y compris longtemps liés à l’Occident, regardent de plus en plus en direction des grandes puissances non-occidentales et des organisations d’intégration correspondantes, avancent dans la voie de la concrétisation. Le concept des BRICS+ semble inévitablement prendre son envol.

Les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) s’attendent à ce que l’Egypte, l’Arabie saoudite et la Turquie puissent rejoindre le groupe dans un avenir proche, écrit Middle East Monitor. Cette information est rapportée via Purnima Anand, présidente du Forum international des BRICS.

Cela alors même que tout récemment l’Iran et l’Argentine avaient déjà exprimé le désir d’intégrer la grande organisation internationale, représentant pratiquement la moitié de la population mondiale, plus d’un quart du PIB du monde, et 4 des 10 principales économies mondiales en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat. Le tout également au moment où l’Occident ne cache désormais plus son inquiétude quant à la montée en puissance de ladite alliance et son orientation de plus en plus anti-occidentale.

Purnima Anand a par ailleurs déclaré que la Chine, la Russie et l’Inde avaient déjà abordé la question de l’élargissement des BRICS en lien avec les pays mentionnés lors du 14ème Sommet de l’organisation, qui s’est tenu le mois dernier. «Tous ces pays ont manifesté leur intérêt à adhérer et se préparent à postuler pour l’adhésion. Je pense que c’est une bonne étape, car l’élargissement est toujours perçu positivement. Cela augmentera clairement l’influence des BRICS dans le monde».

Elle a également ajouté que l’adhésion de l’Egypte, de l’Arabie saoudite et de la Turquie pourrait ne pas avoir lieu au même temps pour les trois concernés. De son côté Li Kexin, directeur général du Département des affaires économiques internationales du ministère chinois des Affaires étrangères, avait précédemment indiqué que plusieurs pays «frappaient aux portes» de l’organisation, dont l’Indonésie, la Turquie, l’Arabie saoudite, l’Egypte et l’Argentine, notamment.

En parlant maintenant des perspectives de l’élargissement des BRICS et du concept BRICS+, il est à noter qu’Observateur Continental avait déjà abordé récemment cette question. En ce qui concerne plus précisément les cas de l’Egypte, de la Turquie et de l’Arabie saoudite – il serait correct de les analyser brièvement au cas par cas.

L’Egypte est actuellement la 22ème économie mondiale (juste derrière l’Iran) et la première en Afrique en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat. Sur le plan du PIB nominal, le pays des pharaons est classé 35ème à l’échelle mondiale et deuxième sur le continent africain (derrière le Nigéria). Le pays est par la même occasion la 12ème puissance militaire du monde en 2022 – première d’Afrique et du monde arabe. Le Caire peut également se vanter d’avoir des relations développées avec la Chine et la Russie, notamment, confirmant le fait d’être un membre potentiel intéressant pour les BRICS.

En ce qui concerne l’Arabie saoudite et la Turquie – ce sont des cas effectivement particuliers et également intéressants. La première étant la 17ème économie mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat (18ème en termes de PIB nominal). Longtemps considérée comme l’un des deux principaux alliés de Washington au Moyen-Orient (avec Israël), Riyad a engagé néanmoins récemment une orientation stratégique intéressante et axée sur la multipolarité. A l’instar des Emirats arabes unis, autre pays de la région longtemps considéré comme un allié de l’Occident, l’Arabie saoudite a souhaité préserver la coopération avec Moscou sur les questions énergétiques et géopolitiques, malgré les pressions washingtoniennes.

Quant à ses relations avec la Chine, l’Etat saoudien, au-delà d’être l’un des deux principaux (avec la Russie) fournisseurs de pétrole à Pékin, étudiait par la même occasion la possibilité de recevoir les paiements chinois pour le brut saoudien – en yuans. Une réalité fort déplaisante pour Washington. La suite dépendra bien évidemment de la capacité de Riyad à poursuivre l’éloignement de l’axe anglo-saxon en privilégiant celui de la multipolarité. Quant aux relations avec l’Iran, ayant déjà débuté la procédure d’adhésion en qualité de membre de plein droit au sein de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) et souhaitant rejoindre également les BRICS, la plateforme internationale pro-multipolaire pourrait être d’ailleurs l’occasion de normaliser les relations. A suivre donc.

Pour ce qui est de la Turquie, 11ème puissance économique mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat et 13ème puissance militaire du monde, seul l’avenir pourra dire si l’orientation en faveur de l’axe de la multipolarité sera privilégiée par le leadership turc. Etant membre de l’Otan, et le deuxième effectif armé du bloc atlantiste, Ankara a néanmoins explicitement refusé à se joindre aux sanctions contre la Russie, partenaire économico-commercial stratégique du pays, malgré les innombrables pressions de l’establishment washingtonien et occidental.

Et plus que cela a clairement choisi la voie d’accroitre encore plus les échanges avec Moscou. Dans l’état actuel des choses, il est encore trop tôt de dire si la Turquie pourra intégrer pleinement les BRICS. Néanmoins et dans un avenir multipolaire post-occidental – rien ne sera impossible.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=4068

G20: l’UE en qualité de grande perdante

13.07.2022

L’actualité internationale, et notamment le récent Sommet du G20 en Indonésie, ont largement démontré que les pays ayant assumé leur statut de satellites et de sous-traitants n’auront pas d’avenir sur le devant de la scène mondiale. L’Union européenne passe donc du statut d’un nain géopolitique à simplement celui d’un bloc de-facto inexistant dans les grandes affaires internationales.

Problèmes économiques et sociaux qui ne cessent de monter en puissance dans nombre de pays de l’Europe bruxelloise, chute brutale de la monnaie européiste – tout cela n’est que la confirmation d’un processus qui a en fait débuté depuis un bon moment déjà. Ayant longtemps prétendu à se présenter comme étant un bloc puissant, l’UE ne représente aujourd’hui que la désillusion la plus totale.

Le récent Sommet du G20 à Bali, en Indonésie, a eu également et largement le mérite de remettre les choses au clair. D’abord Josep Borrell, chef de la diplomatie bruxelloise, qui reconnait que l’Union européenne n’est pas en train de gagner dans la bataille narrative mondiale sur l’Ukraine. Y compris dans le cadre justement du G20.

En ce qui concerne le maître de l’Occident collectif, à savoir les USA, celui-ci n’a pas réussi ni à écarter Moscou de la participation du dernier Sommet du G20, ni à imposer son agenda à Pékin. Les événements protocolaires que les représentants occidentaux avaient décidé de boycotter en raison de la présence du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, ont pu parfaitement se dérouler sans ladite présence occidentale. Confirmant d’ailleurs parfaitement la thèse annoncée, avec amertume, par le déjà cité Borrell.

Mais si les Etats-Unis, subissant échec après échec, ont néanmoins réussi à maintenir leur position de suzerain du bloc occidental, le bloc européiste bruxellois aura confirmé ce que représente réellement la notion de médiocrité. Car si Washington a effectivement énormément à perdre dans le développement actif de l’ordre multipolaire international, y compris avec la perte du statut d’hégémon mondial, l’UE avait une occasion de s’adapter et de s’intégrer, ne serait-ce que progressivement aux règles issues de la multipolarité.

En préférant suivre aveuglement l’agenda outre-Atlantique, l’Union européenne confirme être la grande perdante et certainement celle qui subira les plus larges revers dans la bataille décisive entre les partisans de l’ère multipolaire et les nostalgiques de l’unipolarité. Faut-il le encore le rappeler: dans la chute d’une entité, ce sont bien souvent les sous-traitants et les satellites qui paient les premiers frais pour le compte du maître.

Si cela est aujourd’hui de plus en plus difficile à nier, l’autre aspect des plus importants étant celui que personne ne prend désormais au sérieux le positionnement de l’UE, à l’échelle internationale. Bien souvent, les pays et les différentes régions du monde comprennent aujourd’hui que s’il y a une quelconque utilité encore à parler à l’Occident, autant le faire directement avec Washington, au lieu de passer par un groupe sous-traitant.

Dans cette perspective, et au-delà de l’avènement de l’ordre multipolaire post-occidental, dans lequel l’Occident devra progressivement apprendre à vivre en qualité d’une extrême minorité planétaire avec tout ce que cela implique, l’Europe bruxelloise commence déjà à disparaitre en qualité de bloc ayant son mot à dire dans les affaires internationales contemporaines. Confirmant ainsi le passage du statut de nain géopolitique à celui d’une entité inexistante.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=4058

La résistance du Mali se maintient et inspire

05.07.2022

La levée des sanctions économiques de la Cédéao à l’encontre du Mali ne doit certainement pas être vue comme la victoire d’un consensus ou comme le signe de bonne volonté de l’organisation régionale à l’encontre de Bamako. La réalité étant surtout que la résistance des autorités et de la population du pays a montré toute son efficacité, et étend son influence bien au-delà des frontières nationales.

Les dirigeants de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), réunis lors du 61ème sommet ordinaire à Accra, au Ghana, ont décidé de lever les sanctions économiques et financières adoptées contre le Mali depuis le mois de janvier de cette année.

Selon Maliweb, les dirigeants de l’organisation régionale étaient encore tout récemment divisés sur la question de levée des sanctions. Sans surprise, les principaux partisans quant au maintien des sanctions contre Bamako n’étaient que les présidents nigérien et ivoirien – Mohamed Bazoum et Alassane Ouattara. Sans surprise car étant aujourd’hui parmi les principaux représentants et défenseurs des intérêts françafricains, allant largement en sens inverse des aspirations de leurs propres populations, et plus généralement des peuples d’Afrique.

De son côté le Sénégal, dont le président Macky Sall est actuellement également à la tête de l’Union africaine (UA), semble avoir été l’un des principaux intéressés à mettre fin aux dites sanctions, y compris en raison de l’impact que cela avait sur les intérêts économiques et commerciaux sénégalais, mais également à l’heure où Dakar s’engage progressivement sur la voie de la multipolarité, n’hésitant pas à aller même jusqu’à critiquer sur la question de levée des sanctions, comme ce fut le cas lors de la récente visite du chef d’Etat du Sénégal à Sotchi.

Evidemment, durant ladite période des sanctions de la Cédéo, qui d’ailleurs selon nombreuses sources étaient au départ largement influencées par Paris et certaines autres capitales occidentales, le Mali a pu compter sur le soutien et la solidarité de plusieurs pays africains, sans oublier la Russie et la Chine – qui, n’avaient pas hésité à utiliser leur droit de véto au Conseil de sécurité de l’ONU pour bloquer le texte français qui cherchait à apporter un soutien international aux dites sanctions.

Mais très certainement le grand mérite à ce succès pour Bamako revient une fois de plus à la très large mobilisation populaire nationale, qui non seulement n’a pas hésité à apporter un soutien ferme aux autorités du pays, mais également a fait preuve d’une capacité de résistance aux pressions extérieures de manière digne et patriotique.

Aussi, il ne faut certainement pas oublier que le Mali après des années de chaos est devenu sous le leadership du colonel Assimi Goïta et de son équipe – une grande source d’inspiration pour nombreuses autres nations africaines et un exemple d’une résistance efficace au néocolonialisme occidental nostalgique de l’unipolarité.

De manière générale, les événements en cours démontrent parfaitement que les sanctions – l’un des instruments favoris de l’establishment occidental et de ses supplétifs – non seulement n’apporte pas le résultat escompté pour ses instigateurs, mais au contraire pousse les nations dignes à accroitre les efforts en vue de contrebalancer les difficultés que lesdits instigateurs cherchaient à créer pour les pays sanctionnés.

Quant aux autres leaders africains, qui ne peuvent pas, pour nombreux d’entre eux se vanter d’une popularité comparable à Assimi Goïta sur les scènes nationale et continentale, plusieurs néanmoins comprennent que face aux événements en cours, il est plus que jamais temps de se mettre à jour des nouvelles réalités planétaires.

En ce qui concerne ceux ayant fait le ferme choix de rester aux côtés de l’establishment occidental jusqu’au bout, au-delà de poursuivre leur propre marginalisation et isolation dans une Afrique qui choisit de plus en plus ouvertement la voie du panafricanisme et d’un libre choix de ses partenaires extérieurs – leur avenir n’a rien de prometteur. Et le fait de se réfugier dans la bulle pro-occidentale en espérant que cela leur évitera d’être balayé par les mobilisations populaires de masse semble être une erreur stratégique de personnages faisant mine, à l’instar de leurs parrains, de ne pas comprendre l’ordre international multipolaire. Et ce qu’il deviendra.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=4025

L’Occident inquiet de la montée en puissance des BRICS

04.07.2022

Longtemps stigmatisée par les prétendus experts occidentaux, l’organisation des BRICS inquiète vivement désormais les divers analystes issus de l’espace occidental qui la voient comme un bloc plus que jamais ouvertement opposé à l’Occident collectif.

«Un bloc anti-occidental émerge, plus puissant que jamais», titre Die Welt, l’un des principaux quotidiens allemands. L’auteur dudit article, Stefan Aust, affirme que si beaucoup en Allemagne pensent que la plupart des pays du monde soutiennent l’Ukraine, la vérité est pourtant toute autre: l’alliance anti-occidentale devient de plus en plus puissante, politiquement et économiquement – et continue de s’étendre à travers le monde.

Pour lui, le bloc anti-occidental est en train d’émerger, plus puissant qu’à n’importe quel moment de l’histoire. A ce titre, il serait fort juste effectivement de reprendre la piqure de rappel de Lijian Zhao – porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères qui dans sa publication récente indique justement à très juste titre que si la population totale des pays composant le G7 est d’un peu plus que 770 millions de personnes, celle des BRICS représente plus de 3 milliards d’habitants de la planète.

Le haut représentant chinois ne manque d’ailleurs pas d’ajouter que «la prochaine fois qu’ils parleront de communauté internationale – vous saurez ce que cela signifie». En effet, les événements en cours, y compris la propagande occidentale largement russophobe autour de l’Ukraine, ont le mérite d’avoir remis amplement les points sur les «i». A savoir que l’Occident collectif, bien que faisant bloc commun (en qualité des nostalgiques de l’unipolarité) représente dans les faits une infime partie de l’humanité, avec tout ce que cela implique.

Les Occidentaux remarquent aussi avec stupéfaction que malgré les sanctions occidentales visant la Russie, y compris à travers les systèmes de paiement comme Visa ou MasterCard – les Russes peuvent désormais utiliser le système chinois UnionPay (accepté dans 180 pays du monde), que le nombre de voitures et d’autres produits fabriqués en Chine augmente largement sur le marché russe, et que même l’Inde – que les Occidentaux voulaient à tout prix voir dans leur bloc – non seulement n’a pas condamné l’opération militaire spéciale de la Russie, mais au contraire augmente fort considérablement ses échanges avec Moscou. Y compris dans la sphère énergétique, comme Observateur Continental l’avait déjà abordé

Aussi, les analystes occidentaux sont aujourd’hui forcés de reconnaitre, avec amertume bien évidemment, que leur suzerain en la qualité des USA – perd progressivement son influence sur les autres continents également. Y compris dans ce que Washington considérait  comme son arrière-cour, à savoir l’Amérique latine, fait qu’Observateur Continental avait également abordé.

Les Occidentaux reconnaissent également qu’aucun pays d’Amérique latine et d’Afrique n’a soutenu les sanctions occidentales contre la Russie. Tandis qu’en Asie, ils peuvent se comptent sur les doigts d’une seule main: Japon, Corée du Sud, régime séparatiste de Taïwan.

Les analystes occidentaux commencent également à reconnaitre, alors que cela était prédit depuis de longues années, que les grandes organisations internationales non-occidentales telles que les BRICS ou encore l’Organisation de coopération de Shanghai, malgré leurs diversités culturelles et politiques – sont unis dans le rejet face la prétendue supériorité occidentale et des pseudo-valeurs que tente d’exporter l’establishment de l’Occident.

Il faudrait certainement également rappeler que l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) et les BRICS – abritent ensemble 4 des 10 principales économies mondiales en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat (Chine – 1ère, Inde – 3ème, Russie – 6ème, Brésil – 9ème) et quatre puissances nucléaires par la même occasion (Russie, Chine, Inde, Pakistan). Tout en représentant à eux seuls de-facto la moitié de la population terrestre et plus d’un quart du PIB mondial.

Cela alors que la seule et véritable communauté internationale garde les portes ouvertes pour d’autres nations. A ce titre l’Iran et l’Argentine ont annoncé leurs ambitions de rejoindre les BRICS. Dans le cas de l’Iran, il faudrait rappeler que son adhésion a été déjà validée à l’OCS en qualité de membre de plein droit. Et cela en tenant compte aussi que les présidents Vladimir Poutine et Xi Jinping souhaitent augmenter l’interaction entre les BRICS, l’OCS ou encore l’Union économique eurasiatique. Sans oublier les grands ensembles régionaux et continentaux, notamment africains et latino-américains.

Pour conclure, résumons. L’Occident comprend de plus en plus que l’ère de son extrême arrogance est bel et bien terminée. Et si avant il y avait encore une porte ouverte à devenir pour cet Occident collectif un membre responsable de la véritable communauté internationale, désormais c’est vraisemblablement trop tard. Le monde ne sera plus seulement multipolaire – il l’est déjà – mais bel et bien multipolaire post-occidental.

Car au-delà d’être effectivement une évidente minorité planétaire sur le plan démographique, sur le plan économique l’Occident ne cesse également de perdre sa position de dominant (dans le Top 10 mondial, désormais moins de la moitié sont des économies occidentales et dans un avenir assez proche elles seront encore moins représentées). Les technologies occidentales deviennent de plus en plus remplaçables, et mêmes perdent de l’importance face aux alternatives chinoises et indiennes pour ne citer qu’elles. Quant aux ressources naturelles – l’Occident n’en possède comme au Moyen-Age tout simplement pas, mis à part celles qu’il pille encore à nombre d’endroits de la planète.

Et dans cette réalité résumée – oui, l’Occident devra effectivement apprendre à faire profil bas face à l’écrasante majorité de la planète et de l’humanité.

Mikhail Gamandiy-Egorov